DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.
Rating : M
Genre : romance / slash / Yaoi
Merci à tous pour vos nombreux messages pour mon anniversaire. Je suis ravie que cette publication surprise vous ait plu. Le nombre de reviews était incroyable ! Pour ceux à qui je n'ai pas pu répondre faute de temps, je vous dit un grand merci, particulièrement à Pouik, Elektra Black et Kelewan.
Une petite pensée spéciale pour Mery-Alice et son petit Pierrick.
Bonne lecture !
Chapitre 32 – Et toute la ville en parle
« Il parait qu'à en croire la rumeur
Tu ne vois plus personne
Il parait qu'il t'attend chaque jour
Chaque heure, chaque minute
Mais l'amour qu'il te porte
Ressemble à une insulte »
(Didier Barbelivien)
3 avril 2015 – Potter Corp., La City, Londres
Par la fenêtre de son bureau, Harry regardait les gens entrer et sortir de la Cathédrale Saint-Paul. Parmi eux, il y avait beaucoup de touristes, venus admirer l'œuvre architecturale, mais également des croyants, venus tout simplement se recueillir.
La religion n'était pas étrangère à Harry. Il avait reçu des cours de religion anglicane dans l'école primaire qu'il fréquentait avant son entrée à Poudlard. Son oncle et sa tante l'avaient aussi obligé à les accompagner quelques fois à l'office du dimanche, à la Paroisse Sainte Ursula, afin que tout le monde voit combien ils étaient de dévoués et charitables chrétiens. Il lui était même arrivé de prier, dans l'obscurité et la solitude de son placard, pour que quelqu'un vienne le délivrer de son calvaire. Il faut croire que ses prières avaient été entendues…
Peut-être était-ce la solution ? Traverser la rue, entrer dans la Cathédrale, allumer un cierge… et prier. Prier aussi fort qu'il le pouvait pour que Teddy aille mieux.
Il soupira et serra plus fort le parchemin qu'il tenait dans sa main. Jamais Andromeda n'avait paru aussi inquiète dans un de ses courriers. L'état de Teddy s'était considérablement détérioré ces derniers jours. Les guérisseurs rencontraient de plus en plus de difficultés à gérer sa lycanthropie latente. Le paradoxe était que s'il avait été un loup-garou à part entière, au moins une fois par lune, la transformation lui aurait permis d'évacuer ses pulsions violentes. Or, il ne l'était pas. Son enveloppe humaine ne lui permettant plus de contenir son agressivité, Teddy se détruisait de l'intérieur. Impuissants, les guérisseurs n'avaient eu d'autre choix que de lui administrer des potions sédatives excessivement puissantes, le laissant dans un état comateux presque permanent.
-Bonjour mon amour, souffla une voix dans son oreille, tandis que deux bras entouraient sa taille.
- Olivier ! sursauta Harry en se retournant. Je ne t'avais pas entendu entrer.
- Désolé de t'avoir surpris. Peggy n'est pas là et j'ai pensé que… mais… tu en fais une tête… qu'est-ce qui ne va pas ?
- J'ai reçu une lettre d'Andromeda, dit-il en montrant le parchemin. L'état de Teddy, mon filleul, s'est encore détérioré…
- Mais… tu es allé la voir il n'y a pas très longtemps… et ça allait, non ?
- Oui. Apparemment, il a fait une crise il y a quatre jours et depuis les guérisseurs ne parviennent plus à le stabiliser.
- Oh… j'imagine combien ça doit être difficile pour toi…
- Ça l'est, en effet…
Olivier serra Harry contre lui, déposant un baiser dans ses cheveux.
-Je peux faire quelque chose pour toi ? demanda-t-il.
- Hélas non… mais merci de demander.
Harry se blottit plus étroitement entre les bras de son compagnon, heureux du soutien qu'il lui apportait.
-Harry, je… oh, excuse-moi ! dit Théo qui venait d'entrer dans le bureau. Peggy n'est pas là et la porte était ouverte… j'ai pensé que…
- Il n'y a pas de mal, dit Harry, souriant de l'embarras de son ami. Que puis-je faire pour toi ?
- Le Magenmagot a rendu une décision à propos des photos parues dans Alohomora ! Tous les exemplaires doivent être retirés de la vente.
- Mouais, bougonna Harry. Si seulement il en reste !
- Et le magazine est condamné à vous payer à toi et Olivier, une somme de 50.000 gallions chacun, à titre de dommages et intérêts pour avoir attenté à votre vie privée.
- C'est tout ? s'exclama Olivier.
Théo regarda Harry et Olivier, perplexe.
-Heu… oui. C'est en général la somme que les tribunaux sorciers octroient pour ce genre de plainte.
- On l'aura quand ? demanda Olivier.
- Le jugement précise que l'argent de la condamnation doit être versé sur le compte de la Fondation endéans le mois.
- La Fondation ? Mais quelle Fondation ?
- Celle que j'ai créée pour venir en aide aux enfants atteints de maladies rares, expliqua Harry. Une partie de son financement provient de ce genre de procès. Ces dommages et intérêts, pour moi, c'est de l'argent indûment gagné. Alors je le verse à une cause qui en vaut la peine.
- Et je peux savoir pourquoi tu ne m'as pas demandé mon avis ? s'emporta Olivier. Il y a une partie de ce fric qui me revient, non ?
Harry le regarda en fronçant les sourcils.
-C'est de ma faute, intervint Théo. C'est moi qui ai pris cette décision d'après ce que j'ai pu voir dans les notes de Dean Thomas. J'ai pensé faire comme d'habitude. J'aurais dû…
- Non Théo, dit très calmement Harry. Ce n'est pas de ta faute. Tu as fait exactement ce qu'il fallait.
Puis il se tourna vers Olivier.
-Si tu tiens tellement à cet argent, dit-il d'un ton froid, je peux te faire un chèque immédiatement.
- Là n'est pas la question ! J'estime que j'avais mon mot à dire ! Ce n'est pas parce toi tu gagnes des millions de gallions par an que c'est le cas de tout le monde !
- Si tu as à te plaindre de ton salaire, je te suggère d'en parler avec le directeur et le président de ton club.
Olivier ne répondit pas, se contentant de traverser le bureau et de sortir en claquant la porte.
-Je suis désolé, dit Harry à Théo. Je ne sais pas ce qui lui a pris…
- Ce n'est pas grave, répondit l'avocat, un peu embarrassé tout de même.
- Merci en tout cas de t'être occupé de cette affaire. Comme je te l'ai dit, tu as fait ce qu'il fallait. Tu en as appris davantage sur comment ils sont parvenus à prendre ces photos ?
- Non. Le sacro-saint secret des sources, soupira Théo.
- Hm… je ne comprends pas. J'avais protégé la villa avec les mêmes sorts que ceux que j'utilise pour mon appartement. Personne n'était jamais parvenu à les briser ou à les contourner.
- Je trouve ça étrange moi aussi…
- Bah, dit Harry d'un geste agacé de la main. Ce qui est fait est fait. Tout ce que j'espère, c'est que mes enfants n'ont pas eu l'occasion de voir ces photos.
Disant cela, Harry s'assit à son bureau. Il extirpa un dossier d'une pile qui se trouvait sur sa droite.
-J'ai lu le projet de restructuration de l'entreprise, dit-il. Tu as fait un travail remarquable. Mais… je vais abandonner cette idée…
- Ah ? fit Théo en paraissant judicieusement étonné.
Harry se mit à rire.
-C'est bon, Théo, je sais que tu étais contre ce projet depuis le début… mais je ne t'en veux pas, ajouta-t-il rapidement.
- Tu ne considères pas cela comme un manque de loyauté de ma part ?
- Non. Tu étais loyal envers l'entreprise, c'est tout ce qui m'importe.
Théo hocha la tête, satisfait qu'Harry soit revenu à la raison.
-Je suis désolé de t'avoir fait travailler pour rien, dit ce dernier en laissant tomber le dossier dans la corbeille à papiers.
