Chapitre Deux
David Bowie – Heroes
Si je devais résumer l'ambiance au bureau par un mot, ce serait chaos. La nouvelle d'une évasion d'Azkaban soulève plusieurs problèmes. Le premier est la suspension de toutes les enquêtes en cours pour mettre tous les Aurors sur la recherche des évadés. Ensuite se pose la question du comment ont ils pu s'enfuir, et là il y a une enquête interne. Et enfin, comme si tout cela ne suffisait pas, il faut également gérer les médias et par extension le mécontentement de la population sorcière. Pour le moment, nous en sommes à la première étape. Kingsley lui même fait la répartition des équipes, chacune d'entre elles étant affectées à la recherche d'un ou plusieurs mangemorts en fonction de leur degré de dangerosité. Je me retrouve à faire équipe avec Ron et notre cible n'est autre que Bellatrix. Kingsley estime que l'on a suffisamment côtoyé cette femme pour être capables de prédire les lieux où elle pourrait aller. S'il y a bien une chose de sûre avec Bellatrix, c'est qu'elle est assez cinglée pour ne pas être prévisible. Ça va pas être simple de lui mettre la main dessus. Un avantage à sa folie, c'est que quand elle se laisse emporter dans ses crises, elle ne cache pas ses traces et a tendance à se vanter de ses exploits. C'est bien les seuls indices qu'on sera capables de retrouver parce qu'elle n'en reste pas moins extrêmement intelligente et manipulatrice.
Kinglsey nous fait un signe discret, à Ron et moi, pour nous faire comprendre qu'il souhaite nous parler après la répartition des tâches et des équipes. C'est quand même incroyable qu'on ait une invasion de cette ampleur. La dernière fois que c'est arrivé, c'était sous le règne de Voldemort. La seule personne qui a réussi à s'échapper sans son aide, c'est mon parrain Sirius. Ça doit être dans les gènes des Black, la faculté de s'enfuir de prison. Bellatrix reste néanmoins la plus grosse menace, les autres fugitifs sont moins dangereux.
« - Bien, maintenant que les équipes sont constituées, mettez-vous au travail et rapportez moi ces évadés ! Harry, Ron venez par ici. »
Kingsley nous entraîne dans un petit bureau laissé à l'abandon lors de cette vague de panique qui a suivi l'annonce de l'évasion. Vu de près, notre Ministre a l'air épuisé. Je me sens un peu coupable, si je ne l'avais pas harcelé chaque matin, il ne serait peut-être pas dans cet état. Au moins la technique a payé. Ou alors il fallait un grand retournement comme évasion pour qu'on décide enfin de me remettre sur le terrain. Dans tous les cas, je suis content d'enfin sortir de mon placard.
« - Bon Harry écoutes moi, ça ne m'enchante pas du tout de te remettre en service alors j'espère que tu vas saisir la chance que tu as pour me prouver que tu es capable de bien te tenir sur le terrain sinon je t'assure que tu passeras le reste de ta carrière derrière un bureau.
- Inutile de faire des menaces, je suis bien conscient de ma chance.
- Bien. Ron et toi avez pour mission de retrouver Bellatrix. Je sais que ce n'est pas simple, mais essayez de raisonner comme elle. Où iriez vous si vous veniez de vous échapper d'Azkaban ?
- Bellatrix est trop instable pour être prévisible.
- Je ne suis pas d'accord avec toi Harry, Bellatrix est une Sang Pur avant tout, je pense qu'elle va chercher du confort et un moyen de retrouver une certaine grandeur.
- Ron, ça ne lui a jamais poser problème d'avoir les vêtements pleins de sang et de crasse pendant la guerre, elle doit sûrement être en train de mettre plus de distance entre elle et Azkaban avant de trouver une future victime.
-Ca suffit ! Vous n'êtes pas ici pour vous disputer. Faites une enquête, recenser tous les lieux où elle a pu vivre et allez les vérifier. »
C'est une perte de temps. Il me paraît évident que même si c'est une mangemort et qu'elle a été deux fois en prison, elle doit avoir des connaissances à l'étranger. Les familles de Sang Pur sont toutes liées entre elles, tel un immense réseau qui s'étend à l'international. Ce qui est certain, c'est qu'en ce moment elle doit être en train de quitter le pays plutôt que de faire le tour de ses propriétés. Mais je ne vais pas m'énerver et mettre le peu de patience de Kingsley à l'épreuve. Je vais attendre que ces deux andouilles se rendent compte de leur erreur, et pendant ce temps là je vais chercher quelles sont les connexions entre sa famille et les autres et chez qui elle est le plus susceptible d'aller trouver refuge. Hermione serait fière de moi si je pouvais lui dire.
