Disclaimer : L'œuvre originale ainsi que les personnages appartiennent à J.K. Rowling, je ne possède que ce scénario farfelu.
Pairing : Harry Potter / Drago Malefoy.
Auteure : Gabrielle.
Résumé : Post T7. La vie d'Auror ne ressemble en rien à ce qu'on lui avait annoncé, et l'évasion d'une célèbre mangemort sera l'élément déclancheur qui lui permettra peut être de faire tomber ses préjugés et les masques d'avant guerre.
Chapitre Un
Amy Winehouse – Back to Black
Je poussais un soupir en fermant les yeux. J'étais complètement avachi sur ma chaise derrière mon bureau. Si j'avais su que le métier d'Auror était principalement composé de paperasse, je pense que je me serais orienté vers une autre voie. Enfin c'est pas comme s'il n'y avait rien d'autre à faire, on avait pas du tout plusieurs criminels de guerre en fuite à l'étranger. Décidément l'ironie, ça ne me va pas, même en pensée.
On frappe à ma porte.
Encore des collègues qui veulent me traîner dans un bar à la fin du service. D'ordinaire je refuse, car pour des raisons évidentes, les sorties publiques deviennent rapidement un calvaire. Mais bon, cette fois ci je peux bien me permettre de me laisser aller, je n'aurai qu'à utiliser un léger sort de métamorphose pour ne plus ressembler à Harry Potter. Même que si je me contente de me teindre en roux je ressemblerai à un Weasley. C'est Ron qui va être content. On a déjà jouer à ce jeu, je me faisais passer pour son cousin à la fac. Rien que d'y penser fait apparaître un grand sourire sur mes lèvres.
C'est bien mon genre d'être nostalgique, après tout la « reconstruction » comme l'appelle déjà les historiens, n'a pas été simple. Je ne suis même pas sur qu'elle soit finie. À la fin de la guerre les autorités avaient été débordées. Il y avait eu tellement de morts, de blessés, de testaments, de personnes à reloger, de lieux à reconstruire et de Mangemorts à chasser... Ces sales lâches avaient fuis pour la plupart, au moment où ils avaient compris que leur Maître était fichu. Certains cependant, fidèles jusqu'au bout, avaient poursuivis les combats, tentant de venger le défunt Lord Voldemort. Et d'autres, comme Bellatrix, complètement perdus dans leur folie, avaient juste essayé de faire le plus de mal possible avant d'être arrêtés et emmenés à Azkaban. Si j'avais choisit de devenir Auror, c'est parce que beaucoup de Mangemorts restaient introuvables. Morts ou exilés. Et j'avais soif de justice. Je n'étais pas le seul.
Hermione aussi avait poursuivi dans cette voie, en allant à l'Université de Droit Magique de Londres. Elle avait eu un cursus express, en sautant quelques années grâce à sa capacité à travailler et mémoriser vite et bien les différentes lois de notre monde. Étant donné qu'elle possédait déjà une capacité d'analyse hors du commun, elle avait décroché un poste au Ministère et depuis, elle gravait les échelons un par un dans une ascension fulgurante.
Quant à moi j'ai suivi le chemin que l'on me destinait, et c'est tout naturellement que je suis allé à la Faculté Magique de Formation des Aurors accompagné de mon meilleur ami qui avait décidé de suivre cette voie. On avait évolué, j'approchais doucement de mes vingt trois ans, et pourtant mon statut de « sauveur du monde sorcier » m'empêchait de profiter de mon âge comme tout les autres jeunes. J'avais l'impression d'avoir la routine pénarde d'un homme de quarante ans. Femme et gosses en moins. Pas hyper réjouissant comme tableau.
Donc oui, je pense que ce soir je vais sortir avec mes collègues. Putain rien que cette expression pue le vieux.
Je déteste ça.
J'ai besoin de sortir.
Vite.
Pris d'une pulsion soudaine, je me lève et quitte mon bureau. Je cours plus que je ne marche vers la sortie. L'air ne m'avait pas semblé étouffant et pourtant je n'arrivais plus à respirer.