- Ce n'est pas grave, répondit Théo avec un sourire en coin. Tu recevras de toute façon ma note d'honoraires !
- Alors toi, tu ne perds pas le nord, rigola Harry.
Les deux hommes plaisantèrent encore sur des choses et d'autres avant qu'Harry ne demande, presque timidement :
-Est-ce que tu as eu des nouvelles de Malefoy récemment ?
- Pas vraiment. Tu sais… on ne s'est plus beaucoup parlé depuis que… enfin, tu vois…
- Je sais qu'il t'a blessé tout autant que moi mais… c'est ton ami, depuis si longtemps…
- Oui… c'est ce que Blaise me dit aussi. Honnêtement, je n'ai pas envie de rester en froid avec lui mais je lui en veux encore beaucoup trop pour parvenir à lui pardonner ce qu'il a fait…
Harry soupira en hochant la tête.
-Comment… comment as-tu fait pour rester ami avec lui ? demanda-t-il après un temps. Je veux dire… tu étais amoureux… et lui…
- Justement, dit Théo tout bas. J'ai toujours su que mes sentiments seraient à sens unique. Bizarrement, c'est plus facile pour moi de me contenter de son amitié car je sais que je n'ai aucun espoir.
- Parce qu'il est incapable d'aimer qui que ce soit ?
- Non. Parce que depuis toujours, il n'aime qu'une seule personne.
Théo releva les yeux et regarda Harry. Ce dernier eut un soupir exaspéré.
-Je vais rentrer, dit-il brusquement tout en se levant. J'ai deux mots à dire à Olivier sur ce qui vient de se passer.
- Bien. A un de ces jours, Harry, dit Théo en se levant à son tour.
Il reboutonna sa veste de costume et quitta le bureau sans plus rien ajouter.
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Stade des Tornades de Tutshill, Tindeham, Gloucestershire
Il ne faisait aucun doute pour Harry qu'Olivier se trouvait au Stade des Tornades. Même quand il n'y avait pas d'entrainement, il aimait y passer du temps, pour vérifier le matériel et les installations, et pour élaborer de nouvelles stratégies de jeu.
C'est donc sans surprise qu'Harry le trouva dans son bureau en train de tracer sur un tableau noir, des schémas incompréhensibles au commun des mortels.
-Je peux savoir ce qui t'a pris, tout à l'heure ? attaqua directement Harry.
- Il m'a pris que tu m'as fait passer pour un con, dit Olivier froidement en effaçant une partie de son dessin.
- Absolument pas ! C'est plutôt toi qui t'es donné en spectacle ! Quant à ton commentaire sur ton niveau de revenus, sachant ce que tu gagnes, il était vraiment déplacé !
- Ce que je gagne ? éructa Olivier en jetant sa craie dans la rigole du tableau. Je gagne dix fois moins que toi ! C'est bien simple, à côté de toi, j'ai l'impression d'être entretenu !
Harry expira bruyamment et se passa la main dans les cheveux.
-Bon, c'est quoi ton problème, Olivier ? Parce que là, je sens qu'on n'est plus seulement en train de parler d'argent.
- Mon problème, c'est que tu ne fais rien pour que nous soyons sur un pied d'égalité, tous les deux ! Tu crois que c'est facile pour moi d'être seulement « le compagnon de Monsieur Potter » ?
- Mais qu'est-ce que tu veux que j'y fasse si les journalistes sont des idiots ?
- Je ne sais pas, moi ! Me donner plus de responsabilités ! Me nommer à la tête d'un de tes départements ! Faire en sorte que j'existe à côté de toi !
- Alors, c'est donc ça, soupira Harry. Tout ton petit discours pour me persuader de restructurer ma société, c'était pour ça ?
Olivier eut le bon goût de ne pas répondre.
-Tu veux me changer, reprit Harry plus doucement. Tu veux que je corresponde à l'image que tu te fais de l'homme idéal, mais ce n'est pas ce que je suis ! Tu voudrais qu'on vive à la campagne, qu'on fasse notre marché, bras dessus bras dessous quand les beaux jours reviennent, qu'on achète des fleurs pour le salon, des savons parfumés pour la salle de bain et des légumes bio pour la cuisine, tu voudrais qu'on fasse le tour du monde en voilier et qu'on organise des soirées littéraires, comme un putain de couple parfait !
- Qu'y a-t-il de mal à cela ? murmura Olivier.
- Rien. Sauf que tout ça, c'est pas moi… Je ne t'ai jamais menti sur ce que j'étais, Olivier. Je suis un homme d'affaires, riche et matérialiste, qui ne se prive de rien et qui finira diabétique à force de manger autant de sucre. Je suis le père de deux garçons pourris gâtés qui sont ce que j'ai de plus cher au monde, et qui passeront toujours avant toi ou qui que ce soit d'autre. Et j'ai un handicap qui m'oblige à prendre des traitements que tu désapprouves mais qui me permettent de mener une vie normale. Voilà, ce que je suis. A toi de voir si tu es capable de m'accepter comme ça.
Harry se détourna et s'apprêta à quitter le bureau, avant de s'arrêter sur le seuil.
-Je serai à mon appartement en fin de soirée. Tu peux me rejoindre si c'est ce que tu veux mais que les choses soient claires : ne fais plus jamais ça, Olivier, dit-il d'un ton calme et froid. N'essaye plus jamais de me manipuler.
Sur ces mots, il sortit.
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Pub Finnigan's, Londres Sorcier
Harry poussa la porte du pub, se laissant envahir par le joyeux brouhaha qui y régnait. Il avait d'abord envisagé d'aller dans un pub moldu proche de sa société, avant de se décider pour l'établissement de Seamus. Il avait envie de voir un visage ami avant de rentrer chez lui.
-Hey Harry ! s'exclama l'Irlandais en le voyant entrer.
- Salut Seamus, comment vas-tu mon vieux ?
- Bien ! Et toi ?
- Ça pourrait aller mieux…
- Sale journée ?
- On va dire ça.
- Eh bien, il semble que tu ne sois pas le seul, dit Seamus en faisant un signe de tête sur la gauche du comptoir.
Harry reconnut tout de suite la haute silhouette, assise sur un tabouret. Le dos un peu voûté, Neville Londubat tenait à deux mains une demi pinte déjà bien entamée.
-Je te sers quoi ? demanda Seamus.
- Un whisky pur feu.
Harry longea le comptoir et se hissa sur le tabouret voisin de celui de Neville.
-Salut.
L'Auror releva la tête des profondeurs de son verre et esquissa un sourire en reconnaissant Harry.
-Salut Harry, dit-il gentiment. Qu'est-ce qui t'amène ici ?
- J'avais besoin de me changer les idées. Et toi ?
- Pareil.
Seamus approcha et posa devant Harry la boisson qu'il avait commandée.
-Des nouvelles du procès de Lestrange ? demanda-t-il en donnant un coup de torchon sur la surface en chêne massif du bar.
- Pfff… le Magenmagot a pris du retard dans l'examen du dossier. Le procès aura lieu seulement dans le courant du mois de juin, dit Neville. A huis clos.
- Tant mieux, répliqua Harry. Ce serait lui faire trop d'honneur que de lui donner une tribune pour sa propagande.
- J'espère en tout cas qu'il prendra le maximum, ce connard ! asséna Seamus en même temps qu'un nouveau coup de torchon rageur.
Son attention fut alors attirée par un client qui réclamait une nouvelle tournée.
-Je vous laisse les amis, le devoir m'appelle.
Harry but une gorgée de son whisky tout en observant Neville du coin de l'œil.
-Ça ne va pas ? demanda-t-il finalement.
L'Auror soupira. Lentement, il fit tourner son verre entre ses doigts.
-Luna a donné sa démission.
- Quoi ? s'exclama Harry. Mais… pourquoi ?
- Elle… elle va se marier.
