On s'approche de la fin petit à petit ! Encore quelques disputes pour remettre d'équerres les relations déséquilibrées, et ça devrait aller tout seul après !

Gros bisous à thedevilofSlytherin qui est toujours là malgré mes publications aléatoires ! Merciii 3


Chapitre 22 : Peut-être bien que cette fois...


Le lendemain du mariage, à neuf heures, Dominique et Victoire dormaient encore à poings fermés dans leur lit. Le fin drap couleur Lila s'emmêlait à leurs jambes, et leurs longs cheveux blonds et roux se croisaient sur le matelas. Par la fenêtre grande ouverte, la brise tiède d'Ilerrante venait faire danser quelques mèches mais ça ne semblait gêner le sommeil ni de l'une, ni de l'autre. Bercées par le chant des oiseaux et la rumeur des vagues et du vent, elles commençaient cette belle journée de la meilleure façon possible, par une revigorante grasse matinée.

Cela dit, il y a bien des façons merveilleuses de débuter une journée…

Un vacarme de tous les diables effraya soudainement les oiseaux devant la fenêtre et couvrit le bruit de la nature de l'île enchantée, Dominique se redressa quasiment dans l'instant même, les yeux à peine ouverts, le front plissé de mécontentement et la bouche entr'ouverte, fin prête à réduire en bouillie la source du dérangement. Elle mit quelques secondes avant de localiser la tête souriante de Barney par la fenêtre.

« Salut, mon rayon de soleil ! ironisa-t-il. Bien dormi ?
-Tu fous quoi, là ?! s'exclama-t-elle, estomaquée. C'est ta moto qui fait tout ce bordel ?
-Nan, nan, c'est mon ventre.
-Tu te trouves drôle, Rodriguiz ?!
-Humm… Dommm, ferme la fenêtre, grommela Victoire dans un semi-sommeil, y'a les voisins qui passent l'aspi… rateur… »

Dominique baissa une mine interloquée sur sa grande sœur. L'aspirateur ? Il serait grand temps que Victoire déménage. Habiter dans un appartement dans un immeuble totalement moldu l'avait déjà intoxiqué.

« Je vais te la fermer, moi, cette putain de fenêtre, tu vas voir…, répondit Dominique en quittant leur lit. »

Elle se dirigea, le pas agressif, vers Barnabé qui, sur sa moto et une main sur le guidon, était toujours là, devant leur fenêtre, un sourire tout ce qu'il y a de plus arrogant aux lèvres. Ses yeux tombèrent quelques secondes cependant sur les jambes nues, à l'exception du minuscule shorty qui faisait office de pyjama, de Dominique et celle-ci accentua son déhanchement avec un haussement de sourcil quelque peu provocateur. Mannequin et vélane, Barney chéri, semblaient se moquer ses yeux azure, je vois que ça te revient, maintenant. Et puis, Barney se mit à rire et elle eut envie de l'étrangler, et de retourner se coucher pour dormir, toute la journée durant.

Elle agrippa les deux battants de la fenêtre avec colère.

« FOUS-MOI LE CAMP, ABRUTI ! cria-t-elle par-dessus tout le bruit de sa moto volante.
-Attends, princesse ! l'arrêta-t-il en riant toujours.
-Quoi ?
-Je voulais faire un tour autour de l'île, et je me suis dit que ça t'intéresserait peut-être.
-Tu me proposes de venir avec toi ? s'étonna-t-elle.
-C'est ça. Alors, t'en dis quoi ? »