J'ai juste besoin d'une bouffée d'air. Rien qu'une seule pour me sentir vivant. Juste pour me sortir de ce train-train quotidien. J'atteins enfin mon but, je suis dehors. Ron m'a attendu.
« - Ils sont partis devant, t'es tellement long à la détente mec... La Fée Verte côté moldu ça te va ? Les journalistes de la Gazette devraient te foutre la paix là bas. »
J'acquiesce en silence. Avec Ron, je n'ai plus vraiment besoin de parler, on se comprend tellement bien que parfois, je me demande s'il ne lit pas dans mes pensées tout simplement. Je change la couleur de mes cheveux d'un coup de baguette. Ron me dévisage, ce n'est pourtant pas la première fois qu'il me voit accomplir ce petit tour.
« - Écoute vieux, j'pense pas que ce soit une bonne idée. Si jamais tu bois, ou est distrais d'une quelconque manière, ça foutra le camp. »
Ah c'est vrai, il à pas tort le con. Bon du coup je repasse au naturel et accompagne mon meilleur ami jusqu'à la Fée Verte. C'est un bar moldu assez fréquenté et il fait aussi boite de nuit. J'aime bien l'ambiance et en général il n'y a jamais de problème avec la clientèle. La devanture lui donne l'air d'un vieux pub irlandais mais lorsqu'on passe la porte, on se retrouve dans un endroit hors du temps. Ce lieu d'apparence miteux respire l'interdit. L'alcool coule à flots, diverses fumées s'emmêlent sur la piste, donnant le goût du tabac et plus à l'air qui entoure les danseurs. Elles se mêlent aux effluves de débauche et de luxure déjà omniprésentes. Quand j'entre dans cet endroit si particulier, je me retrouve toujours dans une espèce de transe contemplative. Ron m'agrippe par le bras et me traîne jusqu'au bar.
J'y prends mon premier verre d'absinthe de la soirée.
La musique est bonne, un mélange de rock et de pop assez prenant. J'aime cet endroit car il n'a pas de genre attitré. Je sais que je pourrai entendre du blues suivi d'un morceau de métal et je m'en foutrais. Du moment que ça donne envie de bouger, je m'en contrefous.
Deuxième verre.
Je n'ai pas envie de parler. Je veux juste, pour quelques instants, oublier qui je suis. Je veux oublier à quel point je ne suis pas satisfait de ma vie. Mais pour cela il me faut plus d'alcool, plus de tabac, plus de cette ambiance. Je ne veux pas juste m'en imprégner, je veux devenir une part entière de cette entité que représente le club. De toute façon quand on attaque la soirée à l'absinthe, c'est qu'on a clairement l'intention de ne plus être sobre.
Encore un verre.
Je me sens vivant. Je suis déconnecté du monde qui m'entoure et pourtant, je ne me suis jamais autant senti en vie qu'en ce moment. Mes inhibitions tombent, et je me dirige vers la piste. Je me perds dans la foule. Harry Potter n'existe plus. Il n'y a juste plus que moi. Le temps file à grande vitesse. Je remarque vaguement Ron et les autres me faire signe qu'ils s'en vont. Je suis trop pris, trop bien dans cet instant hors de la course effrénée du temps pour les suivre. Je me perds. J'ai l'impression de continuer la danse pendant des heures. C'est sans doute le cas. Après d'autres verres et d'autres danses, mon corps commence à montrer des signes de fatigues par delà mon état d'ébriété déjà bien avancé. Je décide de rentrer. Je ne marche plus droit, me trompe de rue et après un temps anormalement long, je finis par arriver au Square Grimmaurd ou je réside depuis la fin de la guerre. Je parviens avec difficultés à atteindre ma chambre située dans les étages supérieurs de la maison et me laisse tomber dans mon lit encore complètement habillé. Je m'endors ainsi, avant même que l'information du lieu où je me trouve soit parvenue à ma conscience.
