CHAPITRE 2: ENTRE DESPOTES

Tout était sombre. Il passait de la conscience à l'inconscience à la façon de montagnes russes. Il était comme dans une bulle, les sons étant lointains, presque irréels. Il croyait entendre son nom, parfois, entre deux moments de flou. " Reyes! Reyes! " Depuis quand on ne l'avait pas appelé par son véritable nom...?
Il sentit quelqu'un le tirer pour le mettre sur le côté. "La position latérale de sécurité", quand les gens dégobillaient leurs tripes. Même complètement torché à la vodka dans ses jeunes années, il ne se rappelait pas avoir été aussi misérable.

Vomir lui faisait un mal de chien, et pourtant, tout ce qui sortait, c'était une espèce de matière noire, qui partait en fumée au contact de l'air. Peut être que c'était l'heure de la rédemption, il crachait son âme, qui n'était que haine et colère. Pour se rendre compte à la fin qu'une fois tout le mal à l'extérieur… Il n'était rien. Que du vide. Plus rien de Gabriel Reyes ne devait subsister, depuis le temps. Il n'était plus que le faucheur, un tueur sans foi ni loi.

Il n'avait aucune idée d'où il se trouvait et avec qui, et il s'en foutait. Il n'était plus que douleur et colère. Colère contre TALON qui n'avait rien pu faire pour lui rendre son humanité. Colère contre Ange, qui l'avait ramené à la vie avec ce foutu virus. Colère contre son corps qui se retournait contre lui. Colère contre Jack Morrison, parce que… Parce que quoi…?

Parce qu'il m'a abandonné.

Le soldat allait le hanter jusqu'à son dernier souffle, aucun répit de toute son existence...
Ils avaient toujours eu un rapport bizarre. Entre le conflit et l'amitié. Entre la haine et...

Il avait passé sa vie à lui sauver la peau. Même quand il était membre de Blackwatch. Même aujourd'hui, sous les ordres de TALON, il lui arrivait de désobéir, et d'agir en toute discrétion pour protéger le soldat. S'il avait une bonne étoile… Son nom était Reyes. Parce que si le faucheur avait réellement voulu tuer Jack, il l'aurait fait depuis longtemps. Parce qu'il ne ratait jamais sa cible.
Pendant un instant, il crû que c'était justement Jack qui était venu le sauver. Il crû même l'entendre dire...

- Je t'interdis de crever, enfoiré!

Meilleure. Hallucination. Ever.
Ultra fidèle, jusque dans les détails.
La mort avait du bon finalement. Elle lui donnait l'illusion qu'il n'avait jamais réussi à avoir dans ses rêves: Jack, volant à son secours. Enfin, quels rêves? Ses nuits n'étaient que cauchemars. Toutes les nuits son inconscient le torturait en lui rappelant sans cesse ce jour où la base suisse d'Overwatch avait été réduite en cendres. Ce jour où Jack et lui auraient dû trouver la mort. Mais où la mort les avait rejetés. Sûrement avait-elle d'autres plans pour eux.
Enfin, plus rien n'avait d'importance de toute façon, sa souffrance avait pris le dessus, elle le submergeait, et se ressentait dans son corps et son esprit. Il ne se calmait que le temps de quelques minutes, avant de dégobiller encore. Il se sentit soulevé, et porté par Soldat76 dans la nuit noire, avec seulement une espèce de lampe torche pour éclairer leur chemin. Et rien que cette toute petite lumière l'agressait. Il était les ténèbres, n'importe quelle lumière aussi faible soit-elle lui bouffait la rétine.
On lui enleva ses fringues et ses bottes, puis sa tête rencontra soudain un coussin moelleux, et il s'évanouit enfin dans un sommeil salvateur après avoir senti une légère piqûre à l'avant bras.


Il était dans les environs de cinq heures du matin lorsqu'Ange avait été tirée du sommeil par Jack, puis traînée à moitié réveillée dans son labo au sous-sol de la base. Elle n'avait comprit la gravité de la situation qu'une fois face à "l'urgence" dont Jack n'arrêtait pas de lui parler: Gabriel Reyes, étendu sur l'un des lits de la pièce. Elle se retrouva clouée sur place, dans l'impossibilité de bouger ne serait-ce que le petit doigt; tétanisée de stupeur face à son ancien camarade, qui portait l'accoutrement du faucheur.
Ca faisait beaucoup d'un coup, d'apprendre que non seulement Gaby était vivant, mais qu'en plus, il était devenu le meilleur assassin de TALON.
Elle ne l'avait pas revu depuis ce fameux jour où elle l'avait ramené d'entre les morts… L'ambition qu'elle avait à l'époque l'avait poussée à le garder en vie à n'importe quel prix. Elle pensait avoir le pouvoir de vaincre la mort, grâce à un virus modifié qu'elle avait elle-même créé. Mais ça avait mal tourné… Et Gabriel avait disparu, son corps réduit à néant dans une explosion de particules noires, tandis qu'ils essayaient d'arrêter de multiples hémorragies...
Elle l'avait donc crû mort, comme tout le monde.

