Chapter 34: Chapitre 33
DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.
Rating : M
Genre : romance / slash / Yaoi
Chapitre 33 – C'est bientôt la fin
« Je vois fleurir
Le jour nouveau
Je crois le rire
Du fou là-haut
Je veux saisir
Tous les mystères
Et m'affranchir
De l'éphémère »
(Mozart l'Opéra-Rock)
5 mai 2015 – Magenmagot, Londres Sorcier
Assise sur un banc dans la salle des pas perdus du tribunal sorcier aux affaires familiales, Hermione triturait nerveusement l'ourlet de sa robe.
-Granger, essaye de te calmer, bon sang ! s'énerva Pansy.
- Je voudrais t'y voir, rétorqua Hermione avec un regard noir.
- Ton attitude est contre-productive. On dirait que tu es sur le point de confesser un crime !
Voyant l'air abattu de sa cliente, Pansy tenta une approche plus conciliante.
-Nous sommes en bonne position, Granger. Mes arguments sont imparables. Et puis, je n'ai jamais perdu une affaire de ce genre. Je suis la meilleure. Alors, je ne vois pas pourquoi tu t'angoisses…
Hermione ne put s'empêcher de sourire. Pansy dégageait une telle confiance en elle qu'il était difficile de ne pas se sentir rassurée.
-Je sais que la situation a changé, dit-elle. Mais il faut que tu comprennes… Après que Ron m'ait demandé de m'occuper de Rose, j'ai cru… j'ai vraiment cru que c'en était fini de tout ça… qu'on parviendrait à s'entendre… et pourtant, on est là, une nouvelle fois…
- Je t'avais dit de ne pas te faire d'illusion. Weasley a agi sur le coup de l'émotion. Sa femme était hospitalisée, il allait avoir son gosse… Maddy Hooper s'est certainement chargée de lui ramener rapidement les pieds sur terre.
Pansy tourna légèrement la tête pour voir son adversaire discuter vivement avec son client.
-Hm, ça m'a l'air tendu là-bas, souffla-t-elle avec un sourire en coin.
Hermione se pencha à son tour. Maddy Hooper, visiblement contrariée, faisait de grands gestes, tandis que Ron restait stoïque, les bras croisés sur son torse et l'air très en colère.
-Que se passe-t-il ? s'alarma Hermione qui voyait déjà une nouvelle catastrophe se profiler à l'horizon.
- Je ne sais pas mais ils n'ont pas l'air d'accord, tous les deux…
Les deux femmes n'eurent pas le temps de s'interroger davantage car l'huissier venait d'ouvrir la porte de la salle d'audience en appelant bien fort :
-AFFAIRE GRANGER CONTRE WEASLEY !
Hermione se leva d'un bond, attrapant vivement son sac, les mains tremblantes. Elle aurait tout donné pour que Blaise soit à côté d'elle en ce moment, mais son compagnon était retenu au Bureau des Aurors pour réaliser l'expertise psychologique d'un suspect dans une sordide affaire de viol. Concrètement, il n'était qu'à quelques couloirs d'ici mais il lui manquait cruellement.
Contre toute attente, une main amicale se posa sur son bras. Elle se tourna vers Pansy qui lui fit un signe de tête encourageant. Elle prit une grande inspiration et entra dans la salle.
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-Comme vous le savez, je suis désormais en charge de cette affaire, dit le juge Merryweather.
C'était une femme d'une quarantaine d'années, au visage sévère. Ses yeux marrons scrutaient l'assemblée avec réprobation.
-J'ai pris connaissance des motifs pour lesquels le Conseil Supérieur de la Justice Magique a estimé nécessaire de récuser mon prédécesseur. Cependant, dit-elle en dardant le regard sur Pansy, je refuse d'ores et déjà d'entendre le moindre argument tiré de cette circonstance afin de justifier que je fasse droit aux revendications de votre cliente. Je m'en tiendrai aux faits de la cause et aux arguments objectifs qui me seront présentés. J'espère avoir été assez claire.
- Je n'envisageais pas les choses autrement, répondit Pansy, avec un sourire froid.
- Bien dans ce cas, je vous écoute, Maître Parkinson.
Pansy se leva. Sur le pupitre devant elle, se trouvaient deux dossiers. L'un contenait ses notes, l'autre les pièces justificatives à destination du Tribunal. Elle allait prendre ses notes quand elle s'attarda sur le visage rougeaud de son adversaire. L'avocate semblait prête à en découdre à tout prix. Voyant cela, Pansy esquissa un sourire.
C'était quelque chose qu'elle adorait faire…Déstabiliser l'adversaire. Les avocats comme Maddy Hooper n'étaient pas difficiles à battre car ils n'avaient généralement qu'une seule stratégie : celle de l'attaque. Mélodrame et arguments en-dessous de la ceinture étaient leurs armes favorites. Pansy était douée pour ça aussi mais elle était surtout douée pour lire entre les lignes et voir ce qu'on voulait lui cacher. Et ce qu'elle voyait précisément ce matin, c'était le manifeste désaccord entre Weasley et son avocate.
Elle sourit un peu plus. Si elle manœuvrait suffisamment bien, Weasley ferait le travail pour elle.
-Madame la Présidente, commença-t-elle, je vous remercie de me donner la parole. Ainsi que vous l'avez lu dans le dossier…
En une demi-heure à peine, Pansy exposa ses arguments avec méthode, clarté et objectivité. Sans rien omettre, elle fit un compte-rendu fidèle des circonstances qui avaient amené au divorce des parties. Elle parla de l'avortement, sans minimiser ni la gravité de l'acte, ni l'impact qu'il avait pu avoir sur Ron Weasley. Elle expliqua de manière totalement factuelle, les différentes demandes introduites par sa cliente afin d'obtenir une garde alternée et les refus qui s'en étaient suivis. A aucun moment, elle n'évoqua les coups bas de la partie adverse.
Elle développa ensuite les avancées de la procédure et notamment l'obtention une fois par mois d'un droit de visite non surveillé. Elle insista sur les rapports extrêmement positifs rendus à cet égard par la responsable du Département de l'Enfance.
Elle termina enfin par la décision récente de Ron Weasley de confier Rose à sa maman pour le weekend alors qu'il devait rester au chevet de son épouse qui venait d'accoucher.
Cette dernière information ne manqua pas de surprendre la juge Merryweather qui se tourna immédiatement vers Ron et son avocate.
-Est-ce vrai, Monsieur Weasley ? demanda-t-elle en haussant un sourcil.
- Oui, Madame, admit Ron en soupirant.
La juge fronça les sourcils et nota rapidement quelque chose sur son parchemin.
-Vous avez la parole, Maître Hooper.
Maddy Hooper se leva comme un ressort et entama immédiatement une plaidoirie agressive, insistant longuement sur la souffrance de son client face à l'acte barbare commis par son ex-épouse. S'en suivirent d'interminables minutes au cours desquelles Hermione fut dépeinte tantôt comme une femme de petite vertu, tantôt comme un être sans cœur, seulement attirée par la gloire et par l'argent. Elle méprisa également le travail du Département de l'Enfance qui avait autorisé les visites non surveillées, critiquant vertement Hermione qui n'avait pas hésité à amener son amant lors des dernières rencontres.
Toute à sa plaidoirie, Maddy Hooper ne remarquait pas les traits de plus en plus crispés de son client.
-Quant au fait que mon client a confié sa fille à Miss Granger le weekend du 21 mars dernier, c'est effectivement le cas, admit l'avocate. Il vivait des moments difficiles, son épouse étant à l'hôpital, entre la vie et la mort, de même que son enfant ! Miss Granger a honteusement profité de son état de faiblesse pour enfreindre la loi et…
- CA SUFFIT !
La voix de Ron tremblait de fureur.
-Monsieur Weasley ! le sermonna la juge Merryweather. Peut-on savoir ce qui vous prend ?
- Il me prend que je n'en peux plus de tout ça, souffla-t-il avec lassitude.
- De quoi parlez-vous ?
- Vous voyez Madame la Présidente ! s'écria Maddy Hooper. Voyez l'état dans lequel se trouve mon client à cause de cette…
- TAISEZ-VOUS ! hurla Ron à nouveau, en se levant. J'EN AI ASSEZ DE TOUTES CES MESQUINERIES ! DE TOUS CES MENSONGES ! J'AI CONFIE ROSE A HERMIONE PARCE QUE C'ETAIT CE QU'IL Y AVAIT DE MIEUX POUR ELLE !
Maddy Hooper recula, effrayée.
-Monsieur Weasley, je vous demande de vous calmer ! exigea la juge. Et rasseyez-vous !
Ron obtempéra et murmura de vagues excuses.
-J'avoue ne pas comprendre ce qui se passe ici, dit-elle. Cela fait des années que vous vous opposez farouchement à tout droit de garde pour votre ex-femme et maintenant, vous dites que vous en avez assez ? Etes-vous en train de vous moquer de ce tribunal Monsieur Weasley ?
