Bien le coucou à tout le monde !

Toujours du retard mais toujours là, vous m'direz peut-être pas, mais c'est quand même l'essentiel ! xD

Sur ce, bonne lecture :)


Chapitre 23 : Le monde entier devrait avoir peur de toi


Les oiseaux se figèrent dans la végétation, leur mélodie mourant dans leur gosier. Quelque chose arrivait, rapidement, traînant derrière lui un bruit d'enfer et les airs commençaient à trembler. Ça sentait l'orage. Puis, un monstre en métal rutilant qui attrapait les rayons de soleil pour les jeter comme des éclairs déboula, et ils prirent leurs ailes à leur cou, s'envolant vers de plus déserts bouts de plage.

Avec l'assurance et l'aisance que permet l'expérience, Barney fit atterrir la moto sur un chemin de terre, de sable et de cailloux qui était bordée d'herbe d'un vert presque jaune, et sa passagère desserra sa prise autour de sa taille. Elle attendit que la moto soit parfaitement immobilisée pour en descendre, et elle reconnut immédiatement l'endroit où ils étaient. C'était le petit coin de paradis des surfeurs, les vagues étaient plus fortes et plus sauvages, ici. Une rumeur disait qu'une barque pleine de jeunes filles s'était brisé contre les falaises non loin, un soir de tempête, et que les parents des défuntes avaient jeté un maléfice à cette plage pour hanter les eaux, les rendant féroces et coupantes, dans le but de dissuader d'autres personnes de s'y aventurer. Mais il existait une seconde rumeur selon laquelle les fantômes de deux des victimes parlaient avec les sirènes des eaux, et qu'elles les incitaient à attraper les surfeurs les plus beaux pour les noyer, avec l'espoir qu'ils les accompagnent dans leur éternelle malédiction. Le plus probable était que les deux rumeurs étaient véridiques.

Toujours est-il que tous les amoureux du surf, se riant du danger, venaient ici chatouiller la chance, tenter les fougues des vagues et des sirènes. Certains sorciers-surfeurs venaient même de l'autre bout de la terre.

« La falaise maudite ? fit Dominique en époussetant, d'un air absente, sa courte jupe.
-Me dis pas que t'es superstitieuse, poupée, railla Barney après avoir coupé le moteur. »

Après un dernier regard pour le bleu très prononcé des eaux et la falaise tristement réputée de l'île, elle se retourna vers lui en arquant un sourcil.

« Y'a le fantôme de deux filles, ici, c'est pas une histoire de superstition ! A part si tu considères Mimi Geignarde comme une légende !
-Mimi quoi ? Encore un Disney ?
-Non, le fantôme d'une pleurnicheuse dépressive qui squatte les chiottes de Poudlard, répondit-elle avec exaspération. A cause d'elle, il fallait toujours qu'on aille aux toilettes du sixième étage !
-Je suis bien content d'être allé à Beauxbâtons ! rit-il. »

Il attrapa Dominique par la main et l'entraîna plus bas, vers une petite cabane pour surfeurs en bois clair, usé par le vent incessant, les tempêtes, l'eau et le sable.

« On peut pas aller ailleurs ? s'agaça la vélane. Je déteste les fantômes ! Surtout les fantômes femelles !
-Elles sont cools, ça va, détends-toi, poupée.
-C'est les petites copines des sirènes, c'est des putains de psychopathes ! Elles noieraient tous les mecs de l'île si elles pouvaient !
-Sauf qu'elles peuvent pas !
-Les sirènes peuvent, elles.
-Les sirènes sont dans l'eau, elles gambadent pas sur la plage, protesta Barney. Et en plus, elles ont la force d'une gamine de douze ans.
-Avec des griffes et des dents de dix centimètres !
-Elles sont dans l'eau, Dom ! »

Retenant une exclamation de frustration, elle regarda Barney lui lâcher la main et s'avancer vers la porte de la cabane. Il gravit les petits marches de bois de la minuscule terrasse couverte de la cabane et s'apprêta à ouvrir la porte mais, avant même qu'il n'ait pu toucher la portière, une fille la traversa, lui sautant dessus.

