DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.
Rating : M
Genre : romance / slash / Yaoi
Bonjour à tous,
Merci pour vos nombreuses reviews. Vous avez apparemment apprécié la touche de guimauve des chapitres précédents !
Nous voici donc arrivés aux deux derniers chapitres de cette histoire.
Bonne lecture !
Chapitre 36 – Can You Feel the Love Tonight ?
« There's a time for everyone
If they only learn
That the twisting kaleidoscope
Moves us all in turn »
(Elton John)
15 août 2015 – Cherbourg, Normandie
Le temps était splendide. Le soleil brillait généreusement et une légère brise de mer rafraîchissait l'air agréablement.
Harry et Draco se promenaient sur la plage, main dans la main. Quelques mètres devant eux, James, Albus et Scorpius jouaient à éviter les vagues qui venaient lécher le littoral, riant à gorge déployée.
-Dire que j'ai passé les cinq dernières années à les emmener au bout du monde, en croyant leur faire plaisir, observa Harry. Regarde-les, je ne les ai jamais vu aussi heureux…
- Ils sont heureux d'être avec toi, c'est tout.
Harry ne répondit pas, se contentant de passer un bras autour de la taille de Draco.
-C'est incroyable comme ils s'entendent bien, tous les trois, dit-il après un temps en regardant les trois garçons qui s'amusaient comme des fous.
- C'est vrai. Scorpius est triste de devoir rentrer demain.
- Il pourrait peut-être revenir passer une journée avec Albus quand nous serons rentrés en Angleterre…
- Hm… J'en parlerai à Astoria.
- Comment ça se passe avec Archibald ? demanda Harry.
- Je n'ai pas à me plaindre. Je crois qu'il a compris que personne, et certainement pas moi, ne remet en question son rôle de père pour Scorpius. Oh bien sûr, je sais qu'il est coopératif car il craint toujours que j'aille au Magenmagot déclarer ma paternité, et j'avoue que je profite de ça. Sans aucun remord, ajouta Draco avec un sourire sardonique.
- Tu comptes le faire ? Je veux dire… déclarer ta paternité.
- J'y pense tous les jours. Mais je ne le ferai pas. Ce ne serait pas juste ni vis-à-vis de Miller, ni d'Astoria. Et puis, je ne veux pas imposer ça à Scorpius.
Draco soupira, soudain morose.
-Le nom des Malefoy n'a jamais été facile à porter. Encore moins maintenant qu'avant.
- Le temps a passé, Draco.
- Possible. Mais personne n'a oublié la guerre.
Ils continuèrent à marcher lentement, et en silence. Ni l'un ni l'autre n'avait envie de gâcher le moment en évoquant le passé.
-Harry, dit Draco après plusieurs minutes. Demain, après avoir ramené Scorpius, je… je vais retourner à Milan.
- Quoi ? Mais tu m'avais dit que…
- J'y resterai seulement deux jours. A peine.
- Mais… pourquoi ?
- Je dois récupérer mes affaires et rendre les clés de mon appartement.
Harry s'arrêta et fronça les sourcils, pas certain de bien comprendre.
-Rendre les clés de ton appartement ? Mais… tu…
- Je reviens m'installer à Londres.
- Tu… quoi ?
Draco ne put s'empêcher de rire devant l'air totalement perdu de Harry.
-Tu es franchement lent par moment, Potter ! Je reviens m'installer à Londres. Je quitte Milan.
- Mais… tu as décidé ça… maintenant ?
- Bien sûr que non, répliqua Draco en levant les yeux au ciel. J'en ai d'abord parlé à Théo, il y a quelques semaines. Je devais savoir s'il acceptait que je revienne au cabinet. Heureusement pour moi, il a dit oui tout de suite. Puis, j'en ai parlé à Mathieu. Il n'a fait aucune difficulté.
- Vraiment ?
- A vrai dire, j'ai entièrement rempli la mission qu'il m'avait confiée. J'ai établi les brevets pour les créations qui n'en avaient pas encore et j'ai revu tous les contrats qui le lient à ses partenaires commerciaux. S'il devait rencontrer d'autres problèmes, je pourrais parfaitement les régler depuis Londres.
- Et tes autres clients ?
- Je sais déjà que plusieurs d'entre eux continueront à faire appel à moi.
Remis de sa surprise, Harry prit finalement la mesure de ce que la décision de Draco impliquait.
-Alors… plus de portoloins, plus d'attente interminable entre deux weekends ?
- Plus rien de tout cela ! dit Draco d'un air réjoui.
- Et… hm… tu vas te réinstaller dans ton appartement de Pimlico ? demanda prudemment Harry.
Draco prit le temps de bien formuler sa réponse.
-Je crois que ça vaut mieux. Pour le moment.
Harry hocha doucement la tête. Draco avait raison, il en était convaincu. Même si une petite partie de lui espérait secrètement qu'il veuille revenir vivre avec lui.
-Ceci dit, susurra Draco en le prenant dans ses bras, tu crois qu'il serait envisageable de me réserver un tiroir dans ton dressing et une place pour ma brosse à dents dans ton armoire de salle de bain ?
- Ok, mais c'est du donnant-donnant, Malefoy, répliqua Harry sur le même ton.
- Tu es dur en affaires, Potter.
- Tu n'as même pas idée.
Harry attira à lui le visage de Draco et l'entraina dans un baiser prodigieux.
-Je suis tellement content que tu rentres, murmura-t-il tout contre sa bouche.
- Moi aussi. Londres me manque.
- Seulement Londres ? objecta Harry en haussant un sourcil.
- Non. Ton cul incroyablement serré aussi.
- Sale con, rouspéta faussement Harry. Tu pourrais au moins faire l'effort de me baratiner.
- Pourquoi ? Je n'ai jamais eu besoin de baratin pour te baiser.
- Malefoy, tu es vraiment le mec le plus insupportable que je connaisse.
- Mais c'est comme ça que tu m'aimes, non ?
- Ouais. C'est comme ça que je t'aime.
Draco sourit tendrement.
