Disclaimers : Ces beaux chevaliers appartiennent à Monsieur Kurumada. Merci.

Plusieurs semaines s'étaient écoulées, et force était de constater que le bonheur de Saga faisait plaisir à voir. Il était redevenu ce demi-Dieu que tout le monde admirait avant sa possession.

Et ce bien-être, il le devait au Grand Pope. D'ailleurs Shion et lui-même avaient eu une longue discussion et le couple avait décidé de vivre leur amour au grand jour depuis peu, officialisant de la sorte leur liaison. Sans surprise, tout le monde accueillit plutôt bien la nouvelle sauf Dokkho, bien sûr.

Mû regardait d'un œil légèrement circonspect l'affaire et se décida à parler à Saga. À la sortie de l'entraînement quotidien des Ors, le jeune atlante pressa le pas pour se retrouver à hauteur du premier gémeau.

- bonjour Saga.

- Bonjour Mû.

- Serais-tu disponible afin que nous prenions un thé ensemble.

Ce que redoutait Saga se produisait enfin et franchement, le gémeau s'en serait bien passé.

- oui si tu veux.

- maintenant, ça te dit ?

- Euh oui…

En fait non, il avait prévu d'aller voir Shion, de le débaucher de son bureau pour une douche crapuleuse. Mais bon, il fallait en passer par là.

Il suivit donc le Bélier jusqu'à sa demeure, s'installa dans le salon pendant que son hôte disparaissait dans la cuisine pour préparer le breuvage laissant son invité en pleine angoisse. Voyant revenir le jeune homme avec un plateau garni dans les mains, Saga soupira. Il était prêt. Sans un mot, Mû le servit. Quelque part, ça l'amusait de faire mariner le premier gémeau. Il s'assit face à lui, prit sa tasse et souffla sur la boisson chaude. Saga n'y tint plus.

- Mû, tu sais pour ton Maître… je l'aime… vraiment beaucoup.

Mû sourit, de ce drôle de sourire qui le faisait ressembler comme deux gouttes d'eau à Kylian. C'était à se demander…

- Il y a intérêt… à ce que tu l'aimes, je veux dire. Vois-tu, au début comme tout le monde, je n'étais pas très sûr de tes intentions vis-à-vis de mon Maître, malheureusement pour toi, tu as un passif plutôt lourd. Tu comprends donc que je reste méfiant quant à l'amour que tu dis vouer à Shion. Je ne suis pas d'ordinaire quelqu'un d'agressif, ni même très porté sur le combat en général, sauf obligation bien sûr, mais…

- ….

- Vois-tu, Shion représente beaucoup pour moi. Je l'aime énormément et son retour parmi nous me comble de joie. Il est mon Mentor, et le seul homme qui fasse figure de père pour moi, il est de ma race, ma seule famille avec Kylian. Tout ceci pour te dire que je ne supporterais pas de le voir souffrir…

Le tout dit avec un sourire à vous damner un saint. Mais le message ne pouvait être plus clair, c'était une mise en garde qui laissa le gémeau un instant sans voix. Ce dernier eut un sourire crispé.

- je n'ai rien à répondre à ta menace Mû. Si ce n'est que jamais, tu m'entends bien, jamais je ne ferais souffrir Shion en conscience. Je préfère mourir. Shion est toute ta famille, je le comprends. Mais pour moi, il est encore plus que cela. Il est ma raison de vivre, ma rédemption. Au bout de treize ans, il a eu suffisamment fait confiance en moi, son assassin, pour me donner un rôle clé dans son plan contre Hadès. Tu n'as pas idée ce que cela représente pour moi. Je lui dois tout, je l'admire. Plus tard, lors de notre résurrection, je me suis aperçu que l'admiration et la reconnaissance que je lui vouais, s'étaient muées en autre chose, de plus fort et d'inconnu pour moi. Il a fallut que je travaille en sa compagnie pour me rendre vraiment compte que… je l'aimais… plus que ma vie elle-même. C'est ironique, n'est pas, vu ce que je lui ai fais par le passé, mais c'est comme cela, je n'y peux rien, toi non plus et quoi que tu en penses, cela m'est égal.

- ……….

- Lui aussi, te considère comme son fils… et je le respecte… mais, tu vois… ta menace est inutile. Mais si tu y tiens vraiment…

Mû dévisagea Saga, le scrutant de son regard pur et clair. Les yeux dans les yeux, les deux hommes se jaugeaient mutuellement. Puis Mû lui offrit son premier sourire sincère. Saga lui avait ouvert son cœur et son cosmos, lui démontrant par cela même la confiance que le jeune homme pouvait avoir en lui, ne lui cachant rien. Pour un peu, le jeune atlante aurait presque été jaloux d'un amour aussi fort que celui qui pulsait dans le cœur du premier gémeau pour son ancien Maître. Mais non, il était heureux. Un bonheur mérité souriait à Shion et à Saga.