« AAAAHHHHHHHHH ! hurla Dominique en faisant un bond monstrueux. »

Elle manqua de se payer en pleine figure la petite pancarte qui annonçait « la cabane du surfeur » en lettres noires mais, bien loin d'alarmer les alentours, des rires éclatèrent du côté de la cabane. Barney s'était accoudé à la rambarde en bois, qui encadrait la terrasse, et ricanait, tandis que le fantôme de la fille aux longs cheveux -si long qu'ils atteignaient ses pieds flottant- gloussait en s'approchant de Dominique.

« Cathie, je te présente Dominique !
-Elle est amusante ! commenta la dénommée Cathie.
-Oh Merlin, c'est pas vrai…, grogna Dominique, plaquant une main sur son cœur qui cognait dans sa poitrine. C'est pas parce que t'es un putain de fantôme qu'il faut traverser toutes les portes qui se présentent ! Sans frapper !
-Ohh Barney-chériiii, roucoula une voix près de l'oreille de Dominique. Tu nous as ramenées une vélane… »

Dominique tourna la tête et connut la très désagréable expérience de pouvoir admirer la plage à travers le visage d'un fantôme -ô bien trop près du sien, bien réel et solide- et elle crut faire une attaque cardiaque. Avec dégoût, elle s'empressa de faire deux grands pas en arrière, sous le regard assez malsain de ce nouveau fantôme.

« Les sirènes nous avaient dit qu'il y en avait sur l'île…
-Elles sont vraiment belles, soupira Cathie, de la terrasse.
-D'une façon surréelle, approuva son amie spectrale. Un peu comme nous…
-OH mon dieu, crachota Dominique en reculant d'un pas supplémentaire. Barney ! Dis à tes tordues de copines d'aller jouer leurs vicieuses ailleurs !
-Relax, Dom, rit-il. Elles veulent juste faire la conversation…
-Barnabé, je te jure que…
-Ohhh, elle veut être touuuute seule avec notre Barnabéééé, Bernie ! chantonna Cathie en venant danser autour de son acolyte. »

Soudainement, des rires naquirent plus loin et une bande de jeunes, en combinaison de surf et tous plus bronzés les uns que les autres, sortirent du sentier, et se mirent à descendre la plage vers l'eau. Les deux fantômes s'échangèrent un regard, et Bernie laissa échapper un « des petits poissons pour nous… », et toutes deux partirent en un clin d'oeil pour plonger dans les vagues. Dominique pensait qu'elle serait soulagée de les voir disparaître mais, à la place, elle fut traversée par un frisson désagréable.

« Qu'est-ce qu'elles vont faire ? s'inquiéta-t-elle.
-Essayer de les noyer, répondit Barney en la rejoignant, devant la terrasse.
-Oh, putain…
-T'inquiète, elles n'y arriveront pas.
-Des surfeurs sont déjà morts, ici, lui rappela-t-elle.
-C'est très rare, et bien souvent la nuit.
-Et c'est sensé me rassurer ?
-Nooope, pas particulièrement.
-Barney !
-Allez viens, poupée, rigola-t-il. On n'est pas ici pour ça, de toute façon.»

Il posa une main sur sa taille et des petites étincelles crépitèrent dans le ventre de Dominique, ce qui lui fit momentanément oublier le fil de la conversation. Sans qu'elle ne comprenne vraiment comment il avait fait et avant qu'elle ne s'en rende compte, elle était au milieu de la cabane avec lui et il était derrière elle, ses mains toujours contre ses hanches –ce qui pouvait certainement expliquer qu'elle ne réfléchissait pas de façon cohérente… mais c'était un tantinet humiliant, donc elle décida que c'était plutôt la chaleur.

« Les gens viennent ici pour les fantômes, les sirènes et les vagues capricieuses, Dom, lui expliqua-t-il en lui lâchant la taille et la contournant pour aller fureter dans la cabane. Ils ont le goût du risque, le danger, ça les grise.
-Ils sont bien cons, répliqua-t-elle. »

Il lui décocha un regard et elle lui fit comprendre d'un haussement de sourcil que, oui, en effet, il était bien concerné par l'insulte. Il rit en secouant la tête et retourna à ses fouilles. En attendant, elle croisa les bras contre sa poitrine, observant ses environs avec suspicion, s'attendant à tout moment à se faire agresser par un troisième fantôme. Il prononça son prénom pour attirer son attention sur lui et quand elle obtempéra, elle fronça les sourcils en voyant les deux masques noirs, à l'apparence élastique, qu'il tenait dans les mains.

