Disclaimers: Shin Kidousenki Gundam Wing, personnages et produits dérivés appartiennent à Sunrise, Bandai, Sotsu Agency et aux parties associées.
Genre : Yaoi, univers alternatif - si vous n'aimez pas, fuyez, y a pas de Gundam là-dedans, je prends le temps de poser un univers :p, fic à 6 chapitres, pour votre confort visuel.
Rating : T, mignon, un brin chacal.
Micis ? A ceux qui m'ont laissé un petit mot et souhaité un joyeux anniversaire, c'est adorable ! (dont Dame Coquillette que je câline respectueusement de par son grade de Colonel :p)
Pour qui ? à ma Lunanamoi parce qu'elle est elle :p et un peu pour moi parce que happy b-day to me :p
Conseil : allez sur deezer .com ou sur youtube et regardez tous les clips que je préconise quand je précise les ambiances musicales :p
Mention spéciale aux douze travaux d'Astérix (Uderzo/Goscinny) : pour voir précisémment de quelle scène je parle, il faut aller sur youtube et taper la maison qui rend fou :p ça vous rappellera des souvenirs (ah les admins... XDXDXD)
Fausses notes et vrais coups de coeur
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Chapitre IV : Freeride (Hors-Piste)
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Le T Club, Paris, 02h25, le jeudi 30... ou plutôt vendredi 31 octobre 2008, salle du haut (Duo !! :p)
Ce qu'ils diffusent à ce moment-là : Soul II Soul, a night at the opera (A dream's a dream...)
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- Alors comme ça vous pourriez lire dans ma main ?
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Assis aux extrémités du canapé noir de l'enfer, légèrement tournés l'un vers l'autre.
Enfin, le pseudo groupie, qui regardait droit devant lui, venait de faire volte-face, pestant parce qu'il avait coincé un peu plus sa longue natte sous ses fesses.
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- Hein ?
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Le si neutre manager esquissa un sourire qui avait l'air sadique, les bras croisés sur sa poitrine.
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- Tout à l'heure vous disiez que vous pouviez le faire. Alors j'aimerais essayer.
- Ah, je n'y pensais plus.
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Oh, ça voulait dire que le sujet étais clos, ça.
Mais le manager ne l'entendait pas de cette oreille : il n'allait pas lâcher le sujet de conversation. Heureusement que ça lui était revenu.
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- Alors ? Vous pouvez ?
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Un sourire.
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- Je pourrais, oui, c'est complètement conditionnel.
- Ah ?
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Il reculait. Intéressant.
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- Certaines mains ne se révèlent pas vous savez. Elles sont versatiles et ont chacune leur personnalité.
- Ma main a une personnalité… ?
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Il était fou.
Complètement fou. Ou il le prenait pour un con.
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- Oui, votre corps exprime ses volontés. Quand vous avez un coup de pompe sans raison physique valable, vous ne couvez pas forcément quelque chose. C'est juste votre corps qui dit stop.
- Ma main a une volonté….
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C'était incroyable. Le manager dut toussoter un peu, parce qu'il le faisait littéralement éclater de rire… à l'intérieur.
Mais il avait l'air sérieux le pauvre.
Et il continuait, penchant son corps pour donner du poids à ses arguments puis se ravisant : il risquait de sombrer dans le canapé, sinon.
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- Cela peut être difficile à concevoir, je vous l'accorde. C'est comme les cartes.
- Les cartes ?
- Oui les tarots ou les basiques, auxquels on demande trop, pose parfois beaucoup trop de questions. On les dérange pour un oui ou pour un non – ou en l'occurrence plus souvent, un nom qui n'est souvent pas celui que l'on veut entendre.
- Les cartes ont une volonté…
- Oui, comme vous et moi, M. le manager.
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Olala…
Fêlé.
Heero décroisa les bras pour se tenir le front, sans observer le petit changement d'expression du grand gagnant.
Oh, si petit.
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- On demande trop aux cartes ? Elles peuvent faire grève, alors.
- C'est ce qu'elles font parfois, gros malin, même si c'est de manière cruelle. Même si les questions peuvent être existentielles pour ceux qui les posent.
- Les cartes peuvent faire grève… on aura tout entendu…
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Le manager toussota, essayant d'évacuer une chose qui lui était très peu arrivée.
Le fou rire.
Il commençait à avoir mal aux côtes à se contenir, à contracter ses muscles.
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- A partir du moment où l'on demande son avenir à des objets inanimés, je ne vois pas en quoi il serait difficile d'imaginer que ces mêmes objets aient un caractère.
- Ok. Je vais demander à mon mur de quelle couleur il veut que je le repeigne.
- Qui sait, il vous répondra peut-être.
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Le manager se mordit la lèvre, découvrant une rangée de dents parfaites avant de refermer la bouche, contenant son sourire et achevant de le recouvrir avec la main qui était au préalable sur son front.
On ne pactisait pas avec un suspect si de moins en moins suspect paraissait-il.
Le pseudo groupie observait, la même expression sur le visage. Expression que le manager nota cette fois.
C'était… comme si Duo Maxwell préparait quelque chose ou plutôt, comme s'il avait une longueur d'avance.
Il fallait vraiment l'observer pour le remarquer, mais le manager était physionomiste et rusé.
Tout du moins le pensait-il.
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- Mon dieu…
- « Dieu », M. le manager ?
- C'était…
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Une erreur.
Duo cette fois sourit, balayant l'excuse de la main.
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- Je sais, ce n'est pas la même chose. Mais matériellement parlant, Dieu est plus intouchable, plus intangible qu'une carte à jouer. Vous n'êtes pas d'accord ?
