Bon alors comment expliquer comment j'ai GALERE ? C'était super dur de tout arranger de la bonne façon, breeef ! Je suis assez fière du résultat, vous me direz ce que vous en pensez !
Bisous !
Epilogue : Ça défile
« Chérie, t'as été fantastique ! »
Avec un sourire légèrement railleur, elle posa la main sur le coordinateur du défilé. Comme si elle pouvait être quoique ce soit d'autre que fantastique. Non seulement elle démissionnerait, mais si elle ne le faisait pas, ce serait son agence qui la virerait. Mais on lui avait appris à prendre simplement les compliments sans y répondre sardoniquement.
Elle s'avança dans les vestiaires où les autres mannequins se retouchaient le maquillage, ou se reposaient quelques instants, dans le bavardage habituel. Hommes et femmes étaient mélangés sans que ça ne pose de problème à personne. Premièrement, personne ici n'étaient encore pudique et deuxièmement, il était bien futile de s'inquiéter de relations extra-professionnelles. Les mannequins n'étaient que très rarement intéressés les uns par les autres, leur milieu était trop franc et trop nu, trop superficiel, pour laisser beaucoup de place aux sentiments ou à l'attirance, ne serait-ce que physique. Il était déjà difficile de trouver un véritable ami parmi ses collègues/rivaux, alors trouver davantage relevait du semi-miracle. C'était mieux ainsi, ça facilitait les choses.
« L'aigle est passé, lui annonça Glenn quand elle approcha de sa propre coiffeuse. Et du coup, bah les pivoines sont là ! C'est de plus en plus souvent, j'crois qu'il désespère, le pauvre...»
Et en effet, parmi la mer de roses rouges et de lettres d'admirateurs, un bouquet de pivoines sauvages sortaient du lot. Sans emballage, sans vase, sans aucune fioriture, elles ne devraient pas attirer le regard. Elles étaient après tout du même rouge que les roses et moins nombreuses, mais leurs tiges étaient d'un vert éclatant comme si elles venaient d'être cueillies.
Malgré elle, son cœur lui fit son petit numéro de cirque. Battant et rebondissant, faisant le beau puis le malheureux. Il quémandait pour quelque chose que Dominique n'était pas prête de lui céder.
« Tu vas lui écrire, cette fois-ci ?
-Il n'a jamais répondu à mes lettres, répondit-elle en s'asseyant.
-Là, j'crois bien qu'il te répondrait !
-Là, mimiqua-t-elle, c'est trop tard !
-T'es dure en affaire... Même moi, je craquerais et pourtant, malgré ce que j'fais croire, je suis pas si gay que ça ! »
Amusée malgré la situation, Dominique lança un coup d'œil à son styliste qui s'était appuyé contre le dossier de sa chaise. Du coin de l'œil, un grand battement d'aile attira son attention et encore perché sur la fenêtre ouverte sur la brise fraîche du mois de novembre de Kyoto, un aigle royale la fixait de ses yeux jaunes et sévères. Puis, il prit son envol comme s'il attendait seulement qu'elle le remarque pour partir -une habitude qui lui rappelait de beaucoup son maître.
« T'aurais tort. »
xOxOxO
Légèrement exténuée après une longue semaine à enchaîner les plus grands podiums de la société sorcière japonaise, Dominique remettait le pied sur les trottoirs londonniens et ça faisait du bien. On n'est toujours mieux chez nous, sinon on déménage. La semaine qui allait suivre ne s'annonçait pas bien plus reposante, puisqu'elle serait dédiée aux shootings et aux caprices des photographes qui sont susceptibles de péter une crise à la moindre pose redondante et comme c'était bien souvent les plus réputés qui pouvaient se le permettre, et bien personne ne leur disait rien.
Trois mois de cela quand Dominique avait passé la fin de l'été seule avec Claire, cette dernière avait émise l'idée de rouvrir l'hôtel. Au départ, la rouquine avait prise cette suggestion pour l'une des blagues de sa grand-mère, mais elle avait eu l'air plutôt sérieuse -peut-être que la retraite commençait à lui peser et qu'elle avait de nouveau besoin d'action. Depuis, Dominique semblait traîner des pieds en allant à ses journées de mannequin remplies de flash d'appareils photos et de réceptions mondaines. Le métier de mannequin devenait plus vite pesant que l'on pourrait le croire, ou en tout cas, tel était le cas pour Dominique. Elle avait choisi cette orientation professionnelle parce que, avec ses dons de vélane, c'était gagné d'avance mais voilà presque quatre ans que ça durait, et...
Une nouvelle vie lui disait bien.
La pluie commença à tomber lorsqu'elle atteignit l'immeuble de son appartement et elle allait presser le pas quand elle s'aperçut que quelqu'un l'attendait. Dans un imper rouge bordeaux, une femme aux boucles noirs ouvrait déjà grand son parapluie à fleurs.
« Marisol ?! la reconnut-elle aussitôt.
-Viens, dépêche-toi, il pleut ! l'invita-t-elle sous son grand parapluie. Londres est infâme pour la météo !
-On est en novembre, il fait pourri dans beaucoup d'endroits, souligna Dominique.
-Pas à Ilerrante ! »
Avec un petit sourire, Dominique acquiesça l'évidence. Ilerrante, c'était différent. Elle n'était pas plus surprise que ça de voir la mère de Barney à sa porte, ça n'avait jamais dérangé Marisol de prendre un portoloin pour faire un petit bout du monde juste pour prendre le thé, alors sans plus de cérémonie, Dominique allait entrer le code de la porte verrouillée de l'immeuble.
« Oh, non, n'ouvre pas, on reste pas ! Je suis venue pour une urgence, » lui apprit-elle.