La matinée défile, et il s'avère qu'on sait très peu de choses sur Bellatrix. Visiblement, les familles sorcières peuvent protéger leurs informations aussi efficacement qu'un sortilège de Fidelitas. La pause déjeuner arrive et j'en profite pour rester un peu seul avec mon meilleur ami, même si malgré les années, les repas restent toujours aussi importants pour lui.
« - On risque de piétiner un moment si on arrive pas à mettre la main sur plus d'informations.
- Je sais. Il faudrait demander confirmation à Hermione mais il me semble qu'il existe des sortilèges de protection de lignée chez les Sang Pur. C'est ce qui nous empêche d'avoir accès aux renseignements concernant Bellatrix.
- Les Sang Pur et leurs lois à la noix nous compliquent bien la vie... J'ai l'impression que la seule chose que l'on sait d'elle, c'est que c'était la cousine de mon parrain...
- Bon sang Harry tu es un génie !
- Euh... Quoi ?
- La tapisserie qu'il y a chez toi représente toute sa famille, ça va nous apporter pleins d'indices !
- Ah tu crois ? À ce rythme là autant interroger le tableau de Mrs. Black.
- C'est une bonne idée mais ça m'étonnerait que cette vieille folle soit prête à coopérer avec nous... Il faudrait quelqu'un d'une famille de Sang Pur qui connaisse toutes les traditions et l'étiquette pour réussir à la faire parler. Et comme tu le sais, je n'ai qu'une condition sur les deux, et toi c'est même pas la peine d'y penser...
- J'ai personne dans mon entourage qui correspond à cette description.
- Bah, il y aurait bien Astoria mais le soucis, c'est que comme nous, elle est débordée, ça m'étonnerai qu'elle puisse nous aider.
- Et dans ses amis ? Elle doit bien avoir des copains Sang Pur autre que toi haha !
- Oh ça va, mais maintenant que tu le dis, il y a bien Zabini qui pourrait faire l'affaire. Il est avocat maintenant, et ils s'entendent bien. Si elle lui demande je pense qu'il pourra nous rendre ce service.
- Zabini qui faisait parti du club de Slug ? Arrêtes toi ici, c'est une plaie ce mec, il rendrait service à personne.
- Les gens changent Harry. Surtout quand ils vivent une guerre. »
Il a raison sur ce point mais je ne pense pas que quelqu'un comme Zabini, qui a grandi dans des familles conservatrices, puissent avoir changer au point de rendre service gratuitement. Ron part voir Astoria dès qu'il a fini ses assiettes. Il a autant d'intérêt pour elle que pour la nourriture et ça, chez Ron, ça signifie beaucoup. Finalement Astoria a réussit à nous négocier un rendez vous le lendemain avec Zabini. Pardonnez nous, Môsieu a un emploi du temps suffisamment serré pour ne pas réussir à se libérer dans l'après midi, même pas pour des Aurors. Parfois j'ai tellement de mauvaise foi que si mon moi de seize ans me voyait, il me collerait des baffes. Peut être que le fait de plus avoir la responsabilité de sauver une population entière permet à ma véritable personnalité de ressortir. Et si jamais ça avait été Neville, l'enfant de la prophétie et pas moi, je serai devenu un gamin arrogant pourri gâté ? Non... Pas moyen que mon père et Sirius m'aient laissé devenir comme ça. Puisque tant qu'on a pas eu l'aide de sa majesté Zabini, nous n'avons aucune preuve et aucun moyen d'avancer dans notre enquête, Ron me libère. Oui, Kinglsey a eu cette idée de génie de me mettre sous les ordres de mon meilleur ami. Non mais où va le monde, je vous le demande ?!
