Disclaimers: Shin Kidousenki Gundam Wing, personnages et produits dérivés appartiennent à Sunrise, Bandai, Sotsu Agency et aux parties associées.
Genre : Yaoi, univers alternatif - si vous n'aimez pas, fuyez, y a pas de Gundam là-dedans, je prends le temps de poser un univers :p, fic à 6 chapitres, pour votre confort visuel.
Rating : T, mignon, un brin chacal.
Micis ? A ceux qui m'ont laissé un petit mot et souhaité un joyeux anniversaire, c'est adorable ! (dont Dame Coquillette que je câline respectueusement de par son grade de Colonel :p)
Pour qui ? à ma Lunanamoi parce qu'elle est elle :p et un peu pour moi parce que happy b-day to me :p
Conseil : allez sur deezer .com ou sur youtube et regardez tous les clips que je préconise quand je précise les ambiances musicales :p
Fausses notes et vrais coups de coeur
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Chapitre V : Let's dance (et non ça ne vient pas de l'immense David Bowie :p)
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Le T Club, Paris, 02h40, le jeudi 30... ou plutôt vendredi 31 octobre 2008, salle du haut (Duo !! :p)
Ce qu'ils diffusent à ce moment-là : John Lee Hooker (Boom Boom)
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La réflexion du docteur avait plongé le manager dans ses souvenirs, comme on s'élançait sur un immense toboggan de piscine sans savoir quelle profondeur elle avait.
Ou plutôt, en en ayant oublié la profondeur.
Le contact avec l'eau était habituel mais l'étendue bien trop grande, le fond… mais où était le fond ?
Pendant les quelques secondes où l'on perdait ses repères, où l'on n'avait pas pu anticiper, on pouvait être dans un état de panique, le cœur battant à en faire mal.
On pouvait même avoir l'impression de se noyer et si on ne se reprenait pas... Mais Heero Yuy n'était pas homme à se noyer dans ses réminiscences. N'était pas homme à se noyer tout court.
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- C'est…
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Le docteur parlait et le manager pensait.
Si doué qu'il était en tout, Heero ne s'intéressait vraiment qu'à une seule matière : la musique.
Même si elle ne rapportait aucun point au brevet des collèges.
Sa mère, Sasha, lui avait transmis cette passion que son père avait pris à tort pour une lubie.
Après plusieurs essais infructueux avec divers instruments, il finit par trouver celui qui lui correspondait. Celui qui le touchait et qu'il avait envie de caresser, gratter, pincer doucement, qui lui permettait de s'exprimer dans un langage codé, compris de lui seul mais qui semblait touchait son auditoire.
Comme il ne demandait jamais rien et ne posait pas de problèmes, le manager eut l'autorisation de pratiquer la guitare, du moment que ses résultats scolaires n'en pâtissaient pas.
Et il pratiquait des heures et des heures durant. Il était doué.
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- C'est votre main droite…
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Et le docteur tenait et regardait sa main gauche.
Maxwell ne pouvait pas savoir, n'avait pas pu voir sa main droite. N'avait pas pu voir sa cicatrice.
Et pourtant il tombait juste. Le manager n'y croyait pas mais il le vivait.
Heero Yuy nierait plus tard l'étrangeté de la situation, cette sorte de réconfort que lui apportait ces doigts sur les siens, cette voix qui parvenait à ses oreilles même de manière lointaine.
Ce baume sur cette ancienne brûlure qui se ravivait au souvenir aussi douloureux que doux.
A l'heure d'entrer au lycée le manager avait demandé à ses parents de l'inscrire dans un lycée disposant d'une section musique pour passer cette matière au bac.
C'est dans ce même lycée qu'il avait rencontré un virtuose de la guitare, Trowa Barton.
Il avait 15 ans, jouait de la gratte pendant les permanences quand d'autres révisaient leurs cours et n'avait pas peur de ses sourcils froncés et de ses bras musclés par le jiu jitsu.
Il devint son meilleur ami. Ensemble ils se perfectionneraient et avec beaucoup de travail, intégreraient un groupe. Et ils vivraient de leur passion. Du moins c'était ce qu'ils avaient prévu.
