III. Souvenirs
Pdv Tris.
Je fus réveillée en sursaut par un bruit sourd. J'éprouvais une sensation étrange. La sensation d'avoir trop dormi, ou pas assez. J'avais passé une bonne partie de la nuit à penser à notre moment de paix, notre soirée d'amour avec Four. Je crus rêver mais le son devenait plus fort, il résonnait dans ma tête. Enfin, en émergeant, je reconnus la sonnerie d'alarme ! J'ai soudain réalisé tout ce que cela impliquait. Je me suis redressée en un fragment de seconde, j'ai bondi sur mes affaires, enfilé un pantalon, attrapé mes chaussures et ai couru le plus rapidement possible en direction de la fosse.
J'étais encore une fois la dernière dehors et étais déjà essoufflée à cause des marches que j'avais enjambées quatre à quatre pour enfin sortir des caves ténébreuses qui constituent le refuge des audacieux. Il ne me fallut pas longtemps pour apercevoir mes amis courant en file sur une poutrelle peu équilibrée nous permettant de rejoindre la voix ferrée.
Je me lançai aussitôt à leur suite pour pouvoir attraper le même train qu'eux que j'entendais déjà arriver. L'air frais et sec du petit matin de fin d'été me brûlait les poumons. C'en était presque agréable. Je pouvais enfin laisser mes jambes se dégourdir, se dérouiller, permettant de me défouler. Je prenais de la vitesse. J'étais devenu agile et je n'avais jamais eu le vertige. Aussi, le passage de la poutre rouillée me fit rire aux éclats. Je me sentais libre et j'étais persuadée que notre rôle de défenseur de la ville allait être mis à rude épreuve. J'en avais besoin.
J'attrapai la poignée du dernier wagon puis me hissai avec facilité à l'intérieur du train depuis lequel je voyais défiler le paysage de Chicago. Al vint le premier à ma rencontre, tandis que Christina, souriante, le suivit sur le dos de Uriah. Les voir heureux ne me rendit que plus euphorique.
Il fut bientôt temps de sauter de la locomotive. Aucun d'entre nous ne tentait de cacher son excitation, sauf Four. Il restait sceptique, neutre, quoiqu'il arrive. Avait-il pensé à moi cette nuit ? Que se passerait-t-il la prochaine fois que nous nous verrions ? Toutes ces questions encombraient mon esprit mais je les chassai rapidement. Il n'était pas question pour moi de gâcher ma seconde année d'apprentissage qui jusqu'à maintenant s'avérait plus intéressante que la précédente.
Plusieurs groupes d'audacieux étaient déjà sur place, dont les natifs, les gardiens de la clôture, notre leader Eric, et le groupe de surveillance auquel Four appartenait avant de ne s'occuper que de notre entraînement. Quelques fraternels étaient également là, ainsi que Jeanine et Johanna. Notre groupe fut le premier à escalader la clôture pour voir ce qu'il se passait au delà. Les gardiens étaient soucieux, peut-être même un peu apeurés, étrange pour des audacieux. Ce n'est qu'une fois mon regard posé sur le panorama en face duquel nous nous trouvions que je compris la raison de cette angoisse. Le vent me fouettait le visage et je suffoquais en voyant la scène. Mais ce n'était pas ça le problème.