- Le « mon dieu » était une expression. Je suis agnostique.
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Le jeune homme haussa les épaules, ce qui fit entrevoir un peu plus de l'échancrure laissée par son t-shirt indigo au col rond évasé. Les yeux du manager se posèrent brièvement sur cette échancrure à cause du mouvement et du contraste de cette peau hâlée par les lumières avec le vêtement.
Duo reprit.
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- Vous avez le droit de ne pas croire, Bodyguard. En revanche vous ne pouvez pas dire qu'une carte à jouer est immatérielle.
- Non. Mais les vertus qu'on lui prête le sont complètement.
- Pas nécessairement. C'est peut-être ardu à concevoir, mais ceux qui manient les cartes pensent qu'elles ont une volonté, une personnalité propre qu'il faut au minimum respecter si on souhaite obtenir des réponses.
- Ben voyons…
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Maxwell prit un air pénétré alors que celui de Yuy se fit indéfinissable derrière ses lunettes sombres.
Mais dans sa tête, le manager savait bien ce qui était en train de se produire : il menacé d'être LARGUE.
OK. Il avait l'impression de chercher le laisser passer A 38 dans la maison qui rend fou. Il n'était pas au point d'être comme Obélix, mais s'il ne faisait pas attention… celui-là était un sacré morceau.
Le groupie continuait, d'un ton professoral.
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- Quand les cartes disent vrai on ne les croit pas toujours parce que les vérités font mal. C'est le syndrome de l'horoscope que l'on ignore quand il est négatif.
- Je ne lis jamais mon horoscope.
- Oui. Et vous n'avez jamais feuilleté un magazine féminin, ni ouvert un truc people même par hasard, même si ça ne présentait aucun intérêt. C'est pas parce qu'on le fait que ça nous intéresse vraiment.
- …
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Ouch.
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- Pour en revenir aux cartes, quand elles ont décidé de mentir, elles le font et ridiculisent celui qu'on prend parfois à tort pour un charlatan.
- C'est cela, oui, c'est juste une excuse pour couvrir les fesses des escrocs. Quand je jouerais au strip-poker je prendrais bien garde à ce que le roi ne croie pas que je veuille dénuder sa dame… ou son valet, histoire de ne pas froisser sa personnalité.
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Petit rire surpris de Duo
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- Je peux comprendre que ça paraisse débile. Vous êtes libre de croire en ce que vous voulez, tout comme moi.
- C'est farfelu et irrationnel. C'est destiné à soulager l'être humain de ses peines et tracas quotidiens. C'est trop dur de vivre alors on cherche le spirituel ou le mysticisme pour ne pas tout affronter seul. C'est psychologique et subjectif.
- Vous n'avez pas tort, M. le Manager.
- Ah, quand même.
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Lumière dans la nuit… ou tout du moins derrière des lunettes noires.
Mais Duo affichait un sourire plein de dents, les doigts grattant gentiment son menton.
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- Ce qui ne veut pas dire que votre raisonnement s'applique à tous les cas de figure.
- …
- Quoi que l'on dise, il y a des phénomènes qui restent inexpliqués et pour ma part je préfère une ébauche d'explication qui semble mystique justifiée par des éléments certes inhabituels…
- …
- à une explication pseudo psychologique ou scientifique basée sur un manifeste « je ne sais pas l'expliquer mais comme ça me fait peur, je vais dire que c'est scientifique ou psychologique pour noyer le poisson »
- Ce n'est pas ce que j'ai dit.
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Une main levée en guise d'apaisement, celle du grand gagnant.
Une jolie main d'homme aux longs doigts et aux ongles courts, non rongés.
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- Je ne parle pas nécessairement de vous, M. le Manager. Je pense juste que, jusqu'à preuve du contraire, affirmer que « tout » est scientifique ou dire à une personne que l'on ne connaît pas que « tout » est « dans sa tête » sans preuve, est « tout » sauf une explication.
- …
- Pour moi une explication qui concrètement n'explique rien est irrationnelle, farfelue voire débile. Mais bon, chacun voit midi à sa porte.
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Yuy plissa les yeux derrière ses lunettes noires. C'est qu'il venait de se faire traiter de con à mots couverts ou bien ?
Le manager avait pris le temps de faire ce que les physionomistes n'avaient en général ni le temps ni l'envie de faire.
Il avait pris le temps de le faire en se basant sur des postures, ses regards, ses expressions.
En l'écoutant parler.
Et ça collait de moins en moins avec le profil du voleur qui se fait prendre.
Par contre ça collait de plus en plus avec quelqu'un de beaucoup moins simple voir simplet que les apparences et les suspicions du départ l'avait laissé à penser.
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- Vous faîtes quoi dans la vie à part diseur de bonne aventure pour les copains ?
Même moment, table n°3
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Si vous n'étiez pas d'une timidité maladive, pourquoi avoir laissé ce Duo Maxwell prendre votre place ?
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Quatre n'était pas homme à paniquer même s'il avait été pris au dépourvu. Il était homme à se sortir de toutes les situations, même les plus corsées.
Son esprit avait été un peu court-circuité mais bon, les méninges s'activaient toujours. D'ailleurs elles s'étaient activées et avaient trouvé la parade.
Ouf.
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- Il ne vous est pas venu à l'esprit qu'il avait peut-être pris mon ticket par erreur ? Lui et moi avons bu la même chose, avons eu la même note, payé tous les deux en liquide…
- Ca aurait pu. Je dois dire que vous êtes bluffant. Si vous êtes amateur de poker, je suis sûr que vous êtes un joueur hors-pair. Vous devez maîtriser les parties et vos émotions dès lors que vous avez toutes les cartes en mains.
