DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.
Rating : M
Genre : romance / slash / Yaoi
Chapitre 30 - Unintended
« You could be my unintended
Choice to live my life extended
You could be the one I'll always love
You could be the one who listens
to my deepest inquisitions
You could be the one I'll always love »
(Muse)
23 février 2015 – Le Chaudron Baveur, Londres sorcier
Il était dix heures du matin quand Hermione poussa la porte du Chaudron Baveur. Cela faisait un bout de temps qu'elle n'y était plus venue mais elle ne fut pas dépaysée. L'endroit n'avait pas changé.
Vu l'heure, elle trouva sans difficulté une table un peu en retrait, à l'abri des oreilles indiscrètes. Elle ôta son manteau qu'elle posa sur la chaise voisine avec son sac et un autre petit paquet, et s'assit.
A la serveuse qui passait, elle commanda un café qui lui fut servi quasi immédiatement.
Assise bien droite, elle expira longuement pour se calmer. A plusieurs reprises, elle lissa un pli imaginaire sur son pantalon et remit en place le col châle de son pull en mohair.
Alors qu'elle buvait une gorgée de son café, une ombre s'étendit sur la table devant elle. Elle releva les yeux pour constater que celui qu'elle attendait venait d'arriver.
-Bonjour Ron.
- Hermione, dit-il en s'asseyant sur la chaise d'en face.
Il ne retira ni son manteau, ni son écharpe, comme s'il ne comptait pas rester plus d'une minute.
-Tu… hm… je te commande quelque chose ? demanda Hermione. Un café, un thé ?
Ron la regarda quelques instants, avant de soupirer et de se renverser contre le dossier de sa chaise.
-Un café, dit-il.
Tandis que Hermione faisait un signe à la serveuse, il se décida à déboutonner son manteau. Hermione le regarda faire en silence, observant ses longs doigts dénouer son écharpe, puis passer dans sa chevelure indisciplinée. Sa barbe de trois jours était à peine perceptible sur ses joues pâles et son regard toujours aussi mélancolique. Quelques fines rides commençaient à se dessiner au coin de ses yeux mais elles ne gâchaient rien, au contraire. Hermione le trouvait toujours aussi séduisant.
Elle se ressaisit au moment où la serveuse apportait la consommation. Ce n'était pas vraiment le moment pour elle de se perdre dans la contemplation de son ex-mari.
-J'ai… hm… j'ai appris pour Ginny, dit-elle quand ils furent à nouveau seuls. Tu la féliciteras de ma part ?
- Oui, je n'y manquerai pas.
Elle prit le paquet qu'elle avait amené avec elle et le fit glisser sur la table.
-Un cadeau. Pour le bébé.
Ron jeta un coup d'œil à l'intérieur et en sortit une licorne en peluche, bleue pastel.
-Rose avait la même, tu te souviens ? Elle l'adorait. Je me suis dit que…
- Elle ne voulait jamais la lâcher, se rappela Ron en souriant. Elle l'emmenait partout avec elle…
- Même pour son premier jour d'école, on n'est pas parvenu à la lui enlever.
- Elle avait demandé à la maîtresse de l'installer sur un banc à côté d'elle…
Ils rirent tous les deux à l'évocation de ce souvenir.
-Elle est toujours dans son armoire, dit Ron en replaçant la peluche dans le sac.
- C'est vrai ?
- Je la soupçonne de vouloir la planquer dans sa valise quand elle partira à Beauxbâtons !
Hermione sourit, bien qu'elle ressente une certaine tristesse de savoir que ce ne serait pas elle qui aiderait sa fille à préparer ses bagages, le moment venu.
-Ginny va bien ? demanda-t-elle pour reprendre contenance.
- Elle est fatiguée mais ça va…
- Elle arrive à surmonter… ce qui est arrivé ?
Ron hocha la tête en haussant les épaules.
-L'arrivée de Lily l'empêche de trop ruminer ses pensées, même si certains moments sont plus durs que d'autres… Heureusement, elle n'est pas seule.
- Elle est toujours au Terrier ?
- Oui. Elle refuse de retourner dans la maison de Godric's Hollow.
- Merlin, je peux la comprendre, souffla Hermione. A sa place, je la vendrais sans attendre.
- C'est ce qu'elle compte faire, mais elle veut d'abord en parler à Harry.
- Harry ? Mais… il lui a laissé la maison après leur divorce… elle est libre d'en faire ce qu'elle veut…
- Oui mais tu sais comme moi combien il y tenait… peut-être qu'il voudra la racheter.
- Hm… peut-être.
- Tu pourrais lui en parler ? demanda Ron, à brûle-pourpoint.
- Ouais, bougonna Hermione. Pour autant qu'il revienne un jour…
- Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda Ron, les sourcils froncés.
Hermione fit une moue contrariée.
-Ça fait dix jours qu'il est aux Seychelles avec Olivier Dubois. Il devait rentrer hier mais il m'a laissé un message pour dire qu'il prolongeait son séjour ! Pour combien de temps, il n'en sait rien !
Elle souffla avec exaspération.
-Je ne sais plus quoi raconter… ni aux directeurs des clubs, ni à nos partenaires commerciaux. Sans compter que le Président du club des Tornades est à deux doigts de virer Dubois s'il ne revient pas assurer les entraînements !