Harry faillit répliquer qu'on n'était plus dans les années cinquante et qu'une femme mariée pouvait très bien continuer à travailler. Puis, il vit le visage défait de son ami et comprit que le problème venait précisément de là… Elle allait se marier. Il se souvint qu'après la guerre, Neville et Luna étaient sortis ensemble durant plusieurs mois. Harry étant accaparé par sa carrière de joueur de Quidditch, il n'avait pas vraiment prêté attention aux raisons pour lesquelles le couple s'était séparé. Il avait ensuite été invité au mariage de Neville et Hannah et avait supposé que tout allait bien dans le meilleur des mondes.
-Qui va-t-elle épouser ? demanda-t-il.
- Rolf Dragonneau. Le petit-fils du célèbre zoologiste… tu sais, celui qui a écrit Vie et habitat des animaux fantastiques…
- Possible… je n'ai jamais été très versé dans cette matière. Mais pourquoi Luna démissionne-t-elle ?
- Dragonneau s'est mis en tête de prouver l'existence du Ronflak Cornu. Il va entamer un tour du monde pour ça… et Luna a décidé de le suivre.
Neville semblait tellement abattu que Harry en fut touché.
-Je suis désolé, dit-il doucement. Je n'avais pas réalisé que tu tenais encore autant à elle…
- Je n'ai jamais cessé de l'aimer.
- Mais alors… pourquoi…
- Parce que j'ai été con. Et lâche.
Maintenant qu'il avait commencé, autant aller jusqu'au bout. Il raconta à Harry le refus de sa grand-mère qu'il épouse Luna, son manque de courage pour lui tenir tête, la rencontre avec Hannah, ses infidélités répétées depuis plusieurs années.
A cette évocation, Harry écarquilla les yeux. Non pas qu'il jugeait son ami, il était bien trop mal placé pour cela, mais plutôt parce qu'il ne s'attendait pas à cette confession. Il ne fit pourtant aucun commentaire.
-Luna m'avait demandé de quitter Hannah, continua Neville d'une voix sourde. Elle… elle m'avait dit que si je voulais qu'il y ait quelque chose entre nous, il fallait que je quitte ma femme…
Il prit une grande inspiration, comme si parler lui était infiniment douloureux.
-Je n'ai rien fait, souffla-t-il. Je n'ai rien fait et maintenant je l'ai perdue pour de bon.
- Ce n'est pas une décision facile, murmura Harry. Moi, je n'ai pas été capable de le faire. C'est Ginny qui a fini par demander le divorce.
- C'était une bonne chose, non ?
- Avec le recul, oui, admit Harry après un temps.
Neville soupira une nouvelle fois, et but une gorgée de sa bière.
-Tu es heureux ? demanda-t-il sans transition.
- Quoi ?
- Avec Dubois. Tu es heureux ?
Un frisson agita Harry de haut en bas. Neville le fixait avec une telle intensité dans le regard qu'il était incapable de mentir.
-Je ne sais pas, souffla-t-il malgré lui.
- Alors, ne reste pas avec lui.
- J'aime Olivier…
- Tu l'aimes par dépit. Tu l'aimes faute de mieux. Ce n'est pas une bonne raison, crois-moi.
Harry ferma les yeux. Il n'avait pas envie de glisser sur ce terrain-là.
-Il faut que j'y aille, dit-il en terminant son verre de whisky d'un trait. Je suis content de t'avoir revu, Neville.
Il quitta son tabouret, conscient de se comporter comme un rustre et un lâche. Il aimait bien Neville, et il aurait voulu trouver les mots pour le réconforter… mais il en était incapable. Tout simplement parce que le mal-être de Neville lui faisait bien trop penser au sien.
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Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres
Cela faisait plus d'une heure que Harry avait regagné son appartement. La première chose qu'il avait faite en rentrant, avait été d'allumer son ordinateur et de taper le nom de Draco dans le moteur de recherches. Comme à chaque fois, plusieurs entrées apparurent. Il cliqua sur la plus récente, un article paru dans Gossip Wizz.
« Draco Malefoy et le célèbre couturier français Mathieu Saint-Martin, ont été aperçus à Paris, flânant dans le quartier sorcier de Saint-Fernand-des-Pâturages.
Depuis qu'il s'est installé à Milan, Draco Malefoy, play-boy invétéré, semble s'être considérablement assagi. Il se murmure dans les milieux mondains que depuis sa rencontre avec Mathieu Saint-Martin, il ne voit plus personne et ne sort qu'en compagnie de son beau frenchie. Pourtant, personne dans leur entourage respectif ne confirme que les deux hommes sont réellement en couple.
Rappelons que la dernière relation sérieuse de Draco Malefoy n'était autre que Harry Potter, avec qui il s'était publiquement affiché lors du match de Wizzard League, opposant les Pies de Montrose aux Guerriers de Woollongong, en octobre dernier. Peu de temps plus tard, on apprenait toutefois que Harry Potter avait mis fin à cette relation pour vivre une idylle avec l'entraineur des Tornades de Tutshill, Olivier Dubois. Les motifs de la rupture restent flous mais il se dit que l'infidélité de Draco Malefoy y serait pour quelque chose.
Toujours est-il que Mathieu Saint-Martin semble avoir réussi là où le Garçon-qui-a-survécu a échoué : retenir dans ses filets, l'insaisissable Monsieur Malefoy.
Une source proche de… ».
Un bruit de transplanage dans le hall d'entrée fit sursauter Harry. Il referma son ordinateur d'un coup sec juste avant d'apercevoir Olivier sur le seuil du salon. Celui-ci tenait à la main un bouquet de lys blancs.
-Ils sont pour toi, dit-il en approchant prudemment de Harry et en lui tendant les fleurs.
- Merci. Ils sont magnifiques.
Harry s'était habitué à recevoir des fleurs de la part d'Olivier et il avait fini par apprécier cela. Il prit les lys et se dirigea vers la cuisine pour les disposer correctement dans un vase.
-Je te demande pardon, dit Olivier en se tenant de l'autre côté du comptoir. Tu avais raison… J'ai essayé de te changer… et je n'aurais pas dû. Ma vie avec toi est parfaite, telle qu'elle est.
- Tu en es sûr ?
- Oui, j'en suis sûr. Je t'aime Harry. Et je ne veux pas te perdre. Jamais.
Harry ferma les yeux. Il était toujours déstabilisé par l'impact que ces mots avaient sur lui.
-Moi non plus je ne veux pas te perdre, répondit-il.
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9 avril 2015 – Potter Corp., La City, Londres
Harry avait rarement été aussi nerveux.
Depuis une bonne demi-heure, il ne cessait de remettre ses cheveux en place, de resserrer son nœud de cravate et de lisser son pantalon. La veille, il était allé expressément chez le coiffeur. Sa coupe était plus courte, plus ordonnée aussi. Il s'était également acheté un nouveau costume. Non pas qu'il en ait besoin, son dressing était plein à craquer, mais il n'en avait pas encore de cette marque-là. Il ne le regrettait pas. Le costume lui seyait admirablement bien. L'étoffe était en laine fine et douce, de couleur anthracite, finement lignée. Il portait également une chemise parme très clair et une cravate améthyste, du même créateur.
-Monsieur Potter, résonna la voix de Peggy dans l'interphone. Votre rendez-vous est arrivé.
- Il est seul ? demanda Harry.
- Oui Monsieur.
Un imperceptible sentiment de déception l'envahit, qu'il étouffa bien vite.
-Faite-le entrer, Peggy.
Quelques instants plus tard, la porte du bureau s'ouvrit.
-Monsieur Saint-Martin, dit Harry en se dirigeant vers son visiteur, la main tendue.
- Bonjour Monsieur Potter. C'est un plaisir de vous rencontrer, dit l'homme avec un fort accent français.
- Moi de même. Installez-vous, je vous en prie.
Harry fit un geste de la main en direction des canapés qui se faisaient face. Mathieu Saint-Martin s'y installa en croisant élégamment les jambes.
L'homme était indiscutablement beau. Il avait les traits fins et doux. Son sourire était un peu timide, mais séducteur. Pourtant, Harry ne pouvait se résoudre à le trouver attirant car il y avait chez lui quelque chose de trop efféminé, voire de maniéré, tant dans sa façon d'être que de parler. Il portait un costume noir, très ajusté qui soulignait sa silhouette mince, un col roulé de la même couleur et une très longue écharpe en soie, couleur perle, enroulée plusieurs fois autour de son cou. On ne pouvait certainement pas le qualifier de viril.
