Chapitre 18 : Vive le vent, vive le vent...
" Absolument superbe, mon bébé ! Tu es absolument super-be-be... "
Et sur ce dernier mot tremblotant, Angelina tomba en sanglotant dans les bras de sa fille qui souriait de toutes ses dents blanches, chassant ses propres larmes en papillonnant de ces cils déjà maquillés avec soin. Dominique regarda l'étreinte de sa meilleure amie et cousine, qui se fera très prochainement appelée Roxanne Scamander, et de sa mère. Et même si elle n'avait jamais été très fan de ce genre d'effusions, elle-même devait admettre que le moment était touchant et que Roxanne était, en effet, tout bonnement époustouflante dans sa robe de mariée, toute en soie et dentelle blanche, parsemée d'argenté.
" Euh... Dominique, c'est ça ? "
Dominique se tourna vers la seconde demoiselle d'honneur qui partagerait ce rôle avec elle. La mode actuelle voulait que les mariées battent des records avec le nombre de leurs demoiselles d'honneur, en choisissant au minimum trois, et tous attendait de Roxanne de proposer à toutes ses cousines d'en être, mais à la surprise générale seules Dominique et une de ces collègues de Poudlard, avec qui elle avait très rapidement sympathisé, furent honorés de ce titre. C'était une petite asiatique, un brin grassouillette, dans la trentaine, qui avait failli s'évanouir lorsqu'elle s'était retrouvées noyées sous l'attention toute entière de la famille Potter-Weasley-et-compagnie. Dominique ne l'avait jamais vu avant ce jour et elle n'en pensait pas grand-chose, mis-à-part qu'elle devait avoir plus de caractère qu'elle n'en laissait percevoir si elle était capable de supporter Professeur Roxanne Weasley, dans son milieu professionnel.
" Exact, lui répondit Dominique. Et toi, c'est Sue ? Je te tutoie, hein, comme on est camarades de galère...
-Avec plaisir ! rit-elle nerveusement. Roxanne veut que je fasse un discours...
-Ouais, désolée, c'est ma faute, ça, avoua Dominique. J'ai menacé de faire griller son fiancé à la broche quand elle est venue me demander de le faire.
-Ah... oui, elle m'avait dit que t'avais refusé mais elle m'avait dispensé les détails... "
Dominique haussa les épaules avec un sourire sarcastique mais Sue semblait hésiter, lançant quelques regards à Roxanne qui continuait de consoler sa mère tandis que Luna tapotait gentiment le dos d'Angelina.
" Ca te dérangerait de le lire ? Tu la connais mieux que moi... et je n'ai vu Lorcan que deux fois...
-Si tu veux, concéda Dominique, peu enthousiaste. Mais moi et le sentimentalisme, ça fait pas mal...
-Merci, milles fois merci ! "
Sue fit apparaître un long parchemin et le tendit à Dominique. Elle lut la première phrase. "Je me présente puisque peu de monde ici me connait, je suis Sue, une collègue de Roxanne, professeure d'Arithmancie à Poudlard..." Dominique releva le regard vers Sue.
" L'arithmancie ? Wow, je vois maintenant pourquoi t'arrives à supporter Roxie ! Tu es maso ! "
Sue éclata d'un grand rire sincère et Dominique lui sourit, l'appréciant aussitôt. Au moins, elle n'aura pas à se payer une pouffiasse sortie de nulle part qui aurait éveillé chez Roxanne une étrange étincelle d'affection comme il arrivait si souvent avec sa meilleure amie. Et puis, cette femme la sauvait d'un discours épuisant devant un public stupide, elle ne pouvait que l'adorer.
" En tout cas, nos robes sont splendides ! "
Dominique et Sue ayant des silhouettes radicalement opposées, bien qu'elles fassent à quelques centimètres près la même taille, leurs robes n'étaient absolument pas découpées de la même façon mais elles étaient toutes deux d'un gris perle mêlé d'argent, clin d'œil à la robe de la star du jour, et leur arrivaient aux genoux.
" Heureusement qu'il y a les robes pour rendre les mariages supportables"... ironisa Dominique. "
A sa plus grande surprise, Sue hocha la tête de tout son coeur.
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" T'y vas la première, d'accord ? la supplia quasiment Sue. Je sais que t'es mannequin, t'es entraînée pour ça !
