Titre : Cinq pas entre les Portes et l'Arbre.
Sous-titre : « Cinq fois où Duane s'est senti différent et tous ses synonymes » (Quatrième Pas)
Disclaimer : L'univers de Harry Potter et les personnages qui en proviennent sont une création de Rowling. Je ne touche aucun argent avec ce texte.
Le poème auquel fait allusion dans "Autre" est titré « Conseils donnés par une sorcière » et a été écrit par Jean Tardieu.
Rating : PG pour le langage pas toujours très châtié.
Résumé : Cinq faits sur chaque membre de la famille Finnigan.
Continuité : Ce texte est un prolongement de ma fic, Les Portes. Par conséquent, le canon post-tome4 n'est absolument pas respecté (et il vaut mieux avoir lu ladite fic pour comprendre ce qui est en jeu dans cette histoire).
Note 1 : Cette fic ainsi que "La Sorcière de Cork et l'Évadé d'Azkaban" (un futur bonus pour Les Portes) appartiennent à un ensemble qui servira de transition entre l'univers des Portes et celui de Near the Tree.
Note 2 : Il est laissé à la discrétion du lecteur de considérer cette fic comme la suite des Portes ou non.
Rappel : Duane est Mr Finnigan et moldu ; Lynn Amberson est Mrs Finnigan, mère de Seamus et sorcière.
Quatrième Pas : Cinq fois où Duane s'est senti différent et tous ses synonymes
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Différent
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Duane est perché sur le Rocher du Chien : il guette le Chemin des Dames. Plus bas, dans la vallée, à l'entrée du village, il y a Papa qui fait les cent pas. Plus haut, il y a Quentin en équilibre dans le Jeune Chêne. Papa pose une question, Duane transmet, Quentin répond puis Duane fait redescendre la réponse. A côté de Duane, assis dans l'herbe sèche qui pique les jambes, il y a Marge et Elias. Marge s'avance un peu quand la question a du mal à escalader la colline. Elias recule quand la réponse a du mal à les rejoindre.
– Peut-être qu'elles ne vont pas venir, dit Marge en laissant s'envoler une coccinelle.
Personne ne lui répond.
– Maman a dit que, elle vivante, elle ne laisserait pas ces créatures de Satan passer le pas de la maison.
Personne ne dit rien.
– Peut-être qu'elles ne veulent pas venir parce que Maman est toujours méchante avec elles. Quand elle les rencontre, elle crache dans la rue et récite une prière.
Ni Duane, ni Elias ne commentent les propos de leur sœur.
– Peut-être qu'elles sont vexées. Peut-être que…
– Tais-toi ! coupe Duane.
Il se hisse sur la pointe des pieds et porte les mains à ses yeux.
– Quentin ? demande Elias.
– Marge, passe-moi la longue-vue de Grand-Père, commande Duane.
Marge sort très précautionneusement de sa poche la longue-vue de marin de leur grand-père.
– Plus vite, la presse Duane.
– Mais il ne faut pas l'abîmer.
Elias prend autoritairement l'objet des mains de sa petite sœur et le tend à son grand frère.
Dans son arbre, Quentin s'agite. Il fait des grands signes, ses jambes battent l'air. Il manque de perdre l'équilibre, se rattrape de justesse et reprend de plus belle ses grands mouvements désordonnés.
– Duane ? demande Elias.
– Elles arrivent, souffle Duane. Puis plus fort : « Elles arrivent ! »
Elias dévale aussitôt le Chemin des Dames pour porter la nouvelle à leur père. Marge se tourne de l'autre côté pour scruter l'horizon.
Duane pointe la jumelle vers l'orée du bois et attend. Attend. Et puis elles sont là. Deux silhouettes noires ; l'une très grande, l'autre beaucoup moins. Marge grimpe tant bien que mal sur le Rocher du Chien et demande à Duane de leur faire de la place. Duane grogne mais s'exécute. Il les observe sortir de la forêt. Le soleil matinal les accueille à la sortie de la forêt et fait tomber sur elles une lumière blanche qui illumine les cheveux blonds de l'une et incendie les bijoux d'argent de l'autre. On dirait deux fanaux.
