Note de moi: Coucou chers lecteurs. Alors voilà, nous vous avions promis un chapitre très rapidement et comme Pil' m'a donné sa réponse hier soir, j'ai écrit dans la foulée et ça donne à peu près ceci. Enfin pas " à peu près " ça donne ceci lol
Il paraît que certains d'entre vous n'ont pas très bien compris notre façon d'écrire dans le sens où nous n'écrivons pas un chapitre chacune, mais que l'une est Draco ( Pil'! ) et l'autre Harry ( je crois qu'il ne reste plus que moi --' ).
Ce chapitre-là, à la base, on ne voulait pas le faire de la façon dont il est sorti, mais après avoir lu la ô combien magnifique partie de Pil', j'ai décidé de changer mon fusil d'épaule, voyez la chose comme une coupure comme on dit dans le milieu littéraire.
Donc je rappelle pour ceux qui n'ont pas de mémoire que ceci va être une fic assez sombre, même très sombre; vous êtes à nouveau prévenu(e)s.
Je poste maintenant parce que Pil' a hâte de le voir en ligne et vous aussi j'imagine
On va essayer de vous livrer un chapitre ou deux avant la fin de la semaine, Pil' part en vacances et il n'y aura pas d'up date avant trois semaines à compter du week-end prochain.
Voilà, j'en ai fini avec mon blabla, bizouxxx à tous, très bonne lecture et merci pour tout!
Merci aux anonymes: elointhesky, elena, Ligeia
ON VOUS AIME FORT!
Chapitre quatre: que le match commence!
-Draco-
Le Serpentard au fond de moi
Le Serpentard au fond de moi
Les mots de Potter tournaient, encore et encore et encore, devant ses yeux, et la haine montait en lui, l'empêchant presque de respirer. Parce que c'était de la haine – forcément. Il froissa le parchemin et le jeta par terre. Cette fois c'en était trop. Il ne répondrait pas.
Quand Draco avait vu revenir le hibou, rapidement, trop rapidement, il avait pincé les lèvres, signe d'énervement intense chez lui. Depuis ses jeunes années, et depuis qu'il collectionnait les papillons et quelques autre bizarreries, il avait appris à se contrôler. Toute son existence n'était que contrôle et retenue.
Il avait ouvert le hublot, presque sans frémir malgré les rafales de vent nocturnes, et avait détaché le parchemin de la patte de l'oiseau, sans même prêter attention aux griffes acérées.
Qu'est ce que ce sale demi-sang lui voulait encore ? Ne pouvait-il pas le laisser tranquille, dans sa tour de solitude ? Ne lui avait-il pas cloué le bec, définitivement ?
Pourtant il avait soigneusement choisi les mots, un par un. Comme il choisissait les pièges pour les animaux qu'il chassait. Avec beaucoup de circonspection, et pour que ça fasse mal, très mal.
Au fur et à mesure qu'il lisait, ses jointures blanchissaient sur le parchemin. Il se raidissait, imperceptiblement, sur sa chaise.
Lorsqu'il lut « Mais tu ne l'as pas touché. Effleuré, caressé », au sujet du cœur de son ennemi, il fronça les sourcils.
Toucher le cœur d'Harry Potter, il ne l'envisageait pas, ou alors…du bout d'un poignard. Il visualisa la poitrine mate, le mamelon rose et ferma les yeux, brièvement. Puis il se vit enfoncer le poignard entre la 3ème et la 4ème côte, comme si Potter était un papillon, et frissonna.
Une chaleur étrange l'envahit peu à peu, malgré lui.
Quand il lut la phrase sur ses parents, sur sa mère, qui était morte dans des conditions horribles, ayant totalement oublié qu'elle avait un fils, la rage monta d'un cran. Comment osait-il parler de sa mère, cet immonde traître ?
Et comment osait-il se moquer de ses rapports avec son épouse, même si, il devait bien se l'avouer, il n'avait pas tout à fait tort…il relut la phrase plusieurs fois, tentant de s'en imprégner, essayant de se convaincre qu'il avait vécu ce genre de passion physique, avec elle.