Un bruit strident me sort de mon sommeil. C'est un vieux réveil moldu qui d'ordinaire me sert à me lever pour aller bosser et qui, aujourd'hui, sert surtout à empirer mon mal de crâne. Putain qu'est ce qui m'a pris de boire autant la veille d'un jour de boulot ? L'oubli. Comme un flash devant mes yeux, je me souviens de cette sensation d'oubli que je souhaitais ardemment. Le prix à payer est un peu cher, mais le jeu en valait la chandelle. Je me suis senti tellement bien... Il pourrait presque y avoir de quoi s'inquiéter car devenir dépendant est une possibilité. Oublier qui je suis est tellement... Je manque de mots.
Mon réveil sonne de nouveau, me rappelant douloureusement que je dois me lever. Et c'est avec le peu de volonté qu'il me reste que j'avale le cocktail aspirine/café que je me suis préparé en étant dans le gaz. Franchement, c'est dégueulasse. Je prends une douche rapide, enfile de vieux vêtements où je suis à l'aise. De toute façon, au travail, je pourrais y aller en pyjama qu'on ne me dirait rien. On ne touche pas au précieux petit Harry Potter, l'Élu, Celui-qui-a-Vaincu. Inutile de tergiverser sinon je vais encore être de mauvaise humeur pour la journée. Je sors et transplanne sans prendre la peine de descendre les marches. Je déteste cette sensation d'être étiré, passé dans un tube et d'étouffer. Quand j'ouvre les yeux, je suis dans le hall du Ministère. Je déteste aussi cet endroit. Trop de mauvais souvenirs impliquant Sirius, Voldemort, Dumbledore et Bellatrix.
Je pense que je suis de mauvais poil. Tant pis pour mes collègues. Je marche le plus lentement possible jusqu'à mon bureau pour que toutes les personnes qui croisent ma route comprennent bien à quel point je n'ai pas envie d'être ici. Et le premier qui m'adresse la parole je le tue. Plis j'approche du quartier des Aurors, plus j'ai la désagréable sensation d'avoir une boule dans la gorge qui n'a rien à voir avec ma gueule de bois. Cependant, lorsque je franchis la porte, il n'y a rien d'inhabituel. Encore une journée qui promet d'être longue...
J'aperçois Ron, à côté de la machine à café, en grande discussion avec une de ses collègues. Cette dernière se tait lorsque j'arrive et part en faisant un grand sourire à mon meilleur ami.
« - Putain mec t'en tenais une bonne hier soir... J'ai cru que tu viendrais pas aujourd'hui, je sais même pas comment tu fais pour tenir debout.
- C'était qui ?
- Hein ?
- La nana là, c'était qui ?
- Oh, une collègue de bureau. Elle me raconte les derniers potins, parfois on se marre bien.
- Comment va Hermione ?
- Harry c'est bon. Il se passe rien, tu me fais quoi là ? »
Je laisse sa question sans réponse. Même si Ron est mon meilleur ami, je n'aime pas sa façon de considérer Hermione comme si elle était quelque chose d'acquis. Je pensais vraiment qu'ils étaient fait pour aller ensemble, mais plus le temps passe, plus je me demande à quel moment cela m'a paru évident. C'est leurs histoires, je ne veux pas m'en mêler, mais étant donné qu'ils sont mes meilleurs amis, c'est un peu difficile de me retrouver entre eux. Je m'installe sur ma chaise et je dois déjà me battre contre l'envie furieuse de me laisser tomber sur mon bureau pour finir ma nuit qui a été bien trop courte. C'est parti pour le long défilé de paperasse et dossiers à remplir et compléter, puis tamponner, puis à envoyé au département des archives. J'ai jamais eu l'âme d'un bureaucrate, je suis un homme de terrain... Cela ne fait même pas cinq minutes que je suis là et j'en ai déjà marre.
Je pense qu'il est temps que je fasse un drame à la « Harry Potter ». Je déteste ça, utiliser mon nom pour obtenir ce que je veux, ça me rappelle trop un connard de blond délavé, mais je dois bien avouer que parfois, c'est drôlement pratique. Je me lève, et d'un pas décidé qui signifie « le premier qui m'arrête, je le tue », je cours plus que je ne marche jusqu'au bureau du Ministre. Et ça, je dois bien reconnaître que je suis le seul à pouvoir le faire. Surtout que le nouveau Ministre me connais très bien et qu'il est capable de comprendre ma situation comme personne.