« Qu'est-ce que c'est ?
-Des masques-sirènes.
-Quoi, ce qui sert à aller sous l'eau ?!
-Tout juste.
-Non, non. Oh non-non-non-non ! Tu rêves !
-Tu vas continuer à avoir peur de l'eau en passant toutes tes vacances sur une île ? Celle où habite ta grand-mère ? Celle où mes parents vivent ?
-Tu oses utiliser tes parents comme levier émotionnel ?! Ca te dérange pas de disparaître à l'autre bout du monde et de laisser en plan tes parents ! Alors, ne les utilise pas pour essayer de me… de me… de me NOYER ! »

Dans la seconde, la colère se peignit sur le visage de Barney et il ouvrait déjà la bouche pour répliquer, mais Dominique était la plus rapide -comme bien souvent.

« Tu sais quoi, je me barre ! lâcha-t-elle en prenant déjà la direction de la sortie. J'aurais dû me douter que t'avais un sale coup en tête quand tu t'es pointé, ce matin ! »

Elle avait déjà passé le seuil de la porte quand il lui saisit le poignet et la retint d'aller plus loin. Avec humeur, elle se retourna vers lui, s'attendant à voir son air arrogant puant le défi, mais elle fut prise de court par l'expression calme et douce de son visage. Elle put presque voir un drapeau blanc brandi dans ses yeux noirs et instantanément, elle se sentit elle-même s'adoucir.

« Je m'en veux, Dom, lui dit-il. Pour hier, pour t'avoir emmenée de force dans l'eau mais je savais pas que t'avais si peur et même quand tu criais, je pensais que tu faisais semblant…
-Tu croyais que je faisais semblant ?! Sérieusement ?
-Dom, st'eu-plait ! Je viens de te dire que je m'en voulais ! lui rappela-t-il en soulevant sa main libre. »

La rouquine fit la moue mais ne broncha pas davantage. Il interpréta ça comme un signe positif et l'attira un peu vers lui du poignet, tout en posant son autre main au creux du dos de Dominique, pour la guider près de lui. Indécise et hésitante, elle se laissa tout de même faire, tout en inspectant le noir de ses yeux pour y trouver un piège.

« Y'a des trucs merveilleux sous l'eau qui valent vraiment le coup d'œil, lui assura-t-il. Peut-être quand t'auras vu ça, t'auras plus si peur de la mer…
-Et ces… givrées de fantômes ? Celles qui chuchotent à l'oreille des sirènes ? Sirènes qui -je déteste me vanter mais ça a quand même son importance- crèvent d'envie de me bouffer ?
-Rien que je puisse pas gérer, poupée… et moi aussi je déteste me vanter, comme tu le sais !
-Non, sérieusement, Barney, insista-t-elle.
-Sérieusement, fais-moi confiance. »

Il voulait qu'ils aillent se baigner dans une eau infestée de sirènes et de fantômes -sans parler des autres bestioles en tout genre-, dont les vagues avaient été maudites par des parents en deuil, et tout ça, tout au pied de la pire falaise de l'île. Et c'était censé guérir sa phobie. Elle se mordit la joue intérieur, gonfla ses lèvres de frustration puis soupira, et secoua la tête avec agacement. Lui faire confiance ! Il en avait des bonnes.

« J'suppose que c'est ma dernière journée sur terre alors…, ironisa-t-elle. »

Heureusement, il faisait beau.

xOxOxO

« Ohhh, qu'est-ce que vous faites ?!
-Ce qu'on peut, répondit Teddy en riant à un Hugo tout excité.
-On prépare le petit-déjeuner, précisa Victoire. »

Même si elle était de dos et qu'aucun des garçons ne pouvaient le voir, ils entendaient clairement le sourire dans sa voix, mais Victoire n'était pas Victoire sans ses sourires permanents. Elle fouillait dans le réfrigérateur magique et étalait les ingrédients en toute sorte, tous plus alléchants les uns que les autres, sur la longue table blanche de la cuisine. Au moment, où elle posa un gros paquet de fraises d'un rouge pimpant, Molly entra dans la pièce à son tour, ses cheveux roux et bouclé, lissés et noircis par l'eau salée de la mer où elle avait passé plusieurs heures à barboter avec Hugo. Ils étaient d'ailleurs tous d'eux en maillots de bain, et, visiblement tous d'eux affamés.