Ils burent leur thé en silence, pas un silence pesant mais un tout nouveau silence complice. Saga prit congé de son hôte en le remerciant de l'invitation. Mû le retint un instant.

- Saga….

- oui.

- pardonnes-moi. Je ne me mêlerais plus de votre vie privée. Mais… tu comprends….

- oui, l'interrompit Saga, tu l'aimes sans doute autant que moi et tu ne désires que le protéger. Merci pour cela, Mû.

- Veille sur lui… Discrètement où il t'arrachera les yeux !

Les deux hommes se quittèrent sur un éclat de rire commun.

Mû referma la porte, soulagé. Il allait débarrasser la table basse quand deux coups frappés fort lui firent lever la tête. Par une habitude prise depuis maintenant deux semaines, Mû s'écria :

- Entre Dokkho, la porte est ouverte.

Une tête passa le chambranle de la porte.

- Bonjour Mû, je te dérange ?

- non, le thé est encore chaud, tu en veux ?

- oui avec plaisir.

Dokkho s'installa pendant que Mû cherchait une tasse propre dans la cuisine. Il le servit et attendit patiemment que Dokkho l'informe du sujet de sa visite bien que celui-ci ne fasse aucun doute dans l'esprit de l'atlante.

- Saga sort d'ici. Dit la balance.

Ce n'était pas une question mais une simple constatation.

- oui en effet.

Dokkho leva les yeux de sa tasse pour regarder Mû. Que dire, que faire. Deux semaines que le couple avait officialisé leur union et Dokkho, après maintes visites au jeune disciple de son ami, sentait son cœur changer de camp et battre pour le dit disciple. Sa douceur, sa gentillesse, son charme certain.

Il aimait beaucoup Shion certes. Mais maintenant qu'il était inaccessible, la balance se tournait lentement vers une autre possibilité. Si, égoïstement, il pensait trouver du réconfort dans le bras du jeune atlante. Dokkho en venait à se demander s'il avait vraiment aimé d'amour son meilleur ami. Si ce n'était pas une fierté mal placée, une illusion qui lui avait fait perdre la tête. Mais Mû avait été très clair lors de leur dernière entrevue.

Il n'était pas un palliatif à son Maître. Point, c'est tout.

Et c'était compréhensible, il méritait qu'on l'aime pour lui-même. Mû était tout simplement un être adorable. Seulement voilà, Dokkho avait honte de ses propres sentiments à l'égard du jeune homme. Il l'avait recueillit à l'âge de sept ans et l'avait vu grandir, se développer, devenir un homme, un chevalier fort et fier. D'ailleurs à bien y réfléchir, il l'avait toujours trouvé très beau.

- Mû, tu sais je pense que tu as raison. Ils s'aiment c'est évident. Et moi, je crois que j'ai été un vieil idiot. Ma jeunesse retrouvée m'a fait perdre mon bon sens. Shion est mon ami et rien d'autre. Je me suis trompé lourdement quant aux sentiments que j'éprouvais pour lui. C'était… simplement de la jalousie.

- oui, sans doute. Tu as dû murement réfléchir pour en arriver là.

- Oui, et je vais partir quelques jours à Rozan. Pour me ressourcer. J'ai demandé à Shion, il est d'accord.

Bizarre, pourquoi d'un seul coup, le cœur de Mû s'alourdit, se presse, broyé comme anéanti ?

- Tu as raison, parvint-il à répondre, cela te fera le plus grand bien.

Ainsi Mû ne cherche même pas à le retenir. Toutes ces journées passées ensemble ne veulent sans doute rien dire pour le jeune homme. Il n'a fait que réconforter le « vieux maître ». Cette constatation brisa plus sûrement le cœur de Dokkho que la découverte de la liaison de son vieil ami.

Terminant sa tasse, il se leva, résolu.

- Merci Mû, pour ta patience et ta gentillesse à mon égard. Pardonne moi si par moment je t'ai offensé. À bientôt.

Mû garda obstinément les yeux rivés sur la tasse vide, abandonnée par son propriétaire.

- repose toi bien Dokkho et reviens nous vite. Au revoir.

Dokkho passa la porte et se précipita chez lui pour faire ses bagages. Il croisa Kanon et Rhadamanthe sur le point de partir eux aussi. Rassuré sur le sort de son frère, le second gémeau retournait aux Enfers avec son amant, afin que ce dernier assure sa charge.