-Je t'aime aussi.
Le cœur de Harry s'emballa. Draco ne l'avait plus dit depuis ce moment merveilleux devant la Cathédrale St Paul. Mais il ne s'en inquiétait plus pour autant. Il savait que c'était des mots que Draco ne prononcerait jamais à la légère.
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17 août 2015 – Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres
Il était presque 20 heures quand Draco transplana dans le salon de Harry. Il le trouva debout devant la porte-fenêtre, à regarder le va-et-vient des bateaux sur la Tamise.
-Tu m'as manqué, dit Draco en venant l'enlacer par derrière. Ça a mis un peu plus de temps que prévu mais tout est réglé. Les déménageurs sorciers amèneront toutes mes affaires à Pimlico demain matin. Ce qui veut dire, ajouta-t-il d'un ton suggestif, que ce soir, je suis sans domicile fixe. Et je compte bien squatter ta chambre.
Il posa rapidement un baiser sur la nuque de Harry puis alla à la cuisine où il s'empara d'une bouteille de vin. Dans le salon, Harry n'avait toujours pas bougé.
-James et Albus ne sont pas là ? demanda Draco en leur servant deux verres.
- Ils sont chez Hermione et Blaise. Ils viennent de partir tous les quatre.
- Hm… une soirée rien qu'à nous, alors ?
Comme Harry ne répondait pas, Draco le regarda plus attentivement.
-Il y a un problème ? demanda-t-il.
Manifestement oui. C'est en tout cas ce que Draco déduisit du regard noir que Harry lui lança en se tournant enfin vers lui.
-Quand allais-tu me dire que tu ne viendrais pas au mariage de Pansy ? demanda brusquement Harry.
Draco soupira lourdement.
-J'ai eu autre chose à penser ces derniers jours.
- Ces derniers jours ? s'énerva Harry. Blaise m'a dit que ça fait des semaines que vous vous êtes disputés à cause de ça !
- Oui, et alors ?
- Et alors ? C'est ta meilleure amie ! Comment peux-tu lui faire une chose pareille ?
- C'était ma meilleure amie, rectifia Draco. Les choses changent.
Harry secoua la tête, dépité.
-Tu es un connard égocentrique, Malefoy ! Pansy a fait en sorte que la cérémonie n'ait pas lieu à New-York juste parce qu'elle savait que c'était trop difficile pour toi d'y retourner pour le moment ! Et malgré ça, tu refuses encore d'y aller !
- Oh ça va ! s'exclama Draco. Ce n'est pas un si grand sacrifice que ça ! Le mariage se fera dans les Hamptons, dans la propriété familiale des Stern, histoire de montrer à tous combien son précieux Jérémy plein aux as va la rendre heureuse !
- Je rêve ou tu es… jaloux ? dit Harry, incrédule, après un instant de silence.
Draco haussa les épaules dédaigneusement.
-Moi ? Jaloux ? Il n'y a pas de quoi être jaloux. La fortune des Malefoy n'a rien à envier à celle des Stern !
- Je ne parle pas de ça et tu le sais !
Draco regarda Harry comme s'il était devenu fou.
-Sérieusement ? Tu penses que… je suis… amoureux de Pansy ? Que je lui en veux parce qu'elle va se marier ? Bon sang, tu sais quand même bien que…
- Je sais que tu n'es pas amoureux d'elle, coupa Harry. Mais elle, elle était amoureuse de toi. Et tu lui en veux d'être enfin passée à autre chose.
- TU RACONTES N'IMPORTE QUOI ! cria Draco. J'AI TOUJOURS VOULU LE BONHEUR DE PANSY ! J'AI TOUJOURS ESPERE QU'ELLE PASSE A AUTRE CHOSE ! TU N'AS PAS LE DROIT DE DIRE LE CONTRAIRE !
- ALORS C'EST QUOI LE PROBLEME !
- LE PROBLEME C'EST QU'ILS SERONT TOUS LA ! RICHARD, SALLY, NAIM, MES ANCIENS COLLABORATEURS QUI DIRIGENT MAINTENANT MON CABINET !
Harry hocha doucement la tête. Draco avait fini par cracher le morceau.
-Mon cabinet à New-York, reprit-il plus doucement, c'était… la seule chose que j'étais parvenu à créer moi-même. La seule chose dont je pouvais être fier. Là-bas… tout le monde se fichait de mon nom et de la guerre… J'étais libre. Pour la première fois de ma vie, j'étais libre.
Sa voix se brisa sur ces derniers mots. Harry s'approcha et le serra dans ses bras.
-Je comprends. Mais tu ne vas pas passer le reste de ta vie à les fuir. Au contraire. Tu devrais leur montrer que tu es plus fort que ça. Que tu as réussi sans eux.
Draco resta silencieux un moment avant de dire :
-En fait, j'en veux vraiment à Pansy. Je lui en veux d'avoir recréé un cabinet avec eux et pas avec moi. Elle aurait dû leur dire non, insister pour qu'ils me laissent revenir. Elle ne l'a pas fait.
- Elle n'avait pas le choix. Elle aussi, elle avait tout perdu.
- Elle avait le choix ! Elle a seulement préféré leur amitié à la mienne !
- Draco, dit Harry en s'écartant de lui et en le regardant droit dans les yeux. Arrête de raconter n'importe quoi ! Si c'était le cas, elle s'en ficherait que tu viennes ou non à son mariage. Et elle aurait choisi un autre témoin ! Mais c'est toi qu'elle veut !
Draco ne répondit pas. Il savait que Harry avait raison et qu'il était en train de se comporter comme un gamin capricieux.
-Elle le veut tellement, continua Harry, qu'elle m'a envoyé un courrier cet après-midi pour me supplier de te convaincre. Ça te donne une idée du degré de désespoir dans lequel elle se trouve ?
- J'imagine, oui, dit Draco en rigolant malgré lui.
Harry sourit à son tour.
-Et puis, je n'ai pas vraiment envie de me pointer tout seul à ce mariage, dit-il.
