Bonsoir à tous !
Panorea et Deathmask reviennent enfin... l'histoire avance, lentement mais sûrement. Voici donc non pas un, non pas deux, mais 3 chapitres nouveaux pour vous mettre en joie avant les vacances.
J'ai longtemps hésité avant de les publier, parce que je m'étais mis dans l'idée de ne publier quelque chose qu'une fois l'histoire totalement achevée... Et puis, non. J'ai pas résisté. Vous m'avez trop manqué:)
J'espère que ça vous plaira toujours autant. Reviewez, partagez, faites en ce que vous voulez, cette histoire est pour vous !
L'Amazone
Dinah avait froid. La chaleur avait pourtant été étouffante toute la journée, même sur la grève. C'était encore pire sous la tente qu'on leur avait attribuée, à elle et ses quatre petits frères et sœurs. Les petits étaient partis jouer avec d'autres gosses, elle les avait laissés faire. Les pauvres... Ils en avaient déjà tant vu pour leur âge. C'était Hussein, le plus grand, qui devait surveiller les cadets.
Elle s'assit en tailleur et tenta de se réchauffer. Malgré toute cette touffeur, elle avait froid, comme si un mauvais pressentiment l'avait saisie et ne la lâchait pas.
Une vieille femme aux voiles violets, aux hanches lourdes, écarta le pan de l'entrée de sa tente et passa une tête. Fakhria avait quitté Raqqa comme elle avec son mari, mais ils avaient été séparés lors de leur arrivée en Grèce, et lui avait pu atteindre Athènes, tandis qu'elle attendait toujours que l'on décide de son sort ici, à Moria.
Le camp de Moria, à Lesbos, portait bien son nom. Dinah ne le savait pas, ce n'était pas sa langue, mais malgré tout à ses oreilles, cela sonnait comme la mort. Elle frissonna encore.
- « Tu as froid ?! Avec cette chaleur ?
- Oui, je ne sais pas pourquoi... je suis fatiguée, si fatiguée... Mais viens... » Sans se lever, elle lui fit signe d'entrer et de s'asseoir face à elle. Fakhria grimaça en s'asseyant, la terre était si basse...
- « Où sont les petits ?
- Partis jouer. Ca leur fait du bien.
- C'est dangereux ici Dinah, tu ne devrais pas les laisser seuls...
- Hussein s'occupe d'eux. Il fait ça très bien. C'est lui le chef de la famille maintenant.
- Hussein a 12 ans, que veux-tu qu'il fasse si un problème survient ? »
Dinah ne répondit pas. Elle triturait la terre entre ses doigts, le regard vide. Elle regarda autour d'elle, elle avait honte, même pas un peu de thé à offrir à une femme âgée, même pas de quoi s'asseoir correctement.
- « Je sais aussi pourquoi j'ai froid et que je me sens mal... je n'ai rien mangé depuis deux jours.
- Tu aurais dû faire la queue, pourquoi ne l'as-tu pas fait ? »
Dinah jeta la terre devant elle : « J'en ai assez de mendier.
- Et tes petits, ils n'ont pas mangé eux non plus ?
- Je leur ai donné ce qui me restait, et je me suis privée. Hussein a dit qu'il irait voler si besoin.
- C'est haram ! » Fakhria agita ses doigts osseux sous le nez de Dinah : « C'est mal ce que tu fais !
- Parce que tu crois qu'ici tout est bien ? Mon père était ingénieur en Syrie, on vivait bien, on ne demandait rien à personne, j'ai fait des études, et je me retrouve à mendier. C'est pas haram ça ?! »
La vieille la regarda, surprise par sa réponse cinglante, puis soupira. « Ca ne durera pas éternellement. On finira bien par nous laisser passer en Europe.
- On est en Europe. Et on n'a pas bougé depuis des mois. Les gens arrivent chaque jour plus nombreux, ils disent qu'il n'y a à manger que pour 1000 personnes et on est déjà plus de 3000. J'ai entendu les voisins dire que les ONG étaient parties. Tout le monde nous abandonne, il ne nous reste plus que les policiers, leurs chiens... et ces escrocs, là, qui nous promettent de nous sortir d'ici si on fait bien tout ce qu'ils veulent...