Shion, présent, fut surpris de voir passer si vite son ami, sans un mot. Rangeant ce détail dans un coin de sa mémoire, Shion reçut son « beau-frère » dans ses bras. Il sourit de bonne grâce devant ce manquement au protocole. Certes, sa relation avec Saga expliquait le geste, mais tout de même il restait le Grand Pope. Kanon avait toujours été un impulsif, même dans ses sentiments.

Une puissante cosmo énergie entoura Kanon et Rhadamanthe et ils disparurent vers les enfers laissant Saga figé, le cœur lourd. Des bras puissants vinrent l'enlacer.

- Allons, tu savais bien qu'ils ne pouvaient pas rester éternellement ici.

- Éternellement, non. Mais un peu plus quand même.

Et voilà, de nouveau cette tristesse infinie qui faisait craquer Shion,qui lui donnait envie de tout faire pour avoir droit à un sourire de son aimé. L'atlante prit une mine malicieuse.

- Allez viens. Je vais te consoler. A ma façon, chuchota-t-il à l'oreille de Saga, qu'il mordilla au passage.

Saga, frissonnant d'anticipation, eut un large sourire. Depuis quelques temps, il avait appris comment extirper l'homme de sa vie de son pesant boulot pour un doux câlin. Un manipulateur né, comme disait son jumeau ! Non, un homme amoureux, lui répondait-il souvent.

Cinq jours plus tard, Shion explosa de colère. Voir son disciple errer dans le sanctuaire comme une âme en peine était plus qu'il ne pouvait en supporter. Il se rendit au premier temple bien décidé à savoir ce qui perturbait son ancien élève.

Il ne prit même pas la peine de frapper à la porte qu'il poussa. Il découvrit son élève vautré sur son canapé, la télécommande du téléviseur à la main. Les yeux dans le vague, le jeune homme ne suivait absolument pas, fort heureusement pensa Shion, le programme abrutissant de la télé.

- Bonjour Mû.

- Oh, bonjour Maître Shion. Que puis-je pour vous, s'étonna le jeune homme surpris en plein farniente.

- humm, disons me dire ce qui te rend si nostalgique. Mais commençons par le commencement. Un thé à la menthe serait le bienvenu, réplique le Grand Pope, s'installant d'office sur le fauteuil moelleux à gauche de son apprenti.

Le jeune homme se leva et fila à la cuisine préparer ce que son Maître lui demandait.

Tout de même, en réfléchissant, il n'allait tout de même pas dire à son mentor qu'il était tombé sous le charme du meilleur ami de ce dernier. Que les visites de Dokkho lui manquaient, comme sa présence et les longues discussions qu'ils avaient partagées. Non, décidément, il ne pouvait se confier de la sorte. Tant pis, il espérait que Dokkho terminerait bientôt son exil et reviendrait au sanctuaire en meilleur forme qu'il ne l'avait quitté et puis... Et bien et puis on verrait.

Il revint au salon, et servit le thé.

S'installant au coté de Shion, il sirota la boisson trop chaude.

- Mû, dis moi ce qui te perturbe.

- Rien, Maître. Je vous assure, rien d'important.

Shion soupira. Mû était le seul au sanctuaire à pouvoir lui cacher quelque chose. Le Grand Pope reparti furieux de l'échange. A part un « je m'ennuie, Maître », il n'avait rien pu tirer du jeune homme.

Les deux jours qui suivirent cette entrevue furent un cauchemar pour Saga. Shion de mauvaise humeur, insupportable, lui refusait même le câlin, ô combien vital, du matin. C'est à l'aube d'une chaude journée que le gémeau, hors de lui, descendit jusqu'à la première maison du sanctuaire pour avoir le fin mot de l'histoire. Il tambourina pendant dix minutes à la porte de l'habitat du bélier, pour voir arriver ce dernier, le cheveu en bataille, les yeux rougis. Il ne lui fallut pas plus de quelques minutes pour réussir là où son amant avait échoué.

Faut dire, qu'il avait vécu la même chose, à savoir soupirer après quelqu'un d'apparemment inaccessible, donc il comprenait mieux.

C'est avec un large sourire d'autosatisfaction aux lèvres, qu'il remonta, fila dans sa chambre, se déshabilla et se colla contre son bel endormi, qui grogna.

- t'as vu l'heure ?? Rouspéta Shion.

- Oui, mon amour. Tu sais je …

- Tais toi, je veux dormir.

Soupir.

- Je reprends. Je viens d'aller voir Mû et moi, je sais ce qu'il a.

Silence. Puis Shion se tourna pour faire face à son amant, bien réveillé cette fois.

- Alors ?

- Tiens, je croyais que tu voulais dormir.

- Saga… ne joue pas à ce jeu là avec moi. Tu vas perdre.

