Voilà le nouveau chapitre ! Et pleins de bisous aux lecteurs du dernier chapitre qui ont pris le temps le temps de laisser une petite review, ça fait toujours un grand plaisir ❤❤
Chapitre 16 : Ce soir ou un autre
" Où elle est encore partie... ? demanda Dominique avec une conviction que l'alcool commençait à entailler. Encore... en vadrouille ?
-Ouuuuiiii ! Elle cherche Pousse-pousse ! "
Dominique fronça ses sourcils rouille et n'écouta que d'une oreille Roxanne lui expliquer avec vivacité que Pousse-pousse était le canard vibro-masseur de Victoire qu'elle avait envoyé avec cruauté à travers le bar, et que son canard à elle, c'était Rose. Parce qu'il était rose et qu'elle avait envie de l'appeler en l'honneur de leur cousine adorée qui était, en ce moment même, à moitié assoupie contre elle. Lucy était partie elle aussi mais aux toilettes, et depuis un bon moment maintenant. Donc, il manquait à présent Lucy et Victoire au bataillon. Les pertes s'arrêteraient-elles là ? Dominique avait des doutes. Légitimes, encore que. La nuit était encore bien trop jeune pour se lancer des prognostiques.
" Tu t'es encoooore engueulée avec ton Casanova, Dominica ?
-Ouais... Dominica et Casanova forment pas un super couple...
-J'sais pas, j'crois pas que j'suis d'accord avec toi... vous s'rez plutôt mignons tous les deux...
-Naan..., intervint Rose, les yeux clos. Fais pas confiance au barman... ils t'soulent et après... c'la merde...
-Et putain qu'il m'soule ! " approuva Dominique.
Elle porta la bouteille de whiksy directement à ses lèvres pour en descendre quelques gorgées et quand elle la reposa, elle vit entrer plusieurs têtes qui lui disaient quelque chose d'une façon drôlement suspecte. Elle plissa les paupières avant de jurer.
" Quoi encore ? M'dis pas qu'ya un dragon derrière moi ! s'exclama Roxanne.
-Piiiiire... "
Roxanne se tourna pour voir que les nouveaux venus n'étaient pas, en effet, une bande de dragons mais l'équipe d'un enterrement de vie de célibataire. Et pas n'importe lequel ! La vie de son fiancé ! Elle sourit largement à celui-ci qui était si richement entouré. Mais il avait l'allure d'un haricot sauteur, ne tenant pas sur place, et ne la vit pas. Louis et Scorpius furent les premiers à les remarquer, elle, Rose et Dominique, à leur table, tandis que James, Fred et Teddy prenaient déjà la direction du bar.
Louis désigna du doigt les filles à Lorcan qui ne perdit pas une seconde pour accourir vers elles, suivi par Louis, Albus et Scorpius.
" Mon amouuuuur !
-Canaaaard ! "
S'en suivit les retrouvailles les plus repoussantes et baveuses que Dominique eut le malheur de voir. Rose qui perdit sans avertissement l'épaule de Roxanne qui était son oreiller improvisé tomba à la renverse sur le parquet usé du bar. Chute qui eut le don de la réveiller d'une manière on-ne-peut-plus radicale. Albus, Louis et Scorpius se ruèrent vers elle, aussitôt.
Dominique observa Scorpius qui faisait le geste de la prendre dans ses bras mais qui s'arrêta juste à temps. Elle soupira et but à nouveau dans sa bouteille. Il faudrait instaurer un cours de relations sentimentales à Poudlard, ces jeunes étaient tous des incapables...
" Regarde, Canard, j't'ai trouvé une copiiine ! claironna Roxanne en sortant son jouet en plastique. Elle s'appelle Rooose !
-Rose ?! s'émerveilla son fiancé, bien éméché, en se tournant vers la Rose d'origine.
