DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.

Rating : M

Genre : romance / slash / Yaoi


Hello tout le monde !

C'est mon anniversaire et j'avais envie de partager avec vous ma bonne humeur en vous faisant une petite surprise. Voici donc un chapitre supplémentaire. C'est aussi une façon de vous remercier pour suivre cette histoire avec autant d'enthousiasme.

Bonne lecture !


Chapitre 31 - Numb

"And I know I may end up failing too
But I know you were just like me

with someone disappointed in you"

(Linkin Park)

20 mars 2015 – Potter Corp., La City, Londres

-Miss Granger, Monsieur Nott demande à vous voir.

- Bien sûr, faites-le entrer, Jayanti.

L'instant d'après la porte du bureau d'Hermione s'ouvrait.

-Salut Hermione, dit Théodore en entrant. Je… Oh, salut Blaise.

- Salut vieux, dit son ami en lui serrant la main chaleureusement.

Hermione se leva pour le saluer également.

-Je ne savais pas que tu venais aujourd'hui, dit-elle en l'embrassant sur la joue. Harry ne m'a rien dit !

-Harry ne sait pas que je suis là. En fait, c'est toi que je voulais voir.

Le ton particulièrement sérieux de Théo inquiéta Hermione.

-Je vais vous laisser, dit Blaise immédiatement.

- Non ! Reste ! Je… Merde… Je risque de me faire radier de l'Ordre Sorcier des Avocats pour violation du secret professionnel, mais tant pis… Peut-être que toi tu pourras comprendre ce qui lui arrive !

- Ce qui arrive à qui ? demanda Hermione.

- Harry, dit Théo. Il m'a demandé quelque chose… Je suis son avocat, je suis payé pour répondre à ce genre de demande mais…

- Mais tu n'es pas d'accord avec lui, acheva Blaise à sa place.

- Non seulement je ne suis pas d'accord avec lui, mais en plus, je pense qu'il s'agit d'une très mauvaise idée.

Hermione retourna s'asseoir à son bureau et invita Théo à prendre place dans un des fauteuils en face d'elle. Blaise en fit autant.

-De quoi s'agit-il ?

- Harry m'a demandé de lui proposer un projet de restructuration de Potter Corp. En bref, il voudrait ni plus ni moins que démanteler la société.

- QUOI ?

- L'idée serait de créer des sociétés séparées pour chaque secteur d'activité, sous la houlette de Potter Corp. qui deviendrait une holding.

- C'est… c'est impossible, balbutia Hermione. C'est contraire à ce qu'il a toujours voulu !

- Il t'a donné une raison ? intervint Blaise.

- Il veut modifier son approche managériale. Il veut un renouveau.

- Mais où a-t-il été cherché une idée pareille ? râla Hermione.

Théo soupira lourdement.

-Dubois.

Blaise et Hermione le regardèrent sans comprendre.

-C'est Dubois qui lui a parlé de ça, expliqua-t-il. Selon lui, cela permettrait de se défaire plus rapidement d'un secteur d'activité si cela s'avérait nécessaire. Ce n'est pas faux mais…

- C'est n'importe quoi ! coupa Hermione avec hargne. Il n'y a pas de raison de se débarrasser d'un secteur d'activité ! Ils sont tous plus rentables les uns que les autres ! De quoi se mêle-t-il, bon sang !?

La jeune femme se leva et arpenta rageusement la pièce.

-D'abord, le déménagement ! Puis les potions ! Et maintenant, ça ! s'énerva-t-elle.

- De quoi tu parles ? demanda Blaise.

Hermione revint vers son bureau et se laissa tomber dans son fauteuil, les bras croisés sur la poitrine.

-Olivier a convaincu Harry de vendre son appartement et d'emménager avec lui à Gloucester, expliqua-t-elle. Il l'a également convaincu de diminuer le traitement pour son dos alors qu'il en a besoin et que…

Sa voix se brisa sous l'énervement et la frustration.

-Je ne sais pas ce qui lui arrive, souffla-t-elle. Je ne le comprends plus…

- Ce n'est pourtant pas son genre, dit Théo. Harry n'a jamais été quelqu'un qui se laissait dicter sa conduite…

- Moi, ça ne m'étonne pas, dit Blaise.

Comme les deux autres le regardaient, il développa.

-C'est quelque chose qu'on rencontre parfois chez des personnes ayant eu à supporter de lourdes responsabilités très tôt dans leur vie… brusquement, ils lâchent prise. Ils laissent d'autres prendre les décisions à leur place…

- Mais pourquoi maintenant ? questionna Hermione.

- Je crois que c'est lié à Draco, avança Blaise. Harry souffre de son attitude bien plus qu'il ne veut le dire. Et Dubois, lui, était là au bon moment. Disponible. Aimant. Fiable.

- Tu veux dire que sa relation avec Olivier n'est qu'une façade ? demanda Théo.

- Non. Je suis sûr que Harry l'aime vraiment. Mais sa relation avec lui n'est que l'arbre qui cache la forêt.

- Et la forêt, c'est Malefoy, conclut Hermione.

Blaise hocha positivement la tête.

-Il s'en remet totalement à Dubois car ça lui évite de se confronter au reste du monde. C'est plus… confortable.

- Tu penses que Dubois en profite ? demanda Théo.

- Je le pense, oui. C'est un manipulateur. Pour moi, ça ne fait aucun doute.

- Je vais parler à Harry ! dit Hermione avec détermination.

- Ne te précipite pas, contra Blaise. Tu risques de le braquer et d'empirer la situation. Mieux vaut prendre quelques jours pour réfléchir à la meilleure façon d'agir.

- Nous n'avons plus vraiment de temps, dit Théo. J'aurais dû lui remettre le projet de réorganisation depuis déjà une semaine. Je le fais patienter en prétextant diverses vérifications et mises au point, mais là je suis à court d'arguments.

Il se tourna vers Hermione en quête d'une idée de sa part.

-Rien ne t'empêche de lui remettre ton projet, dit-elle. Et avant de prendre une décision, il devra réunir le Conseil d'administration. Cela nous laisse un peu de temps.

- Parfait, dit Théo. Alors je vais…

Il fut interrompu par le bourdonnement d'un téléphone portable.

-C'est le mien, dit Hermione en s'emparant de l'appareil.

Elle décrocha sans vérifier l'identité de l'appelant.

-Allô ?

- Maman ?

- Rose ? s'étonna-t-elle.

- Oui, c'est moi. Maman, je…

La petite fille s'interrompit. Hermione la sentait bouleversée.

-Rose, ma chérie, que se passe-t-il ? demanda-t-elle le plus calmement possible.

