Titre: Shôgi
Scribouilleuse: Rouli
Base: Naruto
Genre: Romance, aventure... Ne cherchez pas le lemon, y a pas.
Disclaimer: Malgré tout le temps qui 'est écoulé depuis le dernier chapitre, j'n'ai toujours pas réuni assez de sous pour acheter les droits à Masashi Kishimoto.
Autres notes: La fic se passe pendant les 3 ans de flottement après la désertion de Sasuke, donc il se peut qu'il y ait des spoilers. Encore que, mais on est jamais trop prudent.
Blabla inintéressant de l'auteur: Que dire, que dire... Non, je n'suis pas morte ! Ce chapitre patiente depuis un petit moment sur mon disque dur, j'hésitais à publier. Plus j'y repense, plus j'ai envie de laisser tomber cette fic. M'enfin, je pense que je vais la finir quand même, ça le fait pas une première fic inachevée (même si c'est fréquent).
Commentaires et critiques constructives sont toujours les bienvenus ! Les autres aussi, en fait. Ça fait toujours plaisir!
Bonne lecture!
⁃Un casus belli, déclara-t-il en fermant la porte derrière lui. Casus belli. Le mot résonnait sinistrement dans la pièce silencieuse. Après quelques instants d'immobilité, Shikamaru se redressa sur son séant, fixant intensément son supérieur.
⁃Casus belli, comme dans "bonne excuse pour déclarer la guerre"? articula-t-il lentement, les rouages tournant à plein régime sous son crâne.
Le jônin se contenta d'agiter affirmativement la tête, le regard fixé sur Shikamaru, qui s'était perdu dans la contemplation de son pantalon. Le déclic ne va pas tarder à se faire, pensa-t-il en observant l'adolescent. On pouvait presque le voir penser. Silencieusement, il s'appuya contre le chambranle de la porte, sans quitter son cadet du regard.
⁃Iwa ou Kusa? demanda-t-il finalement, relevant la tête.
Kakashi eut un petit sourire satisfait, bien caché sous le masque. Ce gosse réfléchit vite et bien, songea-t-il, avant de répondre.
⁃Les deux. Alliés, souffla-t-il.
Kakashi n'avait pas parlé très fort, mais Shikamaru eut l'impression que ces quelques mots grossissaient, enflaient jusqu'à remplir tout l'espace autour de lui, tandis que les différentes conclusions migraient jusqu'à son esprit, oppressantes. Il inspira profondément, tentant de réfléchir posément. Lentement, la sensation d'étouffement diminua, jusqu'à n'être plus qu'un simple malaise.
Kakashi se tenait toujours devant la porte, observant son coéquipier en silence. Il se sentait complètement vidé, épuisé, mais il devrait attendre encore un peu pour pouvoir se décrasser, puis s'affaler mollement sur son futon. Au moins le temps que le gamin comprenne bien tout ce qu'il y avait à comprendre.
⁃Et donc, qu'est-ce qu'on fait? demanda simplement le chûnin.
Lui-même voyait la situation comme inextricable ou, du moins, il n'avait pas encore trouvé la solution. S'ils mettaient un pied hors du pays du feu, ils seraient à coup sur attaqués par un contingent de ninjas cherchant à les hacher menu, perspective peu réjouissante. De plus, Konoha ne pourrait éviter cette guerre, bien que n'étant pas en état de la soutenir, affaibli qu'il était depuis deux ans.
Kakashi soupira pour la forme, et s'avança jusqu'au futon du jeune homme, où il s'assit lourdement.
⁃Elle doit arriver à bon port, répondit le jônin. Konoha ne peut pas se permettre d'être en guerre. J'ai envoyé Pakkun au village, demander des renforts. On devrait avoir la réponse d'ici trente-six heures, s'ils se dépêchent. Le jônin resta silencieux quelques instants, luttant contre la fatigue. En attendant, on récupère, sourit-il alors qu'il s'appuyait lourdement contre le mur, les yeux clos.
Shikamaru se leva, soupirant, maugréant dans sa barbe encore inexistante. Tous deux savaient que la suite du programme risquait d'être épicée, pas la peine d'être pessimiste ou déprimé avant l'heure. Pour l'instant, il était en relative sécurité, et devait juste prendre le premier tour de garde, pour laisser à Kakashi le temps de se reposer.