J'arrive comme un boulet de canon dans le bureau de Kingsley Shacklebolt. Ce dernier ne semble pas surpris de me voir car c'est à peine s'il daigne lever les yeux de son dossier à mon entrée... Disons fracassante.
« - Harry, que me vaut le plaisir ? »
Argh cette façon qu'il a de dire ça ! Comme s'il avait attendu ma visite toute la matinée, comme s'il avait prédis il y a trois jours qu'à tel moment je débarquerai dans son bureau, comme... Comme Dumbledore en fait. Puisque c'est comme ça, autant le prendre à son propre jeu.
« - Je pense que tu sais déjà pourquoi je suis ici.
- En effet. »
Quoi c'est tout ? Kingsley, il manque un morceau dans ta phrase là. Ou une suite, je sais pas. Ça commence à faire un sacré blanc. Harry arrête de cogiter et demande lui la suite. Mais je vais encore passer pour un gamin impulsif si je fais ça. Et ça déviera encore la conversation, et je me ferais encore avoir à oublier pourquoi je suis venu là en premier lieu... Pourquoi je suis ici déjà ?
« - Et tu comptes faire quelque chose à propos de ça ?
- Je ne vois pas en quoi il y a un problème.
- Kingsley allons ! Ça fait des mois que je suis au placard, à mourir sous des tonnes de papiers au lieu de sortilèges !
- Justement Harry. Je préfère te voir mourir métaphoriquement sous du papier plutôt que réellement sous des sortilèges.
- Quoi ?! Donc, si je comprends bien, le fait que je sois complètement inactif est entièrement voulu ?
Harry on en a déjà parlé. Tu prends trop de risques quand tu pars en mission, tu t'exposes inutilement au danger, tu n'écoutes pas tes supérieurs... Tu as pu faire comme tu voulais lors de ta chasse aux horcruxes mais maintenant tu es sous la responsabilité de quelqu'un et tu n'es plus à Poudlard. »
Je sais qu'il a raison mais je ne supporte pas d'avoir des ordres. Ça n'a jamais été ma marque de fabrique, de prôner la sécurité et la seule qui soit jamais parvenue à le faire, c'est Hermione. Et personne ne pourra prendre cette place. Je soupire quand même pour montrer mon mécontentement. Et je finis par quitter cet endroit, voyant bien qu'il n'y a plus matière à discussion. Il faudra bien que je trouve un moyen pour enfin mettre les pieds hors de ce bureau, je finirai vieux avant l'heure sinon. Je vais demander conseil à Ron, il doit bien connaître quelques techniques...
Je fonce vers le bureau de mon meilleur ami. Comme d'habitude, sa porte n'est pas fermée. Cependant, cette fois ci, au lieu d'être grande ouverte, elle est légèrement fermée. C'est étrange, il n'y a aucun courant d'air dans le Ministère qui aurait pu fermer cette porte. Je pousse doucement le battant et me fige. Ron ris aux éclats avec la même femme que ce matin. Je n'y avais pas prêté attention plus tôt mais son visage me dis quelque chose. Je pense que je la connais. Elle est grande et a une façon de se tenir qui me rappelle un certain sang pur... Elle a un visage fin et de longs cheveux bruns. Lorsqu'ils m'aperçoivent, ils arrêtent de rire et affichent une moue gênée. Elle s'en va me laissant seul avec mon meilleur ami.
Je sens la colère monter en moi. C'est fou comment on met des étiquettes sur les gens, on croit les connaître mais en fait, ils sont biens plus mystérieux qu'on ne le pense. L'envie de confronter Ron me prends aux tripes. Peut être est ce parce que j'ai grandis, mais je sais que parfois le silence, ou l'ignorance, sont bien plus lourds de sens que des mots haineux.