Elle ne s'attendait pas à ça. D'habitude, c'était Victoire ou une autre de ses amies qu'il emmenait se promener, ici ou ailleurs, qu'il faisait monter derrière lui sur sa précieuse moto. Ou alors, l'une de ses conquêtes d'une semaine ou d'un mois ou deux, mais pas Dominique, oh là, non, jamais elle. Les fois où elle était montée sur sa moto tenaient sur les doigts d'une main, et encore ce n'était arrivé que lorsqu'elle l'avait tanné pendant des heures, et ça remontait au minimum à deux ans. C'était toujours elle qui devait sonner à sa porte, toujours elle qui devait prendre l'initiative pour passer un moment avec lui. Et plus d'une fois, elle avait essuyé un refus. Dans son planning d'aventurier surchargé, il avait toujours autre chose de plus important à faire, il n'y avait pas beaucoup de place pour elle – et surtout pas sur sa moto-, la p'tite poupée capricieuse qui faisait tâche dans son paysage de baroudeur. Elle s'y était plus ou moins faite avec le temps, et voilà qu'il se pointait un bon matin à sa fenêtre pour l'emmener en virée. Bizarrement, après tout ce qui s'était passé entre eux, ces derniers temps, elle avait du mal à y croire.

« Et tu pouvais pas attendre cet aprèm ? râla-t-elle pour la forme. J'ai autre chose à faire à 9h du matin que de risquer ma vie sur ta moto à la con, Barney !
-Vas-y, Dom ! intervint alors Victoire, du lit. Je suis sûre que vous passerez un super moment ! »

La remarque de Victoire dessina un sourire ravi sur le visage de Barney et Dominique leva les yeux d'exaspération, à peine étonnée que Victoire encourage l'idée de son ami d'enfance. Sa grande sœur le supportait dans toutes ses décisions, de toute façon, même quand il décidait d'aller faire le tour du monde pour la quarante-et-unième fois. Elle était généreuse, Victoire, elle voulait bien le partager avec la planète Terre. Pas Dominique.

« Très bien ! fit-elle mine de capituler –comme si elle avait songé une seule seconde à refuser. Mais je vais me préparer, avant !
-Ouais, bah fissa, poupée. Je vais pas t'attendre pendant dix plombes, j'te préviens. »

Et sur ce, il fit gronder sa moto d'un coup de poignet et il s'en alla dans les airs, dans un rugissement de moteur. Dominique fusilla du regard la fenêtre qui ne donnait plus que sur la plage dorée, le ciel incroyablement bleu et les oiseaux qui passaient de l'un à l'autre.

« Quel connard, grinça-t-elle.
-Je sais qu'en vérité t'es folle de joie, Dom, rit Victoire. Et puis, il veut juste que vous vous réconciliez, après toutes vos disputes, ces derniers jours.
-Tu veux surement dire, cette dernière décennie ?
-Rhooo, Dom…
-Bon, recouche-toi, Vic, je vais me préparer pour l'autre chieur ! »

La rouquine entra dans la salle-de-bain et ferme la porte sur les rires de sa grande sœur, et ce n'est que lorsqu'elle alluma l'eau de la douche qu'elle se permit de sourire à la perspective du reste de la journée. Peut-être que…

xOxOxO

Claire lisait Vogue sur la terrasse, de grandes lunettes lui mangeant une bonne partie du visage, une tasse de café fumante à côté d'elle lorsqu'une moto pétarada tout près d'elle, semblant descendre tout droit d'un des rares nuages qui occupaient le ciel. Elle tourna une page avec irritation mais attendit que le moteur cesse son raffut avant de faire tout commentaire.

« Qu'est-ce que tu viens faire tout ce foin, Barnabé, et salir ma terrasse avec ton fichu engin ? Tu n'avais qu'à atterrir directement sur la table, tant que tu y étais.
-Bonjour à toi aussi, Claire ! »

Il secoua la tête avec dérision, reconnaissant le fameux caractère flamboyant des femmes Delacour. Dominique avait de qui tenir, ça c'était certain. Il s'avança vers elle et lui embrassa la joue, elle lui jeta un regard soupçonneux.