⁃Je prends le premier tour, grommela-t-il. Repose-toi. Conclut-il en tournant le dos au jônin.
Il se surprit lui-même à tutoyer Kakashi, comme si c'était naturel. Puis, se désintéressant de la question, il se dirigea vers l'unique fenêtre. Il aurait bien le temps de méditer à tout ça en surveillant la gamine. En parlant de Kakashi, le chûnin entendit un glissement suivit d'un bruit sourd. Il jeta un oeil par dessus son épaule pour apercevoir le jônin à moitié affalé sur son futon, ses jambes s'étirant sur les tatamis. Devant ce triste spectacle, Shikamaru, pris de pitié, se résolut à border son supérieur. Question de dignité, un ninja de Konoha, même affaibli, ne devrait pas présenter ce genre de scènes affligeantes.
Lentement, il installa l'entièreté du corps de Kakashi, jambes comprises, sur le futon. Celui-ci ne broncha pas, se contentant de dormir comme un bien heureux. Shikamaru entreprit ensuite de lui ôter vêtements et armes, en particulier ceux qui étaient maculés de sang et de terre. Il ne lui laissa que son masque, son t-shirt et son caleçon, avant de le recouvrir d'une couverture moelleuse. Sentant quelque chose de doux contre sa peau, le jônin s'en saisit et s'enroula dedans en grognant de plaisir, ce qui ne manqua, pas de faire sourire Shikamaru. Il contempla quelques instants la forme allongée devant lui, s'attardant sur une épaule qui dépassait de la couverture. Elle portait le tatouage de l'ANBU.
Shikamaru se releva souplement, puis, tournant le dos à son supérieur adorablement roulé en boule dans sa couette, il se dirigea vers la petite fenêtre. L'herbe roussie et détrempée de la plaine qui s'étendait jusqu'à l'horizon avait quelque chose de sombre et fascinant. Il se perdit dans la contemplation de cette petite mer végétale, ondulant à peine sous le léger vent matinal, qu'il devinait froid et humide. Il resta immobile quelques instants, tandis que son regard se portait sur le ciel froid et terne, d'un gris trop homogène, sur la fine pluie qui tombait, formant de petits torrents qui dégringolaient entre les tuiles luisantes. Autant pour son idée de méditer sur les toits.
Il aperçut au loin un balbuzard, décrivant une courbe gracieuse dans les airs, brusquement interrompue lorsque l'animal fondit en piqué vers la forêt ruisselante. De là où il était, le chûnin pouvait deviner l'incessant goutte à goutte dans la frondaison, le bruit mat des gouttes s'écrasant sur le sol humide, les taches humides, lus sombres, sur l'écorce des arbres.
Il finit par s'arracher à la contemplation de ce paysage morne, tourna les talons vers la porte. Il serait temps d'ôter les pièges, d'ailleurs. Au vu des ombres aperçues au-dehors, il devait être aux alentours de huit heures, songea-t-il distraitement, tandis qu'il jetait un dernier regard au jônin endormi, avant de sortir.
⁃Quand partons-nous? Demanda innocemment la jeune fille. Où est votre comparse ?
Shikamaru soupira discrètement, tout en caressant automatiquement la blessure qui ornait son menton.
⁃Pas tout de suite, répondit-il lentement. Il jeta un énième coup d'oeil autour de lui, ne remarqua rien de suspect mais il baissa tout de même le ton, forçant son interlocutrice à se pencher un peu plus vers lui.
⁃Nous avons étés attaqué cette nuit, déclara-t-il, scrutant le visage de la jeune fille. Ceux qui en veulent à votre vie ont mit les moyens. Encore une fois, il il frôla son menton tuméfié du bout des doigts. Et pour répondre à votre deuxième question, mon comparse se repose. Il ne manqua pas d'insister sur le mot, qui sonnait comme un reproche. C'est en bonne partie grâce à lui que nous sommes encore en vie, finit-il.