- Non, Madame la Présidente. C'est vrai que j'ai passé ces six dernières années à me battre contre mon ex-femme, à tout mettre en œuvre pour qu'elle souffre autant que j'ai souffert…
Il baissa la tête, alors que Hermione le regardait, abasourdie.
-Mais tout ce que ça m'a apporté, c'est de l'amertume. Et de la colère. Je ne veux plus être en colère, je ne veux plus que ma femme, ma fille et maintenant mon fils, me voient comme un homme aigri, rongé par la rancune. Je… Je croyais aller mieux en me battant comme je l'ai fait… mais c'est tout le contraire.
- Dois-je comprendre, Monsieur Weasley, que vous acceptez la demande de Miss Granger d'obtenir une garde alternée ?
- Madame la Présidente, intervint Maddy Hooper qui semblait vouloir revenir dans la course, je voudrais m'entretenir avec mon client si vous le permettez…
- Vous, je n'ai plus rien à vous dire, répliqua Ron froidement.
- Mais…
- VOUS ETES VIREE ! s'emporta le rouquin.
Maddy Hooper glapit d'indignation. Elle rassembla promptement ses affaires et sortit sans demander son reste.
-Je pense qu'il faut que je discute de tout cela avec mon ex-femme, reprit Ron quand l'avocate fut partie.
- Je le pense aussi, affirma la juge. Maître Parkinson ?
- Ma cliente ne demande que cela.
- Bien, dans ce cas, je vais ajourner cette affaire dans l'attente qu'un accord soit trouvé entre les parties. L'audience est levée.
Un peu hébétée, Hermione se leva.
-Que… que s'est-il passé ? demanda-t-elle à Pansy. Je ne comprends pas…
- Tu as gagné, Granger. Voilà ce qui s'est passé, dit Pansy avec un sourire sincère.
Pendant qu'elle rangeait ses affaires, elle vit Ron s'approcher de leur table.
-Tu… tu as un peu de temps ? demanda-t-il à Hermione.
- Heu… oui. Oui, bien sûr.
- On pourrait aller à la cafétéria du Ministère… ou au Chaudron Baveur… et… parler ?
- Ce n'est pas une ruse, n'est-ce pas ? Tout… tout ce que tu as dit… tu n'as pas fait ça uniquement pour reporter l'audience… pour…
Elle se tut en voyant le visage peiné de son ex-mari.
-Vu ce qui s'est passé entre nous, je suppose que tu as le droit de penser cela mais… non. Je suis sincère. Je ne veux plus de bagarres.
- Alors on parlera volontiers, sourit Hermione. Mais je préfère le Chaudron Baveur.
- Bien. On s'y retrouve dans, disons… une heure ?
- Parfait.
Ron quitta la salle d'audience, le pas alerte, laissant Hermione seule avec Pansy.
-Tu nous accompagnes ? demanda Hermione.
- Non. Mon travail est fini, Granger.
- Quoi ? Mais… comment…
Pansy sourit avec indulgence.
-Tu n'as plus besoin de moi maintenant.
- Bien sûr que si ! Jamais je n'y serais arrivée sans toi !
- Ça c'est évident ! Tu avais besoin d'une armure, d'un bouclier et d'une épée. J'ai été tout cela le temps qu'il fallait. Mais maintenant, tu as juste besoin d'être toi-même. Cette discussion avec Weasley, je ne peux pas l'avoir à ta place.
Hermione hocha la tête nerveusement. Elle n'était pas certaine d'être prête à faire face à tout cela.
-Tu vas y arriver, dit Pansy en réponse à son angoisse muette. Tu es forte, Granger. Et puis, tu n'es pas seule. Tu as Potter. Tu as Blaise et tu as Théo. Quand toi et Weasley aurez conclu votre accord, Théo se chargera de le faire enregistrer et valider par le juge.
- Tu… tu avais prévu ce qui vient de se passer ? demanda Hermione, incrédule.
Pansy prit un petit air mystérieux et très satisfait d'elle-même.
-Je ne me lance jamais dans une bataille sans avoir à l'esprit tous les scénarios possibles. Celui-ci était le numéro trois. Celui en lequel je croyais le moins, je l'admets.
- Tu anticipes toujours tout ?
- Toujours. Comme aux échecs.
Pansy prit son sac qui semblait peser le poids d'un sombral mort, sa veste et sortit de la salle d'audience, Hermione à sa suite.
Elles s'arrêtèrent au milieu de la salle des pas perdus.
-Tu restes encore un peu en Angleterre ? demanda Hermione.
- Non. Cet après-midi, je pars à Milan, passer deux jours avec Draco. Puis je rentre à New-York. D'autres affaires m'attendent.
- Je comprends. En tout cas, je te remercie infiniment.
- J'ai fait mon travail.
Hermione prit une petite inspiration et fixa Pansy droit dans les yeux.
-Tu es quelqu'un de bien, Pansy, et je regrette de ne pas l'avoir découvert avant. J'aurais aimé apprendre à mieux te connaître.
- Te fatigue pas, Granger. Tu n'es pas mon amie, et tu ne le seras jamais. Contrairement à Blaise, Théo ou même Draco, je ne parviens pas à dépasser tout ce qui nous oppose. Ceci dit…
Elle réfléchit un instant avant de poursuivre.
-… tu es de ces femmes que j'admire. Tu es forte, tenace et loyale. Tu te bats pour ce qui est juste, et c'est quelque chose que je respecte.
- Ces qualités, tu les possèdes également, observa Hermione. Tu n'es peut-être pas si différente de moi, après tout.
- Peut-être, admit Pansy en souriant.
Elle glissa la main dans la poche latérale de son sac, d'où elle extirpa une épaisse enveloppe couleur crème. « Hermione Granger » y était inscrit en belles lettres calligraphiées.
-L'invitation pour mon mariage, dit-elle en la remettant à Hermione.
- Oh… Je te remercie.
- Ne te fais pas d'idées, Granger. On n'est toujours pas amies. C'est uniquement parce que Blaise menaçait de ne pas venir si je ne t'invitais pas aussi !
La lueur dans les yeux de Pansy démentait totalement la nature de son propos si bien qu'Hermione ne put s'empêcher de rire.
-Je ne me fais pas d'idées, Parkinson. Mais… merci quand même !
Pansy lui fit un signe de la main et disparut dans la foule.
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9 mai 2015 – Villa Rosa, Bellagio, Italie
Quand il voulait fuir l'agitation milanaise, Mathieu Saint-Martin se réfugiait dans la villa qu'il possédait à Bellagio, un village situé en bordure du lac de Côme. Il était immédiatement tombé amoureux de cette somptueuse demeure de style renaissance, nichée dans un écrin de verdure, à l'abri des regards, et qui devait son nom à la couleur de la chaux utilisée pour habiller ses murs.
Dans le voisinage, peu de gens savait à qui appartenait la Villa Rosa. Et surtout, personne ne savait ce qui s'y déroulait de temps à autre, à la nuit tombée.
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La pièce était magnifique. Les murs étaient tendus d'un papier-peint couleur crème, décoré d'un damassé floral en velours ton sur ton. A intervalles réguliers, ils étaient percés d'alcôve dans lesquelles se dressaient des statues d'albâtre, allégories des arts. De lourdes tentures en brocart ivoire encadraient les fenêtres. Un immense lustre tout de bronze et de cristal était accroché au centre d'un plafond entièrement couvert de moulures en stuc.
Une imposante cheminée en marbre de Carrare supportait le poids de grands chandeliers de cuivre, tandis que des miroirs, accrochés ci et là, reflétaient à l'infini les lueurs des bougies.
Le côté baroque du lieu était renforcé par la musique de Jean-Baptiste Lully, le compositeur préféré de Mathieu, que diffusaient les enceintes cachées aux quatre coins de la pièce.
L'air, lui, était lourd, saturé du parfum capiteux des bouquets de fleurs blanches qui trônaient un peu partout, et de l'odeur âcre des corps en sueur, lascifs et alanguis par trop de jouissance. L'odeur bestiale de la débauche et de la luxure.
Ce soir-là, ils étaient une douzaine, regroupés par deux ou trois, dans les canapés ou sur le riche tapis persan qui recouvrait le parquet. Draco ne savait plus depuis combien de temps il était là ni combien d'hommes il avait déjà pris. A genoux sur un récamier drapé de velours matelassé, il ne voyait que ce dos à la peau légèrement halée, ces cheveux ébène qui s'agitaient au rythme de ses coups de rein et cette cambrure qui aurait pu être la sienne.
Mais comme toujours, cette illusion s'envola rapidement quand il se pencha pour déposer un baiser sur la nuque de l'homme. Ce n'était pas lui. Ce n'était ni son odeur, ni son goût, ni la douceur de sa peau.