Elles avancent vite sur le Chemin des Dames. La plus grande devant, la plus petite un peu derrière. La plus grande les mains vides, la plus petites les bras chargés d'un grand panier en osier.
Elles dépassent le Jeune Chêne. Duane n'a plus besoin de la longue-vue pour les guetter, alors il la tend à sa petite sœur qui est un peu myope.
Elles arrivent à la hauteur du Rocher du Chien. Marge attrape la main pendante de Duane. La grande s'arrête et leur demande.
– Vous êtes les petits Finnigan ?
Ni Marge, ni Duane ne disent mot. Ils dévisagent la Sorcière de Cork en silence. Ahuris, fascinés, saisis.
La Sorcière de Cork a les yeux gris lune, les os saillants, les lèvres minces et la peau très blanche et ridée au coin des yeux, autour de la bouche. Mais elle n'est pas vieille. Et pourtant elle l'est.
Marge tire sur le bras de Duane.
– Grand-Mère, tu leur fais peur, dis la plus jeune.
La petite fille de la Sorcière de Cork.
Elle a les cheveux blonds, des tâches de rousseur sur le nez et les pommettes, des joues roses et rondes, des yeux bleu ciel et un air triste à faire pleurer le Rocher du Chien.
– Je suis Marge, dit Marge. Marge Finnigan, précise-t-elle. Ma sœur Dorothy est très malade.
Marge lâche la main de Duane et descend prudemment du Rocher du Chien. Elle glisse et tombe dans la poussière. Elle se relève sans dire un mot puis s'approche de la sorcière.
– Viens, Sorcière de Cork ! Il faut se dépêcher !
Marge attrape la main de la vieille femme qui ne semble pourtant pas l'être. La Sorcière de Cork se laisse entraîner par une fillette de six ans sans se formaliser.
La petite-fille de la Sorcière de Cork emboîte le pas de sa grand-mère puis s'arrête et se tourne vers Duane.
« Je te conseille de te dépêcher si tu ne veux pas tout rater ! »
Autre
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Elle est assise sur le pas de sa porte. Recroquevillée, plutôt. Tête dans les genoux et bras noués autour des chevilles. On dirait un petit chaton.
Elle l'entend et relève la tête. Ses beaux yeux couleur fragment de ciel sont noyés et bordés de rouge. Un petit chiot, plutôt. Il a la gorge qui se serre, les courses qui lui tombent des mains et le cœur qui… Oh ! le cœur.
– Qu'est-ce qu'il y a ? demande-t-il.
Elle ne bouge pas. Elle le regarde. Une affreuse grimace tord son visage. Elle se mord les joues, les lèvres. Veut parler mais se tait. Il se précipite vers elle, se met à genoux devant elle et la prend dans ses bras.
– Dis-moi ce qu'il y a ! Pour l'amour de Dieu, Lynn, qu'est-ce qu'il se passe ?
Elle fond en larmes. Elle s'accroche à sa veste, enfouit le nez dans sa chemise. Il caresse ses cheveux qu'elle a récemment coupés au carré. Il les aimait longs, mais elle les a coupés tout de même. Parce que… Elle n'a pas dit ce qu'il y avait après ce « parce que… ». Duane a peur de deviner.
Ils restent sur le pas de la porte un certain temps. Les voisins leur jettent des regards curieux, mais Duane s'en moque. Mieux : il s'en fout !
Puis les larmes refluent, les yeux s'assèchent, les tremblements cessent. Duane peut lâcher Lynn, ouvrir la porte de son petit deux pièces et l'inviter à entrer.