Cette fille ne semble pas saisir l'ampleur de ce qui se trame autour d'elle, pensa-t-il. Ni celle de la tâche qu'on nous a confiée, ni de nos compétences. Semblant remarquer l'énervement de Shikamaru, Ishikawa Kimiko inclina légèrement la tête, le regard baissé, dans ce qu'on pouvait interpréter comme des excuses, au sens large. Plus explicitement en signe de soumission, indiquant par là qu'elle reconnaissait son tort. Il avait beau avoir été brieffé, avoir appris toutes ces règles implicites durant ses année d'académie, le chûnin resta néanmoins impressionné par la grâce et l'élégance de la jeune fille. Il s'éclaircit la gorge, légèrement mal à l'aise.
⁃Nous devrions repartir d'ici deux jours, déclara-t-il, bourru, espérant récupérer le contrôle de la situation. Profitez-en pour vous reposer, car on sera probablement un peu juste point de vue temps, une fois en ville. Pour les préparatifs de la cérémonie, je veux dire... Il se ré-éclaircit la gorge, espérant avoir gardé le ton neutre et professionnel qu'il employait généralement pour s'adresser aux clients, une voix calme et posée. Bon sang! Il n'était même pas sûr de passer le nuit, et il était là, à parler mariage avec une gamine !
⁃Ca s'annonce mal, n'est-ce-pas ? demanda timidement Kimiko, relevant les yeux vers lui. Le chûnin pouvait clairement lire l'appréhension dans le regard de la jeune fille.
Sa gorge se serra, l'empêchant de répondre. Il se contenta de hocher la tête, une fois. Puis, il haussa les épaules. On verra bien, réussi-t-il à sourire. Étrangement, ne pas avoir à jouer les durs devant sa cliente lui ôtait en grand poids. Il héla la serveuse, leur commandant chacun à boire.
⁃La situation est probablement plus compliquée que ce que vous pouvez imaginer, commença-t-il. C'est une guerre, qui se prépare, et nous sommes l'étincelle au milieu de la poudrière. Le Cassus Belli. Il ponctua cette déclaration d'un long silence, laissant à son interlocutrice le temps d'assimiler tous les faits. Vous connaissez la situation politique, non ? Montons, que je vous explique tout ça au calme, fini-t-il, balayant la salle du regard.
Sans bruit, la jeune fille hocha la tête et se leva, avant de se diriger vers l'escalier menant aux chambres, suivie de près par Shikamaru. Après une brève escale dans sa chambre pour récupérer son paquetage, le chûnin se retrouva assis sur les tatamis de la chambre de la jeune fille. Il sortit un rouleau de son sac, carte de la région.
⁃Ici, c'est le pays du Feu, commença le chûnin tentant de garder son ton calme et posé. Avec, quelque part dedans, le village de Konoha. Au Nord-Ouest, Le pays de la Terre et Iwa. Et entre les deux, les deux petits machins, là. Le pays de la Pluie, et un peu au Nord, le pays de l'Herbe, dit-il tout en les indiquant sur la carte. En cas de guerre avec le pays de la Terre, quelque soit l'issue du conflit, ces deux-là seraient gagnants.
Shikamaru fixa quelques instants la jeune fille, lui laissant le temps d'assimiler toutes ces informations. Elle déglutit silencieusement, les yeux rivés sur la carte.
⁃Et donc, commença-t-elle d'une voix tremblante, après quelques instants de silence, ceux qui m'en veulent sont de la Pluie et de l'Herbe.
⁃C'est plus compliqué que ça, malheureusement, répondit-il lentement. Le pays de la Pluie est un allié historique de Konoha. De ce que nous savons, rien n'indique qu'il soit mêlé à cette histoire. Le pays de la Terre et celui du Feu sont ennemis de longue date. Théoriquement, nous sommes en paix depuis une bonne dizaine d'années, mais en pratique, il y a toujours des tensions. Particulièrement le nouveau seigneur, ou plutôt son père. Il fut nommé récemment, à la mort de son cousin sans enfants. On ne sait que peu de choses de lui, il était peu présent en politique avant de succéder au trône. Par contre son père est connu pour être un opposant à la paix avec le pays du Feu. Depuis cette nomination, les tensions ne cessent d'empirer. Votre mariage était une bonne façon de sceller l'alliance, de faire baisser les tensions. Malheureusement, certains ne sont pas de cet avis, conclut-il en s'étirant. Il resta quelques instants silencieux, à contempler le ciel à travers la fenêtre.
