Et l'agent Gideon, de bien des manières, est submergé par sa profonde connaissance des autres, c'est la raison pour laquelle il livre aussi peu de lui-même, tout en se donnant corps et âme dans chaque affaire que nous traitons.
.
Ils parcoururent seuls le Hall des Maîtres. Vide, comme il l'était depuis maintenant quinze ans.
Personne n'avait foulé ce sol depuis que Foyet avait tué Jason Gideon.
Une épaisse couche de poussière obscurcissait le tableau du dernier Maître en date. Dave siffla avec colère en le voyant dans cet état, puis s'éleva en battant des ailes afin d'envoyer une bourrasque de vent qui balaya le verre et ses environs. Le marbre noir étincelait alors que la poussière retombait au loin, et Gideon les regarda depuis ce moment capturé par l'appareil photo, presque vingt ans auparavant.
Il était entouré par son équipe. Un Pikachu, un Florizarre, un Tortank, le museau reptilien d'un Dracaufeu, le sourire timide d'un Lokhlass. Dave se tenait à ses cotés, le torse bombé de fierté et le bec ouvert pour pousser un cri qui faisait grimacer les autres.
Pour une fois, Dave était silencieux, renfermé, ses yeux sombres fixés sur les visages immobiles de son équipe. Spencer lévita jusqu'à lui, les yeux grands ouverts.
Je suis désolé pour ton équipe, dit-il soudain en tendant une patte pour frôler l'aile de Dave. Et pour ton dresseur… je sais que cela s'est passé il y a longtemps, et… enfin, je ne peux pas imaginer ce que cela fait de perdre… tout ça.
Dave fit un bruit sourd, et s'éloigna en direction des portes. Ils en avaient terminé. C'était fait. Ils pouvaient rentrer chez eux, revenir à ce qui les y attendait, quoi que ce soit.
Hotch déglutit difficilement. Foyet était mort. Dave n'avait aucune raison de rester avec lui… plus maintenant.
Jack. Il pouvait rentrer retrouver Jack. Il aimait son travail, il l'aimait beaucoup, mais il aimait sa famille encore davantage.
Et trop de temps s'était écoulé.
- Qu'a-t'il dit ? demanda-t-il à Spencer à voix basse, alors que le Roucarnage quittait la pièce sans un regard en arrière.
Le torse de Spencer se souleva alors qu'il inspirait brusquement, la queue basse et la fourrure dressée d'inquiétude.
« Tout a une fin, gamin ». Ce n'est pas la fin, pas vrai, Hotch ? Ce n'est pas la fin pour nous ? Hotch ?
Hotch ne répondit pas.
Il ne savait tout simplement pas.
-o-o-o-
Le silence tomba dans la pièce.
- Vous avez choisi le BAU, dit soudain Strauss. A l'époque. Regrettez-vous ce choix, Agent Hotchner ? Sachant que cela vous a fait perdre quinze ans avec votre famille ?
Hotch ne laissa son regard ni se détourner, ni tressaillir.
- J'ai fait ce que j'avais à faire pour qu'ils soient en sécurité, madame. J'ai passé ces quinze années à bâtir mon équipe et à m'améliorer jusqu'à ce que je me sente capable de traverser la Route Victoire et d'en ressortir, vivant. Pas juste vivant, mais avec mon équipe saine et sauve. Vous aviez tort de les décrire comme sous-entraînés et de bas niveau… mon équipe est telle qu'elle doit être pour accomplir son travail. Et ils continueront de l'accomplir, peu importe qui est à leur tête, car ils aiment ce travail. Peu importe la punition que vous pensez appropriée pour mes actions, punissez-moi, pas mon équipe. Ils suivaient mes ordres. Et ils ont été fantastiques.
Strauss regarda en silence les autres membres du conseil.
- Nous allons devoir discuter de votre cas, Agent, dit-elle finalement. Mais il faut que je vous demande quelque chose : si cela marque la fin de votre carrière au sein du Bureau, qu'allez-vous faire ?
Hotch eut alors un sourire. Car il connaissait la réponse. Il était fatigué. Vieux, plus vieux que jamais, éreinté.
- Je rentre chez moi, dit-il simplement. Retrouver ma famille.
Enfin.
FanDeBlack : Oooh, je veux voir cette statue ! :D