« - Mec j'ai un petit souci et j'aimerai savoir si tu peux m'aider. »
Je laisse le temps à l'information de monter. Ron doit s'attendre à ce que je l'engueule alors je peux bien lui donner le temps de saisir l'évitement de sujet que je fais. Lorsque j'ai enfin ou, du moins semble avoir toute son attention, je me lance dans une explication.
« - Je suis allé voir Kingsley parce que j'en ai ras le cul de la paperasse. J'ai besoin d'action tu vois ? Et lui, il veut me garder au bureau comme un trophée sous prétexte que je n'écoute personne et n'en fais qu'à ma tête en mission.
- Tu ne peux pas vraiment lui donner tort sur ce point là...
- Je sais. Mais tu me connais. Comment je pourrais faire pour retourner sur le terrain ?
- Hum... Tu es une vraie tête brûlée, quoi qu'il se passe, tu n'en feras qu'à ta tête de toute façon... »
Ron semble vraiment réfléchir à la question. Je sais que je ne suis pas facile à vivre mais je ne peux pas m'en empêcher, si je trouve une idée stupide, je ne supporte pas qu'on me l'impose. C'est normal non ? N'importe quel être humain est comme ça. Je ne fais pas exception à la règle. Tiens voilà que je me perds à nouveau dans mes réflexions.
« - Harry j'ai peut être une idée mais... C'est loin d'être mature et ça va t'obliger à utiliser ton statut de Survivant.
- Dis toujours.
Et bien, peut être que si tu harcèles Kingsley tout les jours avec ça, il sera tellement excédé qu'il t'enverra en mission pour se débarrasser de toi. »
C'est vrai que c'est plutôt immature comme idée. C'est même très gamin capricieux mais ça pourrait marcher. Je souris. Pas d'un sourire de contentement mais d'un sourire mesquin. Cette idée fait ressortir les pires côtés de ma personnalité mais je n'en ai cure. Je veux avant tout mettre les pieds hors du bâtiment qui sert de Ministère dans le cadre de mon travail et je suis prêt à tout pour ça. Le reste de la journée passe plutôt vite maintenant que j'ai une idée en tête. Lorsque la fin du travail arrive, je me souviens que ce soir je dois manger avec Hermione. J'étais tellement obnubilé par mon plan que j'en avais oublié ma meilleure amie. Quel crétin.
Pour ne pas être en retard je décide de transplaner dans une petite ruelle non loin du lieu de rendez vous. Je ne peux pas me permettre d'arriver directement devant elle puisqu'on se retrouve dans le Londres moldu. Je me concentre pour visualiser l'endroit le plus à l'abri des regards que je connaisse qui ne soit pas trop éloigné. Je déteste le transplanage. C'est une sensation horrible. J'ai l'impression que mon corps est étiré pour ne devenir plus qu'un fil, qu'il est comprimé pour passer dans un endroit bien trop petit pour lui et c'est franchement étouffant. Je ne sais pas comment font les sorciers claustrophobes pour utiliser ce moyen de déplacement.
J'attéris bien dans la ruelle sombre mais un vertige me prends et je me réceptionne tant bien que mal sur la benne à ordure située à ma gauche. J'ai le tournis et envie de vomir. Génial. En plus avec toutes ses conneries je vais puer les ordures. Je doit être maudit. Je sors de la ruelle et essaye d'afficher un air impassible face aux gens qui me dévisagent. À chaque transplanage je me rate, mais ça pourrait être pire, je pourrais être désartibulé. Je suis tellement sur que ça va finir par m'arriver que je me trimballe avec de l'essence de dictame sur moi. Sur ce coup là mieux vaut être prudent. Ouais c'est moi qui dis ça, l'hôpital qui se fous de la charité, mais j'ai déjà vu mon meilleur ami être désartibulé et ça n'a franchement pas l'air agréable.
J'aperçois Hermione. Je la rejoins en accélérant le pas. Elle a l'air un peu agacée, signe que je suis bel et bien en retard. C'est de ma faute, je l'ai oubliée pour des idées puériles et même en me dépêchant, je suis en retard. Hermione n'a pas beaucoup de temps libre, elle travaille dur pour faire changer les choses. Je m'en veux de lui faire perdre son temps et ça doit se voir sur mon visage car elle semble s'apaiser peu à peu. J'ai toujours aimé ça chez Hermione. Je n'ai pas besoin de mots, il suffit qu'elle me regarde pour suivre le déroulement de mes pensées.
