Titre : Cinq pas entre les portes et l'arbre
Disclaimer
: L'univers de Harry Potter et les personnages sont une création de Rowling. Je ne touche aucun argent avec ce texte.
Résumé
: Cinq faits sur chaque membre de la famille Finnigan.
Continuité
: Ce texte est un prolongement de ma fic, Les Portes. Par conséquent, le canon post-tome4 n'est absolument pas respecté (et il vaut mieux avoir lu ladite fic pour comprendre ce qui est en jeu dans cette histoire).
Note 1
: Cette fic ainsi que La Sorcière de Cork et l'Évadé d'Azkaban (un futur bonus pour Les Portes) appartiennent à un ensemble qui servira de transition entre l'univers des Portes et celui de Near the Tree.
Note 2
: Il est laissé à la discrétion du lecteur de considérer cette fic comme la suite des Portes ou non.
Rappel
: Constantin est le frère jumeau de Lynn. Will est le cousin de James et le meilleur ami de Constantin. Névée est la meilleure amie de Lynn. Anna-Lola est une stalkeuse de Sirius. Dorothy et Duane sont apparus dans le Premier Pas : "Cinq fois où Seamus a eu peur".


Deuxième Pas : Cinq fois où Lynn a menti

-o-

C'est elle qui a fait tomber de la sauge dans la potion de Grand-Mère.

-

« Je pose la question pour la dernière fois : lequel de vous deux a fait tomber de la sauge dans le chaudron ? »

Les yeux baissés, la tête rentrée dans les épaules, Lynn et Constantin observent le bout pointu des chaussures qui dépassent de la grande robe noire (toujours noire !) de Grand-Mère.

On entend le balancier de l'horloge, la bûche qui craque, le chat qui crache après le gnome et le fantôme qui secoue ses chaînes, mais point de confession.

Le bout de la chaussure droite s'anime et frappe impatiemment le sol. Lynn lève les yeux, doucement prudemment. Erreur ! Le regard gris de Grand-Mère se déverse sur elle comme une coulée de plomb. La respiration de Lynn se bloque, son ventre se tord, son cœur s'emballe. Elle attrape la main de Constantin et la serre fort.

« Peut-être que Mona… », tente-t-elle.

Elle ne voit pas la baguette sortir, mais elle sent bien le sort la gifler.

« Ne me mens pas aussi effrontément, Elyana ! » s'emporte Grand-Mère.

Les larmes lui montent aux yeux, tandis que le feu de la honte embrase son visage.

« Je croyais que le Choixpeau t'avait envoyé à Gryffondor. La qualité première de ta Maison n'est-elle pas le courage ? Regarde-moi, Elyana, quand je te parle ! »

Lynn baisse encore plus la tête, lutte contre les larmes, s'agrippe à la main de Constantin.

« Où est le lion en toi, ma petite fille ? »

Constantin se rapproche ; sa main est chaude et enveloppante ; son pouce fait des ronds sur le dos de la main de Lynn.

« Maladroite et lâche, voilà qui promet une Sorcière de Cork de grande envergure ! Comment espères-tu protéger le conté, Elyana ? »

Elle n'aime pas être appelée par son prénom, elle est Lynn, juste Lynn. Elle aime être Lynn. Elyana est le prénom d'une sorcière aigre et méchante dont le portrait admoneste tous ceux qui passent devant lui sans le gratifier de toute la déférence qui lui est due. Elyana est bossue, édentée et borgne : une authentique sorcière de conte de fées.

« Et le fils de Mrs Cooper qui se tord de douleur dans son lit ! » Grand-Mère a continué sa diatribe. « Bien évidemment, aucune médecine moldue ne peut le soulager ! Mais la potion… »

« Lynn n'y est pour rien, Grand-Mère, interrompt Constantin. C'est moi qui ai fait tomber la sauge dans le chaudron.

– Toi ? »

La main de Constantin serre fort celle de Lynn.

« Je voulais attraper les yeux de triton et la sauge est tombée.

– Qu'est-ce que tu voulais faire avec ces yeux de triton ? »

Suspicion.

Suspicion dans la voix, suspicion dans le regard, dans l'attitude.

« J'ai vu une potion dans mon livre de cours. Ça avait l'air…

– Quelle potion ?

– Pour changer une patte de lapin en porte-bonheur.

– Quel est l'autre ingrédient clé ?

– Un trèfle à quatre feuilles.

– Quel est le liant ?

– De la gelée de Doxy. »

Grand-Mère hoche la tête.