- C'est pour ça que je te dis de faire attention avec les petits... Dans certains camps, on parle d'enfants qui disparaissent, ou d'enfants mendiants... »
Dinah se leva soudainement, et nettoya le bas de sa robe : « Il n'arrivera rien aux miens, c'est moi qui te le dis. Viens, allons chercher à manger. Même s'ils nous traitent comme des chiens, et qu'on mange mal, c'est toujours mieux que rien, pour les petits.»
Quand il pleuvait, le chemin était impraticable. Mais en pleine chaleur, c'était la poussière qui remplaçait la boue. Fakhria avait du mal à respirer, Dinah la soutenait à chaque pas.
Devant elles, ce n'était pas une queue, mais une marée humaine qui attendait qu'on la nourrisse. Que des ventres vides et de grands yeux hagards avec des lueurs de loups. La nuit tombait, rafraîchissant au moins l'air, mais la masse humaine se réduisait à peine. Dinah voyait bien l'impatience grandissante des gens, des maris qui espéraient nourrir leur épouse, des mères qui ne pensaient qu'à leurs enfants, les petits vieux qui s'asseyaient à même le sol tant ils n'en pouvaient plus d'attendre debout. Certains étaient aux dernières limites de l'épuisement et parlaient ouvertement de se laisser mourir.
A un moment, un garde se mit à crier en grec. Là où elle était, personne ne bougeait, personne n'avait compris. Dinah demanda à la cantonade :
- « Qu'a t-il dit ?
- La distribution est finie, il n'y a plus rien. Il faut revenir demain.
- Ce n'est pas vrai ?! »
Dinah regarda Fakhria avec douleur, et la vieille se mit à pleurer. A quelques mètres d'elles, les hommes avaient pris les Grecs à partie, hurlant qu'ils avaient faim et méritaient de manger, qu'ils n'étaient pas de la vermine. Mais les Grecs les repoussaient violemment, et un coup de poing partit, renversant un Syrien dans la foule. Puis un autre.
Comme électrisés par l'acte, les hommes des premiers rangs chargèrent les Grecs, trop peu nombreux pour résister. Un des gardes tomba à terre et Dinah l'entendit hurler. Il avait dû se faire piétiner. Les choses dégénéraient dangereusement.
- « Viens, partons ! Ils vont les mettre en pièces », dit-elle à Fakhria en la tirant par la main. « Il faut retrouver Hussein. »
L'émeute avait dispersé la foule, leur permettant de se frayer facilement un chemin. Elles coururent vers leur tente aussi vite que possible, mais Dinah n'y vit pas ses frères et soeurs. Elle demanda à Fakhria de rester là pour les accueillir au cas où ils reviendraient en son absence, et repartit en courant. Son coeur battait au point de l'étouffer, elle sentait monter une angoisse innommable dans sa gorge, celle de ne jamais revoir ses petits, ou de les retrouver massacrés par les Grecs.
A un carrefour, elle hésita et choisit de s'engager dans l'allée la plus calme, qui passait entre d'autres tentes. Mais elle ne reconnaissait pas l'endroit avec l'obscurité. Au moment où elle voulut rebrousser chemin, elle se heurta à un homme qui lui saisit les mains et la serra contre lui. Il ne s'était pas lavé depuis des jours et puait, et il la regardait d'un air vide et imbécile.
- « Lâche-moi ! Lâche-moi porc ! »
De plus en plus frénétique, elle réussit à dégager une main et le frappa au visage. Agacé, l'homme lui rendit son coup et l'envoya au sol. Assommée, elle porta la main à sa lèvre, qui saignait.
Le temps s'accéléra, et dura une éternité. Elle sentit l'odeur atroce dans son cou, le poids sur son dos, les mains immondes qui l'agrippaient. Et surtout les larmes qui coulaient sur ses joues. Elle eut envie de crier, mais sa gorge était trop sèche. Alors elle ouvrit la bouche, sans qu'aucun son n'en sorte.
Et pourtant, un cri résonna, et elle se sentit encore plus écrasée. Dinah sentit un liquide chaud la recouvrir, et elle crut vomir d'horreur en pensant à ce que c'était. Mais l'homme ne bougeait plus du tout, et d'ailleurs elle réalisa qu'elle avait tous ses vêtements sur elle. Il n'avait pas eu le temps de les déchirer, de la déchirer. Elle se redressa, et en se retournant vit l'homme tomber sur le côté, couvert de sang, mort. Le regard fixe, elle suivit les rigoles de sang le long du corps, jusqu'à des pieds nus et magnifiques. Lorsqu'elle releva la tête, deux yeux noirs, et un sourire bienveillant, la fixaient.