Le faucheur semblait être dans un état critique; sa respiration était chaotique, sa chair semblait partir en fumée sous leurs yeux, et ce qu'elle pensait être son sang ne cessait de couler d'une plaie à son épaule. Toute la partie droite de son visage semblait brûlée, et une large balafre barrait son oeil gauche….

C'est ma faute…

Jack ne cessait de la supplier de faire quelque chose, n'importe quoi. Il fallut la secouer pour qu'elle reprenne ses esprits. Elle inspira un grand coup: désormais elle n'était plus Ange. Elle était juste un médecin.

Cela fut long et périlleux, mais elle finit par réussir à stabiliser l'état du faucheur, et arrêter l'hémorragie, avec l'assistance de Jack. Ce dernier s'endormait presque debout après l'opération, aussi Ange lui ordonna de retourner se coucher.

Quand elle fut enfin seule avec Gabriel dans son labo, elle fondit en larmes en silence.

Tous les remords qu'elle avait éprouvé durant toutes ces années, toute cette culpabilité qu'elle avait portée sur ses épaules depuis la disparition de Gabriel… Avaient formé un bouchon au niveau de ses émotions, qui venait juste de popper, comme celui d'une bouteille de champagne. Bam, débogage de la matrice, les larmes pouvaient enfin couler. Et depuis le temps, il y en avait un bon stock. Elle répétait qu'elle était désolée, entre deux sanglots. Maintenant qu'elle avait commencé, elle ne savait même pas si elle pourrait s'arrêter de pleurer. La blessure s'était ré-ouverte, béante, infectée par la haine qu'elle éprouvait envers elle-même. Elle plaqua ses mains sur sa bouche, tentant d'étouffer ses sanglots qui à présent ressemblaient à des pleurs d'enfant: bruyantes, incontrôlables...
Inconsolables.


Quand Gabriel reprit conscience, c'était le flou total.
Son esprit était complètement embrumé, il porta une main à sa tête, comme si ça pouvait arrêter cette affreuse impression que tout tournait autour de lui. Son corps était en feu. La douleur faisait apparaître des taches noires dans sa vision. Ses yeux se posèrent sur des perfusions et un moniteur, à côté de son lit. Il avait horreur de ces machins là. On avait vraiment dû le ramener dans un sâle état.
Il regarda autour de lui: il avait beau se trouver dans ce qui semblait être une chambre d'hôpital… Ca ne ressemblait en rien à l'une de celles de TALON.

La pièce n'était pas très grande, et un peu en désordre. Il y avait tout le matériel de l'apprenti chimiste, avec des fioles et bouteilles de substances aux couleurs douteuses sur de multiples étagères. Il y avait un bureau, mais il était noyé sous des piles et des piles de papiers.

Il arracha les aiguilles plantées dans sa peau qui le reliaient à une perfusion et se leva du lit, survolant du regard les divers rapports qui trainaient sur le bureau… Quand soudain, il entendit une voix se rapprocher, venant du couloir...

Cette voix...

Une haine insoutenable pointa son nez. Il sentit son sang bouillir et ne faire qu'un tour, la colère calmant en un temps record la douleur qui émanait de tous ses membres. Sa respiration se ralentit, comme à chaque fois qu'il s'apprêtait à tuer. Tel un félin se préparant à se jeter sur sa proie, il retint son souffle…

La porte de la chambre s'ouvrit, révélant Ange, celle qu'il avait tant rêvé de tuer, après tout ce qu'elle lui avait infligé…

Il fonça, et plaqua la blondinette au mur, une main dangereusement serrée autour de sa gorge. Elle était si frêle, même pas besoin de deux mains pour l'étrangler… Il n'avait qu'à serrer un peu plus, un peu plus longtemps et…

- Lâche-la.

Ce n'était pas la pointe d'un flingue flanquée contre son crâne qui l'avait fait obéir.
C'était la voix qui lui en avait donné l'ordre.