Cette fois-ci étonnée, Dominique se retourna en fronçant ses sourcils roux. Une urgence ? Dans le dos de Marisol, les voitures allaient et venaient, éclaboussant les passants amateurs qui se tenaient trop près de la chaussée. L'expression de Marisol s'était changé en un masque d'inquiétude.
« Barney s'est fait brûler par un dragon !
-Quoi ?! s'exclama Dominique.
-J'ai reçu une lettre de Charlie, ce matin, il ne t'en as pas envoyé ?
-Je n'étais pas là de toute la semaine... je... est-ce que c'est grave ? »
Les larmes apparaissaient déjà dans les yeux bruns de la pauvre femme et le ventre de Dominique se retourna, elle se mordit la lèvre pour se retenir de trop réagir. Brûlé par un dragon ? Comment une chose pareille pouvait-elle arriver ? Il n'y était pas allé pour s'occuper des dragons mais simplement en touriste ! Qu'avait-il bien pu faire pour se faire brûler ? Quel idiot... quel... quel abruti. D'une main tremblante, elle dégagea son visage des mèches de cheveux que le vent chargé d'humidité faisait voler tout en les trempant.
« Je suis sûre que... ça va aller, s'entendit-elle dire.
-Un bateau part pour Araphos, ce soir, j'ai déjà pris les billets !
-D'accord, c'est bien, c'est...
-Allons-y ! »
Marisol s'empara du bras ballant de Dominique et l'emmena avec elle dans une ruelle adjacente, dans le but évident de transplaner sans qu'aucun œil moldu ne les voit. Un moment hébétée, Dominique finit par réagir.
« Quoi ? Non, je viens pas !
-Comment ça ? s'étonna Marisol.
-Je... je peux pas !
-Demain, c'est dimanche ! Tu ne travailles tout de même pas le dimanche ?
-Non mais on ne sait ja...
-Et puis, c'est Barney ! Ils comprendront !
-Non, c'est toi qui ne comprends pas, Marisol ! perdit-elle patience. Ecoute... je ne peux pas venir, insista-t-elle plus calmement, ce serait... une erreur. Vraiment. Je m'inquiète pour lui, sincèrement, mais ça ne sert à rien que je vienne. Vic, emmène Vic. Ils ont toujours été bien plus proches. »
Quelque chose brillait dans les yeux de Marisol qui poussa Dominique à tourner les yeux. Elle se doutait qu'une mère ne devait pas beaucoup apprécier qu'on refuse de rendre visite à son fils blessé, mais c'était... étant donné comment les choses s'étaient passé, à quoi bon y aller ? Elle lui avait en gros dit qu'elle ne voulait plus le voir, sous aucun prétexte, et elle le pensait toujours. Désormais, il s'était blessé, et évidemment, ça modifiait quelque peu la situation, mais en toute honnêteté, que ferait-elle si elle se rendait avec eux à Araphos ? Elle ne savait pas comment le regarder, quoi lui dire, comment repartir. Ce n'était plus de la rancœur ou de la colère, ça semblait juste... gênant d'y aller. Surtout avec sa mère.
« Dom, il sera heureux de te voir, ça l'aidera à guérir, reprit Marisol. Je t'en prie, fais-moi ce plaisir. Pour une mère qui s'inquiète énormément pour son fils ! Je veux juste que les personnes qu'il aime le plus viennent le voir... »
Dominique avait déjà ouvert les yeux pour répliquer mais elle n'en eut pas le temps.
« Et Victoire vient aussi, je l'ai déjà contactée ! S'il-te-plait, viens... son père et son frère ne peuvent déjà pas se déplacer... imagine... imagine, c'est la dernière fois que.. que tu peux le voir... »
Le souffle coupé et l'estomac toujours tordu, Doiminique essaya de trouver quelque chose à dire sans y parvenir. Ca... ça ne pouvait pas être si grave, si ?
xOxOxO
« Oh, vous êtes toutes venues ? observa Charlie en souriant, ça lui fera plaisir ! »
Peut-être était-ce une conséquence directe de sa paranoïa sur-développée mais il sembla à Dominique que Charlie la regardait plus intensément que Victoire et Marisol. Quelque chose clochait. Dés lors qu'elles étaient montées toutes les trois sur le bateau, Marisol avait semblé presque instantanément rassurée. Elle avait même fait des blagues, tout le trajet durant. Tout ça avait l'odeur fumé du complot, et elle ne pouvait pas dire qu'elle en raffolait.
« C'est bizarre, crut-elle bon de commenter, personne n'a l'air inquiet... »
Marisol se rendit compte que le regard suspicieux de Dominique était très précisément braqué sur elle et elle retrouva instantanément son expression catastrophée d'un peu plus tôt.
« Oh mais si, on est tous vraiment inquiet ! Enfin, ma puce ! Bien sûr !
-C'est par ici, suivez-moi, » indiqua Charlie en camouflant un rire en toux.
Quelle comédie. Tout en sachant pertinemment qu'elle s'était faite embobinée en beauté, elle suivit tout de même son oncle qui se dirigeait vers une grande tente au tissu ocre. Le village d'Araphos était assez petit, et fait exclusivement de cabanes et de tentes il fallait vraiment être un fanatique de dragon pour se satisfaire des moyens de vies aussi rudimentaires. Les montagnes des Carapates étaient partout, tout autour d'eux, chatouillant le ciel gris, et il n'y avait pas l'aile d'un dragon à l'horizon, mais ça ne manquait pas à Dominique.