« J'imagine que t'es là pour ma petite-fille, dit-elle en remuant sa baguette, qui était posée sur la table à côté de son café. Où l'emmènes-tu encore ?
-En ballade, ma chère Claire, répondit-il en s'asseyant en face d'elle.
-Ton charme rital n'a aucun effet sur moi, merdeux.
-Oh, Claire, toujours la carte de la femme inaccessible… »

Alors qu'une tasse de café passait l'ouverture perlée de l'entrée de l'immense maison de Claire et allait se poser devant Barney, elle lui sourit. Ah, Barnabé, quel numéro. Elle l'avait connu, avant même qu'il ne naisse, quand il donnait des coups au ventre de sa pauvre mère. Ses sourires de bébé, ses empreintes de pieds dans le sable mouillé, toutes ses bouées, son excitation avant qu'il ne parte pour Beaux-bâtons, ses bulletins aux notes parfois étonnamment bonnes –mais souvent passables-, sa première veste en cuir, les après-midi qu'il passait à bichonner sa moto, ses disputes avec son père, ses batailles d'eau avec son petit-frère, ses escapades avec Victoire, oh elle avait tout vu. Et quand elle n'était pas là pour le voir, sa mère, son père, Gaston, Victoire, Dominique, Louis, ils lui disaient tout. Ilerrante était une petite île et les Rodriguiz étaient tous fous d'elle. Même s'il le voulait, Barnabé ne pourrait pas avoir de secret pour Claire Delacour. Alors, elle savait bien quel petit con attachant il était, combien il manquait à tous quand il partait, mais que rien, ni personne n'arrivait à le convaincre de rester. Mais alors que les autres s'endormaient en posant leur rêves sur l'oreiller, lui, sautait sur sa moto et les vivait, ses rêves, et pour ça, il fallait ce mélange d'égoïsme et de courage que Claire trouvait assez incroyable.

Après quelques minutes de silence occupés à boire leur café en profitant du soleil, Claire reposa sa tasse.

« Quand est-ce que tu repars ?
-Tu veux déjà que je reparte ?
-Ne joue pas à ces p'tits jeux là, avec moi, Barnabé. »

Barnabé perdit son air léger et taquin pour répondre sérieusement, tout en se grattant sa barbe de quelques jours :

« Je ne sais pas encore. »

Claire acquiesça et reprit son magazine pour finir son article. Barnabé s'installa plus confortablement dans la chaise, hésitant un instant à percher ses bottes sur la table mais décidant que finalement quelques minutes de confort ne vaudraient pas les maléfices que la grand-mère Delacour lui lancerait aussitôt.

« Peu importe où tu vas, mon grand, dit alors Claire d'une voix égale. N'oublie pas d'où tu viens, ni qui t'attend à la maison. Tu peux essayer autant que tu veux de changer ça, tu seras toujours un garçon d'Ilerrante.»

Les yeux de Claire ne quittèrent pas un instant ses pages modes, même lorsque Barnabé braqua son regard noir et perçant sur elle. Il serra les dents, fort, et se raidit, dans la seconde.

« Ca, c'est ce que vous croyez, tous, rétorqua-t-il, lentement et sèchement. Parce que ça vous rassure de croire ça. Mais ça fait longtemps que j'suis plus un garçon d'Ilerrante. »

Claire lui jeta un simple coup d'œil qui en dit bien assez sur le fond de sa pensée et retourna à ses pages. Il eut un bref rire jaune et détourna les yeux pour fixer le cocotier le plus proche, et tous deux acceptèrent le silence froid qu'ils avaient provoqué.

Les minutes s'écoulèrent tandis que le soleil montait petit à petit dans le ciel, et la tension diminua sans que l'un, ni l'autre ne s'en rende compte. Puis, une petite rousse fit tinter le rideau de perles et Claire se retourna, ouvrant de grands yeux à l'arrivée si matinale de sa petite fille. Déjà toute habillée et coiffée. Elle jeta un coup d'œil à sa montre, il était neuf heures cinquante. Elle allait lui demander ce qu'elle faisait déjà debout, quand Barnabé la devança, se levant de sa chaise.