- J'ai… j'ai essayé d'appeler Papa mais son portable est éteint… et aussi Mamy Molly mais la cheminée ne répond pas… Je ne savais pas qui appeler d'autre…

- Tu as bien fait… mais… Rosie, tu dois me dire ce qui se passe…

- C'est ma… C'est Lavande. Elle est tombée. Elle ne bouge plus.

Hermione pâlit.

-Quand est-ce arrivé ?

- Je ne sais pas. Je suis rentrée de l'école et je l'ai trouvée comme ça.

- D'accord. Rosie… Ne bouge surtout pas. Je serai là dans quelques minutes. Avec Blaise.

- D'accord.

- Nous allons nous occuper de Lavande. Tu ne dois pas t'inquiéter, tout va bien se passer.

- J'ai peur, Maman.

- Il ne faut pas. Tout va bien se passer, répéta Hermione.

La petite fille raccrocha. Aussitôt, Hermione se leva, prenant sa veste et son sac, tout en résumant la situation à Blaise. Celui réagit immédiatement.

-Théo, prévient Harry. Qu'il essaye encore de joindre Ron ou n'importe qui chez les Weasley. Nous, nous serons à Sainte-Mangouste.

- J'y vais.

Ils sortirent en trombe du bureau. Théo se dirigea à droite, vers celui de Harry, tandis que Blaise et Hermione, couraient vers la zone de transplanage.

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Loutry Ste Chaspoule, Devon

Hermione tranplana avec précision, à quelques pas à peine de l'entrée de la propriété. Il faut dire qu'elle connaissait bien les lieux pour y avoir vécu jusqu'à son divorce. Ron et elle avaient été immédiatement séduits par ce beau cottage, perdu au milieu d'une campagne calme et verdoyante. En poussant la grille en fer forgé, elle essaya de ne pas penser aux jours heureux qu'elle avait passé ici. Elle n'était pas là pour ça.

Arrivée devant la porte, elle n'eut pas besoin de frapper, celle-ci s'ouvrit quasi immédiatement.

-Maman ! s'écria Rose en se jetant sur elle.

- Tout va bien, ma puce. Je suis là, dit-elle en serrant sa fille dans ses bras. Dis-moi où est Lavande ?

- Dans la cuisine.

- J'y vais, dit Blaise en contournant Hermione et Rose.

Il balaya la pièce du regard avant de voir Lavande, allongée derrière le comptoir. Il se précipita à côté d'elle et posa deux doigts sur sa carotide.

-Elle respire, dit-il avec soulagement.

- Tu crois qu'on peut transplaner avec elle ? demanda Hermione.

- Même si ce n'est pas conseillé pour le bébé, on n'a pas vraiment le choix. Je vais m'en occuper, dit-il avec assurance. Toi, tu te charges de Rose.

Blaise souleva Lavande sans difficulté et tranplana immédiatement.

-Ma chérie, dit Hermione en se tournant vers sa fille, tu as déjà transplané ?

- Deux fois, avec papa. Je n'ai pas trop aimé ça.

- Je te comprends, moi non plus ce n'est pas ce que je préfère. Tu vas t'accrocher bien fort à moi, d'accord ?

La petite fille hocha la tête et fit ce que sa mère lui disait. Elle ferma les yeux très fort, appréhendant la désagréable sensation qui allait suivre.

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Les Trois-Balais, Pré-au-Lard

Ron Weasley était d'excellente humeur. Il sortait d'une réunion avec le Professeur McGonagall et le Professeur Bibine en vue de préparer la finale du Tournoi de Quidditch de Poudlard, qui aurait lieu au mois de mai. L'événement serait particulier cette année car Ron y assisterait en qualité de Ministre des Sports, accompagné de recruteurs venus de plusieurs clubs du pays et aussi de l'Ecole Internationale de Quidditch.

Avant de rentrer chez lui, il décida de s'accorder une pause aux Trois-Balais.

-Une bièraubeurre, s'il vous plaît, commanda-t-il au comptoir.

Le temps qu'on lui serve sa boisson, Ron se rappela qu'il avait éteint son portable le temps de la réunion, afin qu'il ne soit pas déréglé par l'ampleur des ondes magiques de Poudlard. Il sortit l'appareil de sa poche et le ralluma. Aussitôt, l'écran lui renseigna qu'il avait reçu 12 appels en absence ainsi qu'un message vocal. Les appels provenaient de son domicile mais aussi d'un numéro qu'il n'avait plus vu s'afficher depuis longtemps : celui de Harry.

Avec une certaine anxiété, il écouta le message enregistré.

« Ron, c'est Harry. Si tu as ce message, rends-toi immédiatement à Sainte-Mangouste. Lavande a fait un malaise. J'essaye également de joindre tes parents. Tu peux me rappeler au… ».

Ron raccrocha et quitta l'établissement en trombe, sans avoir touché à sa bièraubeurre.

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Hôpital Sainte-Mangouste, Londres Sorcier

A peine arrivé dans le hall de l'hôpital, Ron se précipita sur le comptoir d'accueil, faisant fi des personnes qui attendaient leur tour.

-Ma femme ! cria-t-il. Elle vient d'être amenée ici…

- Monsieur, c'est inadmissible ! s'offusqua une petite sorcière toute fripée.

- C'EST URGENT ! rugit-il en frappant du poing sur le comptoir. ELLE EST ENCEINTE, ELLE A FAIT UN MALAISE ET JE VEUX LA VOIR !

Les personnes présentes reculèrent d'un pas, peu disposées à se frotter à ce grand rouquin colérique.

-Calmez-vous, Monsieur, dit l'infirmière. Comment s'appelle votre femme ?

- Weasley. Lavande Weasley, née Brown.

- Oui. Elle est ici. Service obstétrique. Premier étage.

Il ne prit pas la peine de remercier l'infirmière et se rua dans la cage d'escalier, montant les marches quatre à quatre. Il déboucha au premier étage, sans savoir où aller.

-PAPA !

Ron tourna la tête à droite pour voir sa fille courir vers lui. Il l'attrapa dans ses bras et la serra contre lui.

-Papa, je suis désolée ! pleurait Rose. Je… je savais pas quoi faire…

- Ce n'est rien, ma chérie. Ce n'est rien. Comment es-tu arrivée ici ?

- Elle m'a appelée.

Ron reposa Rose sur le sol et se tourna vers Hermione.

-Que s'est-il passé ? demanda-t-il.

- Ton portable était éteint, tes parents n'étaient pas là… alors Rose m'a appelée pour me dire que Lavande était par terre et qu'elle ne bougeait plus. Je suis allée chez toi immédiatement, avec Blaise. C'est lui qui a transplané avec Lavande pour l'amener ici.