Faisant bien attention où elle mettait ses baskets Vans rose pâle archi-neuves, elle maudissait la boue et les cailloux, tout en rongeant son frein. Elle ignorait quand ils pourront rentrer. Marisol avait à chaque fois éludé la question quand elle avait parlé du retour et Victoire n'en savait apparemment rien -mais ça ne semblait pas l'inquiéter. Si elle se retrouvait piégée au beau milieu d'une montagne roumaine truffée de dragons et ce, par la faute de Barney, il regretterait amèrement de l'avoir connue. Si tel n'était pas déjà le cas, bien sûr.
Sur le chemin, elle ne put s'empêcher de noter la présence de pivoines rouges partout dans le village.
« C'est la tente qu'on partage tous les deux, leur apprit Charlie avant de descendre la fermeture Éclair. Je ne pense pas qu'il dorme...
-Oh, ce n'est pas grave si on le réveille ! assura Marisol avec enthousiasme.
-Tu parles d'un brûlé au cinquième degré ! » ironisa Dominique.
Elle avait été manipulée au millième degré, elle le comprit avant même de pénétrer dans la tente et de voir par ses propres yeux que Barney, bien qu'allongé dans un lit, n'était absolument pas mourant. Il ne l'aperçut pas tout de suite, Charlie, Victoire et sa mère étaient tous trois devant elle et la cachait de sa vue, mais elle, elle le voyait parfaitement entre les paires d'épaules. Ses cheveux épais et noirs étaient plus courts. Ce fut ce qui l'étonna le plus, sur le coup. Du plus loin qu'elle se le rappelait, il n'avait jamais eu les cheveux aussi courts. Il était pâle, aussi. Enfin, aussi pâle qu'un Rodriguiz pouvait le devenir et c'était surprenant de la famille, il était toujours le plus bronzé. Il n'allait donc réellement pas si bien que ça , mais pas une seule trace de brûlure.
« Oh, mon fils ! Comme tu es blanc ! s'horrifia Marisol en se ruant sur lui pour l'enlacer.
-Ca va, Maman, pas besoin de m'étrangler...
-Oh, ce n'est rien, Marisol, la rassura Bill, comme il a été brûlé de manière assez étendue, il a fallu reconstituer la peau... c'est des choses qui arrivent par ici... »
Leur oncle s'était tourné vers Dominique qui était restée en retrait alors que Victoire s'était à son tour rapprochée de Barney. Charlie lui fit un petit sourire dépité, comme s'il s'ignorait si Dominique le tenait responsable de l'état de Barney. Elle ne savait que trop bien que si quelque chose arrivait à Barney, ce n'était jamais que de la faute à ce dernier puisqu'il ne suivait que ses propres conseils.
« Il va beaucoup mieux maintenant, l'informa-t-il.
-Oui, ça a l'air d'aller, » confirma Dominique avec un zeste d'ironie.
Que fabriquait-elle là, au juste ? Du coin de l'œil, elle remarqua que les autres s'étaient tournés vers eux en l'entendant parler et elle leur jeta un regard plein de reproche, mais bien vite, son regard croisa celui de Barney. C'était difficile à dire s'il était choqué de la voir mais il semblait triste. Bien que son cœur manqua un battement, Dominique ne se laissa pas attendrir. Elle serra la mâchoire et le fixa un moment sans rien dire.
« Dominique, dit-il, ça... ça fait plaisir de te voir. »
Elle s'entendit renifler de dédain, comme si son corps avait des réflexes bien définis au foutage-de-gueule, mais elle acquiesça tout de même. Malgré tout, ça lui faisait aussi plaisir. Ca faisait plaisir de le voir et de l'entendre. Encore plus plaisir de comprendre que ce n'était qu'une vaine manigance de Marisol de la traîner ici sans le vieux prétexte du « c'est une histoire de vie ou de mort ». Pourquoi Marisol s'était-elle donnée tant de mal, Dominique demeurait assez confuse. Elle voulait que tout le monde s'entende mais Marisol savait pertinemment ce qu'il y avait eu entre son fils et elle, alors à quoi tout ça rimait ?
« Et si je t'apportais quelque chose à boire ? Du bon chocolat chaud, par exemple ? pensa subitement Marisol, manifestement ravie par son idée. On doit bien trouver ça ici ?
-Oh oui, c'est sûr, confirma Charlie en se dirigeant vers le coin cuisine de la tente.
-Montre-nous donc les parages ! »
Marisol l'attrapa par le coude et, emmenant Victoire avec elle, ils furent hors de la tente avant que quiconque, et surtout pas Dominique, eut le temps de dire ouf. Choquée, la rousse les regarda disparaître à la vitesse de la lumière avant de jurer. Évidemment ! Désormais seule avec Barney, elle porta une main à son front que son exaspération commençait déjà à rougir.
« Je suis désolé que ma mère t'ait forcée à venir, lui dit alors Barney. Enfin, pas vraiment désolé... je suis heureux que tu sois là.
-Oui, ça fait plaisir de me voir, se rappela-t-elle, railleuse, je sais. »
Pour s'occuper le corps et l'esprit, elle se mit à déambuler dans la tente -qui ressemblait plus à un chalet, une fois à l'intérieur-, ce qui ne l'empêcha pas de l'entendre très distinctement soupirer.
« Je le pense, Dom, » insista-t-il.
Toutes sortes de fioles aux contenus multicolores étaient entreposées sur une étagère et elle en souleva une. Elle était étiquetée « mort-qui-tue ». Intéressant. Ca devait être sympa à boire.
« Au fait, qu'est-ce que t'as foutu pour te faire cramer par un dragon ? s'enquit-elle. On t'a pas dit qu'un dragon, ça crachait du feu ?
