Un vent de brouillard balaya la plaine nue de toute végétation. Le vent enfla dans le bas village de Konoha, laissant s'échoir les débris du passé monstrueux de chaque habitants. L'on avait depuis longtemps mesuré l'abime qui séparait des actes de certains et leurs pensées. Il aurait fallu fonder la politique du village sur les bases de la terreur, puis vivre éternellement dans ce nuage de mensonge. Naruto, à l'instant où il comprit son erreur, voyait les piliers de son pays, la peur qu'il avait savamment engendré, s'effondrer à ses pieds sur les tombes qu'il avait creusé de ses mains. Sa chance, fût qu'il ne tomba pas seul. Tapi dans le rayonnement tyrannique de Naruto, se trouvait Sasuke, recru et lavé de souffrance. Mortifié à l'idée de devoir faire ce pourquoi il avait employé une éternité à combattre, Sasuke avait attendu, encore, et encore.
Tenten se lavait tous les matins de ses péchés. Elle s'immergeait dans la nature salvatrice et la laissait lui enlever ce qui était nécessaire pour que son âme redevienne pure. Mais comme ce matin, elle avait senti que la nature venait à elle, elle resta postée sur le seuil de la porte de la masure de Neji, aux portes de la ville. Elle laissa la brume s'engouffrer dans la pièce et éteindre tous les bâtons d'encens, et elle la regarda lézarder les chemins montants vers la haute ville. Neji la surveillait du coin de l'œil. Il dévisageait et décortiquait toutes les pratiques barbares de la jeune femme. La nature n'était qu'une chose hasardeuse et indisciplinée, et qu'importe celui qui lui obéissait pourvu qu'un homme puisse la dompter. Hinata sa cousine la regardait d'un œil plus avenant, mais ce fût sans compter la détermination de Tenten. L''idée du fait que ceux qui étaient différents de nous, ne sont que des étrangers, des diables, étaient ancrée aussi profondément dans son esprit qu'un texte de loi sur de la pierre. Naruto s'était appliqué à enseigner cette manière de penser à chacun de ses amis, et dans le cas d'Hinata, peut-être est-ce l'amour pour un démon qui la sauva de l'intolérance. Neji était né dedans, et Tenten y avançait à grand pas. Mais Hinata serait alors amenée à comprendre, que parfois, que l'amour ne conduit pas à de grandes choses.
Qui laisserait-il en vie ? Son plan était pourtant clair, et pourtant ses sentiments étaient confus comme l'eau après jeter un caillou dedans. S'il tuait Sakura, il en porterait la blessure à jamais dans son cœur, et pourtant s'il ne la tuait pas son cœur de cendre ne serait pas rassasié de vengeance. S'il tuait Naruto, ce serait sans doute trop facile, mais s'il ne le tuait pas, ce serait encore pire, et pourtant, peut-être que le fait de tuer son être aimé serait suffisant à assouvir ce besoin sans précédent de porter à sang toutes les larmes qui inondait son cœur. Quant à Neji, qui avait si honteusement participé à la mort de sa dernière famille, sans doute devrait-il périr, mais alors il mettrait fin à la torture dans laquelle vivant Neji, une torture psychologique : la peur. Il haïssait Konoha, et pourtant seulement une poignée d'habitants l'intéressait. Aussi, ce n'était pas la vengeance qu'il recherchait exactement, c'était l'acceptation de la peine de la perte. Et Sasuke était convaincu que s'il voyait ses ennemis mourir, souffrir d'amour, de douleur, peut-être cela le convaincra-t-il que c'était peut-être mieux que sa famille soit morte sans pour autant souffrir. Il avait mille fois exercé la souffrance, que Sasuke avait compris que la douleur, morale, ou physique, n'était rien comparer à la mort elle-même. Fardeau en tête, il descendit la côte menant au village.