-C'est la première fois que je suis demoiselle d'honneur, t'es gentille !
-S'il-te-plait ! Tu es hyper belle, si t'es devant moi, ils ne me verront même pas ! Je sais même pas marcher avec ces talons !
-Je suis une vélane, lui apprit Dominique en roulant les yeux.
-Je suis au courant mais je n'osais pas le dire...
-C'est pas le moment pour le politiquement correct, la chinoise !
-Je suis coréenne ! "
Dominique pensa à lui rétorquer qu'elle pouvait bien être une Marsienne que ça ne changerait pas le fait qu'il n'existait pas une seule bonne raison sur cette bonne vieille terre pour qu'elle aille défiler comme une idiote, au rythme de la traditionnelle mélodie nuptiale, jusqu'à l'autel de cette petite chapelle, non loin de la mer. Quel cirque. Pourquoi fallait-il que les demoiselles d'honneur jouent les marraines bonnes fées, à gambader dans l'église avec des bouquets de fleur, comme des angelots abrutis qui béniraient le sol que s'apprête à fouler la future mariée ? Et quand ils divorceront, de quoi elle aura l'air, franchement ?
Elles se trouvaient devant les portes en bois de la chapelle qui était, en ce moment même bondée. Dominique ne connaissait pas le nombre exact des invités mais il suffisait de prendre en compte le fait que toute leur famille et leurs amis étaient à l'intérieur, pour savoir qu'il ne devait pas rester beaucoup de place sur les bancs de la chapelle. Mais, visiblement, Roxanne avait invité tous le corps professoral de Poudlard, l'infirmière, la bibliothécaire, et même le concierge. Déjà, Hagrid y était et il prenait à lui seul deux-trois places. Mais bon, Dominique et Sue resteraient debout comme des quiches durant tout le temps de la cérémonie alors -ainsi que James, le témoin du mariage.
Dominique lança un coup d'œil à Roxanne qui était sur la place, devant la chapelle, avec son père George et qui lui faisait de grands gestes pour qu'elles s'activent.
" De toute façon, je m'en fiche d'y aller la première..., dit Dominique, c'est y aller qui me fait chier...
-A qui le dis-tu... "
Dominique observa la tête de dix mètres de long de Sue et elle leva les yeux vers le ciel nuageux de ce 2 août, souffla d'exaspération.
" Elle n'avait qu'à nommer Rose comme troisième demoiselle d'honneur et ça y est, elle aurait les trois demoiselles d'honneur les plus désespérées de l'histoire...
-Si, ça me flatte énormément qu'elle m'ait choisie mais... je veux dire, c'est pas mon truc tout ça... j'ai trente-deux ans et le seul vrai copain que j'ai eu s'est enfui au bout de six mois, après que mon père ait voulu le découper au sabre...
-Qu'est-ce qu'il avait fait ? s'intéressa Dominique.
-Il l'a appelé par son prénom.
-Je suis fan de ton paternel !
-Pas moi.
-Ouais... bon..., fit Dominique en se tournant vers les portes. On y va ?
-Après toi...
-C'est ce que j'ai cru comprendre... "
Dominique passa une main distraite sur ses cheveux, vérifiant que sa cascade de cheveux roux était bien en place, sur le côté gauche de sa tête, puis d'un coup de baguette, elle fit s'ouvrir les portes. Elle tint son bouquet de fleurs jaunes et orange dans ses mains et avança le long de l'allée, au son de la marche nuptiale. Elle n'entendait même pas Sue la suivre mais ses escarpins blancs claquaient contre le bois de la chapelle. Tous se retournèrent vers elle bien sûr mais elle regarda seulement James et Lorcan, au bout de l'allée. James avait, bien sûr, son sourire de surexcité habituel et Lorcan tressautait sur ses talons. Elle les rejoignit et Lorcan l'accueillit avec un :
" Elle est bien là ?!
-Oh, commence pas, Scamander. "
Elle lui passa devant et alla se poster de l'autre côté de l'autel, et Sue accéléra le pas, en dépit du rythme bien défini de la marche nuptiale, pour la rejoindre. Elle était rouge pivoine et Dominique lui sourit pour l'aider à se détendre. Après tout, elles étaient ensemble, dans ce coup-là.
" J'ai trébuché..., lui apprit Sue avec agitation. enfin, pas vraiment... juste un peu mais quand même...