« Ah bah enfin ! s'exclama-t-il. Je t'avais dit de te dépêcher !
-Commence pas, Rodriguiz !
-Dominique ?! s'écria Claire en se tournant vers le brun. Cette petite-fille-là ? Je croyais que tu parlais de Victoire ! Qu'est-ce que tu vas faire avec Dominique ?! »

Barney se contenta de hausser les épaules nonchalamment et se dirigea sans attendre vers sa moto, tandis que Dominique lança un regard offensé à sa grand-mère mais celle-ci n'y attacha pas plus d'importance. Elle ne répondit pas plus au geste d'au-revoir que Dominique lui adressa, ni quand elle lui dit qu'elle ne savait pas quand ils rentraient, et de passer une bonne journée. Claire était bien trop préoccupée par la scène devant elle, et la regarda suivre Barney et s'assoir derrière lui, sur sa maudite moto. Toute jolie dans sa mini-jupe légère aux motifs aztèques et au court top noir, et ses longs cheveux roux réunis en une splendide natte indienne. Claire aurait voulu la rappeler, lui dire de descendre de cet appareil diabolique et de revenir auprès d'elle, parce qu'elle savait bien reconnaître une fille amoureuse quand elle en voyait une. Surtout si c'était sa petite fille.

Mais ils décollèrent et Claire les regarda s'éloigner dans le ciel.

« Oh ma pauvre chérie…, soupira-t-elle au vide autour d'elle, tu sais que ça ne peut pas bien finir. »

xOxOxO

« Et ils sont partis faire quoi ?
-Se balader autour de l'île, répondit Victoire en souriant à Ted qui s'asseyait près d'elle, dans la balancelle qui planait magiquement au-dessus du sable. Je suis sûre qu'il veut se rattraper auprès d'elle, parce qu'il est pas toujours très attentif avec Dom…
-Il l'est pas beaucoup plus avec Louis.
-Oui mais Louis, c'est pas pareil… Louis n'a pas besoin de lui comme Dom. »

Elle eut un petit sourire en haussant une épaule, l'air de dire « c'est comme ça » et Ted soupira en opinant du chef. Le soleil continuait sa montée habituelle dans le ciel, et les nuages s'écartaient solennellement sur son passage, trop effrayés surement de partir en fusion sous son aura brûlante. Le sable était déjà brûlant, sous leurs pieds, et Victoire était reconnaissante de l'ombre que leur prodiguait le petit toit de tissu de la balancelle, les sauvant tous deux d'une insolation.

Il était dix heures trente et pourtant, ils étaient les seuls déjà debout. De ceux qui étaient resté dormir, il n'y avait bien que Hugo et Molly qui barbotaient dans l'eau, et Claire qui faisait un peu de ménage à l'intérieur, aidée par Hermione et Harry. Les autres recouvraient de la veille, avec son flot d'alcool et sa nuit blanche.

Teddy passa un bras autour des épaules de Victoire en fermant les yeux, l'attirant contre lui comme s'il avait fait ça toute sa vie et pourtant elle se rappelait encore de toutes ses années où il n'avait fait que la repousser, et la tenir à distance. Se mordillant pensivement la lèvre, elle l'admira. Ses cheveux étaient blond cendré, comme lorsqu'il était paisible et laissait ses pouvoirs se reposer, alors la génétique reprenait le pas et le bleu turquoise s'effaçait. Victoire préférait le bleu turquoise mais ça faisait du bien de le voir comme ça, blond et les yeux fermés, les traits détendus. Il était tellement beau que c'en était injuste. Même dans leurs pires moments, même quand sa vision était abimée par les larmes salées, il était toujours resté aussi parfait, aussi magnifique. D'une certaine façon, ça faisait plus mal encore. Elle baissa les yeux sur la main de Teddy qui lui caressait la cuisse doucement et poussa un faible soupir qui passa superbement inaperçu. Enfin, le crut-elle.

« Je sais qu'il faut qu'on parle, Vic, dit-il sans ouvrir les yeux, pour autant. »

C'était tellement absurde. Il lisait en elle comme un livre ouvert, il devinait l'expression de son visage les yeux fermés et comprenait instantanément le sens de chacun de ses silences, et elle… oh elle était toujours aux portes closes de son esprit. Juste au seuil, les mains s'acharnant sur la poignée, la tordant, battant le bois rêches et si hermétiques du poing, suppliant qu'il la laisse entrer, et il n'y avait rien à faire. Elles restaient à jamais fermées et elle était coincée dehors. Par vent, par pluie –Merlin, il pouvait y avoir une tempête !-, elle était clouée sur le pas de la porte d'entrée, à l'attendre.