D'un geste brusque, il saisit les hanches de l'inconnu et redoubla la vigueur de sa pénétration. L'homme ne tarda pas à pousser un long gémissement annonciateur de la jouissance tout proche. Draco se retira sans avoir joui, laissant son amant sans nom se déverser dans la bouche d'un autre, qui n'attendait que ça. Pour autant, il ne resta pas désœuvré très longtemps car une bonne âme se matérialisa à ses côtés, le branlant avec savoir-faire jusqu'à ce qu'il se libère dans un cri rauque pour la sixième fois de la soirée.
Tandis qu'il reprenait ses esprits, son regard se posa sur Mathieu, installé sur un fauteuil marquise, qui le fixait avec intensité. Il buvait une coupe de champagne pendant que deux hommes lui prodiguaient caresses et baisers.
Avec la souplesse d'une panthère, Draco se leva et marcha jusqu'à lui. D'un geste, il congédia les deux hommes. Ceux-ci ne s'en offusquèrent pas. Ils s'éloignèrent et se mirent aussitôt à copuler sur le tapis.
Draco s'assit à califourchon sur les cuisses de Mathieu et l'embrassa voracement. Mais quand ses doigts s'aventurèrent à caresser le pubis entièrement rasé, une main se referma fermement autour de son poignet.
-Je te l'ai déjà dit, Draco, souffla Mathieu, je ne coucherai pas avec toi. Ni avec personne d'autre.
- Tout le monde est convaincu que nous couchons ensemble.
- Je sais.
- Alors à quoi bon ?
- C'est mon jeu Draco. Tu as accepté d'y jouer. Selon mes règles.
Draco soupira et se releva. Plus ça allait, plus il se demandait ce qu'il foutait là. Il commençait à en avoir sérieusement marre de tout ça.
Mathieu ne se contentait pas d'aimer ce qui était beau. Il était obsédé par la beauté. La beauté de la nature, de la musique, des œuvres d'art, des matières. La beauté des visages et des corps aussi. Draco l'avait compris la première fois qu'ils s'étaient rencontrés. La manière dont Mathieu l'avait détaillé, fouillé du regard, n'avait qu'une signification : il le convoitait.
Mais il se rendit bien vite compte que cette convoitise était différente de ce qu'il avait connu jusqu'à présent : Mathieu le voulait pour l'exhiber. A ses côtés mais également lors de ses soirées privées, au cours desquelles de jeunes hommes, tous plus beaux les uns que les autres, se livraient à la débauche sous ses yeux. Il ne s'agissait pas d'orgies au sens vulgaire du terme mais d'une véritable œuvre d'art. Les corps se mettaient en scène, se mouvaient dans un ballet lent et voluptueux. Dans ce théâtre, Mathieu y tenait le rôle à la fois de l'unique spectateur et du maître à danser. C'était lui qui édictait les règles du jeu, et chacun était tenu de les respecter. Même Draco. Ce dernier s'y était plié sans trop se forcer car… comment pouvait-il résister à ce luxe et à ces corps magnifiques qui ne demandaient qu'à être honorés ? Et surtout, comment pouvait-il ne pas aimer le regard lourd de désir que son hôte posait sur lui ?
Cela ne l'empêchait de temps à autre, de revenir à la charge, espérant enfin faire céder Mathieu. Mais toujours sans succès.
Pourtant, même s'ils ne couchaient pas ensemble, Draco était parvenu à se rapprocher de Mathieu bien plus qu'il ne l'avait envisagé. Il y avait chez cet homme une souffrance comparable à la sienne : celle d'avoir perdu l'amour de leur vie.
Un soir, sans préméditation, Mathieu s'était mis à lui parler de Maxime, un collectionneur d'art avec qui il avait vécu plusieurs années et qu'il aimait d'un amour absolu… mais qui n'avait pourtant pas suffi à le faire renoncer à son vice le plus ancré : le candaulisme. Mathieu était en effet de ces hommes qui tiraient un plaisir inouï à voir la personne qu'ils aimaient faire l'amour avec un étranger. Maxime avait cédé à plusieurs reprises car il ne pouvait rien refuser à Mathieu. Mais même l'amour le plus profond a ses limites... et Maxime avait fini par le quitter.
Depuis, Mathieu était devenu une sorte de pervers ascétique, se complaisant dans cette parodie d'abstinence, sordide et malsaine, comme s'il voulait expier son péché.
Draco, qui d'ordinaire n'en avait rien à faire des états d'âme des autres, s'était surpris à écouter cette histoire qui faisait écho à la sienne. Pour autant, il avait du mal à comprendre l'attitude de Mathieu. Même si sa rupture avec Harry l'avait fait souffrir bien plus qu'il ne l'admettrait jamais, il n'avait pas l'âme d'un martyr. Lui avait fait ce qu'il fallait pour reprendre sa vie en main et passer à autre chose. Du moins, c'était ce qu'il croyait.
Soudain lassé de la situation, il récupéra sa robe de chambre qui trainait sur l'accoudoir d'un fauteuil et traversa le salon.
-Ou vas-tu ? l'interpella Mathieu. Le jeu n'est pas fini…
- Il l'est pour moi, répondit brusquement Draco.
- Draco, souffla Mathieu d'un ton vaguement irrité.
- Quoi ? Tu vas m'empêcher de partir, c'est ça ? M'attacher quelque part ?
Mathieu lui lança un regard lourd d'avertissement que Draco nia royalement. Il gagna la pièce annexe qui était une sorte d'antichambre dans laquelle les participants se préparaient. Il retrouva ses vêtements où il les avait laissés et se rhabilla avant de transplaner.
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Porta Venezia, Milan
Une heure plus tard, Draco flânait dans les rues animées de la Porta Venezia, le quartier gay de Milan. Il poussa la porte du Blanco, l'un des établissements moldus les plus chics de la Via Morgagni. Il s'installa au comptoir et commanda un Americano.
Aussitôt, un homme se matérialisa à ses côtés.
-Vieni qui spesso ?
Draco leva les yeux au ciel. Comme entrée en matière, on faisait plus subtil.
-Non mi interessa, répondit Draco pour couper court à toute tentative de drague.
Comme d'habitude, il avait ripé sur le « r ». Fichue langue.
-Oh… tu es anglais ?
- En effet. Et donc, je répète : je ne suis pas intéressé.
- Tu en es sûr ? dit l'autre d'un air suggestif.
Draco ricana en posant son verre sur le comptoir.
-Je viens de passer les trois dernières heures à baiser une douzaine de mecs. Alors, crois-moi quand je te dis que je ne suis pas intéressé…
- Hm… quel programme… après avoir tant donné, tu as peut-être envie qu'on s'occupe un peu de toi, caro mio ?
- Sûrement pas.
- Porca miseria ! Ne dis rien, cazzo ! Tu ne te fais jamais baiser, c'est ça ? dit l'autre en se moquant ouvertement.
- Exactement.
Le ton sec de Draco lui attira un regard noir de son voisin qui renifla avec mépris.
-Tu crois sans doute que ton petit cul de finocchio est trop bien pour les autres ? cracha-t-il avec dégoût.
- Non.
- C'est quoi, ton problème alors ?
Draco soupira et vida son verre d'un trait. Il jeta quelques euros sur le comptoir et se leva de son tabouret.
-Je respecte une promesse que j'ai faite.
Sous l'œil ahuri de l'autre homme, il sortit du bar et disparut dans la nuit.
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17 mai 2015 – Poudlard
Pour la première fois depuis la création de cette compétition, les parents des élèves de Poudlard avaient été invités à assister à la finale de la Coupe de Quidditch des Quatre Maisons.
L'initiative en revenait à Ron Weasley qui avait eu l'idée de convier également des recruteurs de différentes équipes de Grande-Bretagne ainsi que de l'Ecole Internationale de Quidditch. La directrice avait été enthousiasmée par ce projet, tout comme Madame Bibine par ailleurs.
Durant de longues semaines, et dans le plus grand secret, le Professeur McGonagall, Madame Bibine et Ronald Weasley s'étaient réunis afin de préparer cet événement.
C'est donc dans un joyeux brouhaha que les familles prenaient place, en ce dimanche ensoleillé, dans les gradins qui entouraient le terrain de Quidditch.
-Bonjour Harry !
- Neville ! Salut ! fit Harry avec un enthousiasme un peu forcé.
Ni l'un ni l'autre n'avaient oublié la conversation qu'ils avaient eu au bar quelques semaines auparavant.
Il se tourna vers la femme qui l'accompagnait, entourée de deux enfants.
-Bonjour Hannah, dit-il non sans une certaine gêne. Je suis heureux de te revoir.
- Moi aussi Harry… ça faisait longtemps.
- Heu… Vous vous souvenez tous les deux d'Olivier Dubois, dit-il en faisant un geste vers son compagnon.