« Cool, à manger ! se réjouit la nouvelle arrivante.
-Vous avez déjà petit-déjeuné, les stoppa net Teddy. les goinfres, vous aurez rien du tout !
-Pas même si on vous aide ? proposa Molly.
-Surtout que vous savez qu'on bien meilleurs que vous deux réunis…, avança Hugo avec un petit air malin. »

Suite à cet argument très pertinent, Victoire et Teddy échangèrent un regard. Le dernier poussa un profond soupir tandis que la blonde frappa dans ses mains avec entrain.

« Vendus ! va, pour le travail d'équipe !
-Pas de bordel, pigé ? les prévint Teddy.
-On s'appelle pas James !
-Ou Roxie !
-Ouais, ouais… vous vous appelez Weasley, ça me suffit. »

Les trois autres pouffèrent à l'insinuation avant que Victoire demande :

« Alors, on commence par quoi ?
-PANCACKES ! »

xOxOxO

« J'ai jamais rien mis d'aussi moulant, grommela Dominique en essayant de tirer sur le col de sa combinaison.
-Venant de toi, ça en dit long… »

Elle jeta un regard incendiaire à Barney qui ramait, guidant leur petite barque en bois de plus en plus loin de la plage. Outre le côté assez gluant et étouffant de sa tenue - oh, et ses palmes gigantesques et moches à pleurer-, elle se sentait surtout de moins en moins à l'aise à mesure que le rivage s'éloignait et qu'elle réentendait les histoires de fantômes de la falaise maudite, et toutes les rumeurs qui y étaient liées, dans le son de l'océan et du vent. Comment les vagues pouvaient s'élever d'un coup, d'aussi haut que la villa de sa grand-mère, et qu'elles se rabattaient, meurtrières, sur tous ceux qui avaient osé la défier. Et les sirènes, en-dessous… leurs fichues dents et leurs atroces griffes…

« T'es bien le premier à t'en plaindre ! lui jeta-t-elle, venimeuse.
-J'ai pas dit que je m'en plaignais, je faisais juste une réflexion…
-Ouais, à partir de maintenant, garde-les pour toi, tes réflexions !
-Okaaaayy, rit-il. Je sais que t'es pas confiante mais je te promets que tout va bien se passer…
-Je suis sûre qu'un tas de gens ont dit ça avant de se faire… zigouiller !
-C'est bizarre… je t'aurais jamais prise pour une froussarde…
-Tu sais quoi ? s'irrita-t-elle, à bout de nerfs, en levant les deux mains vers lui. Juste… rame ! »

Il lui lança un regard qui suintait tellement le sex-appeal qu'elle lui aurait bien sauté dessus, si seulement elle n'avait pas peur que la barque se renverse -ou qu'il ne la balance par-dessus bord, étant donné son manque flagrant de coopérativité. D'ailleurs, ça devrait être interdit et fermement puni, d'allumer comme ça une personne pour la repousser, à la première approche. Ouais, décida-t-elle, Barney n'était qu'un sale allumeur. Pour la peine, elle lui renvoya le regard le moins avenant qu'elle avait en stock, ce qui le fit beaucoup rire, puis, elle se réconforta en admirant son torse bronzé qu'il avait, toute rancœur mise de côté, très généreusement mis à sa disposition en n'ayant enfilé que le bas de sa combinaison, le reste pendant sur ses genoux. Ceci étant dit, c'était aussi surement pour la faire saliver. Elle commençait à saisir le concept, maintenant.

« Je pense qu'on est assez loin…
-Plus loin, on aurait changé d'hémisphère, grogna-t-elle.
-Ce sera pour une autre fois, princesse ! rit-il en posant les rames à l'intérieur.
-Ah, très drôle, ironisa-t-elle. Je ne vais plus nulle part avec toi. »

Il jeta un sortilège à la barque pour qu'elle ne se déplace pas quand ils seront sous l'eau, puis il se pencha pour jeter un coup d'œil à l'eau comme s'il scannait les profondeurs. Ce qui exaspéra et angoissa Dominique avec une symbiose déconcertante.