-Oui, c'est sa marraine ! "
Rose leur jetait de fréquents regards irrités en s'étirant le dos, toujours au sol, et hochant de la tête en direction de Louis pour lui assurer qu'elle allait bien. Ce dernier et Albus l'aidèrent enfin à se relever. Elle regarda un instant Scorpius qui avait la tête baissée avant de soupirer qu'elle avait besoin d'un verre d'eau.
Dominique se leva elle aussi et elles deux se dirigèrent vers le bar pour y retrouver James et Fred. Dominique se demanda un instant où était Teddy mais l'alcool fit tomber un brouillard artistique sur ces interrogations, et plus encore lorsque James l'attira vers lui, après l'avoir repérée.
" Roukyyyy ! l'accueillit-il avec son sourire démesuré habituel. C'te nuit est la plus trop méga beeelle de toute ma vie ! On a vu de VRAIES sirènes ! De VRAIES sirènes comme toi, t'es une VRAIE vélane, tu vois le délire ? Et vu comme je te vois là ! Truc de ouf... dis-lui Fred !
-Ouais, de vraies strip-teaseuses, pour sûr... "
xOxOxO
Une main sur le mur carrelé, Teddy poussa un profond soupir, se débarrassant enfin dans l'urinoir de la demie- douzaine de bières qu'il s'était enfilé depuis le début de la soirée. Soirée dont la longueur commençait lentement mais surement à se faire sentir. Le passage dans la case boîte de strip-tease avait été assez agréable, bien sûr, mais il s'était surpris lui-même à passer plus de temps, le regard braqué à sa montre plutôt que sur le cambré des demoiselles. Il suffisait de voir un de ces spectacles une fois pour tous les connaître, à quelque changement de scénarios près. Mais l'originalité des pas était bien souvent inutile, voir grotesque, personne n'y venait pour assister à de l'art. Tourne autour de la barre, penche-toi, un tour, puis deux, puis trois.
Teddy remonta sa braguette et se dirigea avec automatisme vers les lavabos pour suivre le protocole. On se lave les mains, même si on sait que sitôt qu'on aura touché la poignée de la porte pour sortir, on aura déjà sur les doigts les traces d'urine de deux-trois camarades de pissotière. Mais c'est toujours mieux deux-trois, que vingt.
Il se dirigea ensuite vers la sortie, s'essuyant ses mains humides sur son Jean's beige, et remercia d'un signe de tête un type qui entrait au même moment et s'écarta pour le laisser passer. Même s'il avait cette envie de rentrer qui lui trottait dans la tête depuis des heures, il allait juste aller au bar se commander d'autres verres et remplir son rôle auprès du futur marié de sa cousine. Il avait déjà laissé tomber bien trop de personnes pour décevoir Roxanne à son tour. Dominique ne manquait jamais une occasion pour lui dire combien il était un connard égoïste à qui on excusait tout, sous prétexte qu'il n'avait jamais connu ses parents. Et aussi peste que Dominique pouvait être, et Merlin savait qu'elle l'était, cette sale vélane moralisatrice, mais Teddy savait aussi qu'il y avait une grosse part de vérité dans tout ça. Il avait été un connard avec beaucoup de ses camarades au temps de Poudlard, avec sa grand-mère et même avec son propre parrain. Mais il avait réservé ses pires côtés à Victoire et, désormais... que disait l'adage, déjà ? Ah oui, il n'avait plus que ses yeux pour pleurer. Enfin, si seulement sa putain de nom de nom de fierté lui donnait la force d'admettre qu'il avait bel et bien des glandes lacrymales.
" Mais non ! Je te menotterai pas, p'tite ! Lâche-moi la grappe avec ça !