- Oui bien sûr ! Salut Olivier, dit Neville.
Harry et Neville semblaient mal à l'aise, l'un comme l'autre. Ils échangèrent quelques banalités, avant d'être interrompus par une voix un peu plus loin.
-Harry !
- Oh… c'est Hermione et Blaise, dit-il, heureux de cette diversion. Ils attendent qu'on les rejoigne. On se voit plus tard, Neville ?
- Ok !
Après un nouvel échange de politesses, Harry et Olivier continuèrent leur chemin à l'autre bout du gradin. Ils saluèrent encore quelques personnes sur le trajet avant d'enfin atteindre leurs places et s'installer aux côtés de Blaise et Hermione avec qui ils se mirent à discuter avec entrain.
-C'est incroyable d'être de retour ici, dit Olivier, visiblement heureux. Tu te rappelles Harry ? C'est ici que je t'ai donné ton premier cours… Merlin, dire que tu avais seulement onze ans ! Tu n'y connaissais rien ! Si on m'avait dit ce jour-là qu'on finirait ensemble…
- Je n'y aurais pas cru ! dit Harry.
- Personne n'y aurait cru ! renchérit Hermione.
- Une chose est sûre, c'est grâce à moi que tu as découvert le Quidditch ! s'exclama Olivier.
- Faux, Dubois. C'est grâce à moi.
Ils se retournèrent tous les quatre pour voir Draco Malefoy debout derrière eux. Comme à chaque fois, Harry en eut le souffle coupé tant il était magnifique. Il ne portait pourtant qu'une simple chemise bleu turquin sur un pantalon blanc en lin mais il dégageait autant d'allure que s'il portait un smoking.
-Grâce à toi ? répéta Olivier avec mépris.
Avec une nonchalance étudiée, Draco ôta ses lunettes de soleil, dévoilant ses incroyables yeux gris.
-C'est dingue ce qu'un bête petit rappeltout peut changer un destin… n'est-ce pas, Harry ? dit-il, ignorant Olivier délibérément.
- Plutôt, oui ! répondit Harry en souriant malgré lui. Et dire que tu pensais me faire renvoyer ! J'imagine que si c'était à refaire, tu le laisserais par terre ou bien tu le rendrais à Neville !
Draco eut un sourire énigmatique avant de se pencher vers Harry.
-Sûrement pas, murmura-t-il. Il n'y a rien de ce qui s'est passé entre toi et moi que je voudrais changer.
Troublé par l'odeur de Draco, par son souffle tiède sur sa joue, il ne sut quoi répondre. Ni quoi en penser d'ailleurs.
-Papa !
La voix d'Albus l'empêcha de réfléchir davantage à la question. Il arrivait vers lui en compagnie de sa mère.
-Bonjour Ginny, dit-il après avoir serré son fils dans ses bras.
- Bonjour Harry.
Si elle se contenta d'un hochement de tête à destination de Malefoy, elle salua poliment Olivier et Blaise avant de se diriger vers Hermione de manière un peu gauche.
-Hum… bonjour Hermione. Ça faisait longtemps.
- Oui, en effet. Tu vas bien ?
- Ça va. Et toi ?
- Oui, merci. Et Lily ?
Le visage de Ginny se fit plus souriant.
-Oh, un vrai petit ange. Au fait… merci pour la peluche. Lily l'adore !
- Pas de quoi, ça m'a fait plaisir.
Elle reporta ensuite son attention sur Harry.
-Est-ce que… hm… je peux m'installer ici ? dit-elle en désignant la place à côté de celle de Harry.
- Oui, bien sûr ! s'empressa-t-il de répondre.
Albus eut une moue contrariée. Les choses ne se déroulaient pas comme prévu. Avec Scorpius, ils voulaient faire en sorte que Draco et son père s'installent l'un à côté de l'autre, Scorpius à côté de Draco, et lui entre son père et Olivier. Il n'avait pas du tout prévu que sa mère voudrait s'asseoir à côté de son ex-mari. Il réfléchissait à comment arranger les choses quand Scorpius fit son apparition.
-Bonjour Papa ! dit ce dernier joyeusement en courant vers Draco. C'est super que tu aies pu venir !
- Rien au monde ne me m'aurait fait manquer ta prestation.
Scorpius sourit largement. Après le match de Quidditch, les familles étaient invitées à assister à une représentation de la chorale dont il faisait partie avec Albus.
-Tu es seul ? lui demanda Draco en fronçant les sourcils.
- Non. Maman arrive, elle discute avec la mère de Sammy. Et papa viendra seulement pour le concert et le banquet car il a horreur du Quidditch. Tu t'installeras avec nous à table ?
- J'ai promis à ta grand-mère de m'asseoir avec elle à la table des professeurs, mentit Draco.
La vérité, c'est qu'il ne souhaitait pas se trouver trop longtemps à proximité d'Archibald Miller. Pour le bien de Scorpius, ils avaient conclu une sorte de pacte de non-agression mais ce n'était pas pour autant que les deux hommes s'appréciaient. Il était donc préférable qu'ils ne soient pas à la même table.
-Mais papa, insista-t-il, grand-mère peut s'asseoir avec nous !
Draco eut un petit rire nerveux. Il était hors de question de laisser sa mère approcher à moins de dix mètres du couple Miller sauf à vouloir créer un terrible incident en plein milieu de la grande salle.
-Je suis désolé Scorpius. Elle doit se joindre aux autres professeurs. C'est comme ça.
Le jeune garçon était un peu déçu mais ne protesta pas davantage. A la place, il porta son attention sur son meilleur ami et surtout sur le père de celui-ci, assis sur la banquette juste devant lui, en grande conversation avec un autre homme, sans doute le fameux Olivier dont Albus lui avait tant parlé, et la mère d'Albus.
-Qu'est-ce que ta mère fait là ? souffla Scorpius. Tu avais dit qu'elle irait dans l'autre tribune avec ton oncle !
- Je le croyais aussi ! Apparemment, elle a changé d'avis !
- Qu'est-ce qu'on fait alors ?
Albus haussa les épaules avec défaitisme. Leur plan était mort.
-Bon, ben tant pis alors, murmura Scorpius. Allez viens, on va s'installer tout devant.
Ils allaient descendre vers la première rangée quand Astoria Miller fit son apparition.
-Bonjour Draco, dit-elle en l'embrassant sur la joue.
Reconnaissant la voix, Harry se retourna pour saluer la nouvelle arrivante.
-Bonjour Madame Miller.
- Monsieur Potter. Comment allez-vous ?
- Très bien, merci.
Comme Ginny les observait, il fit un signe vers elle.
-Permettez-moi de vous présenter Ginny Weasley, la mère d'Albus et James. Ginny, voici Astoria Miller, la mère de Scorpius.
- Oh ! Enchantée, dit Ginny en tendant la main. Je suis contente de vous rencontrer !
- Moi également ! Nos fils sont inséparables !
- Oui, je le sais ! Figurez-vous que…
Une discussion animée s'engagea bien vite entre les deux femmes, si bien que sans vraiment y faire attention, Ginny changea de place pour s'asseoir à côté d'Astoria.
-Papa ! dit alors Scorpius. Viens ici, tu verras beaucoup mieux !
- Mais je vois très bien d'ici… Je…
- Non, coupa son fils en le tirant par le bras.
Comprenant le but de la manœuvre, Draco soupira.
-Scorpius, qu'est-ce que…
Puis il croisa le regard presque implorant d'Albus et leva les yeux au ciel. Il finit donc par enjamber la banquette et s'asseoir aux côtés de Harry. Ce dernier, qui discutait à présent avec Blaise, n'avait rien vu du manège de leurs fils respectifs. Il fut donc surpris quand il le vit à côté de lui.
-Astoria est en grande discussion avec ton ex-femme, dit Draco comme si cela expliquait tout.
Harry jeta un coup derrière lui et haussa les épaules.
-Bouge-toi, papa ! ordonna alors Albus en s'invitant entre Olivier et lui.
Harry recula, Olivier aussi, non sans ronchonner quelque peu.
-Tu n'as pas envie de t'installer devant ? demanda-t-il. Tu verrais mieux, non ?
- Non, je suis bien ici.
Voyant que Harry le regardait, Olivier fit un sourire crispé et ne dit plus rien.
-Tiens, c'est Oncle Ron ! s'exclama Albus en montrant du doigt le bout de la rangée.
C'était bien Ron. Il avançait entre les rangées, Rose devant lui.
-Hermione ! dit-il avec urgence, sans prendre la peine de dire bonjour à qui que ce soit. Est-ce que tu peux t'occuper de Rose ? Hugo a la colique et Lavande a dû rester chez nous pour s'en occuper. Et McGonagall m'attend pour le discours d'ouverture et le coup d'envoi du match. Je ne peux pas laisser Rose toute seule, elle…
- Pas de problème, Ron ! Je m'en occupe, dit Hermione, coupant court à sa logorrhée. Tu peux me la laisser, évidemment.