« Tu vérifies bien que y'a pas de sirènes, pas vrai ?
-Oui, oui…
-Tu vérifies que dal, hein ? » lança-t-elle avec dérision. Devant le silence qui lui répondit, elle marmonna. « C'est pas vrai…
-Tout va bien se passer, répéta-t-il en se rasseyant face à elle. Et même s'il arrive un truc –ce qui va pas arriver…
-Oh Merlin, je vais te tuer…
-laisse-moi finir ! fit-il en essayant de s'empêcher de rire. Même s'il arrive quelque chose, je serais là, d'accord ?
-Et alors ? Tu vas sortir un sabre laser ? »

Il rit encore et elle se demanda quand est-ce qu'elle était devenue une grande comique. Puis, il posa ses deux mains sur ses genoux et une vague de chaleur l'enveloppa, calmant la tension, et ses muscles se détendirent un peu, et il resserra ses propres genoux contre les siens, tout en se penchant vers elle. Et son sourire… oh son magnifique sourire, si différents de tous ceux qu'elle lui connaissait habituellement, dénué d'insolence et d'arrogance, tout en sincérité et attention. Dominique se demanda s'il souriait toujours de cette façon à Victoire. Si oui, comment se faisait-il que sa sœur était tombée amoureuse de cette pourriture de Teddy quand elle avait la chance d'avoir Barnabé qui lui souriait comme ça ?

« Eh, ça va aller, Dom, lui assura-t-il. Je te le promets.
-D'accord… oui, d'accord. »

Après lui avoir caressé les genoux une dernière fois, il se redressa en lui souriant plus largement, content d'avoir réussi à la rendre un peu plus volontaire, et il attrapa son sac où il avait placé les masques.

« T'as rien à craindre avec ces masques, tu vas voir sous l'eau parfaitement et respirer comme si t'étais encore à l'air libre, lui expliqua-t-il. »

Elle acquiesça, en se massant la nuque d'une main pour essayer de faire passer le stress, mais son cœur battait à toute allure, et elle crevait de chaud, frissonnait de froid, avait cette envie qui la démangeait d'arracher sa combinaison qui la collait comme une seconde peau - mais une seconde peau qui semblait rêver de dévorer la première. Respirant profondément et se concentrant sur le corps fort et rassurant de Barney, elle s'appliqua à garder son début de panique au fond d'elle, et à ne surtout pas se laisser aller. Une fois qu'on obéissait à la panique, c'était foutu, elle le savait d'expérience - tout comme tous les adeptes des phobies.

« La combi sera moins désagréable, une fois que tu seras dans l'eau, la rassura-t-il, comme s'il avait lu dans ses pensées. Allez, mets ça, poupée. »

En soufflant profondément, elle attrapa le masque qu'elle lui tendait. Il lui dit de regarder tandis qu'il le posait contre son visage pour voir comme c'était simple. Le masque noir parut prendre vie et le tissu gluant rampa contre la peau de Barney, pour s'adapter parfaitement à ses traits. Au final, ce fut comme si la peau de Barney était devenue noir pétrole, presque bleu marine. Et il réussissait à être diablement sexy. Elle secoua la tête d'exaspération et l'imita, et elle grimaça ouvertement lorsque le masque s'adapta à son visage. C'était froid et humide, instantanément elle avait l'impression d'être sale de quinze années sans hygiène.

« Oh, Merlin, c'est quoi cette merde ?! On dirait…
-Une peau de murène noire ? proposa Barney en arrangeant un peu les bords du masque de Dominique. Parce que si oui, t'as visé dans le milles !
-Je vais gerber, l'avertit-elle. De préférence, sur toi.
-Quel honneur ! fit-il, bon, allez, mets-toi en condition, ouvre tes chakras ! »

Il lui lança un clin d'oeil qu'elle fit mine de mépriser d'un air blasé. Puis, elle s'appliqua à apprécier son dernier moment hors de l'eau –et encore en vie, saine et sauve…-, assise dans leur bonne vieille barque, que Dominique avait finalement chaleureusement adopté comme dernier rempart entre elle et les tréfonds démoniaques de la mer, et admira une dernière fois les tablettes de chocolats de son tortionnaire -euhm, il y avait un certain, tristement connu, complexe de Stockolm, pourquoi ça lui évoquait soudainement quelque chose ?- tandis qu'il remontait sa fichue combinaison.