- Tu ne seras pas tout seul. Il y aura Hermione, Blaise, Théo et Justin.
- Je n'ai pas envie de tenir la chandelle !
- Je déteste les mariages ! Je n'en vois pas l'utilité !
- On ne te demande pas de trouver ça utile, on te demande juste de te mettre debout à côté de la mariée et de lui tendre les alliances !
Draco soupira comme un condamné à mort.
-Tu te rends compte que dans deux mois, ça recommence ?
- Dois-je en déduire que tu vas trouver une excuse pour ne pas venir au mariage de Blaise et Hermione ?
- Pfff, râla Draco. Blaise serait capable d'engager des truands pour me régler mon compte. Ce type a été mafieux dans une autre vie, j'en suis sûr… Alors autant aller me jeter directement dans la Tamise, ce sera plus rapide et moins douloureux.
Harry donna une bourrade amicale dans le bras de Draco puis s'éclipsa dans le couloir. Il en revint avec une couverture et un oreiller qu'il posa sur le canapé.
-Qu'est-ce que tu fais ? demanda Draco.
- Tu m'as demandé si tu pouvais dormir ici, non ?
- Oui mais…
- Il est hors de question que tu mettes un pied dans ma chambre ou que tu poses le doigt sur moi tant que tu n'auras pas écrit à Pansy pour lui dire que tu viendras à son mariage et que tu acceptes d'être son témoin.
Harry lui fit un large sourire.
-Bonne nuit, Draco.
Il repartit dans le couloir, laissant derrière lui un amant frustré et fulminant.
-ESPECE D'ORDURE ! entendit-il depuis le salon. TU AURAIS AU MOINS PU ME DONNER LA CHAMBRE D'AMIS !
- LE CANAPE EST BEAUCOUP PLUS APPROPRIE ! cria-t-il en retour. RAPPELLE-TOI TOUT CE QU'ON A DEJA FAIT DESSUS !
Harry riait toujours en entrant dans sa chambre.
Une demi-heure plus tard, alors qu'il regardait une série policière sur la BBC, son portable lui signala l'arrivée d'un message.
« C'est bon. Il vient. Merci, Potter. PP ».
La seconde suivante, la porte de la chambre s'ouvrait. Harry éteignit le téléviseur. Un programme bien plus passionnant l'attendait.
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5 septembre 2015 – Propriété de la famille Stern, East Hampton, Long Island
Draco frappa deux petits coups à la porte et entra. Il fit à peine quelques pas dans la pièce et s'arrêta, subjugué.
-Par Salazar, souffla-t-il. Tu es absolument resplendissante…
- Tu trouves aussi ? sourit Pansy en se regardant dans le grand miroir en pied. Ton ami Mathieu a fait des merveilles… c'est exactement la robe que je voulais. Elle est parfaite.
La coupe de la robe était assez simple : un bustier rehaussé de manches en dentelles et un ample jupon de satin recouvert de gaze de soie, qui avantageait la silhouette filiforme de Pansy. Si le bustier était uni, la gaze elle, était entièrement brodée de fils d'argent.
Draco s'approcha. Avec délicatesse, il replaça correctement une petite mèche de cheveux. L'habituel carré mi-long et strict de Pansy avait été ramené en arrière en une multitude de mèches torsadées piquées de perles. Un voile en tulle était accroché au moyen d'un peigne en nacre.
-Je t'ai apporté quelque chose, dit-il en se plaçant derrière elle.
Il passa autour de son cou une fine chaîne en or blanc ornée d'un délicat pendentif en forme de fleur, tout en diamants.
-Oh Draco, murmura Pansy en touchant le bijou du bout des doigts. C'est magnifique…
- Tout comme toi, dit-il en posant un baiser dans son cou.
- Merci.
Draco croisa son regard ému dans le miroir.
-Promets-moi que tu seras heureuse, dit-il en la tenant contre lui.
- Jérémy est beau, riche et influent. Bien sûr que je serai heureuse ! dit Pansy sur un ton pétulant.
- Pansy…
Elle se tourna pour faire face à Draco.
-Je serai heureuse, lui dit-elle sérieusement. Je le suis déjà.
- Est-ce qu'il sait la chance qu'il a d'avoir une femme comme toi ?
- Je crois, oui, sourit-elle. Tout comme je sais la chance de l'avoir, lui.
- Vraiment ?
- Vraiment.
Draco soupira et ses yeux gris furent un instant, voilés par la nostalgie.
-J'ai l'impression que c'était hier… quand on jouait tous les deux dans les jardins du Manoir. On avait six ans et tu m'avais plaqué un énorme baiser sur la bouche en clamant que tu m'épouserais quand tu serais grande…
- Je me souviens surtout que tu n'as rien répondu ! rigola Pansy. J'aurais déjà dû me douter de quelque chose à l'époque !
Ils rirent ensemble, complices comme ils l'avaient toujours été.
-Pourquoi tu veux te marier ? demanda Draco après un temps. Je veux dire… toi et Jérémy, vous vivez ensemble depuis quoi ? Trois ans ? Qu'est-ce que le mariage va t'apporter de plus ?
- Oh rien de bien concret, dit-elle en haussant les épaules. Juste la certitude que parmi des centaines, des milliers de femmes, c'est moi qu'il a choisie. Qu'à ses yeux, je suis unique. Tout comme lui, l'est pour moi. Se marier, c'est créer un lien. C'est exister non pas à côté de l'autre, mais avec lui. Pour moi, ça fait toute la différence.
Draco hocha la tête en souriant. Chastement, il embrassa Pansy sur les lèvres et lui tendit son bras.
-Je pense qu'il est l'heure d'y aller.
Pansy acquiesça et entoura le bras de Draco de sa main gantée.
-Merci d'être là, souffla-t-elle avant qu'ils ne sortent de la chambre. Je n'aurais pas pu imaginer vivre ce moment sans toi à mes côtés.
Draco ne répondit rien, se contentant de lui sourire.