-J'étais... » encore un soupir. Elle le regarda par-dessus l'épaule, il la regardait du lit, tendu. « J'étais préoccupé, ce jour-là.
-Vraiment ? Ca te ressemble pas. »
Elle retourna à sa visite touristique des fioles. Dans son dos, il rit avec amertume, et elle fit mine de ne pas le remarquer. Quel message voulait-il faire passer, exactement ? Qu'il était malheureux et triste, et tellement, tellement à plaindre ?
« Tu m'as manquée, » finit-il par admettre.
Une fiole a la main, elle suspendit un instant et ses mouvements, et sa respiration. Elle aurait voulu suspendre également les battements de son cœur mais, toute vélane qu'elle était, elle n'était pas de ceux qui savaient maîtriser ses organes vitaux. Elle expira longuement pour calmer ses nerfs, fit tourner quelques secondes la fiole entre ses doigts avant de la reposer avec les autres.
Elle se racla un peu la gorge et se retourna vers lui. Toute la pièce les séparait et elle était grande mais, étrangement, ça ne semblait pas suffire. Par son seul regard, il arrivait l'exploit de l'attacher et de la traîner vers lui. Mais elle résista et resta campée là où elle était, ses mains fermement plongées dans les poches de son long manteau en laine blanc.
« Pourquoi ? demanda-t-elle. Ca fait des années qu'on ne se voit jamais plus qu'une fois par an.
-C'est différent, cette fois-ci.
-Et en quoi ?
-Dom ! Je sais que tu m'en veux mais...
-Arrête-toi là, lui conseilla-t-elle en se remettant à marcher. Je ne suis pas venue pour parler ! D'ailleurs, tu ne devais pas pouvoir parler tout court puisque tu étais censé être à l'article de la mort ! »
Un rockeur faisait du hard avec ses nerfs, et quelques uns allaient claquer, elle le sentait. Fébrile et incroyablement énervée, elle ne savait même plus à qui s'en prendre. A Marisol qui l'avait baratinée pour qu'elle vienne ici, à son fils qui ne voulait pas se taire ou tout simplement à elle-même qui était cruellement naïve pour une vélane. Tout le monde voulait sa peau, c'était pourtant bien la première leçon à retenir quand on naissait vélane !
« Je ne veux pas m'engueuler ! » assura-t-il.
Sur ce, il envoya valdinguer ses draps et et se leva aussitôt du lit. Elle ne sut exactement lequel de ses stupides instincts la poussa à réagir avec tant d'exagération mais, subitement inquiète, elle accourra pour le pousser à retourner au lit. Il se rassit avec un sourire mais en profita pour la retenir près de lui en lui attrapant les bras. Se flagellant intérieurement, Dominique rejeta la tête en arrière d'irritation.
« Je ne sais pas ce que tu t'imagines, Barney, mais quoique ça puisse être, oublie ça, le prévint-elle. Et ce n'est pas parce que je t'en veux, d'accord ? Et je ne veux pas non plus m'engueuler, c'est juste que... c'est juste que c'est fini.
-Je suis désolé pour la façon dont je suis parti, cet été, dit-il, comme s'il n'avait rien entendu.
-Ne le sois pas. Y'avait pas de bonne façon, de toute manière.
-Dom... »
De ses mains entourant toujours ses bras, il tente de la tirer encore plus vers lui mais elle se délogea de son étreinte et recula tout en secouant la tête. Elle ignorait ce qu'elle refusait. Tout, certainement. Il avait un air un peu désespéré quand il se leva mais elle lui interdit de faire un pas en levant ses deux mains.
« Tu vas bien, lâcha-t-elle. J'ai plus rien à faire là. Tu aimes bien trop la Terre entière pour rester au même endroit, et même si j'ai eu du mal à l'accepter... c'est pas un crime, c'est même bien. Depuis quand tu t'excuses pour ça, de toute façon ?
-Tu fais comme s'il s'était jamais rien passé ! l'accusa-t-il.
-Quoi ? Entre nous, tu veux dire ? répliqua-t-elle avec incrédulité, et qu'est-ce qui s'est passé, en fin de compte ? N'exagère pas, ce n'est pas comme si j'étais ta copine !
-Alors, c'était quoi ?
-Je crois qu'on appelle ça un erreur, lui apprit-elle avec plus de rancœur qu'elle ne l'aurait voulu. Une erreur, comme venir te voir et écouter tes conneries ! »
Il partageait son énervement puisqu'elle le vit détourner le regard avec colère, sa mâchoire crispée et ses poings battant l'air avec frustration.
« A l'année prochaine, Barney, lança-t-elle en se retournant, et n'emmerde plus les dragons d'ici là.
-Dom... »
Mais elle ne s'arrêta pas. Ca avait assez duré, c'étaient des retrouvailles bien assez riches en émotion pour lui tenir quelques semaines. Elle doutait beaucoup de pouvoir trouver un moyen de transport pour la ramener dans les heures à venir mais il était hors de question qu'elle reste là pour que Barney ait tout le temps nécessaire pour décortiquer leur bribe d'histoire. C'était ridicule, et c'était épuisant.
« Je serai rentré avant, annonça-t-il fermement, parce que je rentre bientôt. »
Pour toute réponse, elle pressa le pas.
xOxOxO
« Tu... démissionnes? On est pourtant pas le premier Avril, quelle espèce de blague c'est au juste ?
-C'était bien le temps que ça a duré, expliqua-t-elle. Maintenant... je crois que j'ai fait le tour. Des podiums et des magazines. Y'a plus grand chose à rajouter, Fabrice.