Une chose est sûre, se dit Harry avec une certaine mesquinerie, celui-là ne se bat pas pour être au-dessus.
-Je ne vais pas vous faire perdre votre temps, Monsieur Saint-Martin, dit-il d'emblée. Je suis très honoré que vous ayez pensé à moi pour être le visage de votre nouveau parfum, mais je vais malheureusement décliner votre proposition. Comme je l'ai déjà dit à votre assistant, je ne participe plus à aucun projet publicitaire, quel qu'il soit.
- A cause de vos enfants.
Harry écarquilla les yeux.
-Je vous demande pardon ?
Mathieu Saint-Martin sourit placidement.
-Draco m'avait prévenu que vous refuseriez… car vous ne souhaitez pas que vos enfants soient impactés par votre vie publique.
- Je… hm… oui. C'est vrai.
Il n'avait jamais discuté de cela avec Draco mais manifestement ce dernier le connaissait encore mieux qu'il ne le pensait.
-Donc, reprit Harry en essayant de ne pas paraître trop déstabilisé, je crains que vous n'ayez fait ce déplacement pour rien.
Loin de considérer que l'entretien était terminé, le couturier s'installa plus confortablement dans le canapé.
-Je comprends vos réserves, Monsieur Potter. Il est vrai que mes précédentes campagnes publicitaires se voulaient très… sexuées. Mais ce n'est pas ce que j'envisage pour Sable Noir. Je veux quelque chose de sobre, de classique… Je veux l'image de quelqu'un qui incarne la réussite, la classe, la fiabilité… Vous êtes cet homme, Monsieur Potter. Et pour cela, nul besoin de torse dénudé ou de poses alanguies. Juste un profil, une silhouette, à contre-jour ou en clair-obscur. Un visage qu'on devine davantage qu'on ne reconnaît.
Devant l'air plutôt étonné de Harry, Saint-Martin poursuivit.
-En fait, si j'avais amené mon photographe avec moi, nous aurions pu prendre les clichés dès aujourd'hui… Vous êtes parfait. A ce propos, excellent choix de costume, ajouta-t-il avec une pointe d'humour. Je me doute que vous n'avez pas choisi Armani par hasard, n'est-ce-pas Monsieur Potter ?
Les joues de Harry s'échauffèrent, gêné d'avoir été aussi lamentablement découvert. C'est vrai qu'il avait choisi un costume Armani expressément parce qu'il savait que le couturier italien était l'un des principaux concurrents de Saint-Martin dans le registre de la mode moldue.
-J'aime ce qu'il fait, se contenta-t-il de répondre.
- Vous avez raison. Ses créations sont divines, je suis le premier à le reconnaître. Et elles vous vont à ravir.
- Je vous remercie.
Mathieu Saint-Martin se leva.
-Voici ce que je vous propose, dit-il, tentant le tout pour le tout. Acceptez que nous réalisions au moins quelques épreuves. Nous vous les soumettrons et à ce moment, vous prendrez une décision définitive.
Harry observa longuement son vis-à-vis. Il n'aimait pas qu'on lui force la main. Mais il était néanmoins curieux de voir ce que ces clichés donneraient.
-Laissez-moi quelques jours pour y réfléchir, dit-il pour ne pas capituler aussi aisément.
- Bien. J'attends impatiemment votre décision.
Les deux hommes se serrèrent la main et Harry raccompagna son hôte à la porte de son bureau.
-Draco me parle souvent de vous, dit le couturier à brûle-pourpoint.
- Oh… c'est… hm… dites-lui bonjour de ma part…
Par Merlin, se lamenta Harry, quelle répartie minable…
-Comptez sur moi, dit Saint-Martin en souriant étrangement.
Harry ne fit aucun autre commentaire, se contentant d'ouvrir la porte. Il regarda Saint-Martin s'en aller d'un pas souple et élégant.
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11 avril 2015 – Gare de King's Cross, Londres
Quand Harry arriva sur le quai 9 ¾, celui-ci était déjà bondé. Il se faufila entre les groupes de gens qui attendaient en discutant gaiement. Il reconnut plusieurs de ses anciens camarades d'école, qu'il salua chaleureusement sans toutefois trop s'attarder. Il préférait éviter de se lancer dans des discussions qui finiraient par tourner autour de sa vie privée ou de sa possibilité à leur obtenir des places pour le prochain match de leur équipe favorite.
Finalement, il repéra un coin isolé, plus en amont du quai où il pourrait attendre tranquillement l'arrivée du train.
Sa tranquillité fut toutefois de courte durée car bien vite, il sentit une présence derrière lui. Une présence qu'il reconnaîtrait entre mille. Il se fustigea de sentir son cœur s'emballer alors qu'une douce odeur d'agrumes commençait à l'envelopper.
-Pas envie de te mêler à la foule de tes admirateurs, Potter ? dit la voix traînante.
- Pas cette fois, non. Il faut savoir créer le manque…
- Tu ne crois pas si bien dire.
Draco apparut dans son champ de vision, plus aristocratique que jamais.
-Comment vas-tu Harry ? demanda-t-il avec une douceur étonnante.
- Bien. Et toi ?
- Aussi.
Cette réponse lacunaire flotta entre eux quelques instants avant que Draco ne se reprenne.
-Tu as tes enfants durant les deux semaines ?
- Seulement la première. Après, ils vont chez leur mère, découvrir leur nouvelle maison. Ginny a déménagé récemment. Elle a acheté un cottage à Budly Babberton. C'est un peu plus petit que la maison de Godric's Hollow mais je suis sûr que les enfants adoreront ! Il y un grand terrain et…
Harry s'interrompit, conscient que sa logorrhée n'avait aucun intérêt pour Draco.
-Hm… et toi ? Tu… tu vas au Manoir avec Scorpius ?
- Seulement aujourd'hui et demain. Ensuite, il passe le reste de la semaine avec moi, à Milan. Je le ramène à sa mère samedi prochain.
- Oh… Tu te plais à Milan ?
- Oui, vraiment, dit Draco avec un enthousiasme non feint.
- Tant mieux.
Un silence un peu pesant s'installa à nouveau.
-Et ta mère ? Elle va bien ? demanda Harry pour meubler la conversation. James et Albus m'ont dit que son cours était génial.
- Oh, ça ! Elle adore enseigner ! Elle est encore plus excitée que lorsqu'elle préparait mon soi-disant mariage ! rigola Draco.
Harry, qui n'avait pas perdu la fâcheuse habitude de parler avant de réfléchir, lâcha tout de go :
-En parlant de ça, ta moitié n'est pas là ?
Draco le toisa d'un air impénétrable.
-Mathieu est à Ibiza toute cette semaine, dit-il placidement.
Harry fit une imperceptible grimace, notant avec une douloureuse acuité que Draco n'avait pas démenti l'utilisation du terme « moitié ».
-Je l'ai rencontré avant-hier, continua-t-il comme si de rien n'était.
- Je sais. Je lui ai dit que c'était peine perdue. Que tu refuserais.
- Oh ? Il n'a pas eu le temps de te prévenir alors ? dit Harry avec un air faussement contrit. En fait, j'ai accepté…
Ce n'était pas tout-à-fait vrai mais Draco n'avait pas besoin de le savoir.
-Quoi ?
- Hm, oui. Son projet… artistique m'intéresse. J'ai vraiment hâte de faire ces photos, ajouta-t-il sur un ton plutôt suggestif.
Draco prit sur lui et parvint à garder son calme.
-Et ton chéri est d'accord ? se moqua-t-il. Ceci dit, après les photos qui sont apparues dans Alohomora !, poser pour des photos de mode ne doit pas être un problème…
Harry écarquilla les yeux et serra les poings devant tant de bassesse.
-Ce sont des photos volées, siffla-t-il.
