L'été continue...


Chapitre 6 : C'était Victoire et Teddy


-Domino ! Qu'est-ce qui se passe, à la fin ?!
-Vic a plaqué cet abruti !
-QUOI ?!

Cette exclamation avait été quasiment générale et Teddy lorgnait Dominique de son regard sombre. Ses cheveux n'étaient plus bleus mais rouge feu. Elle lui présenta son sourire le plus vainqueur.

James en avait recraché sa Chocogrenouille sur Lorcan qui fermait les yeux et respirait profondément, pour se retenir d'exploser. Rose et Roxanne avaient la bouche grande ouverte de stupéfaction, les bras ballants, et Louis affichait une expression très triste, regardant autour d'eux, à la recherche de on-ne-savait-quoi. Mais celui qui valait vraiment le coup d'œil restait Albus qui commençait à répéter d'un air sérieux « Vic a… » avant de se couper avec un « Naaaan » et de rire quelques secondes, puis il s'arrêtait brusquement en demandant « Vic a vraiment… ? » et à nouveau « Naaan, vous m'aurez pas ! Ahahaha ! ».

Dominique était agacée de remarquer que toute la famille trouvait incroyable et ahurissant que Victoire puisse avoir décidé d'en finir avec Lupin. Que celui-ci parte ou fasse tout foirer, admettons, mais que sa sœur passe à autre chose ? Certainement pas. Pour eux, il n'y avait jamais eu et ne pourrait jamais avoir un autre que lui pour elle. Pour eux, il n'y avait pas de Victoire, pas de victoire, sans Teddy Lupin. Mais comment leur en tenir rigueur ? Sa sœur n'avait jamais vraiment vu que par lui et, d'ailleurs, ils avaient toujours tous trouvé ça si attendrissant, si romantique. Ils avaient toujours adoré ce couple, le fait que, peu importe ce qui pouvait se passer, il n'y avait aucun doute ; c'était Victoire et Teddy. Même avant qu'ils ne soient officiellement ensemble, même avant que Teddy ne se cesse de la repousser, même avant qu'il ne commence à la repousser, c'était Victoire et Teddy. Mais ça, c'était fini, ça allait changer ! Dominique Weasley en faisait une affaire personnelle.

-Bon, vous avez bientôt fini ?! s'impatienta Fred. On peut y'aller ?
-Oh, Fredot, arrête de nous faire…, commença à s'énerver Rose mais Louis l'interrompit :
-Où est Vic ?

Dominique leva les yeux vers lui, interrogateurs. Victoire était juste derrière elle ! Mais Dominique se retourna et ne vit personne, à part quelques français qui passaient, se promenant sur la grande place et qui raient, et des oiseaux colorés qui bondissaient sur les dalles, en piaillant. Il y avait aussi les cafés et les bars qui faisaient le tour de la place, des marins qui parlaient trop fort et des amoureux qui se tenaient par la main. Mais Victoire n'était plus là.

Avec tristesse, Dominique se rendit compte que ça devait faire longtemps que Victoire n'était plus là.

xOxOxO

A quelques centaines de mètres de la maison de Claire Delacour, il y avait cette falaise. De loin, son profil était élégant mais dur, ses roches semblaient sans appel –saute et nous te laisseront tomber, nous ne ferons rien pour empêcher ta chute, semblaient-elles prévenir les explorateurs. Quand on montait là-haut, le vent ne manquait jamais d'être puissant, chargé de sable et d'embrun. Il arrachait les cheveux, tirait sur les vêtements et on ne savait jamais s'il était là pour prévenir du danger qu'on courrait à jouer avec le vertige ou pour féliciter de se rapprocher comme ça du ciel. Ca dépendait surement de l'humeur du visiteur ; quand Dominique était triste, elle avait l'impression qu'il voulait alourdir sa peine ; quand elle était heureuse, c'est comme s'il la saluait et lui faisait la fête, lui faisait pousser des ailes.

La falaise, c'était leur terrain de jeu quand ils étaient petits. Leur château fort, leur jardin secret, leur refuge. Au fond, ils ont toujours su que cette falaise était magique. Ils ne savaient pas vraiment quel était son pouvoir mais la magie était là, tout autour. Ils grimpaient et ils entraient juste dans un autre monde. Leur monde. C'était pourquoi, quand ils rentrèrent chez Claire et qu'elle leur dit que Victoire n'était pas rentrée, Dominique avait su aussitôt où chercher.

Victoire était donc là, assise sur de l'herbe sèche, à quelques mètres du vide, et ses longs cheveux dorés dansaient avec le vent. Dominique s'assit à côté d'elle. Sa sœur lui lança un regard, accompagné d'un bref sourire, et ses yeux gris étaient injectés de sang. Ses joues étaient pourtant sèches, les larmes balayés par le souffle du vent qui, aujourd'hui, était surement là pour consoler.