Jack…?

Le faucheur relâcha son étreinte, et Ange tomba au sol, tentant de reprendre son souffle.
C'est là qu'il tilta: il n'avait pas été secouru par TALON... Mais par la clique d'Overwatch..?
Pourquoi? Comment…? C'était Sombra qui devrait être là! A lui répéter à quel point il était estupido , qu'il aurait dû consulter un médecin plus tôt, parce que, « Santa Maria, faut que t'apprennes à demander un peu d' ayuda, Papi !». Mais qu'est ce qui avait bien pu merder?! Il essaya de se remémorer la scène: lui, désorienté, en train d'essayer d'envoyer un SOS. Chercher Sombra dans le répertoire… Qui se trouvait juste sous l'entrée "Soldat76".
Et soudain, il se sentit comme le pire idiot que la terre ait jamais porté.
Mais quel sombre crétin gardait dans ses contacts celui qui était son meilleur ami avant de passer du côté de l'ennemi?! Il s'insulta mentalement lui-même, et dans sa langue maternelle s'il vous plait, parce que son esprit mélangeait tout. Français et espagnol, amis et ennemis, TALON et Overwatch...
C'était rare qu'il fasse des gaffes. Mais alors celle-là, c'était la meilleure qu'il ait jamais faite.

Son cerveau qui commençait enfin à se réveiller de sa torpeur et à faire des liens pour mieux comprendre la situation, se rappela soudain d'un détail. Gabriel porta sa main au visage: rien. Pas de masque cachant son identité, ses yeux rouges, son air de psychopathe, ses innombrables cicatrices, sa joue brûlée, sa peau blafarde… Sa honte. Rien pour dissimuler le monstre qu'il était devenu. Ses mains se mirent à trembler, mais il ne savait plus si c'était d'horreur ou de colère. Il recula, encore et encore, jusqu'à ce que son dos ne rencontre un mur, contre lequel il se laissa tomber au sol. Face à lui, Jack Morrison, dans son accoutrement de Soldat76, visière comprise, qui avait toujours son flingue braqué sur lui. Et Ange, qui après avoir reprit son souffle, se précipita vers lui quand son corps recommença à faire des siennes, refusant de garder une forme précise à cause de la panique, de la colère, de tout ce tumulte d'émotions négatives…

- Ecoute moi bien, Gabriel. Tout est de ma faute! Ta condition physique, la naissance du faucheur, les morts qu'il a causées, TOUT! Je ne mérite pas ta confiance, encore moins ton pardon, mais va falloir que tu me fasses confiance sur ce coup-là! Je SAIS ce que je fais maintenant! Et je vais te sauver! Mais il FAUT que tu me fasses confiance! Je t'en conjure!

- Pourquoi… Vouloir… Sauver le faucheur…?

Ange écarquilla les yeux, entendant pour la première fois depuis des années la voix de Gabriel Reyes. Pas celle du faucheur, qui était rauque et grave, étouffée sous un masque. Celle plus douce, plus calme, moins saturée de Gabriel.

- C'est Gabriel Reyes que je veux sauver. Parce que les héros ne meurent jamais.

Morrison eut un pincement au coeur. Ce qui était bien quand on avait le coeur sur le point d'imploser… C'est que ça ne se voyait pas.
Encore moins quand on était planqué derrière une visière comme la sienne.
Gabriel leva les yeux vers elle. Ange n'avait pas pris une ride, mais avait d'immenses cernes, n'avait-elle donc pas quitté son chevet depuis son arrivée…?. Elle le regardait, droit dans les yeux, déterminée à lui faire entendre raison. S'en voulait-elle à ce point…? Elle sortit une seringue de sa poche, et le fixa un court instant, attendant son accord et sa pleine coopération.
Ce dernier hôcha la tête, et lui tendit son bras. Elle lui injecta alors un liquide verdâtre dans les veines, non sans appréhension. La vision de Reyes devint soudainement noire, et il s'évanouit à nouveau dans les ténèbres, qui semblaient bien accueillantes ces derniers-temps…


L'insomnie avait rendue visite à Ana ce soir. Comme c'était assez souvent le cas. Avec le temps, elle avait pris l'habitude d'aller faire un tour sur le toit pour prendre l'air, se détendre, et retourner se coucher par la suite, plus sereine. Prête à retourner dans les bras de Morphée s'il voulait bien la reprendre. En ouvrant la porte qui menait au sommet du bâtiment, elle resserra sa veste autour d'elle. Le vent était frais. Elle inspira profondément… Et sursauta en entendant une voix à côté d'elle.