- Bien sûr. Et moi, je suis Merlin…
- Qu'est-ce que tu insinues ?
- Potter, je suis bien placé pour savoir que tu protèges ta vie privée mieux qu'un dragon qui couve son œuf ! dit Draco avec un regard dur. Avec tous les sorts que tu jettes, jamais personne ne serait parvenu à prendre la moindre photo !
- JE LE SAIS ! s'énerva Harry ! POURTANT C'EST ARRIVE !
- Alors, c'est que la fuite vient de l'intérieur…
- Quoi ? souffla Harry. Tu veux dire que…
Il ne put continuer sa phrase car sa voix fut couverte par le sifflement de la locomotive qui entrait en gare. Draco s'avança sur le quai afin de mieux repérer son fils et Harry fit de même. Dans l'agitation et les nuages de vapeur, les portes des wagons s'ouvrirent en chuintant. Aussitôt, des dizaines d'élèves sortirent en riant et en faisant des signes.
Parmi la foule, une tête blonde reconnaissable entre mille marchait résolument vers Draco. Harry, qui s'attendait à trouver Albus à ses côtés, fronça les sourcils quand il remarqua que Scorpius était seul.
-Bonjour Papa ! s'écria-t-il en s'élançant vers son père pour lui faire l'accolade.
- Salut mon grand, dit Draco en le serrant longuement contre lui.
- Bonjour Harry, dit Scorpius plus froidement en s'écartant de son père.
- Bonjour Scorpius. Albus n'est pas avec toi ?
- Non. Je ne sais pas où il est. Papa, est-ce que nous pouvons y aller, s'il te plaît ?
Harry et Draco échangèrent un regard, étonnés par le ton froid du jeune garçon.
-Mais enfin, Scorpius…
Ils n'eurent pas le loisir de s'interroger davantage car Albus venait d'apparaître sur le quai, suivi par James. Il s'arrêta net en apercevant le petit groupe devant lui. Visiblement agacé, James le poussa dans le dos pour l'enjoindre d'avancer.
-Salut 'Pa, dit James en arrivant à hauteur de Harry. Bonjour Draco.
- Bonjour, dit Albus en faisant un vague signe de la main, destiné tant à son père qu'à Draco.
Il avait le visage fermé et gardait le regard obstinément baissé.
-Ça va, Albus ? s'inquiéta Harry.
- Très bien.
- Albus Severus Potter, ne me prends pas pour un idiot ! Que se passe-t-il ?
- Rien. Je voudrais rentrer à la maison, c'est tout. Je suis fatigué.
- Il y un problème entre vous ? demanda Draco à son fils.
Comme aucun des deux garçons ne semblait vouloir desserrer les dents, James prit un air blasé et articula silencieusement : « une histoire de fille ».
Harry hocha la tête. Sachant comme Albus et Scorpius étaient proches l'un de l'autre et partageaient absolument tout, il se doutait que ce genre de chose arriverait un jour. Il avait seulement espéré avoir encore un peu de temps. Draco semblait être venu à la même conclusion et la tête qu'il tirait arracha un sourire à Harry. Un instant, il essaya de l'imaginer en train de parler de filles et de cœurs brisés avec Scorpius…
-Je sais ce que tu penses, Potter, lui souffla Draco à l'oreille. Mais je vais laisser le sale boulot à sa mère…
- Ça vaut peut-être mieux, murmura Harry.
Il fit signe à ses enfants d'avancer et les suivit. Le cœur lourd, il préféra quitter le quai sans se retourner.
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18 avril 2015 – Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres
L'après-midi touchait à sa fin. Albus était dans sa chambre, James et Harry lisaient dans le salon.
La semaine s'était déroulée tranquillement. Le beau temps avait permis à Harry et ses enfants de faire des promenades dans les parcs et sur la Tamise, ou encore d'aller voler dans la campagne, à l'abri des regards.
Albus s'était obstiné à garder le silence à propos de ce qui s'était passé avec Scorpius. Devant son père, il avait donné le change, riant et plaisantant, mais Harry avait vu qu'il était triste et affecté par leur dispute. Il avait essayé d'en savoir plus auprès de James, mais ce dernier n'avait pas voulu trahir son frère, ce que Harry respectait.
Peut-être Albus préférait-il attendre pour en parler à sa mère ? Cette idée lui fit un pincement au cœur. Même si les choses allaient mieux avec ses enfants, surtout avec James, il comprit que le fossé entre eux n'étaient pas totalement comblé.
-Papa ?
Harry sortit de ses pensées et regarda son fils aîné. Il était installé dans le canapé, en train de lire un livre sur la fabrication des balais qu'Hermione lui avait offert et qu'il ne lâchait plus depuis.
-Oui, James ? dit Harry.
James allait certainement lui demander son avis ou une explication sur ce qu'il venait de lire, comme c'était régulièrement le cas ces derniers temps.
-Pourquoi Olivier n'est pas là ?
Abasourdi, Harry en resta sans voix quelques instants.
-Il… hm… il est à Ballycastle avec l'équipe des Tornades… pour une mise au vert. Il rentre lundi.
- Ah. C'est parce qu'on est là ?
- Quoi ? Non ! Pas du tout ! Cette semaine d'entrainement était prévue de longue date.
Ce n'était pas tout à fait vrai. En réalité, Olivier l'avait programmée peu de temps après avoir appris qu'Harry aurait ses enfants la première semaine des vacances de Pâques. Harry n'avait rien dit, d'une part pour ne pas provoquer une nouvelle dispute avec son compagnon, et d'autre part, parce que finalement, ça l'arrangeait bien.
-Il te manque ? demanda James.
Harry allait répondre « oui » mais il se rendit compte qu'en réalité, ce n'était absolument pas le cas.
-Je serai content quand il sera rentré, éluda-t-il.
Vu la manière dont James le regardait, il était clair qu'il n'était pas dupe.
-Et Draco ? Il te manque ?
Harry déglutit péniblement.
-Non, dit-il d'une voix sourde. Pourquoi me demandes-tu ça ?
- Moi, il me manque, asséna James. Et il manque à Albus aussi.
- Comment pouvez-vous dire ça ? dit Harry qui se sentait gagné par l'irritation. Vous l'avez côtoyé pendant une semaine à peine !
- C'est comme ça. Lui au moins, il ne faisait pas semblant avec nous. Il n'essayait pas de nous amadouer pour te plaire. Et avec lui, on n'avait pas l'impression d'être de trop.
- Olivier ne fait pas semblant ! Il est parfois un peu maladroit mais…
- Papa, arrête. Même toi, tu ne penses pas ce que tu dis.
Il était difficile pour Harry de nier l'évidence. Alors, il opta pour une échappatoire.
-Le problème de Draco, c'est qu'il ne veut pas s'engager… et moi, j'avais besoin de stabilité.
James eut un petit rire moqueur.
-C'est marrant de se dire qu'avant Draco, tu ne t'es jamais vraiment préoccupé d'être stable…
Comme toujours avec James, le coup avait porté. Et il faisait mal.
-Je vais aller voir Albus, dit Harry en se levant du canapé.
James replongea dans la lecture de son livre. Son père avait vraiment l'art de se rendre malheureux.
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Albus était allongé dans son lit, les mains croisées derrière la tête. Il fixait le plafond de sa chambre depuis une bonne heure. Shaka, son serpent, reposait sur son torse. De légers coups frappés à sa porte le sortirent de sa contemplation.
-Oui, dit-il d'un ton morne.
Forcément, c'était son père.
-Tu as préparé toutes tes affaires ? demanda-t-il un peu gauchement. Demain, nous partons tôt pour le Terrier…
- Oui. Tout est prêt, répondit le garçon sommairement.
En soupirant, Harry vint s'asseoir au pied du lit. Albus le vit poser les coudes sur ses genoux et baisser la tête. Il se demanda combien de temps son père allait rester sans bouger et sans parler, quand il l'entendit prendre une longue inspiration.