-Il va pas rester longtemps, lui promit Dominique.
-Il peut rester.
-Victoire…, souffla-t-elle.
-Non, Dom, il peut rester. Il fait partie de la famille, il a sa place ici. C'est juste dur…
-Par respect, il sait qu'il ne devrait pas être là !

Elle ne répondit rien et fixa l'horizon devant elles. Dominique lui enserra les épaules de ses bras et elle posa sa tête sur la sienne.

-Je continuerai toute ma vie de le voir, Dom, il est ma vie ! s'étrangla-t-elle, des sanglots faisant surface. Je sais pas comment je vais faire…
-Hé, Vic… Vic, écoute-moi, lui dit Dominique doucement, en lui caressant la joue. Ca va aller, d'accord ? Demain, ça ira déjà un peu mieux, et le lendemain, ça ira encore un peu mieux, et chaque jour qui suivra, ça ne fera qu'aller mieux, il faut juste commencer, aujourd'hui.

Victoire se retenait de pleurer, sa sœur le sentit par la tension de ses muscles.

-Pourquoi il fait ça ? lui demanda-t-elle.
-Parce que vous étiez Victoire et Teddy, je suppose… c'était toujours comme ça. Il en faisait qu'à sa tête et tu restais, quand même. Mais, cette fois, c'est terminé, hein, Vic ?

Elle lui souffla un « oui » mais elle évitait son regard et Dominique savait qu'elle mentait. Non, bien sûr, s'agaça-t-elle en elle-même, c'était encore loin d'être terminé.

Louis apparut alors dans leur champ de vision, s'accroupissant devant elles, un chapeau de paille dans les mains. A cause du vent, elles ne l'avaient pas entendu approcher et, de toute façon, leur petit frère de dix-huit ans était très discret. Il leur sourit de ses petites dents, des fossettes familiales se creusant dans ses joues mal rasées. Il avait ce côté encore attendrissant et enfantin mais il avait aussi l'allure d'un adulte, avec sa grande taille quoique mince.

Il posa le chapeau sur la tête de Victoire qui rigola d'une façon saccadée qui rappela dangereusement des sanglots. Louis lui sourit doucement.

-Qu'est-ce que vous faites là, sœurettes ? Vous nous manquez, en bas.
-C'est pas réciproque, se moqua Dominique.

Louis lui lança un regard amusé avant de poser une main sur l'un des genoux de Victoire qui arborait un sourire qui pourrait presque paraitre vrai si elle n'était pas leur grande sœur.

-Teddy dit que vous n'êtes pas vraiment séparés, que c'était une dispute stupide.
-Le…, commença Dominique.
-Vic, la coupe-t-il. Je ne sais pas ce qui s'est passé mais tu l'aimes et tu l'as toujours aimé. Toutes ces années ne peuvent pas rien signifier…
-Loulou ! s'indigne Dominique. Tu sais pas de quoi tu parles ! Je vais te dire, moi, ce que signifient toutes ces années ; un immense gâchis !

Victoire fixait le sol entre eux et le regard de Louis gravitait entre ses deux grandes sœurs. Il rajusta le chapeau de Victoire que le vent avait mis de travers.

-Je pense que c'est juste dommage. Après tout, vous avez toujours été Victoire et Teddy quand nous tous on savait pas ce qui nous fallait.

Furieuse contre Louis pour ce qu'il osait dire alors que Lupin avait toujours été une telle enflure et que Victoire méritait tellement mieux, Dominique le fusilla du regard quand il se redressa et s'en alla. Elle baissa le regard vers sa sœur. Sur sa joue, cette fois-ci, une larme brillait que le large chapeau protégeait du vent.

-Victoire et Teddy…, souffla Victoire.

Du pouce, Dominique essuya la larme.

-C'était.

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-Ta famille est vraiment « fûquingue » emmerdante, ma petite fille, lui fit remarquer sa grand-mère, en surveillant plus ou moins que la vaisselle se faisait bien magiquement dans le lavabo.

Claire et Dominique regardaient toutes les deux par la fenêtre de la cuisine qui donnait juste devant la maison où les cousins de la dernière –et autres Malefoy, Lupin, Scamander et compagnie-, installés dans les hamacs, dans des chaises longues ou dans la balancelle. Ou en train de faire un château de sable, comme Roxanne, Molly, Hugo et Albus.

Mais le beau soleil de juillet n'empêchait pas cette belle petite bande à avoir instauré une ambiance orageuse des plus réussies. On s'y croirait. Il y avait l'atmosphère pesante, les éclairs que lançaient les regards et les petites piques bien senties qui étaient autant d'avertissements ; quand la véritable tempête allait-elle s'engager ? Il fallait dire que trois triangles amoureux, dans une même famille, c'était un peu fort de café… il n'y avait décidément que les Weasley et les Potter pour se mettre dans des situations pareilles ! La guerre n'avait vraiment pas dû leur réussir !