-Mais c'est drôle, z'allez voir... "
Teddy reconnut la sonorité mélodieuse et féminine de la voix aussitôt et il tourna la tête juste à temps pour voir un homme dans sa quarantaine bien tassée qui regardait avec sévérité Victoire. Elle était de dos et Teddy ne pouvait pas voir son visage mais sa longue chevelure blonde, soyeuse et brillante de mille feux malgré l'éclairage faiblard du bar. Les attributs extraordinaires des vélanes. Leurs charmes époustouflants qui auraient mené n'importe quel homme à sa perte à la suite d'un simple battement de cille. Teddy les avait toujours eus en horreur, pour d'innombrables raisons qui s'entrechoquaient. Les vélanes étaient des sorcières parmi les sorcières, de vraies harpies dévoreuses d'homme, des mantes religieuses. Fleur et Dominique en étaient de parfaits exemples. Les hommes étaient autant de caniches autour d'elles, dont elles tapotaient avec mépris le haut du crâne, mais Teddy ne se laisserait jamais réduire à cet état par ces charmeuses malsaines. Mais Victoire, elle était différente. Aussi incroyable que cela puisse paraître, elle était la première victime de ces maudits dons. Teddy l'avait toujours su, malgré tout ce qu'il avait pu lui cracher au visage durant leur adolescence. Mais on ne disait pas que l'adolescence était ingrate pour rien. L'ingratitude, on s'en gave nous-mêmes et on s'empoisonne le coeur à en vouloir aux mauvaises personnes. Et souvent, on se le permet seulement parce qu'on sait pertinemment que ces mêmes personnes sont les seules qui continueront à nous aimer malgré tout ce qu'on peut leur faire, tout ce qu'on peut leur faire.
Un homme maigrichon et grand, ressemblant à s'y méprendre à un lampadaire, entra alors dans son champ de vision puisqu'il se colla dangereusement à Victoire et le tira de ses réflexions qui n'en finissaient pas. Il se rendit compte qu'il était resté planté bêtement au beau milieu du bar pendant de nombreuses minutes à fixer Victoire sans que celle-ci ne l'aperçoive, alors qu'il ne se trouvait qu'à quelques mètres derrière elle.
" Et ben, poupée, fais-moi voir ça..., entendit-il le lampadaire dire, le ton englué de mauvaises intentions. Tu veux que je t'aide avec ça ? "
Attirés comme des mouches à du miel, voilà la triste vérité. Jolie petite Victoire, qui pensait qu'elle pouvait sourire gentiment à des hommes sans que ça ne les rende fous. En réalité, c'était toujours Teddy que ça rendait le plus fou, à tous les coups. Il n'y avait que le sort pour être ironique à ce point. Teddy Lupin, l'orphelin rebelle plein de hargne, fou amoureux d'une vélane plus innocente encore qu'un bébé chiot.
Lorsque le lampadaire se pencha sur Victoire pour lui toucher les cheveux, il vit rouge, tant et si bien que ses cheveux en prirent la couleur. En quelques enjambées, il était sur eux et il avait saisi le lampadaire par le bras pour l'écarter.
" Fous-moi le camp, mon vieux, lança-t-il au lampadaire.
-Oohh ! Teddy ! s'émerveilla Victoire en le reconnaissant.
-Il t'arrive quoi, là ?! s'écria le lampadaire. T'es qui, déjà ?
-Le mec de la fille que tu essayes de pécho.
-Ok, ok ! Cool, mec ! rétorqua-t-il en levant les bras et en reculant de deux pas. Ca va, j'la pensais pas flanquée d'un gars... mais un conseil, laisse pas ta bombasse de copine se balader avec une paire de menottes en demandant au premier venu de l'attacher. "
Teddy décocha un regard incendiaire à Victoire qui arborait un air parfaitement ahuri et remarqua enfin la paire de menottes fantaisie, recouvertes de fourrure violette. Il ferma les yeux, au comble de l'énervement. Roxanne et Dominique allaient passer un sale quart d'heure quand il mettrait la main sur elles. Avec une mention spéciale pour Dominique qui lui avait pourri sa vie de couple à s'acharner à surprotéger Victoire, criant à qui voulait l'entendre qu'il était particulièrement nocif pour sa grande s "ur. Et elle la laissait se promener, clairement ivre, au beau milieu d'une mer d'obsédés sexuels, en leur demandant de la menotter ? Qui plus est, habillée d'une petite robe à fleurs ridiculement courte ?