Il savait bien que non. Mais les phrases étaient belles…tentatrices.
Sais-tu lui donner du plaisir ? La sens-tu vibrer entre tes mains ? Supplie-t-elle que tu l'achèves parce qu'elle n'en peut plus, quand tu es en elle ?
« Harry, c'est toi que je vais achever », murmura t-il, un éclair mauvais au fond des yeux.
Pas de cœur…Pas de cœur…
Non, il n'en avait pas, définitivement. C'était trop douloureux, d'avoir un cœur. Trop dangereux.
Pourtant, de ligne en ligne, il percevait un battement sourd et régulier, qui le gênait. Il tendit l'oreille. Etait-ce un volet qui cognait ? Les enfants qui dévalaient les escaliers ? Ils savaient pourtant qu'ils ne devaient pas faire de bruit…il continua sa lecture, impatient.
Tendu.
Oppressé.
Et puis il y avait cette insupportable succession de « Je veux »…
Je veux te savoir hanté par mon fantôme.
Je veux que tu sentes ton cœur battre quand tu croiseras au loin un homme ayant la même physionomie que moi.
Je veux que tu souffres, et crois-moi, tu souffriras.
Je veux être ton Enfer. Ta rédemption.
Il y avait cette haine absolue, dans les mots de son ennemi, le mépris, la souffrance, et il y avait ces frissons, qui couraient le long de son dos. Cette chaleur, dans son ventre.
« Moi aussi, je veux te faire souffrir, Harry Potter. De toutes les manières possibles…jusqu'à ce que tu me supplies d'arrêter. Jusqu'à te faire hurler. Jusqu'à recueillir ton dernier souffle » murmura–t-il, ravagé par des émotions violentes. Des émotions oubliées…
Un flot de colère brutale qui courait dans ses veines et le faisait se sentir vivant, dans chaque muscle de son corps, chaque parcelle de son âme. Cette haine qui lui soulevait les entrailles.
Quand il relut « le Serpentard au fond de moi », l'image obscène explosa devant ses yeux. Le monde bascula, et les ténèbres l'envahirent.
- oOo -
Samedi soir, 23h.
Potter,
Par quel sinistre coup du sort t'es tu retrouvé, avec ta marmaille, à cette conférence sur les papillons ? Depuis quand t'intéresses-tu à ces choses délicates et fragiles que sont les papillons ?
Enfin, intérêt, le mot est un peu fort, pour toi…vue ta mine absente et ton air hagard, les papillons ne doivent pas réellement te passionner. Peu de choses doivent réellement te passionner, d'ailleurs…
Qu'est ce qui fait battre ton cœur, Potter, à part la haine ?
Je t'ai vu arriver de loin, tu sais, avec ton clan de rouquins. J'étais au milieu des vitrines, surveillant mes spécimens, et accessoirement mes fils, du coin de l'œil. Vous ne passiez pas inaperçus, avec vos rires et les cris des enfants. J'ai cru à une illusion d'optique. Un mauvais rêve. Mais non, c'était bien toi. Le Survivant.
Je savais que je n'aurais pas dû retourner à Pré-au-lard, surtout sur l'invitation de cette baudruche de Londubat. Mais les lépidoptères sont tout ce que j'aime. Je suis, sans me vanter, une sommité en ce qui concerne les Nymphalidae, et ma collection est la plus complète de Grande Bretagne.
Tout d'abord j'ai pensé t'ignorer, comme une vulgaire mite qui ne m'intéresserait pas. Indigne de figurer dans ma collection parmi mes spécimens les plus rares.
Et puis tes mots me sont revenus, cette insupportable prétention que tu distilles dans tes parchemins, cette provocation de te croire meilleur que moi –et ce défi que tu m'as lancé dans ta dernière missive. Tu ne me crois pas capable de te donner la mort – on parie ?