Les pensées de Dominique suivait à peu près ce court et oui, elle le savait, ça donnait un peu l'impression qu'elle n'était pas elle-même une Weasley et donc, partie intégrante de cette famille de fous. Mais, dans ces moments-là, elle préférait ! Et elle s'en accordait le droit ! Peut-être que sa vie sentimentale n'était pas très correcte puisqu'elle se résumait grosso-modo à une vie sexuelle –plutôt bien garnie… enfin, elle avait ses bons moments, quoi… bref, passons- mais elle n'était pas aussi tordue et perverse que le saule cogneur – et si, si cet arbre est pervers, elle irait même jusqu'à dire qu'il est carrément méchant. Mais, sérieusement, il n'y avait qu'à regarder Teddy fixer sa sœur d'un œil qui ne lui plaisait pas du tout tandis que celle-ci faisait mine de lire, ce qui était totalement faux, elle ne devait certainement pas se rappeler du titre du bouquin tant les yeux –aujourd'hui, verts et Dominique ne voulait même pas savoir pourquoi- de son ex ne la quittaient pas. Ou bien, les jumeaux Scamander qui étaient à l'opposé l'un de l'autre mais semblaient participer à un duel de regards, alors que Roxanne s'éclatait avec son fichu château de sable, absolument ignorante –ou indifférente, Dominique ne savait jamais avec sa meilleure amie- de ce qui se tramait autour d'elle. Ou encore Lily et Scorpius qui roucoulaient à qui mieux-mieux dans un hamac, et faisaient tellement dans la guimauve que ça ne devrait pas être permis et… elle ne voyait pas où Rose pouvait bien être.

Toujours est-il que ça ne pouvait pas bien se terminer, tout ça. Il y avait forcément l'un de ces trois sacs-de-nœuds amoureux qui allait partir méchamment en cacahouètes. Après, bon, c'était vrai aussi que ça lui faisait une occupation estivale, une sorte d'arène improvisée. Tout ce qu'elle voudrait, c'était que Lupin lâche sa sœur ! Qu'il retourne voir sa Lucy et les hippogriffes seraient bien gardés !

-Vous faites la vaisselle ? fit Rose derrière elles.

Rose venait d'entrer dans la cuisine et avait le visage sombre. Elle avait visiblement passé le stade de la colère. Dominique eut un pincement au cœur en la voyant comme ça, si impassible et sinistre. Rose s'approcha d'elles et s'empara d'un des fruits de l'île pour le croquer. Un mélange de mangue et de citrouille que les étrangers trouvaient toujours très étrange.

-Fais y pas attention, mon sucre, lui dit la vieille femme avec conviction. T'as pas besoin de ces gamins ! Et surtout pas de ce blondinet !Donte quaire abaoute ite !
-Je sais, Claire, répondit-elle.

Et tout à coup Rose ressembla plus que jamais à Victoire, mentant pour dissimuler la réalité et se mentant surement à elle-même aussi. Mais, au fond, tout le monde préférait que les femmes mentent pour ce genre de choses. Ça évitait bien des complications. Ou ne faisait que les retarder. Mais qui ne sait pas apprécier un petit sursis ?

-C'est juste qu'ils font comme si c'était normal. Comme s'ils avaient rien fait, dit-elle d'une voix monotone, en les regardant batifoler par la fenêtre. Et qu'ils m'avaient pas fait ce coup de pute, derrière mon dos.

Elle se tourna vers Dominique

-Tu sais qu'ils sortaient déjà un mois ensemble, à Poudlard, avant que Scorpius me plaque par lettre ?

Dominique lui offrit un sourire désolé, en opinant du menton. Bien sûr qu'elle le savait. Dans la famille, tout se savait très vite.

-Ouais… p'tit con, marmonna-t-elle, en reportant son regard par la fenêtre. J'risque pas de leur pardonner, c'est moi qui vous le dis. Famille ou pas, je m'en cale.
-T'as bien raison ! assurèrent Claire et sa petite-fille, d'une même voix.

Ça eut le don de la faire rire un instant et Rose croqua une nouvelle fois dans le fruit dont même Dominique ne se rappelle jamais du nom, mis à part qu'il est aussi bizarre que son aspect et son goût.

-Teddy a bien mérité que Vicky se barre, pas vrai ? demanda Rose soudainement à sa cousine.
¬-Oui, répondit-elle. Mais pourquoi tu me demandes ça ?
-Je le sentais. Et puis, elle est pas du genre à éjecter l'amour de sa vie pour une débilité. En tout cas, si Victoire Weasley a abandonné, alors autant qu'on laisse tous tomber direct aussi… l'amour est vraiment une affaire merdique monumentale doublée d'une cause perdue.

Sur ces belles paroles, Rose enfourna la fin de son fruit.