- D'accord. Mais un bisou avant sinon, je ne dis rien.

Rapide baiser. Soupir désespéré de Saga.

- Ton élève est amoureux. Rien de plus et rien de moins.

- ……….

- ……….

- De qui ?

- Alors ça ! Tu vas devoir le découvrir tout seul mon chéri.

- …………

- Oh! J'aime bien ce regard que tu as là ! T'as une idée, toi alors ?

- Mais oui, quel idiot j'ai été ! C'est évident !

- Explique.

- Mû est amoureux de mon ami Dokkho. C'est pourquoi, ce vieil idiot est parti aux cascades de Rozan. Bon, je vais aller le voir pour connaître le fin mot de cette histoire.

Saga retint son amant par le poignet alors que celui-ci se levait.

- j'ai bien travaillé tout de même, je ne mérite pas une récompense… non ?

Shion posa un regard interrogatif sur Saga. Puis, il sourit. Oui, il avait été odieux ces derniers temps avec son amour. Les cascades attendraient, l'atlante se colla à son homme qu'il entreprit de couvrir de baisers très doux laissant présager une suite torride. Saga soupira d'aise. Enfin !

C'est deux heures plus tard, complètement détendu et satisfait, que Shion se téléporta en Chine. Il y découvrit Dokkho, en train de méditer en face de ses cascades. Ce dernier se retourna et observa le nouveau venu.

- bonjour mon ami ! Comment te portes tu ?

- Bonjour Shion, très bien merci et toi.

- Merveilleusement bien.

Les deux hommes s'entreregardèrent et se sourirent.

- Allez viens, dit Dokkho en se dépliant, je t'offres un thé !

Une fois dans la petite maison, Shion regarda son ami s'affairer à la préparation du breuvage. Shion inspira et se lança.

- Dokkho.

- oui.

- que s'est-il passé entre Mû et toi ?

Shion, direct comme à son habitude, n'aimait pas tourner autour du pot. Dokkho baissa les épaules et fit face à son ami.

- Il ne s'est rien passé, justement…. c'est bien là le drame.

Le chinois déposa une tasse remplie devant Shion, s'assit en face de ce dernier, sa tasse à la main.

- Racontes moi Dokkho…

- Pourquoi me parles-tu de Mû ? Que se passe-t-il ? Il lui est arrivé quelque chose ? Demanda la balance soudain inquiète.

- Rien de grave, mon ami. Rassures-toi, expliques moi et je te dirais tout après.

- ……….

- S'il te plait. Tu peux me faire confiance. Je suis prêt à tout entendre. Lances-toi mon ami.

- très bien mais cela risque de ne pas te plaire.

Shion resta silencieux, attentif. Dokkho contemplait son thé et sans lever les yeux de sa tasse, il se confia à son ami de toujours.

- En fait tout à vraiment commencé lorsque toi et Saga avez commencé à vous tourner autour. Je ne le supportais pas. Maintenant, je me suis aperçu que c'était ridicule, de la fierté mal placée enfin c'est compliqué... Mais à cette époque, j'étais persuadé être amoureux de toi. Tu as mon âge, nous nous connaissons depuis … très longtemps. Pour moi, tu étais le compagnon idéal. Tu es mon seul véritable ami. Quand je t'ai vu partir te baigner avec Saga, j'ai su que tu avais fait ton choix. Je ne pouvais pas le supporter, alors je suis allé trouver Mû. Persuadé qu'il serait avec moi dans ma « lutte anti-Saga ». Malheureusement ou heureusement, je ne sais pas encore, il n'a pas adhérer à mon point de vue. Il m'a juste conseillé d'aller te voir. Pour t'avouer mon amour. Ce que j'ai fait…

Devant le regard surpris du Pope, Dokkho eut un petit sourire crispé.

- Mais quand je suis monté cette nuit-là, tu étais sportivement très accroché à Saga…

Shion rougit légèrement.

- Je suis retourné voir Mû le lendemain, puis les jours suivants. Sa compagnie m'était agréable. Même à dire vrai, je n'avais jamais été aussi bien qu'avec lui. Il nous arrivait de passer nos journées entières, ensemble. Mû me faisait découvrir une vie que je n'imaginais pas…

Les minutes s'égrenèrent lentement, laissant Dokkho ressasser ses souvenirs.

- J'ai compris que je tombais amoureux de lui, lors de son absence pour une journée. Quand il est parti voir Kylian à Jamir. Il me manquait…. Terriblement. A son retour, j'ai essayé de le lui faire comprendre. Mais il est resté sur sa position.

- Laquelle ?