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L'immense jardin qui entourait la propriété de la famille Stern avait été décoré avec goût et sans ostentation. Des chaises blanches s'alignaient parfaitement sur la pelouse, de part et d'autre d'un long tapis de couleur ivoire qui menait vers une petite estrade, surmontée d'un dais de bois blanc et sur lequel courait une clématite d'un rose tendre.
Harry avait pris place au bord d'une rangée, là où il pouvait admirer son amant à loisir.
Draco était époustouflant dans son costume gris anthracite qu'il portait sur un gilet gris clair et une lavallière en soie de couleur perle.
Le Trompet Voluntary de Jeremiah Clarke résonna soudain et le futur marié, tout de blanc vêtu, écarquilla les yeux. Toute l'assemblée se tourna vers l'arrière pour assister à l'arrivée de Pansy, rayonnante dans sa robe Mathieu Saint-Martin, un bouquet de camélias blancs à la main. Elle fit les quelques mètres qui la séparaient de l'autel avec l'allure d'une reine.
-Mesdames et Messieurs, dit le sorcier officiant, un vieil homme à la longue robe bleu nuit. Nous sommes réunis ce jour pour célébrer le mariage de cet homme et de cette femme…
Il continua de débiter le discours convenu mais Harry ne l'écoutait déjà plus, à nouveau perdu dans la contemplation de Draco qui se tenait à gauche de l'estrade, droit, observant les futurs mariés avec sérieux. L'espace d'un instant, Harry s'imagina qu'il s'agissait d'eux deux. Il se demanda ce qu'il ressentirait à voir Draco, debout à ses côtés, attendant de se lier à lui pour la vie. Il serait fier, assurément. Fier et terriblement heureux. Il chassa cependant bien vite cette image de son esprit. Aussi séduisante était cette perspective, jamais elle ne se concrétiserait.
Harry ne reprit attention à la cérémonie que lorsqu'il entendit le sorcier inviter les futurs mariés à prononcer leurs vœux.
Jérémy s'éclaircit la gorge. Il prit la main de Pansy dans la sienne tandis qu'il lisait le texte qu'il avait choisi pour l'occasion.
-Ma merveilleuse Pansy. J'ai vécu tous ces jours, j'ai vécu toutes ces nuits, pour arriver enfin en ce temps d'aujourd'hui, où je donne sans crainte à l'avenir certain, tout mon amour, tous mes émois, tous mes matins. A t'aimer sans détour, à t'aimer tendrement. A ne faire de toi qu'un bouquet d'agrément, un livre de passion aux mots d'amour si doux que tous les dieux du ciel en deviendraient jaloux, où j'écrirais chaque jour une nouvelle page en bénissant à jamais notre mariage.
Pansy lui sourit tendrement avant de lire son texte à son tour.
- Jérémy… Je t'ai trouvé et je t'ai reconnu. Ton amour m'éclaire, ta présence me guide. Je ne doute plus. Tu es ma Vérité, la seule voie que j'ai envie de suivre et la seule personne que j'ai envie d'accompagner. Au plus profond de moi… pour le plus profond de toi… C'est tout ce que tu es, tout ce que tu seras… en te suivant, te précédant, t'épaulant… je veux être à tes côtés, aujourd'hui, demain, pour rêver, construire, grandir, mûrir, vieillir.
Le sorcier fit signe aux témoins d'approcher.
-Monsieur Isaac Stern, en qualité de témoin du futur marié, Jérémy Stern, témoignez-vous de ce que son union avec Miss Parkinson est librement consentie ?
- J'en témoigne.
- Veuillez remettre l'alliance.
Le frère aîné de Jérémy sortit de sa poche un anneau en or qu'il posa sur un coussin en velours devant le sorcier officiant.
-Monsieur Draco Malefoy, en qualité de témoin de la future mariée, Pansy Parkinson, témoignez-vous de ce que son union avec Monsieur Stern est librement consentie ?
- J'en témoigne.
- Veuillez remettre l'alliance.
Draco déposa à son tour une alliance sur le coussin. Le sorcier officiant prit sa baguette magique et récita une incantation à l'issue de laquelle les anneaux se mirent à briller d'une intense lueur bleutée.
-Procédons à l'échange des consentements, dit-il quand la lueur fut dissipée.
Dix minutes plus tard, sous les acclamations des invités, visiblement heureux, Monsieur et Madame Stern échangeaient leur premier baiser.
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La cérémonie fut suivie d'une fastueuse réception, à laquelle des centaines de personnes avaient été conviées. Comme bien souvent lors de ce genre d'événement mondain, Harry se vit en train de serrer des dizaines de mains de personnes qu'il ne connaissait pas alors que tout le monde le connaissait lui.
Il était actuellement en train de subir la conversation d'un homme d'une cinquantaine d'années, dont le tour de taille impressionnant et la moustache plus que fournie lui faisait furieusement penser à l'oncle Vernon, qui lui parlait de son passé de batteur dans l'équipe de Quidditch de Poughkeepsie.
Malgré les coups d'œil suppliants de Harry, Draco n'eut aucune pitié pour lui. Avec un petit sourire sadique, il lui fit un signe lui indiquant qu'il allait au bar se chercher à boire.
Il se dirigea vers la terrasse en riant, sans se préoccuper du regard incendiaire de son petit-ami dans son dos.
-Un Manhattan, commanda-t-il au barman.
- Tout de suite, Monsieur.
Il patienta, le temps qu'on lui prépare son cocktail.
-Bonjour Draco.
Draco ferma les yeux et serra les poings. Il était illusoire de penser qu'il aurait pu l'éviter indéfiniment.
-Bonjour Richard, dit-il en se tournant vers son ancien collègue.
- Ça me fait plaisir de te revoir.
- Comment vas-tu ? demanda Draco sans lui retourner le compliment.
- Bien. Très bien. Et toi ?
- Magnifiquement bien.
- J'ai appris que tu étais à Milan… pour t'occuper des affaires de Mathieu Saint-Martin.
- En fait, je suis rentré à Londres depuis deux semaines. Mais je suis toujours l'avocat de Mathieu.