Elle me prends par le bras et m'entraîne dans un petit restaurant situé quelques rues plus loin. Je ne m'en étais pas rendu compte mais je commence à avoir faim. On s'installe et passe notre commande.
« - Alors quoi de neuf depuis la dernière fois que je t'ai vue ?
- Oh la routine. Même si je progresse vite, on a tendance à remettre mes idées en cause sous prétexte que je manque d'expérience. Ça fait quelques années que je suis là pourtant mais je suppose que de voir une jeune et une femme essayer de changer les règles ça ne plaît pas. Ça doit déranger de vieux conservateurs bien placés dans leur ego, que je n'aille pas dans le même sens que tout le monde. Enfin surtout pas dans leur sens quoi. Et toi Harry ? Tu as une petite mine.
- Je m'ennuie au boulot. On considère ma conduite comme trop dangereuse, donc on m'a confiné au bureau à remplir des papiers. Je déteste ça. La seule distraction que j'ai, ce sont les intrigues pseudo amoureuses des collègues. »
Hermione reste silencieuse. Elle ne semble pas surprise. Ça m'agace. Parfois, elle a ce don de sembler supérieure à tout le monde, comme si elle était une entité divine qui saurait tout à l'avance et qui mépriserai nos problèmes.
« - Je suppose que tu as encore trouver une idée de génie avec Ron pour régler ce problème. Et je ne veux pas savoir. Je sais d'avance que je vais désapprouver donc moins j'en sais, mieux je me porte.
- Mais Hermione...
- Harry ça suffit ! Tu es resté un grand gamin et tu aimes toujours autant défier l'autorité. Je travaille dans le département de la Justice Magique, je ne peux pas tolérer le moindre écart, ça serait immédiatement mis sur mon dossier. Crois moi quand je te dis que moins j'en sais, mieux c'est.
- Bon d'accord. Mais si je ne peux même plus me confier à ma meilleure amie...
- Désolée Harry mais le sujet est clos. Sinon, comment vas Ginny ? Ça fait un moment que je ne l'ai pas vue et Ron ne m'en parle pas... Enfin, c'est compliqué.
- Oh et bien elle est partie à l'étranger pour plusieurs mois, les Harpies avaient pas mal de matches de prévu en outsider pour la saison. C'est sans doute pour ça qu'il ne t'en as pas parlé. D'ailleurs, comment vont les choses avec lui ?
- Hum c'est possible d'éviter le sujet ? Non ? Argh pour être honnête la situation est compliquée. Je suis très prise par mon travail, et même si j'aime Ron, je n'ai pas de temps à lui accorder, et pas vraiment l'envie non plus. Enfin, je veux dire, on s'est mis ensemble on avait à peine dix huit ans ! J'aimerai vivre des expériences seule, apprendre à me découvrir avant de réellement m'engager tu comprends ? C'est horrible parce que je me sens tellement mal vis à vis de lui, j'ai l'impression que mes sentiments ne sont pas à la hauteur des siens, que je ne réponds pas à ses attentes. J'ai peur qu'il se lasse de moi et en même temps je le souhaite un peu... Je suis sans cesse partagée...
- Tu l'aimes mais ce n'est juste pas suffisant pour t'engager maintenant. Comme si vous vous étiez rencontrés trop tôt.
- C'est exactement ça ! »
Ma pauvre Hermione. Si tu savais comme je te comprends. J'ai eu le même sentiment que toi il y a quelques mois. Et le résultat, c'est qu'officiellement Ginny est à l'étranger pour ses matches mais en réalité, on est séparés. Au moins cela explique le comportement de Ron. Cependant, même si Hermione ne lui donne plus assez d'attention, je ne pense pas que se réfugier dans les bras de notre collègue soit la bonne solution. M'enfin... Je vais épargner ce genre de détails à Hermione. Elle n'a pas besoin de ça.
