Note de moi: Coucou tout le monde! Alors oui, nous revenons vite parce qu'on s'est mises d'accord pour vous livrer environ deux chapitres par semaine. Je peux d'ores et déjà vous dire d'enlever l'humour de cette histoire, parce que comme vous allez le constater dans ce chapitre-là, c'est pas très gai. Même si j'avoue que j'aime bien l'humour de temps en temps, j'aime beaucoup les trucs tristes aussi, les choses compliquées comme Pil' sait si bien les décrire.
En parlant d'elle, c'est son oeuvre que vous allez lire en premier et c'est tout bonnement magnifique, j'en ai eu la gorge serrée ( comme souvent quand je la lis ) et j'espère vraiment que mon Harry sera à la hauteur de son Draco --' Pas gagné d'avance...
Merci beaucoup de nous lire, vous nous faites un très grand plaisir à chaque fois et encore merci pour vos commentaires
Voilà... Place à la bête! Sortez les mouchoirs et le chocolat...
Bizouxxx
Parce qu'on ne se connait pas
Chapitre deux: La boîte de Pandore est ouverte.
- Draco -
Je t'avoue que j'ai été plus que surpris par ta lettre, à laquelle j'ai sérieusement envisagé de ne pas répondre. Je n'apprécie guère ce
genre de sollicitation, sache-le. Surtout de la part d'un ex-ennemi.
Je suis surpris par le fait que tu aies pensé à moi, d'abord. C'est grâce à un journal - d'accord.
Mais je n'imaginais pas que tu avais si peu d'amis que tu en sois réduit à m'écrire, à moi, Draco Malfoy, fils unique d'une longue lignée de Mangemorts. Héritier de l'opprobre général, symbole de l'ignominie d'une époque. Epoque révolue, certes, mais dont les séquelles subsistent, visiblement.
Tu m'as choisi parce que tu ne me connais pas, dis-tu.
Ne connais-tu pas ton meilleur ennemi, celui que tu as haï de tout ton cœur, de toute ton âme, selon tes propres mots ? La remarque est presque blessante, venant de toi. Tu connais le bruit de mes chaussures sur ton nez, les mots de mon mépris pour toi. Tu connais aussi les limites de mon courage, le drame de mes incertitudes, le poids de mes erreurs.
Crois-tu réellement que je puisse être le bon interlocuteur, moi dont l'existence a basculé par ta faute ? Jusqu'où pousses-tu l'ironie ? Jusqu'à penser que je pourrais être touché par ton spleen, voire même enclin à t'aider ??
Effectivement, dans ce cas, tu ne me connais pas.
Si tu cherches vraiment un inconnu, pour étancher ta peine, réfère-toi à l'annuaire, où certains se font payer pour écouter le mal-être des Elus. Ils sauront faire preuve de sympathie à ton égard, et consoler tes déboires d'après-victoire, je n'en doute pas, bien plus qu'un être imbu de sa personne, selon tes propres termes.
Je suis surpris ensuite tes interrogations sur la vacuité de ton existence et sur ce malaise que tu ressens. N'espère aucune aide sur ce sujet, malgré l'éventuelle bonne volonté dont je pourrais (peut-être) faire preuve : pour ma part, je ne connais que le mal–être des vaincus, bien plus banal, et bien moins glorieux.
La honte des perdants, le dégoût dans le regard des autres, les remarques blessantes.
Les Cornouailles sont un havre de paix pour les pêcheurs et les âmes perdues…on y cultive facilement les apparences, la contrition et les vagues…à l'âme.
N'y viens pas. L'image de ton bonheur, même apparent, crèverait un peu plus le cœur des égarés, comme moi. Et ici aussi, tout n'est que vent…
Je suis surpris enfin par les questions que tu me poses :
Ai-je évoqué la possibilité qu'on aurait pu être amis ? J'ai fait plus que l'évoquer, il y a longtemps, puisque je t'ai tendu la main. L'ai-je évoqué depuis ? Si je l'ai fait, ça n'a pu être que pour me convaincre que l'amitié est impossible, entre nous.
Aurais-tu été heureux à Serpentard ? Je ne le pense pas, pour le peu que je sais de toi… Etre à Serpentard demande des qualités de dissimulation et d'abjection que tu n'as pas, que tu n'auras jamais.
Et tu n'aurais jamais réussi à haïr tes amis autant que tu m'as haï, moi…
Cherche l'erreur, écris-tu…L'erreur, je n'ai pas vraiment envie de la chercher…j'en ai déjà suffisamment commis, merci. Je cherche l'oubli, plutôt.
