Et pourtant, il le croyait invincible
SALUT BANDE DE PETITES POMMES
Donc ! Cet OS est un peu spécial et couve dans les tréfonds méandreux de mon esprit depuis quelque temps déjà. Il faut savoir que si X-men 3 m'a outrée dans sa généralité, j'ai eu envie de trépigner de colère à un passage spécifique que voici.
Comme ce cher Erik a apparemment décidé d'être une infinie saleté dans ce film, j'ai eu envie de faire une petite focalisation interne pour trouver un semblant de début de commencement de justification à sa conduite de vilain pas beau.
Ah oui, et, je précise, SPOILER du film !
Et je sais que Charles est parfaitement bien portant dans la scène post-générique, mais Magnéto, lui, n'ai pas supposé le savoir.
Donc voilà.
Wolverine: Hallelujah, je ne suis pas dans cet OS ! Ma gloire est conservée !
Erik: bah, en fait, tu fais un caméo
Wolverine: sacrebleu
Charles: tu parles français, maintenant ?
Wolverine: je suis un génie inter-planétaireScott: Comment ça se fait que je ne sois pas dans cet OS, moi ?
Erik: parce queeeuh tu sers à rien dans le film, à part mourir bêtement.
Scott: c'est faux-
Erik: c'est vrai-
Scott: non-
Erik: dis lui, Charles-
Charles: je ne prendrais pas parti. Mais prendrais volontiers une tasse de thé. Avec un sucre.
On va arrêter là ce petit encadré sympatoche, et je vais vous souhaiter une bonne lecture !
Erik Lehnsherr émit un grognement douloureux lorsque son pauvre dos fatigué s'écrasa violemment contre le placard à casserole de la cuisine. La poignée vint se tordre contre ses omoplates et, bien qu'elle soit en fer, il se trouvait absolument incapable d'exercer la moindre pression sur elle.
A vrai dire, il n'arrivait plus à bouger le moindre de ses membres si ce n'était ses yeux, qui roulaient dans ses orbites, affolés, se posant furtivement sur chaque recoin de la pièce.
La maison semblait littéralement s'élever dans les airs.
Il se souvenait confusément que Jean, plus jeune, se contentait de faire flotter des voitures.
Et il se souvenait en avoir été parfaitement impressioné.
Son casque métallique semblait se resserrer autour de son crâne. Des bris de verres volèrent, à quelques centimètres de sa joue.
Son regard se stabilisa finalement, sur la scène qui se jouait devant lui.
Le fauteuil roulant dévalait lentement la pente progressive que formait la demeure arrachée de ses fondations, vidé de son occupant.
Jean Grey se tenait, debout, superbe et terrifiante, ses cheveux flamboyant battant l'air avec une vigueur presque surnaturelle. Ses yeux gris avaient pris une terrible teinte d'encre son sourire était celui d'une bête assoiffée de sang. Assoiffée du sang de Charles Xavier, dont le corps lévitait, au milieu des débris de verre et d'éclat de bois.
Erik ne comprit pas instantanément ce qu'il voyait il lui fallut quelques précieuses secondes pour, enfin, apercevoir le bout de la peau des doigts du télépathe s'effilocher dans les airs, révélant une chaire à vif.
C'est à peine si le son du gémissement étranglé que son vieil ami poussa atteint ses oreilles.
Jean était puissante, très puissante.
Il mobilisa toute ses forces, tenta de se dégager.
« Jean ! Arrête ! »
Sa voix était chevrotante. Le fauteuil traça un arc-de-cercle, emporté par la tourmente émise par la jeune femme.
Charles aussi était puissant.
Le revers de la veste du professeur s'éleva légèrement, comme soulevé par une bourrasque, avant de s'effriter à son tour.
Mais moins qu'elle.
Un nouveau cri franchit ses lèvres. Jean ne réagit pas délibérément, peut-être. Peut-être pas. Qu'importe. C'était maintenant la peau pâle de la nuque de Charles qui s'arrachait, morceau par morceau.
Un râle essoufflé lui indiqua la présence de Wolverine, accroché au plafond de la salle adjacente.