-En quatrième année, dit Harry à voix basse, j'ai eu une terrible dispute avec ton oncle Ron. Il était persuadé que j'avais mis mon nom dans la Coupe de Feu sans lui en parler. J'avais beau lui répéter que ce n'était pas moi, il ne me croyait pas. Il était en colère mais je l'étais encore plus… alors, je lui ai dit que je ne voulais plus jamais le voir.
Sans s'en rendre compte, Albus s'était redressé dans son lit. Dérangé dans sa sieste, son serpent siffla vigoureusement avant de s'enrouler autour de son cou.
-C'était horrible, continua Harry. J'avais l'impression que… qu'on m'avait retiré un morceau de mon cœur, de mon âme. J'ai bien essayé de me convaincre que tout était de sa faute, que moi je n'avais rien fait de mal, mais la douleur et le manque étaient toujours aussi forts.
- Et… et que s'est-il passé ? demanda Albus d'une toute petite voix.
- Nous nous sommes réconciliés. Ron a admis qu'il avait eu tort et je lui ai pardonné.
- Directement ?
- Oui. J'étais trop heureux de le retrouver.
Albus gigota un peu dans son lit.
-Et aujourd'hui ?
- Comment ça ?
- Ben… je sais que tu ne t'entends plus très bien avec Oncle Ron. C'est pareil ? Vous vous êtes disputés ?
Harry soupira lourdement.
-Aujourd'hui, c'est plus compliqué. On ne s'est pas vraiment disputés… C'est une succession d'évènements qui nous ont éloigné. D'abord, ma séparation avec ta maman, puis celle de Ron et Hermione… on n'avait plus rien à se dire, si ce n'est des choses désagréables… alors, on a préféré s'ignorer. Mais j'avoue qu'à certains moments, son amitié me manque énormément.
- Pourquoi vous ne parvenez pas à vous réconcilier ?
- Parce qu'on a attendu trop longtemps pour le faire.
Albus médita ces paroles. Puis silencieusement, il se leva. Il plaça Shaka dans son terrarium puis retourna sur son lit, se blottir dans les bras de son père. Etonné, Harry ne fit pourtant aucun commentaire, se contentant de passer un bras autour des épaules de son fils.
Ils restèrent ainsi, en silence, durant de longues minutes, jusqu'à ce qu'Albus se décide à parler.
-Je suis amoureux d'Ashley, murmura-t-il.
- Oh. Et qui est Ashley ?
- Une Serdaigle de première année.
- Et elle ? Elle est aussi amoureuse de toi ?
- Ben, c'est ça le problème, soupira Albus avec emphase. Je croyais qu'elle m'aimait bien. Mais ce n'est pas le cas…
- Pourquoi penses-tu qu'elle ne t'aime pas ?
Albus ne répondit pas tout de suite et Harry le sentit se crisper contre lui.
-Je l'ai vue qui embrassait Scorpius, lâcha-t-il dans un souffle.
Harry écarquilla un peu les yeux. Depuis quand les fillettes de douze ans embrassaient les garçons ? Quand il avait cet âge-là, c'est tout juste s'ils se tenaient par la main ou bien se donnaient un baiser sur la joue. Tout d'un coup, il se sentit vraiment comme un vieux schnock.
-Ah. Et Scorpius, il savait ce que tu ressentais pour Ashley ?
- Evidemment ! s'emporta Albus. Il sait tout ! Je lui raconte tout ! Mais lui, il ne m'a rien dit ! Ils devaient bien rire de moi, tous les deux !
- Tu en as parlé à Scorpius ?
Albus eut un petit rire méprisant.
-Oui, je lui ai parlé ! Il m'a dit qu'il n'avait rien fait ! Que c'était elle qui s'était jetée sur lui pour l'embrasser ! Et que si j'étais resté deux secondes de plus, je l'aurais vu la repousser.
- Et tu ne le crois pas…
- Mais papa ! Comment tu veux que je le croie après ce que j'ai vu ?
- Je ne sais pas. Je me dis juste que d'un côté, il y a la parole de ton meilleur ami, et de l'autre, il y a cette fille que tu ne connais peut-être pas si bien que ça.
Le jeune garçon se figea.
-C'est ce que Scorpius m'a dit, souffla-t-il. Il… il m'a dit qu'il ne me ferait jamais une chose pareille et qu'il… qu'il était déçu que je puisse le penser.
- Je comprends que tu sois blessé, Albus. Et en colère. Mais, réfléchis bien. Que te dis ton cœur ?
Un long silence suivit la question.
-Il… il me dit que Scorpius ne me ferait jamais de mal, qu'il…
Albus s'interrompit, comme si les mots restaient coincés dans sa gorge.
-J'ai tout gâché, Papa, dit-il d'une voix étranglée. Je lui ai dit tellement de choses méchantes… Il ne me pardonnera jamais.
- Ça, tu n'en sais rien.
- Tu ne comprends pas ! Scorpius est bien trop fier pour accepter mes excuses ! Le connaissant, il va vouloir me rendre au centuple le mal que je lui ai fait !
Tel père, tel fils, songea Harry en resserrant son étreinte autour des épaules d'Albus.
-Papa ? C'est normal que je sois plus triste à cause de ma dispute avec Scorpius qu'à cause de ce que Ashley a fait ?
- Scorpius est ton meilleur ami, dit Harry. C'est un frère pour toi. Alors oui, c'est normal.
- Est-ce qu'on se disputera à chaque fois qu'une fille se mettra entre nous ?
Harry soupira.
-Tu sais, Albus… il arrivera un jour où l'amour que tu porteras à une fille aura autant d'importance à tes yeux, voire même plus, que l'amitié de Scorpius. Pareil pour lui… Vous devrez apprendre à surmonter ça.
- Et si on finit par ne plus être amis ? Comme toi et oncle Ron ?
- C'est la vie, Albus.
- Ouais… ben, elle est nulle, la vie !
Des coups frappés à la porte d'entrée les firent sursauter tous les deux. Ce devait être quelqu'un de l'immeuble ou bien quelqu'un qui connaissait le code de l'entrée, sans quoi le portier l'aurait prévenu.
Harry laissa Albus et descendit rapidement l'escalier. Par mesure de sûreté, il prit sa baguette et alla ouvrir.
Sur le perron, se tenaient Draco Malefoy et son fils.
-Désolé de te déranger chez toi, Potter, mais… je crois que ton fils et le mien ont des choses à régler.
- Je le crois aussi, dit Harry en s'écartant et en les laissant entrer.
Il prit la cape de voyage de Scorpius et lui fit un sourire rassurant.
-Albus est dans sa chambre. Tu peux aller le rejoindre.
- Viens, Scorpius, dit James qui venait de s'approcher. Je vais te montrer où c'est.
Harry fit un signe de tête à son fils en guise de remerciement.
-Allons dans le séjour, dit-il à Draco.
Draco contempla les lieux avec une certaine nostalgie. Il avait vécu ici très peu de temps mais il s'y sentait toujours aussi bien.
-Dubois n'est pas là ? demanda-t-il.
- Il est en Irlande jusqu'à lundi, dit Harry en se dirigeant vers la cuisine. Je te sers quelque chose à boire ? Un verre de vin ?
- Volontiers.
Il vint s'accouder au comptoir, regardant Harry prendre deux verres à pied sur le présentoir et sortir une bouteille de vin rouge de la réserve. Il la déboucha rapidement et versa le liquide grenat dans les verres. Draco n'eut pas besoin de lire l'étiquette pour savoir que c'était un shiraz australien de la Vallée de Mudgee.
-Tiens, dit Harry en faisant glisser le verre devant lui.
- Merci.
Harry but une gorgée, tandis que Draco faisait tourner le breuvage pour en extirper les arômes.
-Alors, tu as fini par parler à Scorpius, dit Harry.
- Pas besoin. Il m'a tout raconté sans que je ne lui demande rien. Par Merlin, j'avais l'impression de nager en plein mélodrame, soupira Draco. Je me demande de qui il tient ça !
- Sûrement pas de toi, observa Harry.
Draco ne put s'empêcher sourire.
-Et toi avec Albus ?
