Chapitre 13 : Tu pensais m'avoir ?
Une heure de plus était passée et la moitié des participants était contaminée. Charlie et Molly avaient contaminé Georges, Rolf Scamander et deux des amis à Barney -Nicolas et Lucile- avant de se faire eux-mêmes contaminés par George et Rolf qui avaient découvert ensemble d'où venaient les sortilèges qui les avaient touchés, et les avaient finalement découverts sous la falaise.
Louis avait eu le temps d'être touchés deux autres fois, par James et Lorcan, et était quasiment harcelé par les quatre têtes de Lorcan et Roxanne, si bien que Fred l'avait fui presque en courant. Louis s'était finalement lancée le sort de cire dans les oreilles, pour ne plus les étendre et pouvoir lire tranquillement, dans la bibliothèque où il se trouvait encore.
L'issue victorieuse du jeu ne se jouait donc plus qu'entre Scorpius, Simon -le quatrième ami de Barnabé-, Dominique, Ted et James. Ils étaient tous les cinq éparpillés sur l'île. Dominique était dans son bain, dans la villa de sa grand-mère où les adultes montaient la garde tandis que Scorpius lisait tranquillement un livre, sur le toit même de la maison, demeurant introuvable par Rose qui le traquait. Elle comptait bien l'empêcher de gagner en le contaminant. Elle ne supportait pas l'idée qu'il puisse faire la première danse avec Lily. Cette dernière jubilerait bien trop et Rose ne comptait pas laisser une telle chose arriver. Il était hors de question qu'ils l'humilient encore davantage. Mais ce n'était pas une question de jalousie. Rose n'était pas jalouse, puisque Rose n'aimait plus Scorpius. Pas. Rose n'aimait pas Scorpius ! C'était juste une question de fierté, simplement une question d'honneur.
Rose n'était pas la seule à traquer un ex. En effet, Victoire était toujours sur les traces de Ted. Et elle approchait. Elle avait lancé un sort au vent qui lui soufflait le lieu où Ted se trouvait.
-Le temple de Poséidon...
Les sorciers d'Ilerrante juraient par Merlin et Morgan, bien sûr, mais ils priaient par Poséidon, le maître des eaux et des mers, des sirènes et des tempêtes. Certains assuraient même qu'ils l'avaient vu, un jour qu'ils naviguaient, ou qu'ils nageaient sous l'eau... d'autres encore étaient persuadés que Poséidon les avait sauvé de la noyade. Bien sûr, personne ne pouvait prouver quoique ce soit.
Victoire transplana juste devant le temple, tout en colonnes et statues. La pluie diluvienne s'écoulait sur la pierre et rendait le spectacle presque morbide. Contre l'une de ces colonnes, Teddy était là, assis, fumant une cigarette dont il avait convaincu d'un sortilège la pluie de ne pas éteindre. Il portait un sweat ouvert sur son torse nu dont il avait enfilé la capuche par-dessus ses cheveux bleus trempés. Victoire eut un frisson en le repérant, lui, qui ne l'avait pas encore vue. Pourquoi fallait-il qu'il soit toujours aussi diablement sexy ? Elle aussi était trempée de la tête aux pieds mais elle était prête à parier qu'elle n'était pas aussi attirante que lui, malgré tout ce sang de vélane dans les veines. Le sex appeal, c'était lui, pas elle. Ca lui donnait presque envie de le laisser gagner pour lui permettre de l'inviter à cette première danse, et de tout oublier, le manque d'effort, la négligence, l'égoïsme, Lucy... presque.
Elle visa et tira. Teddy écarquilla les yeux tandis que le tatouage se formait sur son avant-bras gauche, sous le sweat, il entendit les rires de Roxanne, étouffés par le tissu, et leva les yeux, la cigarette fumant dans sa main. Leurs regards se croisèrent et Teddy ne sut que dire. Il n'avait pas imaginé un instant que s'il perdait, ce serait à cause de sa jolie, ravissante, adorable, si douce et si gentille ex-copine...
-Désolée, Teddy, cria Victoire, à cause de la pluie et de la distance. Je pouvais pas te laisser gagner !