⁃Ceux qui en ont après votre vie sont des shinobi des villages cachés d'Iwa et de Kusa, dit-il en détournant les yeux. Indépendamment de cette mission, Konoha ne veut pas la guerre.
La jeune fille baissa les yeux, sans un mot. Un silence gênant s'installa dans la pièce, aucun des deux adolescents n'osant prendre la parole. Ré-expliquer ainsi la situation permettait à Shikamaru de s'en faire une image plus claire, mais il n'avait toujours pas d'idée pour sortir de ce bourbier.
⁃Savez-vous jouer au shôgi ? demanda-t-il à la jeune fille assise en face de lui, subitement calme
En bas, la serveuse arriva, portant leurs boissons, et trouva table vide
⁃Hatake ! Grogna furieusement Shikamaru, tandis qu'il sortait de leur chambre à la recherche de son supérieur. Il ferma vivement la porte, sans faire attention à la petite forme trottinant derrière lui, qui dut faire un bond pour ne pas se retrouver écrasé par le battant.
⁃Hey, fais attention gamin, t'aurais pu me faire mal !
L'adolescent jeta un regard froid sur le chien ninja, mécontent. Puis, sans répondre, il repartit vers la chambre d'Ishikawa Kimiko. Se rappelant soudain des rudiments de savoir vivre, il frappa contre le battant, bien qu'un peu violemment, et attendit qu'on l'invite à rentrer. Son regard mécontent balaya brièvement la pièce, puis se posa sur son supérieur, assis en tailleur sur un tatami, le dos appuyé contre le mur du fond de la pièce, sous la fenêtre. Il pouvait apercevoir le soleil, bas sur l'horizon, les ombres s'étirer vers l'Est. La grisaille des derniers jours commençait à se dissiper, mais quelques gros nuages peuplaient toujours le ciel, le rendant plus blanc que bleu. Une petite table basse trônait au milieu de la pièce.
Le jeune homme soupira; Il sentait déjà sa colère fondre comme neige au soleil. Il se força néanmoins à garder les sourcils froncés. Il se tourna un instant pour saluer la jeune file, puis reporta son attention sur le jônin.
⁃Kakashi, ton sale cabot est de retour, annonça-t-il.
Étonné d'une telle vivacité chez son subordonné, il haussa un sourcil, puis sourit à part lui. Il est vrai qu'entre Pakkun et Shikamaru ne régnait pas une entente cordiale. Sans se relever, il siffla doucement. La réponse ne se fit pas attendre, le chien trottina majestueusement à travers la pièce, sans quitter son maître des yeux. Puis, il s'assit devant le jônin, et leva une patte, accompagnée d'un « Yo, Kakashi » somme toute assez protocolaire.
Shikamaru ferma la porte derrière le quadrupède, puis se dirigea vers le mur de gauche et se laissa glisser contre celui-ci en soupirant. Ce chien avait l'art de le décontenancer.
Seule assise près de la table, Kimiko toussota, mal à l'aise, puis voyant que personne ne se souciait d'elle, elle se saisit de la tasse de thé qui patientait sagement, en but une petite gorgée.
⁃Pakkun, grogna-t-il, sans méchanceté, cette fois. La prochaine fois, pourrais-tu éviter de me réveiller en plantant tes petites dents pointues dans ma main ? Ca ne colle pas à ton image d'adorable petit chiot aux coussinets tout doux, fit-il, sarcastique.
⁃Oh, gamin! Ne me traite pas de petit chiot, je suis un chien ninja. Mais c'est vrai que mes coussinets sont tout doux, confirma-t-il.
Agacé, le chûnin soupira bruyamment, levant un regard implorant sur Kakashi, qui observait la scène d'un air amusé.
⁃'Te crois sur parole, finit-il par marmonner, détournant le regard.
Le chien balaya la pièce du regard, sembla enfin s'apercevoir de la présence de Kimiko, mais reporta son attention sur Kakashi, dont la mine était redevenue sérieuse.
⁃Kakashi, je peux parler devant elle?
Le jônin réfléchit quelques instants avant de répondre par l'affirmative. Puis il s'installa plus confortablement pour écouter le rapport du canidé.