« - Dis Hermione... Comment est ce que je pourrais montrer que je n'ai pas de conduite dangereuse ? Le bureau ça me rends vraiment fou...
- Commence par écouter ce que l'on te dit.
- Ça fait des mois que j'écoute ce que l'on me dit en remplissant des tonnes de dossiers et j'en ai toujours pas vu le résultat.
- Soit plus patient aussi. Moins impulsif, contrôle toi... Mais je pense que te demander ça, c'est comme demander à un troll d'apprendre à écrire. Ce n'est pas dans ta nature.
- Merci de tes conseils...
- Arrêtes de bougonner Harry. Ton impulsivité fait partie de ta personnalité. On ne peut pas changer ça.
- Donc je suis condamné à rester cloîtrer dans un bureau pour le restant de mes jours. Génial.
- Mais non, si tu arrivais juste à contrôler tes débordements d'émotions ça changerai déjà beaucoup de choses.
- T'es marrante, j'y suis jamais arrivé, c'est pas maintenant que ça va changer.
- J'ai peut être une idée mais...
- Oh dis moi !
- Bon, c'est complètement expérimental, donc je ne sais pas si cela va fonctionner. En fait, il s'agirait de combiner des techniques d'occlumencie et d'hypnose moldue.
- J'ai jamais été doué en occlumencie, et sérieusement, de l'hypnose ?
- Je ne te demande pas de devenir un maître en la matière, mais juste d'avoir quelques bases. Et laisse tomber tes préjugés, je me sers de l'hypnose quasi quotidiennement pour garder mon sang froid face aux vieux bourges pervers que je peux croiser parfois dans les couloirs du Ministère. »
Franchement je suis sceptique. Et Hermione le remarque bien sur l'air que j'affiche. Les derniers souvenirs que je garde de l'occlumencie, c'était avec Rogue, et c'était vraiment pas une partie de plaisir. Je sais que les idées d'Hermione sont souvent de bonnes solutions mais celle de retenter une expérience aussi traumatisante ne m'enchante guère. Et puis l'hypnose... Faut y croire pour que ça marche. Mais en même temps je vois mal quelqu'un avec un esprit aussi logique qu'Hermione croire en ce genre de chose donc si elle me dit qu'elle l'utiliser sur elle-même, c'est que la technique a fait ses preuves. De toute façon, je suis tellement à bout que je serais prêt à faire n'importe quoi pour ne plus avoir à aller dans cette prison que l'on nomme Bureau des Aurors.
« - D'accord ça marche. Mais tu es folle si tu penses obtenir quoique ce soit de moi en matière d'occlumencie.
- Harry, même Pattenrond pourrais y arriver. Il suffit de croire en toi.
- Mouais. Quand est ce qu'on va pouvoir faire ça ? Avec ton emploi du temps et le mien, ça va pas être simple.
- Ne t'inquiètes pas, on trouve toujours du temps pour ses amis. »
Mais pas pour ses petits amis. C'est trop dur quand vos meilleurs amis sortent ensemble. Je suis tout le temps partagé : d'un côté je comprends très bien ce que Hermione peut ressentir, et de l'autre, je lui en veux pour faire subir ça à Ron alors qu'elle trouve du temps pour moi. Les relations humaines ça craint. Je veux devenir ermite au 12 Square Grimmaurd. Hermione me propose de passer chez moi dès le lendemain pour commencer à m'apprendre ses techniques. Elle est tellement enthousiaste que je me demande si son ambition cachée ne serait pas de devenir professeure. Le reste de la soirée se passe plutôt vite, les sujets sensibles tels que Ron sont évités. Je suis quand même content de voir qu'elle se porte bien.
En rentrant chez moi, j'ai de nouveau une sensation de boule dans la gorge. Je dois couver quelque chose. J'ai un mauvais pressentiment mais impossible de savoir d'où cela peut venir. En tout cas, je compte bien utiliser les idées de Ron et Hermione pour faire avancer ma situation.