Même si ce n'est pas le moment, même si je m'étais promis de mener mes recherches de mon côté, je pense que ce soir, je vais sortir et retourner à la Fée Verte. C'est un peu un rituel que j'ai mais, lorsqu'on m'assigne une mission importante, je vais souvent passer mon temps libre là-bas. Ça m'aide à décompresser, je n'y arrive pas si je reste enfermé chez moi. D'habitude je propose à Ron de m'accompagner mais ce soir, j'ai vraiment envie d'y aller seul. J'ai besoin de cette sensation d'abandon et d'oubli, car je sens que traquer Bellatrix va nous prendre du temps et nous obliger à ressasser des souvenirs dont on se passerai bien.
Je me précipite dans le hall du Ministère pour avoir accès aux cheminées avant les heures de pointes, rentrer en transplanant, ce n'est vraiment pas pour moi. À peine arrivé chez moi, je cours dans la pièce qui contient la tapisserie familiale. Ça devrait me permettre d'avoir des pistes pour chercher les éventuelles aides inter-familles. C'est incroyable toutes les connexions qu'il peut y avoir. J'y retrouve des Potter, des Weasley, des Lestranges, des Londubat mais aussi des Malefoy et là, juste au-dessus de Tonks, il y a Andromeda. J'avais complètement oublié qu'elles étaient sœurs, s'il existe bien une personne capable de me dire où Bellatrix peut aller, c'est bien Andy. Ça fait longtemps que je ne l'ai pas vue, j'ai encore du temps avant de pouvoir rejoindre le monde de la nuit, ça serait l'occasion de revoir Teddy, après tout, je suis son parrain. Je me change rapidement, laissant de côté mon uniforme d'Auror et transplane devant la maison située en banlieue Londonienne. Comment ai-je pu oublier qu'elles étaient sœurs alors qu'elles se ressemblent tellement ? Maintenant que je l'ai en face de moi, c'est flagrant. Elle a Teddy dans les bras, il a bien grandi et aborde toujours des cheveux bleus quand il est heureux.
« - Harry ! Ça fait longtemps !
- Bonjour à toi aussi Andromeda.
- Mais entres donc ! Regarde Teddy, c'est parrain Harry qui est venu te voir. »
Elle me tends Teddy pour que je le prenne dans mes bras ce que je fais aussitôt. Avoir un enfant dans les bras m'apporte un sentiment de plénitude absolument grisant. Un des nombreux avantages à voir Andromeda, c'est qu'elle n'a pas besoin de politesses excessives comme la plupart des autres Sang Pur, je peux entrer dans le vif du sujet sans que ça ne lui pose problème. Malgré cela, je sais que ça ne va pas être une conversation agréable, lui parler de sa famille qui l'a reniée n'est pas chose facile. Tout à coup, l'idée de lui demander où Bellatrix est allée se cacher me paraît absurde. Comment pourrait-elle savoir alors que ça fait des années qu'elles n'ont plus aucun contact ?
« - Quelque chose te tracasse ? »
Je lève les yeux et je remarque qu'elle me fixe. En effet, perdu dans mes pensées, ça fait plusieurs minutes que je suis immobile dans son entrée. Teddy commence à se débattre pour sortir de mes bras.
« - C'est le travail, mais je ne sais pas si c'est une bonne idée de t'en parler...
- C'est à propos de ma sœur, c'est ça ?
- Que... Comment ?
- Rassures toi, il n'y a pas de fuites au Ministère, c'est juste que « si ce n'est pas une bonne idée de m'en parler », ça ne peut qu'être lié à elle. Qu'est ce qu'elle a encore fait ?
- Elle s'est évadée. On a pas la moindre idée d'où est ce qu'elle pourrait aller. Le Ministère pense qu'elle va chercher le luxe et le confort après Azkaban mais je pense plutôt qu'elle va essayer d'avoir du soutien dans les autres familles de Sang Pur.
- De toute façon l'un ne va pas sans l'autre mais c'est sur qu'elle va chercher à avoir des appuis dans les vieilles familles.
- Je me disais que puisque vous aviez grandi ensembles et que tu as reçu la même éducation, peut-être que tu pourrais avoir une idée des familles en question.
- Et bien, la plupart de ces familles ont disparues pendant la guerre où sont actuellement en prison. Quant aux autres, soit elles étaient contre les idéologies de ce fou furieux ou n'avaient pas envie d'avoir un quelconque lien avec toute cette histoire. La seule personne qui lui reste, c'est notre sœur Narcissa. Mais comme tu le sais, les Malefoy ont disparus...