- Il a de la chance, sourit Richard. Tu nous as coiffés au le poteau avec le brevet pour le textile auto-ajustable. Rolph Lawrence, un concurrent de Saint-Martin, est venu nous voir pour breveter le même type de produit mais, comme toujours, tu as été plus rapide.
- Et irréprochable, ajouta Draco avec un sourire froid. Tu ne trouveras rien pour invalider le brevet.
Richard eut un rire franc.
-En effet ! Je n'ai absolument rien trouvé.
Les deux hommes restèrent silencieux un moment, semblant avoir épuisé leurs quotas de sujets neutres.
-Tu nous manques, dit alors Richard à brûle-pourpoint.
- Vraiment ? commenta Draco sur un ton plus qu'ironique.
- Je sais que tu nous en veux pour ce qui s'est passé… A ta place…
- Vous n'étiez pas à ma place, coupa sèchement Draco. Vous n'avez aucune idée de ce que j'ai pu ressentir !
- Tu as raison. Mais comprends-nous… nous ne pouvions pas aller contre la volonté des clients.
- Les clients, mon cul ! siffla Draco. Qu'est-ce que je t'ai toujours dit à propos des clients ? Un client qui n'accepte pas ce que tu as à lui dire ou les décisions que tu prends, ne vaut pas la peine qu'on se décarcasse pour lui !
- Je sais, mais ça, ça ne marchait qu'avec toi ! Je ne sais pas comment tu parvenais à conserver autant de clients en étant aussi détestables avec eux…
- Peut-être parce que j'étais le meilleur ? Et qu'entre mon caractère de merde et les résultats que j'obtenais, le choix était vite fait ?
Richard soupira lourdement.
-Nous avons commis une erreur, c'est vrai. Je sais que ça ne change rien pour toi, mais sache que je suis profondément désolé.
Draco fixa son ancien collègue d'un regard impénétrable avant de finalement lâcher :
-Hm. Je suis content de l'entendre. C'était bien de te revoir, Richard. Maintenant, si tu veux bien m'excuser.
- Draco, attends !
Le ton urgent, et presque implorant, de Richard interpella Draco. Il ne bougea pas, attendant que l'autre se décide à poursuivre.
-Tu es au courant pour Russel Davies ?
- Rien de ce que peut faire ou dire ce trou du cul de Davies ne m'intéresse !
- Il a quitté New-York, expliqua néanmoins Richard. Tu sais combien les clients attachent de l'importance au secret professionnel…
- Tu veux dire que…
- Quand ils ont su qu'il avait été condamné à des millions de dommages et intérêts pour avoir brisé l'accord de confidentialité qui vous liait toi et lui, les clients l'ont tous lâché. Il est grillé sur toute la Côte Est. A l'heure où on parle, il essaye de se refaire une réputation à Los Angeles.
Draco médita cette nouvelle quelques instants.
-Richard… qu'est-ce que tu essayes de me dire au juste ?
- Que tous les clients que Davies était parvenu à garder sont revenus chez nous.
- Eh bien, je suppose que c'est une bonne nouvelle, non ?
Richard fit une moue contrariée.
-Ça le devrait. Sauf qu'ils sont trop nombreux. Même avec l'aide de deux collaborateurs, je n'y arrive pas.
- Engage plus de collaborateurs, alors.
- Ce n'est pas de collaborateurs dont j'ai besoin. C'est de toi.
Draco resta interdit. Il ne parvenait pas à croire ce qu'il venait d'entendre.
-Tu… tu me proposes de réintégrer le cabinet ?
- C'est exactement ça.
Contre toute attente, Draco se mit à rire. Il y a encore quelques mois de cela, il aurait tout donné pour rentrer à New-York et reprendre sa vie où il l'avait laissée. Sans doute même qu'il serait parti sans se retourner. Mais tant de choses avaient changé depuis.
-Je suis désolé, Richard. C'est non.
- Draco, si tu nous en veux encore pour…
- Ce n'est pas ça, coupa-t-il. C'est juste que… j'ai toutes les raisons de rester à Londres…
- Je sais ! Pansy m'a parlé de ton fils. Mais il est toute l'année à… comment déjà ? Poudlard ? On pourra toujours s'arranger pour les vacances et puis…
- Il n'y a pas que mon fils.
Disant cela, il coula un regard vers Harry qui l'observait de loin avec une certaine inquiétude.
-Ah, dit simplement Richard en suivant son regard. Le fameux Harry Potter. J'avoue que ça a fait pas mal de nouvelles assez surprenantes en peu de temps. D'abord, j'apprends que tu es père, et ensuite que tu es en couple avec Potter. J'ai eu du mal à croire Pansy quand elle me l'a annoncé.
- J'ai eu du mal à le croire moi-même, murmura Draco.
- Alors, c'est vrai ? Tu es vraiment casé ?
- Je ne sais pas si on peut employer ce mot-là. Disons que… on s'est trouvé.
Draco regarda à nouveau Harry et se remémora brusquement les paroles prononcées par Pansy durant la cérémonie de mariage. Je t'ai trouvé et je t'ai reconnu. Je ne doute plus. Tu es la seule personne que j'ai envie d'accompagner. Au plus profond de moi… je veux être à tes côtés, aujourd'hui, demain, pour rêver, construire, grandir, mûrir, vieillir.
-Draco, ça va ? Tu n'as pas l'air bien tout à coup…
- Si. Si, je vais très bien, au contraire ! Je… je viens juste de me rendre compte de quelque chose… d'incroyable. Je ne pensais pas… Oh Merlin… jamais je n'aurais pensé que…
Il se tourna vers Richard, un grand sourire aux lèvres.
-Je ne retournerai pas à New-York. Je regrette.
- Tu ne veux pas y réfléchir ?
- C'est tout réfléchi. Merci de ta proposition Richard.
Et sans plus rien ajouter, Draco s'en alla rejoindre Harry.