- Elle a été prise en charge directement, expliqua Blaise qui s'était approché à son tour. Elle est dans une des chambres là-bas, dit-il en montrant un couloir à gauche. Mais… nous n'en savons pas plus. Personne ne nous a rien dit puisque nous ne sommes pas des membres de la famille.

- D'accord, dit Ron, le teint livide. Je vais… je… je vais aller voir.

Il allait se diriger vers le couloir indiqué par Blaise puis se ravisa.

-Merci, dit-il tout bas. Merci d'avoir été là…

- Pas de quoi, répondit Hermione.

- Je…

- Va la voir, coupa-t-elle. Elle a besoin de toi.

Ron hocha la tête et disparu derrière une porte battante.

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Après une vingtaine de minutes, Ron revint dans la salle d'attente. Son regard se posa sur Blaise Zabini, qui était assis sur un banc. Seul.

-Hermione est descendue à la cafétéria avec Rose, dit ce dernier en réponse à la question muette de l'autre homme.

Ron se contenta de hocher la tête.

-Comment va Lavande ? demanda Blaise.

- Elle a repris conscience. Les guérisseurs sont en train de la stabiliser pour pouvoir pratiquer une césarienne. Ils vont me prévenir quand ce sera le moment.

- Ok.

Ron se laissa lourdement tomber sur le banc. Il posa les coudes sur les genoux et se prit la tête entre les mains.

-Ils… ils m'ont dit que… si elle était arrivée dix minutes plus tard… elle… elle serait… et le bébé…

Sa voix se brisa. Une main large vint alors se poser sur son épaule.

-Hé, hé… tout va bien, dit doucement Blaise. Elle est entre de bonnes mains maintenant… Bientôt, tu vas pouvoir serrer ton enfant dans tes bras.

Les deux hommes restèrent silencieux un moment avant que Ron ne dise :

-Rose m'a beaucoup parlé de toi.

- Ah… oui… J'ai accompagné Hermione lors des trois dernières visites. Je ne suis pas resté très longtemps… mais suffisamment pour me rendre compte que Rose est une petite fille formidable.

- Elle l'est, oui, sourit Ron.

Blaise remua légèrement sur son siège et prit une longue inspiration.

-Ecoute Ron… Je voudrais que tu saches qu'Hermione n'est pas une passade dans ma vie. Mes sentiments pour elle sont profonds et sérieux.

- Je ne vois pas pourquoi tu me dis ça… Hermione fait ce qu'elle veut de sa vie.

- Je ne dis pas ça seulement pour Hermione… mais pour Rose aussi. En faisant partie de la vie d'Hermione, je fais aussi partie de celle de Rose, avança-t-il.

Ron haussa les épaules, comme si ça ne le concernait pas.

-Tu ne comptes pas avoir d'enfant avec elle ? demanda-t-il un peu brusquement.

- J'aimerais bien, oui… Mais je respecterai son choix si elle n'en veut pas.

- Hm… moi aussi j'aurais respecté son choix, si elle m'en avait parlé.

Il y avait dans le ton de Ron plus d'amertume et de tristesse que de colère. Blaise se dit que c'était peut-être le moment de parler à cœur ouvert.

-J'ai perdu un enfant, dit-il calmement.

Ron se tourna vers lui, un air incrédule sur le visage.

-Lors de ma dernière année d'études, j'étais en couple avec une joueuse de l'équipe universitaire de Quidditch, expliqua Blaise. On avait prévu de se marier une fois nos diplômes en poche. Elle est tombée enceinte en janvier de cette année-là. Même si ce n'était pas vraiment prévu, j'étais heureux et elle aussi. Mais elle a perdu l'enfant quatre mois plus tard…

- C'était un accident, commenta Ron d'un ton bourru. Ça n'a rien à voir avec…

- Le médicomage lui avait formellement interdit de jouer au Quidditch, continua Blaise. Mais elle ne l'a pas écouté. Ni moi non plus. Elle voulait absolument disputer la finale… Quinze minutes après le début du match, elle a pris un cognard.

Blaise soupira. C'était un épisode de sa vie dont personne n'était au courant, sauf Draco bien sûr, et il avait encore du mal à en parler.

-Je lui en ai voulu, dit-il. Terriblement. De mon point de vue, elle était responsable de la mort de notre enfant. Les reproches, la déception, la rancœur ont eu raison de notre couple. Alors, je comprends ta douleur et ta colère. Tout le monde est en mesure de la comprendre.

Ron bougonna quelque chose que Blaise ne comprit pas. Impassible, il demanda :

-Toute ces années d'affrontement au tribunal t'ont fait du bien ? Je veux dire… ça t'a aidé à faire le deuil de cet enfant et de ta relation avec Hermione ?

- Non, admit Ron à contrecœur, après un long moment.

Ils n'eurent plus l'occasion d'ajouter quoi que ce soit car Harry venait d'arriver en compagnie de Molly et Arthur Weasley. Molly se précipita sur son fils qu'elle serra dans ses bras, aussi fort qu'elle le pouvait. Arthur quant à lui, semblait terriblement anxieux.

De manière un peu gauche, Harry s'approcha à son tour de Ron et lui tendit la main.

-Comment va-t-elle ? Et le bébé ? demanda avidement Arthur.

- Elle va bien, dit Ron. Le bébé aussi. Grâce à Hermione. Et à Zabini, ajouta-t-il en se tournant vers le métis.

Alors que Ron expliquait brièvement à ses parents ce qui s'était passé, Hermione réapparut avec sa fille. Rose passa de bras en bras, heureuse de voir ses grands-parents et surtout son parrain. Un moment de gêne flotta sur la petite assemblée, que Molly dissipa bien vite.

-Merci, dit-elle en prenant son ex belle-fille dans ses bras. Merci de ce que tu as fait pour Lavande. Et merci à vous aussi, Monsieur… Zabini.

- C'est Rose qu'il faut remercier, dit Hermione en souriant. C'est elle qui a eu la bonne réaction.

Toutes les têtes se tournèrent vers la petite fille qui rougit d'être le centre de l'attention. Ron s'accroupit à sa hauteur et prit son visage entre ses mains.

-Je suis fier de toi, Rosie. Tellement fier de toi. Tu as fait ce qu'il fallait.

- Mon petit frère va bientôt arriver ?

- Pas tout de suite, mon cœur. Ça risque de prendre encore un peu de temps.

- Cette petite doit être fatiguée, dit Molly. Tu ne veux pas qu'on la ramène au Terrier avec nous ?

Ron se releva lentement.

-En fait, dit-il posément, je me disais que Rose pourrait rester avec sa mère ce soir et cette nuit. Si tu es d'accord, Hermione.

Hermione était sans voix. Harry la bouscula un peu pour qu'elle se ressaisisse.