- Merci quand même pour ces informations, c'est plus précieux que tu ne le penses, le moindre détail peut faire la différence. »
Je passe le reste de mon après midi à jouer avec Teddy. Il semble contente de me voir et dans un sens, il me rappelle un peu Neville, qui a lui aussi été éduqué par sa grand mère. Je n'en reviens pas à quelle vitesse il a grandi. Je me souviens du jour où l'on m'annonçait que j'allais être son parrain. Ça me paraît si proche et si loin à la fois... À chaque fois que je vois Teddy, je pense à ses parents. Maintenant je comprends à quel point ça devait être dur pour Remus et Sirius de me voir, surtout que je suis la copie conforme de mon père. Je finis par les quitter et rentrer chez moi pour me préparer.
Je ne porte jamais une attention très élevée à ce que je porte mais quand j'ai prévu de sortir au pub, je sais qu'il me faut des habits légers, et ce même s'il fait cinq degrés dehors. Je finis souvent la soirée en sueur et collé à des inconnus. J'opte donc pour un jean simple, un débardeur et des chaussures confortables. Je décide de transplaner directement dans ma petite ruelle habituelle située près du bar. Une fois encore je vais me perdre dans la foule et boire jusqu'à ne plus savoir pourquoi je suis venu ici en premier lieu. Je ne suis plus qu'un corps parmi les corps, je bois, je danse et je me sens bien au milieu de cette foule, perdu entre l'odeur de sueur et de liqueur.
Plusieurs inconnus m'approchent mais aucun ne retient mon attention. Je n'ai pas de « type », surtout pour des plans d'un soir. C'est une question de feeling, d'humeur. Je ne sais pas comment l'expliquer mais parfois je ne suis juste pas disponible. Et puis il y a d'autres soir où je suis sensible à la beauté des personnes qui m'entourent. Quand je suis dans cet état d'esprit, je m'installe au comptoir pour regarder ce spectacle étrange qu'est la foule de danseurs qu'i la Fée Verte. Il m'arrive parfois d'en ramener un chez moi.
Finalement je quitte la piste pour rejoindre le bar. Je pense que c'est mon dernier verre de la soirée, après tout je travaille demain. Une fois mon verre en main, je me tourne vers la piste pour observer une dernière fois les danseurs. Vraiment il n'y a rien de potable ce soir. Je finis mon verre cul sec après un soupir et rentre chez moi.
Rien que l'idée de voir Zabini demain me désespère. Je sais que c'est un mal nécessaire et je prie Merlin pour qu'il arrive à tirer quelque chose de cet affreux portrait. Et il va falloir que j'explique à Ron que, une fois de plus, je n'ai pas suivi les ordres, et qu'on est censé partir à la recherche d'une famille disparue depuis la fin de la guerre. C'est sur cette heureuse pensée que je me couche, avec aucune envie de me lever tôt le lendemain pour voir un serpentard.
Lorsque mon vieux réveil moldu sonne, je n'ai qu'un réflexe, c'est de le frapper et de le pousser le plus loin possible de ma tête. Peu de temps après, j'entends frapper à la porte d'entrée. J'étais persuadé d'avoir mis mon réveil à l'heure hier, il n'y a aucune raison que je sois en retard et que Ron et Zabini soient déjà là. J'enfile mon bas de pyjama et me dépêche de descendre les escaliers pour leur ouvrir en manquant de tomber et de m'étaler peu dignement dans mon entrée. Je regrette de ne pas avoir d'appareil photo au moment où j'ouvre la porte, parce que les têtes de Ron et Zabini valent leur pesant de gallions. Bon d'accord, je suis torse nu, les cheveux en bataille, sans lunettes et probablement avec un bleu sur le flanc qui témoigne de mon rattrapage foireux dans les escaliers mais quand même. Ron est mon meilleur ami, on a partagé le même dortoir pendant sept ans, il ne devrait pas avoir cet air choqué.
« - Je t'en prie épargne moi ton air choqué, je serais plus présentable si vous n'étiez pas arrivés une heure en avance.
- Toujours aussi grincheux. Va t'habiller, notre « invité » n'a pas beaucoup de temps, je vais lui montrer le portrait.
Je remonte dans ma chambre en grommelant. J'adore avoir de telles réflexions dès le matin. Lorsque je redescends, Ron est dans la cuisine et me tend une tasse de café. J'entends à peine Zabini parler avec la vieille bique dans le couloir. Au moins elle ne hurle pas, c'est déjà ça. Je ne suis pas d'humeur à supporter ses cris. Ron a du percevoir mon regard car il engage la conversation malgré mon air renfermé.