- Il n'a rien voulu dire de toute la semaine, mais je voyais bien qu'il était mal. Ce n'est qu'aujourd'hui qu'il a craché le morceau. Il se demandait comment il allait se faire pardonner de Scorpius quand vous êtes arrivés…
- Les Malefoy ont le sens du timing, dit Draco avec hauteur.
Harry se mit à rire et Draco ferma les yeux un instant, savourant ce son qui lui manquait chaque jour un peu plus.
-Alors… tu…tu as pris un portoloin expressément pour permettre à nos enfants de se réconcilier ? demanda Harry très doucement.
- Oui, dit Draco. D'abord pour préserver ma santé mentale. Ensuite, parce que cette histoire faisait un mal de chien à Scorpius. Cette nuit, il en a même fait un cauchemar, tu imagines ?
Le ton était sérieux. Son inquiétude n'était pas feinte.
-Il se morfondait depuis une semaine. Ça ne pouvait pas durer comme ça, continua-t-il. Je lui ai dit de préparer ses affaires, qu'on allait rentrer en Angleterre et passer la nuit au Manoir avant que je ne le ramène à sa mère. Mais qu'avant cela, on viendrait ici.
- Pourquoi tu ne m'as pas appelé avant de venir ? J'aurais pu être absent…
- Je sais, admit Draco. Mais j'avais peur que tu ne prennes pas mon appel ou que tu refuses que je vienne…
- Je n'aurais jamais fait ça, souffla Harry.
Le silence revint entre eux, seulement entrecoupé par le tic-tac de l'horloge du salon.
-Tu n'as pas modifié les protections de l'appartement, murmura Draco après un temps. Ni le code de l'entrée.
- Non. En effet.
- Pourquoi ?
Harry ne répondit pas, se contenant de hausser les épaules.
-Tu aurais dû le faire. C'est normal après tout… on n'est plus ensemble.
- Ça je le sais, commenta Harry plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.
Ce fut au tour de Draco de soupirer. Il but une gorgée de son vin et dit :
-Nos enfants ne sont pas les seuls à avoir des choses à régler, tu ne crois pas ?
- Je ne vois pas ce qu'i régler. Tu as été parfaitement clair.
- Harry, écoute…
- Non, Draco.
Harry avait levé la main pour lui intimer le silence. C'était à lui de parler. Il en avait besoin.
-C'est vrai que ce jour-là, j'avais l'espoir de te convaincre qu'on se remette ensemble. Ton agression, ton coma… tout ça m'a fait réaliser que… malgré ce que j'ai pu croire, ce n'était pas d'une vie ordinaire et conventionnelle dont j'avais envie. C'était…
Il ferma les yeux pour se donner le courage de continuer.
-C'était de vivre avec toi. Peu importe la manière. Peu importe les convenances. Et peu importe que tu sois incapable de me dire que tu m'aimes.
Ces derniers mots transpercèrent le cœur de Draco comme autant de lames chauffées à blanc.
-Mais je comprends, continua Harry, inconscient du trouble de son vis-à-vis. Je comprends qu'après que je t'aie quitté pour Olivier, tu n'aies plus voulu de moi. C'était… présomptueux et égoïste de ma part de penser que tu accepterais une chose pareille…
- Harry…
- Non, laisse-moi finir. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi tu as fait ça ! Pourquoi tu as utilisé Théo pour… pour… je ne sais pas… te venger ? Tu m'as pris pour qui Draco ? Tu crois que j'aurais été incapable de comprendre si tu m'avais dit que tu ne voulais plus de moi ? Bordel ! Je ne suis pas un gamin écervelé qui allait s'accrocher à toi en pleurant pour ne pas que tu le quittes !
Draco baissa les yeux, ses mains tremblaient, particulièrement celle qui gardait des séquelles de son agression.
-Je… je ne sais pas quoi te dire, murmura-t-il.
- Alors ne dis rien. Ça vaut mieux.
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Albus avait entendu les coups frappés à la porte et son père qui parlait à un autre homme. Il connaissait cette voix. Mais c'était impossible… Pourquoi Draco serait-il ici ?
Il allait sortir de la chambre pour savoir ce qui se passait quand il se trouva nez-à-nez avec…
-Scorpius ? s'exclama-t-il. Mais qu'est-ce que tu fais là ?
- C'est mon père qui m'a amené. Il a dit que nous avions des choses à régler et je pense qu'il a raison.
Le ton était froid et sec mais Albus n'en avait cure. Son meilleur ami se tenait devant lui et c'était bien plus qu'il n'aurait osé espérer. Il s'écarta pour laisser Scorpius entrer et referma doucement la porte derrière lui. Il alla s'asseoir sur son lit et invita l'autre garçon à en faire autant. Mais ce dernier resta debout, un peu comme s'il ne comptait pas s'éterniser dans les lieux.
-Scorpius, écoute, commença Albus.
- Non. L'autre jour, tu m'as hurlé dessus sans entendre un seul mot de ce que j'essayais de te dire alors, maintenant, c'est à toi de m'écouter.
Il sortit de la poche de son pantalon une petite fiole qui contenait un délicat filament argenté. Il la jeta sans cérémonie à Albus qui faillit ne pas la rattraper.
-C'est un souvenir de ce qui s'est passé ce jour-là, cracha-t-il avec dédain. Vu que ma parole ne te suffit pas, c'est la seule solution que j'ai trouvée pour te prouver que je ne suis pas un menteur ! Et si, après ça, tu ne me crois toujours pas, alors on n'a plus rien à se dire, Potter.
Il allait tourner les talons quand Albus l'interpella.
-Attends ! Tiens, dit-il en lui rendant la fiole. Je n'en veux pas.
- Quoi ? s'insurgea Scorpius en la lui arrachant presque des mains.
Le jeune garçon était visiblement très vexé.
-Je te la rends parce que je n'en ai pas besoin, continua rapidement Albus. Je te crois.
Scorpius fixa son ami avec suspicion.
-Tu me crois ?
- Oui. En réalité, je pense que je t'ai toujours cru… C'est juste que… j'étais tellement en colère… je n'arrivais plus à réfléchir correctement… J'étais…
Albus poussa un soupir à fendre l'âme.
-Je suis désolé, Scorpius. Je n'aurais jamais dû douter de toi… Toute cette semaine a été atroce ! Je n'ai pas arrêté de penser à toutes les choses horribles que je t'ai dites et au fait qu'on ne se reparlerait peut-être plus jamais ! Pardonne-moi, s'il te plait…
Les bras croisés sur le torse, Scorpius le toisait, les lèvres pincées, un air profondément condescendant sur le visage. Comme Albus l'avait pressenti, il ne faisait rien pour lui faciliter les choses.
-Scorpius, dit quelque chose… s'il te plaît.
Après un temps qui lui parut atrocement long, Scorpius se décida à parler.
-Tu mériterais que je te laisse macérer dans tes excuses pendant encore huit jours, Potter, siffla-t-il. Et ce ne serait pas cher payé pour tout ce que tu m'as dit.
Il souffla avec exaspération.
-Non mais tu as une idée de l'état dans lequel j'étais ? s'emporta-t-il soudain, faisant de grands gestes. J'en ai fait des cauchemars !
- Si ça peut te consoler, je n'étais pas mieux… dit Albus avec un pauvre sourire.
- Ça ne me console pas !
Les deux garçons s'observèrent en silence avant que Scorpius ne se jette littéralement sur Albus pour le serrer contre lui.
-T'es un abruti, Potter.
- Mais tu me pardonnes ? demanda Albus d'une petite voix.
- Evidemment !
- On est les meilleurs amis comme avant ?
- Comme avant. Et pour toujours, affirma Scorpius.
Albus soupira de soulagement et se laissa aller à l'étreinte réconfortante de son ami. Après quelques instants, ils se séparèrent et s'assirent tous les deux en tailleur sur son lit.
-Tu es toujours amoureux d'Ashley ? demanda Scorpius sans transition.
- Je ne sais pas, dit Albus pensivement. Je ne crois pas.