- …
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Quatre ne jouait pas au poker.
Ou plutôt non, personne ne voulait jouer au poker avec lui.
Il gagnait tout le temps.
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- Sauf que vous n'aviez pas toutes les cartes en main, n'aviez aucune idée du nombre de joueurs, encore moins de leur profil. Vous aviez donc naturellement mal évalué vos adversaires malgré eux.
- …
- Et surtout s'il était venu quelques secondes plus tôt à votre esprit que ceci aurait pu être une coïncidence et si votre visage était resté neutre à défaut de blanc, peut-être que cette même réflexion me serait venue à l'esprit. Vous avez repris une teinte normale, mais c'est trop tard.
- …
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Mais qu'il arrête de le regarder !
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- Alors bien sûr je me trompe peut-être… mais je fonctionne à l'américaine. Si vous êtes innocent, prouvez-le.
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Grand sourire de chat aux yeux verts.
Haussement de sourcil de Quatre qui trépignait intérieurement.
Qui refusait d'écouter son cœur, qui battait un peu trop fort et le sang à ses tempes qui murmurait « panique à bord ».
Prouver, prouver, prouver… mais ils s'étaient tous donner le mot ou quoi ?
Si tu n'as rien à prouver… prouve-le. Duo était le seul à avoir le droit de le faire chier !
Il avait toujours son cerveau et il s'en servirait.
Il fallait nier mais pas trop.
Trowa prit manifestement son silence pour de la gêne.
En fait, il se traitait mentalement de con dans toutes les langues qu'il connaissait.
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- Je ne…
- Oh, je vois que vous avez terminé votre café. Wu Fei ?
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Mais c'était qu'il lui coupait la parole ?
Un bel asiatique aux cheveux longs, tout de noir vêtu avec un tablier à l'effigie du T Club s'était arrêté en plein élan.
Il fit volte-face, sa queue de cheval basse fouettant Trowa dans la foulée.
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- Quoi. Je suis pressé, là.
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Quatre baissa la tête. Il allait souffrir, il le sentait.
Même moment, salle spéciale du haut.
Ce qu'ils diffusent à ce moment-là : Carlos Santana feat Jerry Wonder, G & B & Wycleff Jean, Maria Maria
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Vous faîtes quoi dans la vie à part…
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Duo éclata d'un rire surpris, les yeux brillants.
Le rire était clair, grave. Communicatif.
A quoi pensait-il ?
Le manager se trouva à demander, réprimant de nouveau le sourire qui voulait naître au coin de ses lèvres.
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- Qu'y a-t-il de si drôle ?
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Duo secoua la tête.
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- Vous venez de trouver mon petit secret sans même chercher.
- ?
- Durriken veut dire divination.
- Vous en avez de la chance. Du coup je gagne une consultation gratuite ?
- Oh, la ferme.
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Un sourire qui paraissait nostalgique, avant de poursuivre avec un petit rictus différent des autres.
Comme s'il préparait quelque chose.
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- Et pour répondre à votre question, je viens d'obtenir mon doctorat en médecine et de finir mon internat en chirurgie.
- Oh. Les illuminés ont le droit de tenir des scalpels ? Spécialité ?
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Le manager arrivait à montrer qu'il n'était pas surpris et arrivait à rebondir remarquablement alors que franchement sur ce coup-là il était dans le vent.
Il s'attendait à n'importe quel métier… ou carrément pas de métier, un trip étudiant hippie un peu stone qui va au club pour fumer tranquillement.
C'était pas le métier en lui-même, on pouvait être médecin et arnaqueur, l'un n'empêchait pas l'autre.
C'était le fait que Duo Maxwell n'était systématiquement jamais où on l'attendait.
Jamais.
C'était la énième fois qu'il le surprenait dans la soirée.
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- Chirurgie viscérale, vasculaire, pédiatrique et neurochirurgie. Mais j'ai une petite préférence pour la chir pédiatrique. J'aime aider les enfants.
- …
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Heero Yuy comprenait tout ce qui sortait de cette bouche rieuse et en même temps il ne comprenait rien.
Lui qui avait l'habitude d'avoir une fusée d'avance sur les individus, lui qui avait l'habitude de s'ennuyer ferme tombait sur un os.
Il aimait bien les os à moelle. Il allait se faire les crocs.
Et Chang qui n'en disait pas plus à son oreillette, qu'il était à deux doigts de retirer.
Il fallait arrêter les conneries, où il laisserait son esprit dans la maison qui rend fou, comme Obélix avait failli le faire.
Et le « docteur Maxwell » qui haussait un sourcil narquois.
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- Pourquoi vous me regardez comme ça ? On ne peut pas être docteur et déchiffrer les lignes de la main ? Oui, les illuminés ont le droit de tenir des scalpels.
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… Grillé. Même s'il n'avait pas prononcé la phrase, son air avait dû le trahir.
Ce n'était pas logique. Rien n'était logique. Mais ça allait le devenir.
Concrètement, il était face à un gars qui était censé tout faire pour passer le test et voir une star et qui lui disait de la fermer ou qu'il l'emmerdait et qui… s'amusait de le voir essayer de le comprendre ou tout du moins, de le suivre, d'essayer d'obtenir un laisser passer A 38.
Le manager se trouvait en présence d'un petit phénomène.
Un petit phénomène qui n'avait pas peur de ses opinions même si elles étaient peu communes, qui ne se laissait pas impressionner par son apparence glaciale, qui n'essayait pas de le soudoyer pour obtenir des faveurs.