-Heu… oui… oui ! Bien sûr ! bafouilla-t-elle avec émotion.

- Bien, dit Ron. Rose, tu as entendu ?

- Oui ! s'exclama la petite fille. Merci papa !

Molly et Arthur sourirent avec indulgence devant la joie manifeste de l'enfant.

-Je vais aller au Cottage chercher des affaires pour Lavande, dit Molly. Hermione n'aura qu'à m'accompagner pour prendre celles de Rose.

- Bonne idée, approuva Ron.

Encore un peu hébétée, Hermione ne réagit pas de tout de suite. Puis l'anxiété la gagna. Pour la première fois, elle allait héberger sa fille.

-Tout va bien se passer, murmura Harry qui s'était rendu compte de son trouble.

- Oui… oui… tout va bien se passer, répéta-t-elle.

- Tu ne seras pas seule, dit Blaise. Je t'attends à la maison, d'accord ?

Hermione opina du chef. Elle fit un signe de tête reconnaissant à Ron puis s'en alla en compagnie de Rose et de Molly.

-Merci, dit Harry à Ron en les regardant s'éloigner.

- C'est bien ce que tu viens de faire, ajouta Blaise.

Ron ne répondit pas, se contenant de hausser les épaules.

-Monsieur Weasley ? dit une voix à l'entrée de la salle d'attente.

- Oui ? répondirent Arthur et Ron au même moment.

L'infirmière leur sourit gentiment.

-L'obstétrimage va procéder à la césarienne, dit-elle à Ron. Vous pouvez venir, si vous le souhaitez.

- J'arrive ! dit-il.

Il allait se précipiter hors de la salle mais se ravisa au dernier moment. Il se tourna vers son père et le serra dans ses bras.

-Souhaite-moi bonne chance, papa.

- Ça va aller, mon grand. Lavande va te donner un merveilleux petit garçon. Allez va, maintenant, dit-il en lui tapotant affectueusement l'épaule.

Ron se défit de l'étreinte de son père puis s'arrêta devant Harry et Blaise. Sans un mot, il leur fit une accolade. Brève et maladroite mais qui valait tous les discours du monde.

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21 mars 2015 – Potter Corp., La City, Londres

Harry était en train de lire le rapport que Théodore Nott lui avait remis concernant la restructuration de sa société quand un petit bip musical lui fit relever la tête sur son écran d'ordinateur. Aussitôt, il délaissa le rapport pour s'intéresser à l'alerte émanant de Wizzoo !

Quelques jours auparavant, il avait programmé le moteur de recherches sorcier pour être alerté de tous les nouveaux articles concernant Draco Malefoy qui étaient postés sur wiznet. Par simple curiosité, bien entendu.

Comme à chaque fois que le signal retentissait, il tenta d'ignorer la fébrilité qui s'emparait de lui, l'accélération de son rythme cardiaque et l'appréhension avec laquelle il finissait par cliquer sur la petite icône qui lui délivrerait l'information du jour.

Une nouvelle page se déploya, se superposant au tableur reprenant les chiffres des ventes du Thunderbird pour le dernier trimestre de l'année écoulée. Elle était colorée, aguicheuse et titrait en gros caractères : « Indiscutable succès de la collection Saint-Martin à la Fashion Week de Milan ». Harry fit défiler l'article rapidement jusqu'à trouver ce qu'il cherchait.

« Le couturier Mathieu Saint-Martin a été vu à la réception organisée par le magazine de mode Incantatrice, en compagnie de l'avocat anglais Draco Malefoy. Depuis leur première apparition publique à la sortie de la Scala il y a quinze jours, les deux hommes ont été vus ensemble à de nombreuses reprises lors de différents événements mondains. Monsieur Saint-Martin se refuse à tout commentaire sur la nature de sa relation avec l'avocat ».

-Ouais, bougonna Harry. On la connaît la nature de leur relation…

En dessous de l'article, on pouvait voir une photo du couturier et de Draco, un verre de champagne à la main, souriant à l'objectif. Dépité, Harry ouvrit un tiroir de son bureau d'où il sortit la photographie prise par le Daily Prophet lors de la conférence de presse qu'il avait donnée avec Draco. Il compara les deux clichés, se demandant ce que l'autre homme avait de plus que lui. Et l'évidence le frappa : Draco et Saint-Martin avaient pratiquement la même taille, la même silhouette fine et élancée, la même élégance racée. Ils étaient assortis. Contrairement à Draco et lui…

Le cœur lourd, il rangea la photo dans son tiroir qu'il referma d'un coup sec.

Il allait se replonger dans le rapport de Théo quand Peggy frappa à la porte.

-Monsieur Potter, vous avez rendez-vous à Sainte-Mangouste dans un quart d'heure.

- Sainte-Mangouste ? Mais quel rendez-vous ? s'étonna-t-il.

- D'après l'agenda, il s'agit de votre visite de contrôle chez le guérisseur Coltrane. Miss Granger ne vous a rien dit ?

Harry soupira. C'était Hermione qui gérait ses rendez-vous médicaux, depuis la visite chez le dentiste jusqu'aux tests HIV qu'il effectuait tous les ans par précaution. Elle s'occupait même de ses rendez-vous chez le coiffeur et de ses séances au spa.

-Elle a dû oublier. Ce n'est pas grave Peggy. Il n'y a aucun problème.

Il se leva, enfila sa veste et se dirigea vers la zone de transplanage.

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Hôpital Sainte-Mangouste, Londres Sorcier

-Bonjour Arthur.

- Oh, bonjour Hermione. Je ne t'avais pas entendu arriver.

- Alors ? Lequel est-ce ?

- A ton avis ?

Hermione scruta les petits berceaux alignés derrière la vitre. Elle repéra assez rapidement une petite tête rousse qui dormait à poings fermés.

-C'est un Weasley, à n'en pas douter, rigola-t-elle.

- En effet. Il s'appelle Hugo.

- C'est un petit garçon magnifique.

Elle soupira un peu tristement. Elle n'avait pas oublié que c'était le prénom que Ron et elle avait choisi pour leur enfant s'il avait été un garçon.

-Rose n'est pas avec toi ? demanda Arthur, la ramenant au présent.

- Elle est à la boutique avec Molly. Elle choisit un cadeau pour son petit frère.

- Tout s'est bien passé avec elle ?

- Parfaitement.

A vrai dire, Hermione peinait encore à réaliser qu'elle avait passé les quinze dernières heures en compagnie de sa fille, et surtout que tout s'était admirablement déroulé. Rose avait aimé le repas qu'elle avait préparé, tout autant que la décoration de sa chambre. Et pour ne rien gâcher, elle s'était entendue à merveille avec Blaise.