« T'occupes pas de mes chakras, Rodriguiz. »

Il secoua la tête en riant et lui attrapa les avant-bras pour la forcer à se lever. Faisant fi de sa dignité, elle se cramponna à son bras quand il la lâcha, terrifiée de tomber dans l'eau. Et ses pieds étaient si lourds dans ces maudites palmes, elle avait l'impression d'être devenue un gros canard.

« Tu défiles sur des talons de quinze centimètres toute la journée, mais t'as peur d'être debout sur une barque ? »

Devant le regard corrosif de la jeune femme, il décida de passer le sujet et l'une de ses mains glissa le long de son avant-bras jusqu'à lui attraper la main. Dominique déglutit, regardant du coin de l'œil le sourire calme de Barney.

« On saute en même temps, à trois ?
-Ahah, non ! refusa-t-elle. Tu vas pas me faire le coup du décompte et après me…
-Tes désirs sont des ordres ! Accroche-toi ! »

D'un geste agile, il se pencha pour lui saisir les jambes derrière les genoux et la souleva de sorte à ce qu'elle n'ait d'autre choix que de les enrouler autour de sa taille, tout en se rattrapant à son cou avec ses bras, et elle s'était déjà mise à crier de surprise -et de pure frayeur, puisque la barque vibra sous eux. La seconde suivante, Barney sautait dans l'eau, l'embarquant avec lui et elle hurla, tout droit dans son oreille gauche, en se cachant le visage dans son cou.

Et puis, le cri se noya dans l'eau. Ses oreilles aussi, tout le bruit de la surface était éteint. L'eau tiède la chatouillait presque à travers la combinaison et un rire de surprise lui échappa. Sans aucun son, alors elle ouvrit les yeux que son instinct lui avait commandé de fermer pour une question de survie, et, le souffle coupé, elle resta admirative à suivre le trajet des bulles de son rire vers la surface. La surface bleue et blanche, transparente mais floue, scintillante et mystérieuse, avec l'ombre de leur barque au-dessus d'eux. La surface, vue d'en-dessous, c'était comme un nouveau genre de ciel et c'était captivant.

Elle rabaissa les yeux quand elle se rendit compte que Barney avait les siens braquaient sur elle et leurs visages étaient si proches que leurs nez se frôlaient presque, et pourtant son coeur ne s'emballa pas. C'était comme si elle était plongée dans un rêve, et pas dans l'océan. Comme si elle était déconnectée. Il lui sourit, dans son visage noire encre, et lâcha l'une de ses jambes pour lui faire un O avec la main. Elle l'interpréta comme une question et acquiesça. Alors, il la lâcha complètement et elle se recula, battant ses palmes –et chacun de ses mouvements était au ralenti, ça la fit sourire.

Il lui fit alors signe de se retourner en faisant un cercle de son index, et elle obéit. Juste devant elle, un banc de poissons rayés blanc et noir battaient de leurs petites nageoires, et un feu d'artifices de minuscules bulles tournoyaient, et virevoltaient vers la surface, et c'était magnifique. Tout était bleu, à part pour les poissons, et les anémones rouges, dans le sable, les coraux, et les étoiles de mer. Tout ce bleu donnait le vertige, mais c'était peut-être parce qu'elle avait l'impression de voler, de planer. Peut-être même de tomber.

Et elle s'en fichait.

xOxOxO

Quand elles arrivèrent, Dominique admirait des longs poissons jaunes et bleus. Elle avait quasiment oublié qu'elle avait été incapable de mettre la tête sous l'eau depuis des années, et elle ne voyait plus aucune raison de remonter un jour à la surface. Et puis, Barney était là, avec elle, toujours tout près, comme elle n'arrivait pas à se rappeler qu'elle l'ait été un jour, sur terre, alors, peut-être que la vie était meilleure dans l'eau.

Et puis, une sirène émergea de derrière un rocher. Avec son horrible visage verdâtre qui faisait penser à la mort, et ses griffes qui creusaient dans la roche, mesquines. Puis, une deuxième approcha, semblant se métamorphoser dans le bleu de l'eau, et une troisième, et une quatrième, et Dominique essaya de fuir, mais elle ne pouvait pas courir, puisqu'elle était sous l'eau, prise au piège. Et soudainement, les palmes étaient redevenues lourdes, comme des boulets, et elle voulait crier à l'aide, mais elle était sous l'eau. Sous-l'eau-sous-l'eau, sousl'eausousl'eau,noyéenoyéenoyée, chantait une voix suraiguë dans sa tête. Et c'était un peu un remix morbide d'une chanson de la Petite Sirène.