Qui avait l'air d'en n'avoir strictement rien à faire de « la star » alors qu'il avait gagné ou tout du moins tenté de subtiliser le ticket.
Plus ça allait, plus c'était incompatible. Il allait avoir mal au crâne.
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- Ce que vous savez ou croyez savoir ne vous donne pas forcément raison, docteur Maxwell.
- Je vous retourne le compliment Mr vérité absolu, l'immatériel est « farfelu et irrationnel, destiné à soulager l'être humain de ses peines et tracas quotidiens »
- Touché.
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Le docteur Maxwell était un rubix cube. Une petite énigme colorée, un véritable casse-têtes qu'il fallait remettre dans le bon sens pour comprendre.
Il avait un physique agréable sans paraître excessivement sûr de lui.
Il avait des yeux inhabituels et une bouche aux lèvres ourlées.
Il avait dans la tête une fusée déguisée en petit vélo.
Duo Maxwell faisait penser à une parole d'une chanson.
Bittersweet Symphony, The Verve.
« I'm a million different people from one day to the next »
D'un jour sur l'autre je peux être des millions de personnes différentes.
Difficile à cerner en étant ouvert, en semblant à l'écoute.
Beaucoup avaient dû se faire semer par cet esprit feu d'artifices. Mais il avait des lunettes de soleil à toute épreuve.
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- Coulé. Aucun de nous n'a la science infuse, quelles que soient nos connaissances, on n'a jamais fini d'apprendre des autres, de la vie. Tant que nos opinions coexistent dans le respect, je peux vivre avec le fait qu'on ne soit pas d'accord, vous savez ? Et vous, M. le Manager ?
- Moi quoi ?
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C'était en se perdant un peu sur les fausses-pistes, les hors-pistes, que l'on mettait son cerveau à l'épreuve.
C'était dangereux le hors-piste, mais quand on était très bien entraîné et équipé, on pouvait s'en sortir.
Heero Yuy espérait ne pas se prendre un sapin en pleine poire, mais à présent qu'il était sur le bon chemin, il pensait appréhender la chose correctement.
L'analyse était terminée. Les premières conclusions allaient tomber.
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- Vous…
- Vous êtes tellement rusé qu'on pourrait se laisser abuser par votre bonhommie. Vous emmenez les gens exactement où vous le voulez. Vous ne semblez pas spécialement bavard, vos phrases sont en général courtes.
- ??
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Pris au dépourvu docteur Maxwell ?
En tous cas il semblait interdit. Le Freud du Showbiz poursuivit.
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- Mais dès qu'un sujet vous passionne ou vous chiffonne, vous partez très loin, sans vous perdre mais en perdant les autres et en cela vous êtes beaucoup plus malin que vous ne voulez le laisser croire.
- …
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Duo Maxwell maniait le paradoxe et retournait les situations sans détourner les propos.
Ils restaient dans le sujet tout en s'éloignant du thème principal.
Force était pour Heero Yuy de constater qu'on ne parlait plus de mains à présent.
Ou, tout du moins, on ne parlait plus de lire dans sa main.
Le docteur Maxwell était drôle, pédagogue, spontané et un peu foufou. Et carré.
Un peu trop carré dans son petit grain de folie pour ne pas savoir ce qu'il faisait.
Duo Maxwell était énergique, il rayonnait.
Duo Maxwell était une petite étoile à 5 branches dessinée à la règle.
La tête en l'air, les bras ouverts autant que son esprit, les bras ouverts parce qu'il semblait généreux aussi. Les jambes solides, stables, les pieds ancrés dans le sol.
Rusé jusqu'au bout des pointes.
Pour avoir un laisser passer A 38 il suffisait de ne plus le chercher dans un premier temps.
D'inverser la problématique.
De pousser l'autre à se questionner. De reprendre et maîtriser la conversation.
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- Vous noyez sous un flot de paroles mais je vais sortir les tubas. Puis je vais sortir de l'eau, arrêter d'essayer de vous suivre et sortir ma boussole/mon GPS parce qu'on ne va pas s'en sortir.
- Excusez-moi ?
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Il y avait un carré dans cette petite étoile, un carré qui voulait se faire passer pour un rond.
Un stratège qui voulait passer pour un illuminé.
Une étoile qui voulait la lui faire à l'envers.
Si Heero Yuy ne se fiait qu'aux apparences et qu'à ce qu'on lui avait rapporté, comme au début, il n'aurait rien vu.
Si Heero Yuy se fiait à ses observations, il conclurait que tout ceci avait l'air d'une conversation échappatoire.
S'il revenait à un détail précis, ce serait celui-ci.
Duo Maxwell avait oublié sa main, avait-il dit. Pourquoi pas.
Duo Maxwell avait oublié… qu'il n'oubliait rien et qu'il le lui avait bien fait remarquer précédemment, concernant l'arrivée de Barton qui se faisait attendre.
Donc soit sa mémoire faisait défaut, ce qui était possible…
Soit…
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- Vous êtes un sacré numéro docteur Maxwell.
- Pourquoi ? Parce que je suis plutôt structuré dans ma fantaisie ?
- Parce que toute cette conversation, si intéressante soit-elle, ne me, ne vous détournera pas de ce que je vous ai demandé, à savoir, si pouviez lire les lignes de ma main. Parce qu'il s'agit bien de noyer le poisson.
- Je ne vois pas de quoi vous parlez. J'ai répondu à votre question. J'ai dit que je pourrais le faire.
-
Soit le manager s'était fait balader parce que Duo Maxwell voulait esquiver la lecture.