- il pense que je cherche à te retrouver en lui. Il est atlante comme toi. Il croit que je fais une fixation sur toi. Que je ne vois que toi au travers de lui. Mais rien n'est plus faux. Je l'aime pour lui-même. C'est ce que j'ai cherché à découvrir en m'isolant ici.

- …….

- Et puis, j'ai honte.

- Honte ?! De quoi ?

- De moi et des sentiments que Mû m'inspire. Enfin tu peux comprendre. J'ai plus de deux cents quarante ans. Je suis dans mon corps de jeune homme, et…et je… ne compte pas rester pur et chaste avec ton élève. Non, je rêve de lui. Et franchement, mes rêves ne te feraient pas plaisir… du tout.

Shion éclata de rire. Ce qui lui valu un regard éberlué de son ami.

- Je peux savoir ce qui t'amuse ?

- toi.

- ….

- je me doute bien que si tu aimes mon disciple, tu ne vas pas passer ta vie à le regarder dans le blanc des yeux. Ça le lassera assez vite, lui aussi. Écoute, ne prends pas cet air, tu ne m'effraies pas. Je te comprends mon ami. J'ai eu les mêmes doutes que toi et même pire. Saga est jeune par rapport à moi. Je l'ai connu enfant.. Et à l'adolescence, il m'a tué. Ce sont de drôles de souvenirs, non ? Seulement voilà, maintenant c'est un homme et je suis amoureux, lui aussi, nous n'y pouvons absolument rien. Les Dieux ont un sens de l'humour qui frôle l'ironie, n'est-ce pas ? Je l'aime, Dokkho. C'est ainsi. Quelque soit notre passé, notre avenir sera commun, et j'espère, heureux, ensemble. Alors cesse de réfléchir et de te culpabiliser inutilement. Tes sentiments sont ce qu'ils sont. Laisses-toi aller. C'est agréable, tu sais, de se réveiller le matin dans les bras de celui que l'on aime et qui nous aime en retour.

- je m'en doute. Mais tu sais, il est aussi têtu et borné que toi.

- Et bien, je te fais confiance. Si tu l'aimes autant que ce que tu me le dis, tu trouveras les mots pour le faire changer d'avis à ton sujet. Mais… attention. Ne le fait pas souffrir, tu sais qu'il est comme mon fils, je l'aime.

- Eh… tu ne me fais pas peur vieux fou !

Les deux hommes s'entre regardèrent et éclatèrent de rire.

- très bien. Tu m'as décidé, je rentre avec toi. Mais au fait, tu m'as dis qu'il n'allait pas bien ?

- Mon ancien élève erre dans le sanctuaire comme une âme en peine. N'ayant rien pu savoir moi-même, Saga s'est renseigné et … ensuite j'en suis venu à penser que c'était de ta faute, vu la façon dont tu es parti. Et je me suis décidé à venir voir si mon intuition était bonne.

- faudra que je pense à remercier Saga.

- t'inquiète, je m'en occupe.

- Vieux vicieux !

- C'est ça, allez dépêche toi de te préparer, vieux champignon violet. J'ai pas toute la journée moi ! J'ai un sanctuaire à gérer.

Sur toutes ces taquineries et chamailleries, ils se téléportèrent rapidement au sanctuaire.

Shion retourna dans son bureau, l'esprit tout de même légèrement préoccupé. Saga, déjà au travail, l'accueillit avec un large sourire.

- Alors ? Ça c'est bien passer, mon ange ?

- Oui, en fait, Dokkho est vraiment amoureux de Mû.

- Et vice versa, selon moi.

- J'espère que tout ce passera bien pour eux deux.

- Ne t'inquiète pas, Shion, fais confiance à Dokkho.

Mû s'éveilla. En regardant son réveil, il constata qu'il était dix heures du matin. En faisant la grasse matinée, les journées paraissaient moins longues. Il s'étira longuement et poussa un cri de surprise en voyant la porte de sa chambre s'ouvrir à la volée. Porte qui laissa le passage à un Dokkho, les bras chargés d'un plateau sur lequel on pouvait trouver jus d'orange, café, croissants, miel, pain grillé.

- Eh bien !! Tu n'es pas en forme toi. Sinon, tu aurais perçu ma présence bien avant que j'entre.

Mû, ébahi, ne se doutait pas du spectacle qu'il offrait à son aîné. Assis dans son lit, le drap était lâchement tombé sur les hanches du jeune homme. Ses longs cheveux mauves cachaient et en même temps rehaussait son torse finement musclé digne des représentations de statue grec. Le jeune homme était magnifique, ses grands yeux d'améthystes écarquillés sur son invité surprise. Dokkho jubilait intérieurement, bien décidé d'avouer son doux tourment au jeune atlante.