Naruto avait laissé Sakura partir. Elle n'avait pas hurlé, ni juré, elle n'avait rien dit, et pourtant il aurait aimé qu'il lui parlât. Il aurait aimé qu'elle pleure, crie, puis que enfin il lui explique, et que par un des plus beaux miracles, elle se jette dans ses bras et hurle comme elle l'aimait. Mais cela n'arrivât pas, et quand bien même cela était arriver, il aurait été impossible qu'elle le lui pardonne. Alors que le temps était lourd et fade, il joignit le vieux quartier industriel en bordure du village. Il savait qu'il pourrait tomber sur Sasuke, mais ce n'était pas son but premier. Il emprunta le chemin de sable, commun à tous ceux du village. Aussi quand il sortit, il sentit les regards autrefois bons et généreux, mais à présent lourd de reproches et dégoûts se poser sur lui. Absous de bonté d'âme, il releva la tête, et comme le grand homme qu'il était, il marcha la tête haute, les épaules droites les mains devant lui. A mesure qu'il avançait, il approchait des vieux bâtiments industriels. Les cuves en fonte afin d'asservir le complexe militaire était usé, sénile, et noir de charbon. Le chemin devins plus lisse, régulier, à force de passage de véhicules. Les usines autrefois blanche, motivé, et ambitieuse, étaient à présent traversées de longues fissures. Naruto s'arrêta, passa la main sur visage, et avec mécontentement, il constata qu'il avait aujourd'hui ses premières rides.
Tenten était sur le seuil, accablant de toute sa haine le silence presque ecclésiastique qui régnait sur le vieux quartier de Neji. Elle s'arrêta presque de respirer, sa lance en main, prête à foudroyer de barbarie la première offense qui lui sera faite. Neji lui arriva, essuyant ses mains sur une épaisse serviette. Il vit Tenten sur le seuil, laissant entrer l'épaisse brume dans la maison.
« Tu ne devrais pas rester sur le seuil… Rentre s'il te plait. » Lui demanda-t-il.
Tenten se retourna, médisante dans ses yeux, concise dans ses gestes, mais avant qu'elle ne pût dépasser le seuil, la lame d'une arme lui transperça le poumon, s'enfonçant de part et d'autre de son corps. Le fer logé dans sa chair se retira d'un coup sec, retournant prêt du corps de son possesseur. Le corps de la louve tomba lourdement sur la dalle marbrée du pas de la porte, disparaissant dans le brouillard. Ce dernier se retira et découvrit le visage funeste du vengeur, qui venait accomplir sa morbide tâche. Neji, qui alors n'avait pas bougé depuis, lâcha ce qu'il avait dans les mains et voulut s'enfuir. Sasuke eût raison de son mouvement, avança en évitant le corps de Tenten, attrapa le bras de sa victime et perfora son flanc avec le fer de son arme. Neji, dos à lui voulut lui porter un coup défensif, mais il ne fît que faire tomber la lampe et le lourd socle à plume, encore empli d'encre. Neji se mordit les lèvres, sous la douleur physique, mais aussi sous la douleur morale. Son intelligence, damnée soit-elle, car il comprit que le coup n'était pas fatal, et que le bruit avait alerté sa cousine, qui ne tarderait pas à faire partie de cette tragédie. Aussi, savait-il que le cœur de Sasuke était assez gonflé de rancœur et de sang-froid pour le laisser au sol se vidant de son sang, regardant sa cousine mourir avant lui. Et contre cela, il ne pouvait rien faire, Sasuke ne venait répondre qu'à un coup mortel du destin. Aussi, Neji le cœur gros, vit que le hasardeux destin venait accomplir son funeste dessein. Sa cousine était là sous ses yeux, le regardant interdite glissant au sol dans une mare de sang.