-Comment va Lavande ? demanda-t-elle. Nous n'avons pas pu aller la voir car les guérisseurs et les infirmières étaient avec elle et Ron. Il n'y a pas de complications, j'espère ?

- Non, non, démentit Arthur. Ils s'assurent seulement qu'elle est bien remise du malaise qu'elle a fait hier. Merlin, si Blaise et toi n'aviez pas été là, je n'ose pas imaginer ce qui se serait passé… Lavande aurait pu… et le bébé…

Hermione fixa Arthur dont le visage était crispé par l'angoisse.

-Arthur, dit-elle tout doucement, ce bébé est l'enfant de Ron. Il ne peut pas en être autrement.

- Heu… oui… évidemment... Pourquoi me dis-tu cela ?

- Vous le savez très bien.

Le visage d'Arthur perdit toute couleur.

-Comment le sais-tu ? demanda-t-il sèchement.

- Mon avocate. Elle est très douée pour dénicher ce genre de choses.

- Que vas-tu faire ? Le dire à Ron ? L'utiliser contre lui au tribunal ?

- Non. Je ne dirai rien à personne. Ça détruirait Ron. Et ça détruirait Molly. Et puis, je ne suis pas comme ça… la souffrance des autres ne m'apporte absolument rien.

Arthur reporta son attention sur Hugo qui dormait toujours du sommeil du juste.

-Je n'ai rien voulu, dit-il très bas. Je n'ai rien cherché… c'est arrivé… comme ça.

- Quand ?

- Il y a deux ans. Ron était en déplacement pour son travail, une fois de plus. Il… il travaille comme un fou. Et quand il ne travaille pas, il consacre tout son temps à Rose. Lavande se sentait de plus en plus seule, elle dépérissait à vue d'œil sans que personne ne s'en aperçoive.

- Sauf vous.

- Oui… sauf moi. Un jour où je venais lui déposer du ragoût que Molly avait préparé, nous avons discuté. Longtemps. C'est horrible à dire mais avant ce jour-là, je n'avais pas réalisé que Lavande avait de la conversation…

Il réprima un petit rire désabusé.

-Je suis revenu le lendemain, et le surlendemain… Après un mois, je venais presque chaque jour de la semaine. Vers midi, comme ça nous pouvions déjeuner ensemble. Puis il y a eu ce jour-là… un mardi d'avril. En entrant, j'ai tout de suite vu que quelque chose n'allait pas. Ron et elle s'étaient disputés. Il avait parlé de divorce. Elle semblait si fragile, si… perdue. Je l'ai prise dans mes bras et je l'ai consolée. Et c'est arrivé. Nous aurions pu en rester là… nous aurions dû en rester là : une erreur, une stupide erreur de jugement.

- Mais ce ne fut pas le cas, observa Hermione placidement.

- Non. Et je ne comprends toujours pas pourquoi. Qu'est-ce qu'une femme comme Lavande a pu trouver à un homme de mon âge ? Avec mon physique ?

- Pour beaucoup de femmes, l'âge et le physique n'ont pas d'importance. Elles recherchent la sécurité, la compréhension, le réconfort… Il faut croire qu'elle avait trouvé tout cela en vous.

- Peut-être.

Hermione et Arthur restèrent silencieux un petit moment avant qu'Arthur ne dise :

-J'aime ma femme, Hermione. Et j'aime mon fils. Tu n'es pas obligée de me croire mais c'est la vérité.

- Je vous crois. C'est bien pourquoi je ne dirai rien mais Arthur… il faut que vous mettiez fin à tout ça.

- Je sais mais ce bébé…

- Est le fils de Ron, coupa Hermione brutalement. Ron en a besoin, pour passer à autre chose, pour faire le deuil de l'enfant que je lui ai pris ! Ce bébé, c'est une chance pour Lavande et lui, une chance pour leur couple. Il en a besoin et moi aussi ! J'ai besoin que Ron soit heureux, qu'il trouve enfin la paix ! Il ne s'agit pas que de vous, de Ron ou de Molly. Il s'agit de moi aussi. Et de Rose. Vous comprenez ?

- Oui, souffla Arthur. Oui, je comprends.

- J'ai votre parole ? insista Hermione.

- Oui, tu as ma parole.

Hermione lui sourit gentiment.

-Merci Arthur.

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Au même moment, au rez-de-chaussée de l'hôpital, Harry Potter attendait dans une salle de consultation. Comme à chaque visite, il avait été contraint de se déshabiller et d'enfiler une tunique en papier, nouée dans son cou.

-Bonjour Harry, dit le guérisseur Coltrane en entrant dans le local.

- Bonjour Andrew.

Andrew Coltrane suivait Harry depuis le jour de son accident et les deux hommes avaient fini par sympathiser.

-Alors… voyons voir ça, dit Andrew en contournant la table sur laquelle Harry était installé. Penche-toi un peu en avant.

Harry obtempéra, néanmoins perplexe. D'habitude, la visite commençait par diverses questions sur comment il se sentait, sur l'effet des potions et leur efficacité.

Le guérisseur écarta les pans de la blouse et pointa sa baguette sur le bas du dos de Harry. Une image holographique apparut immédiatement. Il demanda ensuite à Harry de se lever et refit la même opération à hauteur de la hanche. Il examina ensuite les deux images, en silence.

Après un temps qu'Harry trouva anormalement long, il entendit le claquement des gants en latex qu'on enlève et Andrew réapparut dans son champ de vision. L'air maussade, il dit :

-Tu peux te rhabiller et venir me rejoindre dans mon bureau.

Interloqué, Harry ne perdit pas une minute pour ôter la blouse et réenfiler ses vêtements. Quand il entra dans le bureau de Andrew, ce dernier était en train de prendre des notes sur un parchemin.

-Andrew, qu'y a-t-il ?

- Tu ne prends plus tes potions, dit le guérisseur.

- C'est à dire que…

- Ce n'était pas une question, Harry. L'état de ta colonne et des os de ta hanche me dit clairement que tu ne prends plus tes potions. Depuis quand ?

- Un mois, admit Harry.

- Pourquoi ?

Harry soupira.

-J'ai essayé quelque chose d'autre… un remède à base de plantes.

- De quoi s'agit-il ?

Par chance, Harry avait un flacon du produit avec lui et le tendit à Andrew. Celui-ci l'examina avec attention avant de le poser sur le bureau.

-Tu peux continuer ce traitement, si c'est vraiment ce que tu veux.

- C'est vrai ? s'exclama Harry.

- Oui. Mais je dois te prévenir que dans six mois au maximum, tu seras en chaise roulante.

Devant l'air complètement ahuri de son patient, le guérisseur perdit son calme.