Dinah avait toujours été croyante. Elle croyait sincèrement en Dieu, celui qu'on appelait Allah dans son pays, mais dans le fond, elle pensait que le divin était partout dans le monde, que les différents dieux étaient simplement une des multiples facettes de cet Etre qui avait créé le monde et les choses.
Dans sa religion, on ne représentait pas Allah. Nul ne savait à quoi il ressemblait. Mais dans le regard de l'étranger, il y avait le monde, celui d'avant les hommes, lorsqu'il était jeune, celui d'aujourd'hui et celui à venir. Les yeux étaient noirs, mais ce qu'ils promettaient n'était pas obscur. C'était immédiat et tangible, et lorsqu'elle saisit la main que le jeune homme lui tendait, Dinah sentit son cœur s'ouvrir.
- « Viens, Dinah. »
Elle se releva difficilement, et se retrouva à quelques centimètres du visage de l'étranger. Il n'avait pas lâché sa main. Autant que l'espoir qui était né en elle en quelques instants, la peur grandit, sans qu'elle sache pourquoi. Une peur antique, inconnue, celle que les premiers hommes ressentaient devant la foudre, le feu et la mer déchaînée. Elle regarda autour d'elle, et trembla devant le cadavre de l'homme qui l'avait assaillie. L'étreinte sur sa main se fit plus ferme, et l'étranger lui sourit.
- « Les porcs nous importent peu. Oublie. Et viens. »
Il initia le mouvement, mais se plaça à ses côtés, un bras sur ses épaules, comme un frère, un ami. Un sauveur.
L'émeute s'était dissipée, et le camp était redevenu étrangement calme. Seul un grand feu se consumait au milieu d'une sorte de petite place en terre battue. L'étranger s'en approcha avec Dinah, et la fit s'asseoir à ses côtés. Il la regardait sans rien dire, il se contentait de sourire.
- « Merci...
- De quoi ? De t'avoir sauvée ? »
Dinah avait honte, elle baissa les yeux et hocha simplement la tête en regardant ses pieds.
- « Il n'y a pas de quoi. Que devais-je faire ? Détourner le regard et t'abandonner à ton sort ? »
L'étranger rit doucement en contemplant le feu. Dinah avait envie de lui parler, mais elle n'osait pas. Il semblait pourtant frêle, fragile, presque inoffensif, mais il lui faisait peur.
- « Tu te demandes d'où je viens ? »
Là encore, elle hocha la tête, incapable de parler.
- « Comme toi, je viens de l'Est. Je suis né en Orient, dans le désert rouge.
- « Lequel ? » demanda Dinah, plus curieuse.
L'étranger sourit et haussa les épaules : « Quelle importance ? Que ce soit une brousse, une forêt, un désert, je suis l'enfant du monde sauvage. Pendant longtemps je me suis réfugié là-bas. Aujourd'hui, les hommes m'appellent, il est temps que je rentre chez moi. »
Il avait une étrange façon de parler celui-là. Dinah rit : « Tu veux dire que tu fais exactement le chemin inverse de nous tous ici ! Nous sommes tous des réfugiés, qui fuyons la guerre et l'horreur pour l'Europe. »
L'étranger la regarda avec un air entendu : « Ne crois pas qu'on t'accueillera volontiers. Aujourd'hui, les biens portants ont peur et se claquemurent dans leurs cités et leurs certitudes. Mais les choses vont changer. Le désordre est à leurs portes. »
Dinah frissonna. Les mots de l'étranger ne la rassuraient pas. Quel désordre ? N'avait-on pas déjà assez de chaos ?
- « Ne t'inquiète pas Dinah », dit l'étranger, comme s'il avait lu dans ses pensées. « Du chaos peut surgir la renaissance des hommes. Les dieux ont créé le désordre pour les sauver.
- Mais de quels dieux parles-tu ? Ne crois-tu pas en Allah ? »
L'étranger la regarda un instant, sourit, puis rit tout à fait en dodelinant de la tête. Il avait remarqué quelques nouveaux venus qui s'étaient installés autour du feu. Des hommes fatigués, barbus, hagards. Il les héla :
- « Vous autres, croyez-vous encore en Allah, après toutes vos épreuves ? »
Les hommes se regardèrent, surpris. L'un d'eux répondit : « Nos épreuves nous sont envoyées par Allah. Les accepter et les vivre volontiers est la preuve de notre soumission à Sa volonté. C'est lui qui décide de toute chose.