Tu ne m'as pas vu, au début, je crois. C'est le propre des serpents : ils se glissent, se faufilent sur vos pas, jusque dans les lieux les plus improbables. Quand on les voit – il est trop tard.
J'ai suivi ta nuque des yeux, longtemps…
N'as-tu pas senti cette brûlure, dans ton cou ?
Je me suis faufilé dans la foule, anonyme, furtif, mettant mes pas dans tes pas, silencieusement…puis je vous ai dépassés rapidement, les rouquins et toi, pour t'attendre au carrefour suivant.
La même technique qu'avec les papillons : inutile de leur courir après, il faut les précéder. Les guetter. Les attendre…et avoir le poignet vif et souple. Aucune hésitation.
Tu étais là, à quelques mètres de moi, à quelques mètres de mes mains qui se crispaient à la perspective de t'attraper. De t'écorcher.
A quelques mètres de ma baguette qui regorgeait de sorts impardonnables…tu étais là.
Et j'étais là. Aux aguets. Prêt à bondir. Aucune hésitation.
N'as-tu pas vu mon ombre s'allonger sous tes pas ?
Les gamins réclamaient des glaces et les mères papotaient. Tu t'ennuyais ferme, Harry Potter. Ton tee shirt blanc rayé faisait bien ressortir ta peau mate, comme un Flambé.
Alors j'ai bougé. Imperceptiblement. Juste un éclat doré dans tes yeux. Tu as froncé les sourcils. Et, comme une Etoile Amarante, tu es venu vers moi, hypnotisé, attiré par le flash de lumière. Intrigué. Curieux.
Mais quand tu as pénétré dans cette ruelle, je n'étais déjà plus là. Tu as aperçu un autre éclat d'or, au loin, sous un portique.
Et tu es venu jusqu'à moi, légèrement inquiet, pour ce RDV qu'on n'avait pas, tous les deux.
Le RDV de notre haine. Ta nuque entre mes doigts.
En une fraction de seconde, je t'ai attrapé par le bras, et je t'ai coincé contre la porte cochère, ma baguette sous ton menton.
Je me souviens de ton regard ébahi, quand tu m'as reconnu. Tes pupilles élargies…mon ton narquois, détaché :
-Tiens, Potter !! Mon correspondant préféré…alors, nos lettres d'amour ne te suffisent plus ??Il te faut du concret…du charnel ?
-Malfoy !! Lâche-moi espèce de crapule…c'est toi qui m'as tendu ce piège ? Sale pervers…
Je me souviens comment tu te débattais, avec vigueur, entre mes bras, mais d'un coup de baguette je t'ai immobilisé par des liens, bras derrière le dos, et pieds enchainés. Tu te débattais comme…oui, comme ces petits animaux que j'attrape parfois, et qui se débattent en vain, sous mon œil amusé. Très plaisant.
-Pervers ? Depuis quand tu me flattes ? …Oui, je t'ai peut-être un peu tendu un piège…ai-je dit en faisant glisser ma baguette sur ton cou, jusqu'à ta poitrine. Mais fallait pas me chercher, le Balafré. Pas déranger mon sommeil…
Tu te rappelles Potter ?
Tu te rappelles de ma baguette glissant sur ta chair ?
J'ai regretté de n'avoir pas un scalpel, pour suivre le même chemin, et vérifier de mes yeux la texture de ton sang. Le sang qui a coulé dans les veines de Voldemort. Le sang pour lequel 24 innocents sont morts.
Puis pour, délicatement, écarteler les chairs afin de trouver le fragment d'âme de Voldemort. Le Serpentard en toi. Je crois que je n'aurais même pas frémi. Tu n'étais qu'un autre insecte, pour moi.
-Putain !! Mais laisse-moi partir, sale malade…
-Tss…tsss…Pas déjà…Tu viens juste d'arriver…Vas-y Potter, redis moi en face que tu me détestes…
-Lâche-moi, salopard…!