Naruto avait atteint la maison de Neji. La porte était ouverte, ce qui n'étonna pas Naruto, car l'encens devait excéder l'odorat de Tenten. Une fois sur le seuil, il voulut rentrer mais son pied buta sur quelque chose d'inerte. Il recula et vit le sang, noircit par l'oxygène se rependre en fine trainée sur les petits escaliers de l'entrée. Il ne souffla mot, et avec grande précaution, il rentra enjambant le corps présumé, encore caché par le brouillard. L'odeur du sang lui piqua le nez. Elle était bien plus forte encore que la senteur de l'encens froid, lentement consumer par le petit matin. Il vit rapidement le corps de Neji. Il était imposant, et sa blancheur ne l'étonna pas. Naruto resta discret dans ses émotions, peut-être car il savait que son tour viendrait. Du moins il l'attendait, mais il savait qu'il avait fait un éternel pacte avec la mort, la sienne, ou celle des siens. Mais ce qu'il ne vit pas toute de suite, c'était le troisième corps. Celui de la malheureuse personne qui s'était mise entre le chemin du meurtrier et du vengeur. Le corps avait était trainé jusqu'au jardin et ne portait qu'un ultime coup. Naruto savait Sasuke cruel dans ses gestes, mais pas dans son âme, aussi il se penchât vers le corps de la défunte. Et dans le silence de l'intimité des grands rois qui ne pleurent pas, Naruto déposa un baiser sur les lèves closes de celle qu'il avait failli aimer. Même dans une blancheur presque spectrale, Hinata restait belle. Prisonnière d'une enveloppe chétive, Naruto la savait d'un grand courage. La mort vorace ne lui enlevait rien à son innocence, et Naruto regretta que Sasuke lui ait ôté la vie sous un concours du hasard. Il n'y avait rien pour la rejoindre, rien pour atteindre sa pureté, rien pour voir sur son propre visage le même bonheur qui était présent sur celui de la jeune fille. Elle était partie sans souffrir parce qu'elle vit recluse de bonté, Naruto mourrait, le dos chargé de cris.
Cela faisait plusieurs jours que Temari rendait visite chaque matin à Shikamaru. Il était silencieux, les lèvres closes par son intelligence qui le rendait muet de timidité. Elle passait toujours par son mur, et cela ne dérangeait pas Shikamaru, car tous les soirs, elle le surprenait alors qu'il cuisinait, seul, pour elle. Mais ce soir-là, il l'entendit arriver. Son saut avait été moins léger, moins empli que d'habitude de gaité. Alors, il s'arrêta de faire ce qu'il faisait, et l'attendit sur le seuil de sa terrasse. Elle arriva vers lui, le visage fermé, et lui tendit la main qu'il prit aussitôt.
« Je dois partir » Lui dit-elle.
« Quand ? » Lui demanda-t-il.
« Demain... Gaara a dit qu'il le fallait. »
Shikamaru avait compris cette nécessité. Mais aussi contrairement à Temari, il sentit son cœur s'alléger. La diplomatie étant au beau fixe entre les deux pays, il verrait Temari aussi souvent qu'il y aurait d'affaire. Et cette distance lui permettrait d'acquérir de l'adresse à montrer ses émotions. Il lui sourit, mais elle ne comprit pas toute de suite. Il lui expliqua, et elle parut se détendre. Le cœur de Shikamaru s'envola à l'idée de cette promesse secrète. Temari se sentit plus légère, et comme elle le faisait d'habitude, elle se hissa sur la terrasse, à la hauteur de son amant, et l'embrassa, avant de rentrer avec lui.
Sakura s'était enfermée dans sa chambre. Maintenant plongée dans l'obscurité, toute lumière cachée par le brouillard, elle regardait le vide autour d'elle. Ses yeux étaient cernés, mais pas encore remplis de larmes. Pouvait-elle lui en vouloir d'avoir espéré l'aimer seul ? Peinée par cette preuve d'amour ultime mais funeste, elle s'allongea sur son lit et resta comme ça à rester éveillée d'une vie sans rêves. Mais son cauchemar vint se troubler, comme quand l'on jette une pierre à la surface de l'eau. Un cercle se formait quand un autre disparaissait. Sasuke était à sa fenêtre, Naruto en dehors du village. Sasuke la regarda se redresser et entra complètement dans la pièce. Il se débarrassa prestement de son arme, la posa au sol encore chargée de sang. Il avança vers la jeune femme qui le fixait, mais s'arrêta, il regarda ses mains. Il frotta ses dernières contres son flanc, ses cuisses, essayant d'enlever le sang. Sakura le regarda gênée, et Sasuke releva la tête. Il la regarda terrifié d'avoir accompli son devoir, et Sakura comprit ce qu'il avait fait. Elle se leva, et d'un pas sûr elle l'enlaça. Là où naquit des larmes de déception, elle donna un baiser. Là ou disparaissait un cœur, elle donna le sien.
Alors que la lune apparaissait, le brouillard se leva, découvrant le cœur blessé de Konoha.