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Harry maudissait ses soi-disant amis. Hermione et Blaise avaient complètement disparu, Théo et Justin étaient plus loin en train de plaisanter avec un groupe d'anciens Serpentards que Harry connaissait seulement de vue et Draco papotait tranquillement avec ce qui ressemblait de loin à une gravure de mode. Pendant que lui, devait subir la conversation pompeuse et rébarbative d'un cousin du père du marié.
Il croyait être sur le point de mourir d'ennui quand il vit Draco revenir vers lui d'un pas pressé.
-Veuillez m'excuser, dit-il à l'homme qui était toujours en train de lui raconter sa vie.
A peine eut-il rejoint Draco que celui-ci le prit dans ses bras et le serra de toutes ses forces.
-Que se passe-t-il ? demanda-t-il, inquiet. C'était qui ce type avec qui tu discutais ?
Le ton était manifestement contrarié. Amusé, Draco se recula légèrement et contempla Harry avec un sourire moqueur.
-Serais-tu jaloux ?
- Qui étais-ce ? demanda Harry avec rudesse, évitant la question.
- Richard Armitage. Mon bras droit quand j'étais à New-York.
- Ah oui.
Harry fit une grimace éloquente.
-Je n'ai pas couché avec lui, si c'est ce que tu te demandes, dit doucement Draco.
- Je n'ai rien demandé.
- Mais tu es jaloux…
- Qui ne le serait pas ? s'emporta Harry. Tu l'as bien regardé ? Il est… il est...
- Plus grand que moi.
- Et alors ?
- Je n'aime pas les hommes plus grands que moi.
- Hein ?
Draco leva les yeux au ciel en soupirant.
-Tu m'as bien entendu.
- Donc, si j'avais été plus grand que toi…
- Tu ne l'es pas. Fort heureusement pour moi, tu es… petit.
- Je fais à peine cinq centimètres de moins que toi !
- Seulement à cause de tes cheveux. Illusion d'optique.
Harry râla mais renonça à discuter davantage.
-Qu'est-ce qu'il te voulait ? demanda-t-il.
- Rien d'important.
- Draco…
- Assez parlé de Richard, coupa Draco. Viens avec moi.
- Où ça ?
Draco ne répondit pas. Il prit Harry par la main et l'emmena à l'autre bout de la propriété, là où un petit escalier descendait vers un ponton de bois. Ils empruntèrent l'escalier et Harry suivit Draco jusqu'au bout de la jetée. Ils s'accoudèrent tous les deux à la rambarde, profitant du calme et de la beauté des reflets de la lumière du soir sur l'océan.
-Ça va Draco ? demanda Harry. Tu as l'air… grave tout d'un coup.
Draco se redressa et fixa Harry dans les yeux. Il s'approcha, prit son visage entre ses mains et l'embrassa. C'était un baiser lent, profond, étourdissant dans lequel Harry aurait pu s'abandonner des heures. Pourtant, bien trop vite à son goût, Draco s'écarta.
-Je t'aime, Harry. Tu le sais, n'est-ce pas ?
- Oui, je le sais. Je t'aime aussi.
Les yeux de Draco bougeaient rapidement dans leurs orbites, comme s'ils scannaient chaque détail du visage de Harry.
-Draco, qu'y a-t-il ? le pressa Harry. Tu m'inquiètes là…
- Veux-tu m'épouser ?
- Qu… quoi ?
- Veux-tu m'épouser ?
Harry cligna plusieurs fois des yeux avant d'émettre un petit rire nerveux.
-Tu n'es pas sérieux…
- Je suis on ne peut plus sérieux ! répliqua Draco, vexé.
Cette fois, Harry éclata franchement de rire.
-Sérieux ? Comment Monsieur je baise tout ce qui bouge et je ne crois pas à l'amour pourrait être sérieux à propos du mariage ? L'idée même du mariage te révulse ! Quant au mariage gay, n'en parlons pas… une comédie jouée par des homos pathétiques qui veulent à tout prix ressembler aux hétéros, et qui est vouée à l'échec car elle est contre leur vraie nature… N'est-ce pas ce que tu penses ?
- C'est ce que je pensais, admit Draco. Mais j'ai changé d'avis. J'ai… évolué. Tu ne peux pas dire le contraire…
- C'est vrai. Tu n'es plus tout à fait le même homme qu'il y a un an. Mais tout cela, tu me le répétais pas plus tard qu'hier… alors, je suis désolé Draco mais je n'ai pas l'intention de me marier avec quelqu'un qui pense que le mariage est contre sa nature !
Draco accusa le coup sans rien dire même s'il se sentait broyé de l'intérieur.
-Et puis, je te connais, continua Harry. Mieux que tu ne le penses. Malgré tout ce que tu as pu dire, le mariage de Pansy t'a fait quelque chose… ça t'a touché. Il en sera de même lorsque ce sera le tour de Blaise. Tes deux meilleurs amis se marient et tu te dis que tu devrais faire pareil. Tu te dis aussi que c'est ce que j'attends… mais tu te trompes.
Il détourna les yeux un instant et du bout du pied, il joua avec un coquillage vide.
-C'est vrai que j'aspirais à plus de stabilité et que c'est pour cette raison que je t'ai quitté pour Olivier… mais tu n'as plus rien à craindre, affirma-t-il en relevant la tête. Je suis bien avec toi. Je suis heureux. Plus que je ne l'ai jamais été dans toute ma vie.
Harry se rapprocha de Draco et prit son visage entre ses mains.
-Tu n'as pas besoin de me proposer le mariage pour me garder. Je n'ai absolument pas l'intention de te quitter.
Avec un grand sourire, il lui tendit la main.
-Allez viens ! Retournons là-bas. Je n'ai pas envie que Pansy me jette un sort parce que je t'aurai empêché d'assister à sa réception de mariage !
Draco resta sans bouger. Harry agissait comme si ce n'était qu'une plaisanterie, un caprice, un moment d'égarement qui serait bien vite dissipé. Etait-ce le cas ? Etait-il en train d'agir sur un simple coup de tête ? Draco ne savait plus quoi penser.
Comme un automate, il prit la main que Harry lui tendait et sans un mot, ils regagnèrent la propriété des Stern.