« - J'espère que ça va donner quelque chose, c'est la seule piste que nous ayons pour l'instant.
- Hum justement, en parlant de pistes, je suis allé voir Andromeda hier. Ça m'étais complètement sorti de l'esprit que c'était sa sœur. Du coup, je lui ai demandé si elle avait des idées d'où est ce que cette folle aurait pu aller trouver refuge.
- Harry... T'as de la chance que je sois ton meilleur ami et que tu m'apportes des informations, parce que c'est quand même limite ce que tu as fait. Ça aurait été n'importe qui d'autre, il t'aurait collé un rapport pour insubordination et tu serais retourné au placard faire des dossiers. Considère ça comme un avertissement. »
Merci Ron. Je n'ai plus du tout envie de partager mes informations avec toi maintenant. En prime, il y a cette face de serpent de Zabini qui se ramène dans ma cuisine pile au bon moment.
« - Je suis désolé mais je ne peux pas vous aider. Tout ca que j'ai pu tirer d'elle, c'est qu'elle est fière de sa nièce, que jamais elle ne vous aidera et qu'elle souhaite que monsieur Potter quitte sa maison.
- Humf... Merci Zabini. Au moins ça a le mérite d'être clair. Nous n'avons plus besoin de vous, vous êtes libre de partir quand vous le souhaitez. Passez le bonjour à Astoria. »
Il perd pas le nord ce Weasley. Je savais bien que ce portrait ne nous servirait à rien. Au moins, Zabini est sorti de ma maison, peut importe ce que dit la vieille folle. Je suis quand même toujours vexé par sa remarque. Je sens que cette chasse au mangemort va mal se terminer pour moi, ou dans tous les cas, pour mon travail.
« - Bon... Je m'en remet à toi Harry. Qu'as tu appris chez Andromeda ?
- Elle pense comme moi. Elle pense que Bellatrix va chercher refuge et soutien auprès de familles de Sang Pur. Des familles avec lesquelles elle était liée pendant la guerre.
- Ça parait logique mais il reste peu de familles qui correspondent à cette description. La plupart sont mortes pendant la guerre ou enfermées à Azkaban.
- Je lui ai fais la même remarque. Mais il y a une famille qui ne remplit aucune de ces deux conditions. Et il y a même sa deuxième sœur dedans.
- Les Malefoy.
- Exactement. Ils ont disparus le jour de la bataille de Poudlard. Ils sont en exil, je ne sais pas où est ce qu'ils ont bien pu disparaître, mais Andromeda pense que Bellatrix va les chercher. Elle est probablement déjà à l'étranger à l'heure qu'il est. Je pense qu'on devrait traquer les Malefoy. Si on les trouve avant elle, on pourra lui mettre la main dessus plus facilement et tous les ramener au bercail.
- C'est une bonne idée, Harry. Laisse moi aller voir Kingsley pour organiser tout ça. Prépare une valise et garde la sous la main au cas où. Je ne sais pas quand est-ce qu'on partira, mais ça sera certainement rapide. »
Ron part au Ministère. Je pense pas que ça prendra longtemps avant qu'on se retrouve en réunion avec Kingsley pour discuter de tout ça. Mais je vais quand même suivre le conseil de Ron et préparer une valise. Je prends le nécessaire pour une semaine. Je me demande comment on va faire pour mettre la main sur les Malefoy, ça fait quasiment cinq ans qu'ils ont disparus. On peut toujours essayer de tracer leur signature magique mais ça donnerait peu de résultats, puisque la dernière fois qu'ils ont pratiqué la magie sur le sol anglais, c'était le jour de la bataille et à Poudlard, donc autant dire le lieu où il y a le plus de signatures différentes. Même si on retrouvait leur trace comme ça, ça serait bien trop faible pour pouvoir l'exploiter. On peut toujours tracer leur baguettes mais ils sont assez intelligents pour savoir que le Ministère surveille les baguettes vendues par Ollivander si besoin. Et puis, comme j'ai encore celle de Malefoy fils, ça réduit nos chances. Après je sais que Ron va en parler avec Kingsley, et qu'il va probablement demander tout les rapports possibles et inimaginables que l'on puisse récolter sur eux. Ça va nous faire encore plein de paperasse à gérer et ça ne me réjouis vraiment pas. M'enfin, ça fait parti du métier. Alors que je m'apprête à descendre pour déjeuner, trois coups frappés à ma fenêtre m'arrêtent. C'est un hibou du Ministère qui m'apporte un court message de Ron.