-Bon sang, Harry ! Que croyais-tu ? Qu'une décoction moldue à base de reine-des-prés, de feuilles de cassis et de curcuma allait t'aider ?

- Je… je ne sais pas…

- Je n'en reviens pas que tu sois tellement inconscient… après ton accident, si tu as été remis sur pied, c'est uniquement grâce à la magie. Comment as-tu pu croire que tu pourrais t'en passer ?

- J'ai peur, Andrew, avoua Harry. Peur que les potions finissent par ne plus agir. Je voulais juste trouver… une alternative.

- Pourquoi tu n'es pas venu me voir, dans ce cas ? Il y a des alternatives ! Je ne t'en parle pas parce qu'il est bien trop tôt. Les potions que tu prends seront efficaces durant encore dix ou quinze ans.

- Et après ? Dans dix ans, j'aurais à peine 45 ans… Je ne veux pas… je…

La voix de Harry se brisa.

-Harry, dit doucement Andrew. Lorsque je t'ai annoncé que tu ne jouerais plus jamais au Quidditch, je t'ai fait la promesse que tu ne perdrais jamais l'usage de tes jambes. Tu te souviens de ce que tu as promis en retour ?

- De t'écouter. De toujours suivre scrupuleusement mon traitement.

- Je compte bien respecter ma parole, Harry. Mais je ne peux le faire que si toi, tu respectes la tienne.

- Ouais… je sais… je suis désolé. Est-ce qu'il y a moyen de rattraper ça ?

- Un moyen et un seul.

Andrew Coltrane sourit. Il prit la bouteille de remède aux plantes et la jeta dans la poubelle.

-Voilà. Reprends ton traitement. Dans cinq jours, il n'y paraîtra plus.

- Merci Andrew.

- Remercie plutôt ton amie. C'est elle qui m'a demandé de te recevoir en urgence.

- Oh.

Harry poussa un petit soupir agacé. Mais son agacement ne dura qu'une fraction de seconde. Hermione avait voulu bien faire et elle avait eu raison, comme toujours.

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Restaurant Yauatcha, Londres, Soho

-Oh Harry ! Je vais finir par croire que tu pratiques la légilimencie sur moi ! Comment sais-tu que j'ai une envie folle de dim sum depuis ce matin ?

- Un coup de chance, c'est tout ! dit Harry en reculant le siège pour permettre à Hermione de s'installer.

-Par contre, il faudra que tu m'expliques comment tu es parvenu à obtenir une table en dernière minute. C'est toujours complet des jours à l'avance ici.

Le Yauatcha était un restaurant chinois chic et branché de Soho, réputé pour sa cuisine moderne et surtout ses dizaines de variétés de dim sum, et dans lequel on n'entrait pas sans réservation.

-Là, j'admets que la magie y est pour quelque chose, souffla Harry d'un ton de conspirateur. Juste un tout petit sort de confusion.

- Harry !

- Tu veux qu'on aille ailleurs ? demanda-t-il innocemment. On trouvera bien une table au McDo sur Shaftesbury Avenue, si tu préfères…

Hermione haussa un sourcil.

-Hm… ce n'est pas si grave que ça, après tout. Et puis, j'ai trop envie de dim sum !

Comme pour appuyer son propos, elle appela un serveur afin qu'il vienne prendre leur commande. Elle entreprit ensuite de raconter à Harry sa soirée avec Rose, dans tous les détails.

-Et maintenant ? Elle est avec Ron ? demanda-t-il.

- Oui. Il… il m'a demandé si je pouvais venir la reprendre vers 17 heures et… m'en occuper jusque demain soir !

- C'est vrai ?

- Oui ! exulta Hermione.

Son amie transpirait la joie et il se réjouit pour elle. Il lui prit la main et embrassa tendrement ses doigts.

-Je suis tellement content pour toi. Depuis le temps que tu attendais ça…

- C'est merveilleux, Harry. Je… je ne sais pas décrire ce que je ressens… C'est…

Elle se mordit la lèvre pour ne pas pleurer mais l'émotion était trop forte et les larmes lui montèrent aux yeux.

-C'est bien parti pour que vous trouviez un accord, dit Harry.

- Je ne sais pas… j'espère… mais j'essaye de ne pas me faire trop d'illusions.

- Tu dois garder espoir, Hermione. Je suis certain que les choses vont s'arranger désormais.

Hermione hocha la tête en souriant.

-Tu es le meilleur ami que je pouvais rêver d'avoir.

- Je sais, se gaussa Harry. Tu as de la chance. Toutes les filles rêvent d'avoir un meilleur ami gay.

En riant, elle le gratifia d'un petit coup de poing amical sur le bras.

-Alors tu ne m'en veux pas ? demanda-t-elle après un temps.

Harry ne fit pas semblant de ne pas comprendre.

-Non, je ne t'en veux pas. Je sais que ton intention était bonne. Et puis, tu avais raison… comme toujours.

- Tu sais Harry… je n'ai pas fait ça pour te prouver que j'avais raison. Je voulais seulement t'aider. Parce que je m'inquiète pour toi.

- Je sais. Je te remercie de prendre soin de moi comme tu le fais.

Le serveur vint déposer leurs consommations, interrompant la conversation.

-A vrai dire, commença Harry quand le serveur fut parti, c'est à Olivier que j'en veux.

Avec un peu de brusquerie, il s'empara de son verre de thé glacé à la mandarine et but une gorgée.

-Olivier ne te connaît pas encore suffisamment pour savoir ce qui est bon pour toi ou non, dit prudemment Hermione en évitant de le regarder. Que ce soit ta santé ou… le reste.

Le visage de Harry se ferma.

-Théodore t'a parlé, soupira-t-il.

- Oui. Et avant que tu ne dises quoi que ce soit à ce propos, explique-moi pourquoi j'ai dû l'apprendre par lui et pas par toi.

- J'allais te le dire ! Je voulais simplement pouvoir te présenter les choses… sous leur meilleur jour.

Hermione fixa son ami avec stupeur.

-Tu es en train de m'insulter, là, Harry…

- Quoi ? Non ! Je…

- Je n'ai pas besoin que tu enjolives la situation ! Bon sang, je suis à tes côtés depuis le premier jour ! Cette entreprise, je la connais aussi bien que toi ! Et certainement mieux qu'Olivier !

Elle ne comptait pas réagir aussi vivement mais les propos de Harry l'avaient profondément heurtée.

-Je suis désolé, dit-il. Je ne voulais pas être blessant. Je pensais vraiment que c'était une bonne idée.

- Une bonne idée ? répéta Hermione. En quoi démanteler ton entreprise serait une bonne idée ?

- Il ne s'agit pas d'un démantèlement ! Seulement de donner plus d'autonomie aux différents secteurs.