Les semaines suivantes sont passées vite, rythmées par mes demandes quotidiennes auprès de Kingsley, les leçons d'Hermione et cette sensation de danger imminent. Je dois reconnaître qu'une fois de plus, Hermione avait raison, combiner l'hypnose et l'occlumencie me réussit, la première m'aidant à maîtriser la seconde, comme s'il m'avait toujours fallu un équilibre entre le monde moldu et sorcier pour être serein. J'arrive à maîtriser mes émotions et le fait d'être entièrement calme lorsque je vois Kingsley tout les matins joue en ma faveur même si je n'ai toujours pas pu sortir me défouler.
La situation entre Ron et Hermione empire considérablement. C'est à se demander s'ils ont été un jour plus que des connaissances. Je soupçonne fortement Ron de tromper Hermione avec notre collègue mais, tant que je n'ai pas d'aveux concrets, je ne veux pas tirer de conclusions hâtives. Je sais que je me voile la face, mais je ne suis vraiment pas pressé de voir leur couple se détruire, emportant leur amitié au passage. Hermione semble insensible à cet aspect de sa vie et mes maigres tentatives pour amener le sujet lors de nos séances sont toujours soldées par un échec ou un détournement de sujet vers l'affreuse décoration de l'ancien quartier général qui me sert de maison -et c'est vrai que je n'ai quasiment rien changé dedans-. Ron, quand à lui, est de plus en plus intéressé par Astoria Greengrass, notre fameuse « connaissance commune » allias collègue. Je ne comprends pas ce qu'ils se trouvent, leur seul point commun étant leur métier... Et peut être le Quidditch...
Je suis allé voir un médicomage, il y a trois semaines. Cette sensation de poids sur l'estomac n'est définitivement pas normale, et vu que je ne tombe pas malade, j'ai peur que ce soit mon corps qui commence à vieillir prématurément à cause de mon mode de vie sédentaire. Il n'a rien trouvé de problématique cependant, et m'a conseillé de consulter car ma « douleur physique peut être le résultat d'un mal être psychique ». Comme si je n'avais que ça à faire, d'aller voir un psy, qui, de toute façon, me prendrai pour un fou. Ça finira bien par passer à un moment ou un autre.
Cela fait déjà un mois et demi que je mets toute mon âme dans ma mission intitulée « sortir mon cul du bureau ». C'est vrai que, quand on est plongé dans une routine, on ne voit pas le temps passer. Ce matin ressemble à tout les autres et pourtant, la sensation qui ne me quitte plus depuis des mois semble avoir atteint son apogée. Pire que ça, je dirais que c'est carrément mon instinct qui se ligue contre moi, comme s'il mettait toutes ses forces pour m'empêcher de sortir du lit, comme s'il ne fallait absolument pas que j'aille au travail aujourd'hui. J'ai toutes les peines du monde à mettre ma tête hors de la couette. C'est étrange comme sensation, ça ressemble à de la peur sans en être, c'est juste le sentiment de devoir fuir un danger imminent . Je ne comprends pas ce qu'il se passe. Finalement, si ce n'est pas parti avant la fin de la journée, je prendrai un rendez vous pour voir un psy. C'est définitivement pas normal. Je me lève tant bien que mal, me douche, avale un petit déjeuner avant de prendre la cheminette pour aller au boulot.
J'arrive dans le hall du Ministère. Tout semble habituel, mais la boule dans ma gorge s'amplifie et descends direct dans mon estomac, créant de belles crampes au passage et menaçant de rendre mon petit déjeuner complet sur le parquet. Plus j'avance vers le Bureau des Aurors, pire c'est. Je crois que je ne vais pas tenir la journée.
En ouvrant la porte, c'est l'Apocalypse avec un grand A. Tout le monde cours partout, dans tout les sens, complètement affolés en lançant des ordres à tue-tête. Finalement, Kingsley débarque et fonce vers moi.
« - Tu voulais de l'action Harry ?! Et bien te voilà servi, on a une évasion de masse à Azkaban et une vingtaine de mangemorts en liberté dont Bellatrix Lestrange ! »
Ah. Effectivement, il y a de l'action. Je comprends mieux pourquoi mon instinct me dictait de rester dans mon lit ce matin.