-Alors, il parait que tu as un cœur, toi ? Voyons cela…
Rappelles toi que j'ai posé ma main sur ta poitrine, sur le tee shirt humide. Rappelles toi que ton cœur battait à tout rompre, et que chaque pulsation était colère pure, brûlure incandescente. Contre moi.
-Pour qui il bat, Potter ? Pourquoi ?
-Enlève tes sales pattes de là, Malfoy…
Rappelles toi de ton regard hargneux, et de mon petit sourire. Tu n'étais qu'un autre petit animal dont le cœur battait sous mes doigts, espérant ma clémence. En vain.
Est-ce que tu t'es aperçu que plus tu te débattais, plus les liens qui t'enserraient te mordaient la peau ? C'était beau à voir, cette rage, cette hargne. J'avais oublié cette haine absolue dans ton regard, ta façon de serrer les mâchoires, cette veine qui battait dans ton cou. Ta douleur. Je t'ai ensuite attrapé par le col :
-Moque toi de moi…Vas-y…Redis moi que ma mère est morte en murmurant ton nom…Redis-moi que je ne sais pas baiser ma femme, Potter…Et toi, tu la baises comment, ta rousse ?
-…Salaud ! Ordure…lâche-moi !!
-Dis-moi, apprends-moi…, t'ai-je chuchoté au creux de l'oreille, dis moi comment tu la baises…comme ça ?
Rappelles toi que j'ai heurté mes hanches contre les tiennes, Potter, plusieurs fois, sans prêter garde à tes gémissements.
Souviens-toi que tu as crié, Potter.
Souviens-toi que tu as fermé les yeux.
Souviens-toi que j'ai entrouvert tes jambes, malgré les liens, malgré la souffrance, et que j'ai glissé ma cuisse entre elles.
Souviens-toi que tu bandais, Potter.
Souviens-toi que tu as penché la tête en arrière et que j'ai mis mes mains autour de ton cou…
-On parie que je te tue, Potter, de mes mains ?
Souviens-toi que j'ai serré, serré ta gorge puissante, jusqu'à ce que tu deviennes cramoisi…jusqu'à ce que tu t'abandonnes, enfin à ma folie meurtrière, avec cette espèce de voile dans tes yeux. Souffrance ? Reconnaissance ? Jouissance ?
J'étais sur le point d'avaler ton âme, Potter, d'avaler ton dernier souffle comme un détraqueur blond, avec délectation, quand j'ai entendu les cris des enfants.
-Papa !! papa !!
Je ne sais plus si c'était les tiens ou les miens, Potter, mais soudain j'ai réalisé.
J'ai réalisé que je les aime, mes enfants, comme toi tu aimes les tiens, et que ce ne serait pas un spectacle pour eux…
Alors j'ai ouvert mes mains, souviens-toi, et je t'ai laissé t'envoler, comme un papillon…
Tu es reparti avec tes enfants, Potter, et j'avais toujours la sensation de ton cou entre mes doigts. Quand mon fils a glissé sa main dans la mienne, le cauchemar s'est éloigné. Enfin.
Mais la prochaine fois, Potter, la prochaine fois, je t'épinglerai comme un papillon, et tu deviendras mon plus beau spécimen….
Draco Malfoy
Il attacha le parchemin à la patte de Melchior, son hibou, ouvrit la lucarne battue par les vents et le libéra en lui soufflant l'adresse de son ennemi.
Puis il se réinstalla sur son fauteuil, essayant de réprimer le léger tremblement de sa main.
Si Potter avait la folie – ou la faiblesse- de lui répondre…c'en serait fait de lui.
oOo
-Harry –
Il regardait les flammes qui dansaient dans la cheminée. Comme à chaque fois qu'il était tourmenté ; il regardait les flammes, leur couleur orangée, les formes dansantes qu'elles prenaient, la façon dont elles s'épousaient...
Il avait allumé ce feu en espérant sentir sa chaleur, en espérant qu'il lui fasse oublier ce qu'il venait de vivre.
Ca faisait combien de temps qu'il était rentré de la conférence ? Qu'est-ce qu'il y avait vu déjà ?