⁃Des renforts devraient arriver sous peu, je ne sais ni qui, ni exactement quand, déclara-t-il. D'ici demain soir, à tout le moins. Tu connais la situation au village, c'est pas brillant. Tsunade était effondrée en apprenant la nouvelle, mais vu l'état d'urgence, on aura droit à un supplément. Pour le reste, rien de neuf. Faudra voir avec les renforts, mais notre but reste inchangé.
Kakashi resta quelques instants silencieux, prenant le temps d'assimiler tous les éléments nouveaux. Puis, tournant le regard vers Shikamaru,
⁃Des questions?
Le chûnin hocha négativement la tête, ainsi que la jeune fille, même si personne ne lui avait demandé son avis.
⁃Merci Pakkun. Tu peux aller te reposer, dit-il en caressant doucement la tête de son chien.
⁃Honnêtement, répondit celui-ci, je préférerais rester un peu ici à me faire gratter derrière les oreilles, si ça ne t'ennuie pas, dit-il tout en s'installant sur le ventre de son maître.
Kakashi ne protesta pas, se contentant de poser une main distraite sur la nuque de l'animal, de lui ébouriffer gentiment les poils pour les remettre ensuite en place dans un mouvement mécanique. Il ferma les yeux, se laissant aller contre le mur dans son dos, se concentrant sur l'apaisement que lui procurait cette petite boule chaude posée en travers de son corps. Sans ouvrir les yeux, il prit la parole.
⁃Shikamaru. Pakkun t'as réveillé, non?
⁃Ah, grommela l'intéressé. Plutôt, oui.
⁃Tu as assez dormi?
Surpris par cette question impromptue, il réfléchit quelques instants avant de répondre.
⁃Oui, je pense.
⁃Bien. D'ici à ce que les renforts arrivent, réfléchis à un plan.
Ces quelques mots furent comme un grand coup de bélier dans le sefl-control de Shikamaru.
⁃Et qu'est-ce que tu crois que je fais, depuis deux jours ? demanda-t-il, d'une voix un peu plus énervé que le ton sarcastique qu'il comptait adopter. Que je ne m'inquiète pas ? Mais tu me prends pour qui ? termina-t-il, haussant le ton.
⁃Je sais, répondit le jônin, simplement, toujours sans ouvrir les yeux, ce qui acheva le chûnin.
Ces éclats de vois inhabituels firent rouvrir un oeil au chien ninja, qui se posa sur le chûnin. Baissant le regard, il put voir sa main gauche agités de légers tremblements, visiblement incontrôlés. Personne d'autre ne semblait avoir remarqué. Kakashi gardait les yeux fermés, et Kimiko se contentait de fixer le chûnin, désemparée et légèrement effrayée.
Il se résigna donc à ouvrir ses deux yeux, puis à se relever, malgré le grognement mécontent de Kakashi, lorsque celui-ci sentit un courant d'air froid contre sa cuisse, auparavant réchauffée par le canidé. Il trottina vers Shikamaru, puis s'assit à sa gauche, plantant ses yeux humides dans ceux, couleur d'encre, du chûnin. Après quelques instants de contemplation mutuelle, il posa sa tête sur la cuisse de l'adolescent. Il fut étonné de la tension qu'il put y sentir. Effectivement, ce gamin avait bien plus besoin de ses services apaisants que Kakashi.
Shikamaru se contenta de baisser les yeux sur le chien, légèrement interloqué. Ne sentant pas la réaction adéquate, Pakkun se glissa entre les jambes du chûnin, assis en tailleur. Il s'y roula en boule, avant de déclarer
⁃Alors, qu'est ce que t'attends pour me gratter, gamin? J'ai justement l'épaule qui me démange.
A ces mots, la jeune fille pouffa, et Shikamaru entreprit de caresser le chien. Une pierre, deux coups.
⁃Kakashi a raison, gamin. Réfléchis, si tu veux t'en sortir. Déclara l'animal, calmement.
⁃Je sais, soupira le chûnin.
Ils restèrent ainsi de longue minutes, voire des heures sans trop bouger. La plupart des bruits émanant de la jeune fille, qui avait maintenant sorti un livre et en tournait régulièrement les pages.
Le soleil était bas sur l'horizon lorsqu'un forme non identifiée se posa sur la fenêtre de la chambre silencieuse, masquant une bonne partie de la lumière. Dans le contre-jour, les deux shinobis pouvaient distinguer un homme assez grand et costaud, tout de vert vêtu, aux cheveux noirs. Un bandeau de Konoha était accroché à sa taille. Kakashi fut le premier à réagir; il se releva prestement, puis alla ouvrir la fenêtre pour permettre à l'homme d'entrer.