- Et si moi, je te disais que ton dieu était un faux dieu, que tu souffres en vain et que tu ne seras jamais libre si tu continues à le suivre, que dirais-tu ?
Un camarade de l'homme qui avait répondu lui cracha sa hargne au visage : « Toi, tu ne vas pas faire long feu ici avec tes paroles. Es-tu un kâfir* ? »
L'étranger sourit, et à travers les flammes, il le regarda droit dans les yeux. L'homme hargneux se mit instantanément à trembler.
- « Là... Dis-moi la vérité maintenant. Aimes-tu ton dieu ?
- Je ne sais pas.
- Sais-tu qui il est ?
- Non, nul ne connaît son visage, nul ne connaît ses intentions, hormis le Prophète.
- Je répète donc ma question : aimes-tu ton dieu ?
- Je crois que non. Il me fait peur. »
L'étranger brisa le contact visuel, et se retourna en souriant vers Dinah : « Dinah, toi aussi tu crois en un dieu qui te fait peur ? »
Il se leva et contourna le feu. Il prit une caisse qui traînait là, la plaça devant l'âtre et monta dessus. Les hommes s'écartèrent pour lui laisser la place, et mieux le voir. D'autres personnes, intriguées, s'approchaient et se massaient sur l'esplanade.
« Vous tous qui êtes ici, que souhaitez-vous donc ? Une vie meilleure, une vie tout court ? A manger pour vos enfants, vos filles, vos femmes ? Vous voulez adorer votre dieu sans qu'on vous pourchasse pour cela ? Votre dieu vous promet-il l'amour, la liberté, la joie ? A tous je vous le demande, car je vois bien dans vos yeux que vous avez peur de lui. Vous ne vivez pas, vous survivez. Vous êtes les esclaves d'une illusion, et votre dieu n'existe pas ! »
A ces mots, certains qui fronçaient déjà les sourcils s'insurgèrent et insultèrent l'étranger. Mais d'autres, qui ne disaient rien, se sentaient étrangement émus par ce discours. Les prédicateurs ne sont pas rares dans le monde, surtout dans les périodes de troubles, les fins des temps. Mais cet étranger-là, avait quelque chose de terriblement différent.
Il portait les cheveux longs, noirs et épais, avec de grandes boucles, comme ceux d'une femme. Sa peau était légèrement mate, en harmonie avec la couleur de la terre. Son visage, son sourire surtout, était ambigu, fin et délicat, et en même temps emprunt d'une grande force. Tellement étrange et troublant, trop troublant pour les gens. Dinah l'observait, et regardait les réactions de la foule. Dans son pays, un tel homme aurait été banni, voire pire. D'ailleurs, certains murmuraient en l'écoutant, et le regardaient avec un air désapprobateur. Mais l'étranger le savait, et malgré leurs insultes, il les perçait toujours de ses yeux noirs, et ils se mettaient alors à trembler et à regarder ailleurs. Tout de suite après, l'étranger souriait.
« N'avez-vous pas envie de renouveau, d'inattendu ? D'être les enfants de la terre plutôt que les esclaves du mensonge ? Je sais, moi, que votre avenir n'est pas ici, et que vous n'êtes pas faits pour être des mendiants. Vous tous, mais pas seulement vous, tous ceux qui fuient et qui sont soif de liberté. Plus encore que de pain, c'est de cela dont vous manquez, c'est de cela dont vous crevez tous. Mais tant que vous continuerez à suivre de faux dieux et leurs illusions, vous resterez des esclaves.
- Et qu'est-ce que tu vas faire pour nous, toi ? Vas-tu nous nourrir et nous libérer avec tes beaux discours ? Qui es-tu d'ailleurs, un dieu ou un énième charlatan ? »
L'étranger regarda en direction de celui qui avait prononcé ces mots. Il se tenait à l'écart de la foule massée, et fumait nonchalamment. C'était un homme jeune, aux cheveux longs blonds, un peu sales, et au corps vigoureux, tanné par le soleil. L'étranger rencontra ses yeux, et l'homme soutint son regard sans difficulté. Il le défiait, il avait du courage. Cela lui plut. Celui-là était différent. L'étranger descendit de son estrade, fendit la foule et alla à sa rencontre.
