COURS D'ALLEMAND
SALUT BANDE DE PETITS GASTON DE LA BELLE ET LA BETE
Voici un nouvel OS, commandé par Amaeliss !
Nous sommes donc dans un UA, où Erik est le professeur de Charles, avec l'obligation de placer les mots "ornithorynque", "framboise" et "humour".
En espérant que ça vous plaise !
La vie d'Erik Lehnsherr était actuellement pleine de point sombre et d'abîme d'incompréhension le plus grand de ces derniers étant : pourquoi, pas le Grand Manitou métallique, était-il devenu professeur ?
Ce n'est pas comme s'il était pédagogue ni même patient et la compagnie des enfants l'indifférait profondément.
Et pourtant, il était là, à rien de moins que l'université d'Oxford, prêt à gratifier une bande de morveux humains lambda sans intérêt d'un cours d'allemand qu'il n'avait même pas daigné préparer.
Il fixait donc, mauvais, et quelque peu furieux contre lui-même (et contre l'auteur qui l'avait mis dans cette situation) la file d'élèves qui rentraient en rang d'oignon dans l'amphithéâtre.
Il cacha subtilement sous son bureau le stylo qui commençait à se tortiller sous l'effet de son anxiété.
Voilà qui lui apprendra à ne pas acheter des fournitures en plastique dur. Il aurait dû prendre un BIC.
Son regard foudroya -sans la moindre justification, précisons-le- le jeune homme qui avait eut l'outrecuidance de s'asseoir au premier rang.
Le seul à s'y risquer, par ailleurs.
La tête de psychopathe allemand du professeur était quelque peu décourageante.
Le jeune homme lui adressa un sourire absolument innocent, abordant une tête d'ange absolument pénible pour les yeux d'Erik.
Le professeur fronça ses sourcils -abordant ainsi sa tête la plus habituelle- et émit un raclement de gorge.
Raclement que le micro se chargea de répercuter dans toute la salle.
Le silence se fit immédiatement dans l'amphithéâtre.
Il se leva lentement.
Il n'avait pas peur, non, pas du tout, TAIS TOI LECTEUR.
« Hallo. Ich bin Herr Lehnsherr. »
L'auteur se félicita d'avoir subi les cours d'allemand LV3 pendant si longtemps, pour un tel résultat.
Erik s'empara de sa craie, et écrivit son nom en grosse lettre bien droite, faisant crisser agréablement l'objet sur la surface lisse.
Merci, micro, de faire profiter tout le monde de ce son si merveilleux.
Son regard se fixa brièvement sur le dessin d'ornithorynque que son collègue de SVT avait mal effacé, avant de se retourner vers la marée de sale mômes aussi âgés que lui qui lui faisaient face. A quelques mois près.
« Combien d'entre vous on déjà fait de l'allemand ? »
Seul le jeune homme du premier rang leva ingénument la main.
La vie d'Erik lui parut soudainement très triste.
« … Ich sehe. »
Le gamin du premier rang porta négligemment sa main gauche à sa tempe.
Probablement pour s'y appuyer.
Evidemment.
« Êtes-vous au moins familier avec l'histoire allemande ? »
Silence complet.
« Moi, je sais dire « framboise » en allemand, » fit remarquer une élève. « Ça se dit Himbeere. »
Personne ne comprit pourquoi le pied d'une table en fer se tordit brusquement.
« Gut. » gronda Erik, d'une voix qui exprimait clairement ses envies de meurtre. « Nous allons donc revoir les bases. »
Il jeta un regard mauvais à la table, la défiant de se plier un peu plus. Le jeune homme du premier rang écarquilla un peu les yeux, et sourit de plus belle.
Le professeur se rassit – se laissa tomber comme un gros phacochère- sur sa chaise, se frottant l'arrête du nez du bout de son pouce et de son index.
Par quoi commencer ?
Peut-être par une petite histoire accélérée de la langue allemande.
Oui, ce serait par-
« Monsieur, » fit soudainement le jeune homme du premier rang. « Nous pourrions commencer par une petite histoire accélérée de la langue allemande ? Qu'en pensez-vous ? »
Erik en pensait que ce gamin venait de lui voler sa merveilleuse idée, et était partagé entre l'envie d'être ébahi et de le mettre dehors.
« C'est… exactement ce que j'avais en tête. »
Le jeune homme eut un sourire au coin.
« Votre nom ? »
Il ouvrit discrètement le trombinoscope des élèves.
« Charles Xavier, professeur. Troisième colonne du trombinoscope. »
Erik releva prestement la tête, les yeux exorbités, refermant prestement le livre.
Le jeune homme se tapota innocemment la tempe.
« … Très bien. Commençons donc le cours. »
C'est ça, Erik, change de sujet, personne ne le remarquera.