⁃Yo, Gai. déclara-t-il une fois le shinobi entré dans la pièce.
Pakkun soupira profondément, tout en tentant vigoureusement de se mettre à l'abri dans la veste de Shikamaru, ce qui ne manquant pas d'être douloureux pour celui-ci, même s'il n'en laissa rien paraître.
⁃C'est ça qu'ils appellent du renfort? souffla-t-il dans un chuchotement discret que seul le chûnin entendit.
La mauvaise foi du chien fit sourire l'adolescent, qui aida l'animal à s'installer bien au chaud dans sa veste.
Fidèle à lui-même, Gai se dressa de toute sa hauteur –un respectable mètre quatre-vingt quatre- avant de s'emporter dans un de ses habituels élans lyriques, sous les regards consternés de Shikamaru et Kimiko. Kakashi, quant à lui, se contentait de faire semblant de l'écouter, hochant la tête de temps en temps.
Légèrement effrayée, la jeune fille se rapprocha du chûnin, apparemment seul être à l'encéphale normalement constitué.
⁃Shikamaru? chuchota-t-elle. Qui est-ce?
⁃Lui? demanda Shikamaru, plus pour la forme. Eh bien, c'est un shinobi de Konoha. Un peu dérangé sur certains points, particulièrement sur l'esthétique, mais cela ne diminue en rien ses capacités de combat. Enfin, j'imagine.
Peu convaincue, Kimiko se contenta de replacer une de ses longues mèches noires derrière son oreille. De toute façon, elle n'avait pas le choix. Elle reporta donc son attention sur la discussion entre les deux hommes, ou plutôt le monologue de l'homme aux gros sourcils.
⁃La fougue des jeunes pousses de Konoha jamais ne s'épuise, car le printemps éternel...
⁃Tu veux pas t'asseoir, Gai? proposa Kakashi, distraitement, tout en suivant son propre conseil. Excellente suggestion, car le fauve de jade de Konoha semblait tout de même épuisé, bien qu'il s'efforça de n'en rien laisser paraître. Rien d'étonnant à celà, sachant qu'il venait de Konoha, couvrant la distance en un peu plus de trente six heures, il avait dû forcer le rythme.
Il baissa le regard sur son rival, puis avec un petit sourire, le rejoint, les fesses sur le tatami.
⁃Si ça peut te faire plaisir, dit-il.
Kakashi se contenta de hocher la tête, sans émettre un son. Shikamaru observa la scène quelques instants, avant de se décider à prendre la parole.
⁃Si nous allions discuter stratégies militaires à côté? lança-t-il à la cantonade. Puis, tournant son regard vers Kimiko, C'est pas vraiment contre vous, mais certaines choses dont nous devrons peut-être parler sont secret défense.
Kakashi se contenta d'un bref hochement de tête, avant de se relever, suivi de près par Gai. Les deux hommes sortirent en silence, suivis par Shikamaru. Celui-ci se retourna avant de refermer la porte.
⁃Si vous avez un problème, vous savez où nous trouver, dit-il gentiment, avant de refermer la porte sans bruit.
Les trois shinobis assis en tailleur sur les tatamis autour d'une carte, dans cette petite chambre d'auberge, dégageaient une impression de conseil au sommet, entre chefs militaires, avant la bataille. Ce qui, en quelque sorte, était le cas.
⁃Quelqu'un a des suggestions? demanda Kakashi, pour ouvrir la séance. Il attendit quelques secondes, puis, ne voyant personne se manifester, il prit la parole.
⁃Bon, on est coincés ici. Si on passe la frontière, on se fera prendre en chasse par les ninjas de la roche. Nous devons être à Idashô dans deux jours, donc nous n'avons vraiment pas le temps de faire un détour par le pays de la pluie.
⁃Donc, on est bons pour foncer dans le tas, intervint Shikamaru. C'est assez suicidaire, non? demanda-t-il, le visage fermé.
⁃Là n'est pas la question, répliqua Gai.