Aujourd'hui, elle avait de la chance, il faisait beau.
« On n'est pas obligé de parler, répondit-elle doucement. »

Une seconde passa avant qu'il ouvre mais dès qu'il les ait eu ouvert, c'étaient deux prunelles bleus marines, flirtant avec le noir, qui s'accrochaient comme des harpons aux siens et elle en eut le souffle coupé. Ses cheveux avaient viré eux aussi au gris foncé et son cœur chavira, parce qu'elle ne connaissait que trop bien les sautes d'humeur de Teddy. Oh, elle ne les comprenait jamais, mais elle les connaissait.

Son bras se rétracta de ses épaules et il se recula un peu, se redressant et devenant tellement plus grand qu'elle que c'était comme si, en un instant, un gratte-ciel avait surgit du ciel et s'était élevé jusqu'au ciel.

« T'es sérieuse ?!
-Teddy, je…
-Non, Victoire ! s'exclama-t-il rageusement en se levant de la balancelle. T'es vraiment incroyable, tu le sais ça ? »

Pétrifiée, le cœur pompant son sang comme une machine à plein régime, elle le regarda piétiner le sable devant elle comme s'il se retenait de frapper quelque chose, de tout casser et tout ce qu'elle pouvait faire c'était se retenir de pleurer. Toutes leurs disputes à travers les années re-crevaient la surface de et bon sang, elle se noyait dans ses souvenirs.

« Tu veux pas qu'on parle, donc, on parle pas, pas de souci, c'est ça ?
-Teddy, s'il-te-plait…
-S'il-te-plait quoi ? Hein, Victoire, qu'est-ce que tu me demandes ?
-Je te demande rien. »

Il était désormais immobile, debout, devant elle, ses cheveux toujours aussi gris et ses yeux noirs. Et elle se forçait à soutenir son regard, toujours assise sur la balancelle, pour le convaincre qu'il n'y avait aucune raison pour qu'il s'énerver. Que c'était la dernière chose qu'elle voulait, qu'elle n'avait jamais voulu tout ça. Elle était tellement fatiguée de se déchirer –enfin… c'était lui qui la déchirait, coup après coup, l'avait-elle une seule fois seulement froissé ?

« Je ne t'ai jamais rien demandé, reprit-elle, la gorge nouée. Et je t'ai pardonné pour… pour Lucy.
-Tu m'as pardonné, répéta-t-il, comme un écho, avant de secouer la tête et de se retourner, la main dans les cheveux, oh putain…
-Pourquoi tu es si énervé ? »

En un instant, il lui faisait à nouveau face et ses yeux étaient rouge sang, alors elle fixa son attention sur son torse parce que ça faisait presque physiquement mal de croiser son regard quand il était comme ça. Et oh, tout s'écroulait autour d'eux. Une voix désespérée s'éleva dans la tête de Victoire, lui demandant quand est-ce que ça s'arrêterait. C'était toujours le même disque qu'ils repassaient, la même litanie suicidaire. Il devait y avoir une rayure quelque part.

« Tu m'as pardonné ? Vraiment ? s'enquit-il, incisif.
-Oui, je te pro…
-Victoire, la coupa-t-il. Je ne me suis même pas excusé. »

Elle reçut la remarque comme un électrochoc et releva les yeux sur les siens qui étaient retournés à leur bleu tempête. Que voulait-il qu'elle lui réponde exactement ? Que cherchait-il ? Merlin, qu'est-ce qu'il attendait d'elle ?! L'incompréhension lui faisait vibrer les neurones, lui donnait mal au crâne et… elle fut surprise de ressentir de la colère. Un tout petit peu, juste une pointe mais qui piquait, juste là, entre son cœur et sa gorge, juste un nerf qui fourmillait dans ses doigts.

« Et alors ? Toi et moi savons parfaitement que tu ne t'excuses pas. »

Jamais –JAMAIS. Pas une SEULE fois.