Le grand gagnant avait parlé de son don juste pour le déstabiliser, parce qu'il était sûr qu'il ne lui demanderait jamais de lire dans sa main.
Il s'était gouré.
Restait la question du pourquoi.
Si c'était parce que Maxwell parlait dans le vide, il y sauterait à pieds joints.
Soit le manager avait tort et dans ce cas il apprendrait à ne pas écouter son instinct avec ce cher docteur et s'il ne pouvait écouter ni Chang, ni son instinct, alors il irait dormir très, très fort.
Oui, car son équilibre intérieur aurait été plus perturbé qu'il ne le pensait en apprenant que sa main avait une volonté.
Heero haussa un sourcil. Il aimait comprendre. Il aimait les challenges.
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- Le meilleur moyen d'y répondre est de me faire une démonstration. Nous avons vu la théorie, docteur. A présent j'aimerais passer à la pratique.
- Ne devons-nous pas rejoindre votre musicien ? Il y a combien de tout à l'heure dans une heure ?
- Vous n'oubliez rien, docteur Maxwell. Je l'avais oublié.
-
Oui ils devaient rejoindre Barton.
Oui, Duo Maxwell avait raison.
Et en même temps… Heero Yuy aussi, cela ressemblait à une esquive, surtout que les joues de celui qui ne contrôlait plus la conversation devenaient un peu rouges.
Soupir… du docteur vs sourire du manager.
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- Vous n'y croyez pas, ça n'a pas d'intérêt. Quoique je vois, je ne pourrais ni ne saurais vous expliquer les chemins de vie qui se tracent sous mes yeux. Pour ceux qui y croient et moi ce n'est pas un miracle mais pour ceux qui n'y croient pas, ça l'est. Même si les sceptiques appellent ça du charlatanisme.
- Vous ne rencontrez jamais de malades qui ne croient pas aux miracles de la chirurgie malgré les résultats, mais que l'on opère quand même ?
-
Heero Yuy aussi savait retourner les situations.
Il était entre autres ceinture noire de Krav Maga.
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- ...
- Alors surprenez-moi, docteur Maxwell.
-
Heero Yuy était en train de s'amuser.
Le dit docteur eut un rictus narquois.
-
- Plus que vous ne l'êtes déjà, Manager Yuy ?
- Plus que vous ne l'êtes vous vis-à-vis de moi, Duo.
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Le prénom revenait, car qui voulait s'approcher et comprendre devait faire tomber les barrières unes à unes sans perdre les siennes.
Heero Yuy porta la main à sa monture et la fit légèrement glisser sur son nez, offrant toute l'étendue de son regard…
Bleu. Bleu tempête sous les lumières tamisées.
Bleu de Prusse à celui qu'il avait appelé pour la deuxième fois « Duo », qui écarquilla les yeux et murmura, spontané.
-
- Vous avez des yeux…surprenants euh bleus.
- Je sais, je les vois tous les jours.
- Touché. Asshole.
-
Même si le docteur n'avait pas été jusqu'au bout de sa pensée avec ses lèvres… il y avait été avec son propre regard.
Son regard violet qui s'était plissé, avait vu, avait trouvé assez joli, peut-être même… séduisant.
Avant de reprendre une forme de masque.
Avant de sourire à la remarque du manager.
-
- Coulé. Vous n'êtes pas le seul à pratiquer le paradoxe, Duo Maxwell. Vous avez les pieds sur terre et la tête dans les airs. Je suis sceptique et je tends ma main. Alors ?
- …
-
Piégé.
Pour déstabiliser Duo Maxwell il fallait le surprendre…
Il fallait rentrer dans son jeu.
Il fallait lui rentrer dedans avec intelligence.
Il ne fallait surtout pas le prendre de haut avec ses idées peu communes, parce que c'était le meilleur moyen de le voir retourner la situation.
Non, il fallait le mettre le nez dans son caca.
Parler d'une chose sans le prouver… c'était bien farfelu dans son dictionnaire, non ?
-
- Alors ? Quelle main dois-je prêter ?
-
Duo secoua la tête presque dépité.
Il n'y échapperait pas.
-
- La gauche.
Même moment, table 3
-
Quatre essayait de ne pas se désespérer alors que Spanish Guitar avait hélé le serveur aux sourcils froncés et au physique de rêve.
Il se concentra sur les tables qui se vidaient de leurs occupants, partis se déhancher sur une musique sensuelle, une guitare muy... Santana.
Maria, Maria... aide-moi à sortir de là...
-
- Demande à ta petite femme de préparer son grand chocolat chaud à la cannelle dont elle a le secret.
- On est débordés, tu le boiras en fin de service.
-
Spanish Guitar répondit tranquillement.
-
- Boss. Dis-lui que c'est pour celui qui lui permet de partir en vacances avec toi. A ce propos je te présente officiellement blond discret aux pourboires mirifiques.
-
Quatre avait vraiment horreur d'attirer l'attention, même pour une scrutation qui ne durait que quelques secondes.
Même pour faire naître un sourire en coin et taquin sur un beau visage.
Même pour un foutage de gueule en règle presque mérité.
Après un rapide regard scrutateur puis un sourire en coin sur cette belle bouche. Hmm… marié…
-
- Ah, c'est pour lui ! Je l'avais jamais vu de près. Elle trouvera du temps. Elle rajoutera même un supplément de crème et de cannelle.
- Je…
-
Le blond le sentait mal.
Le bel asiatique fronça à nouveau les sourcils avant de l'interrompre sans ménagement.
-
- Vous n'allez pas dire que vous n'allez rien boire ? Surtout que ça vous est offert par la maison, accessoirement préparé par la patronne ?