- Pour quoi faire ?

- Nous ne sommes pas à l'abri d'une baisse de rentabilité ou bien de difficultés structurelles… ça nous permettrait de vendre plus facilement un secteur d'activité.

- D'accord, dit Hermione posément.

Elle fit courir ses doigts sur la surface de la table, redessinant les nervures du bois.

-De quel secteur serais-tu prêt à te séparer ?

Harry fixa longuement son amie et associée, sans toutefois répondre.

-C'est une question simple, reprit-elle.

- Non, ça ne l'est pas.

Hermione lui fit un sourire en coin.

-Bien sûr que ça ne l'est pas, dit-elle doucement. Parce que tu connais chaque employé, chaque ouvrier de chaque secteur. Tu connais leur situation familiale, leurs difficultés, leurs rêves. Tu sais parfaitement bien que même si nous devions connaître un problème de rentabilité ou je ne sais quoi d'autre, tu ferais tout ce que tu peux pour trouver une solution. Et cette solution ne serait pas d'amputer l'entreprise…

Comme il ne disait rien, elle poursuivit.

-Harry, ta société est exactement telle que tu l'as voulue… elle te ressemble. Ton personnel est heureux de travailler pour toi.

- Bah… qu'est-ce que tu en sais ? Ils ne vont pas venir se plaindre chez toi…

- Je le sais parce que je vois les chiffres. Pas seulement ceux de la productivité. Ceux de l'absentéisme, qui avoisine le zéro. Nous n'avons quasiment aucun malade de longue durée. Aucun accident du travail. Les seuls départs que nous connaissons sont les départs à la retraite. Que te faut-il de plus ?

Harry soupira longuement. Il se renfonça un peu plus dans son siège et secoua doucement la tête.

-Je crois que je me suis un peu emballé avec cette histoire… Quand Olivier m'en parlait, ça semblait tellement… prometteur.

- Pour qui ? Pour lui ou pour ta société ? demanda Hermione non sans une pointe d'ironie.

- Que veux-tu dire ?

- Tu as promis quelque chose à Olivier dans cette nouvelle « structure » ?

- Promis, c'est beaucoup dire… Non… on a seulement envisagé le fait qu'il pourrait s'occuper de tout le volet acquisition et gestion des clubs de Quidditch.

Le visage d'Hermione n'exprima rien de particulier, mais Harry n'était pas dupe.

-Quoi ? Tu penses qu'Olivier profite de moi, c'est ça ?

- Je pense qu'Olivier essaye de se rendre incontournable dans ta vie et que ce n'est pas forcément une bonne chose.

- Olivier partage ma vie, Hermione. C'est normal qu'il s'intéresse à moi, à ma santé, à mon entreprise.

- Et à tes enfants ? Est-ce qu'il s'intéresse à tes enfants ? Est-ce qu'il t'a demandé comment allait James et Albus ? S'ils se remettaient de ce qui s'est passé avec leur beau-père ? S'ils étaient heureux d'avoir vu leur petite sœur ?

Harry ne sut pas quoi répondre. Car ce qu'Hermione disait était vrai. Rares étaient les fois où Olivier lui demandait des nouvelles de ses enfants.

-Tu sais bien qu'Albus et James ont toujours eu du mal avec les hommes que je leur présentais, dit-il dans une vaine tentative de défendre son amant.

- Avec tous, sauf un.

- Je n'ai pas envie de parler lui, dit Harry sèchement.

- Harry, tu…

- Non. Entre lui et moi, c'est fini. Il a été on ne peut plus clair. Alors, le sujet est clos, ok ?

Hermione soupira mais n'insista pas.

C'est à ce moment que le serveur arriva avec leurs plats. Ils mangèrent en silence quelques instants, avant qu'Hermione ne relance la conversation.

-Comment ça se passe avec James ? Il t'écrit toujours aussi régulièrement ?

- Oui, dit Harry en souriant. J'en encore reçu une lettre de deux pages pas plus tard qu'hier. Il me racontait son weekend au Terrier avec Albus. Ils adorent Lily et je devine qu'ils vont tous les deux prendre leur rôle de grands frères très au sérieux.

- Quelque chose de bon sera finalement sortit de tout cela, philosopha Hermione.

- Oui… je n'imaginais pas devoir un jour remercier Lestrange d'avoir rapproché mon fils de moi.

- Lestrange n'a rien à voir là-dedans. C'est de toi qu'il s'agit. Tu as toujours été présent pour tes enfants, tu as toujours fait en sorte de leur montrer que tu les aimais et que tu les soutenais. Et tu as été là quand ils ont eu besoin de toi. James l'a compris maintenant.

- Je suppose que oui.

- Les épreuves font grandir, Harry. Nous sommes bien placés pour le savoir.

Harry se contenta de hocher la tête et d'avaler une bouchée à la vapeur.

-A propos de James, reprit Hermione, est-ce qu'il t'a déjà parlé de ce qu'il voudrait faire plus tard ?

- La seule et unique fois où on a en parlé, il était intéressé par une carrière au Ministère. Il voulait demander à Percy de faire un stage auprès de lui. Pourquoi tu me demandes ça ?

- Hm… j'ai l'impression qu'il a autre chose en tête.

- C'est pas vrai, souffla Harry en posant ses baguettes d'un air catastrophé. Ne me dis pas qu'il veut devenir joueur de Quidditch professionnel ! Je ne le permettrai pas ! Et Ginny non plus, je le sais. C'est…

- Il ne veut pas devenir joueur pro, le rassura Hermione.

- Alors quoi ?

- Je crois qu'il s'intéresse à l'entreprise.

Harry resta bouche bée.

-Quoi ? Il s'intéresse à… Potter Corp. ?

- Oui. Tu te rappelles des deux jours qu'il a passé avec Wilson et moi en octobre dernier ?

- Oui, je m'en rappelle. C'est vrai qu'il était enthousiaste mais c'était… je ne sais pas… juste de l'émerveillement…

- C'était de l'intérêt, Harry. Il a posé des tas de questions à Wilson et à moi aussi. Et ça allait bien plus loin que du simple émerveillement pour des balais de compétition.

- Tu… tu crois que je dois lui proposer de revenir ?

- A ta place, je lui proposerais un stage. Ce sera bien plus intéressant pour lui que de mourir d'ennui auprès de Percy.

- Hm… je vais lui en parler.

Sous l'œil attendri d'Hermione, Harry se mit à sourire bêtement. Son divorce, l'éloignement de ses enfants, la froideur de James à son égard, tout ça faisait qu'il n'avait jamais envisagé qu'un de ses fils puisse lui succéder un jour à la tête de l'entreprise. Cette perspective le rendait incroyablement heureux.