« Je me demande s'il ne serait pas temps de changer la tradition et de faire de la Sorcière de Cork, un sorcier. »

Ni Lynn, ni Constantin ne disent mot. Puis, Grand-Mère, sourire en coin, reprend :

« Pour ta punition, Constantin, tu m'assisteras dans la préparation de mes potions jusqu'à la fin des vacances.

– Et pour le fils de Mrs Cooper ? » s'inquiète Constantin.

Grand-Mère hausse les épaules : « Il attendra. Il ne va pas en mourir. Et, Elyana, arrête de pleurer ! Ton frère s'est dénoncé pour toi. Tu vas pouvoir retourner à tes frivolités de petite sorcière écervelée. »


Elle n'a jamais embrassé un garçon.

-

L'été est arrivé un peu plus tôt que prévu. Un peu plus chaud. On révise dans le parc, à l'ombre des grands arbres, sur d'épais draps blancs.

Will pose les questions, le manuel de métamorphoses sur les genoux, Lynn essaie de répondre, les mains un peu moites. Will rit de ses inepties et Lynn se vexe un peu.

« C'est facile pour toi, tu as les réponses sous le nez ! » Elle s'empare du livre. « Si on inverse les rôles, je suis sûre que tu riras moins. »

Mais il connaît toutes les formules. Pas besoin de chercher, pas d'hésitation, pas de bafouillage : le bon mot tout de suite et le geste précis.

Lynn referme le livre et le pose loin d'elle. Vexée. Epatée. Il sourit et elle oublie.

« Je t'aiderai à réviser, lui murmure-t-il à l'oreille.

– Tu m'aiderais à tricher ?

– Non. C'est contre l'étiquette de ton blason.

– Trop nul ! Parfois, j'aimerais être une Serpentard.

– Vraiment ?

– Bien sûr que non ! »

Elle rigole et dépose un baiser sur sa joue. Il tourne un peu la tête, elle ne bouge pas. Leurs nez se frôlent, leurs haleines se mélangent.

« Tu as déjà embrassé un garçon ? demande-t-il, tout doucement.

– Bien sûr ! répond-elle d'une voix mal assurée par le mensonge. Et toi ?

– Non, sourit-il. Jamais embrassé de garçon.

– C'est pas ce que je voulais… »

Elle ne termine pas sa phrase : les lèvres de Will sont sur les siennes.


Elle est amoureuse.

-

« Elle perd pas de temps, celle-là ! »

Lynn relève le nez de son bol de céréales.

« Quoi ? » demande-t-elle, la voix encore enrouée par le sommeil. Elle n'est vraiment pas du matin !

Névée fait un mouvement de tête vers la droite et Lynn tourne paresseusement les yeux dans la direction indiquée et…

Anna-Lola est assise – tout près, très près – de Sirius.

« Il a rompu… Il y a quoi ? Douze heures ? Et elle est déjà sur les rangs ! »

Lynn retourne à son bol de céréales, mais de les voir toutes spongieuses, gorgées de lait, lui coupe brusquement l'appétit. Elle repose la cuiller et repousse le bol : l'odeur même la dégoûte.

« Mais regarde-la se dandiner ! s'indigne Névée. Elle n'a vraiment aucune retenue !

– Et ça t'étonne ? Tu découvres seulement maintenant qui est Anna-Lola Hunter ?

– Je n'imaginais pas que c'était à ce point !

– Elle draguait déjà Sirius alors qu'il était avec Lucy ! Franchement, je suis étonnée qu'elle ait réussi à se contenir douze heures !

– Probablement le temps qu'il lui a fallu pour que la nouvelle remonte à ses oreilles ! »

Lynn sourit vaguement.

« Mais regarde-la ! Vraiment, regarde-la ! s'indigne Névée.

– Je révise !

– Oublie tes révisions ! Et regarde la pétasserie en pleine action.

– On a une interrogation surprise en Histoire cet après-midi !

– Je te laisserai copier, s'impatiente Névée. Regarde ! C'est trop drôle, Sirius essaie de s'éloigner et elle ne fait que se rapprocher. Elle est tellement stupide que… Oh ! Y a James qui s'en mêle ! Grandiose : il s'est assis entre elle est Sirius. Un chevalier en armure rouge et or ! La tête d'Anna-Lola : trop drôle ! Mais regarde ! Tu loupes tout ! Lynn ?

– Toi, arrête de regarder ! Ce ne sont pas tes affaires et… et… Oh ! Et puis zut ! »

Lynn se lève, si brusquement qu'elle renverse la carafe de jus de citrouille sur son voisin de gauche qui sursaute de surprise et manque de tomber à la renverse. Névée s'empare de serviettes qui traînaient et aide à éponger ; Lynn a quitté la Grande Salle.