Rester un inconnu pour toi m'allait plutôt bien.
Je ne suis pas sûr qu'on y gagne à faire plus ample connaissance…Mais soit. La rédemption de mon âme passe peut-être par ce purgatoire. Alors pose-moi tes questions. J'y trouverai peut-être mes réponses.
Quant à savoir si ton épouse finirait par t'oublier, après ta disparition, je suis au regret de te dire que non. Définitivement non. Impossible de t'oublier.
Draco Malfoy
Draco relut sa lettre attentivement, à la lueur des bougies, puis la déchira consciencieusement en petits morceaux égaux, qui allèrent retrouver ceux qui jonchaient déjà le sol de son repaire sous les toits. Le vent marin faisait craquer les tuiles du toit du Manoir.
Il se leva et retourna à la fenêtre, pour la vingtième fois de la nuit. Le hibou était toujours là, immobile, attendant patiemment la réponse.
Les premiers jours Draco avait cru qu'il se lasserait, qu'il partirait retrouver son légitime propriétaire, le privant ainsi de tout moyen de répondre.
Mais non, malgré les heures, le vent violent de la côte, malgré le froid et peut-être la faim, le hibou était toujours là.
Et il n'avait toujours pas de réponse.
Le jour allait se lever. Le ciel obscur commençait à se marbrer de rose et il entrapercevait la mer, au loin. Il marmonna un juron et récupéra les morceaux de son dernier parchemin. Il les recolla d'un « reparo », fit disparaître les trois dernières phrases de sa lettre et noua précautionneusement un ruban noir autour du papier.
Il entrouvrit la petite fenêtre, et, dans un grand courant d'air marin, accueillit le hibou sur son bras, qui le griffa jusqu'au sang.
Retourne chez ton Maître, sale bête, siffla t-il en accrochant le parchemin à la patte de l'animal. Et que je ne te revois pas.
Le hibou s'envola. Draco referma la fenêtre et alla jeter au feu les morceaux épars des 19 lettres précédentes, qui s'enflammèrent en un instant.
oOo
- Harry -
« Harry ! Descends, ils viennent d'arriver ! « cria la voix de Ginny quelques étages plus bas.
Harry soupira et essaya de se redonner contenance en affichant un sourire tranquille. Comme tous les Samedi soir, Ron et Hermione venaient manger au Square. Il aurait seulement aimé pouvoir rester seul pour une fois.
Depuis qu'Icare était parti, il s'était passé et repassé en boucle la lettre qu'il avait envoyé à Malfoy, se demandant régulièrement pourquoi il lui avait écrit à lui.
« Parce que j'ai vu son nom dans le journal ce matin. « se répondait-il alors.
Mais malgré la tentative d'introspection, ses idées noires ne le quittaient pas. Son mal être était toujours omni présent.
Il allait sortir du petit salon, lorsqu'un bruit à la fenêtre le fit sursauter. Le brun se retourna et vit avec appréhension son hibou qui le regardait visiblement fatigué, les plumes complètement retournées. La gorge tout à coup sèche, Harry s'avança tant bien que mal vers la fenêtre.
Icare ne semblait pas porter de lettre. Il avait donc trouvé Malfoy. Mais celui-ci n'avait vraisemblablement répondu.
« A quoi t'attendais-tu ? « lui demanda une voix dans sa tête.
Nerveusement, il ouvrit la fenêtre et vit avec de plus en plus d'appréhension un bout de parchemin soigneusement roulé et entouré d'un ruban noir aux pieds de l'oiseau.
Il avait répondu.
Malfoy lui avait répondu.
Harry sentait son coeur remonter dans sa gorge, les sueurs froides naître sur ses tempes. De ses mains tremblantes, il prit le parchemin et alla s'asseoir sur le canapé qui se trouvait devant la cheminée.
Lentement, précautionneusement, il décacheta la missive et la lut.
La première fois, ce ne fut que pour observer l'écriture fine, pointue et légèrement tremblante de Draco. Harry se rendit alors compte qu'il ne l'avait jamais vue.
La deuxième fois, il s'intéressa à son style d'écriture ; Malfoy n'avait en apparence pas changé.
La troisième fois, ses mots le meurtrirent plus qu'il ne l'aurait imaginé. Comment pouvait-on autant toucher les gens avec de simples phrases ?
Et la quatrième fois, un sourire malsain étira les lèvres fines du Survivant.