- Tu avais raison.

Allongé dos au sol, l'air abattu, Morrison fixait le ciel. Il enleva sa visière, révélant d'immenses cernes, puis se massa les tempes du bout des doigts. La petite crise cardiaque passée, Ana lui demanda pourquoi elle avait raison au juste, après s'être raclé la gorge.

- Pour le faucheur…

L'égyptienne fit la moue, et s'assit à côté du soldat. Elle leva les yeux au ciel: les étoiles étaient bien visibles, ce soir. Et la lune brillait de mille feux.

- Tu l'as croisé durant ta dernière mission…?

- Pas vraiment...

Elle attendit que Jack continue le dialogue, mais il ne le fit pas. Elle n'insista pas, malgré la curiosité qui l'avait piquée. S'il avait appris la véritable identité du faucheur… Alors elle comprenait son état de confusion. Elle aussi, ça l'avait clouée sur place, quand lors d'une altercation avec l'assassin, elle lui avait par accident arraché son masque, découvrant le visage défiguré de Gabriel Reyes… Elle n'en avait parlé qu'à Jack, parce qu'il était le seul qui aurait pu la croire, et ne pas la traiter de folle. C'était pourtant ce qu'il avait fait. Parce que c'était plus facile de le croire mort. Jusqu'à aujourd'hui.
Le soldat sortit son téléphone de sa poche, l'alluma, pianota quelques secondes, et lui tendit.
L'appareil affichait le message qu'il avait reçu la veille.

"G. REYES - Ven. 03h27 : SOS "

Ana haussa un sourcil, et lança un regard interrogateur à Jack.

- Il avait encore ton numéro?

- Apparemment…

- Mais… Pourquoi t'envoyer ça à toi…?

- J'en sais rien. Sûrement une erreur...

Ils restèrent un moment côte à côte, en silence, à profiter du calme de la nuit, observant les étoiles. Nul besoin de mots pour exprimer le bordel dans la tête du soldat, les années passées à servir la justice côte à côte avaient fait qu'ils pouvaient communiquer entre eux d'un regard. Et lui qui n'aimait pas beaucoup parler… C'était tout ce qu'il lui fallait. Ana ne posa aucune question. Elle devinait que pour avoir des cernes pareilles, il avait du voler au secours de Gabriel…. D'une façon ou d'une autre.

- J'sais pas si je suis prêt à lui pardonner quoi que ce soit...

- Comme dirait Zenyatta, un jour à la fois. Ce n'est pas encore d'actualité…

Il sourit tristement. Elle lui donna une tape amicale sur l'épaule.


La seconde fois où Gabriel repris connaissance, Ange avait pris ses précautions, et avait son pistolet accroché à sa ceinture. Soldat76 n'était pas présent.
A moins de faire un cauchemar emboîté dans un autre cauchemar, la réalité était qu'il avait bien été sauvé par Overwatch. Et qu'il avait donc intérêt à se tenir à carreaux pour le moment.
La blonde était assise sur une chaise à roulettes, et se propulsa d'un coup de pied au chevet de son patient. Elle scruta les quelques lignes qu'elle avait griffonnées sur un calepin, puis commença à le questionner.

- A combien s'élevait ta température corporelle en général, selon les rapports médicaux de TALON?

Ah, on est sensés jouer au docteur maintenant? Très bien, jouons le jeu.

- Dix-sept degrés.

- As-tu déja contracté une maladie quelconque depuis l'injection du virus? Rhume, grippe, bronchite...

- Non.

- Comment est ton rapport à la nourriture?

- Inexistant.

- Est-ce que tu as toujours besoin de dormir pour récupérer?

- Oui.

Elle fit une grimace, et nota quelque chose sur le calepin, avant de ranger le stylo derrière son oreille.

- Bon, je vais essayer de résumer le plus clairement possible la situation… Jack t'a ramené inconscient aux environs de cinq heures du matin hier. Retirer la balle de ton épaule s'avéra compliqué vu que ton corps n'arrivait pas à garder sa forme physique… Mon hypothèse est qu'avec le temps, ton corps s'est habitué au virus que je t'avais injecté il y a des années; le virus R9, ce qui fait que tes cellules ne se régénèrent plus assez vite par rapport à celles qui dégénèrent. Et vu tout le sang que tu as perdu à cause de la balle, tu serais mort si Jack ne t'avait pas trouvé à temps. Pour l'instant, je booste ton système immunitaire afin de maintenir un certain équilibre dans ta structure moléculaire. Mais j'ai un plan plus élaboré que ça, et j'ai besoin de ton approbation. Je crois… Que je peux te rendre ton humanité. C'est à dire, t'injecter une forme évoluée du R9 qui fusionnerait avec celui que ton corps a déja intégré, et ainsi réussir à redonner à ton corps ses caractéristiques normales: une température corporelle de trente-sept degrés, un sang de couleur rouge, des yeux marrons… Mais je n'ai pas la conviction absolue que ta faculté à dissoudre et reformer ton corps à volonté sera encore là, ni même celle de te regénerer après une blessure. Ni que ce traitement marchera…