Névée la retrouve assise – recroquevillée – sous le grand saule pleureur.

« Qu'est-ce qu'il y a, Lynn ? »

Lynn secoue la tête.

« J'ai dit ou fait quelque chose ? »

Lynn secoue la tête.

« C'est ta mère ? Wilkes ? Pointcassé ? »

Lynn secoue toujours la tête.

« Quoi alors ?

– Rien… Juste que… Je ne sais pas… Je… Je… Mais, il… et puis elle… »

Le souffle lui manque, les mots s'étouffent, s'emmêlent. La gorge est râpeuse, le ventre douloureux et les yeux brûlent.

« Lynn ? » Névée passe son bras autour des épaules de Lynn, lui dépose un baiser sur la joue. « Dis-moi ce qu'il y a. »

Lynn appuie la tête contre ses genoux.

« Lynn… Est-ce que tu es amoureuse de Sirius ?

– NON ! » s'écrie-t-elle. Elle secoue la tête. « Non ! Non, non, non, non-non-non-non-non… non. Non. »

Névée pose la tête sur l'épaule de Lynn, tandis que sa main lui dessine des ronds dans le dos.

« Et ça fait longtemps ? »


Elle n'a pas renoncé à être une sorcière.

-

« Dans ce cas, je renonce à être une sorcière. »

Elle ne pensait vraiment pas proférer un mensonge quand elle a prononcé ces paroles. Elle était convaincue, décidée. Plus jamais. La magie ne sauvait pas : elle tuait. Elle détruisait. Les familles, les rêves, les espoirs, les projets. Plus jamais de magie ! Elle a brisé sa baguette et a abandonné les morceaux sur le sol d'une école dont elle ne voulait plus jamais porter les couleurs.

Son père, son frère jumeau, sa meilleure amie. Trop de morts, en trop peu de temps.

Elle est rentrée pensant trouver une mère compatissante, une mère qui comprendrait et apaiserait sa peine. Elle pensait vraiment que ce n'était pas trop espérer, mais elle a trouvé une maison totalement réarrangée. Les placards ont été vidés, les tiroirs retournés, les armoires débarrassées. Des affaires de Constantin, il ne reste que des cartons entreposés dans le garage. Tout ce qui a appartenu à son père a été donné à diverses associations. Il ne reste rien. Pas même une photo, pas même son alliance.

Mrs Amberson n'a jamais été une personne chaleureuse ; le deuil l'a rendue froide, distante, lointaine. Inaccessible.

Lynn n'est pas restée une heure dans cette maison qu'elle ne reconnaît plus comme la sienne. Elle a pris les cartons de Constantin, racheté tout ce qu'elle a pu des affaires de son père au Secours Catholique et était partie chez sa grand-mère.

Elle est la petite-fille de la Sorcière de Cork, alors on la regarde un peu bizarrement. Mais elle s'en moque. Si on l'ennuie, elle fait mine de marmonner quelques malédictions dans une langue exagérément gutturale et aussitôt on détale. Trop facile ! L'école moldue, ça n'a rien à voir avec l'école de magie et pourtant, c'est exactement pareil : des bandes d'ados attardés, des codes stupides et des professeurs bornés, certains plus que d'autres. Tout pareil ! Elle ne sait rien de l'Histoire ou de la Géographie, ses connaissances en Littérature sont ridicules, mais elle est la meilleure en Chimie et en Latin. Et elle a vite fait de se mettre à niveau en Mathématiques. La Physique et la Biologie la passionnent.

« Dans ce cas, je renonce à être une sorcière. »

Cette phrase qu'elle a prononcée avec foi, avec conviction, n'est pas devenue mensonge brusquement. Mais il y a eu un jour, pourtant, où elle a commencé à cesser d'être vérité.

Un jour où Mona ne pouvait pas venir. Un jour où Grand-Mère devait débarrasser une maison d'un épouvantard importun. Lynn a soupiré, marmonné, pesté mais a accepté d'aider sa grand-mère. À elles deux, elles ont accompli sans difficulté la tâche de la Sorcière de Cork.

Mona a commencé à de moins en moins assister Grand-Mère et Lynn de plus en plus à participer à la vie de la Sorcière de Cork. Et puis Lynn a remplacé Mona, totalement.

Elle assiste Grand-Mère dans la préparation de ses potions, dans ses visites, dans ses invocations. La vieille femme est toujours aussi désagréable : elle lui reproche son manque d'implication, son inexpérience, sa maladresse, la rabroue sans cesse. Lynn répond, crie, renverse les fioles et claque les portes. Il est loin le temps où l'immense sorcière vêtue de noir la terrifiait.