- Mais… Et Malefoy ? Je croyais qu'il en était raide amoureux ?
- Oh ça oui ! Mais Malefoy l'a jeté comme une merde… alors il se console avec Olivier. Et comme toujours quand il est dévasté, il fait n'importe quoi !
Ron ne fit aucun commentaire. Il connaissait parfaitement le tempérament autodestructeur de Harry.
-Enfin, soupira-t-elle, je ne sais pas pourquoi je te raconte tout ça…
- Je me le demande, répliqua Ron d'un ton plus brusque que nécessaire. Tout comme je me demande ce que je fais ici.
Hermione gigota un peu sur sa chaise.
-Je… je voulais… oh Merlin, Parkinson me tuera si elle apprend qu'on s'est parlé…
- De quoi s'agit-il ? s'énerva Ron. C'est à propos de Rose, c'est ça ?
- Tu vas recevoir une convocation, dit Hermione en essayant de ne pas prêter attention à l'expression coléreuse de son ex-mari.
- Pour le tribunal ?
- Oui. La procédure va être reprise depuis le début par le juge Merryweather.
- Quoi ? Mais… pourquoi ?
- Pansy Parkinson a déposé une plainte devant le Conseil Supérieur de la Justice Magique pour partialité du juge Marshall. Le Conseil lui a donné raison. Le juge Marshall a été suspendu et ses jugements annulés.
Ron était abasourdi. Il se laissa lourdement retomber contre le dossier de sa chaise.
-Alors, c'est tout ce que tu as trouvé ? cracha-t-il avec dédain. Pourrir la vie d'un pauvre type parce qu'il n'est pas d'accord avec toi ? C'est pathétique !
- Le pauvre type comme tu dis, commenta Hermione d'une voix froide, était ami avec le père de Pansy. C'était un sympathisant de Voldemort et un adepte des théories de la pureté du sang !
- Et alors ?
- Et alors ? s'énerva Hermione. Dans toutes les affaires qu'il a eu à juger ces dix dernières années, il a toujours confié l'enfant au parent qui était de sang-pur !
- C'est… c'est n'importe quoi…
Il ne pouvait pas croire ce qu'il entendait. Ça ne pouvait pas être vrai.
-C'est la vérité, Ron. Si ça ne l'était pas, le Conseil n'aurait pas pris une mesure aussi drastique que la suspension !
D'un geste dépité, il posa les coudes sur la table et se prit la tête entre les mains.
-C'est vraiment ça que tu veux ? continua Hermione, plus doucement. Savoir que la garde de notre fille t'a été confiée uniquement parce que mon statut du sang était… inférieur au tien ?
Comme son ex-mari ne répondait rien, elle insista.
-Ecoute, Ron… malgré tout ce qui nous sépare aujourd'hui, il y a une chose dont je suis certaine à propos de toi : jamais tu ne me ferais le reproche d'être née-moldue.
Disant cela, elle souleva légèrement la manche gauche de son pull, dévoilant son avant-bras. On pouvait y voir quelques fines lignes blanchâtres, anodines pour n'importe qui d'autre mais pas pour Ron. Lui savait que ces cicatrices étaient ce qu'il restait du mot « Mudblood » que Bellatrix Lestrange avait gravé sur la peau d'Hermione, lorsqu'ils étaient prisonniers au Manoir Malefoy.
Il serra les dents. Encore aujourd'hui, il refusait que quiconque l'insulte de la sorte. Même Lavande n'avait plus jamais osé utiliser ce mot après qu'il soit entré dans une colère noire.
-Que vas-tu faire ? demanda-t-il d'une voix sourde.
- Comment ça ?
- Tu dis que les jugements sont annulés… ça signifie que tu peux me prendre Rose quand tu veux. C'est ça que tu comptes faire ?
- Non, murmura Hermione. Je ne compte pas « prendre » notre fille. A vrai dire, j'aurais espéré que nous puissions éviter ce nouveau procès et… trouver un accord.
- Hors de question.
La réponse avait fusé. Tranchante et implacable.
-Ron…
- Non. Tu as remué la merde, à toi d'en assumer les conséquences !
- Ron, s'il te plaît… on se fait plus de mal qu'autre chose, et à Rose aussi ! Pourquoi tu ne veux pas le comprendre ?
- Et toi ? répliqua-t-il d'un ton dur. Pourquoi tu ne veux pas comprendre que tous les jours, je souffre de ce que tu m'as fait ! Tu n'as pas arrêté de dire que tu étais trop jeune, que tu n'étais pas prête, à cause de tes études, de ta carrière ! Tu n'as jamais fait que parler de toi ! Toi et encore toi ! Et moi ? Hein ? Tu n'as jamais demandé pardon, Hermione ! Jamais !
Ron s'arrêta, le souffla court et les yeux brillants.
-Je t'ai dit que j'étais désolée, souffla Hermione.
- Oh ça oui ! Tu l'as dit un bon millier de fois ! « Je suis désolée ! » singea-t-il d'une voix pleurnicharde. Etre désolée, ce n'est pas demander pardon !
Hermione le regarda, incapable de prononcer le moindre mot.
-Je t'aimais, Hermione. Je t'aimais comme un fou, tu le sais ça au moins ? J'avais confiance en toi plus qu'en n'importe qui d'autre ! Même plus qu'en Harry ! Mais toi… toi, tu n'avais pas confiance en moi.