« Précisément, lui rétorqua-t-il. »

Un hoquet dédaigneux lui échappa, puis un rictus moqueur. Oh, ses doigts tremblaient. Il était si… il avait un tel toupet… oh Merlin, il n'y avait même pas de mot…

« Je saute ta putain de cousine derrière ton dos, tu l'apprends et qu'est-ce que tu fais ? Tu ne dis rien à personne ! Noooope, tu vas te réfugier chez Mamie !
-Ted, sérieusement, arrête ou…
-Et oh, tu me fais la gueule pendant allez quoi, deux semaines ? Enfin, la gueule… plus ou moins, si on compte pas ce soir-là sur la plage, bien sûr… »

Elle allait le tuer –ou au moins le gifler. Ouais, elle allait carrément le gifler. En pleine figure.

« Et maintenant, tu me pardonnes ! Tu ne veux même pas en parler, oh non, tu me reprends dans la seconde ! Wow, ma puce, tu es fantastique… à ce stade, c'est même du véritable génie. Du génie de connerie. C'est…
-Va te faire foutre ! éclata Victoire en se levant à son tour. C'est ce que tu veux, c'est bien ça ? Et bah, va te faire FOUTRE ! »

L'incroyable chevelure blond argenté de Victoire dansait dans les airs et Teddy ne savait trop si c'était le vent de la plage, ou la colère qui alimentait la magie vélane, ou une autre réaction bizarre de ce type, mais il fut un moment subjugué. Puis, il se mit à sourire, ce qui n'était certainement pas une bonne idée puisque Victoire poussa une exclamation furieuse et l'attrapa par son tee-shirt, des deux mains.

« Ca va durer encore longtemps, hein, Teddy ? Tout ce merdier ?! Tes « je t'aime, moi non plus » ? Ton petit jeu tordu du chat et de la souris ? Parce que j'en ai ras le bol, sérieusement, j'en ai vraiment marre ! Si on était un couple normal, on pourrait déjà être marié ! Merlin, on aurait surement deux enfants ! Mais non, hein ! Nous, on arrive à peine à vivre ensemble sans que tu me trompes, dès que je m'absente ! Avec ma cousine ! DANS MA PUTAIN DE BON DIEU DE CHAMBRE ! Oh et Merlin, surement dans ma douche et sur mon… »

Elle grimaça, un sanglot poussant contre sa gorge, hurlant pour sortir, et les larmes s'agglutinant, piquantes, dans ses yeux, et elle aurait surement tout laissé jaillir, mais Teddy posa ses mains sur les siennes, sur son t-shirt, et elle s'arracha à lui, gardant tout à l'intérieur. Elle se détourna, essuya son début de pleur, et secoua la tête, s'imposant le calme. Il voulait qu'elle s'énerve, ça au moins elle l'avait compris. Provocation après provocation, c'était tout ce qu'il attendait. Et il avait réussi, comme toujours, à obtenir ce qu'il désirait d'elle, c'était presque trop facile. Mais elle était passée mettre dans l'art de se contrôler. Les yeux fixés sur les murs couleur sable de la villa et ses grandes fenêtres, et son toit qui brillait de mille feux sous le soleil, elle reprit la parole.

« Pourquoi tu m'as fait ça, Teddy ? Comment as-tu pu me faire ça ?
-Parce que je suis un connard. »

Brutalement, elle tourna la tête vers lui et planta un regard acéré dans le sien. Elle n'aurait pas été si furieuse, elle aurait surement été surprise de le voir déglutir. Oh, il avait voulu qu'ils parlent, il allait parler.

« Tu crois que ça va suffire comme réponse ?
-Pourtant, c'est la vérité, répondit-il avec un renouveau de colère dans ses yeux. T'es trop gentille avec moi, tellement indulgente, comme tous les autres ! vous croyez que je l'ai pas compris ? Que vous me passez tout parce que mes parents sont morts à la guerre et que je les ai pas connus ?
-Alors, c'est de notre faute ? répliqua-t-elle avec incrédulité. »

Elle rit, avec cette ironie mordante, de cette façon si peu Victoire, que Teddy en grimaça. Mais elle s'en fichait, elle avait passé ce stade. C'était lui qui avait mis le feu au poudre, et tout en elle bouillonnait, des voix en elle lui réclamait du sang et des flammes, des cris et des coups de griffes. En cet instant, elle voulait tout détruire, changer le sable sous leur pied en braise pour que tout s'enflamme et qu'ils brûlent de leur colère, de cette injustice monstrueuse, de ce gâchis infini qu'était leur relation. Leur jeunesse, leurs premières fois, ils avaient tout gâché.