Ses amis, ses enfants, oui, peut-être, mais il avait vu autre chose. Des papillons et surtout des chasseurs. Un chasseur.
Oserait-il l'évoquer maintenant qu'il l'avait dans la réalité ? Maintenant qu'il ne se cachait plus derrière des mots ?
Pourquoi avait-il commencé tout ça, pourquoi ?
Il le haïssait, de toute son âme et de tout son coeur, il le haïssait.
Il avait été le plus fort une fois de plus, et il s'était cru à sa hauteur. Il s'était laissé emporter par ses sentiments les plus vils et les profonds. Il avait réussi à y aller... Oui, ce sale serpent avait réussi à se glisser jusqu'à son coeur et il avait planté ses crochets venimeux en plein centre.
Maintenant que le mal était fait, maintenant que Malfoy avait mis l'infernale machine en marche et qu'il était monté dedans, il ne pouvait plus faire marche arrière. Il ne pouvait plus sauter. Il allait falloir qu'il l'affronte et surtout, il allait falloir qu'il lui cache sa peur.
Parce que c'était vraiment ce qu'il ressentait à ce moment-là, c'était vraiment cette perfide peur qui le faisait trembler. N'est-ce pas ?
C'était cette peur qui tordait douloureusement ses entrailles et non le souvenir du toucher du blond sur sa peau.
C'était un courant d'air dans la maison qui le faisait frissonner et non pas le souvenir de son souffle chaud sur sa peau, de sa voix rauque et cassante, de ses pupilles complètement dilatées à quelques centimètres de son visage, et Godric, combien de fois avait-il regardé sa bouche si proche de la sienne, alors que le blond le menaçait avec sa baguette et que les cordes invisibles le ligotaient férocement ?
Harry passa une main moite et tremblante sur son t-shirt, à l'endroit où Malfoy avait, quelques heures plus tôt, fait glisser sournoisement sa baguette magique et tout à coup, une vague de dégoût le prit à la gorge, et il enleva nerveusement le vêtement, les yeux toujours plongés dans les flammes de la cheminée.
Quand il était entré, ses pas l'avaient inévitablement conduit dans son bureau, là où il avait craint de trouver un hibou qui l'attendait sur le rebord de la fenêtre, mais – heureusement pour lui -, il n'y avait rien eu.
Il avait tout de même attendu, l'estomac noué, refusant d'admettre, même mentalement ce qu'il s'était passé à Pré-au-Lard.
Il l'avait su qu'il ne fallait pas qu'il y aille. Pourquoi ne s'était-il pas écouté, pour une fois ?
Maintenant il était là, dans le noir, l'oreille aux aguets, attendant le bruit caractéristique d'un bec contre la vitre. Car il savait qu'il allait lui répondre. Et il était terrifié par l'idée. Terrifié et – sans savoir pourquoi – excité. Mais d'une étrange façon...
A cet instant, le moment qu'il redoutait le plus se produisit : un hibou venait de taper discrètement contre le carreau de la vitre.
Son coeur battit fort contre ses côtes, et il se leva doucement, sans quitter des yeux les flammes si attrayantes de la cheminée et se dirigea vers un oiseau d'un noir infernal, les yeux jaunes et froids, comme s'il allait à son peloton d'exécution.
Il dût s'y reprendre à deux fois pour ouvrir la fenêtre tant ses mains étaient tremblantes, et sa gorge se serra lorsqu'il vit le morceau de parchemin attaché à la patte acérée de l'animal. Lorsqu'il prit la lettre, le hibou le pinça jusqu'au sang et Harry grogna sous le coup de la souffrance.
« Toi aussi, tu veux avoir ma peau ? » Ne put-il s'empêcher de lui demander.
L'oiseau le défia de faire le moins geste brusque à son encontre et le Survivant se rappela avec amertume que c'était lui qui avait écrit à Malfoy qu'il aurait sa peau.
Il se dirigea ensuite vers son bureau, s'assit et se versa un verre d'un alcool vert émeraude que Kreattur lui avait fait.