-Si t'es pas tombée, t'as pas trébuché. Crois-en le mannequin !
-D'accord ! "
Sue sembla se détendre aussitôt et un sourire combla ses traits, le rouge quittant peu à peu ses joues. Puis, ce fut au tour de Roxanne de marcher dans la chapelle au bras de Georges. Ils avaient le même sourire. Large, pleins de dents et aveuglant, heureux. Et Dominique se mit elle-même à sourire. Sue lui donna un petit coup d'épaule complice et Dominique hocha la tête en sa direction.
Pour une amie, c'était la moindre des choses de s'improviser demoiselle d'honneur. Peu importe qu'on ne croit pas en le mariage ou en l'amour, ou qu'on trébuche en marchant jusqu'à l'autel, comme pour beaucoup de chose, c'est le geste derrière tout ça qui compte.
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Un tonnerre d'applaudissement suivit de près le point final du discours de Sue. Une petite dizaine de convives pleuraient franchement, beaucoup d'autres avaient les yeux qui brillaient. Angelina gagnait le concours des pleurs haut la main mais Molly, première de son nom, était bonne deuxième. Georges prit sa femme et sa mère, qui étaient assises de part et d'autre de lui, dans ses bras tout en riant joyeusement et Roxanne se leva pour aller prendre Sue dans les siens.
Dominique n'était pas à la table de la mariée qui ne regroupait seulement la famille proche des mariés. Non, bien sûr que non. Elle était à la table ovale des "cousins", si on peut dire. Seulement, l'homme à sa droite n'était pas l'un de ses cousins mais nul autre que Barnabé. Pourquoi ça ? Erreur de cartographie, de logistique ? Echange des petits cartons des places ? Juste Roxanne nouvellement Scamander, marieuse à ses heures. La preuve, Victoire était elle-même placée entre Barnabé et, ô surprise, Teddy. Mais Dominique avait heureusement son petit frère comme voisin de gauche et elle pouvait donc ignorer Barney avec beaucoup de talent. Elle n'avait toujours pas avalé la façon dont il l'avait endormie avec une séance bécotage, joliment gâché par un intérêt impromptu pour ce qui lui servirait de pyjama pour la nuit. Sans parler, bien évidemment, de sa disparition aux environs de huit heures du matin.
" Tu m'avais pas dit que t'avais demandé à une fille de t'accompagner pour le mariage ? s'enquit Dominique. Elle est où ?
-Euh... c'est compliqué, éluda quelque peu Louis. Mais t'inquiète pas, tu comprendras.
-Je comprendrai ? s'étonna-t-elle en fronçant les sourcils.
-Tu fais des cachotteries à ta soeur, Loulou ? "
Dominique grinça des dents en entendant Barney infiltrer la conversation mais elle ne lui fit pas l'honneur de se retourner vers lui. C'était décidé, elle arrêtait de lui livrer des occasions de la ridiculiser en lui donnant trop d'importance. Louis sourit à Barney qui se balançait sur les pieds de sa chaise pour le voir derrière Dominique.
Le vent balayait l'air chaud marin autour des tables aux pieds plongés dans le sable brûlant qui allait lui aussi se loger un peu partout. La grande majorité des invités avaient cédé leurs chaussures de ville et leurs hauts talons à une bonne vieille paire de tongs, nettement plus accommodantes. Le soleil avait dépassé les zéniths depuis une heure mais il persistait à taper sans merci sur la mer de chapeaux et les parasols magiques qui protégeaient bien heureusement les neurones des invités. Ils étaient postés sur une petite colline sableuse et avaient une vue plongeante sur la mer qui s'étendait à perte de vue, azur et scintillante de mille feux.
" Rien de méchant, Barney, le rassura Louis. Mais..., il reporta ses yeux sur Dominique, je suis sûr que tu l'adoreras !
-J'aime pas trop les gens en retard...
-Il a une bonne raison, je t'ass... "
Il cessa de parler, la bouche mi-ouverte tandis que Dominique le dévisageait, pas vraiment sûre d'avoir entendu correctement. Elle sentit vaguement Barney se retenir à son épaule, tirant un peu sur ses cheveux, pour éviter de tomber en arrière sur sa chaise. Louis s'éclaircit la gorge et répéta :
" Je t'assure qu'il a une bonne raison. "
Rompant sa promesse qu'elle s'était faite, elle jeta un coup d'œil à Barney qui avait l'air encore bien plus atterré qu'elle. Sa tête la fit rire et elle secoua la tête, avant de se retourner vers Louis qui attendait sa réaction, incroyablement serein pour quelqu'un qui est en plein coming-out.