Teddy se leva, jetant sa cigarette au loin. Il s'avança vers elle mais elle transplana à nouveau avant qu'il ne l'atteigne. Il lâcha un juron, plus qu'énervé, et enfonça ses mains dans les poches de son sweat. Il regarda sa cigarette, par terre, qui continuait de brûler et ferma les yeux. Si seulement il savait comment lui dire... tout ce qu'il avait à lui dire.
Mais c'était trop long, trop compliqué, trop exténuant et personne ne comprenait jamais. Victoire ne comprenait pas et Teddy aurait voulu qu'il n'ait pas besoin de parler pour qu'elle comprenne. Pourtant, il avait besoin qu'elle comprenne.
Il fera tout pour qu'elle comprenne.
xOxOxO
Lily était accoudée à la fenêtre de la cuisine, ruminant le fait que la majorité de ses cousins jouaient à un jeu sans elle et que la seule chance qu'elle avait de danser la première danse du mariage de Roxanne était que Scorpius gagne. Et elle pensait aussi au froid qui régnait entre eux deux. Ils se disputaient pour n'importe quoi, ces derniers jours, et il ne lui souriait plus comme avant. Ils avaient besoin de cette première danse ! Plus besoin que n'importe qui d'autre ! Roxanne était une traîtresse de ne pas l'avoir appelée pour participer, et tous les autres également ! Elle détestait être mise à l'écart, ainsi, ça ne lui arrivait que très peu souvent et ce n'était pas sans raison ; elle était la petite princesse de la famille, Lily Luna Potter, par Serpentard ! Elle était vivante, dynamique, joyeuse et pleine d'entrain ! Elle méritait de jouer et de gagner ! Elle n'avait pas à rester dans cette maison pleine d'adultes, sa place était avec les autres, dehors, et pourtant, elle était là, à surveiller que personne n'approche pour sa fichue cousine. Elle aimait beaucoup Dominique, c'était sa grande cousine, après tout, mais elle était souvent sévère et dure avec Lily, sans raison. D'une certaine façon, Lily admirait Dominique pour sa beauté, sa force de caractère et sa classe mais, d'un autre côté, elle détestait qu'elle se comporte avec elle comme si Lily était la sale enfant gâtée de la famille ! Elle la revoyait encore lui crier dessus alors que c'était Rose qui l'avait poussée dans le bassin ! C'était toujours ainsi, de toute façon, si Dominique devait prendre un parti, ce serait toujours celui de Rose ou de Roxanne, ou de Victoire, mais jamais le sien...
C'était injuste !
C'est alors qu'elle vit l'ami d'enfance de Victoire, Dominique et Louis s'approcher de la maison. Barney quelque chose. Lily ne le connaissait pas beaucoup, il avait après tout neuf ans de plus qu'elle et, ces dernières années, il était là que par période. Victoire lui avait dit que c'était une sorte d'aventurier ou elle ne savait-trop-quoi, mais, en tout cas, il adorait voyager et partir en excursion, et il partait des mois d'affilée. Lily trouvait ça ridicule. Aventurier, quel métier ringard et inutile. Jamais elle ne pourrait quitter sa famille. Mais elle ne pouvait nier qu'il était vraiment très beau, grand, brun et virile. Elle comprenait que Dominique craque pour lui. Bien sûr, sa cousine n'avait jamais rien dit de tel mais Lily avait l'oeil pour ça.
Il la repéra aussi et sourit. Lily ne lui rendit pas son sourire. Elle ne l'aimait pas franchement, il ne se souvenait jamais de son prénom. Cependant, elle ne cria pas pour dire qu'il approchait de la maison, elle ne fit rien. Elle ne participait pas au jeu, après tout, elle ne serait pas un chien de garde.
-Salut, gamine, dit-il.
-S'lut.
-Dom est à l'intérieur, pas vrai ?
-Ouaip.
Il eut un sourire et examina l'air revêche de la rouquine. Il s'accouda du dehors à la même fenêtre qu'elle et Lily haussa un sourcil.
-Et si tu m'aidais, p'tite rousse ?
-Pourquoi je ferais ça ?
-Pourquoi pas ?
Lily réfléchit. Elle avait pas du tout envie que Dominique gagne. Ce serait une belle vengeance de la faire perdre. Lily sourit.
-D'accord mais je veux que tu aides Scorpius à gagner !