- Si… bien sûr que si…
- Non ! Sinon, tu m'aurais parlé !
Ron regarda son ex-femme avec infiniment de tristesse dans les yeux.
-Tu sais ce qui m'a fait le plus mal ? Me rendre compte que tu ne m'aimais pas assez pour savoir que jamais, jamais je ne t'aurais forcée à garder cet enfant si tu ne le voulais pas ! J'aurais pu comprendre ta décision et même si elle aurait été difficile à prendre, nous l'aurions prise à deux !
Des larmes amères coulèrent sur les joues d'Hermione.
-Je… je te demande pardon, Ron, dit-elle entre deux sanglots. Je te demande sincèrement pardon pour le mal que je t'ai fait.
Ron resta silencieux quelques instants.
-Merci, dit-il enfin en reprenant son écharpe et en l'enfilant autour de son cou.
Hermione n'osa même pas le regarder lorsqu'il se leva.
-Que vas-tu faire ? demanda-t-elle.
- Je ne sais pas. J'ai attendu six ans pour entendre ces mots sortir de ta bouche. Tu serais bien avisée de me laisser un peu de temps pour réfléchir.
Sans plus rien ajouter, Ron quitta le Chaudron Baveur, laissant Hermione plus abattue que jamais.
Au moins, il avait emporté avec lui le cadeau pour le bébé de Ginny.
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2 mars 2015 – Potter Corp., La City, Londres
-Je ne voulais pas y croire quand Peggy m'a dit que tu étais rentré. Alors, j'ai préféré venir voir par moi-même…
- Le sarcasme ne te va pas, Hermione, commenta Harry sans lever les yeux de son parchemin.
La jeune femme ne se démonta pas et vint prendre place dans le fauteuil face au bureau de Harry.
-Tu as disparu pendant presque trois semaines.
- Tu savais parfaitement où je me trouvais vu que c'est Blaise et toi qui m'avez offert ces billets de portoloin. Donc, je n'avais pas « disparu ».
- C'est tout ce que tu trouves à dire ? Entre Sainte-Mangouste et le Conclave, on ne t'a plus vu depuis pratiquement deux mois !
Harry soupira et reposa son stylo un peu brutalement.
-J'en avais besoin, dit-il avec fermeté. Au cas où ça t'aurait échappé, ni Sainte-Mangouste, ni le Conclave n'étaient des parties plaisir !
- Gérer ton entreprise à ta place non plus ! Tu nous as mis dans la merde Harry ! Et tu as l'air de t'en foutre royalement !
- Il n'y a rien que je n'aurai résolu d'ici la fin de la journée, dit-il froidement en reprenant son stylo et en recommençant à écrire.
Vexée par le sous-entendu, Hermione se leva.
-Eh bien puisque je semble n'avoir servi à rien, je vais te laisser redresser la situation et peut-être m'octroyer quelques jours de congé également !
- Hermione ! Attends ! s'écria-t-il alors que son amie arrivait déjà à la porte.
Elle se retourna pour le toiser d'un air froid.
-Je ne voulais pas dire ça, souffla Harry. Pardonne-moi. Je sais tout ce que tu as fait pour moi… et je sais que je ne t'ai pas rendu la vie facile ces dernières semaines…
- Je ne cherche pas les compliments ou à me faire plaindre, Harry !
- Ce n'est ni l'un, ni l'autre. Je le pense vraiment. Merci pour avoir été là quand moi j'étais… enfin…
Harry haussa les épaules, ne parvenant pas à achever sa phrase. Hermione s'adoucit instantanément.
-N'en parlons plus, dit-elle. Raconte-moi plutôt comme étaient les Seychelles…
- Incroyable ! répondit Harry qui avait retrouvé un sourire mirobolant. Le bungalow était magnifique et nous avions une plage privée. Autant te dire qu'on en a bien profité !
- J'imagine, sourit Hermione en revenant s'asseoir.
Elle regarda son ami avec attention.
-C'est vrai que ce séjour t'a fait du bien. Tu as l'air plus… serein.
- Je le suis, acquiesça Harry. Et c'est grâce à Olivier. Il est vraiment formidable… Tout est plus facile avec lui. Il rend les choses simples, limpides. Je me rends compte à quel point ma vie était dissolue jusqu'à présent. Dissolue et inutilement compliquée.
- Si tu es heureux, c'est tout ce qui m'importe.
- On va vivre ensemble, dit Harry après un temps.
- Oh.
Curieusement, ce fut tout ce qu'Hermione parvint à dire. Voyant que Harry la regardait avec perplexité, elle se força à adopter un ton enjoué.
-Bien ! Et il emménage quand ?
- A vrai dire, c'est moi qui vais m'installer chez lui.
- Ah. Que fais-tu de ton appartement ?
- Je vais le mettre en vente. Olivier pense que ça ne sert à rien de le garder.
- Et tes enfants ?
- La maison d'Olivier à Gloucester est assez grande pour qu'ils aient chacun leur chambre. Et puis, il y a un grand terrain à l'arrière… Olivier dit que ce sera mieux pour eux et je suis d'accord avec lui.
- Tu en as parlé à Ginny ?
Harry détourna les yeux.