-
Ce n'était pas une simple hôtesse ?
Et oh merde c'était le boss ?
Oh bon sang… il était vraiment à l'ouest.
-
- Non, je… patronne ?
- Quoi encore ? Vous êtes au régime ? Vous ne buvez pas de chocolat ? C'est gratuitement trop cher pour votre budget, c'est ça ?
- Non Monsieur…
- Wu Fei.
- Non Monsieur Wu Fei. Merci mais ça me gêne. Ne vous donnez pas de mal… un café sera très bien.
-
Un brun-roux qui avait l'air de s'amuser grandement décida d'intervenir.
-
- Non, vous buvez trop de café, c'est Hilde qui le dit. Un chocolat ce sera mieux. Et puis…
- Pardon ?
-
Quatre ôta ses lunettes pour les nettoyer avec la serviette en papier donnée avec le café.
Ses yeux, que Trowa voyait turquoise pour la première fois, se posèrent sans rempart sur son vis-à-vis. On pouvait s'attaquer à n'importe quoi chez Quatre. Sauf à sa consommation de café, ce liquide précieux qui lui permettait d'exécuter sa semi tonne de travail.
Les yeux bleus étaient magnifiques presque irréels. Et aussi coupants qu'un diamant.
Le brun-roux prit le temps de le regarder, de parler, s'interrompre avant de reprendre.
-
- Et puis… et puis si vous avez du mal à finir, je pourrais y tremper mes lèvres. J'adore le bon chocolat chaud et celui de la patronne est un régal…
- …
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Vous n'avez qu'à vous en commander un, il avait envie de répondre.
Mais d'une, T devrait attendre la fin de service.
De deux il devait faire profil bas, il ne perdait pas espoir de récupérer quelques cartes pour se sortir de ce guêpier.
Et ce si séduisant et caractériel Wu Fei était parti chercher la commande de toute façon.
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- Ce que je vais faire là, maintenant, tout de suite, c'est respecter mon contrat. Passer du temps avec le vrai gagnant très, voir trop discret. Nous rejoindrons celui que vous avez envoyé à votre place pour des raisons inconnues un peu plus tard, le temps de faire connaissance. Ça vous va ?
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Bien sûr que ça ne lui allait pas.
Bien sûr que Quatre avait le choix.
Mais ces yeux-la ne lui en laissaient pas.
Entre partir et expliquer - ou ne pas expliquer - les raisons et passer du temps avec Spanish Guitar…
Entre le marteau et l'enclume, il préférait le mur. Il le laissait respecter son contrat sans répondre à sa question.
Il replaça les lunettes sur son nez.
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- Ok. Je goûterai au chocolat de Hilde. Je vous remercie de votre gentillesse mais vraiment...
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Oui. Vraiment. Qu'il était chiant.
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- Je vous en prie, je suis votre prix.
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Oui, hélas.
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- …
- Alors… Ce prénom ?
Retour dans la salle spéciale, avec Heero et Duo, quelques minutes plus tard
Ce qu'ils diffusent à ce moment-là : Just A Man, I'm sorry (version slow)
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Heero redressa ses lunettes noires sur son nez avant de lâcher, ne résistant pas à l'idée de le taquiner un peu.
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- A tout hasard, vous tirez les cartes aussi ?
- Moi ? Ah, non. Mais ma grand-mère le faisait de temps en temps, d'où les connaissances. Elle faisait parler les coquines. Moi, ce sont les paumes de main qui se dévoilent quand elles le veulent bien. J'ai juste apparemment hérité de son truc. C'est elle qui a choisi mon prénom et qui m'a élevé.
- Et pourquoi être médecin au lieu de lire les lignes de la main ?
- Oh ? Parce que les lignes de la main ne soignent pas les nounours.
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Le manager essaya de ne pas sourire, essaya de ne pas se laisser attendrir, de rester neutre.
Il réussit au prix de quelques efforts.
Le docteur Maxwell expliqua.
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- Quand j'ai eu le pied cassé, mon nounours avait un plâtre. Quand j'avais un pansement sur le nez, mon nounours avait un pansement. Alors j'ai voulu apprendre à soigner mon ours tout seul pour remplacer le médecin. Puis ça s'est appliqué à mes petits camarades. Et c'est resté aux enfants.
-
Heero secoua la tête, ne voulant pas risquer de réactiver son GPS.
-
- Alors ? Que lisez-vous, à part ce qui est évident au toucher ?
-
Oui le travail manuel, le maniement des armes à feu, le fait qu'il joue d'un instrument à corde en amateur…
Maxwell le surprit en touchant à peine sa paume, se contentant de soutenir l'arrière de sa main gauche en fronçant les sourcils.
Et en faisant un petit sourire qui ne se voulait pas du tout déstabilisé.
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- Je vois… un majeur proéminent que vous avez levé bien des fois en cours malgré une éducation stricte.
- Hn.
-
C'était facile. Il se tenait très droit à la base, et il n'y avait pas 36 choses à déduire à part l'éducation ou un problème de dos.
Né en Ukraine d'une mère Franco-Ukrainienne et d'un père Japonais naturalisé Français.
Une jolie professeure de musique blonde comme les blés aux grands yeux bleu pâles avait rencontré un militaire de carrière aux cheveux et yeux d'un noir profond, au charme presque vénéneux.
Ce fut le coup de foudre.
Les douze premières années de sa vie, Heero Odin Yuy avait vécu au rythme des bases sur lesquelles travaillait son gradé de père : Russie, Japon, Burkina Faso, Allemagne et enfin la France, quand sa mère en avait eu assez de devoir quitter nouveaux amis et travail, de chambouler sa vie à chacune de ses destinations.
