Mémoires.

SALUT BANDE DE YAOURT MILKY FRAISE

Un petit changement de registre pour celui-là...

Parce que la tristesse c'est bien aussi.

« Charles. S'il te plaît, efface-moi. »

Le télépathe se figea, la main encore levée au-dessus du plateau d'échec. Ses yeux bleus se posèrent sur son adversaire, incrédules.

Erik avait gardé un visage neutre, le regard toujours concentré sur le jeu. Rien, dans son attitude, ne témoignait de ce qu'il venait de lui demander.

« Pardon ? articula le professeur. »

Il trouva le courage de pousser l'un de ses pions en avant, plus pour s'occuper les mains qu'autre chose.

« Efface ma mémoire, répéta le mutant. Et efface-moi de ta mémoire.»

Charles Xavier le fixa, l'incompréhension se dépeignant sur son visage rond.

Magneto se mordit les lèvres, poussa à son tour une pièce. Ce n'était pas un placement très stratégique. Tant pis.

« C'est la meilleure chose à faire, Charles. Efface notre rencontre. Efface tout ce qui nous lie. Efface notre amitié. »

Les mains du télépathe se mirent à trembler.

« Pourquoi, Erik ? demanda-t-il d'un pauvre filet de voix. »

L'Allemand frissonna un peu.

« Parce que notre rencontre n'a apporté que des larmes. Je n'ai fait que te rendre misérable. Et je continu. Et je continuerais. Il vaut mieux, pour nous deux, que nous ne nous soyons jamais rencontrés. Jamais rencontrés autrement qu'en tant que Magneto et Professeur X. Jamais autrement qu'en tant qu'ennemi. »

Charles secoua violemment la tête.

« Non, s'écria-t-il, non, c'est hors de question. »

Erik déglutit, papillonna des cils. Ses yeux brumeux semblaient retenir à grand peine leurs larmes.

« Charles, mon ami, reprit-il d'une voix qui se brisait à chaque mot. Charles, c'est la seule chose à faire. Je ne peux pas passer le reste de ma vie à te déchirer, à nous déchirer, alors que je tiens autant à toi. Je veux oublier que nous avons un jour partagé autre chose que de la colère. Autre chose qu'une simple partie d'échec pour éviter de se jeter notre ressentiment à la figure. »

Le professeur Xavier ne prit pas conscience de l'humidité soudaine de ses joues.

« Nous pouvons être dans le même camp, plaida-t-il, misérable. Je sais que nous en sommes capable. »

Mais Erik secoua négativement la tête, d'un geste lent, presque hésitant.

« Nos opinions sont trop contraire. Un jour, je repartirais, et je te laisserais de nouveau brisé, derrière moi. Je t'ai déjà pris tes jambes. Qui sais ce que je pourrais te voler de plus ? »

Sa voix n'était plus qu'un murmure.

Le télépathe crispa ses mains sur ses genoux inertes.

« Je ne veux pas t'oublier, mon ami. Je ne veux pas oublier ce qu'il y a de plus beau en toi. »

Magneto prit une inspiration. L'air lui manquait.

« Tu le dois, Charles. Nous nous sommes assez fait de mal avec nos sentiments. »

Le télépathe se prit la tête entre les mains, l'esprit bourdonnant. Une larme glissa le long de sa joue, éclata sur une case blanche du plateau d'échec.

« Erik, je ne peux pas faire ça. Tu es mon meilleur ami. Ne me demande pas de te haïr. »

Le contrôleur de métal étouffa un bref sanglot.

« Tu me haïras un jour, quoi qu'il arrive. Lorsque cela arrivera, je n'aimerais ne pas avoir à me dire qu'un jour, nous étions plus proche que des frères. »

« Je ne peux pas, répéta Charles. »

Mais sa défense partait déjà en morceau.

« Si, Charles, tu le peux, souffla doucement Erik. »

Le télépathe releva la tête vers lui. Leurs regards se rencontrèrent. Il voyait le reflet de son désespoir dans les yeux métallique de son plus vieil ami. De son plus vieil ennemi.

Pris d'une soudaine impulsion, il fit rouler son fauteuil jusqu'à la table basse.

« Charles ? appela Erik de sa voix brisée. »

Il ne répondit pas. Sa main pâle se saisit d'une petite boîte à bijoux.

Il revint vers le plateau d'échec, l'objet posé précautionneusement sur ses genoux.

L'Allemand s'était tu. Il fixait la boîte. Il sentait que c'était important.

Charles l'ouvrit, les mains tremblantes, et se saisit d'un long collier argenté.

Erik eut un petit sursaut.

« Prends-le, intima le télépathe. »

Magneto secoua fortement la tête.

« Charles, c'est le collier de ta mère. Tu dois le garder. »

« Prends-le, répéta le professeur. Garde-le précieusement. En hommage à tout ce que nous avons pu vivre. Garde-le, en souvenir de la personne formidable que tu es. N'oublie jamais, mon ami, que tu es quelqu'un de bien. »

Erik resta un instant immobile.

Il hocha la tête, accepta le présent, s'en saisissant avec déférence.

Ses longs doigts vinrent détacher la chaîne qu'il avait autour du cou.

La lumière dorée de son étoile de David vint frapper le visage du télépathe.

Charles s'en saisit à son tour.

Le regard d'Erik Lehnsherr se planta dans le sien.

Il attendait, patiemment. Ses joues humides brillaient sous la lumière de la cheminée.

Charles Xavier ferma brièvement les yeux.

Il porta sa main droite à sa tempe.

Magneto frappa un grand coup dans son mur, furieux.

Il aurait souhaité qu'il s'agisse de la tête de cet imbécile de Professeur X.

Cet homme le mettait hors de lui.

Toujours en travers de son chemin.

Sa main se porta à son cou. Ses doigts effleurèrent le métal froid du médaillon qui y était accroché.

Sa respiration se calma, un peu.

Ce collier l'apaisait toujours.

Il n'avait jamais su pourquoi.

Il baissa les yeux vers le bijou.

Une étrange peine lui enserra la poitrine.

Son regard dériva vers la fenêtre, vers le ciel étoilé.

Il ne savait pas qui lui en avait fait cadeau.

Il savait juste que ce collier représentait énormément de chose pour lui.

Ses doigts s'étaient resserrés sur le métal.

Un nom lui traversa l'esprit.

Charles…

Qui était Charles ?

Le Professeur X poussa un long grognement.

Il avait passé une mauvaise journée.

Toujours à cause de la même personne.

Cet insupportable Magneto.

Pourtant, étrangement, le télépathe n'arrivait pas à le haïr.

Quelque chose l'en empêchait.

Il fixa le vieux plateau d'échec qui trônait au milieu de la pièce, songeur.

La partie qui y avait été jouée n'avait jamais été finie.

Il n'avait pas souvenir de l'avoir commencée un jour.

Qu'importe. Il n'avait pas eu le courage de remettre les pions dans leurs boîtes. Un autre geste qu'il ne s'expliquait pas.

Il tira machinalement sur l'étoile de David qui pendait à son cou. Il ne la retirait jamais. C'était absurde. Il n'était pas juif.

Pourtant, il la gardait.

Un doux frisson lui parcourut l'échine.

Erik…

Qui était Erik ?