« Harry,
J'ai demandé les rapports et relevés d'activités magiques des Malefoy, ça devrait arriver dans l'après midi. On déjeune ensemble ? J'ai vu avec Kingsley pour la suite des évènements, il faut que je t'explique tout ça.
Ron »
Bon. Dans ce cas, autant ne pas traîner. Je réduis la taille de ma valise pour qu'elle puisse tenir dans la bourse que m'a offert Hagrid pour ma majorité et que je ne quitte jamais. J'enfile ma cape d'Auror et je descends les escaliers pour prendre une cheminette qui m'envoie directement au Ministère.
Ce qui est bien au Ministère, c'est qu'il dispose de son propre système de cheminettes qui relie les différents départements entre eux. C'est assez récent et ça permet d'éviter les bouchons devant ces horribles ascenseurs. J'arrive au bureau de Ron et je vois qu'il a déjà pensé aux sandwichs. Malgré les années qui passent, ça fait plaisir de voir qu'il y a certaines choses qui ne changeront jamais.
Les rapports arrivent alors qu'on finit notre repas. Je suis à la fois pressé de lire pour retrouver un indice qui nous permettrait de mettre la main sur les Malefoy, et pas du tout excité à l'idée de me replonger dans la paperasse que j'ai fuis dès que possible. Ron s'occupe du rapport sur les signatures magiques tandis que je me penche sur le relevé de baguettes. Je ne suis pas étonné de voir qu'il y a l'information « inactive » en lettre capitales à côté du nom de Malefoy junior.
Les relevés de sorts de la baguette de Lucius ne montrent rien non plus, les derniers sorts utilisés sont d'ordre offensifs et défensifs et datent de la guerre. Comme je le pensais, il a dû changer de baguette. Ça va être toute la difficulté de cette affaire, les Malefoy sont loin d'être idiots, ils savent effacer leurs traces. La baguette de Narcissa est plus intéressante. Après la tonne de sortilèges utilisés pendant la guerre, il y a un sortilège de transplanage. De Pré-au-Lard à Londres. Puis un autre de Londres à Paris. Et c'est la dernière chose qui est émise par sa baguette. Elle a dû changer de baguette en France.
« - Ça donne quoi pour toi, Ron ?
- Pas grand chose. On a perdu leur trace après Poudlard, trop de signatures différentes pour retrouver la leur. Et toi, quelque chose avec les baguettes ?
- Rien de la part de celle de Lucius. Et comme tu le sais, j'ai encore la baguette de Malefoy. Narcissa en revanche, a transplané à Londres avant de transplaner à Paris, dernière activité connue de sa baguette. Manifestement, ils ont dû racheter des baguettes pour toute la famille en France.
- Certes. Mais qu'est-ce qu'ils ont été faire à Londres ? Pourquoi est ce qu'ils n'ont pas directement transplané à Paris ?
- Je ne sais pas. En tout cas, ils n'ont lancé aucun sort une fois sur place. Ils ont dû aller au chemin de traverse, je ne vois pas d'autre raison pour eux d'aller à Londres, à moins qu'ils aient une propriété, mais même si c'était le cas, ils auraient été arrêtés vu que les Aurors sont allés sur place directement après la fin de la bataille.
- Oui tu as raison, ils ont dû aller sur le chemin de traverse. Peut-être pour chercher de nouvelles baguettes ?
- Ça n'a pas de sens, Ollivander était retenu dans leur cave, ils savaient très bien qu'il n'y aurait aucun moyen de se procurer une baguette... Qu'est-ce qui pouvait être si important pour eux, au point que ça passe avant leur fuite, les mettant en danger comme ça ?
- L'argent. Ils ont dû aller à Gringotts. Non seulement ils en avaient besoin pour acheter de nouvelles baguettes, mais aussi pour survivre à l'étranger. Et puis, c'est typiquement le genre de choses que Lucius fait passer avant tout le reste.