-Pas encore. Mais je ne vois pas en quoi ça devrait poser problème. Ça ne la regarde pas.
- Tu sais qu'elle voudrait vendre la maison de Godric's Hollow ?
- Quoi ? s'exclama-t-il.
- Ça t'étonne ? Enfin, Harry ! Comment pourrait-elle encore vivre dans cette maison après ce qui s'est passé ?
- Mais les enfants…
- Justement, coupa Hermione. Non seulement, ils vont devoir quitter la maison où ils ont grandi mais aussi l'appartement où ils vivaient avec toi.
Même s'il comprenait parfaitement le sentiment de Ginny, cette nouvelle contrariait Harry.
-Elle se demande si tu veux la racheter, poursuivit Hermione. Elle sait que tu tenais beaucoup à cette maison, alors elle attend ta décision avant d'appeler une agence immobilière.
- Cette maison ne représente plus rien pour moi, dit-il brutalement. Je vais lui envoyer un hibou pour lui dire qu'elle peut la proposer à la vente sans plus attendre.
- Et pour tes enfants, tu vas faire quoi ?
- Je ne sais pas. Il faut que j'y réfléchisse.
Il soupira et se leva pour se servir une tasse de café. Ce faisant, il grimaça douloureusement en portant la main à son dos.
-On dirait bien que tu as un peu trop abusé des joies des plages privées, se moqua gentiment Hermione.
- Il y a de ça, sourit Harry à son tour. Mais c'est surtout dû au fait que je n'ai plus pris ma potion depuis plusieurs jours.
- Quoi ? Mais pourquoi ?
- Je n'avais pas prévu de rester absent aussi longtemps et je n'avais plus assez de flacons avec moi.
- Harry ! s'emporta Hermione. Pourquoi tu n'as rien dit ? J'aurais pu t'en faire livrer par hibou !
- Ce n'est pas grave, dit Harry en levant la main en signe d'apaisement. Ça m'a obligé à diminuer ma consommation, ce n'est pas plus mal.
- Pas plus mal ? Le dosage t'a été prescrit par ton Guérisseur. Ce n'est pas prudent de le diminuer sans son avis !
- Olivier pense que je pourrais très bien compenser avec des massages ou de la kiné. Il m'a fait découvrir un remède aux plantes qui me fait du bien et…
- OLIVIER N'EST PAS GUERISSEUR !
Hermione se rendit compte qu'elle avait crié quand elle vit le regard noir de Harry sur elle.
-Ecoute, reprit-elle plus doucement. Je sais que ton traitement est lourd par moment, mais c'est grâce à lui que tu tiens sur tes deux jambes ! A part quelques activités qui te sont formellement interdites, tu mènes une existence tout à fait normale.
- Oui… mais pour combien de temps ? souffla Harry.
- Assez longtemps pour en parler à ton Guérisseur si tu veux vraiment trouver un traitement alternatif.
Harry haussa les épaules, apparemment peu convaincu. Hermione, elle, se dirigea vers le dressoir qui occupait le fond de la pièce. D'autorité, elle prit une fiole dans l'un des tiroirs et la posa devant Harry, sans un mot. Ce dernier comprit le message, et en avala le contenu sans protester. De fait, il ne lui fallut pas plus d'une minute pour que la douleur dans son dos disparaisse complètement.
-Tu as besoin d'autre chose ? demanda Hermione.
- Non. Merci.
Hermione hocha la tête et quitta la pièce, plus inquiète qu'elle ne l'était en arrivant.
Harry se rassit à son bureau. Il s'empara d'un parchemin afin d'écrire à Ginny comme il l'avait décidé. Puis il se rappela d'une chose importante.
-Peggy ? dit-il en appuyant sur l'interphone.
- Oui Monsieur Potter.
- Appelez Théodore Nott. Dites-lui que je veux le voir cet après-midi.
- Bien Monsieur.
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Harry replia le parchemin en souriant. C'était le quatrième qu'il recevait de James depuis son retour à Poudlard début janvier. Jamais son fils aîné ne lui avait écrit si souvent.
Il ne s'en plaignait pas, que du contraire. James semblait pris entre le besoin d'exprimer sa rancœur contre son beau-père et celui de se faire pardonner de son père pour son attitude hostile envers lui. Harry avait tenté de le rassurer du mieux qu'il pouvait, lui disant qu'il comprenait, qu'il ne lui en voulait pas et qu'il serait toujours là pour lui. Un rapprochement inespéré s'était alors opéré entre eux, James lui relatant en détails ses tracas quotidiens et partageant avec lui ses doutes et ses craintes.
Albus s'était mis à écrire plus souvent également, même si le contenu de ses lettres restait plus mesuré. Il parlait peu de ce qui s'était passé, préférant raconter ses derniers exploits aux échecs ou au cours de potions, et parler de Scorpius, encore et encore. Ces passages-là étaient sans doute les plus difficiles pour Harry, qui tenait vainement d'oublier tout ce qui se rapportait à Draco.
Le bourdonnement de l'interphone le sortit de ses pensées.
-Monsieur Potter, Monsieur Nott est arrivé.
- Faites-le entrer Peggy.
L'instant d'après, la porte s'ouvrait sur l'avocat.
-Bonjour Théo, dit Harry en allant à sa rencontre pour lui serrer la main. Merci d'avoir pu te libérer.