Sa poitrine sembla se compresser sous son costume, alors que la puissance du Phoenix atteignait son apogée.
Son regard horrifié ne se détachait pas de l'homme en face de lui, Charles Xavier, son plus vieil ami, flottant, les bras étendus, entouré d'une parodie d'aura sombre, fragment de poussière et de chair.
« Charles ! »
Jean émit un grondement, gutturale, horrifiant, puissant. Et, d'un geste, un seul, le professeur disparut. Là où se tenait encore son corps, quelques secondes auparavant, ne restait que le vide, parsemé de particules scintillante.
Erik ne respirait plus et pourtant, le poids que Phoenix écrasait sa poitrine s'était affaibli.
Dans un grincement strident, insupportable, la maison s'abaissa lentement à ses fondations. Le fauteuil se coinça, entre une poutre brisée et une pierre éclatée.
Jean s'affaissa à son tour ses cheveux souples se reposèrent en cascade sur ses épaules.
Charles était la première personne à m'avoir accepté.
Erik sentit la force qui le clouait au placard le relâcher, aussi simplement que si elle ne s'était jamais trouvée là. Pourtant, il ne bougeait pas.
Une première inspiration infiltra sa trachée. Ses poumons se remplirent de l'air glaciale de cette matinée de novembre. Il eut l'impression qu'une myriade de cristaux glacés se coinçaient dans sa membrane. Jamais respirer ne lui avait paru aussi douloureux.
Il m'avait dit que je n'étais pas seul.
Il posa sa main gauche au sol. Une écharde transperça son gant, perça la peau reliant son pouce et son index. La douleur ne lui arracha pas la moindre réaction.
Les muscles de son bras se tendirent, tremblant.
Jean regardait autour d'elle, hagarde.
Il m'avait montré comment utiliser ses pouvoirs.
Erik se hissa sur ses pieds, chancelant.
Il ne se sentait pas particulièrement dévasté. Il n'avait pas envie de pleurer, de crier. Il se sentait simplement… vide.
Il s'approcha de la jeune femme, titubant. Son regard dériva une nouvelle fois vers l'endroit où Charles avait disparu- disparu… oui. Il avait disparu ça ne signifiait pas qu'il était mort.
Le point médian entre rage et sérénité.
Il s'effondra à côté de Jean, l'enveloppa dans sa cape.
Il avait l'impression d'agir comme un automate. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il ne devait pas la laisser là- là où son vieil ami avait disparu.
Il se fit, mollement, la réflexion que Charles avait un sens douteux de la blague. Il ne manquerait pas de le lui faire remarquer, quand il le verrait.
Il m'avait appelé son ami.
Il releva la jeune mutante, avec des forces qu'il n'avait même plus. Ils devaient partir, maintenant.
Ils s'éloignèrent tous deux, d'un pas plus maladroit qu'autre chose, loin de cette pièce, de cette maison.
Erik ne put retenir un dernier regard en arrière, par-dessus son épaule.
La vision du fauteuil vide lui sembla soudainement insupportable.
OoOooOooOoo
« Tu n'as rien fait pour le sauver, » cracha Wolverine.
Les yeux d'Erik s'écarquillèrent. Sa pupille se rétrécit sa cornée sembla brusquement plus brillante.
Je l'ai rendu paraplégique.
Pour la première fois depuis la disparition de Charles, il eut mal. Pas physiquement, non pas cette fois. Il eut simplement que son cœur -son cœur, qui lui semblait si froid et vide, ces derniers temps- éclatait en myriade de bout de verre.
Je l'ai laissé mourir.
Parce que oui. Charles était bel et bien mort.
Sa gorge se serra brusquement, au point de l'amener au bord de la suffocation. La réalisation le frappa brutalement, de plein fouet il en tituba presque.
D'un geste vague du bras, il projeta Wolverine au loin, au travers des arbres. Comme si avec lui, il pouvait projeter le fait, simple et cruel, que son vieil ami était bel et bien mort sous ses yeux, et qu'il n'avait rien fait -rien- pour empêcher ça.
Sans un mot de plus, il tourna les talons, laissant une Jean froide et muette derrière lui.
Il se réfugia dans sa tente, s'y cloîtrant comme un animal blessé.