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7 septembre 2015 – Blue Bird, Chelsea, Londres
-Tu as fait quoi ?
Blaise faillit recracher la gorgée de caïpiroska qu'il était en train de boire.
-Je l'ai demandé en mariage, répéta Draco en grignotant distraitement un tapas.
Il était un peu plus de 20 heures, et il avait donné rendez-vous à Blaise au Blue Bird, un bar-restaurant sélecte du quartier de Chelsea. Il avait besoin de parler à quelqu'un de ce qui s'était passé et ce quelqu'un ne pouvait être que son meilleur ami.
-Tu avais bu ? demanda Blaise. Tu avais pris de la drogue ? On t'avait jeté un sort ?
- Pourquoi est-ce si difficile d'admettre que j'étais sobre et en parfaite possession de mes moyens ?
- Je ne sais pas… peut-être parce que, pas plus tard que mercredi dernier, à cette même table, tu critiquais tous ces crétins qui envisageaient le mariage. Y compris moi.
Draco soupira.
-J'ai changé d'avis.
- En seulement quelques jours ?
- En seulement quelques minutes. Ça m'est venu… comme ça. Voilà tout.
- On ne demande pas quelqu'un en mariage parce que ça vient « comme ça ».
- Laisse tomber, Blaise, dit Draco, exaspéré. Je n'aurais jamais dû t'en parler.
Comme il faisait mine de vouloir quitter son siège, Blaise le retint par le bras.
-Attends ! Pardonne-moi. Je n'aurais pas dû dire ça… Je sais que tu as changé, Draco. A un point que toi-même, tu as peut-être du mal à imaginer. Je sais que tu es sincère avec Harry.
Blaise lui fit un sourire encourageant et Draco sembla se détendre.
-Alors ? continua-t-il. Vous avez déjà décidé d'une date ? D'un endroit ? Ne t'avise surtout pas de te trouver un autre témoin que moi, hein !
- Il n'y aura pas de mariage, répondit Draco sombrement, en fixant le fond de son verre de vermouth. Harry a refusé.
Comme son ami ne répondait pas, il releva la tête.
-Ça n'a pas l'air de t'étonner.
- Pas vraiment, en effet. Harry a peut-être trouvé ton changement d'attitude un peu… soudain.
- Il a dit qu'il ne se marierait pas avec un homme qui pense que le mariage est contre sa nature. Et que… ce n'était pas nécessaire de lui proposer le mariage pour le garder. Qu'il était bien avec moi et qu'il n'avait aucune intention de me quitter.
- Il dit vrai ? Tu l'as demandé en mariage pour le… garder ?
Draco secoua négativement la tête. Blaise attendit qu'il en dise davantage mais rien ne vint.
-Il va peut-être changer d'avis, dit-il.
- Non, je ne crois pas.
- Vous en avez reparlé ?
- Non. Après notre retour des Hamptons, on est rentré chacun chez soi. Et Harry avait une réunion tôt ce matin avec les responsables du circuit de Formule Balais de Monte-Carlo. Il ne m'a pas appelé de toute la journée.
Draco vida son verre d'un trait. Les deux hommes restèrent silencieux. Blaise sentait bien qu'il était inutile d'insister sur le sujet.
-J'ai vu Richard Armitage à la réception de Pansy, dit Draco, sans préambule.
- Je sais. Je vous ai vu parler tous les deux.
- Il m'a demandé de revenir à New-York.
Une fois encore, Blaise ne répondit pas. Draco eut un mouvement de tête exaspéré, en même temps qu'il serrait les poings sur la table.
-Y a-t-il seulement une chose dans ma putain de vie dont tu ne sois pas déjà au courant ? siffla-t-il.
- Oh, il y a des tas de choses, dit Blaise, placidement. Comme le fait d'avoir demandé Potter en mariage, par exemple. Ceci dit, c'était tellement… inattendu que personne n'aurait pu le deviner. Même pas moi, malgré mon incommensurable talent de déduction.
Voyant que Draco ne goûtait pas la plaisanterie, Blaise reprit, plus sérieusement :
-C'est Pansy qui me l'a dit. Elle m'a dit aussi que tu avais refusé.
- En effet.
- Pourquoi ?
- Pourquoi ? répéta Draco, incrédule. Tu me demandes vraiment pourquoi ?
- Eh bien, sachant que tu aimais ta vie à New-York plus que tout, sachant aussi que tu aimais ton travail à New-York plus que tout… oui, je te demande pourquoi.
- Peut-être parce qu'il y a ici quelqu'un que j'aime plus que tout ! s'emporta Draco.
Blaise fit un petit sourire en coin.
-Eh bien, il était temps. Par Salazar, ça fait vingt ans que j'attends que tu l'admettes enfin. Tu as été le cas le plus long et le plus difficile de toute ma carrière.
- A ce que je sache, ta carrière de psychomage n'a pas commencé quand nous avions quinze ans !
- Il faut croire que c'est toi qui m'as donné ma vocation…
- Tu m'emmerdes Blaise. Tu le sais, ça ?
Blaise ne put s'empêcher de rire. Il ne se lasserait jamais de houspiller Draco.
-Tu devrais lui parler, dit-il en reprenant son sérieux. Vous ne pouvez pas rester là, à faire comme si rien ne s'était passé.
- Ça me fait mal de l'admettre… mais tu as raison.
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Au même moment – Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres
-Tu as fait quoi ?
Hermione faillit recracher la gorgée de vin qu'elle était en train de boire.
-J'ai refusé, répéta Harry.
Il était assis dans le canapé, la tête renversée contre le dossier et les jambes étendues devant lui. Il contemplait son plafond, l'air complètement perdu.
-Pourquoi tu as fait une chose pareille ? demanda Hermione, incrédule.
- Pourquoi ? dit Harry en redressant vivement la tête. Parce qu'on parle de Draco, là ! Le plus féroce opposant au mariage que je connaisse ! Et puis, le mariage, merci mais j'ai déjà donné et ce n'était certainement pas l'expérience la plus plaisante de ma vie !