- Ah super ! Merci ! Sois sage avec maman, ma puce, dit-il en embrassant sa fille.
Et il repartit aussi vite qu'il était venu sous le regard amusé d'Hermione.
Après l'audience pour la garde de Rose, ils avaient longuement discuté. Les points de désaccord étaient encore nombreux mais ils étaient tout de même parvenus à un terrain d'entente concernant une garde d'un weekend sur deux. Ce n'était pas assez au goût d'Hermione mais elle avait ravalé sa déception, consciente qu'elle avait obtenu bien plus qu'elle n'aurait osé rêver il y a quelques mois à peine. Et si elle en jugeait par la réaction de Ron cet après-midi, son attitude patiente et constructive s'avérait payante.
-Papa est vraiment stressé, commenta Rose. Il court dans tous les sens depuis ce matin. Pas étonnant que Hugo ait la colique.
Elle fit le tour des personnes présentes, heureuse de revoir Blaise, son parrain, sa marraine et son cousin. Elle salua poliment Olivier et fut un peu impressionnée par Draco. Elle arriva finalement face à Scorpius.
-Bonjour, je m'appelle Rose. Et toi ?
Comme elle n'obtenait aucune réponse et que le garçon la regardait avec un air de veau de lune, elle plissa légèrement les yeux.
-Tu ne parles pas anglais ?
Scorpius se ressaisit. Il faut dire que le coup de coude de son père était plutôt énergique.
-Je… bonjour. Moi, c'est Scorpius.
- Ah c'est toi ! Albus n'a pas arrêté de parler de toi à Noël.
- Oh…
Rose lui fit un grand sourire.
-C'était bien de discuter avec toi, dit-elle joyeusement.
Scorpius la regarda s'en aller d'un pas sautillant, se demandant si cette fille ne venait pas de se moquer de lui. Légèrement mécontent, il se promit de lui en mettre plein la vue à la première occasion.
Draco suivait le cheminement des pensées de son fils et son petit air contrarié le fit sourire. Il faudrait qu'ils aient prochainement une petite discussion sur l'art subtil de la séduction.
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Un bon quart d'heure venait de s'écouler durant lequel Harry et Draco n'avaient échangé que quelques mots, au grand dam de Scorpius et Albus. Il faut dire qu'Olivier faisait tout son possible pour retenir l'attention de Harry en lui parlant de mille et un choses sans intérêt, du moins de l'avis d'Albus.
Du mouvement sur le terrain attira l'attention des spectateurs. Madame Bibine procédait à une dernière inspection du terrain. Le match n'allait donc plus tarder à commencer.
Albus sortit un calicot qu'il déplia. Il était aux couleurs de Gryffondor.
-Ça alors ! Tu ne soutiens pas Serpentard ? s'étonna Olivier.
- Je soutiens mon frère, se contenta de répondre Albus.
Scorpius sortit son calicot à son tour.
-Par Salazar, souffla Draco. Ne me dis pas que…
- Si.
Draco émit une plainte douloureuse à l'idée que son fils, la chair de sa chair, un digne représentant des Malefoy et de la Maison Serpentard, agite en pleine connaissance de cause, un fanion rouge et or.
-C'est la fin, Malefoy ! rigola Harry qui venait de déplier sa propre banderole. Si même les Serpentards se mettent à soutenir un Gryffondor, où va le monde ?
- Achève-moi Potter.
Harry rigola de plus belle alors que le stade se mettait à applaudir vivement le Professeur McGonagall.
-Chers élèves, chers parents ! dit-elle d'une voix amplifiée par un sonorus. Je vous remercie d'être venus si nombreux pour assister à la finale de la Coupe de Quidditch des Quatre Maisons de Poudlard. Je remercie également Monsieur Ronald Weasley, Directeur du Département des Sports Magiques, à qui nous devons d'être réunis aujourd'hui. Il est venu accompagné de recruteurs de quelques-unes des meilleures équipes de Quidditch de Grande-Bretagne, qui, j'en suis sûre, ne manqueront pas d'apprécier le talent de nos jeunes joueurs. Pour la troisième année consécutive, cette finale opposera la Maison Gryffondor à la Maison Serpentard !
Une incroyable ovation retentit dans tout le stade quand les joueurs firent leur apparition. Ils se propulsèrent dans les airs et effectuèrent plusieurs tours de terrain sous les acclamations de la foule. Ils se placèrent ensuite en vol stationnaire, les gardiens devant leurs buts respectifs, les poursuiveurs et les batteurs en formation triangulaire, tandis que les deux attrapeurs se faisaient face, balai à la main, au centre du terrain.
-Par Merlin, souffla Harry en fixant l'attrapeur de Gryffondor. Mais… c'est… James !
- Stuart Willoughby s'est blessé il y a deux semaines, expliqua Albus. Il pensait pouvoir jouer aujourd'hui mais apparemment, ce n'est pas le cas… James le remplace.
- Il a suivi un entraînement d'attrapeur ? demanda Olivier.
- On va dire ça…
- Oh Merlin, répéta Harry.
- T'inquiète papa ! James est doué, tu verras !
Harry n'était pas rassuré. Il savait d'expérience de quelles folies les attrapeurs étaient capables et il ne voulait pas voir James risquer sa vie pour attraper un vif d'or. Draco semblait avoir compris son inquiétude car il murmura :
-Nous avons été à leur place, Harry. Et on s'en est toujours bien sortis…
- Parle pour toi. J'ai avalé mon premier Vif d'Or. Ou presque. Sans parler du cognard fou qui m'a attaqué en deuxième année. Les détraqueurs l'année suivante. Et puis…
- Potter, tout le monde n'est pas un aimant à emmerdes comme toi…
Draco eut droit à un regard noir qui le fit sourire.
-Tu n'as jamais vu ton fils voler ? demanda-t-il.
- Voler, si. Mais jouer au Quidditch, jamais.
Les yeux rivés sur son fils, Harry n'avait même plus prêté attention au reste du discours de McGonagall. Ce n'est que quand il vit Ron approcher des deux attrapeurs qu'il se ressaisit. James et son adversaire se serrèrent la main avant d'enfourcher leur balai. Madame Bibine donna un grand coup de sifflet et ils décollèrent aussitôt, tandis que Ron propulsait le souaffle à la verticale.
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Les trente premières minutes du match furent supportables pour Harry car le Vif d'Or ne se montrait pas. Les deux attrapeurs se contentaient dès lors de voler en cercle au-dessus du terrain, encourageant leurs coéquipiers qui se livraient une lutte sans merci.
La partie avait débuté en fanfare avec une Attaque en Faucon des poursuiveurs de Serpentards contre laquelle le gardien rouge et or n'avait eu aucune chance. Le premier but avait donc été marqué après à peine une minute de jeu. Les Gryffondors avaient contrattaqué par une Pince de Parkin admirablement exécutée, leur permettant de récupérer le souaffle. La tentative d'Amanda Parks avait toutefois été arrêtée d'un solide coup de pied du gardien Serpentard.
-Ce gardien est vraiment impressionnant ! commenta Olivier qui savait de quoi il parlait. A ce train-là, les Gryffondors ne parviendront jamais à marquer un but !
Mais c'était sans compter la détermination des joueurs et surtout d'Amanda Parks. A quelques mètres à peine du but adverse, elle lança le souaffle en l'air et s'écarta de la trajectoire du cognard lancé sur elle. Elle opéra ensuite une rotation avec son balai de telle sorte que le manche de celui-ci frappe le souaffle de plein fouet, ne donnant aucune chance au gardien.
-Magnifique Fourberie de Finbourgh, approuva Harry. Il n'y a pas à dire, elle est douée !
Les deux équipes étaient maintenant à égalité et rendaient coup pour coup, si bien que les fautes commencèrent à se faire de plus en plus nombreuses. Madame Bibine dut sanctionner un joueur vert et argent pour un dangereux croc-en-manche et un Gryffondor pour un hochequeue particulièrement féroce.
Mais alors qu'un poursuiveur Serpentard fusait vers le but adverse, un éclat doré fit son apparition dans le ciel. Aussitôt James vola dans sa direction, suivi de près par son concurrent. Les deux garçons restèrent un moment au coude à coude jusqu'à ce qu'un cognard ne leur fonce droit dessus et ne les force à s'écarter. Ils se retrouvèrent dès lors chacun à un côté opposé du terrain, le Vif d'Or voletant tranquillement entre eux deux.
James ne perdit pas une seconde et fonça sur sa cible. Le Serpentard en fit autant.
-Bordel ! jura Harry voyant les deux attrapeurs se foncer dessus. Qu'est-ce que Bibine attend pour siffler un boutenchoc !