« On est- je suis trop gentille avec toi, alors je mérite d'être traitée comme tu me traites ? Je t'aime tellement que je ferais n'importe quoi pour toi, et je suis la fautive ?! Alors, qu'est-ce que je dois faire, Teddy ? Parce que je ne vais pas devenir détestable, je ne vais pas te faire du mal pour que tu m'aimes !
-Tu n'es même pas sûre que je t'aime, comprit-il, estomaqué.
-Ca t'étonne ? Tu m'as trompée avec Lucy ! C'est un peu discutable comme preuve d'amour !
-Alors, pourquoi tu restes avec moi si tu penses que je ne t'aime pas ?!
-Parce que je t'aime !
-C'est la pire des raisons possibles.
-Donne-moi une raison, alors. »

Il serra la mâchoire tandis que ses cheveux tournaient au brun foncé, et Victoire sut qu'il se sentait pris au piège. Ce n'était pas son intention, pas une seule fois elle n'avait voulu le mettre au pied du mur. La vérité c'était qu'il avait raison, elle avait toujours pris de soin de ne pas rajouter du malheur au gouffre qui lui servait de vie mais, d'une certaine façon, elle avait toujours échoué dans cette mission. Quand ils étaient plus jeunes, il la détestait et c'était la pire des choses pour elle. Elle n'avait jamais compris pourquoi mais n'avait jamais osé demander pourquoi, bien trop effrayée qu'elle était par la réponse qu'elle aurait pu recevoir. Mais, aujourd'hui… tout était foutu, c'était était trop tard, pas vrai ? Les débris de leur relation reposaient déjà à leurs pieds. Elle voulait savoir.

« Pourquoi tu me détestais à l'époque de Poudlard ? demanda-t-elle. »

La question le prit de court et amplifia son sentiment d'impasse, Victoire le lit dans ses yeux, où le gris tournoyait avec ce mélange de vert qui n'était jamais de bon augure, mais elle ne reculerait pas.

« Pourquoi je ne t'aurais pas détesté ? rétorqua-t-il. La gamine qui était toujours dans mes pattes. »

La remarque se logea en plein dans son cœur mais elle était une habituée de cette douleur. Les années avaient déjà fait de son cœur un gruyère, les trous étaient polis depuis longtemps, ils auraient accueilli des torpilles.

« Comme si j'étais la seule. Lily, Roxanne, James… on était tous…
-Arrête, Vic, tu sais que t'étais différente, la coupa-t-il avec un sourire, doux-amer.
-Et d'un coup, ça devient un compliment ? s'étonna-t-elle. »

Elle porta la main à son front, pris d'un soudain vertige face à la situation. C'était impossible de le suivre, il disait une chose, puis sous-entendait le contraire la seconde suivante, et elle n'avait plus l'énergie, elle était à bout de force. Avec un soupir, elle retourna s'assoir sur la balancelle.

« Teddy, je… je comprends rien, d'accord ? avoua-t-elle. Je sais pas ce que tu veux, ce que tu penses, tu me parles jamais !
-Je sais, concéda-t-il en venant s'agenouiller devant elle. Je sais que je suis… invivable. Enfin, avec toi, surtout.
-Tu ne l'es pas tout le temps, c'est ça que je ne comprends pas. Tu serais toujours… méchant et agressif, et indifférent, et froid, alors… bizarrement, ce serait plus facile ! s'exclama-t-elle. Mais souvent, tu es adorable, et drôle, et attentif, et je suis complètement folle amoureuse et fière d'être avec toi, mais après, soudainement, je trouve une lettre de Lucy et je comprends que tu… as une relation avec elle, et tout s'effondre.
-Ouais…, soupira-t-il en baissant les yeux sur les genoux de Victoire.
-Et tu peux dire ce que tu veux, mais je sais que ça vient de l'absence de tes parents dans ta vie. Je sais que tout part de là, et désolée d'être si indulgente, et si gentille, mais je ne pourrais jamais t'en vouloir pour ça. Tu peux trouver ça stupide, tout le monde peut trouver ça stupide, mais c'est comme ça. »