⁃Je sais. Maito, il faudrait que vous vous reposiez. Ce n'est pas une insulte à la fougue de votre jeunesse éternelle, répéta-t-il ironiquement, c'est juste que nous aurons besoin de toutes vos forces. Ce qui ne nous laisse pas beaucoup de solutions. Nous pourrons partir dès que Maito sera reposé, c'est à dire d'ici huit à dix heures. Donc ce soir. Tant qu'à faire, nous pourrions partir de nuit, ce qui est à notre avantage.
⁃Une idée, Shikamaru? demanda Kakashi.
⁃Peut-être
Un bref silence recouvrit la pièce, uniquement troublé par la respiration un peu bruyante du fauve de jade. Shikamaru leva les yeux, regardant par la petite fenêtre. De gros nuages blancs et cotonneux peuplaient un ciel bleu et calme.
⁃Gai, maintenant, au dodo, déclara Kakashi en se redressant. On aura besoin de toi tantôt, sourit-il.
⁃Cesse de me materner, Kakashi, plaisanta le jônin en se relevant lui aussi. Avant de dormir, j'aimerais manger et me laver, si possible.
⁃La salle d'eau est en bas, au bout du couloir, intervint Shikamaru. Je vous accompagne, je comptais y aller de toute façon. Kakashi, fit-il en se tournant vers le copy-ninja, on te laisse Kimiko.
Le jônin opina du chef et tous trois sortirent de la petite chambre. Kakashi s'arrêta devant la porte voisine, tandis que les deux autres shinobis descendaient vers la salle commune de l'auberge. Passant devant le comptoir, le fauve de jade fut attiré par l'odeur appétissante d'un ragoût en train de cuire. Il s'approcha de la patronne, puis, avec un de ses sourires étincelants, lui demanda quand la nourriture serait prête.
Étrangement, la dame sembla succomber au charme du jônin, puisque, rougissante et gloussante, elle lui proposa de lui en servir immédiatement une part. Offre que l'homme accepta immédiatement, et entreprit d'engouffrer à une vitesse plus que respectable, sous le regard amusé du chûnin. Le repas fut expédié en deux coups de cuillère à pot, et aux frais de la maison, la patronne semblant avoir un faible pour les hommes virils tels que Maito Gai.
Après cette brève escale, les deux shinobis se rendirent aux bains de l'établissement, désertée à cette heure. L'endroit n'avait rien de spacieux, ou de luxueux mais était propre et une légère odeur de jasmin flottait dans l'air. Ils se déshabillèrent en silence chacun perdu dans ses pensées, avant de pénétrer la salle d'eau proprement dite. La majeure partie de la pièce était occupée par une le bain, en bois, d'une taille tout à fait respectable. Ici, l'odeur de jasmin se mélangeait agréablement avec celle du cèdre de la baignoire. Sans prêter attention à son compagnon, Shikamaru se lava soigneusement, avant de pénétrer avec délices dans l'eau chaude. Il laissa la chaleur, ainsi que le contact presque sensuel du bois mouillé le détendre, tandis qu'il s'efforçait de ne penser à rien, les yeux fermés. Sans grand succès. Quelques instants plus tard, une légère ondulation de l'eau lui indiqua que le jônin l'avait rejoint.
⁃Gai ? articula le chûnin, après un long silence, se forçant à appeler l'intéressé par son prénom.
Un grognement étouffé lui répondit, qu'il interpréta comme le signe que l'homme l'écoutait.
⁃Vous -tu connais Kakashi depuis longtemps ? demanda-t-il ouvrant lentement les yeux.
L'homme en face de lui ouvrit lentement un oeil, puis l'autre, le fixant quelques instants avant de répondre.
⁃Un temps certain, oui, répondit-il malicieusement. Tu portais encore des couches, à l'époque, mon garçon.
Un nouveau silence s'en suivit, chacun perdu dans ses pensées.
⁃Comment êtes-vous devenus rivaux ? demanda enfin l'adolescent, brisant le silence.
Le jônin se contenta de fermer les yeux en soupirant, puis resta silencieux, si longtemps que Shikamaru crut qu'il n'aurait pas de réponse. Puis, il prit la parole.