Tout le stade retenait son souffle. Le temps semblait suspendu, même pour les autres joueurs. Au comble de l'angoisse, Harry saisit la main de Draco et la serra de toutes ses forces.
Un ooooooh ! retentit au moment où les deux balais se croisèrent dans un grand woooouuuch ! sans pour autant se toucher.
-Incroyable ! Ils ont tous les deux eu la même idée ! s'enthousiasma Olivier. Une passe de Plumpton !
Le visage extatique, il se tourna vers Harry. Il vit d'abord son teint pâle comme la mort et ensuite sa main refermée sur celle de Draco. Harry s'en rendit compte et lâcha la main.
-Je crois que je vais interdire à James de monter sur un balai à l'avenir, dit-il dans une vaine tentative de plaisanter.
- C'est du Quidditch, Harry ! dit Olivier, un peu moqueur. Tu as fait bien pire, il me semble. Je me souviens du match de l'équipe d'Angleterre contre…
- Ce n'est pas l'Attrapeur de l'équipe d'Angleterre qui es assis ici, coupa Harry assez froidement. Mais un père qui voit son fils jouer pour la première fois.
- Alors tu devrais plutôt être fier !
- Je suis fier ! Mais ça n'empêche pas que… oh, et puis, laisse tomber.
Ils reportèrent leur attention sur le jeu quand des cris retentirent à nouveau. Gryffondor venait de marquer grâce à Amanda Parks.
On en était à un score de 90 à 80 en faveur de Serpentard quand James démarra en trombe. Harry avait beau scanner les environs, il ne voyait pas le Vif d'Or.
-LA ! cria Draco en tendant le doigt vers la zone sablonneuse au pied du but des Gryffondor.
Le Vif voletait à deux mètres à peine du sol.
-Ce n'est pas possible, souffla Harry. C'est trop dangereux !
Comme au ralenti, il vit James foncer en piqué droit sur la petite balle dorée qui ne semblait pas vouloir bouger.
-L'attrapeur de Serpentard ne le suit pas, observa Draco. Il croit qu'il s'agit d'une feinte ?
- Non. Je crois plutôt que lui a un instinct de survie ! commenta sombrement Harry.
Il ne put s'empêcher de repenser à cette journée maudite où il avait failli perdre la vie en effectuant une feinte de Wronski. Il revoyait le sol se rapprocher de lui. Il se souvenait du bruit de craquement de ses os au moment où il avait heurté le gazon. Incapable de regarder la scène qui se déroulait devant lui, il ferma les yeux.
Jusqu'à ce qu'une terrible clameur retentisse dans tout le stade.
Il souleva les paupières pour voir Albus et Scorpius se sauter dans les bras. Draco était debout. Il s'était emparé de la banderole de son fils et la brandissait en hurlant de toutes ses forces. Olivier applaudissait à tout rompre. Hermione pleurait dans les bras de Blaise. Il se retourna pour voir Ginny, en pleurs également.
Puis il le vit. Son fils. James Potter, deuxième du nom, le poing refermé sur le Vif d'Or et levé en signe victoire.
La peur avait cédé la place à la joie et à la fierté.
James fit quelques tours du terrain, sous les acclamations du public avant de venir s'arrêter à hauteur de son père. Sans un mot, il lui tendit la petite balle en or. Les mains tremblantes, Harry la saisit. James lui fit un clin d'œil et s'envola pour rejoindre ses coéquipiers, tandis que le stade explosait une nouvelle fois.
Terriblement ému, Harry se sentit happé par des bras qui le serrèrent avec force. Il se laissa aller à l'étreinte d'Olivier, sans voir le sourire triste de Draco derrière lui.
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La tribune était pratiquement vide.
Perdu dans ses pensées, Harry avait encore un peu de mal à se remettre de ses émotions. Assis sur la banquette, il faisait tourner le Vif d'Or entre ses doigts.
-C'est un beau cadeau qu'il t'a fait.
Harry leva les yeux vers Draco. Il se tenait à quelques pas, les mains dans les poches, adossé à la rambarde.
-Oui. C'est… oui.
Il déglutit péniblement, la gorge nouée par l'émotion. Draco comprit et se contenta de sourire.
-Viens, dit-il simplement. Sinon tu vas rater la prestation d'Albus.
Harry rangea le Vif dans la poche de son pantalon et se leva. C'est alors qu'il remarqua qu'ils étaient pratiquement seuls dans la tribune.
-Tout le monde est déjà en route pour la Grande Salle, dit Draco en réponse à son interrogation silencieuse.
- Olivier aussi ?
- Oui. Il était en train d'essayer de convaincre ton ex-femme de la nécessité que James devienne joueur pro.
- Alors là, bonne chance ! Jamais Ginny n'acceptera. Et moi non plus !
- Et si c'est ce qu'il veut ?
Harry soupira en se passant la main dans les cheveux.
-C'est injuste, je sais. Je me rappelle combien j'étais fier quand j'ai appris que mon père avait été attrapeur avant moi et que, quelque part, j'avais ça dans le sang… Mais je sais aussi combien cette carrière peut être ingrate et destructrice.
- Tu as peur pour lui ? A cause des risques qu'il prend ?
- Il y a de ça, évidemment. Même si moi, je me moquais bien de risquer ma vie lorsque je jouais, ce n'est pas pour autant que j'assume de voir mon fils faire pareil. Mais ce n'est pas seulement ça… il y a tout le reste. La célébrité. L'argent facile. Les tentations.
Draco hocha la tête.
Ils firent en silence le reste du chemin qui les séparait du bâtiment principal de Poudlard. Tout au long du trajet, Harry observa discrètement Draco. Il ne pouvait s'ôter de la tête l'article qu'il avait lu trois semaines auparavant et qui évoquait un possible mariage entre lui et Mathieu Saint-Martin. Il tenta donc de repérer s'il portait dorénavant un anneau ou un autre bijou, synonyme d'un engagement quelconque avec le couturier. Mais Draco ne portait rien d'autre que cette foutue montre gravée.
Arrivé à la Grande Porte, Harry ne put plus se retenir.
-Il est au courant, ton fiancé, à propos de la montre ?
- De quoi tu parles ? demanda Draco en fronçant les sourcils.
- Ta montre, insista Harry en la montrant du doigt. Et surtout ce qu'il y a d'inscrit au dos.
Draco se figea.
-Ça ne te regarde pas.
Harry sentit quelque chose céder à l'intérieur de lui.
-Pourquoi ? demanda-t-il, soudain en proie à une tristesse sans nom. Pourquoi lui et pas moi ?
Il s'en voulait d'être aussi pathétique, surtout quand il vit le regard chargé de mépris que Draco posa sur lui. Mais maintenant qu'il avait commencé, il ne pouvait plus s'arrêter.
-Tout ce que je voulais, c'était te connaître. Avoir avec toi autre chose qu'une relation purement sexuelle. Je ne t'ai jamais rien demandé d'insensé… Merde, Draco, je ne t'ai même jamais demandé la fidélité ! Je voulais juste qu'on soit… un couple, qu'on partage autre chose qu'un lit ! Mais toi, tu n'en voulais pas ! Alors, dis-moi ! Qu'est-ce qu'il a de plus que moi, ton Mathieu, pour qu'avec lui, tu acceptes le mariage ? LE MARIAGE BORDEL !
Draco écarquilla les yeux.
-Le… mariage ? Mais Potter, d'où sors-tu ça ?
- Oh, ne fais pas l'idiot ! C'était en première page de Gossip Wizz il y a trois semaines !
- Depuis quand tu lis la presse people ?
- Peu importe ! s'énerva Harry. Je me demande ce qu'ils diraient si j'allais raconter qu'alors que tu vas te marier, tu portes toujours à ton poignet la déclaration d'amour de ton meilleur ami !
- Mais putain de merde, de quoi tu parles ?
- DE LA MONTRE QUE THEO T'A OFFERTE ! cria Harry.
- MAIS TU M'EMMERDES AVEC CETTE MONTRE ! s'emporta Draco à son tour. PERSONNE NE ME L'A OFFERTE !
- Quoi ? Mais… que…
- Harry ? Bon sang, qu'est-ce que tu…
Olivier s'arrêta sur le seuil de la Grande Salle. Il regarda alternativement Harry et Draco. Ils se tenaient l'un face à l'autre, les poings serrés et les yeux brillants.
-Que se passe-t-il ici ? demanda-t-il, suspicieusement.
- Rien, conclut Harry en marchant vers lui. Allons nous installer.
Olivier fit demi-tour, non sans avoir jeté un regard noir à Draco.
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La Grande Salle avait été complètement réaménagée. Les longues tables avaient été enlevées et remplacées par plusieurs rangées de confortables chaises en velours.
Harry se faufila entre elles pour rejoindre Hermione et Blaise qui avaient déjà pris place. Ron et Rose étaient également avec eux.