- « Et à ton avis, qui suis-je ? »
A travers la fumée de sa cigarette, l'homme le regarda en plissant les yeux : « Un charlatan exploite la misère. Quant aux dieux, on ne les reconnaît jamais immédiatement. Ils ont un don pour se cacher aux yeux des hommes et semer le chaos. Cela les amuse. Dans les deux cas, charlatans comme dieux, ils se rient de nous, et nous laissent encore plus malheureux que nous l'étions avant leur venue. Je ne sais pas qui tu es, étranger. J'attends de voir. »
L'étranger sourit : « Tu as raison. On ne peut juger que d'après des faits. »
Il retourna près du feu, et devant la foule médusée, mit un pied dedans, puis un deuxième. Son corps entier enfin se tenait au cœur du feu, sans qu'il soit consumé. Il s'amusait des flammes, dansait même avec elles. Certains dans la foule s'enfuirent en courant, d'autres tombèrent à genoux en psalmodiant des prières. Quelques-uns parmi les vieux criaient au sheitan, quelques autres au contraire, croyaient voir apparaître devant eux le Mahdi, le Seigneur de la fin des temps. Il sortit finalement du feu, indemne, pur, et leur sourit.
« Je suis comme vous, je viens de loin, de très loin. Des montagnes de Bactriane, des sommets enneigés de la Déesse mère du Monde, des forêts du long de l'Amour, je suis de partout et de nulle part. Je suis celui qui transgresse, celui qui danse, celui qui remet en cause l'ordre et les règles, qui installe le désordre au cœur de la cité pour libérer les hommes. J'ai dormi longtemps dans le cœur de la terre rouge. Je suis revenu à la vie car la terre et ses enfants m'appellent. Leur souffrance réclame vengeance, justice. Je suis votre libérateur. Celui qui me suivra sera véritablement libre, car il acceptera enfin l'âme sauvage et sera animé d'une pulsion de vie. Si vous acceptez de me suivre, la mort ne vous effraiera plus et seule la joie rythmera vos actes. »
Alors les hommes et les femmes qui avaient été témoins du miracle se mirent à genoux, certaines femmes embrassèrent les pieds de l'étranger. Il les releva avec bienveillance. Mais d'autres maugréaient et restaient méfiants envers cet iconoclaste. L'étranger leur lança un regard aigu et furtif, et un sourire carnassier découvrit ses dents blanches.
Le jeune homme qui l'avait défié n'avait pas bougé de sa place. L'étranger le rejoignit : « Alors ? Suis-je un dieu ou un charlatan ? »
Le jeune homme garda d'abord le silence. Dans ses yeux, il y avait toujours cette lueur de défi. « Ton tour était impressionnant. Mais j'attends toujours de voir. Malgré ta magie, tu n'es peut-être qu'un homme.
- Tu es bien courageux. Mais tu doutes beaucoup trop. Méfie-toi, les dieux n'aiment pas cela.
- Si tu es le Libérateur et le dieu du désordre, que je choque le sacré ne devrait pas trop te poser de problème. »
L'étranger éclata de rire. Un rire dévorant, joyeux, et sombre. « Tu n'as peur de rien... C'est intéressant. C'est d'hommes comme toi dont je vais avoir besoin... » Il lui fit une tape amicale sur l'épaule. « Si seulement tous les hommes pouvaient t'être semblables... »
L'homme hocha la tête, le visage toujours impassible. « As-tu au moins un nom ?
- J'en ai mille. Mais tu peux m'appeler Zagreus. »
Dinah s'était rapprochée d'eux pour écouter son sauveur. Zagreus lui sourit, puis s'éloigna. Elle se tourna vers l'homme.
- « Pourquoi doutes-tu ? N'as-tu pas vu le miracle qu'il a accompli ?
- N'importe quel magicien sait faire de tels prodiges. Il en faut plus pour faire de cet homme un dieu.
- Ce n'est peut-être pas un dieu... Mais est-ce bien un homme ? »
Ils se regardèrent, incrédules. Tout d'un coup, Dinah sentit une main tirer son vêtement. C'était Hussein, derrière lequel se cachaient ses frères et sœurs. Elle les avait presque oubliés. Ils ouvraient de grands yeux apeurés et fatigués. Elle les prit dans ses bras en les embrassant.
Quand elle se releva, le jeune homme lui souriait en lui tendant la main : « Je m'appelle Appélôn. »
- « Dinah », répondit-elle en la lui serrant.
*mécréant