" Et il s'appelle comment, ce veinard ?
-Walter, il est dans ma classe.
-Rose et Albus sont au courant ? "
Louis rougit alors, en baissant le menton, et Dominique comprit que la réponse était oui. Elle fut une seconde triste que Louis ait cru bon d'attendre si longtemps avant de lui avouer mais, d'un autre côté, elle imaginait combien ça pouvait être dur d'avouer son homosexualité à sa famille. Combien d'histoire de relations complices brisées, de fils reniés et d'albums de familles brûlés ? ça n'arrive pas toujours qu'aux autres.
Elle passa la main dans les cheveux blonds de son petit-frère, si gentil et si adorable, et il redressa le menton. Elle lui sourit avec affection.
" Tu devrais aller le dire à Vic et aux parents... que ton Walter n'arrive pas comme un cheveu dans la potion, ça pourrait pas lui plaire des masses.
-Tu as surement raison, concéda Louis. Merci, Dom. "
Il la prit dans ses bras et Dom s'étonna bizarrement, tout en le serrant contre elle, que ça ne la choque pas plus que ça, que ça ne brise rien entre eux. Elle se sentait pas plus différente envers lui que quelques minutes auparavant. C'était Louis, Loulou, son petit frère chéri. Elle avait connu plusieurs personnes qui n'avaient rien contre l'homosexualité, en principe, mais qui refusait que ce soit leur père, leur meilleure amie, leur fille... leur frère. Louis lui glissa à l'oreille qu'elle était une grande soeur géniale et qu'il l'aimait très fort avant de la lâcher et de se lever pour aller demander à Vic s'il pouvait lui parler en privé. Les autres étaient plongés dans des particules de conversations bruyantes. Surtout celle de Rose, Albus et James, à la droite de Dominique.
" On aurait peut-être dû le voir venir..., remarqua Barney.
-Pourquoi ? lâcha-t-elle avec dérision. Parce qu'à dix-huit ans, il avait jamais eu de copine ?
-Bah euh... ouais ?
-Y'a un truc qui va pas avec Louis ? leur dit Teddy, de sa place de l'autre côté de la chaise délaissée de Victoire. Vous savez de quoi il veut parler à Vic ?
-Au contraire, répliqua Dominique en se resservant du taboulé. Tout va bien avec Louis, tout va toujours bien pour lui. "
Louis n'était pas le genre de personne à qui on demandait pourquoi, de qui on exigeait des explications. Il était intelligent et terre-à-terre, pragmatique, il savait ce qu'il faisait. D'apparence, on le pensait fragile et faible mais il n'était ni l'un, ni l'autre. Il avait beau être son petit frère, Dominique ne s'inquiétait pas pour lui. Il était tout simplement la combinaison d'une multitude de magnifiques contradictions qu'on ne devinait pas au premier regard et c'est ce que Dominique trouvait de plus beau chez lui.
" Bah alors, qu'est-ce qu'il lui dit ?
-Juste une bonne nouvelle, Lupin. Arrête de me souler et prends du taboulé. "
xOxOxO
" Non, je veux pas !
-Dominooooo, allez, ça va être drôle ! C'est la tradition, tu peux pas y couper !
-Et imagine si tu l'attrapes, Dom, tu seras la prochaine !
-En plus, j'suis quasiment sûre d'avoir lu quelque part que si t'essayes pas, bah tu te marieras jamais !
-Ah tiens ! Enfin, une bonne nouvelle ! "
Dominique ne le pensait pas sérieusement mais elle fut satisfaite d'être récompensée par la mine outrée de Roxanne qui, dans sa grande robe de princesse débarquée du plus fantastique des contes de fée. De part en part de la toute nouvelle mariée, se trouvaient Victoire, dans une longue robe fourreau bleu pastel, et Sue, et toutes trois ne comptaient pas reculer. Dominique roula ses yeux azur avec irritation et croisa les bras, ferment décidée à ne pas capituler.