Une main se posa sur l'un de ses avant-bras et un électrochoc bien connu par ses hormones le traversa de la tête aux pieds. Quand il rouvrit les yeux, le lampadaire avait bien heureusement débarrassé le plancher et Victoire était juste, là, sous son menton à l'observer avec préoccupation et tendresse. Elle ne se ferait jamais une raison, elle ne tirerait jamais un trait sur son nom. Il pouvait lui faire tout ce qu'il voulait, la trahir et la laisser tomber encore et encore, Dominique pouvait bien s'entêter de lui répéter d'oublier jusqu'à son nom, elle resterait toujours juste là, à se soucier de lui. Comme une gourde, comme la dernière des abruties. Et il ne saurait dire si le soulagement l'emportait sur la tristesse.
" Sois pas triste, mon amour, lui dit-elle, la voix trainante. Faut pas que tu sois triste.
-Qu'est-ce que je vais faire de toi, Vic ? soupira-t-il.
-Regarde ce qu'on a acheté avec Rox ! " l'ignora-t-elle avec enthousiasme. Elle brandit la paire de menotte en sa direction, comme une gamine lui aurait présenté une peluche. " On peut s'attacher avec ! Rox a dit que c'était super drôôôle ! Et j'ai les clés ! Et aprés, on peut courir et danser ! Et chanter... don't say no, no, no, no... just say yeah, yea, yeah... "
Quand elle se mit à chantonner sur un rythme douteux et sa voix qui n'était belle seulement parce qu'elle vibrait de sa bonne humeur enivrée et enfantine, Teddy se radoucit pour de bon et rit secouant la tête. Il s'empara des menottes, puis l'un de ses poignets. Victoire lui sourit, continua de chanter...Who cares baby ? I think I wanna marry you... Il referma les menottes sur les fins poignets de la blonde devant lui.
"Oh ! dit-elle. Tu devais mettre une de tes mains aussi ! C'est moins drôle comme ça !
-T'inquiète pas, ma puce, j'ai la solution. "
Il se pencha et passa les bras de Victoire par-dessus sa tête. Elle éclata de rire, se retrouvant alors pendue à son cou, les mains menottées autour de lui. Il s'écouterait, il serait déjà en train de l'embrasser mais il avait pris la décision d'être moins égoïste, pas vrai ? Il se contenta de poser ses mains sur la taille de Victoire et de l'admirer rire à gorge déployée.
" Eh, tu fais quoi, là, Lupin, exactement ?! C'est quoi ce bordel ?
-Nicky..., " grinça-t-il.
Il tourna la tête vers la vélane rousse. Evidemment qu'elle ne pouvait pas le laisser en paix, plus de quelques minutes, s'il était à moins de dix mètres de Victoire... les yeux de vélane lançaient des éclairs et il était à peu près sûr que si elle ne l'avait pas frappé, c'était seulement parce que Victoire était dans ses bras et qu'elle risquait de s'en prendre une.
" Tu l'as menottée ?! s'indigna-t-elle. T'as raison, profite bien qu'elle soit bourrée pour satisfaire des fantasmes tordus !
-Me cherche pas, Dominique, franchement, me cherche pas ! claqua-t-il. Quand je l'ai trouvée, elle proposait à tous les pervers du coin de la menotter, alors me soule pas ! Sans moi, l'un de ces connards l'aurait sûrement ramené chez lui !
-Elle a pas cinq piges, t'es gentil ! "
Teddy ne répondit pas tout de suite. Victoire venait de poser sa joue contre son torse, en se blottissant contre lui. Il savait que c'était ridicule et qu'i peine quelques semaines, Victoire avait été dans ses bras chaque nuit, mais, en ce moment précis, il lui sembla que ça faisait une éternité, des années. Il remonta ses mains au creux de son dos et reporta son regard sur Dominique qui observait la scène avec colère et frustration.