Il haussa un sourcil, trouvant la situation vraiment rocambolesque. C'était une blague, pas vrai?

- Donc… Tu me soignes, je redeviens humain, je ne suis donc plus d'aucune utilité à TALON, et reste ici à Overwatch, où on fumera tous le calumet de la paix en oubliant que je suis le pire meurtrier du monde…?

- Comment ça, d'aucune utilité?

- Disons que j'étais pas censé rejoindre leurs rangs après… La Suisse. Mais que tes talents de sorcière qui m'ont transformé en zombie increvable leur a beaucoup plu.

Elle baissa les yeux. Pan, prends ça dans ta gueule, comme on dit.

- Et si je refuse ta solution, il se passera quoi concrètement, pour en revenir au médical…?

Elle haussa les épaules.

- Alors tu continueras à perdre le contrôle, de plus en plus fréquemment, jusqu'au jour où tu auras complètement cessé d'exister.

Gros moment de blanc, Gabriel plongé dans ses pensées, Ange le scrutant du regard, attendant une quelconque réaction de sa part (sait on jamais, il pourrait essayer à nouveau de l'étrangler, ça serait même plutôt logique.) Le silence s'éternisant, elle craqua et relança le dialogue.

-Talon n'a pas su trouver quelque chose pour t'aider à stabiliser ton état?

- Non. Ils n'ont pas créé le R9. Ils n'ont aucune idée de ses propriétés exactes. Le seul trucs qu'ils ont trouvé, c'est l'adrénaline, ça me stabilise, mais pour un laps de temps très court… Trop court.

- ...

Nouveau silence. L'ambiance était vraiment pesante. Trop de non-dits, trop de remords, de reproches à faire… De questions à poser.

- Pourquoi avoir rejoint TALON….?

Un mince sourire s'esquissa sur le visage blafard de Gabriel.

- Me croiras-tu, si je te réponds que c'était pour vous protéger…?

- Supposons que oui, d'où t'es tu octroyé le droit de choisir qui doit vivre ou mourir…? Tous ces gens que tu as assassiné sous leurs ordres… Leurs vies n'avait pas moins de valeur que celles de Torbjorn, ou… McCree.

Elle savait où frapper, la garce. Il aurait dû l'étrangler tout à l'heure. Au pire, il aurait pris une balle dans la tête, et alors? Il avait survécu à bien pire que ça. Il était immortel. Et la douleur, c'était tout ce qu'il lui restait d'Overwatch. De Jack. De McCree… De sa vie d'avant, lorsqu'il n'était que Gabriel Reyes.

- Tu as raison. Ca nous fait un point commun: le despotisme.

C'était la première fois qu'on traitait Ange de despote. Elle se mit à rire. Lui aussi. Jusqu'à ce que la porte du labo s'ouvre, et que deux personnes n'entrent dans la pièce.
Face à eux, un jeune homme avec un poncho rouge et un chapeau de cowboy, fixant Gabriel comme s'il venait de voir un fantôme (ce qui n'était pas très éloigné de la vérité), et derrière lui Ana, qui manifestement avait voulu empêcher McCree d'arriver jusqu'ici. Elle sourit à Reyes, le regard plein de tendresse et de compassion.
Donc, nous arrivions au niveau 3 de son cauchemar emboité: l'apparition de nouveaux personnages, la complication de la situation, et avec un peu de chance, la crise cardiaque pour ne pas avoir à affronter tout ça...


Note de fin de chapitre: Je voulais vraiment faire THE face à face avec Jack dans ce chapitre, mais ça aurait fait trop long à mon goût, et il me fallait vraiment poser le cadre ici. Tant pis, les fameuses retrouvailles, ce sera dans le prochain chapitre, juste après celles avec McCree. Je vous laisse imaginer tout ça d'ici là! A bientôt, et joyeux noël à toutes et à tous! Love.