" C'est naze et bidon, ok ? Y'a toutes les chances pour que ta tante Brooklyn me tombe dessus et m'écrabouille ! Ou qu'on m'arrache les cheveux, ou qu'on me pète la gueule parce que je l'aurais attrapé, ce foutu bouquet ! Ou alors que je me torde la cheville, ou que...
-Sois pas mauvaise comme ça, Domino ! Ma tantine ne va pas te tomber dessus, enfin ! "
Dominique tourna la tête vers la masse de filles et jeunes femmes qui étaient déjà agglutinées, plus bas sur la plage, au pied des vagues. Au coeur de ce rassemblement, la tante de Roxanne, la trentaine bien tassée, noire de peau et bien en chair, avait tout l'air de faire des échauffements. Le soleil cognait très fort sur leur tête et Dominique, bonne âme, soumettait l'hypothèse que c'était un début d'insolation qui les rendait si agressives. On aurait dit une meute de cerbères enragés, grognant, trépignant sur leurs petites pattes nerveuses et de la bave coulant de leurs babines gélatineuses. Et comment réagissaient des cerbères, quand on lâchait une perdrix, hein ?
" Et d'abord, c'est pas avant le repas qu'on fait le lancer de bouquet ?
-Le ventre vide ?! s'insurgea Sue.
-Ecoutez, je m'en fous, c'est MORT ! N'insistez pas, je le ferai pas ! A tous les coups, je vais bousiller ma robe et niquer ma coiffure, et...
-J'ARRIIVE, LES FIIILLES, J'ARRRIIIIIVE ! "
Véritable fusée, James déboula entre les quatre filles et saisit au passage le bras de Dominique, et l'emporta avec lui vers les autres filles. Dominique dérapa dans le sable et manqua de peu de se payer un parasol en pleine poire mais elle parvint à ne pas tomber lamentablement, suivant tant bien que mal James qui continuait à courir comme un dératé droit sur la mer, projetant des vagues de sables à chacune de ses foulées. Dominique criait, et derrière elle, Victoire et Sue courraient en riant. Ils arrivèrent à bon port par miracle... à ceci près que Dominique fonça droit sur Lucy qui tomba en arrière, les fesses dans le sable trempé. La vélane ricana avec mesquinerie tandis que les vagues arrivèrent pour rajouter un peu d'eau salée au postérieur de Lucy qui fusillait avec rage sa cousine des yeux.
" Pfou, fit James, ignorant Lucy qui se relevait en jurant à côté d'eux. Juste à temps ! Prêtes, les filles ?
-Mais, Merlin, James ! s'exclama Lily avec colère. Qu'est-ce que tu viens foutre là ? Les mecs n'essayent pas d'attraper le bouquet !
-Ah ouais ? Et pourquoi ça ? C'est l'égalité des sexes, maintenant, hors de question que j'me fasse refouler !
-Je te jure, crétin, si jamais tu me pousses...
-Tss, tais-toi, je me concentre ! "
Le brun effectua des moulinets des épaules et des poignets, en trottinant sur place, s'attirant les foudres de Brooklyn qui ne voyait pas d'un bon oeil l'arrivée d'un concurrent de taille. Dominique se bidonna gaiement d'un tel spectacle mais prit soin de s'écarter largement de son meilleur ami, elle le connaissait trop bien. C'était un rugbyman qui n'attendait que le coup d'envoi. Dominique préféra aller aux côtés de sa soeur et enrouler son bras au sien. Victoire lui sourit et Rose se retourna seulement pour échanger un regard entendu avec Dominique, pour lui faire savoir qu'elle n'était pas plus heureuse qu'elle d'être là. Mais Rose faisait toujours des efforts, la preuve résidant dans sa tenue. Elle qui abhorrait les jupes et les robes était vêtue d'une longue robe à bretelles, tout en simplicité, certes mais d'un joli jaune pâle qui lui tombait jusqu'aux orteils.
" Ok, les copines ! Etes-vous fin prêtes ?
-OUIIII. "
Le cri de James balaya toutes les voix féminines, autour de lui. Ils ne formaient qu'une mer de cheveux de toutes les couleurs qui dansaient fougueusement avec le vent, une mer de tissus de toutes les robes et du costard de James et une armée de pieds que les vagues mordaient à un rythme langoureusement. A quelques mètres en amont, de dos, Roxanne les épiait très sérieusement, dans son imposant attire de femme mariée, ses cheveux crépus enfermés dans un chignon sophistiqué, par-dessus son épaule dénudée. Derrière elle, les invités les regardaient, encore à table pour la plupart. Beaucoup avaient sorti des appareils photos pour immortaliser la bataille qui allait exploser sur la plage.