Ils sont dans la cuisine. Ça sent le poisson. Duane a fait du café. Les deux tasses fument sur la table en formica. Le soleil décroît, les ombres s'allongent. Lynn fixe le mur. Duane regarde Lynn. Ils ne disent mot. Ils ne bougent pas. Ils attendent. Duane se souvient d'un poème qu'il a appris en cours de français, il y a longtemps. Ça commençait comment déjà ? … Retenez-vous de rire / dans le petit matin…
« Je suis enceinte. »
Alien
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Elle ne s'est pas habillée en blanc, mais en beige et elle a remplacé la chose bleue par une chose dorée. Elle a des fleurs d'oranger dans les cheveux, un cristal de roche porte-bonheur autour du cou et une larme en diamant au doigt. Bientôt, il y aura un anneau d'or.
Elle a déboulé, telle une tornade de crinolines et de dentelles dans sa chambre. Quentin et Elias essaient de la chasser, Dorothy et Marge de la retenir, mais elle veut, elle doit parler à Duane. Plus tard, tente-t-on de la raisonner. Maintenant, elle insiste. Mrs Finnigan Mère, comme tout le monde l'appelle maintenant que d'autres Mrs Finnigan ont rejoint le clan, désapprouve de façon fort haut perchée. Personne ne l'écoute. Pas même Marge.
On abandonne. On déserte la chambre et on laisse les futurs époux ensemble. On est inquiet. La mariée changerait-elle d'avis ?
Lynn pose le bébé sur le lit, entre deux coussins. Il sourit et s'agite. C'est un beau bébé, agréable et si facile à aimer. Duane avait un peu peur, il craignait de… Mais il aime le bébé.
– Qu'est-ce qu'il y a, Lynn ?
– Seamus aime beaucoup la peluche chien que Marge lui a achetée. J'ai essayé de lui faire adopter le nounours comme doudou, mais c'est le chien qu'il préfère. Probablement à cause de ses pattes molles.
Elle caresse le front de son fils – leur fils. Duane ne dit rien. Il ignore où Lynn veut en venir, mais il sait qu'elle s'apprête à dire quelque chose d'important. Elle emprunte juste des détours. Il la laisse faire. Le mariage ne commencera pas sans eux.
– Il l'adore. Tu as remarqué que quand il la perd, il hurle.
Duane hoche la tête.
– C'est un hurlement très distinctif.
Duane acquiesce en silence.
– J'étais en train d'arranger mes cheveux quand je l'ai entendu pleurer. J'ai tout de suite su qu'il avait laissé tomber sa peluche – à cause de la façon dont il pleurait – mais j'avais les mains prises. Je lui disais d'attendre, d'être un peu patient. « Attends, poussin, Maman a les mains prises. Un peu de patience ! » je lui ai dit. Mais il continuait de pleurer. Et plus il pleurait, plus j'essayais de me dépêcher, plus mes cheveux partaient dans tous les sens et plus je m'énervais. Et puis, il s'est tu. Plus un bruit. Inquiète, je me suis retournée et j'ai vu… j'ai vu…
Lynn relève la tête et regarde Duane.
– Tu as vu ?
– Il avait la peluche dans les mains.
Duane fronce les sourcils puis se fend d'un sourire.
– Et ?
C'est au tour de Lynn de se taire.
– Je ne comprends pas. Tu déboules, affolée, à quelques minutes du mariage, parce que tu t'es trompée sur la manière de pleurer de ton fils.
– Je ne me suis pas trompée, contre Lynn.
– De toute évidence, si !
– Je ne me suis pas trompée.
– D'accord, tu ne t'es pas trompée. Donc Seamus a fait tomber son doudou pendant que tu ne regardais pas et, toujours pendant que tu avais les yeux occupés ailleurs, il a ramassé sa peluche. C'est ça que tu essaies de me dire ?
– Il ne l'a pas ramassé.
– Alors quoi ? Il l'a fait venir par la pensée !?
Il rit un peu. Lynn ne dit rien. Duane ravale son hilarité.
– Tu n'es pas sérieuse ?
– Je suis une sorcière, Duane.
– Tu prépares des onguents à base de plantes, Lynn, rappelle Duane. Il y a une marge entre la phytothérapie et la sorcellerie !
Lynn secoue la tête.
– Je suis réellement une sorcière. Tout comme Seamus.