- Allez laisse moi un peu de place pour ce plateau. Allez, pousse toi.

Mû ne put qu'obéir, trop choqué pour trouver quoi que ce soit à rétorquer à l'envahisseur qui venait squatter jusqu'à son lit. Surtout, le jeune homme était, sans vouloir se l'avouer, très heureux de revoir la Balance. Remarquant deux bols de café fumants, il retrouva sa voix.

- Tu comptes déjeuner avec moi ?

- Et pourquoi pas ? En fouillant dans ton frigo, je me suis aperçu qu'il n'y avait absolument rien. Tu n'as rien manger cette semaine ou quoi ?

Mû rougit en baissant la tête. C'était cela le problème, chaque fois que Dokkho lui faisait une remontrance, non seulement il tombait juste mais en plus le jeune atlante se faisait l'impression d'un gamin que l'on gronde.

- Ouais, je vois. J'avais raison. Donc, je déjeune avec toi et je ne te lâcherais pas de la journée. Tiens prends ton café.

Sans rouspéter, mais n'en pensant pas moins, le jeune homme avala sa boisson tout en mâchonnant un croissant. Installé aux cotés de Dokkho, le cerveau de l'atlante tournait à plein régime. Que faisait Dokkho dans son temple, sa chambre, son lit quoi ? Certes, Mû s'était bien rendu compte qu'il aimait le chinois mais il était certain que ce dernier en pinçait pour son maître.

Alors, par tous les Dieux, que faisait-il là ?!! Une subtile façon de le torturer ? La moutarde commençait sérieusement à lui monter au nez. Mais il devait se calmer. Dokkho était son aîné, l'homme qui avait pris le relais à son éducation lorsque son Maître vénéré était décédé. Donc, calme et respect.

Inspirant profondément, le jeune atlante se pacifia l'esprit rapidement.

- Bon maintenant que tu as fini de déjeuner, tu vas te lever, te doucher, on va à l'arène dans une demi heure.

Il allait rester calme, très calme. Oui, mais trop c'est trop !

- et je suppose que je n'oublierais pas de me brosser les dents, lança-t-il ironiquement.

- Ça va de soi.

Les dents serrées, pour s'empêcher de dire des insanités, le jeune homme fit mine de se lever pour s'apercevoir qu'il était dans sa tenue d'Adam.

Dokkho, quant à lui, affichait une mine réjouie.

- Je voudrais bien me lever mais tu es là et …

- t'inquiète, je regarde pas, dit l'ex-ancien en croisant à la vitesse de la lumière ses doigts dans son dos.

Hors de lui, Mû opta pour la fuite dans la salle de bains par téléportation.

- Tricheur, râla la Balance.

Puis il sourit, pour l'instant son plan se déroulait sans accro. Il se leva à son tour, fit le lit et se rendit à la cuisine avec le plateau vide et il attendit Mû avec patience.

Exactement une demi-heure après, le jeune homme arriva et s'assit devant la balance.

- Alors « vieux maître », on fait quoi aujourd'hui ? Parce que franchement, les arènes à cette heure-ci… et puis je ne voudrais pas te brusquer.

Dokkho lança un coup d'œil torve à l'atlante qui souriait innocemment mais il choisit de ne pas relever la provocation. Ah, il le voyait ainsi et bien il allait voir ce qu'il allait voir. Heureux d'être revenu à la vie dans son corps de jeune homme, il espérait bien en profiter. Deux cents quarante ans dans le corps d'un « vieux champignon violet » comme disait Shion, lui avait largement suffit. Il voulait s'amuser et enfin profiter de la vie avec, il l'espérait, la personne qui faisait battre son cœur. Mais pour cela, il fallait que la dite personne se laisse séduire, après tout, maintenant, il n'était plus repoussant tout de même !

- On va se baigner sur la baie ?

- Si tu veux. Tu as un maillot de bain ?

- tu peux m'en prêter un ?

Soupir.

- oui, bien sur.

Quelques instants plus tard, ils se rendirent à pied sur la baie où ils passèrent la fin de la matinée entre baignades, jeux aquatiques et discutions animées. Ils retournèrent au temple pour préparer un repas léger qu'ils engloutirent en peu de temps, Mû ayant d'un seul coup retrouver son appétit. De retour sur la plage, l'après midi fut aussi agréable que la matinée.

Mû avait l'impression de revivre aux côtés de Dokkho. Ils observèrent ensemble le coucher de soleil. Dokkho posa discrètement une main sur l'épaule de Mû. Le jeune homme, ne voulant pas souffrir inutilement, le repoussa sans brusquerie. Excédé, la balance se dit qu'il était temps de mettre un terme à ce jeu de chat et de la souris.