" A trois, d'accord ? annonça-t-elle en criant pour battre le vent. Un... Deux... Deux et un quart...
-WEASLEY ! vociféra Dominique. Si tu oses...
-Deux-et-demi-deux-trois-quart, lâcha-t-elle à toutes vitesse avant de crier, ET TROIS ! "
De toutes ses forces, elle catapulta à deux mains le bouquet par-dessus sa tête et la meute de cerbère partit au quart de tour, se bousculant comme dans les pires samedis après-midi de soldes où il n'y a plus ni quartier, ni politesse. Mais ce fut le vent qui attrapa le bouquet et le réexpédia sans cérémonie vers l'intérieur de la plage, droit vers les tables. James bondit, poussant sans pitié Lily et deux autres filles, en avant comme un buffle mais Brooklyn plongea et lui saisit les chevilles et il s'étala de tout son long, la bouche ouverte dans un beuglement se vautrant dans le sable. Dominique et Victoire furent elles aussi éjectées sur le côté par d'autres et faillir bien tomber. La première poussa un cri de douleur, se rattrapant de justesse à son aînée. Les plus robustes qui étaient encore sur pieds courraient à un rythme effréné derrière le bouquet qui volait vers les tables.
Le bouquet tomba sur la table des "cousins" qui étaient à moitié désertée, puisque toutes les filles à l'exception faite de Molly que Roxanne avait trouvé trop jeune, du haut de ses quinze ans, pour essayer d'attraper le bouquet. Les femmes, Lucy en tête, fonçaient droit sur la table mais Teddy fut bien plus rapide et s'empara du précieux bouquet. Un brouhaha scandalisé demandaient de récupérer le bouquet mais il les ignora royalement et le tendit à Molly qui était assise à deux chaises de lui.
" Je crois bien que le destin voulait que toi, ma puce, déclara-t-il avec un clin d'oeil.
-Quoi mais je... ? bredouilla-t-elle, rouge pivoine.
-Prends-le, Molly ! Merlin s'est donné un mal de chien déjà pour te l"envoyer, il a traversé toute la plage en sens inverse ! plaisanta Albus.
- Et il s'est mis à dos toutes les furies les plus cinglés du coin ! renchérit Teddy.
-Oui, vas-y, il est pour toi, Molly, " insista Louis.
Molly finit donc par accepter le bouquet avec des mains tremblantes d'embarras et d'excitation. Il sentait bon la mer et l'été. Les femmes continuèrent à râler mais personne ne faisait vraiment attention à elles. Soudain, Charly fut derrière la chaise de sa plus jeune nièce, sa coéquipière de jeu avec qui il avait bien failli gagner. Il posa une main sur son épaule et elle leva ses yeux gris vers son oncle, une amorce de sourire timide aux lèvres.
" Joli bouquet, lui dit-il.
-Je suis même pas majeure, répliqua-t-elle. Comment est-ce que je pourrais être la prochaine à me marier ?
-Tu seras peut-être pas la prochaine, concéda-t-il. C'est peut-être juste un bon présage... "
Elle sourit pour de bon, des pépites de joie dans ses yeux quand elle les rabaissa sur son bouquet. Sa grande soeur Lucy s'approcha alors pour la féliciter et sentir elle aussi les fleurs.
Roxanne regardait avec de grands yeux les corps étendus des pauvres participants de son lancer. James recrachait avec dégoût le sable qui crissait dans sa bouche, sans écouter les insultes que lui criait Lily, enchevêtrée au sol dans les robes des deux autres filles qui l'avaient accompagnée dans sa chute. Mais elle savait que le pire restait encore à venir lorsqu'elle aperçu Dominique qui semblait bien gémir de douleur, contre Victoire qui essayait de la réconforter. Elle commença à descendre vers les deux soeurs vélanes et s'adressa à sa meilleure amie.
"Domino, ça va ?
-NON, putain, ça va pas ! Je me suis tordue la cheville ! Je vais te tuer, je jure que je vais te tuer ! "