- Ça va pas vraiment nous aider. On ferait bien d'aller au bureau des Affaires Étrangères pour contacter le Ministère français. On va mettre des mois avant de pouvoir avoir accès à leurs archives, et ça ne nous servira à rien si jamais les Malefoy ne sont pas restés en France.
- Hum... Viens avec moi, on va directement aller voir Kingsley, c'est trop à gérer pour juste nous deux en si peu de temps. »
Ron a raison, il vaut mieux aller voir Kingsley même s'il doit probablement être débordé en ce moment car Bellatrix est loin d'être la seule à s'être évadée, même si elle reste la plus dangereuse. Une fois devant le bureau du Ministre, sa secrétaire nous demande d'attendre. Évidemment, nous ne sommes pas les seuls à avoir besoin de lui, et on ne peut pas le voir sans prendre rendez-vous au préalable. Rien que pour ça, je respecte Kingsley. Je ne pourrais jamais être Ministre, trop de sollicitations et peu d'espace pour la vie privée. De toute façon, la politique ne m'intéresse pas et je n'ai aucune ambition dans ce domaine. Au moins, il a gardé le goût de l'enquête et reste proche du Bureau des Aurors, enfin, autant que possible avec son emploi du temps.
Nous patientons encore une trentaine de minutes avant de pouvoir rentrer dans son bureau. Malgré le fait qu'il a au moins deux secrétaires, son bureau est en désordre complet, plein de piles de papiers et de dossiers. Les dernières flammes vertes dans la cheminée située derrière nous indiquent qu'il devait être en déplacement ou en appel avec quelqu'un d'important. Sans doute une autre affaire urgente. Il a l'air épuisé mais nous fait signe de nous asseoir avec un sourire bienveillant.
« - Que puis-je faire pour vous ?
- Harry et moi avons relu toutes nos archives concernant les Malefoy et nous en avons conclu qu'ils avaient fuit à l'étranger. La dernière trace que l'on a d'eux est en France, mais je ne pense pas qu'ils soient resté dans un pays aussi proche du nôtre.
- Nous avons vu qu'ils sont repassés à Londres avant de partir pour la France grâce à l'analyse des baguettes. Ron et moi pensons qu'ils sont allés à Gringotts retirer une partie de leur argent.
- Nous sommes donc là pour avoir votre accord et soutien auprès du Ministère français pour avoir leurs archives dans les plus brefs délais.
- Hum... Avant d'aller aux Affaires Étrangères, vous feriez mieux d'aller voir les Gobelins. Grâce aux nouvelles lois qui ont été votées après la guerre, vous pouvez suivre l'argent. Pas la peine de faire cette tête Ron, on s'est largement inspiré des moldus pour ça. Je vais vous faire une lettre d'autorisation, ça ira plus vite s'il y a mon nom dessus qu'avec une procédure normale. »
En tant qu'Aurors, on est censé être au courant des nouvelles lois, surtout celles de ce type là, qui peuvent être utiles dans nos enquêtes. Cette loi là ne me dit rien, même si je l'avais juste oubliée, je m'en serais souvenu au moment où Kingsley l'a évoquée mais ça ne me dit vraiment rien. En même temps, il y a eu tellement de lois votées juste après la guerre, notamment pour aider à retrouver les mangemorts en fuite.
Ron récupère la lettre de Kingsley et on se dirige vers l'Atrium. Depuis notre escapade fracassante avec Hermione, la sécurité à Gringotts a été triplée, et nous ne pouvons plus transplaner, ni utiliser les cheminées les plus proches. Il va falloir transplaner dans le Londres moldu et passer par le Chaudron Baveur avant de remonter tout le Chemin de Traverse à pieds. Je déteste aller dans ce genre d'endroit du monde sorcier. C'est trop fréquenté et même lorsque j'y suis dans le cadre de mon travail, je me fais arrêter tous les cinq mètres, par des gens qui pensent que je n'ai que ça à faire de ma journée, de leur accorder du temps et de l'attention. En arrivant au Chaudron Baveur, je me lance un léger sort de métamorphose, rendant mes yeux et mes cheveux bruns clair. En plaçant mes cheveux devant ma cicatrice, le tour est joué pour que je passe inaperçu. De toute façon une fois devant la banque des sorciers, il faut que je défasse tous les charmes. La sécurité drastique refuse l'entrée à quiconque sous l'influence de charmes de désillusions, métamorphose ou polynectar.