- Mû…

Le jeune homme posa son regard violet dans les yeux verts du chinois.

- Mû,… Quand je suis parti pour la Chine, je suis venu t'en informer. Je savais, déjà à cette époque, que tu t'étais emparé de mon cœur.

Mû ouvrit la bouche pour répliquer mais Dokkho posa un doigt sur les lèvres douces du jeune homme.

- tais-toi et écoute moi jusqu'au bout avant de m'interrompre.

Mais le bélier d'or ne l'entendait pas de cette oreille, c'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase.

- c'est justement le problème avec toi. Je me sens si… gamin à tes côtés… tu es toujours à me donner des ordres ou des conseils et….

- Et je te demande de me laisser t'expliquer ce que je ressens, ce n'est pourtant pas la mer à boire. Ce que tu peux être buté quand tu t'y mets. Je le crois pas ça !

- Attends. Tu joues toujours au Grand Vieux Maître ! Depuis que tu es revenu tu diriges tout ! Jusqu'à ce que nous mangeons ! Tu exagères !

Le ton était monté, les deux hommes, aussi bornés l'un que l'autre, s'affrontaient du regard. Visiblement, le jeune bélier ne s'en laissait pas compter. Mais finalement, c'était comme cela que Dokkho l'aimait.

- Non mais tu t'entends ? Quand je suis revenu, tu étais catatonique dans ton lit. Tu bouffes rien, tu déprimes ! Et avec ça tu veux quoi encore ? Que je te considère comme un adulte responsable ! Alors que tu te conduis comme un gosse sans maturité !

Estomaqué, Mû ouvrit la bouche et la referma plusieurs fois. Un flot de paroles toutes plus désagréables les unes que les autres se bousculaient en lui.

Il…il était odieux. Et puis, en plus…. Enfin le pire… c'est qu'il avait raison !

L'atlante décida de fermer la bouche définitivement, se leva et reparti vers son temple. Il fut rattrapé en moins de temps qu'il ne faut pour le dire par un Dokkho, furieux de se faire planter en pleine déclaration. Ce dernier retourna brusquement Mû par l'épaule, pour le découvrir en larmes.

- Pourquoi, murmura le jeune atlante, pourquoi t'acharnes-tu sur moi. Tu aimes mon Maître, je le sais. Mais maintenant, il est avec Saga et toi, tu te tournes vers moi. Je ne suis pas Shion, tu m'entends, Dokkho ! Je ne veux plus que tu te joues de moi, j'en ai marre. Tu n'es… qu'un égoïste. Tu ne te soucies pas du mal que tu fais autour de toi. Tu voulais séparer mon maître de son amant. Et maintenant quoi ? Tu veux me faire croire que tu m'aimes. Non, je préfère ne pas t'entendre dire des bêtises que tu regretteras ensuite. Laisses moi partir. Maintenant.

Mû se dégagea et reparti laissant Dokkho atterré devant une telle déclaration. Non, il ne le laisserait pas partir avec ce genre d'idées. Hors de question !

- Mû, appela-t-il, si tu ne veux pas croire ce que ma bouche veut te dire, alors écoutes mon cœur. Je t'en prie… après je te laisserai tranquille, libre de décider ce que bon te semble.

Et Dokkho ouvrit son cosmos à l'atlante. Il laissa filtrer tout son amour pour lui, la tendresse qu'il éprouvait et son bonheur d'être à ses cotés. Mû, empathe, recevait tout en plein cœur. Impossible de ne pas croire ce qu'il ressentait, comme si c'était ses propres sentiments. D'ailleurs, ce qu'il percevait chez Dokkho n'était que le reflet de ce qui vivait dans son propre cœur.

Bouleversé, le jeune atlante ferma les yeux, recevant ce flot d'amour infini. Il sentit deux bras lui entourer la taille. Dokkho posa son menton au creux de l'épaule du jeune homme attendant son verdict.

Mû soupira, se retourna dans les bras du chinois pour lui faire face, et posa ses lèvres sur celles de son homologue.

Dokkho répondit avec joie à l'invitation. Les bouches s'exploraient, se découvraient. Passion et douceur. Ils rompirent le baiser, faute d'oxygène. Leurs yeux rivés l'un à l'autre.

- Dokkho…

- Oui, mon ange.

- Je .. T'aimes.

- Moi aussi, de tout mon cœur, de toute mon âme. Toute ma vie, si tu veux bien d'un vieux débris comme moi.

L'atlante pouffa de rire.

- Oui, bien sûr que je veux de toi. On se téléporte jusqu'à ma ch…. Demeure.

- hum, ta chambre fera l'affaire.

Mû rougit légèrement, fermement enlacé par la balance, ils se télé portèrent dans la première maison du zodiaque.