Le major Yuy n'était pas un homme mauvais. Il était juste extrêmement rigoureux, droit et froid.
Et il avait transmis cette droiture et cette froideur à son fils unique, autant que son charisme, le pli de sa bouche et la forme de ses yeux.
Mais il avait pris sa haute taille, la couleur bleu impossible, la chevelure, les pommettes hautes et les lèvres pleines de ses ancêtres caucasiens.
Les charlatans aimaient bien lâcher des généralités que chacun prenait pour soi.
Mais Maxwell continuait.
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- Je vois… que vous jouez… que vous avez joué d'un instrument à corde.
- Et vous avez trouvé ça tout seul ou c'est ma main pleine de volonté qui vous l'a dit ?
-
Duo rit doucement, concentré.
-
- Vous avez surtout de la corne aux doigts. Pas qu'à cause de la musique d'ailleurs…
-
Le père du manager avait une idée précise du sens du devoir et avait pour ambition de faire de son fils un homme utile à son pays d'adoption. Un militaire, comme lui.
Seul ce corps de métier avait une valeur à ses yeux. Avec tout ce qui touchait à la médecine, mais il pensait que son fils n'en avait pas les capacités.
-
- Je vois… un couteau dans votre main.
- Je mange tous les jours, merci et pas qu'avec les doigts.
- Imbécile.
-
Un petit haussement d'épaules qui bouge légèrement la main déchiffrée.
Un claquement de langue désapprobateur du grand gagnant, avant que le manager réponde, une pointe de sarcasme dans la voix.
-
- C'est vous qui « voyez », docteur Maxwell.
-
Le dit docteur ne put s'empêcher de sourire à la remarque caustique à souhait, si typique… de l'homme qu'il « connaissait » depuis une bonne demi-heure.
Le léger sourire du docteur se figea et il sembla retenir son souffle. L'image du couteau se faisait plus précise, plus percutante.
Plus tranchante. Un accident.
Son expression changea et son regard derrière les verres sembla se voiler légèrement.
Ses yeux se plissèrent et il murmura, dans ses pensées, comme en semi transe.
Il se passait quelque chose d'étrange.
-
- Ca me ferait mal de ne plus pouvoir pratiquer. De ne plus pouvoir opérer. I'm sorry...
-
Le docteur lui avait parlé naturellement en anglais, sa première langue maternelle et pourtant elle lui venait de son père.
Son accent, à peine à la surface quand il parlait français, était venu chatouillé sa voix grave.
Son ton s'était fait plus doux, comme si les émotions s'écoulaient plus facilement dans une langue réputée glacée.
Lui qui n'avait presque touché jusque là que l'arrière de la main du manager se mit à l'envelopper doucement de ses longs doigts, les refermant sur toute la longueur de l'index.
La main du manager, à l'horizontale pour la lecture, complètement allongée sur la paume du docteur, qui était à la verticale.
Le manager eut un mouvement de recul et faillit ôter sa main comme si elle avait été brûlée.
C'était impossible. Cela remontait à près de 8 ans à présent.
Ce n'était pas que Heero avait oublié, non. Il en avait pris son parti, appris à vivre avec.
Appris à être heureux sans.
Sans son don.
Ce n'était qu'une coïncidence même si son cœur battait à peine plus vite, même si la main entourant la sienne était brûlante quand ses doigts se glaçaient de l'intérieur.
Cela pouvait être incompréhensible pour qui ne connaissait pas son histoire.
Quand quelqu'un vous lisait l'avenir, on essayait de rattacher ou détacher ce qui était dit des propres événements de son existence.
Sauf que même si le manager avait vraiment voulu tout détacher… il ne pouvait que rattacher et se rappeler.
Le manager était un homme comme les autres, avec un destin assez peu ordinaire.
Le pouce du manager vint inconsciemment se poser sur l'auriculaire du docteur qui resserra un peu plus ses doigts, tout aussi inconsciemment.
I am just a man... please give me your hand....
Retour à la table 3
-
Alors, ce prénom ?
-
Quatre secoua la tête dans le vrai chocolat onctueux que l'on venait de lui apporter.
Il était délicieux il fallait le reconnaître.
Et il sentait bon…
Il se passa la langue sur la lèvre et répondit, jouant le jeu.
Essayant de gentiment se sortir de ce rêve éveillé qui avait des allures de doux cauchemar.
Croisant les doigts pour que Duo arrive (bordel de merde)
-
- Quatre.
- Quatre quoi ?
- Juste Quatre.
- Comme le chiffre ?
- Non, comme les Quatre Fantastique.
-
Et non ce n'était pas une blague.
Et rien qu'à voir la tête de Spanish Guitar… il ne devait pas avoir l'habitude d'être pris au dépourvu.
C'était très drôle.
A côté de ça, l'histoire de Quatre n'était pas banale.
-
- …
- Ma mère plus jeune était une excentrique finie férue de comics. Elle a décidé qu'elle ne pouvait pas trancher entre ses héros préférés.
- Ah ?
- Oui. Elle devait choisir entre Ben, Reed et Johnny. Elle a choisi Quatre.
- Elle aurait dû choisir Trois, non ?
-
Haussement de sourcil blond.
Aucune logique.
-
- Vous connaissez vous, les 3 Fantastiques ? Et puis ça vous aurait fait de la concurrence.
-
Trowa n'y tint plus.
Il rejeta la tête en arrière et éclata de rire.
-
- Touché. Elle aurait pu vous appeler la Chose aussi.