- Je comprends ça, Harry, mais les choses pourraient être différentes avec Draco…
- Et si elles ne le sont pas ? Si Draco finit par se sentir à l'étroit dans ce mariage ? S'il finit par se dire que c'était une erreur monumentale ?
Hermione fronça les sourcils.
-En fait… si tu as refusé, ce n'est pas parce que tu ne veux pas te remarier mais parce que tu as peur d'un autre divorce.
Harry détourna le regard en soupirant.
-Je ne veux plus le perdre, souffla-t-il. Plus jamais. Et pour ça, je dois lui laisser sa liberté.
- Tu fais avec Draco ce que tu détestes qu'on fasse avec toi : décider à ta place.
- C'est faux ! Je…
- Tu en as parlé avec lui ?
- Non, admit Harry après un temps. Quand on est rentré des Hamptons, j'étais crevé. Et puis j'avais cette réunion tôt ce matin… alors je lui ai suggéré qu'on rentre chacun chez soi. Et qu'on se voie… plus tard.
Hermione eut un petit reniflement réprobateur.
-Laisse-moi résumer ça, Harry, dit-elle en croisant les bras sur sa poitrine. Draco te demande en mariage. Tu lui ris au nez et tu lui remballes sa déclaration à la figure. Tu retournes à la réception en faisant comme si rien ne s'était passé. De retour à Londres, tu lui dis de rentrer chez lui et tu ne lui donnes pas de nouvelles de toute la journée.
- Hermione, je…
- Merde Harry ! Je comprends tes réticences mais est-ce une raison pour te comporter en parfait connard ?
Harry eut le bon goût de ne pas répondre. Les coudes posés sur les genoux, il se prit la tête entre les mains.
-Putain, j'ai merdé.
- Tu regrettes ta décision ?
- Je crois que je vais la regretter toute ma vie.
Hermione eut un sourire compatissant.
-Tu as vraiment intérêt à aller le voir. Maintenant.
- Tu crois ?
- Fais ce que je te dis.
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Appartement de Draco Malefoy, Pimlico, Londres
Draco s'apprêtait à transplaner au moment exact où un craquement retentit dans son hall d'entrée. Il n'avait pas de doute sur l'identité de son visiteur. Seuls Harry et Blaise avaient un accès direct à son appartement, que ce soit par transplanage ou par cheminée. Or, il venait de quitter Blaise dix minutes auparavant.
-Salut Draco, dit doucement Harry. Je ne te dérange pas ?
- J'allais partir.
- Oh.
- Pour te voir, acheva Draco. Mais tu es là. Tant mieux, tu m'épargnes un déplacement.
Le ton plat et factuel de Draco inquiéta Harry. Il sentait ses paumes devenir moites et sa nuque se couvrir d'une sueur froide. Il fallait à tout prix qu'il fasse en sorte de dissiper le malaise entre eux.
-Ecoute, Draco… à propos de… de… ta demande…
- Tu ne veux pas te marier avec moi, j'ai bien compris.
- Ça ne se résume pas à savoir si je veux me remarier ou pas, ni avec qui !
Draco haussa un sourcil.
-Alors à quoi ça se résume ?
- Ta demande m'a bouleversé Draco…
- Tu as ri ! Tu n'y as pas cru ! Pas une seconde !
- Je sais, admit Harry. Et j'ai eu tort de réagir comme ça. Ma seule excuse, c'est que j'ai été surpris. Il y avait de quoi, tu ne penses pas ?
- Hm.
Harry sourit devant la mauvaise foi de Draco.
-La vérité, continua-t-il, c'est qu'une partie de moi avait désespérément envie de te crier « oui » mais…
- Mais quoi ?
- Je n'étais pas certain que tu avais suffisamment réfléchi à ce que ça impliquait. Je ne voulais pas tu aies pris cette décision sur un coup de tête.
- Et si je te dis que j'ai une bonne raison ?
- Laquelle ?
Draco fourra les mains dans ses poches et se balança un instant d'avant en arrière sur ses talons.
-Prouver à la personne que j'aime plus que tout que je suis prêt à n'importe quoi pour lui, même à renoncer à tout ce qui a fait ma vie jusqu'ici. Je veux lui prouver que j'ai grandi, que je suis prêt à m'engager avec lui. Parce que tout ce que je veux, c'est que cet homme soit heureux.
Harry déglutit péniblement, le cœur au bord de l'explosion.
-Draco, je… je ne sais pas quoi te dire…
- Eh bien, un « oui » aurait été un bon début…
- Tu n'as posé aucune question…
Draco rigola et s'approcha de Harry, entourant sa taille de ses bras.
-Tu es un vrai bâtard quand tu veux, tu le sais ça ?
- C'est ça ta question ?
- Tu en espérais une autre ?
Harry leva les yeux au ciel. Draco ne lui faciliterait jamais la tâche. Jamais. Et c'était ça qu'il aimait chez lui, par-dessus tout.
-C'est oui, espère d'idiot. Oui, je suis un bâtard et oui, je veux me marier avec toi.
En bon Malefoy qu'il était, Draco aurait dû laisser Harry lanterner quelque temps, rien que pour se venger de son refus. Mais il était trop heureux de ce qu'il venait d'entendre pour ne pas capituler immédiatement. Il se pencha et embrassa Harry avec tout l'amour dont il était capable.
-Alors on va vraiment se marier ? demanda-t-il après plusieurs minutes d'un échange passionné.
- Il semblerait. A moins que tu n'aies déjà changé d'avis.
- Ça ne risque pas. Tout ce que je voudrais, c'est qu'on le garde pour nous encore un petit moment.
- Pourquoi ?
- Parce que quand ma mère l'apprendra, elle ne va plus nous lâcher.
- Oui, j'imagine, dit Harry avec une grimace éloquente. C'est d'accord. Mais laisse-moi au moins le dire à Hermione.
- Ça va de soi.
Ils reprirent le baiser là où ils l'avaient arrêté. La soirée et la nuit promettaient d'être délicieusement longues.
A suivre...