Ses mains tremblantes agrippèrent son casque, l'envoyèrent valser contre la toile cirée.
Il n'en avait plus besoin, à présent.
Puisque Charles était mort.
Il se détourna de l'objet gisant sur le sol, inerte. Ses mains claquèrent contre la surface de son bureau. Il inspira lourdement. Quelques meubles aux fondements métalliques s'agitèrent brutalement.
Son regard se posa sur la carte qu'il avait soigneusement étalée sur la surface en bois. Les contours, les frontières lui semblaient floues.
Charles était mort.
Sa main droite se crispa sur le coin de sa carte.
C'était trop tard, bien trop tard. Il ne pouvait plus rien faire pour le professeur. Il doutait, de toute façon, d'avoir un jour pu faire quelque chose pour lui.
Pourquoi fallait-il qu'il soit si têtu ?
S'il l'avait écouté… S'il avait renoncé à brider Jean… S'il avait mesuré l'étendue de sa puissance…
Erik ferma hermétiquement les yeux.
Charles était mort avant d'avoir achevé son œuvre. Sa mort était un gâchis, un regrettable gâchis. Mais il ne sera pas dit qu'il la laisse devenir inutile.
Il avait, lui aussi, un combat à mener.
Et, au nom de son vieil ami, il comptait bien le mener à son dénouement.
Il se redressa, lentement. Ses doigts se détendirent peu à peu, laissant des plis froissés sur la feuille un peu jaunie par le temps de la carte.
Il avait perdu de précieux jours, cloitré dans ce camp. Il était désormais temps d'agir.
Parce que Charles n'était plus, et que c'était entièrement de ma faute.
Erik souleva le pan de sa tente, s'avança au milieu des mutants de sa Confrérie.
C'est ce soir que tout se finira.
C'est ce soir que les mutants vaincront.
Et, si ce n'est pas le cas, c'est ce soir qu'Erik Lehnsherr mourra. Il n'y aurait pas de juste milieu.
Le coin de la carte se replia. Sur le papier se détachait un rond humide, seule larme versée. La lumière joua brièvement sur le casque, immobile dans la poussière.
OoOooOooOoo
Erik Lehnsherr observait silencieusement les autres joueurs réunis dans le parc.
Son propre plateau n'avait pas servi depuis déjà plusieurs minutes il ne lui adressait plus le moindre regard.
Il avait, il est vrai, essayé de jouer. Il avait voulu, un bref instant, éloigner ses pensées macabres. Et une partie d'échec l'avait toujours apaisé.
Il avait sous-estimé un élément important.
Où est l'intérêt de jouer si ce n'est pas avec Charles ?
Il était d'ailleurs le seul à monopoliser un plateau, sans adversaire.
Il aurait pu continuer, malgré tout. Il n'y parvenait pas.
Il y avait beaucoup de vieillard, dans ce parc.
A travers chaque joueur qui s'affrontaient, il voyait le reflet de quelques fantômes le visage de Charles semblait se profiler derrière chaque traits faciales, chaque mouvement, chaque placement de pion. Et face à lui, immanquablement, Erik se voyait lui-même, concentré, déterminé, et pourtant, si détendu.
J'aimais me mesurer à un esprit aussi brillant.
Un homme en fauteuil roulant passa prêt de lui, babillant joyeusement avec un autre, peut-être plus âgé.
Erik papillonna des cils. Son regard revint, doucement, se poser sur la partie qu'il avait entamé.
La peine l'envahit de nouveau, aussi douce qu'amère.
J'aimais partager quelques minutes avec un ami.
Il tendit légèrement la main, vers son roi. Ses doigts semblèrent fourmiller.
Le pion vacilla légèrement, avant de tomber lourdement sur le bois.
La partie n'avait plus raison d'être.
C'était étrange. Durant tout ce temps, il n'avait jamais mesuré à quel point ces quelques moments étaient précieux, fragiles.
Il n'avait jamais pensé que Charles puisse disparaître ainsi, si soudainement.
Il le savait mortel, c'est vrai. Il savait que ça ne durerait pas éternellement.
Et pourtant…
Et pourtant, il le croyait invincible.