- Pas de quoi. Alors, les Seychelles ?
- Le paradis ! Une eau à 25 degré, du ciel bleu, du soleil. Même les jours de pluie sont agréables.
- Et te revoilà dans la grisaille de Londres…
Harry leva les mains, fataliste et alla s'installer dans le canapé.
-Les meilleures choses ont une fin.
- Pourquoi voulais-tu me voir ? demanda Théo en prenant place en face de lui.
- Je voudrais revoir avec toi la structure de la société.
- La structure de la société ? Tu as quelque chose de précis en tête ?
- A vrai dire, oui, dit Harry.
Il croisa les jambes et allongea le bras le long du dossier.
-Je voudrais subdiviser Potter Corp. en différentes sociétés plus petites qui correspondraient chacune à un département actuel : l'écurie de courses, la fabrication des balais et le management des équipes de Quidditch. C'est faisable ?
- Hm… oui. Il suffit de transformer Potter Corp. en holding et de créer les sociétés filiales, constituées sous forme de limited.
- Génial ! Tu peux me faire un projet ?
- Oui, si tu veux. Mais ça modifie complètement la philosophie de ton management.
- C'est justement ce que je cherche !
- Mais je croyais que tu voulais conserver la maîtrise sur tes départements ? En créant des sociétés filiales, tu vas perdre une partie de cette maîtrise au profit des administrateurs que tu devras nommer.
- Je sais ! Mais ce changement sera bénéfique !
Théo fixa Harry un moment, en fronçant les sourcils.
-Pourquoi tu veux faire ça ? Et pourquoi maintenant ? demanda-t-il.
- En fait, c'est Olivier qui m'en a donné l'idée. On a pas mal discuté boulot quand on était aux Seychelles et…
- Vraiment ? s'étonna ouvertement Théo.
- Oui, vraiment ! répliqua Harry en roulant des yeux. Olivier s'intéresse beaucoup à la société et il a de très bonnes idées. Diviser Potter Corp. en filiales permettra de vendre plus facilement un département si ça devenait nécessaire.
- Vendre ? s'exclama l'avocat. Mais pourquoi voudrais-tu vendre des morceaux de ton entreprise ? Tous tes départements sont hyper rentables !
- Je sais, dit Harry avec un vague geste de la main. Mais on ne sait jamais…
Théo était plutôt sous le choc. Il se demanda si Hermione était au courant. Sûrement pas, sans quoi elle ne laisserait jamais une chose pareille se faire. Il se promit de lui en parler le plus vite possible. Tant pis pour le secret professionnel.
-… une semaine ?
- Pardon ? sursauta Théo en sortant de ses pensées.
- Je te demandais si tu pouvais me soumettre ton projet dans une semaine ?
- Plutôt deux. Il y a pas mal de choses à mettre au point et…
- Deux semaines, c'est d'accord.
Harry se leva et tendit la main à Théo, signifiant par là que l'entretien était terminé. Théo la serra et salua Harry en retour. Il allait sortir du bureau quand il fut rappelé.
-Théo, attends ! J'ai oublié de te donner ça ! dit Harry en lui remettant une enveloppe couleur crème. C'est une invitation pour la soirée de présentation du Cobra à la presse spécialisée. Elle a lieu mercredi prochain. Justin est le bienvenu évidemment.
- Merci, Harry. Nous viendrons avec plaisir.
Théo remarqua qu'Harry tenait une autre enveloppe à la main et qu'il semblait tout à coup assez mal à l'aise.
-Il… il y en a une pour Malefoy, dit-il enfin. Il a supervisé le projet de bout en bout, ce serait normal qu'il soit là… et puis s'il y a des questions sur le brevet, ce sera mieux que ce soit lui qui réponde. Enfin, je… il n'est pas obligé de venir, s'il n'en a pas envie.
Harry déglutit péniblement, comme si cette logorrhée lui était douloureuse.
-Si tu voulais bien la lui donner, conclut-il en tendant l'enveloppe à Théo.
- Tu n'es pas au courant ? dit ce dernier.
- Au courant de quoi ?
Théo soupira.
-Malefoy ne travaille plus à Londres. Il n'habite même plus ici.
- Quoi ?
Harry se maudit pour ce pathétique couinement qui venait de sortir de sa bouche.
-Il s'est installé à Milan. Le couturier Mathieu Saint-Martin vient de lui confier toutes ses affaires.
- Pour… pour combien de temps ?
- Harry, dit patiemment Théo. Draco a démissionné du cabinet. Pansy et moi avons racheté ses parts. Je ne pense pas qu'il va revenir.
Ce fut comme si un vent glacial venait de souffler dans la pièce. Harry hocha la tête et se détourna. En contournant son bureau, il jeta l'enveloppe dans la corbeille à papier.
-Je suis désolé, dit Théo. Je pensais que tu le savais.
- Non. Mais ça ne fait rien.
Harry se redressa pour reprendre contenance.
-Ça n'a aucune importance, dit-il d'un air parfaitement détaché. En fait, c'est même mieux comme ça.
Théo ne le contredit pas. Cependant, le ton impassible de Harry ne suffisait pas à cacher la douleur au fond de ses yeux.