Les Gobelins n'ont pas l'air ravis de nous voir. En même temps, nous sommes deux des trois personnes qui sont parvenues à entrer par effraction dans cette banque. C'est dans une ambiance tendue que nous sommes conduis dans le bureau du directeur.
« -Messieurs Potter et Weasley, que me vaut le plaisir ?
- Nous venons dans le cadre d'une enquête, nous souhaitons avoir accès au suivi du patrimoine du coffre des Malefoy.
- Bien. Avez vous remplit nos formulaires de demande ?
- Malheureusement il s'agit d'une affaire urgente, nous avons une autorisation du Ministre.
- Hum... Votre espèce a tendance à croire que tout lui est dû à partir du moment où vous vous trouvez dans les grâces de la bonne personne.
- C'est faux !
- Harry calmes-toi s'il te plaît, tâchons de rester diplomates. En vertu des nouvelles lois, vous devez nous fournir ces dossiers si nous sommes munis soit des formulaires, soit d'une demande ministérielle, ce que nous avons présentement.
- Très bien, veuillez patienter quelques instants. Je vais avoir besoin de cette lettre, et d'un formulaire à signer maintenant avec identification magique. »
Une fois la paperasse remplie, le gobelin part à la recherche du dossier dans une pièce adjacente. Les relations entre les gobelins et les sorciers ont toujours été tendues mais depuis la fin de la guerre, les tensions ont atteint un niveau insupportable. Je suis pressé d'avoir accès aux dossiers, même si nous n'allons pas avoir le droit de l'emmener avec nous, ou même prendre des notes. Il va falloir faire fonctionner notre mémoire pour pouvoir déposer des souvenirs aussi précis que possible afin de les visualiser dans des pensines.
Au bout de quelques minutes deux gobelins apparaissent avec deux chariots remplis de boîtes en cartons contenant les relevés d'activités du compte des Malefoy. On s'organise avec Ron, la première étape est de trouver les dates qui nous intéressent, c'est-à-dire tout ce qui est postérieur à 1997. La procédure veut que l'on commence à vérifier un an en avance de la date réelle demandée, même si bien souvent ce sont des informations ayant peu d'intérêt pour l'enquête. Là, étant donné que c'était la période où Voldemort se servait allégrement dans leur fortune, les activités du compte ne nous indique rien concernant les Malefoy. Je savais que c'était une famille riche mais quand je vois tout ce qu'ils ont perdu pendant la guerre, je me demande s'il leur reste quelque chose pour vivre aujourd'hui. Peut-être qu'il a fallu qu'ils se mettent à travailler. Je ricane en lançant un regard à Ron pour lui faire partager ma pensée quand je vois qu'il a verdit. Évidemment,ça ne doit pas le laisser indifférent de voir de tels montants.
Je sais bien que maintenant il est au-dessus de tout ça, et qu'il sait que l'argent ne fait pas le bonheur, mais je me doute bien qu'il ne peut s'empêcher d'imaginer à quoi aurait pu ressembler son enfance si sa famille avait disposé de tant d'argent.
Je me penche de nouveau sur mon dossier et j'arrive enfin au mois de mai 1998. Je suis particulièrement attentif à ce que je vois, comme si je pouvais photographier le dossier avec mes yeux. Les dépenses sont conséquentes, bien plus que les éventuels revenus. Je me demande bien de quoi Voldemort avait tant besoin. Peut-être qu'il sentait la fin arriver et qu'il essayait de recruter plus de partisans grâce à l'argent... Non, il se sentait indestructible, il n'aurait pas eu de raisons de faire ça. Je me rapproche de la fin du mois et du jour fatidique de la bataille.
Nos suppositions étaient justes, ils sont bien venus sur le Chemin de Traverse pour aller à Gringotts. Il y a eu une demande de gérance à distance, de retrait à l'étranger et de transfert de fonds. Vu le peu de page qu'il reste au dossier, j'espère que je vais trouver l'indice qui nous manque dedans. Il y a ensuite un retrait en France, ce qui nous confirme l'achat de nouvelles baguettes. Je ne vois pas d'autres retraits. Cela voudrait-il dire qu'ils sont toujours en France ? Ça ne me paraît pas probable. La dernière page relate d'une demande de transfert de compte à la Banque Nationale Russe. C'est donc là qu'ils se cachent.
« - Ron, arrête de chercher et prépare tes valises, on décolle pour la Russie. »