-Olivier, tu…
Il se retourna pour constater que son compagnon était resté quelques mètres en arrière, en grande discussion avec Lee Jordan.
-Papa !
Harry vit son fils aîné accourir vers lui.
-Alors ? Tu m'as trouvé comment ? demanda James.
- Tu étais… exceptionnel, dit Harry avec sincérité. Vraiment incroyable !
- C'est vrai ?
- Absolument ! Et je te remercie pour le cadeau que tu m'as fait. Ça m'a beaucoup touché, tu sais.
James baissa la tête, un peu gêné.
-Ouais… je… je… Pour moi, tu seras toujours le plus grand attrapeur du monde. Et… et même si parfois, j'ai été… enfin, ça n'a pas été facile à cause de… de ce que tu sais… je… je voulais que tu saches que… je suis fier d'être ton fils, acheva-t-il dans un souffle.
- Oh Merlin, souffla Harry en retenant ses larmes.
Il prit son fils contre lui et le serra du plus fort qu'il pouvait.
-C'est moi qui suis fier de toi, James. Fier à un point que tu ne peux imaginer.
Ils se séparèrent, aussi émus l'un que l'autre, et James retourna auprès de ses amis.
-Je ne l'imaginais pas capable d'un tel exploit, dit Ginny en s'approchant.
- Moi non plus, dit Harry en s'essuyant rapidement les yeux, ne sachant pas si son ex-femme parlait du Quidditch ou de ce qu'il venait de dire.
Ginny soupira et croisa les bras sur sa poitrine, signe qu'elle était contrariée.
-Qu'y a-t-il ? demanda Harry.
- Je ne veux pas que tu encourages James à envisager une carrière de joueur professionnel, lâcha-t-elle.
- Je ne l'ai jamais encouragé ! On n'a même jamais discuté de ça !
- Alors, si c'est le cas, peux-tu dire à ton petit-ami de se mêler de ses affaires et d'arrêter de me dire comment élever mon fils ? s'énerva-t-elle.
- Notre fils, Ginny.
Elle ne répondit rien, se contenta de fixer son ex-mari avec colère.
-Je parlerai à Olivier, concéda Harry.
- Je te remercie.
Harry croyait la discussion terminée mais Ginny restait devant lui, le visage fermé.
-Quoi encore ? soupira-t-il.
Ginny regarda derrière l'épaule de Harry. Voyant qu'Olivier était toujours occupé à discuter avec Lee Jordan, elle se lança.
-Tu sais que je n'en ai rien à faire de ta vie amoureuse, n'est-ce-pas ? A moins que cela ne blesse les enfants, nos enfants, d'une manière ou d'une autre.
- Où veux-tu en venir ?
- Olivier. Albus et James ne l'aiment pas. Ils me l'ont dit.
- Ginny…
- Ils m'ont raconté ce qui s'est passé pendant les vacances de Noël. Par sa faute, Albus s'est retrouvé à l'hôpital ! Je n'arrive pas à croire que tu ne m'aies rien dit !
- Je n'en ai pas eu l'occasion ! Est-ce que je dois te rappeler ce qui est arrivé après notre retour ?
- Non, siffla Ginny. Mais ça n'enlève rien à ce qui s'est passé ! Je te le répète : les enfants ne l'aiment pas !
- Ils n'ont jamais aimé aucun des mecs que j'ai fréquentés ! se défendit Harry.
- Si. Un.
Harry écarquilla les yeux mais se reprit bien vite.
-Je n'ai pas envie de parler de ça, Ginny.
- Si tu crois que ça me fait plaisir d'entendre nos enfants parler de Malefoy comme d'un dieu vivant, grinça-t-elle.
- Ecoute, je…
- Tout va bien, Harry ?
Olivier se tenait à côté de lui, tout sourire, un bras entourant sa taille.
-Je vais m'asseoir, dit Ginny.
- Nous ferions mieux d'en faire autant, renchérit Olivier. Ça va commencer.
Harry hocha la tête. Au moment où il prenait place dans la rangée, il aperçut Draco de l'autre côté de l'allée, qui s'installait aux côtés de sa mère. Leurs regards se croisèrent. Quelques secondes à peine.
Lorsque tout le monde fut assis, les torches éclairant la Grande Salle baissèrent d'intensité et les membres de la Chorale firent leur entrée sur la scène, sous les applaudissement nourris du public. Quand le silence se fit, le Professeur Flitwick tapota sa baguette contre son pupitre.
Des accords de harpe s'élevèrent doucement, égrainant les notes bien connues de Greenleeves, un chant traditionnel anglais du 16ème siècle. L'assemblée écouta religieusement le morceau, conquise par la beauté et l'harmonie des différentes tessitures.
Le second morceau fut interprété a capella. Il s'agissait de Scaraborough Fair, une ballade écossaise du 18ème siècle qui fut longuement applaudie.
Juste avant d'entamer le troisième morceau, deux silhouettes s'avancèrent sur la scène. La musique joyeuse d'un clavecin, accompagné de violons et de violoncelles retentit entre les murs de la Grande Salle. Puis la voix pure et vibrante de Scorpius Miller s'éleva, suivie de celle, un peu plus grave d'Albus Potter, pour interpréter Sound the Trumpet, d'Henry Purcell.
Draco était bouche bée. Il n'avait jamais rien entendu d'aussi beau. Son fils avait la voix d'un ange. Son fils était un ange qui lui faisait vivre l'instant le plus magique de toute sa vie.
Quelques sièges plus loin, Harry n'en menait pas large non plus. Il savait qu'Albus avait une belle voix car il en faisait profiter tout le monde au moment de Noël. Mais entre Joy to the world chanté au coin du feu et… ça, il y avait un monde.
Subjugué, le public mit quelques secondes avant de réagir à la fin du morceau et se lever comme un seul homme pour applaudir à tout rompre. Modestement, les deux garçons firent un petit salut avant de regagner leur place dans le chœur et entamer le dernier morceau : Double trouble, un chant sorcier composé sur base d'un texte de William Shakespeare.
La chorale eut quasiment autant de succès que le match de Quidditch. Ce furent donc des parents comblés et fiers de leur progéniture qui s'apprêtèrent à quitter la Grande Salle afin de rejoindre le parc, le temps que les tables soient préparées en vue du banquet.
Mais alors que tout le monde sortait en devisant gaiement, Harry vit Olivier s'éloigner précipitamment. Intrigué, il le suivit des yeux et malgré la foule, il put le voir attraper Malefoy par le bras et l'emmener avec lui. Sans perdre une minute, il décida de les suivre.
-Harry ! cria Hermione par-dessus le brouhaha. Mais où vas-tu ?
Elle soupira. Il était déjà trop loin pour l'entendre.
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-Mais bon sang, où sont-ils allés ?
Harry arpentait un couloir désert. Il était pourtant certain d'avoir vu Olivier et Draco emprunter cette direction. Arrivé à une intersection, il soupira de frustration avant d'entendre une voix sur la droite. Olivier.
Il longea prudemment le mur jusqu'à arriver à la porte d'une salle de classe.
-… savoir ce qui se passe ! Tu m'entends, Malefoy !
- Je ne suis pas sourd, Dubois. Et tu n'as rien à exiger de moi.
- Justement si ! Tu n'as rien à faire avec Harry ! Il est avec moi !
Harry entendit un bruit de chaise qui racle brutalement le sol. Puis la voix froide de Draco.
-Il est avec toi uniquement parce que j'ai fait ce qu'il fallait pour qu'il s'éloigne de moi. Et il n'y a pas un jour où je ne regrette pas d'avoir cédé à ton odieux chantage !
- Chantage ? répéta Olivier avec mépris. Ce n'était pas du chantage. Je t'ai dit la vérité. Harry ne t'aurait aimé que par pitié, par culpabilité après ce qui t'était arrivé. Rien de plus !
- Tu m'as aussi dit que contrairement à moi, toi tu parviendrais à le rendre heureux. Mais c'est faux. Totalement faux.
- Harry est heureux avec moi ! Je t'interdis de dire le contraire !
- Non, il ne l'est pas. Je le sais. Je le sens.
- Harry m'a choisi, martela Olivier avec force. C'est dans mes bras qu'il a passé la nuit après ta petite… démonstration. Et il n'en partira pas de sitôt !
Draco se mit à rire.
-Sauf si je lui raconte que c'est toi qui as vendu à Alohomora ! les photos de vous en train de baiser sur la plage.
- C'est n'importe quoi !
- C'est la vérité. Le journaliste a craché le morceau.
- Tu mens, souffla Olivier d'une voix bien moins assurée. Le secret des sources… jamais elle ne…
- Tu n'as pas idée de ce que le nom des Malefoy et une Marque des Ténèbres a encore comme pouvoir de persuasion, coupa Draco. Et puis… comment sais-tu qu'il s'agit d'une femme ? J'ai dit « le » journaliste.