Elle se retourna laborieusement pour fuir de l'autre sens mais elle n'eut pas à avancer, puisque Barney était juste là, devant elle. Large, grand et tout en noir, avec sa combinaison, son masque et ses cheveux, même ses palmes, se découpant parfaitement sur le fond bleu de la mer, et des bulles s'échappèrent de la bouche de Dom quand elle souffla de soulagement. Elle se rendit compte qu'elle avait arrêté de respirer dès qu'elle avait vu les sirènes devant elle. Et elles étaient encore derrière elle, mais elle n'osa pas jeter un regard pardessus son épaule pour s'en assurer. A la place, elle poussa Barney par les épaules pour le faire reculer, et lui faire comprendre qu'il fallait qu'ils partent tout de suite.

Mais il ne recula pas. Oh non, avec horreur, elle le regarda la contourner pour se placer entre les sirènes et elle, et elle lui attrapa le bras en criant silencieusement dans l'eau. Quel crétin ! Qu'est-ce qu'il comptait faire, se battre contre toute une troupe de sirènes ?! Elle le savait, elle savait qu'ils n'auraient jamais dû venir ici ! Evidemment que les sirènes viendraient manger un morceau de vélane ! Et maintenant, Barney se la jouait dompteur de sirènes, devant elle, alors qu'ils devraient déjà être en train de nager du plus fort que les palmes pouvaient les propulser pour regagner leur barque… et prier Merlin que les sirènes n'arriveraient pas à la renverser ! Merlin, ils étaient foutus…

Et elle était trop préoccupée par leur mort prochaine qu'elle prit bien un éternité avant de se rendre compte que les sirènes n'avaient toujours pas attaqué. Par instinct, elle s'était cachée dans le dos de Barney, ses doigts s'accrochant à sa combinaison, de part et d'autre de sa colonne vertébrale, mais personne n'avait bougé. Ni Barney, ni les sirènes, et surement pas elle. Il n'y avait que son coeur qui faisait de la musculation intensive dans sa poitrine, et les bulles par milliers qui s'enfuyaient de sa bouche, qui semblaient toutes la narguer avec un « tu comptes peut-être te laisser bouffer par des sirènes mais nous, on prend la tangente ! ». Mais elle ne bougea toujours pas.

Au bout d'un moment, elle osa lancer un coup d'oeil par-dessus l'épaule de Barney et elle vit les quatre sirènes, qui battaient leurs horribles queues écaillées en montrant leurs canines avec agressivité, mais elles restaient à plusieurs mètres d'eux. Au contraire, elles reculaient à mesure que Barney les approchait doucement, emmenant Dominique avec lui sans même qu'elle ne s'en aperçoive. L'une des sirènes entreprit soudainement une avancée offensive en croisant le regard de Dominique, mais elle s'arrêta juste devant le torse de Barney qui n'avait pas bougé d'un pouce. La sirène aurait sans doute pu, d'un coup de queue, le contourner et attraper Dominique par les cheveux, mais elle se contenta de la fixer avec animosité.

Et puis, elle partit à toute allure en poussant un long sifflement qui vrilla les tympans engorgés de Dominique, et les autres s'éloignèrent avec elle. Barney voulut se retourner, sans doute pour refaire face à Dominique, mais elle refusa de le lâcher. Elle se sentait trembler, et son coeur ne voulait toujours pas ralentir. Elle voulait remonter à la surface et partir d'ici, et il sembla comprendre le message puisqu'il se mit à battre des palmes, en les faisant montant vers la surface. Doucement, tout d'abord, attendant qu'elle s'accroche mieux à lui en enroulant ses bras autour de son cou, par derrière, puis plus rapidement en direction de la silhouette de leur barque. Quand ils crevèrent la surface, Dominique fut prise de panique et le lâcha aussitôt, s'accrochant à la barque plutôt.

« Dominique, attends, tu vas jamais réussir à monter toute seule…, dit-il, derrière elle.
-Bah aide-moi alors ! le pressa-t-elle. Allez !
-Attends. »

Fébrile, elle ne faisait que ça, d'attendre. Il se souleva des deux bras et Dominique devina que la barque se serait renversée sous son poids s'il n'y avait pas jeté le sort d'immobilisation, et il grimpa à l'intérieur. Et sans attendre une seconde, il se pencha vers elle pour l'aider à monter après lui. La première chose qu'elle fit, une fois assise, ce fut d'arracher le masque de son visage et il se retira avec un bruit de succion particulièrement désagréable.