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11 mars 2015 – Caffè Cova, Milan
Draco était confortablement installé sur une banquette en velours marron du Caffé Cova, le plus célèbre café de Milan. Avec ses boiseries, ses plafonds stuqués et ses immenses lustres en cristal, son atmosphère bruyante et chaleureuse, l'endroit semblait tout droit sorti d'un roman du dix-neuvième siècle.
Un serveur en livrée apporta à Draco l'espresso qu'il avait commandé.
-Prego, Signore, dit l'homme en posant la petite tasse en porcelaine face à lui.
Draco la porta à son nez, humant les arômes qui s'en dégageaient, tout en observant la texture et la couleur de la crème. Il but une première gorgée qu'il fit rouler sur sa langue, appréciant la légère amertume, la pointe d'acidité et pour finir la saveur fruitée du breuvage. Il était parfaitement équilibré et sa longueur en bouche laissait de délicieux arômes sur le palais.
Il soupira de satisfaction et sourit pour lui-même. Il était à Milan depuis moins d'un mois et il était déjà accro au café italien, au point d'avoir fait installer une machine à expresso professionnelle dans la cuisine de l'appartement qu'il louait, un magnifique duplex de 220 mètres carrés.
Il était particulièrement content d'avoir trouvé cet endroit, spacieux et lumineux, où Scorpius aurait sa propre chambre et situé sur la Via Agostino Bertani, face au parc du Sempione.
Draco n'avait pas encore prévenu Scorpius de son déménagement, préférant d'abord obtenir l'accord d'Astoria quant à la possibilité d'emmener son fils en dehors du territoire britannique. Elle n'y semblait pas opposée mais préférait y réfléchir avant de donner une réponse définitive. C'est pourquoi il n'avait pas revendu son duplex de Pimlico. Il avait pu se le permettre grâce à la mirobolante somme d'argent qu'il avait reçu peu de temps auparavant. Il s'agissait des dommages et intérêts que le tribunal sorcier new-yorkais lui avait octroyé, suite à la rupture par Russel Davies de l'accord de confidentialité.
L'autre personne dont il avait hâte de recevoir la visite était Blaise. Son meilleur ami lui manquait plus qu'il ne voulait l'admettre. D'autant plus que leur dernière entrevue avait été plutôt houleuse. Informé ce qui s'était passé avec Harry et Théo, Blaise avait déboulé à l'appartement de Draco et l'avait copieusement injurié. Il lui avait reproché, pas tant d'avoir rejeté Harry, mais surtout d'avoir utilisé Théo, son ami de toujours, pour parvenir à ses fins. Acculé, incapable d'inventer une histoire qui tenait la route pour justifier son comportement, il avait fini par avouer à Blaise toute la vérité. Il avait parlé de la visite d'Olivier à l'hôpital, de ses paroles blessantes mais aussi tellement vraies, de la nécessité qu'il laisse Harry s'épanouir avec quelqu'un qui le rendrait heureux, ce que lui était définitivement incapable de faire.
La colère de Blaise avait redoublé et il l'avait à nouveau traité de tous les noms. Draco aurait pu tout entendre mais quand le mot « lâche » fut prononcé, il avait explosé. Les deux hommes en étaient venus aux mains, frappant, roulant sur le sol, frappant encore. Après plusieurs minutes, haletant, la lèvre fendue, l'œil tuméfié et les phalanges douloureuses, ils s'étaient arrêtés. Et Draco s'était mis à pleurer. Comme un enfant qu'il n'était plus depuis trop longtemps.
Vaincu, Blaise l'avait attiré à lui et entouré de ses bras forts et rassurants. Exactement comme autrefois, pendant la guerre, quand Draco ne voulait dire à personne ce qui le tourmentait.
-Je ne suis pas une mauvaise personne, avait murmuré Draco entre deux sanglots.
- Je sais.
- Je veux juste qu'il soit heureux.
- Et tu crois qu'il pourra l'être avec Dubois ?
- Je ne sais pas. Je sais juste qu'il sera plus heureux sans moi.
- Tu te trompes, Draco.
Tu te trompes. Draco secoua la tête pour reprendre ses esprits. Il ne voulait plus penser à cette conversation, à ce qui s'était passé à Londres, à Harry. Il voulait seulement que Blaise vienne le voir. Parce que l'air de rien, Millicent était sympa, mais ce n'était pas Blaise. Elle n'avait pas son humour, ni sa culture, ni son incroyable capacité à le remettre à sa place. En fait, la seule chose que Blaise et elle, avaient en commun, c'était leur goût immodéré pour les gros seins. Draco frissonna à cette idée. Il détestait vraiment les nichons.
Il consulta sa montre en fronçant les sourcils. Millicent était en retard et ça ne lui ressemblait pas. Depuis qu'il avait débarqué à Milan, ils se donnaient rendez-vous dans ce café tous les samedis avant de partir découvrir les meilleurs endroits de la ville, côté moldu et côté sorcier.