Il lui en voulait, bien sûr, d'avoir laissé Victoire boire autant et déambuler avec un sextoy dans un bar mais, d'un autre côté, Dominique était censée être la petite soeur. Même si elle s'était mise dans la tête qu'il était de son devoir de veiller sur Victoire, ce n'était pas son rôle dans la vie. Tout du moins, ça ne devrait pas l'être. C'était à lui de la protéger. Le problème c'est que Dominique ne l'avait jamais accepté et qu'il ne lui avait jamais, non plus, livré de raisons valables pour le faire.
" Ouais... bref, je la ramène chez ta grand-mère, l'informa-t-il.
-Tu me prends pour une conne, Lupin ? Tu crois que je vais te laisser tout seul avec elle ? Je te connais, tu crois que...
-On peut arrêter les frais pour ce soir ? la coupa-t-il, excédé. Ok, tu veux que je le dise à voix haute ? Ok. J'ai merdé, j'ai été un pur enfoiré et elle mérite bien mieux que ça. Mais, putain, Dominique, toi et moi, on peut pas se supporter, on se connait depuis toujours, non ? Alors, vas-y, ose me dire que tu me fais pas confiance pour la coucher dans son lit sans profiter de la situation. "
Ils se fixèrent dix longues secondes, les yeux dans les yeux, avant que Dominique finisse par détourner le regard, les dents serrées derrière ses lèvres parfaites. Teddy savait très bien que ça la faisait enrager de ne pas pouvoir le contester et lui arracher Victoire des bras, non seulement parce qu'elle ne supportait pas de la voir si près de lui mais pour le bien tout à fait objectif de sa soeur. Mais voilà, Victoire était blottie amoureusement dans ses bras et que pouvait-elle faire, concrètement ? Crier au viol ? A l'abus de faiblesse ?
" Tu mérites pas qu'elle t'aime, grinça-t-elle sans le regarder.
-Ouais mais elle m'aime, c'est comme ça. "
Et même lui n'y pouvait rien. Dominique tourna à nouveau son regard vers elle, un sourire défiant de cruauté aux lèvres et ajouta :
" Un jour, peut-être qu'elle t'aimera plus.
-Prions pour que ce jour arrive alors, " ironisa-t-il à moitié.
A vrai dire, il ne savait pas dans quelle proportion il pensait ses paroles. Parce que, honnêtement, il pouvait souhaiter aussi fort qu'il le voulait de devenir moins égoïste, qui peut devenir aussi peu égoïste qu'il en vient à espérer que la personne qu'il aime le plus au monde cesse de l'aimer ? Dominique opina du chef.
" Vas-y, tire-toi. "
Teddy souleva Victoire pour la porter jusqu'à la sortie. Il savait sans avoir à se retourner que le regard de Dominique était braqué sur lui. Il baissa ses yeux sur le regard mi-clos de Victoire, cramponnée à son cou. Lorsqu'il sortit dehors et que le froid les frappa, les yeux de Victoire papillonnèrent. Elle ne le les leva pas vers lui, même lorsqu'elle se mit à chanter dans un murmure enroué :
" don't say no, no, no... just say yeah, yeah, yeah... just say yeah... "
xOxOxO
Ils étaient tous partis à un autre bar mais elle ne les avait pas suivis. Seul Louis et Fred l'avaient remarqué, encore suffisamment sobres pour ça. Et seul Louis y avait véritablement attaché d'importance. Mais elle lui avait dit de ne pas s'en faire, qu'elle en avait juste assez de ce marathon de bars et qu'elle préférait rester dans celui-ci. Louis avait lancé un coup d'oeil à Barnabé, à l'autre bout de la pièce, derrière son comptoir et il avait croisé le regard noir de l'espagnol, et ça avait semblé suffire pour le rassurer. Ca n'avait pas étonné Dominique. Barnabé était, après tout, le grand frère de substitution de la famille. Et elle l'avait embrassée. Quelle idiote elle faisait. Elle pouvait juger sa soeur qui était amoureuse de façon irrécupérable de cet enflure de Lupin, elle ne valait pas mieux.