« Ca va ?
-Je savais qu'elles viendraient, dit-elle en lançant un regard de reproche à Barney qui s'asseyait en face d'elle. Je t'avais dit qu'elles…
-Dom, elles viennent souvent, la coupa-t-il. Je savais qu'elles viendraient.
-Quoi ?! Tu te fous de moi ? Tu savais et…
-Et qu'est-ce qui s'est passé ? l'interrompit-il une nouvelle fois. »

Mais il n'était pas énervé, ni agacé. Au contraire, il était étrangement calme et patient, et ç'eut le don de la déstabiliser. Elle le dévisagea, essayant de comprendre, mais se rendit compte qu'il attendant qu'elle lui réponde. Qu'est-ce qu'il s'était passé ? Et bien, elles étaient arrivées, avec leurs crocs acérés et leur écailles dégoutantes, et elles voulaient les manger et…

« Mais elles ne l'ont pas fait, elles n'ont même pas essayé, rétorqua-t-il, et elle sut qu'elle avait bafouillé à voix-haute, Dominique, t'as peur d'elles, à cause de ce qui s'est passé quand t'étais plus jeune, mais, maintenant, t'es trois fois plus grande qu'elles. Elles sentent ta peur, alors, elles pensent qu'elles ont peut-être une chance. Alors, ouais, peut-être qu'elles t'auraient attaquée si j'avais pas été là, mais seulement parce que t'as peur d'elles. Elles sont restées à peine une minute, et c'était juste par curiosité.
-Non, non, elles me détestent ! Elles détestent les vélanes, Barney, putain !
-Dominique, t'as bien vu qu'elles t'ont même pas touchée !
-C'est parce que t'as… »

Mais elle ne termina pas sa phrase, tout simplement parce qu'elle ne savait absolument pas ce qu'il avait bien pu faire pour qu'elles n'attaquent pas. Barney secoua la tête avec un petit sourire et il retira son masque.

« J'ai rien fait, Dom. Elles ont peur de moi, pas l'inverse, et elles ont bien raison. »

Fronçant les sourcils, Dominique baissa les yeux sur ses genoux, réfléchissant à ce qu'il venait de lui dire, tandis que Barney défaisait le haut de sa combinaison.

« Tu veux qu'on rentre ?
-Ouais, s'il-te-plait.
-D'accord, mais ça t'a quand même plu ? »

Elle ne lui répondit pas mais leva un sourire vers lui, qui attrapait déjà les rames pour rediriger la barque vers l'île. Elle se rappela les poissons multicolores qui leur tournaient autour, le semi-silence qui l'avait complètement relaxée, les anémones et les coraux, et les crabes, les escargots et les étoiles de mer…

« Et Dom, sérieux…, reprit-il en se saisissant déjà des rames.
-Quoi ?
-Je comprends pas que t'aies peur de quoique ce soit…
-Bon ça va, Barney ! s'agaça-t-elle.
-… c'est le monde entier qui devrait flipper quand t'arrives, Dominique Weasley. C'est pour ça que je t'ai amenée là, parce que tu devrais avoir peur de rien. »

Et toute son irritation fut balayée par le vent, aussi facilement que ça. Elle le fixa comme si elle le voyait pour la toute première fois, et il accepta le geste d'un petit sourire satisfait, manifestement très fier de lui. Et il pouvait l'être, elle lui concédait ça. Il la rendait folle les trois quarts du temps, mais elle commençait à penser que c'était peut-être un don.

En un éclair, elle était sur lui à califourchon et l'embrassait avec tout ce qu'elle avait, et elle s'en fichait qu'il en lâche les rames, et que la barque tangue un peu quand il se pencha en arrière pour accuser le coup, et qu'ils auraient bien pu tomber à la renverse. C'était de sa faute, après tout, il n'avait qu'à pas lui dire des choses comme ça.

D'après lui, elle ne devrait avoir peur de rien, et même si elle savait qu'elle aurait toujours peur de quelque chose -des conséquences, par exemple-, elle décida de recommencer à avoir peur un peu plus tard.