Il s'empara une nouvelle fois de sa craie -la table en fer avait presque fondu dans son coin, il devrait vraiment apprendre à maîtriser ses émotions- et entreprit de réaliser une hideuse carte heuristique représentant douteusement l'évolution des langues, dans un concerto pour Piano de craie crissante.
« Comme vous le savez SANS DOUTE, » railla le professeur, « l'évolution du bas allemand va se mêler au haut allemand durant le Saint-Empire Romain Germanique, puis basculer au rang de dialecte au… »
« XVIIème siècle ? » proposa tranquillement Charles Xavier. « Il me semble par ailleurs qu'elle fut parlée du IXème au XIIème siècles, et est également à l'origine de l'anglais actuel, non ? »
« Euh, » fit Erik.
CE JEUNE HOMME VENAIT DE RECRACHER ENTIEREMENT SON COURS IMPROVISE.
De quoi avait-il l'air, maintenant ?
« D'un imbécile, » se réjouit l'auteur.
« C'est très juste, » grimaça Erik, fixant l'élève d'un regard soupçonneux.
Charles lui adressa un magnifique sourire.
« Mais je vous serais fort gré de ne plus m'interrompre, si vous tenez à rester dans cette salle jusqu'à la fin du cours. »
Le jeune homme se tassa dans sa chaise, perdant sa superbe pour la première fois du cours -si on peut dire ça-.
Erik le foudroya du regard encore quelques instants.
Il était absolument implacable. Bravo, futur Magnéto, tu es désormais un professeur craint et respecté.
Satisfait, il se retourna vers son tableau.
Il n'y eut, loué soit le ciel, pas d'autre incident notable durant l'heure qui suivit.
La sonnerie finit -enfin- par retentir, et Erik put observer avec une satisfaction immense cette bande de singes primitifs et non évolués fuir de sa salle.
« On dirait un groupe de singe, n'est-ce pas ? » fit une voix, à deux centimètres de lui.
Erik fit un bon de trois mètres. Une ampoule éclata, quelque part dans l'amphithéâtre.
Sans surprise, il croisa le regard beaucoup trop bleu pour être honnête de Charles Xavier.
« Vous n'êtes pas très charitable envers vos camarades, » grommela-t-il, prudemment.
Le jeune homme eut un petit rire.
Erik pensa vaguement qu'il avait une tête de futur chauve.
« … Vous ne manquez pas d'humour, pour un professeur, » s'amusa Charles. « Mais je compte bien garder mes cheveux. »
Le professeur recula immédiatement.
« Si j'étais crédule, je dirais que vous vous permettez des petites promenades dans ma tête, » siffla-t-il.
« Si j'étais crédule, je dirais que vous venez de faire fondre cette malheureuse table. Et que votre stylo fait maintenant un 8 dans votre tiroir, » rétorqua Charles.
Les deux hommes se jaugèrent un instant du regard.
« … Par chance, aucun d'entre nous n'est assez simple d'esprit pour croire de telles inepties, » susurra Erik. « N'est-ce pas ? »
« Qui sait ? » murmura Charles.
Le professeur rassembla ses feuilles, un peu tremblant.
« … Vous feriez mieux de rejoindre votre prochaine salle de cours. Je ne vous signerais pas de mot de retard. »
L'élève remonta la bandoulière de son sac sur son épaule.
« Bien sûr, professeur. Bonne journée. »
Erik aurait été absolument incapable de dire ce qu'il pouvait bien penser, sous ses airs d'ange innocent.
Il l'observa attentivement, jusqu'à ce qu'il sorte de la salle.
…
Voilà qui était, somme toute, intéressant.
Il était prêt à parier que Charles et lui avait encore beaucoup de chose à se dire.
ooOooOooOoo
Le professeur Charles Xavier ne leva même pas la tête lorsque le nouvel arrivant fit irruption.
En passant ni plus ni moins que par sa fenêtre.
"Bonsoir, mon vieil ami."
"Bonsoir, Charles."
L'homme s'assit lentement sur le fauteuil qui lui faisait face.
Le télépathe plaça machinalement les pions sur le plateau d'échec.
Un silence confortable s'installa entre eux.
"Tes élèves te font vieillir de façon surnaturelle," remarqua subtilement Erik.
"Un jour, j'ai été ton élève," sourit le professeur.
"C'est vrai. Regarde moi, maintenant; plus parcheminé qu'une momie."
Charles avança un pion, maîtrisant le sourire qui menaçait de poindre.
"Et pourtant, il y a des choses qui ne changeront pas," remarquât-il, doucement.
"Comme ta très prochaine défaite," se vanta Magnéto.
"C'est ce que nous verrons, Erik... C'est ce que nous verrons."