Alors, elle se retrouvait toute seule à une table, dans un coin du bar. Elle avait dessoulé depuis longtemps, près d'une peinture de sirènes qui remuaient leurs queues étincelantes. Elle n'avait même pas vraiment été soûle à un moment donné, éméchée tout au plus. Et même si elle continuait à boire quelques gorgées de whisky de temps en temps, elle était quasiment sobre. Elle avait repoussé chacun des types qui avaient essayé de s'assoir près d'elle. Elle voulait être seule et rester là encore une heure ou deux. Enfin, peut-être pas. Après tout, le bar fermait à trois heures, le week-end. Quatre heures, quand il y avait vraiment du monde. Et il était trois heures et quart, et ça commençait déjà à se vider singulièrement.
Du bout de sa baguette, elle gravait des courbes interminables dans le bois, suivant la longueur de ses pensées qui s'enchevêtrait inlassablement dans sa tête. Elle avait laissé sa soeur, sa Victoire, faire n'importe quoi, ce soir. Il aurait pu se passer un drame et ç'aurait été indirectement de sa faute, résultant de sa négligence. Oui, elle l'avait pensé quand elle avait dit à Teddy que Victoire n'était plus un bébé de cinq ans et qu'elle pouvait se débrouiller seule. Mais était-ce vraiment une excuse pour laisser sa soeur, même aînée, ivre et toute seule ? Non. Et elle pouvait reprocher tout ce qu'elle était en mesure d'imaginer à Teddy, ce soir, ça avait bien été lui qui avait veillé sur Victoire.
" T'as pas beaucoup vidé la bouteille de Sky, je t'avais dit que c'était pas ton délire. "
Elle regarda Barnabé tirer une chaise d'une table des environs et la tirer pour s'assoir juste à côté d'elle. Il posa un coude sur la table et la détailla avec attention. Elle grogna intérieurement.
" Lâche-moi, Barney.
-Pourquoi t'es pas partie avec les autres, tout à l'heure ? Tu préfères rester toute seule, comme ça, à une table ?
-T'es psy ?
-J'suis barman, c'est kifkif, répondit-il. Et arrête de niquer ma table.
-C'est pas ta table, c'est celle de ton père. "
Barney eut un petit rire, se passa la main sur sa barbe de quelques jours. Elle et lui avaient toujours été les meilleurs pour entretenir pendant des heures des dialogues des sourds, des longues discussions durant lesquelles ils ne faisaient que se renvoyer la balle, telle une bouse de dragon qu'ils ne voudraient pas plus longtemps dans les mains, pour leur salir les doigts. Rejeter la faute sur l'autre, toujours trouver une excuse et la faille, dévier le sujet, un argument qui nourrirait un contre-argument. Et Barney savait que c'était lui-même qui lui avait appris la stratégie et qu'elle l'usait désormais contre lui.
" J'ai laissé Vic rentrer avec Lupin, finit par lâcher Dominique en penchant la tête, ses longues mèches rousses recouvrant une partie de son visage.
-Ce soir ou un autre, de toute façon. "
Dominique redressa le menton, inspirant profondément avant de jeter un coup d' "il à Barney. Il poursuivit :
" On peut détester ce connard autant qu'on veut, tout le monde sait que Vic voudra jamais d'un autre mec. "
Les vélanes sont bien connes, faillit répliquer Dominique, avec leur monogamie sentimentale. Une vie pour un homme, un seul amour pour une vie, c'était comme ça que ça fonctionnait avec elles. Mais ce serait encore une confession et elle en avait déjà bien assez dit, la dernière fois. Et dans chacune de ses réactions, avant et après.
Et peut-être était-ce simplement le reste d'alcool dans son sang qui lui mentait, qui voulait la faire pleurer en lui susurrant qu'elle était bel et bien amoureuse de Barney, pour de bon, et qu'il n'y avait plus de marche arrière. Après tout, elle avait en ce moment même une envie folle de l'embrasser alors qu'il la rejetterait une seconde fois, sans l'ombre d'un doute.