-Tu commences à peine à vraiment te faire un nom ! Cristiane Fills m'a même demandé que tu sois l'effigie de son nouveau parfum ! Tu n'as même pas encore 22 ans, pourquoi... enfin, reprends-toi, chérie !
-Je veux bien t'aider pour quelques trucs, je vais pas te lâcher comme ça, Fabrice, mais n'accepte plus rien de gros pour moi. Je finis juste le boulot commencé. »
Fabrice avait toujours été un agent en or, et il s'était donné un mal fou pour la faire monter là où elle était à présent. Elle lui devait au moins ça, elle ne pouvait pas le laisser s'humilier et se discréditer à cause d'elle. Elle serait l'effigie de Cristiane Fills, et après, elle tirerait sa révérence. Maintenant qu'elle savait qu'elle était sur la fin, les derniers mois de mannequinat lui seraient très certainement plus agréables.
« Je ne comprends pas... il s'est passé quelque chose que j'ignore ?
-Non, lui dit-elle en souriant. Juste la vie. »
xOxOxO
Quand Dom se crasha, le portoloin en main, sur la fameuse place à la fontaine d'Ilerrante, surprise ! il faisait beau et chaud. Le vent était aussi plus fort qu'en général et provoquait des scènes assez amusantes de pauvres passants qui couraient après leurs chapeaux, et d'autres qui se prenaient le journal du voisin dans la figure. Les longs cheveux roux de Dominique s'ébrouèrent et elle sourit.
Ca faisait trois mois et demi que l'été était fini ; à Londres, le mois de décembre refusait de se montrer clément envers ses citadins et la ville se couchait sous la pluie et le givre. Dominique voulait voir la vie autrement et peut-être que la lumière du soleil méditerranéen lui donnerait de bonnes idées.
Sa valise se mit à rouler toute seule alors que Dominique commença sa route, tout de suite après avoir céder ses bottines à talons contre une paire de spartiates en cuir et jucher ses lunettes de designer sur son nez. Elle serait bientôt une mannequin à la retraite, mais on ne se retire pas de l'école du style !
Le trajet jusqu'à la villa lui prit deux heures, mais ses jambes étaient fortement entraînées à parcourir des kilomètres et en l'absence de talons, c'était même presque trop facile. Les mouettes animaient le ciel de leurs cris, les nuages passaient en coup de vent et les belles maisons devant lesquelles elle passait avaient les fenêtres grandes ouvertes, les rideaux voletant et les gouttières brûlantes. Elle croisa beaucoup de gens qu'elle connaissait et elle dût s'arrêter pour une dizaines de petites conversations. Tout le monde ne parlait que de Claire, et de sa villa qu'elle retapait pour rouvrir l'hôtel.
Elle venait donc pile à l'heure !
Le revêtement de la villa avait été refait, ce fut ce qui l'interpella en premier. La couleur ocre des murs était chaude et accueillante, on aurait presque dit une villa mexicaine. Et l'entrée était tracée par une grande rangée de palmiers et de buissons aux fleurs parmes qui n'avaient pu pousser aussi vite que grâce à un engrais sorcier. Les fleurs sentaient divinement bon, un arôme printanier qui imprégnait doucement l'air et attirait les abeilles. Mais ce qui ne se voyait pas par la rue, c'était que même la terrasse était en travaux… manifestement enceinte d'une piscine ? Dominique rit, aussi bien d'ébahissement que d'amusement. La mer Méditerranée était à deux pas en tong ! Etait-ce bien nécessaire ?
Dominique ne s'en plaindrait pas plus que ça, elle était grandement plus à l'aise dans une piscine que dans les vagues imprévisibles de la mer.
"Mon instinct ne m'a donc pas jouée des tours ! Une de mes petites-filles est bien rentrée par effraction !"
Tout en souriant, Dominique se retourna juste à temps pour que sa grand-mère l'attrape par les épaules "pour bien la regarder et vérifier qu'elle n'était pas malade pour débarquer sans crier gare". Claire était vêtue d'une salopette raffinement taillée, et un chapeau pourpre la protégeait des attaques du soleil. Signes des travaux, des traces de peintures et de poussières coloraient la salopette.
"Le portail était ouvert, se justifia Dom.
-Au vu de ta valise, j'en conclus que tu comptes rester avec moi quelques jours ?
-J'avais pensé à un peu plus long."
L'oeil pétillant, Claire proposa qu'elles discutent de ça autour d'une limonade.
"J'ai encore quelques projets à finir, alors j'en aurais sûrement jusqu'à la fin de l'année prochaine et peut-être que je continuerai à rendre quelques coups de mains à l'agence s'ils ont besoin d'un mannequin, et qu'ils sont en contre-temps, mais je veux arrêter. Je ne veux plus que ce soit mon job principal, en tout cas.
-Tu as raison, il faut changer d'air… mais tu sais quoi faire après ?
-T'as pas besoin d'une associée ?" demanda Dom avec un sourire espiègle.
Claire éclata de rire, léger mais puissant, et Dom rit avec elle. Le soleil faisait étinceler leur limonade mais protégée par la magie des verres colorés, la boisson restait fraîche. Du dernier étage, leur parvenait le raffut du travail des quelques ouvriers que Claire avait embauché pour qu'ils installent un sauna -visiblement, les Ilerrantais n'avaient jamais trop chaud. Claire lui avait fait un petit tour de la villa et en effet, les changements étaient partout. Rien que dans la grande pièce du bas, résidait désormais un bar flambant neuf qui sentait déjà bon les cocktails du soir au comptoir.