En essayant de se vider l'esprit, il ouvrit la missive et la lut.
Avec un malaise grandissant, ses yeux parcoururent l'écriture qu'il commençait à presque connaître par coeur et ses mains tremblèrent de plus en plus. De rage ? Ou juste de colère ? De gêne ? Ou était-ce autre chose ?...
Malgré lui, ses joues s'empourprèrent lorsqu'il lut la description trop réelle des frottements que le blond avait effectués contre lui, et à ce moment-là, il se rappela la façon dont il l'avait... Quand il parlait des rapports qu'il avait avec sa femme...
« Dis-moi, apprends-moi... Comment tu la baises, comme ça ? »
C'était ça qui l'avait le plus fait bander. Cette voix si sourde... Comme s'il avait eu envie...
A cette pensée, Harry sentit son estomac se tordre de plus en plus.
Mais lui n'avait pas envie de lui apprendre, c'était même inconcevable...
Jamais. Non, jamais.
Surtout vu la façon dont il lui parlait.
Plutôt mourir. Oui, plutôt mourir.
Il arriva douloureusement à bout de sa lecture et une phrase le marqua plus que ses descriptions si scrupuleuses de leur soirée comme s'il les avait gravées en lui.
Mais la prochaine fois, Potter, la prochaine fois, je t'épinglerai comme un papillon, et tu deviendras mon plus beau spécimen….
Son malaise grandit d'un coup de plusieurs crans et il serra les dents en détournant le regard de l'écriture de l'ancien Serpentard. Ses yeux se posèrent sur la fenêtre où l'oiseau était toujours perché.
Et c'est le regard plein de défi de l'animal qui le poussa à agir. Il prit un bout de parchemin, sa plume et son encrier et attendit.
C'était tellement plus facile avant. Quand il était aveuglé par sa haine. Quand il était en colère. Quand il voulait le faire souffrir. Mais voulait-il vraiment le faire souffrir, maintenant qu'il avait si brillamment riposté ?
Il fallait qu'il reste impassible, il fallait qu'il cache sa peur et son malaise sous une froideur apparente et surtout, il fallait qu'il arrête de voir des sous-entendus sexuels là où il n'y avait que haine, noirceur et violence.
Au jeu de « celui qui fera le plus souffrir l'autre », l'ancien Serpentard allait sûrement gagner, mais il ne se rendrait pas sans se battre. Et il allait se battre jusqu'à son dernier souffle.
Un peu plus confiant, il commença à écrire :
Je m'attendais à ce que tu m'écrives une nouvelle fois, surtout après ta victoire apparente sur moi. Deviendrais-tu accro à notre jeu ?
Tu as gagné la première bataille, Malfoy, j'en conviens, mais je serai le vainqueur de la guerre, crois-moi.
Je te hais tellement au moment-même où j'écris ces mots que j'en perds tout mes moyens ; encore une petite bataille que tu gagnes, Malfoy. Réjouis-toi de me faire perdre tous mes moyens.
Comment une soirée qui devait se révéler être une sortie entre proches, a-t-elle pu devenir aussi cauchemardesque ?
Oh bien sûr... C'est parce que tu étais là.
Je ne t'ai pas remarqué, bien sûr que non, et tu ne m'aurais pas attiré dehors comme un papillon que tu ensorcèles, je ne t'aurais même pas vu. Je n'aurais même pas su que tu étais là, pour te dire à quel point ta présence me laisse de glace.
Pourquoi m'as-tu attiré dehors ? C'est la question qui me hante depuis que nous sommes entrés. Depuis, j'ai fait l'amour à ma femme, si ça peut t'intéresser. Eh non, je ne la baise pas, je lui fais l'amour, désolé d'être humain. Tu m'as dit de t'apprendre, il me semble, tu veux que je te décrive la scène ? Pourquoi pas... Ca m'exciterait et j'irai lui refaire l'amour après t'avoir renvoyé ton oiseau infernal.
Alors imagine-la...