Draco se plaisait à Milan, tout comme il se plaisait dans son nouveau travail. En quelques jours à peine, il avait réussi à démontrer son efficacité et la nécessité pour une maison de Haute Couture comme celle de Saint-Martin de protéger ses créations. Son seul regret, ou plutôt son seul dépit, c'est qu'il n'avait encore jamais été mis en présence de son « employeur ». Et ça l'agaçait prodigieusement. Mathieu Saint-Martin était gay et très bel homme. Il était donc inenvisageable pour Draco de ne pas lui mettre le grappin dessus, question de principe. Ceci étant, il n'était pas en manque de relations physiques pour autant. Il avait en effet découvert avec satisfaction que dans ce pays qui vénérait la femme au-delà de toute mesure, les amoureux des hommes étaient des amants insatiables et imaginatifs.
Draco allait prendre son portable pour appeler Millicent, quand une silhouette s'arrêta devant sa table. Il releva les yeux pour faire face à un homme d'un peu moins d'un mètre quatre-vingt, assez mince, les cheveux blond foncé et des lunettes rectangulaires qui lui donnaient un air sérieux.
-Monsieur Saint-Martin. Quelle surprise.
- Vous permettez ? dit l'homme en indiquant la chaise libre devant la table de Draco.
- Je vous en prie.
Mathieu Saint-Martin s'assit, croisant élégamment les jambes. Il fit ensuite un signe à un serveur de leur apporter deux cafés.
-C'est Millicent qui a arrangé ce rendez-vous. A ma demande.
- J'avoue avoir du mal à comprendre, dit Draco. Pourquoi ici et pas dans vos bureaux ?
- Je ne vais jamais au siège de ma société. Je travaille chez moi ou dans mes ateliers. Seuls mes plus proches collaborateurs y sont autorisés.
Draco regarda son interlocuteur avec perplexité. Il y avait chez lui, quelque chose de maniéré, tant dans sa façon d'être que de parler.
-Que voulez-vous, Monsieur Saint-Martin ? demanda placidement Draco.
- Vous dire que je suis très satisfait de votre travail. En un mois, vous êtes parvenu à régler bien plus de problèmes que votre prédécesseur.
- Et vous n'avez encore rien vu, dit Draco avec un sourire en coin.
Mathieu Saint-Martin resta silencieux le temps que le serveur dépose les cafés devant eux.
-Je me suis renseigné sur vous, Monsieur Malefoy, dit-il après un moment.
- Appelez-moi Draco.
- Je ne coucherai pas avec vous.
- Vraiment ?
- Vraiment. Pour la simple raison que je ne couche pas avec mes employés.
- Mais je ne suis pas votre employé, releva Draco avec un sourire sardonique. Vous êtes mon client. Vous me payez pour mes prestations mais je suis en droit de vous laisser tomber quand bon me semble.
Le couturier sourit à son tour.
-Un point pour vous, Monsieur Malefoy, dit-il en buvant une gorgée de son café.
Draco en fit autant, jaugeant son interlocuteur plus attentivement.
-Moi aussi je me suis renseigné sur vous, dit-il avec une candeur feinte. Sur vos déboires à Paris alors que vous étiez au faîte de votre succès. Les orgies auxquelles vous participiez. Sans parler de la drogue et de l'alcool qui ont ruiné votre couple avec le collectionneur d'art, Maxime Rosenberg. Vous sembliez bien moins regardant à une époque.
- Comme vous le dites. A une époque.
- Ce que je ne comprends pas, poursuivit Draco, c'est pourquoi vous être installé ici ? Dans le carré d'or de la mode milanaise, entouré de vos rivaux les plus célèbres, tant chez les sorciers que chez les moldus ?
- En quittant Paris, j'ai quitté ceux qui se prétendaient mes amis et qui n'ont fait que m'attirer dans leur déchéance. Et m'installer dans la ville de mes principaux concurrents m'a obligé à me surpasser, à me renouveler. Depuis, mon succès n'a jamais été aussi grand.
Draco médita ces paroles tout en continuant d'observer son vis-à-vis.
-Monsieur Saint-Martin, dit-il finalement. Pourquoi êtes-vous ici ?
- Je vous l'ai dit. Vous dire que je suis très satisfait de votre travail.
- Dans ce cas, vous auriez pu m'envoyer une note. Ou me faire rencontrer l'un de vos assistants. Non, la vérité, c'est que vous vouliez me voir.
- Et si c'était le cas ? Qu'en déduiriez-vous ?
- Que voudriez-vous que j'en déduise ?
Le couturier sourit plus franchement.
-Vous êtes fuyant, Monsieur Malefoy.
- Tout comme vous.
- Je ne coucherai pas avec vous.
- Bien sûr que si.
- Fuyant et présomptueux.
Vexé, Draco se leva en reboutonnant sa veste.
-Allons, allons, Monsieur Malefoy, dit Mathieu d'une voix conciliante. Vous baissez déjà les bras ?
- Je ne vais pas vous supplier, si c'est ce que vous attendez !
- Auriez-vous peur de fournir un petit effort pour avoir ce que vous voulez ?
Le regard noir, Draco le vit sortir un morceau de papier de la poche intérieure de son veston et le faire glisser jusqu'à lui, du bout des doigts.
-Qu'est-ce que c'est ?
- Vous aimez l'opéra, Monsieur Malefoy ?
- Je devrais ?
- Vous êtes à Milan. La ville de la Scala. Il est impossible de ne pas aimer l'opéra, ici.
- Où voulez-vous en venir ?
- Ce soir. 20 heures. Ne soyez pas en retard.