De l'autre côté de la porte, Harry pouvait deviner la mine défaite d'Olivier.
-Harry ne te croira jamais ! se défendit-il. Jamais !
- Je pense au contraire que je suis tout disposé à le croire.
Olivier fit un bond en voyant Harry dans l'embrasure de la porte. Si Draco était étonné, il ne le montra pas.
-Harry… je… c'est n'importe quoi ! bafouilla Olivier.
- Non. L'employé de l'hôtel que tu as soudoyé pour qu'il prenne les photos a tout raconté à Théo. Il a dit que l'homme lui avait indiqué l'endroit précis où il devrait se cacher, ainsi que le jour et l'heure. Qui pouvait savoir que nous serions sur la plage à ce moment-là ? Il n'y avait que toi, Olivier.
- Harry, je…
- Pourquoi ? demanda Harry d'une voix lasse. Pourquoi tu as fait ça ? Pour l'argent ? Pour me nuire ? Ou nuire à mes enfants ?
- JAMAIS !
- Alors pourquoi ?
Olivier poussa un soupir à fendre l'âme.
-Tu ne te montres jamais en public avec moi. Tu as accepté de faire une interview avec lui, dit-il en montrant Draco du doigt mais avec moi… rien. Je voulais seulement prouver à tout le monde qu'on s'aime et qu'on est heureux ensemble.
- Tu es pathétique, Olivier. Vraiment pathétique.
- Je suis désolé, Harry. Si tu savais… Pardonne-moi…
- Non. Je t'ai pardonné à toi plus qu'à n'importe qui d'autre. Maintenant, c'est terminé. Tu vas partir sans faire d'histoire. Reprendre toutes tes affaires et sortir de ma vie définitivement. Et tu as 48 heures pour présenter ta démission au Président du Club des Tornades. Ne t'inquiète pas, tu recevras une indemnité confortable. Ce que tu feras après, je m'en moque. Tu pars pour l'étranger ou tu restes en Angleterre, ça m'est égal. Mais je ne veux plus que tu t'approches de moi ou de ma société. C'est clair ?
Harry avait dit tout cela sur un ton froid et parfaitement calme. Il se dégageait cependant de lui une telle colère qu'Olivier n'osa ni l'interrompre, ni prononcer le moindre mot. Il se contenta de hocher la tête avant de partir sans demander son reste.
-Tu as vraiment menacé la journaliste ? demanda Harry après quelques instants de silence.
- Non, répondit Draco. C'était du bluff.
- Je te reconnais bien là.
- En attendant, ça a marché.
- Ouais.
Draco observa Harry qui tournait en rond dans la pièce.
-Qu'as-tu entendu au juste ? demanda-t-il.
- Tout.
- Ah.
Harry arpenta nerveusement la salle de classe avant de s'arrêter devant Draco et de le fixer.
-Donc, Olivier est venu te voir à l'hôpital et t'a fait tout un petit laïus sur le fait que je voulais me remettre avec toi par culpabilité et que je ne serais jamais heureux avec toi. C'est ça ?
- Oui.
- Et tu l'as cru ?
Draco haussa les épaules.
-Disons que sur le moment, il était plutôt convaincant.
- Et tu t'es dit qu'il fallait y aller fort pour que je te lâche une fois pour toutes.
- C'était l'idée, en effet.
- Quitte à faire souffrir Théo, qui lui, n'avait rien à voir avec tout ça.
- Tu sais comme moi que ça n'aurait jamais fonctionné avec un inconnu.
Harry secoua lentement la tête. Il ne parvenait pas à croire ce qu'il entendait.
-J'ai fait ça parce que je pensais que c'était mieux pour toi, reprit doucement Draco.
- Alors, tu n'as vraiment rien compris.
Comme Draco ne disait rien, il soupira.
-Pendant 17 ans, on a pris des décisions à ma place. On a même décidé pour moi si je devais vivre ou mourir. Après la guerre, je me suis juré que ça n'arriverait plus. Mais ça a continué. Il y a toujours quelqu'un pour croire qu'il me connaît suffisamment pour savoir ce qui est mieux pour moi. Si tu savais ce que j'exècre ces gens-là, Draco… Vraiment.
- Harry, je ne voulais pas…
- C'est la deuxième fois, Draco. Quand tu as passé sous silence le fait que tu jouais toujours au Quidditch, soi-disant pour ne pas me faire de mal, je t'ai dit que j'étais un grand garçon et que je n'avais pas besoin qu'on me protège. Mais tu n'as rien écouté, n'est-ce-pas ? Une fois de plus, tu t'es cru autorisé à décider à ma place ce qui était le mieux pour moi.
- Je suis désolé.
- Moi aussi.
Le regard infiniment triste, Harry se détourna.
-Attends ! cria Draco. Attends… Que… que va-t-il se passer maintenant ?
Harry s'arrêta sur le seuil de la classe. Il prit le temps de choisir ses mots.
-Il ne va rien se passer, dit-il à voix basse. Tu l'as dit toi-même, l'autre jour… Il est trop tard.
- Non. Il n'est pas trop tard.
- Ah oui ? ricana Harry. Et que fais-tu de Mathieu ?
Draco leva les yeux au ciel.
-Il n'y a rien entre Mathieu et moi, soupira-t-il. On n'a même jamais couché ensemble. La presse écrit n'importe quoi… je n'ai absolument pas l'intention de me marier avec lui. Si tu veux tout savoir, ce jour-là, je suis allé à la bijouterie pour acheter des boucles d'oreilles pour l'anniversaire de ma mère. Et si Mathieu ne dément pas tout ce que ces crétins racontent, c'est uniquement pour rendre son ex jaloux car il ne veut rien d'autre que le récupérer.
-Et tu as accepté de te prêter à ce jeu-là ?
-Oui… parce que Mathieu est devenu un ami et que… je peux comprendre ce qu'il ressent. Moi aussi, je sais ce que ça fait d'être obnubilé par quelqu'un…
Constatant que Harry ne disait rien et qu'il était toujours dans l'embrasure de la porte, prêt à partir, Draco comprit qu'il était à un tournant de sa vie. Qu'il était temps pour lui de décider ce qui comptait vraiment. Et d'agir en conséquence. Sinon, il serait vraiment trop tard.
-Ne me laisse pas, souffla-t-il.
-Quoi ?
-Ne me laisse pas, Harry. Je… je suis accro à toi. J'ai… besoin de toi. Je…
Draco ferma les yeux.
-Quand je suis rentré de New-York, et que tu m'as dit que c'était fini entre nous, continua-t-il, j'ai fait comme si ça ne m'atteignait pas mais la vérité… c'était que j'avais mal à en crever. J'aurais dû te demander de rester, j'aurais dû être plus courageux et me battre pour toi… Mais je n'ai rien fait de tout ça. Je t'ai laissé partir parce que tout au fond de moi, j'étais persuadé que je finirais par tout gâcher. Et j'ai tout gâché. Evidemment.
Il inspira longuement avant de regarder Harry droit dans les yeux.
-Je ne te laisserai pas partir encore une fois. Je suis prêt à me trainer à tes pieds s'il le faut.
- Je ne préfère pas, dit Harry en haussant un sourcil. Je ne devrais pas te le dire, mais j'aime assez ton côté arrogant et fier.
- Ah tant mieux, sourit Draco, car… à vrai dire… il est carrément hors de question que je me traine aux pieds de qui que ce soit…
Harry ne put s'empêcher de rire, ce qui détendit quelque peu l'atmosphère.
-J'ai peut-être menti sur le fait de me trainer à tes pieds, reprit Draco, mais… pas sur le reste. Et ce que je viens de te dire, je ne l'ai jamais dit à personne. Tu es le seul, Harry. Le seul qui compte. Depuis très longtemps.
Ces derniers mots, il les avait soufflés très bas. Tellement bas que Harry faillit ne pas les entendre.
-Je te crois, Draco.
- Alors… est-ce que… toi et moi…
Sa voix trahissait son angoisse et son désarroi. Et le cœur de Harry se serra.
-La veille du jour où je t'ai quitté, dit-il doucement, tu m'as dit qu'entre nous, c'était éternel, qu'on le veuille ou non. Tu le pensais vraiment ?
- Oui, murmura Draco. Je le pensais. Et je le pense aujourd'hui plus que jamais.
Harry hocha la tête.
-Alors laisse-moi juste un peu de temps.
- Je repars à Milan ce soir…
- J'ai besoin de temps, Draco.
- Je comprends.
Le cœur battant, Draco vit Harry revenir vers lui et prendre son visage entre ses mains. Il déposa sur ses lèvres un baiser où se mêlait tristesse, tendresse mais aussi espoir. Un espoir comme il n'en avait plus ressenti depuis longtemps.
A suivre...