A vrai dire, quand elle avait fait ses valises pour Ilerrante, elle n'avait pas une idée fixe de ce qu'elle comptait y faire. Elle voulait déjà voir sa grand-mère -elle se demandait si elle mettait réellement ses pensées d'hôtel à exécution. Dominique n'avait pas d'étude, mis à part ses ASPICS très justes, ce n'était pas avec ça qu'elle trouverait un boulot. Heureusement, durant ces quatre ans de mannequinat, elle avait beaucoup mis de côté et elle avait pensé monter sa propre affaire, commencer quelque part. Mais l'idée d'ouvrir un hôtel avec sa grand-mère dans la villa de son enfance était bien, bien trop tentante pour qu'elle se déloge de son esprit. Pourquoi ne pas plutôt investir dans les affaires familiales ?
"C'est donc pour ça ! comprit Claire. Je me disais bien aussi que c'était bizarre que tu reviennes pour ta pauvre grand-mère !
-Fais pas ta malheureuse quand à soixante ans, t'as encore l'énergie de rouvrir un hôtel !
-Et ce sera le plus bel hôtel de la ville ! J'ai le soutien du maire, lui confia-t-elle avec un clin d'oeil malicieux.
-Ca donne déjà dans la corruption, plaisanta Dominique. Mais oui, je suis là pour participer, si tu veux bien de ta petite-fille sous-qualifiée, sans étude et sans C.V.
-Une vélane n'a pas besoin de C.V."
Sur ces bonnes paroles, elles trinquèrent à leur petit business naissant.
xOxOxO
Le sauna et la piscine furent achevé pile pour le 24 décembre, et les ouvriers plaisantèrent que c'était leur cadeau de Noël. Claire leur dit, avec un clin d'oeil, qu'elle leur offrirait un petit séjour pour Noël prochain si l'hôtel n'était pas complet. Et pour conclure ces travaux menés d'une manière exceptionnel, sans conflit ni encombre, ils burent tous un verre, accoudé au bar flambant neuf.
Il y avait encore quelques petites choses à finaliser dans els chambres et dans le jardin, mais Claire était confiante. L'ouverture était proche, et quelques pubs étaient déjà imprimées dans les journaux. Et des annonces d'embauches.
"Et ben, fit Rose en refermant le Coquillon, le quotidien fétiche des Illerrantais. Vous perdez pas de temps !
-C'est surtout Claire, assura Dom. Elle sait pas prendre son temps !"
Dominique et Claire étaient bien entendu rentrée en Angleterre pour célébrer Noël avec le reste de la famille, au Terrier, comme chaque année. Les échanges de cadeaux mémorables, les farces de Roxanne et James, les récit et nouvelles histoires de chacun, les quelques disputes et débats inutiles, tout ça pour que ce Noël soit pareils à tous les autres.
Victoire et Teddy allaient toujours bien, jusque-là, pourvu que ça dure, disait-on. Scorpius n'avait pas été invité pour Noël mais Rose était de bonne humeur, alors, ça ne laissait envisager que le meilleur. Albus rougissait quand on lui demandait comment allaient ses amours, et comme Lily ne savait pas garder un secret, tout le monde savait qu'il avait croisé une moldu à la gare de Londres qui lui avait même demandé son numéros -quel numéro ? avait-il bredouillé. Le sauvant savamment, Lily avait expliqué que son téléphone était tombée dans les toilettes et qu'il attendait de le remplacer, la moldu avait éclaté de rire alors qu'Albus ne comprenait visiblement rien à la conversation. Lily se chargeait depuis des détails techniques moldus pour les garder en contact, et Dom se rendit alors compte que sa petite cousine avait été plus blessée par toute cette histoire avec Scorpius et Rose qu'elle ne l'avait laissé paraître. Et qu'assez étonnamment elle était aussi plus mature qu'elle le faisait croire.
Comme dans toutes les familles, les amours continuaient à aller et venir, parce que personne ne pouvait arrêter les vagues de courir. Fallait bien garder le rythme, pour que la vie fasse son boulot. Ceux qui savaient essuyer leurs larmes dans un sourire tremblant étaient les plus libres de ce monde.
Et ce soir, c'était le Nouvel An ! La théorie voulait que chacun fasse table rase pour repartir de plus bel… Que tout le monde se tiennent à la ligne de départ, 10, 9, 8… Molly et Hugo avaient déjà leurs sarbacanes à la bouche, et Victoire distribuaient les petits chapeaux pailletés que les autres faisaient mine d'accepter avec enthousiasme… 7, 6, 5, fléchissez les jambes, le regard braqué droit devant… Roxane et James étaient déjà debout sur la table, parce que si personne ne prenait sur soi pour faire n'importe quoi, le 31 décembre durant les dernières secondes, alors comment l'année suivante pourrait bien commencer ? 4, 3, 2, j'espère que vous avez bien nouer vos lacets, pas question de tomber. Rose tourna son regard rieur vers Dominique et elle leva son cocktail coloré vers elle.
1.
A la surprise de tous, ce fut Louis qui cria le plus fort dans la villa de sa grand-mère où toute sa famille s'était réunie pour l'occasion.
JOYEUSE NOUVELLE ANNEE 2028 !
Pleins d'amour, et que la santé et le succès soient au rendez-vous.
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Dans la vie, tout avoir était un big no-no. Autant s'y faire jeune, tout avoir, c'était aussi impossible qu'interdit.
Honnêtement, c'était mieux comme ça. Comment diable apprécier ce qu'on a quand on a tout le reste à côté ? Non, non, n'y pensez même pas. On est sur Terre, et sur cette planète, il y a un certain équilibre obligatoire. De toute façon, on ne vous laissera pas faire, essayez donc un peu de tout avoir et on vous volera ce que vous avez de plus précieux ; et vous ne l'aurez pas volé.