- C'est sûr que petit j'étais chauve, orangé avec les yeux tous bleus. Ça aurait pu jouer.
- Oui, ça aurait pu.
-
Et Trowa riait encore.
Quatre poursuivit, essayant de se concentrer sur son chocolat.
C'était perturbant de l'entendre à répétition, de le voir bien en face.
Vraiment perturbant.
Ça perturbait son coup de foudre musical et physique.
Alterrait son syndrome.
Faussait ce qui était déjà faux.
En mathématiques moins + moins = plus.
Quatre ne voulait pas tomber plus bas qu'il ne l'était.
Quatre ne voulait pas tomber… un peu plus sous le charme.
Il voulait juste que le temps s'arrête mais il filait et sa langue se déliait.
Il voulait juste ne pas le connaître, ne pas se dévoiler.
Il voulait qu'ils restent des étrangers.
Et Spanish Guitar voulait qu'il reste, tout court.
-
- Mon père voulait me transmettre son prénom alors ils ont coupé la poire en deux. Ma mère était très déçue de ne pas pouvoir m'appeler Quatre Fantastique. Mais bon, ça aurait pu me donner un ego surdimensionné.
- Je pense surtout que vous l'avez échappé belle. Je vois d'ici les commentaires à l'école ou dans votre profession.
- Quatre, Quatre Fantastique, Quatre Filles du Docteur March, la pizza Quatre saison – Ou Samouraï Pizza Quatre… dès qu'on entend « Quatre » on s'en fout du reste. Ça aurait rien changé à la connerie des autres !
-
Sourire.
-
- Avouez que vous êtes soulagé qu'on ait arrêté le massacre.
- Ca n'aurait rien changé. Mais j'avoue.
-
Un autre sourire. Il pouvait bien avouer ça.
Et avouer à demi-mots autre chose.
Mais ce serait la seule chose qu'il avouerait de la soirée.
-
- Maman a pu conserver Quatre, mon père a eu son Raberba et tout le monde était content.
- …
-
Rabaquoi ?
-
- Et je vois dans vos yeux que vous vous posez la question. Raberba n'est pas une lubie. Il paraît que c'est Perse. C'est surtout le prénom de mon père et il a voulu transmettre. Il est moitié iranien.
- Et l'autre moitié, c'est quoi ?
- C'est anglais.
- Je peux ? J'ai soif.
- Oh, allez-y.
-
Trowa attrapa la tasse de chocolat chaud, effleurant les doigts de Quatre au passage, qui ne fit aucun mouvement pour se dégager, pour ne pas donner l'impression d'être gêné plus qu'il ne l'était. Ou piégé.
De l'extérieur tout était normal, sous contrôle. Quatre était victime d'une erreur et en se comportant normalement il levait tout soupçon.
De l'intérieur ce n'était pas la même chanson, le rythme cardiaque du blond augmentait rien qu'en regardant Spanish Guitar avaler une longue gorgée du breuvage crémeux en fermant les yeux.
Lorsque le regard vert apparut de nouveau ce fut pour déclarer :
-
- Votre père devait vraiment l'avoir dans la peau.
- Mon père en aurait entendu parler – ou se serait fait démolir - s'il s'était rétracté en me déclarant ! Elle avait beaucoup de caractère pour ses 17 ans. Il en avait 18 à cet âge, un an ça change la vie. Dans la réalité on sait bien que non.
- Oh ?
-
Sourire.
C'était difficile de ne pas parler quand quelqu'un vous encourageait subtilement à le faire.
En posant les coudes sur la table, forçant gentiment à faire un peu de place.
En inclinant la tête sur le côté, l'air intéressé.
Cet artiste s'intéressait vraiment aux gens…
Ou il était intéressé par lui.
-
- Oui, je suis le fruit d'un petit coup dans les chaussettes. Finalement j'ai de la chance, j'aurais pu m'appeler « Deux secondes de Plaisir pour en arriver là » Deux secondes de plaisir, pour les intimes.
-
Grand éclat de rire.
Celui-là était vraiment, vraiment très drôle, Trowa le trouvait drôle.
-
- … C'est une manière de voir les choses…
- C'est surtout ce qu'elle a dit à mon père en accouchant. J'aurais pu aussi m'appeler « Je ne peux pas pousser plus Connaaaaaard ». A la réflexion on aurait pu tous porter le même prénom.
- Elle ne manque pas de caractère.
- Non c'est sûr. De toute façon il en fallait pour élever sa portée et son mari.
- Et le mari il en pense quoi ?
-
Il relançait la conversation sans se forcer. Il le rendait nerveux.
Quatre souleva gentiment sa fesse pour récupérer quelques clopes misérablement écrasées dans sa poche latérale.
Il porta une des cigarettes à ses lèvres, essayant tant bien que mal de trouver un briquet…
Quand il y avait une petite bougie rouge devant lui, à laquelle il ne pensait pas.
Mais son vis-à-vis, si.
Il tendit la bougie vers lui et Quatre pencha la tête, remerciant d'un sourire occupé par le filtre.
Le blond prit une bouffée et l'expira doucement.
-
- Attention, c'est la troisième, Quatre.
- Oh ? Dans ce cas je vais la savourer.
-
-
Tzusuku
Happy bday to me avec un peu de retard !
J'espère que ça vous aura plu, surtout à toi ma Lunanamoi ! Merci d'être toi, merci pour tout, ce séjour a été un joli cadeau d'anniv'. La suite ? Bonne question (:p)
Mithy Mini Globetrotter ¤ rentrée de Suisse mardi, objectif Moselle fin Novembre :p ¤