" Qu'est-ce que tu veux qu'on y fasse ? insista Barney devant son silence prolongé.
-Rien.
-Il s'arrangera peut-être.
-C'est la solidarité masculine qui l'ouvre ? railla-t-elle.
-Va te faire, Dominique ! Tu sais très bien que je peux pas piffrer ce type et que j'adore Vic, mais faut se faire une raison à un moment ! "
Dominique se mit à rire amèrement en l'entendant l'appeler par son prénom, en entier qui plus est ! L'avoir embrassé avait au moins eu ce résultat positif ; elle ne se bouffait plus ces "gamines" et "poupées" à tous les râteliers. Elle se saisit de la bouteille de whisky qui trônait au centre de la table et la porta à ses lèvres pour en boire une petite gorgée qui lui enflamma la gorge et éteignit un peu de sa rancoeur. Elle savait que ça la mènerait nulle part d'en vouloir comme ça à Barney. Il ne ressentait rien pour elle, il ne ressentait rien. Point barre. Même pas de l'attirance physique, visiblement, ce qui était en soi incroyablement scandaleux. Elle, top model et mannequin, vélane. Elle demanderait bien à Dame Nature et Merlin de la rembourser.
" Tu bois à la bouteille, maintenant ? Ca fait pas très princesse, ça, poupée...
-Je suis ni une princesse, ni une putain de poupée, alors, tu vois, ça tombe à pic ! " ironisa-t-elle, mordante.
Elle le sentit la fixer. Elle ne savait pas ce à quoi il pensait mais elle se demandait s'il comprendrait une fois pour toutes qu'elle n'avait plus quatorze ans, qu'elle était une femme. Pas une poupée avec un noeud en soie rose dans les cheveux, pas une princesse capricieuse qui voulait que ses désirs soient des ordres. Juste une femme qui savait ce qu'elle voulait et qui n'était pas prête à concéder une miette, la moitié du temps. Et si pour lui ça revenait au même alors, tant pis pour eux deux.
" Faut qu'on parle de la dernière fois, " finit-il par dire.
Son c "ur se serra douloureusement, aussitôt, mais elle resta silencieuse quelques secondes avant de se tourner vers lui. Ils étaient horriblement proches, leurs genoux se touchaient dès qu'elle avait le malheur d'étendre ses jambes. Elle prit le parti, certes périlleux mais nécessaire, de le regarder droit dans les yeux. Elle était étonnée par son sérieux mais plus encore par le simple fait qu'il ait mis le sujet sur la table. Elle pensait qu'il avait décidé de faire comme si rien ne s'était passé. Et puisqu'il faisait cet effort, elle ravala toute sa fierté, tout son ego maltraité et ses espoirs anéantis, et décida d'être mature et adulte, à son tour.
" Je suis désolée, j'aurais pas dû t'embrasser comme ça, " lâcha-t-elle difficilement. Elle ne le pensait pas vraiment, en réalité. Elle était surtout désolée qu'il l'ait repoussée. " Je me suis laissée emporter par la situation, je suppose..."
Elle n'entra pas dans les détails mais, au vu du sourire entendu de Barney, il comprit très bien où elle voulait en venir... dans une salle de bain, l'air encore humide et chaud, elle dans une serviette, et lui, torse-nu. Mais elle, elle ne souriait pas du tout. C'avait été à peu de chose près l'expérience la plus mortifiante de toute son existence.
" Ça me fait vraiment pas rire, Barney.
-Tu sais, des filles m'ont déjà envoyé promener, c'est pas la fin du monde ! dédramatisa-t-il la situation. Et je savais pas comment ré...
-Tu comprends rien ! " la coupa-t-elle, bouillonnante de frustration. Et elle n'était pas prête à lui expliquer par A + B que ça n'avait rien à voir parce qu'il n'était pas juste un garçon. " Laisse tomber, ok ? Je suis pas d'humeur.