Et parfois, tout se passe bien. Les gens la remercient dans la rue, on lui sourit, on lui offre des cadeaux. On l'évite aussi. On la regarde bizarrement : elle est la petite fille de la Sorcière de Cork. On se méfie un peu. On sait qu'elle est une sorcière, on ne sait juste pas à quel point. On pense qu'il s'agit juste d'onguents, de plantes et de rituels poussiéreux. Grand-Mère est une sorcière officielle, parce qu'il en faut bien pour prendre soin des Moldus. Les créatures magiques ne font pas la distinction, les sorts non plus.

Lynn aide sa grand-mère, qui lui apprend des remèdes, des formules. Lynn n'a pas l'impression de briser son vœu. C'est une autre magie, une magie sans baguette, une magie de conte de fées.

Lynn reçoit des lettres de temps en temps. De Lily. De Sirius aussi. Le professeur McGonagall lui écrit également, la tient au courant de ce qu'ils font en cours. Lynn, parfois, va voir dans ses livres. C'est de la curiosité, elle ne dit aucune formule. Sa mère ne lui écrit pas.

Il arrive que Lynn se dise qu'elle devrait être auprès de sa mère et puis elle se rappelle la collection de lorgnons de son père qu'elle n'a pas pu racheter. Lynn et sa mère, elles sont toutes les deux malheureuses et leurs chagrins ne peuvent se conjuguer, ils se confrontent et elles ont besoin de paix. Toutes les deux.

Les lettres de Sirius et de Lily sont de plus en plus régulières. Elle ne leur répond pas, mais ils continuent et elle s'aperçoit qu'elle apprécie les informations de l'autre monde, son monde.

Dans le monde moldu, elle a fait la connaissance de Dorothy qui habite à deux maisons de là. Dorothy a un grand frère qui ne parle pas beaucoup : Duane.

Peu à peu, la vie de Lynn reprend un peu d'aplomb.

La lettre de Poudlard arrive en plein petit déjeuner. Lynn ne la déchire pas. Mais elle ne l'ouvre pas non plus. Elle la jette à la poubelle : elle a juré.

Le lendemain, la lettre est de nouveau là, posée sur le comptoir, à côté du plat vide-poche.

Elle est là tous les matins.

Grand-Mère a des courses à faire. Lynn l'accompagne et voilà qu'elle se retrouve avec une baguette dans les mains. Le bois est doux et sinueux et clair, presque blanc. Rigide, solide. Crin de licorne.

Elle n'a pas protesté. L'objet est agréable en main. Rassurant.

Elle n'avait vraiment pas l'intention de proférer un mensonge : quand elle a brisé sa baguette, elle pensait vraiment que, la sorcellerie, c'était fini. Mais elle sait que si elle ne retourne pas à Poudlard, c'est à elle-même qu'elle ment.


Elle ne l'aime pas.

-

L'orage l'a réveillée. Elle s'est extirpée de son étreinte et s'est assise sous le porche. L'air est chaud, les odeurs de la terre entêtantes. Le vent affole les arbres et la pluie tambourine sur les tuiles, cascade dans la gouttière. Le ciel est d'un anthracite lumineux et les coups de tonnerre sont étourdissants.

« Tu vas prendre froid », dit-il.

Il l'enveloppe d'un grand drap et de ses bras. Elle appuie le dos contre son torse, la tête contre son épaule. Ils regardent le ciel clignoter.

« Tu sais… pour tout à l'heure…

– Je sais : c'était dans la passion du moment.

– Oui. En fait, non. »

Elle relève la tête.

« Je le pensais vraiment… Je le pense toujours… Je le ressens. »

Il balbutie. Il s'empêtre dans ses mots et ses sentiments.

Elle lève le bras et promène la main le long de sa nuque, attire sa tête vers elle. Elle tord le cou et l'embrasse.

« Lynn », soupire-t-il. Il enfouit le visage dans ses cheveux, inspire profondément, dépose des baisers sur son front. « Je t'aime. »

La main cesse de caresser.

« Je t'aime totalement, complètement, passionnément…

– Duane…

– Je t'aime en dépit de tout, continue-t-il. Je t'aime avec toutes tes blessures et tous tes secrets. Je t'aime dans la joie et dans le malheur…

– Duane…

– Je t'aime enceinte et amoureuse d'un autre. Je…

– Je t'aime ! » coupe-t-elle.

Un fugace sourire passe sur les lèvres de Duane. Aussi rapide qu'un éclair. Il dépose un baiser sur son front et noue ses bras autour d'elle.

« Tu ne sais vraiment pas mentir, Lynn. »


fin du chapitre