Ainsi donc, l'ex-Serpentard était aussi malheureux voire plus que lui ?
Quelle douce vengeance il tenait là.
Il se leva, posa la lettre du blond sur son bureau et sortit une plume et un morceau de parchemin. La rage au ventre, il écrivit :
Combien de temps as-tu passé à écrire tout ça ?
Tu as utilisé de belles phrases, des mots d'importance, je ne pensais pas que c'était ça ton style d'écriture. Peut-être que vu ton éducation, j'aurais sans doute dû m'y attendre.
Et je pensais encore moins que tes mots me toucheraient tant. Etrange ?... Oui, définitivement étrange.
Et moi qui croyais que j'avais besoin de parler à quelqu'un. Moi qui croyais que j'étais seul au monde, on a l'impression que tu es dans une prison de solitude. Excuse-moi, mais j'ai envie d'en rire. Tes mots me touchent (on dirait vraiment qu'ils ne viennent pas de toi) mais j'ai envie d'en rire.
Toi qui étais si sûr de toi, qui faisais comme si tu étais le roi de Poudlard, qui croyais que rien ne pouvait t'atteindre, regarde ce à quoi tu es réduis ! Regarde ta propre déchéance.
J'ai un mot qui me vient à l'esprit : pathétique.
Méchanceté gratuite ?
Oui.
Parce que j'ai envie de t'atteindre. Te savoir si faible, te savoir si tourmenté derrière tes mots, m'emplit d'une jouissance malsaine et pour une fois, j'ai envie d'en profiter. Parce que pour une fois, que tu le veuilles ou non, nous sommes dans la même galère.
Tu croyais quoi ? Que parce que j'ai été l'Elu dans une vie passée, je suis forcément heureux ? J'ai forcément tout ce que je désire ? Eh bien non ! Non, ce n'est pas le cas. C'est même pire maintenant que j'ai ton écriture entre les mains.
Je ne la connaissais pas et maintenant, ça me saute aux yeux. Je me rends compte que je ne voulais pas que tu me répondes, je ne pensais vraiment pas que tu le ferais.
Je ne voulais pas savoir comment tu allais.
Je ne voulais pas savoir dans quel état d'esprit tu te trouvais.
J'en ai suffisamment assez avec les journaux. Je te vois suffisamment à la fin du mois de Juin et au mois début du mois de Septembre.
Pourquoi fais-tu encore partie de ma vie ? Pourquoi ne t'es-tu pas exilé comme tout le monde pensait que tu le ferais ? Pourquoi ne pas avoir tenté de construire ta vie ailleurs ?
Tu as tout raté dans ton existence et tu le sais très bien toi-même. Tu n'as rien à quoi te rattacher. Je suis même sûr que tu n'as jamais souris franchement de ta vie.
Comment peut-on vouloir vivre de cette façon, tu peux me le dire ? Comment peux-tu encore respirer ?
Qu'est-ce qui te fait vivre, Malfoy ? As-tu seulement un but ? Ou n'es-tu qu'une âme qui erre ?...
Va voir un psychomage, tu en as bien plus besoin que moi. Sors de ta cage dorée. Essaye de reconstruire quelque chose. Merlin, j'en viens même à te donner des conseils...
Je n'aurais jamais dû t'écrire. Et encore moins te répondre.
Sors de ma vie, c'est tout ce que je veux. Sors de ma tête, de mes souvenirs, parce que toi non plus tu n'es pas facile à oublier. J'ai déjà essayé et je n'ai jamais su. Oublier mon ennemi, serait comme oublier mon amour. Oublier ma femme, mes enfants et tout ce que cela représente.
Je voudrais juste faire en sorte que tu n'aies jamais existé pour ne pas ressentir ta douleur et pour ne pas entendre toutes les interrogations qu'elle suscite.
HP.
PS : Pour ce qui est de ta vie qui a basculé par ma faute, je n'ai qu'une seule chose à te dire : c'était ton choix, oui ou non ? Rogue a bien changé de camp, alors pourquoi ne l'as-tu pas fait également ? J'ai une réponse. Courte et simple. Tu n'en avais pas envie, alors cesse tes jérémiades.
Lorsqu'il l'eut finie, il ne la relut même pas. Il ne fit pas attention aux éventuelles fautes d'orthographe. Et malgré les hululements de protestations d'Icare, Harry lui attacha la lettre à sa patte et le renvoya chez Malfoy.
S'il souffrait autant qu'il le disait, ils allaient être deux à souffrir.
A suivre...