-Ok, concéda-t-il. Je vais fermer le bar. "
Dominique se leva sans demander son reste mais Barney posa une main sur son épaule pour la refaire s'assoir. Elle le contempla avec étonnement, se demandant si finalement elle n'avait pas bu plus qu'elle ne pensait et planait. Ne lui avait-il pas dit à l'instant qu'il fermait le bar, insinuant que c'était l'heure pour elle de rentrer ?
" J'sais pas combien t'as bu mais vaut mieux que tu restes dormir ici.
-Je suis pas bourrée.
-C'est ce qu'on dit tous. "
Elle savait qu'elle était amplement en mesure de rentrer chez elle toute seule, comme une grande, mais elle avait ce côté masochiste, très doux-amer, qui lui chuchotait qu'elle pouvait au moins être avec lui un peu plus longtemps. Et peut-être demain matin. Et... demain après-midi ? Il lui accordait si peu de temps, ces dernières années. Comment pouvait-elle refuser une opportunité pareille, si illusoire soit-elle ?
Pendant près d'un quart d'heure, elle le vit parler aux clients, les informer qu'il était l'heure et parler, et rire, avec eux le temps qu'ils finissent leur dernier verre, avec ses collègues. Puis, ses collègues, le blond et une fille blonde elle aussi, prirent leur temps pour prendre congé. Ils discutaient dehors, en fumant des cigarettes qu'elle voyait étinceler à travers la vitrine. Elle devait passer pour une pauvre quiche, à patienter toute seule au fond du bar, sans même tenter de les rejoindre et participer à la conversation, à les regarder de loin. Mais elle s'en fichait. En toute honnêteté, un météorite aurait pu venir s'écraser juste devant elle, massacrant la moitié du bar, elle n'était pas sûre qu'elle en aurait eu quelque chose à foutre. Elle se sentait vidée, comme un coquillage abandonné par son bernard-l'hermite. Elle imaginait Victoire dans les bras de Teddy et sa propre situation amoureuse lamentable lui riait au nez. Une véritable âme en peine, en somme. Elle croisa les bras sur la table et observa les traces qu'elle avait creusées dans son bois.
" C'est bon, gamine, on va pouvoir se coucher, " lui apprit-il en rentrant.
Elle ne répondit rien, ne leva même pas la tête. Il l'observa quelques secondes avant de soupirer et de s'affairer à fermer la porte d'entrée et la verrouiller. D'un coup de baguette, un torchon s'agita contre le comptoir pour le nettoyer. Dominique se leva et passa devant lui, sans un mot, pour s'engager dans les escaliers, derrière une porte, qui menaient à l'étage où la famille de Barney vivait, au-dessus du bar. Elle connaissait la maison, par coeur, bien sûr. Ce serait d'ailleurs loin d'être la première nuit qu'elle passerait ici. Cela dit, généralement, il y avait Vic ou Louis avec elle. Barney la suivit après avoir éteint les lumières. Dans le couloir, cependant, elle hésita. Elle s'éclaircit la voix et demanda :
" Je dors où ?
-Il y a la chambre de Gaston. "
Le petit frère de Barney qui n'était pas rentré à la maison, cet été. Dominique aurait bien voulu. Pour le coup, Gaston était comme un frère pour elle, il ressemblait beaucoup à Louis au niveau du caractère. Dominique se retourna vers Barney pour lui souhaiter une bonne nuit mais il était bien plus proche qu'elle s'y attendait. Elle allait reculer, son coeur manquant un battement, mais bien avant qu'elle n'ait pu, Barney lui attrapa la taille pour l'embrasser.
Elle le repoussa aussitôt, ses mains contre son torse, et le trouva tout sourire. Elle pensait qu'elle était une fille intelligente et dégourdie, maline quoi, et bien trop orgueilleuse pour ces conneries. Mais pas tant que ça, en fait.
La preuve, la seconde qui suivait, c'était elle qui l'embrassait.