Mathieu Saint-Martin se leva et quitta l'établissement sans jeter un regard à Draco. Ce dernier prit le morceau de papier laissé sur la table.
Un billet pour La Traviata. A la Scala.
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14 mars 2015 – The Yard Bar, Soho
Harry était assis au bar, le nez dans son double scotch, se demandant pour la vingtième fois ce qu'il faisait là.
Olivier était à Bristol jusqu'à mercredi, pour un programme d'entrainement intensif des Tornades. Le directeur du club lui avait fait comprendre qu'après son escapade inopinée aux Seychelles, il s'attendait à ce qu'il se consacre à sa tâche à cent pour cent, et sans distraction aucune. Le message était clair : aucune compagnie n'était souhaitée, pas même celle du puissant propriétaire du club. Harry aurait pu passer outre, voire même démettre le directeur de ses fonctions, mais il préféra ne pas intervenir. De toute façon, il n'aurait pas été d'agréable compagnie.
Depuis plusieurs jours, il était morose. Et il y avait plusieurs raisons à cela. D'abord, il appréhendait de devoir annoncer à Olivier qu'il n'allait pas vendre son appartement pour emménager avec lui. Ce n'était pas juste d'imposer cela à ses enfants dans l'immédiat. Il savait qu'Olivier le prendrait mal mais tant pis. Jamais il n'avait été aussi proche de James et Albus, et cela comptait pour lui plus que tout. Plus qu'Olivier.
L'autre raison de sa morosité, et sans doute la vraie, était l'article paru hier dans Gossip Wizz. Harry ne s'était jamais intéressé à ce magazine, pas même quand il en faisait la Une. Mais hier, en passant devant le kiosque, il n'avait pu détacher ses yeux de la photo de couverture. Elle montrait Draco en compagnie de Mathieu Saint-Martin, le célèbre couturier sorcier, sortant de la Scala. Ils étaient côtes à côtes, devisant tranquillement. Il n'y avait rien de croustillant dans cette photo et pourtant, elle choqua Harry au plus haut point. Parce que le visage de Draco reflétait une sérénité, une paix intérieure qu'il ne lui avait encore jamais connue. Comme s'il était heureux pour la première fois de sa vie.
Malgré tout ce que Draco avait pu lui dire, malgré le fait de l'avoir vu au lit avec Théo, il avait fallu cette banale photographie pour que Harry prenne pleinement conscience qu'entre eux, tout était fini.
Il soupira en buvant une gorgée d'alcool. Autour de lui, des couples s'embrassaient. D'autres bavardaient joyeusement. Cette bonne humeur l'agaçait. Alors, pour ne plus les entendre, il se concentra sur la chanson qui passait dans les haut-parleurs. Ce qui était une très mauvaise idée.
You could be my unintended
Choice to live my life extended
You could be the one I'll always love
You could be the one who listens
to my deepest inquisitions
You could be the one I'll always love
Oui, Draco aurait pu être celui-là. Celui qu'il lui aurait fait vivre sa vie en plus grand. Celui qu'il aurait aimé pour toujours.
I'll be there as soon as I can
But I'm busy mending broken
Pieces of the life I had before
First there was the one who challenged
All my dreams and all my balance
She could never be as good as you
Mais il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. C'était de sa faute s'il en était là aujourd'hui. C'était lui qui avait rejeté Draco le premier, pensant qu'il avait besoin de toutes ces foutaises de vie de couple, de normalité, pour être heureux. C'était faux. Jamais Olivier ne serait aussi bien pour lui que ne l'était Draco.
You could be my unintended
Choice to live my life extended
You should be the one I'll always love
I'll be there as soon as I can
But I'm busy mending broken
Pieces of the life I had before
I'll be there as soon as I can
But I'm busy mending broken
Pieces of the life I had before
Before you
Harry étouffa un sanglot dans son poing serré. Sa vie était partie en morceaux et même s'il parvenait à les rassembler, ça ne servirait à rien. C'était trop tard. Draco était parti. Pour de bon.
-Tu as l'air d'avoir passé une sale journée.
Harry se tourna vers la personne qui venait de parler, s'apprêtant à lui enjoindre de lui foutre la paix. Mais ses mots restèrent coincés dans sa gorge.
-Je peux t'offrir un verre ? insista l'autre homme.
Il était grand, des cheveux blonds un peu trop dorés et des yeux un peu trop bleus. Pas assez mince mais peu importait.
-Tu veux coucher avec moi ? demanda Harry sans détours.
- Heu… je voulais seulement…
- Parce que si tu veux coucher avec moi, coupa Harry, ce n'est pas la peine de gaspiller ton pognon ou ta salive. C'est ok.
- C'est… ok, répéta l'homme, plutôt déstabilisé. T'es une pute ?
- Non. Juste un mec qui aime baiser sans poser de questions et sans qu'on lui en pose non plus. C'est dans tes cordes ?
L'homme sortit de sa torpeur.
-Absolument ! Chez toi ou chez moi ?
- Chez toi. Et que les choses soient claires, dit Harry en descendant de son tabouret. C'est moi qui commande.
- Tout ce que tu veux, dit l'autre qui ne croyait pas en sa chance.
Harry posa quelques livres sterling sur le comptoir pour régler sa consommation. Finalement, venir dans ce bar moldu n'était pas une si mauvaise idée.
A suivre...