- Tant mieux ! Elle est nulle de toute façon ! Elle embrasse comme un pied !
- Comme le sais-tu ? Tu avais déjà embrassé d'autres filles avant ?
- Non, maugréa Scorpius de mauvaise grâce. C'était nul, c'est tout.
Albus se mit à tirer sur un fil qui dépassait de son édredon.
-Papa m'a dit que ça pourrait nous arriver encore… tu sais… qu'on se dispute à cause d'une fille.
- Mon père m'a dit la même chose, dit Scorpius. Mais il a ajouté qu'une amitié comme la nôtre, on n'en a qu'une dans toute une vie et qu'il faut tout faire pour la préserver.
- Il a raison. Je n'arrive même pas à imaginer qu'on ne soit plus amis.
- Moi non plus.
Ils se sourirent tous les deux, heureux de s'être retrouvés.
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-Je… je ne sais pas quoi te dire, murmura-t-il.
- Alors ne dis rien. Ça vaut mieux.
Draco ferma les yeux.
S'il ne savait pas quoi dire, il savait au moins quoi faire. Sans un mot, il se leva, fit le tour du comptoir et se posta devant Harry.
-Draco, qu'est-ce que…
Il ne put achever sa phrase. Des lèvres douces étaient posées sur les siennes, tandis que deux mains tièdes encadraient son visage. Il ne put profiter longuement de cette intense sensation chaleur car la bouche de Draco s'était déjà retirée.
-Je te demande pardon, murmura-t-il le front posé contre celui de Harry. Je te demande pardon pour tout ce gâchis. Si j'avais su… si seulement j'avais su… mais maintenant, c'est trop tard.
Il lâcha le visage de Harry et s'éloigna.
-De quoi tu parles ? s'énerva Harry. Si tu avais su quoi ? Qu'est-ce qui est trop tard ?
Aucune de ses questions ne trouva de réponse. Albus et Scorpius étaient descendus, tout sourire, manifestement réconciliés.
-Les choses se sont arrangées, on dirait, commenta Draco.
- Oui et c'est grâce à toi, Draco ! dit Albus. Merci d'avoir amené Scorpius.
- J'aurais dû le faire plus tôt ! Ça m'aurait évité toutes ces heures de lamentation !
- Papa ! protesta Scorpius.
- Pareil pour moi ! dit une voix dans l'escalier.
James descendit d'un pas tranquille, souriant largement.
-Sans son meilleur ami, Albus était devenu plus collant qu'une gomme de limace. Je suis bien content d'en être débarrassé.
Ignorant le regard noir que lui lançait son frère, il le prit par l'épaule et lui ébouriffa gentiment les cheveux.
Draco sourit et se tourna vers son fils.
-Il est temps d'y aller Scorpius. Ta grand-mère nous attend pour dîner.
Le jeune garçon hocha la tête. Après avoir salué tout le monde, il s'accrocha fermement au bras de son père.
-Au revoir, Harry, dit Draco d'une voix triste. Prends soin de toi.
Harry n'eut pas le temps de répondre. Draco et Scorpius avaient transplané.
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24 avril 2105 – Potter Corp., La City, Londres
La semaine suivante, la vie avait repris son cours habituel.
Olivier était rentré, apparemment très satisfait du niveau de jeu de son équipe et confiant pour les matches à venir. Harry avait tenté de paraître enjoué et de bonne humeur mais en vain. Leurs retrouvailles, qu'Olivier avait espérées intenses et passionnées, furent rapidement expédiées par un Harry peu concerné par sa tâche. Il faut dire qu'il ne parvenait pas à s'ôter de l'esprit le baiser impromptu qu'il avait échangé avec Draco, ni surtout les mots de celui-ci.
Heureusement pour lui, ses journées étaient suffisamment remplies pour tromper sa morosité, rythmées par des réunions, la lecture de rapports fastidieux et divers déplacements professionnels. De temps à autre, il parvenait à dégager suffisamment de temps pour déjeuner avec Hermione.
La routine fut un peu bousculée en fin de semaine quand Silvio, l'un des photographes de Mathieu Saint-Martin, se présenta au bureau de Harry, armé de tout son matériel. Un peu déstabilisé au début, Harry finit par se détendre et laisser le photographe faire son travail. Ce dernier manifestait bruyamment son enthousiasme à chaque prise, répétant qu'il n'avait jamais eu un modèle aussi parfait à photographier.
Finalement, il fallut moins d'une heure à Silvio pour décréter qu'il avait tout ce qu'il fallait.
On était vendredi soir et Harry termina en soupirant la lecture du rapport concernant les derniers essais du Cobra. Ceux-ci étant plus que concluants, le balai allait pouvoir enfin être commercialisé. Satisfait, il referma le dossier et rédigea une courte note à l'attention de Peggy afin de prévoir la tenue d'une réunion avec l'équipe marketing et le département production.
Il avait à peine reposer son stylo que son portable sonnait. Théo.
-Salut Théo !
- Bonsoir Harry, je ne te dérange pas ?
- Absolument pas. Je suis toujours au bureau.
- Moi aussi. Mon détective vient de partir.
Harry se redressa vivement dans son siège.
-Il a trouvé quelque chose ?
- Oh oui. L'employé de l'hôtel où tu séjournais et qui était assigné au service de ton bungalow, a démissionné peu de temps après ton départ. Il n'a pas quitté les Seychelles de sorte que mon détective l'a retrouvé facilement.
- Et ?
- Et il a avoué qu'un homme lui avait remis 200 gallions pour qu'il prenne des photos d'Olivier et toi à un moment précis. D'après l'employé, le type a insisté sur le jour et l'heure. Il s'est donc caché derrière un buisson au pied d'une palissade. Il a quitté sa cachette un peu après minuit quand il était sûr de ne pas être repéré.
- Il a vu cet homme ? Il sait qui c'est ?
- Hélas, non. Ils ne se sont rencontrés qu'une fois, à la nuit tombée.
Harry ôta ses lunettes et se frotta les yeux.
-Nous voilà revenus à la case départ, soupira-t-il.
- Je suis désolé.
- Ne le sois pas. Tu as fait du bon boulot. Merci Théo.
- Pas de quoi. A bientôt Harry.
- Oui, à bientôt. Salue Justin de ma part.
- Je le ferai. Passe une bonne soirée.
Harry raccrocha. Il remit ses lunettes et commença à rassembler ses affaires. Il rangea dans la poche intérieure de sa veste le ticket de portoloin que Peggy avait réservé pour lui à destination de Wiesbaden. Le lendemain, il partait en effet pour l'Allemagne afin de passer le weekend avec Andromeda. Même s'il ne pouvait pas se rendre au chevet de son filleul, il voulait soutenir sa grand-mère du mieux qu'il le pouvait.
Il allait éteindre son ordinateur quand il remarqua l'ouverture d'une fenêtre d'alerte sur le moteur de recherche. Il cliqua sur l'icône. Aussitôt, une page s'ouvrit. Il s'agissait du site Gossip wiz dont le titre laissa Harry sous le choc.
« Mathieu Saint-Martin et Draco Malefoy. Un mariage dans l'air ? »
Incrédule, il fixa les photos qui s'étalaient en grand sur son écran. On y voyait Draco, accompagné de Saint-Martin devant la vitrine d'un joaillier célèbre. Il semblait pointer du doigt quelque chose derrière la vitre. Sur la seconde photo, ils sortaient tous les deux de la boutique, souriant largement. Le couturier murmurait à l'oreille de Draco, un bras passé autour de sa taille.
« Tout Milan ne parle plus que de cela. Le célèbre couturier français installé dans la capitale italienne de la mode depuis… »
Le cœur ravagé, Harry ne parvint même pas à lire l'article. Les mots défilaient mais ils étaient vides de sens. Jusqu'à ce qu'il se souvienne. Jusqu'à ce qu'il comprenne.
Je te demande pardon pour tout ce gâchis. Si j'avais su… si seulement j'avais su… mais maintenant, c'est trop tard.
A suivre...