-Marché conclu ! fit-il. De toute façon, j'ai déjà perdu !
-Toute la maison est bourrée de nos parents et ils sont tous prêts à aider Dom pour qu'elle gagne, ils surveillent la maison, baguette en main, t'as aucune chance si tu passes par la porte d'entrée ou par le rez-de-chaussée...
-Elle est pas croyable, commenta-t-il, avec un sourire amusé.
-Ouais, ne put qu'approuver Lily. Elle est forte... Teddy lui a piqué sa baguette, elle a trouvé une autre solution.
Il eut un sourire narquois.
-Elle est à l'étage.
-Merci, gamine.
-Fais-la perdre, dit-elle sèchement.
-Avec le plus grand plaisir ! Accio balai !
xOxOxO
La peau dégoulinante encore de l'eau pleine de mousse qui reposait encore dans la grande baignoire derrière elle, Dominique était face à son reflet dans le miroir. Elle s'était entourée d'une serviette bleue marine toute chaude et avait un large sourire d'aise sur son visage désormais frais comme la rosée du matin. Ah, son séjour forcée sur l'éapaule de Barney en travers de la plage jusqu'à la mer devant la villa de sa grand-mère, sous cette pluie torrentielle, était bien loin à présent.
Un gros coquillage posé dans un coin projetait la radio d'Ilerrante, VDI -Les Vagues d'Ilerrante. Elle était parfaitement à l'image de sa population, française, franche, enthousiaste et surtout très proche de la culture musicale moldue. C'est ainsi que Dominique se retrouvait à chantonner sur "tomber la chemise", sans même s'en rendre compte.
Tous les enfants de ma cité et même d'ailleurs
Et tout ce que la colère a fait de meilleur
Elle eut une moue agacée en se rendant compte qu'elle ne pouvait pas se sécher les cheveux d'un sort, comme elle le faisait habituellement, puisque Teddy ne lui avait toujours pas rendue sa baguette. Ah, il allait vraiment le lui payer ! Elle essora grossièrement ses cheveux et se détourna du miroir pour se dénicher une seconde serviette mais plus petite.
Elle avait la main sur la serviette et une fin de phrase à la bouche, quand le bout d'une baguette vint se poser contre sa gorge. Ses yeux s'écarquillèrent mais elle cessa tout mouvement, si ce n'est de baisser les yeux vers cette main bronzée et masculine qui tenait la baguette. Très claire, un peu jaunâtre, longue et fine, avec une petite tâche brune vers l'extrémité.
-Ma baguette ! s'écria-t-elle.
Et pour cause, Bois d'épicéa, 32,2 centimètres mais surtout, cheveux de vélane.
-Tu l'avais malencontreusement laissée sur la table basse... je me suis dit que t'apprécierai que je te la rapporte, poupée.
Elle leva les yeux vers ceux brun sombre de Barney. Et ils ne lui firent pas l'effet habituel. Non, cette fois-ci, elle eut envie de le tuer !
-C'était toi ?! Enflure !
Allez, les gars vous avez promis le soleil
On peut vous dire ce soir qu'on a pas sommeil
-Restons correcte, jeune fille ! se moqua-t-il. Alors, comme ça, tu croyais que c'était ce blaireau de Teddy ? Tu me vexes d'avoir pensé à lui plutôt qu'à moi...
-Ca ira mieux quand je t'aurais frappé toi plutôt que lui, peut-être ?
-Pour l'instant, tes menaces m'impressionnent pas trop, sans vouloir te vexer, gamine, rit-il en raffermissant sa prise sur la baguette de la jeune femme. C'est pas toi qui a la baguette en main.
Dominique bouillonnait de l'intérieur, la mâchoire crispée, mais elle ne savait vraiment quelle émotion était la plus dévastatrice. Elle était très en colère et aussi infiniment frustrée d'être piégée comme ça, et elle essayait de se cacher derrière ses sentiments car la situation la troublait bien trop. Il l'avait prise par surprise, au dépourvu, en apparaissant juste derrière elle, la musique couvrant son approche. Elle ne savait d'ailleurs toujours pas comment, la salle-de-bain était protégée par un sort anti-transplanage, mais elle se doutait que ça devait avoir quelque chose à voir avec la fenêtre. Et désormais, son dos était presque collé à lui qui n'était encore qu'en short de bain et elle n'avait qu'une serviette sur elle, les cheveux et la peau encore plus qu'humides par le bain dont elle venait de sortir... une serviette qui ne couvrait qu'à peine la moitié de ses cuisses.