Une fois à destination, Dokkho glissa des mains exploratrices sous le tee-shirt du jeune homme. Ses doigts caressant doucement les flancs à la peau si douce du bélier. Ce dernier n'était pas en reste, laissant ses lèvres courir sur le cou de la balance, créant milles frissons délicieux. Rapidement, les vêtements furent de trop et volèrent dans la chambre. Torses nus, les deux hommes s'exploraient avec force de volupté, des mains, de la bouche, cherchant les points précis qui tiraient des gémissements à leur partenaire. Dokkho défit la ceinture du pantalon de l'atlante et glissa sa main pour une caresse plus intime qui arracha un cri de plaisir au jeune homme. Puis, il le renversa sur le lit et lui retira l'encombrant vêtement. Plaquant Mû sous lui, Dokkho entreprit de le rendre éperdu de désir. Caressant le membre tendu de la main avant de le prendre en bouche. Mû criait, gémissait, submerger par la passion de la balance. Il roula sur le lit et se retrouva à son tour dominant la situation. Finissant de déshabiller rapidement le chinois, il entreprit de lui prodiguer la même caresse buccale. Dokkho se tourna pour se retrouver tête bêche avec l'atlante. Cette agréable cajolerie dura longtemps, jusqu'à ce que Dokkho décide de passer à la vitesse supérieure et glissant ses doigts contre le scrotum du jeune homme, il massa doucement la délicate entrée pour la détendre. Mû s'arqua, surpris. Puis il cambra les reins pour rendre l'accès plus facile à son amant. Ce dernier introduisit délicatement un doigt, puis deux et enfin trois, cisaillant les muscles. Estimant son futur amant suffisamment détendu, la balance se dégagea et se plaça derrière le jeune atlante, resté à quatre pattes. Attrapant les hanches fermement, il le fit sien d'une douce, mais néanmoins, puissante poussée, leur arrachant à tous deux un cri de pur bonheur. Après un instant inactif, passé à savourer cette union, Dokkho se mit à bouger avec lenteur pour ne pas blesser son amant. Les deux hommes ondulaient sur un rythme connu d'eux seuls. Une agréable musique de chuchotements, de cris inarticulés, gémissements sourds, mots d'amour murmurés avec passion qui résonnaient dans la chambre. L'amour rendait ce moment d'union des corps absolument magique, unique. Leur délivrance fut à la hauteur de leur ardeur à se donner entièrement l'un à l'autre. Elle fut l'apothéose des sens enfin exprimés, de l'amour partagé.

Épuisés, hors d'haleine, les deux amants retombèrent sur le lit. Dokkho se lova contre le jeune atlante qui le prit dans ses bras. Ils restèrent longtemps ainsi, se caressant et s'embrassant avec tendresse.

- Dokkho…

- oui, mon ange ?

- Jures-moi que tu m'aimeras toujours ainsi.

Le chinois sourit, il leva les yeux, tendit la main vers les mèches mauves qui l'empêchait de voir le doux visage de l'homme qui aimait.

C'est droit dans les yeux qu'il lui murmura :

- Je t'aime. Et je t'aimerais toute ma vie, pour toujours.

- moi aussi, je t'aime, Dokkho.

Les deux hommes s'endormirent sur cette promesse, tendrement enlacés.

Shion et Saga quittèrent tardivement le bureau pour se rendre dans le temple du gémeau. Saga passa un bras autour des épaules de Shion qui sourit et posa sa tête dans le creux du cou de son amant. Le premier jumeau s'arrêta sur le parvis de son temple et leva le menton de l'homme de sa vie pour plonger dans le regard couleur de l'aube.

- tu t'inquiètes encore ?

- oui.

- alors vérifie par toi-même.

Shion ferma les yeux et lança son cosmos vers le premier temple. Ce qu'il y trouva l'ému profondément. Il retira sa conscience doucement pour ne pas gêner les deux amants endormis. Saga serra son atlante contre lui, il posa délicatement ses lèvres sur les siennes dans un chaste baiser.

- C'est ironique n'est pas ? Murmura Shion. Toi et moi. Dokkho et Mû.

- Oui, tu as raison. Mais nous sommes fait les uns pour les autres, c'est sûr, mon amour. L'ironie, c'est que nous venons seulement de le découvrir.

Ils rentrèrent dans le temple ensemble, main dans la main. Enfin, le bonheur promit par Athéna, était à portée de la main et ils comptaient bien en profiter.

FIN

J'espère que cette fic vous aura plu. En grande romantique, j'ai voulu qu'elle se termine bien. Merci de l'avoir lue. Et laissez moi un commentaire, ça fait tellement plaisir. Biz, à bientôt.