Dominique le savait bien, c'est pourquoi quand elle parcourut des yeux le CV de Barnabé Rodriguiz qu'elles avaient reçu pour le poste de Barman dans l'hôtel, une très drôle de sensation la paralysa. Quelque chose d'agréable et désagréable à la fois. Tentant mais… mauvais. Eve avait dû ressentir ça quand elle avait croqué dans la fameuse pomme. Bon… le scénario du Jardin d'Eden, mais à son envergure, bien sûr, faut pas pousser.
"Marisol m'avait dit qu'il était rentré et… en effet, clarifia Claire avec un sourire un brin ironique. Quel loveur, ce petit. Tu veux qu'on l'embauche ?
-Pourquoi on l'embaucherait ? demanda-t-elle. Ce n'est pas un jeu. On passe des entretiens d'embauche, point. S'il est le meilleur candidat, alors, on le prendra malgré le bagage émotionnel négatif qu'il traîne avec lui. "
Alors que Claire ricanait un peu du discours de sa petite-fille, celle-ci reposa le CV aux côtés des quatre autres. C'était vraiment ce qu'elle pensait, pourtant, ça n'avait rien d'une blague. Elle appréciait l'initiative, elle sentait également son coeur chavirer devant le romantisme de la chose mais non.
Fini de jouer.
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Pour décider du meilleur candidat, Claire et elle avaient décidé d'organiser un petit concours de cocktails à la villa. Dominique n'avait pas convoqué Barney. Elle connaissait les saveurs de ses cocktails sur le bout de sa langue, elle était sa première buveuse et elle doutait profondément qu'il se soit amélioré en Roumanie ; il était bien trop occupé à se faire cramer le cul par des dragons. Et c'était mieux pour tout le monde qu'il ne soit pas là. S'il était là, ce serait impossible pour elle d'être objective.
Les quatre candidats leur en mirent pleins les yeux, à coup de paillettes magiques acidulées et jonglage de shakers orchestré magistralement. Ce fut bien difficile de les départager, ils étaient tous les quatre excellents, ce n'était même plus une question d'objectivité. Barney ne leur arrivait pas à la cheville.
"Je crois qu'il serait en fait préférable d'en engager deux, décida Claire après un temps de réflexion. Un à temps complet, et le deuxième à mi-temps. J'aime vraiment beaucoup Elise et Joey.
-C'est une bonne idée ! Perso, j'ai une petite préférence pour Clarice.
-T'as réfléchi pour ton Barney chéri ? On peut le prendre en temps-partiel, si tu veux."
Dominique sourit. Oui, elle avait bien réfléchi, ces derniers jours.
"T'inquiète pas, je me charge de sa candidature."
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Il lui fallut quelques secondes à fixer la porte avant de frapper. Elle ne savait plus trop quelle attitude prendre ; la colère ; le ressentiment ; la compréhension ; l'affection. Le tout se mélangeait pour former une épaisse mélasse qui la pesait, la rendait lasse. Elle voulait voir le bon côté des choses, relativiser, parce que le monde était vaste, offrait milles opportunités à la seconde et que la soleil brillait fort, qu'il faisait beau, et qu'elle aimait Barney.
Quelle belle histoire ça pourrait être. Mais elle aimait rester, et il aimait partir. S'il restait pour elle, elle devrait vouloir partir pour lui ? Un amour rendu possible par des sacrifices et des compromis sonnait bien, mais quand on finissait par être la personne à devoir oublier ses rêves pour l'autre… pourquoi tout ça devenait si triste, et déplorable, injuste ? Elle voulait qu'ils soient tous les deux heureux. Au final, n'était-ce pas la seule chose qu'on devrait vouloir pour quelqu'un qu'on aime ?
Son poing percuta le bois de la porte trois fois et elle attendit. Ce devait être le destin puisque Barney lui ouvrit. Son visage se figea, la surprise, puis la joie se peignit sur son visage, et elle lui sourit en retour.
"J'ai cru que t'allais m'ignorer… ça fait des jours que je t'attends", lui avoua-t-il.
Une telle franchise la bouleversa un peu et son sourire se brisa. Elle ne voulait pas qu'il l'attende.
"Je suis venue te dire qu'on a bien reçu ta candidature, lui apprit-elle, mais que malheureusement elle n'a pas été retenue."
Il rit un instant, hocha la tête.
"Vas-y, rentre," l'invita-t-il avec un geste de la main.
Elle entra et il referma la porte derrière elle. A première vue, la maison était silencieuse et il n'y avait qu'eux à l'intérieur. La télé était allumée sur le championnat international de surf et elle alla s'asseoir sur le canapé, suivie de près par Barney qui lui demanda si elle voulait quelque chose à boire.
"Non, c'est bon, refusa-t-elle.
-Pourquoi t'as un air si sérieux ? commença-t-il à s'inquiéter. Tu viens m'apprendre une mauvaise nouvelle, c'est ça ?
-Pas vraiment, fit-elle d'un haussement d'épaule. Tu te rappelles quand je t'ai dit que je ne te pardonnerai jamais ? J'étais stupide et en colère, je retire ce que j'ai pu dire."
Il fronça les sourcils, ses yeux noirs accrochés au sien jusqu'à ce qu'elle détourne le regard. Qu'il soit celui dont les espoirs se retrouvent écrabouillés devant lui, c'était inhabituel, et Dominique aurait pensé apprécier ce revirement de situation. Si seulement elle avait arrêté de l'aimer, sans doute aurait-elle apprécié. Tout était bien trop compliqué, entre eux.
"Je comprends pas ce que tu es en train de me dire.