Il n'arrivait que très rarement à Dominique d'être mal à l'aise, d'autant plus en compagnie de la gent masculine. Ca faisait déjà bien longtemps que les hommes ne l'impressionnaient plus et qu'elle avait perdu la majorité de sa pudeur mais là, c'était Barney, son elle-ne-savait-quoi. Etait-il un ami d'enfance ? Non, il était celui de Victoire. Etait-il son grand frère de coeur ? En vu des émotions qu'il provoquait chez elle, certainement pas. Avec lui, elle ne savait pas quoi faire alors, elle s'employa à clore l'entrevue :
-Allez, finissons-en.
Barney eut un sourire victorieux par-dessus l'épaule et il posa une main sur l'épaule nue de Dominique tandis que de l'autre, il tenait encore sa baguette contre sa gorge.
- Roxanae Mariagere, lança-t-il.
Et les figures des futurs mariés s'imprimèrent sur la gorge de Dominique qui se tourna vers le miroir pour les voir lui sourire. Elle roula les yeux. Roxanne et Lorcan étaient vraiment deux cinglés...
Elle revint à Barney qui se passa une main dans ses cheveux bruns avec un sourire arrogant, manifestement très fier de lui. Elle récupéra sa baguette qui était toujours dans ses mains et le fusilla du regard.
-Alors, t'es content, t'as gagné ? s'agaça-t-elle.
-J'ai pas gagné, répliqua-t-il en lui désignant son mollet gauche. L'une de tes cousines m'a eue.
Sur sa peau bronzée, deux miniatures de Roxanne et Lorcan firent des gestes chaleureux à Dominique qui leur lança un regard noir.
-Mais j'ai quand même eu les trois filles Weasley-Delacour, donc j'ai quand même gagné..., continua-t-il avec un sourire moqueur. c'est pas comme si la première danse m'intéressait !
-Les trois filles Weasley-Delacour ? releva la rousse en plissant les paupières avec colère. Tu nous collectionnes, maintenant ?
Il haussa un sourcil, mi-satisfait d'avoir pu énerver Dominique, mi-étonné de sa réaction. Sans crier gare, elle s'avança vers lui et le poussa contre le mur qui était derrière lui. Elle s'accrocha à ses larges épaules, nues et tatouées en partie, et se hissa sur la pointe des pieds pour plaquer sa bouche contre la sienne. Sa légère barbe frotta contre sa peau et ça n'eut pour effet que de la faire se rapprocher plus encore. Ses mains se faufilèrent sur sa nuque et elle ne prit pas garde à sa serviette qui commençait à se détendre autour de sa poitrine. Elle ne pensait plus à rien mis à part à approfondir le plus possible le baiser qui n'était pas vraiment réciproque.
Barney, trop choqué au début, finit par retenir la serviette de la rousse de glisser et détourna le visage pour rompre le baiser. Il n'avait plus ni sourire, ni de lueur de moquerie victorieuse dans son regard noir.
Dominique revint sur terre, aussi bien au propre qu'au figuré, ses talons retombant sur le sol et elle fronça les sourcils.
-Qu'est-ce que tu fais, Dominique ? demanda-t-il gravement.
Et la première chose qui la frappa c'est qu'il l'avait appelée Dominique. Plus de gamine ou de poupée. Mais elle avait de grandes difficultés à s'en réjouir, le ton de Barney était un peu trop sinistre pour ça. Elle le fixa un instant, infiniment vexée qu'il l'ait repoussée, et elle le lâcha comme si sa peau mate l'avait brûlée. Ses mains tremblantes de colère se posèrent sur le devant de sa serviette pour la resserrer.
Elle aurait bien voulu lui rétorquer quelque chose mais tout son talent pour la répartie s'était envolée par la fenêtre. Elle fit alors volte-face et ouvrit sèchement la porte pour quitter la salle-de-bain, la refermant derrière elle qui claqua à cause du courant d'air.