Les cheveux de Teddy s'éclaircirent, et Victoire espéra que ses yeux, qui étaient toujours baissés, étaient touchés par le même phénomène. Elle passa une main sans ses cheveux, tendrement, comme pour le réconforter de la marée d'idées noires qui devaient lui remplir le cerveau à la seule mention de ses parents. Elle ne pouvait qu'imaginer puisque, bien évidemment, il ne lui en avait jamais parlé.

« Victoire.
-Oui ?
-Victoire, ton satané prénom. Quand on m'a expliqué ce qu'il signifiait en français, c'est là que j'ai commencé à te détester.
-Mon prénom ? Teddy…
-J'étais un gosse, ok ? J'avais cinq ans, même pas, enfin, je sais plus… mais t'étais cette fillette blonde qui me collait au basque, née le jour où...
-Tes parents ont été tué, et qu'on avait appelé Victoire pour ne pas l'oublier, poursuivit-elle en sentant ses yeux s'humidifier.
-Ouais, comme une putain de célébration. Je sais, c'est débile et injuste.
-T'étais petit et triste. »

Il leva les yeux vers elle avec colère.

« Arrête de me défendre.
-Ok, accepta-t-elle en inspirant profondément. Alors, après ? Pourquoi t'as continué en grandissant ?
-Je te l'ai dit, Vic. T'étais si gentille… si sage… si… exaspérante de naïveté et de générosité ! Tu m'adorais alors que j'étais un vrai enfoiré avec toi, et ça m'énervait encore plus.
-Ok…
-T'avais des parents qui t'adoraient, des oncles, des tantes, toute une famille…
-Teddy, ça a toujours été ta famille à toi aussi.
-Je sais que vous le considérez comme ça mais…
-C'est la vérité !
-Alors, ça fait de toi ma petite cousine ? »

Victoire ne sut si elle avait blanchi ou rougi, ou même verdit, mais elle était convaincue que sa réaction physique fut immédiate, et Teddy qui la fixait en rit un instant, amusé malgré lui par la situation. Il lui caressa la cuisse, pour soutien psychologique.

« Tu vois, ça peut pas marcher, reprit-il. Vous êtes tous adorables avec moi et j'ai été un petit con avec vous tous. Je sais toujours pas comment Harry et Ginny ont réussi à me supporter toutes ces années, mais ça sert à rien de faire semblant. Ma seule famille, c'est ma grand-mère. »

En voyant qu'elle s'était décidée de ne rien répondre, il quitta sa position agenouillée et reprit sa place à ses côtés, sur la balancelle. Des deux pieds, il poussa contre le sol et les fit balancer dans l'air de plus en plus chaud, et l'ombre de la balancelle allait et venait sur le sable. Victoire sentait la douleur s'estomper, la pression redescendre et elle sourit faiblement à Teddy.

« Je ne me suis jamais excusé parce que, outre le fait que je sois un connard, je savais surtout que des excuses ne pourraient jamais être suffisantes parce que, bon dieu, tu ne devrais pas pouvoir me pardonner pour toute la merde que j'ai pu te faire ou te dire. Et puis, Lucy…
-S'il-te-plait, ne parlons pas de Lucy, d'accord ?
-Vic, Merlin ! s'exclama Teddy. Je t'ai dit qu'il fallait qu'on en parle, c'est quand même ça le…
-VOUS DEUX ! »

D'un même mouvement, le couple tourna leur tête vers la villa où, entre les perles de la porte d'entrée, Claire était dressée, autoritaire.

« Venez préparer le petit-déjeuner de toute la smala au lieu de bavasser, les doigts de pied en éventail, sur ma balancelle ! ALLEZ, COUIK, COUIK, on n'a pas toute la journée ! »