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Appartement de Draco Malefoy, Quartier du Sempione, Milan

Draco referma son exemplaire de Sorcière-Hebdo et le posa sur la pile déjà constituée de Gossip Wizz, du Daily Prophet et de Sorcière Actuelle. Comme à chaque fois, il tentait d'ignorer les battements de son cœur et le fait qu'il retenait sa respiration le temps de feuilleter rapidement les magazines. Le temps de constater qu'il n'y avait aucun article sur lui.

Bien sûr, cela ne voulait rien dire. Le fait qu'Harry Potter ne mettait apparemment plus le nez dehors depuis la soirée de présentation du Cobra ne voulait absolument rien dire, et certainement pas qu'il avait quitté sa sangsue de petit-ami. Pourtant, Draco ne pouvait s'empêcher d'en tirer des conclusions.

Comme toujours, il termina sa revue de presse par Quidditch Mag. C'était là qu'il était le plus susceptible de voir apparaître le nom de Harry. Il en était à la moitié du magazine sans qu'il ait trouvé quoi que ce soit de significatif, excepté une interview du capitaine de l'équipe des Busards de Heidelberg qui disait avoir hâte d'essayer le Cobra lorsque celui-ci serait enfin mis sur le marché. Mais en tournant la page suivante, il tomba sur un article de deux pages, consacré à Olivier Dubois. Entre les photos d'archives et le rappel des moments clés de sa carrière, se trouvait un large encart contenant son interview. Aussitôt, Draco se crispa. Ses yeux scannèrent les mots jusqu'à trouver ce qu'il cherchait :

« -Vous partagez la vie d'Harry Potter depuis quelques mois maintenant. Comment se porte votre couple ?

A merveille ! Harry est un homme formidable. Attentionné, tendre. Passionné aussi ! C'est l'homme de ma vie ! Nous sommes très heureux ensemble.

-Seriez-vous parvenu à l'assagir ?

(Rires) Harry a changé. Il n'est plus l'homme volage qu'il a longtemps été. Il lui fallait seulement trouver la bonne personne, celle qui lui donnerait envie de construire quelque chose de durable, celle qui lui redonnerait confiance.

-Et vous êtes cette personne ?

Oui, certainement. J'ai… »

Draco ne voulait pas en lire davantage. Il referma le magazine d'un coup sec et l'envoya directement dans la poubelle.

-Des nouvelles contrariantes ? dit une voix dans son dos.

- Des nouvelles inutiles, répondit Draco d'un ton morne.

Il leva la tête pour voir Mathieu Saint-Martin se servir un verre de Barbaresco.

-On parle de nous ? demanda le couturier en se hissant souplement sur une chaise haute et en prenant un magazine sur la pile.

- Oui. Ta collection a fait fureur. Notre apparition à la soirée d'Incantatrice également.

- Il ne pouvait pas en être autrement, dit Mathieu avec suffisance.

Il délaissa le fascicule et reporta son attention sur Draco.

-Tu as réfléchi pour Ibiza ?

- Ah Ibiza, soupira Draco avec emphase en s'étirant nonchalamment. Le soleil, les plages, la musique… des dizaines de mecs plus beaux les uns que les autres, prêts à assouvir tous mes fantasmes…

- J'en déduis que tu m'accompagnes ? sourit Mathieu.

- Non.

La réponse avait fusé, catégorique. Devant l'air étonné de son vis-à-vis, Draco se mit à rire.

-Ce sont les vacances de Pâques, expliqua-t-il. Mon fils passe la semaine avec moi. Sa mère m'a écrit hier pour me donner son accord.

- Oh.

Le ton de Mathieu démontrait parfaitement qu'il ne comprenait absolument pas sa décision mais Draco n'était pas disposé à se justifier davantage.

-Tu es sûr ? insista Mathieu.

- Certain. Rien ne me ferait renoncer au temps que je vais passer avec mon fils.

- Si tu le dis.

Mathieu descendit de sa chaise et contourna le comptoir pour poser son verre vide dans l'évier.

-Le service marketing m'a proposé un nom pour la campagne publicitaire de Sable Noir, dit-il sans transition.

- Ah oui ? Lequel ?

- Harry Potter.

Draco eut un temps d'arrêt.

-Pourquoi lui ? demanda-t-il d'une voix sourde.

- Sable Noir est un parfum pour l'homme dans la trentaine, posé, accompli. Je veux quelqu'un qui incarne la classe. La réussite. Il sera parfait.

- Il va refuser.

- Pourquoi ?

- A cause de ses enfants. Il veut les préserver de sa célébrité. Jamais il n'acceptera que son visage… ou son corps… soit placardé à tous les coins de rue et dans tous les journaux pour faire vendre un parfum, jeta Draco avec mépris.

Contre toute attente, Mathieu se mit à rire.

-Il veut préserver ses enfants ? répéta-t-il. C'est mal barré !

Disant cela, il sortit d'un tiroir un exemplaire de Alohomora !, le pire du pire de la presse people. Le torchon suprême. Avec horreur, Draco lut le titre racoleur qui occupait la moitié de la couverture : « Harry Potter plus chaud que jamais aux Seychelles ».

-Eh oui, dit Mathieu avec un faux sourire contrit. Celui-là a échappé à ta petite revue de presse hebdomadaire.

Bien malgré lui, Draco ouvrit le magazine en pages centrales. Les photos étaient sans équivoque. On y voyait Harry et Olivier allongé sur un lit de plage, étroitement enlacés, s'embrassant passionnément. Il n'y avait aucun doute sur leurs intentions.

-Ce… ce sont des photos volées, siffla Draco.

- Sans doute, dit Mathieu. En attendant… elles sont là.

Draco ferma les yeux un instant pour faire refluer sa colère et la douleur qui lui compressait la poitrine.

-S'il te plaît, Mathieu. Il y a des tas d'autres hommes qui seraient parfaits pour ta campagne.

Mathieu s'approcha et posa ses mains de part et d'autre du visage de Draco. Lentement, il s'approcha et l'embrassa avec tendresse.

-Je suis désolé, Draco, dit-il en s'écartant. C'est le business. J'ai déjà demandé à Solange de prévoir un rendez-vous avec lui la semaine prochaine.

Draco écarquilla les yeux.

-Rassure-toi, dit Mathieu. Je ne te demande pas d'y aller. Je le rencontrerai moi-même.

Le couturier l'embrassa une nouvelle fois.

-Je vais rentrer, murmura-t-il. Tu me rejoins chez moi à 20 heures ?

- Oui. Combien serons-nous cette fois ?

- Hm… une petite dizaine.

- Parfait, souffla Draco avec un sourire lubrique.

A suivre...