-C'est quoi ton plan, exactement ? demanda-t-elle, ses nerfs commençant à l'irriter. Travailler chez ma grand-mère et rester sur Ilerrante ? C'est la vie que tu veux ?
-C'est si mal que ça ?
-Rappelle-toi, répliqua-t-elle, pour toi, ça l'est."
Le bruit du vent marin paraissait surréel, émanant des enceintes de la télé, on aurait qu'une tempête secouait le salon mais non, tout était calme et immobile. Elle le vit avaler sa salive, elle savait à quel point c'était frustrant.
"Je peux pas vivre ma vie comme ça, reprit-elle, quelques jours m'ont suffi. C'était bien, peut-être trop bien, on a oublié de parler, mais si on l'avait fait, si on avait parlé, tu sais ce qui se serait passé. C'est pour ça que tu m'as rien dit, rappelle-toi. Tu m'as traitée comme une activité de fin de journée. Tes voyages, tes grandes aventures par-delà le monde, c'est ta vraie vie et le reste…
-Dom, je suis vraiment désolé, je te promets…
-Mais désolé de quoi ? de m'avoir rien dit, ou d'être parti ?
-Les deux.
-Pourquoi ? Tu n'as pas à t'excuser pour quelque chose que tu voulais vraiment, mais oui, tu aurais dû me le dire."
Il vint s'asseoir en face d'elle sur la table basse et ses jambes encadrèrent les siennes, et il posa ses mains sur ses genoux. Elle pencha un peu la tête en le regardant et le laissa faire.
"Hm, fit-il, je sais que j'ai eu tort. Si je te l'ai pas dit… au fond, c'est surement parce que j'étais pas si sûr de vouloir partir. C'était peut-être plus par habitude. J'avais aussi sans doute peur que si je t'en parlais, j'allais vouloir rester ou… honnêtement, je sais pas moi-même. Dom, t'as pas confiance en moi, je sais ça, mais je suis sérieux. Cette fois-ci, je te promets que je partirais pas."
Elle fit une grimace en entendant ses derniers mots et secoua la tête.
"Non. Non, non, surtout pas de promesse, refusa-t-elle. Tu peux partir d'ailleurs, pendant des jours, ou des semaines, ou des mois, mais pas comme tu l'as fait. Pas en… en me manquant de respect, en partant du jour au lendemain sans prévenir. Tu peux partir autant que tu veux, pour la durée que tu veux, je te demande pas de faire une croix sur tes rêves. Sache juste que moi, je ne peux pas te promettre de t'attendre. Si tu pars trop longtemps, peut-être qu'un jour je t'oublierai vraiment."
Avec un sourire qui s'élargissait à mesure qu'elle parlait, il se pencha vers elle pour l'embrasser et elle passa ses bras autour de son cou en soupirant. Qui savait où ça pourrait les mener, peut-être qu'ils ne dureront pas même un mois, mais bon, Dom voulait quand même risquer le coup. Même s'ils étaient si différent de milliers de façons, et qu'ils n'envisageaient pas la vie sous la même lumière, peut-être que s'ils voulaient tous les deux que ça marche, ça suffirait. Si Rose et Scorpius avaient une chance, si Vic et Teddy, et ses propres parents, Tata Ginny et Tonton Harry, Tata Hermione et tonton Ron, si tout ce bon monde avaient pu le faire, alors peut-être qu'ils pouvaient au moins essayer.
Dominique s'était rendue compte qu'elle n'avait pas peur. Ni d'avoir le coeur brisé, ni d'être déçue ou trahie, elle n'en mourrait pas. Et Barney valait le risque. Malgré ce qu'il croyait, elle lui faisait confiance. Elle lui faisait au moins confiance pour être quelqu'un de bien et au fond, elle ne demandait pas beaucoup plus. Etonnant, hein ? La vélane top-modèle n'était pas si compliquée. De l'honnêteté et du respect, c'était tout ce qu'elle voulait finalement.
"Au bout de la première semaine en Roumanie, je voulais te voir, lui confia-t-il. Et tout ce que tu m'as dit tournait en boucle dans ma tête. Le jour où je me suis fait brûler par un dragon, c'est parce que j'étais complètement déprimé à cause de ça, du fait que tu me manquais et… que tu ignorais les pivoines, et que tu me détestais. D'accord, pas de promesse mais… je t'aime vraiment, Dom. Je te connais depuis toujours, alors être avec toi… je savais que c'était le tout pour le tout, tu comprends ? J'ai merdé plusieurs fois mais j'avais besoin d'être sûr de moi.
-J'suis sûre que tu vas encore merder des tas de fois !"
Il se mit à rire et elle rit avec lui. Le bruit des vagues leur parvenait de la télé et le commentateur félicitait un surfeur pour ses exploits.
"Alors, tu veux vraiment pas de moi comme barman ?
-C'est toi qui vois, prétendit-elle en se reculant pour s'adosser au canapé, mais je sors pas avec les employés…
-Ca, c'est parce que tu m'as jamais encore employé."
Elle haussa un sourcil moqueur devant son air arrogant avant de répliquer :
"Les autres candidats étaient bien meilleurs que toi !
-Pff, à quoi ça sert ? Tu sortiras pas avec eux !"
Elle se leva du canapé pour venir s'asseoir sur ses genoux et elle le regarda quelques secondes droit dans les yeux avant de l'embrasser. L'une de ses mains s'immisça dans ses cheveux roux et elle sourit contre ses lèvres, avant de se reculer juste assez pour le regarder à nouveau.
"Si tu peux rester longtemps avec moi sans être malheureux, fais-le, d'accord ? lui proposa-t-elle.
-C'est sans toi que je serais malheureux, Dom.
-D'accord ? insista-t-elle.
-D'accord."