Allongée sur un lit de draps défaits, les cheveux délicieusement en désordre... Les pupilles débordant d'un désir qu'elle ne cherche même pas à dissimuler... Ses soupirs... Ma langue dans sa bouche pour qu'elle se livre entièrement et sans retenue à moi... Mes mains qui la déshabillent avidement... Ses jambes, si douces, si blanches, qui se nouent autour de mes hanches...
Je suis sûr qu'une image floue commence à danser devant tes yeux...
Alors maintenant, imagine qu'elle m'enlève fébrilement le t-shirt que tu as souillé de tes mains... Ma peau qui frissonne sous son toucher... Le frottement langoureux de nos hanches... Les muscles de mon dos qui se contractent... Imagine mon impatience... Imagine dans quel état d'excitation extrême je suis, à quel point j'ai envie de plonger en elle alors qu'elle soupire encore et encore...
Tu nous vois bien, maintenant ?
Tu vois mon sexe dans sa main qu'elle masturbe avec envie ? Tu vois l'impatience dans ses yeux ? Tu l'entends qui me supplie ?
Au fur et à mesure que je t'écris ces mots, j'ai de nouveau envie d'elle. J'ai besoin de connaître encore une fois l'extase à l'état pur que j'éprouve entre ses bras. J'ai bien envie de te laisser pour la rejoindre, mais malgré mon érection, je vais rester poli et finir ma lettre.
Je voudrais juste savoir comment tu as fait pour faire apparaître cette lueur dorée ? Vu qu'elle a l'air d'être hypnotique, je pourrai l'utiliser quand nous serons en soirée et que j'aurai trop envie de lui faire l'amour pour attendre qu'on rentre chez nous.
Est-ce que tu crois que j'ai été effrayé par ton petit jeu sadique ?
Tu m'as ligoté, c'était très... Serpentard de ta part. Ca veut dire "très lâche", si tu n'as pas compris le sous-entendu. Mais à quoi devais-je m'attendre de ta part ?
Tu ne m'as même pas laissé l'opportunité de me défendre. Mais j'oubliais que tu étais le fils du « courageux » Lucius Malfoy et j'oubliais encore le célèbre adage « Tel père, tel fils ».
Tu as été pathétique, c'est tout ce que j'ai à te dire.
Tu ne m'aurais pas pris de court, il en aurait été tout autrement.
Je peux même te dire ceci, Malfoy : on remet ça quand tu veux. Mais la prochaine fois, comporte-toi comme un homme et laisse-moi te montrer à quel point mes mains peuvent être douées.
Mais oseras-tu, seulement ?
Dans quel état es-tu, maintenant ?
Après m'avoir quitté, dans quel état étais-tu ?
Aussi excité que moi ?
Je te choque parce que je ne nie pas... Eh oui, j'étais excité.
Comment ne pas l'être quand on pense à une femme comme la mienne ?
Je te choque encore ? C'est pourtant vrai...
Quand tu m'as demandé comment je la baisais, je l'ai de suite imaginée. Elle est tellement belle quand elle jouit, c'est le plus beau spectacle qui m'ait été donné de voir.
Je vais d'ailleurs de ce pas la retrouver.
Alors n'oublie pas, Malfoy... C'est quand tu veux. Et ne tarde pas trop. Sinon c'est moi qui viendrai te chercher.
HP
Il ne voulut même pas relire les mots qu'il avait écrits. Il ne voulait même pas se dire qu'il avait été provoquant, surtout pas qu'il semblait presque sadomasochiste.
Mais n'était-ce pas cela qu'il était, après tout ? A rechercher à tout prix la douleur.
Il alla attacher le bout de parchemin qu'il venait de plier à la patte du hibou qui le pinça une nouvelle fois et retourna vers le canapé, où il s'écroula.
« Ne plus penser... Surtout, ne plus penser. » Furent les derniers mots qu'il se dit avant de plonger dans l'abîme profond du sommeil, où il rêva d'un serpent se glissant paresseusement sur lui...