– Seamus est une sorcière ? sourit Duane.
– Un sorcier !
– Bien sûr !
Silence.
– Ecoute, Lynn, si tu cherches à rompre avec moi à quelques minutes du mariage, tu pourrais au moins avoir la décence…
– Accio rose.
La fleur qui est posée sur la table et attend que Duane la passe à sa boutonnière s'élève dans les airs, traverse toute la pièce et vient se poser dans la main tendue de Lynn.
« Duane, je suis une vraie sorcière. »
Moldu
-o-
La nuit où le Mage Noir dont-il-ne-saura-jamais-le-nom tombe, elle pleure. Et ce n'est pas de joie.
James et Lily sont morts. Leur fils est orphelin. Duane ne les connaît qu'à travers les propos de Lynn. Elle lui a un peu raconté sa vie de sorcière. Des bribes. Quand elle est dans ses bras et qu'il est sur le point de s'endormir.
Et puis il y a l'autre. L'autre qui est accusé d'avoir vendu les Potter. L'autre qui est une enflure de traître. Et elle pleure.
Il y a cet autre monde dans lequel Duane ne pourra jamais mettre un pied : il est un modlu. Le terme ne lui a jamais semblé très flatteur. Il n'est pas censé l'être.
Il y a cette autre part de Lynn que Duane méconnaît totalement et c'est là qu'elle a mal et il ne peut rien faire. Juste la tenir dans ses bras. Juste lui caresser les cheveux et embrasser ses paupières closes et ses lèvres scellées.
Il a mal à cette part qui n'est pas sienne. Il a mal à ces secrets auxquels il n'a pas accès. Il a mal à sa jalousie. Il a mal à son humanité. Il a mal à son amour.
Dissemblable
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Seamus est son fils.
Il l'est depuis cet instant, entre chien et loup, où Lynn lui a annoncé qu'elle était enceinte. « Que veux-tu faire ? » a-t-il demandé.
(Plus précisément, il lui a dit : « qu'attends-tu de moi ? »)
En ce qui le concernait, ça ne changeait rien. Il la voulait dans sa vie. Et l'enfant aussi. C'était donc à elle de décider. Il était un pauvre con, il le savait. Mais un pauvre con amoureux. Y a pas plus mal barré dans la vie !
Seamus est son fils.
Il lui a appris le nom des étoiles et comment gouverner un bateau. Il lui a fait réviser ses leçons de grammaire et de maths. Il l'a emmené en urgence à l'hôpital quand il a eu des douleurs dans le bas du ventre, à droite. Il lui a raconté des histoires pour s'endormir et d'autres pour rêver. Il l'a disputé, consolé. Il a parfois manqué de patience, oublié, grogné. Il a fêté ses anniversaires et Noël. Halloween aussi.
Seamus est son fils.
Alors le jour où il est resté de l'autre côté de la barrière, quelque part entre le quai neuf et le quai dix de la gare King's Cross, son cœur s'est serré. Il est resté à la porte de cet autre monde, parallèle au sien, dans lequel il n'a pas le doit de mettre un pied, dans lequel il ne peut suivre son fils.
Seamus est son fils.
Alors il le dispute quand il ramène des mauvaises notes en potions ou oublie ses enchantements. Il lui achète des grimoires et des farces et attrapes magiques. Ou plutôt, il donne l'argent et Seamus achète. Il apprend l'Histoire de l'autre monde, il retient des noms, s'intéresse à la cause des enfants de moldus. Il se dispute avec Lynn qui refuse de s'investir dans les affaires sorcières.
Seamus est son fils… mais pas tout à fait.
Quand il ouvre la porte : elle lui saute en plein visage, elle le mord au cœur. La ressemblance. Elle est dans la forme et la couleur des yeux, dans le dessin de la mâchoire. Elle est dans ce lobe d'oreille pas fini, dans ce port de tête, dans…
Duane tend la main.
– Duane Finnigan, enchanté de vous connaître.
L'autre hésite un instant puis accepte la poignée de main.
« Sirius Black. »
fin du chapitre