⁃C'était une teigne, quand il était gamin, ce Hatake. Toujours meilleur que tout le monde en tout, hautain, raide comme un piquet, toujours à vous seriner des extraits du règlement. On peut dire qu'il avait une quantité impressionnante de balais planqués là ou je pense. fit-il avec un sourire. Il m'agaçais, ce prétentieux. Il est devenu chûnin à l'âge ou d'autres, comme moi rentrent à peine à l'académie. J'étais comme Lee, moi à l'époque. Malgré toute l'ardeur que j'y mettais, ma fougue, mon courage, la jeunesse qui m'habitait, on se contentait de me dire que jamais je ne pourrais être un shinobi.
Le chûnin acquiesça. Il avait vu Lee s'entraîner chaque jour plus dur, sous les railleries des autres enfants, stimulé même, par ces moqueries. Par contre, le Kakashi enfant ne ressemblait pas vraiment à l'adulte.
⁃Il a accompagné mon équipe de genin une fois, et c'est depuis ce jour que je me suis entraîné dans le but de le battre. Plus de dix ans que ça dure!
L'adolescent se ré-enfonça dans l'eau en fermant les yeux, fixant Gai sans le voir. Il se remémora le monologue de Kakashi, le jour ou il l'avait entendu par hasard s'adresser à un certain Obito, mort en mission. En tant que Jônin, ex ANBU et élève du 4e Hokage, il n'était quelque part pas surprenant que l'homme ait un passé complexe et inconnu du commun des mortels. Le simple fait qu'il ait quitté l'ANBU en vie était une énigme.
⁃Gai ? finit-il par demander. Qui est Obito ?
L'intéressé fronça brièvement les sourcils puis le fixa, l'air grave, en silence.
⁃Je ne sais pas d'où tu connais ce nom, mais sache qu'il est mal élevé de fouiner dans les affaires d'autrui, répondit-il froidement. Si tu veux vraiment savoir, ajouta-t-il après quelques instants, demande à Kakashi.
Shikamaru baissa les yeux, conscient d'avoir commis une maladresse, puis, mal à l'aise, décida de quitter le bain, rapidement imité par Gai. Le jônin ne fit plus aucune allusion à leur brève conversation, se contentant de monologuer sur la beauté de la jeunesse, prêtant visiblement peu attention à son auditoire, concentré sur d'autres problèmes. Insensible, même, au ridicule des avances peu subtiles que lui faisait la tenancière de l'établissement.
Le soleil déclinait à l'horizon lorsque les trois shinobis et leur fardeau reprirent la route. Tendus et silencieux, aux aguets, ils ne tardèrent pas à pénétrer en territoire ennemi. Restant sous le couvert des arbres, ils avançaient aussi rapidement que possible, se relayant pour porter la jeune fille. Celle-ci se contentait de garder le visage fermé, quelle que soit sa position. Les premières heures se passèrent sans réelles encombres, Gai ouvrant la voie et Shikamaru la refermant.
Il faisait nuit noire lorsque Kakashi les repéra. Comme il le fit silencieusement comprendre à ses coéquipiers, entre six et huit shinobis étaient à leurs trousses. D'un commun accord, ils accélérèrent légèrement leur rythme de course, attendant de voir la réaction de leurs poursuivants. La sentance mit de longue minutes à tomber, mais finit tout de même par arriver, de la bouche de Kakashi.
⁃Ils nous rattrapent, chuchota-t-il calmement. Ils ne sont plus qu'à vingt minutes.
⁃Et merde, grommela le chûnin à part lui, réfléchissant à toute vitesse.
Gai se contenta d'acquiescer en silence.
Embuscade ou pas embuscade ? Ils n'auraient de toute façon pas le temps d'arriver en ville avant leurs poursuivants, le combat était inévitable. La question qui occupait l'esprit de Shikamaru concernait plutôt le moment le plus favorable pour engager.
En temps normal, tendre une embuscade à leurs poursuivants semblait la meilleure solution, mais avec Kimiko à protéger, la question devenait plus épineuse. Le chûnin accéléra légèrement le rythme pour se retrouver à côté de Kakashi.
Notes: Bon ben voilà, un nouveau chapitre de terminé. J'espère pouvoir publier la suite dans un délai plus raisonnable. Même si ça dépend des dames motivation et inspiration, je pense pouvoir dire que ça ira plus vite (en même temps c'est pas compliqué).
Merci de me lire !