Un moment ils crurent qu'il y avait un plus que de l'amitié entre eux, mais ça leur passa rapidement, avec leurs premières expériences personnelles.
Ils étaient des ados comme les autres, avec des jolis rêves et pour leur part, du talent, même s'il fallait en plus un sacré facteur chance.
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- C'est votre main droite qui a été plantée.
Pendant ce temps-là, une certaine personne passait plus de temps avec le vrai faux gagnant qu'avec le faux vrai gagnant.
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- De quoi on parlait déjà ?
- Hm ? Ah oui de mon père.
- Oui. Je me demandais ce que pensait le mari de sa situation somme toute difficile d'aîné des enfants de sa femme.
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Quatre écarquilla les yeux avant d'éclater de rire franchement, au point d'en tousser un bon coup, d'avoir les yeux qui piquent et de devoir ôter ses lunettes.
Spanish Guitar avait une sacrée manière de poser les choses.
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- Le mari a la paix depuis un peu plus de 10 ans.
- Ah ?
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Quatre prit une bouffée avant de poursuivre, relâchant la fumée lentement.
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- Ma mère a fait une crise de la trentaine qui ressemblait à une crise de la quarantaine sans voiture de sport ni jeunisme patenté. Elle a décrété, je cite qu'« après 6 enfants et 16 ans de bons et loyaux services à se coltiner une belle-famille friquée qui la haïssait et aidait au lance-pierres jusqu'à ce qu'il y ait assez d'enfants pour obtenir une petite aide de l'état », il était temps qu'elle « ait du temps pour elle avant d'exploser ».
- Comme ça ?
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Le musicien avait claqué des doigts.
Le contrôleur de gestion fit de même pour étayer son propos.
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- Comme ça. Du coup elle a pris son courage à 2 avocats et elle a divorcé. Depuis, avec l'argent du divorce, elle fait le tour du monde et s'occupe d'associations caritatives.
- Ça a du être dur pour vous.
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Quatre eut une réflexion qui aurait pu sembler étonnante.
Le musicien sirotait le chocolat fumant alors que son vis-à-vis se concentrait sur sa cigarette.
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- J'avais 16 ans, pas 8. Les jumelles en avaient 15, le cadet, 14 et les jumeaux, 12.
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Dit comme ça…
Mais deux paires de jumeaux ?
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- Wow elle n'a vraiment pas chômé…
- Des jumeaux des deux côtés de la famille, ils étaient cernés.
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Le musicien se demandait si Quatre ne faisait pas un peu de stand-up.
Il avait une manière si anecdotique d'expliquer son parcours…
Ça n'avait pas dû être rose tous les jours, mais il avait l'art et la manière de ne pas mettre mal à l'aise.
Ça n'avait pas l'air de déranger le blond de répondre alors tant qu'il baissait un peu sa garde… autant en profiter un peu.
Et relancer la conversation. Et poser des questions.
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- Et ils avaient des prénoms particuliers aussi ?
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Quatre renifla.
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- Vous voulez dire à coucher dehors ? Des comics maman est passée à Disney. Dans l'ordre de naissance Belle et Jasmine, Taram, Aladin et Aurore. Marrez-vous.
- Avouez que vous étiez jaloux des prénoms « traditionnels »
- Grave comme qui dirait. Mais bon, j'aurais difficilement supporté de m'appeler Mickey Mouse.
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Le musicien but une gorgée du chocolat crémeux et essaya de ne pas s'étouffer de rire avec.
Quatre tira une latte, la savourant doucement, relâchant la fumée avec une grâce toute masculine, alors que Spanish Guitar ne le quittait pas des yeux.
Puis il ajouta, tapotant la cigarette au dessus du cendrier.
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- Et pour répondre à votre question initiale, ça n'a pas été aussi dur que ça peut l'être parfois. Après tout, notre mère n'avait pas abandonné ses droits parentaux, ne nous avait pas laissé dans la rue. Elle a divorcé de notre père, pas de nous. Elle a annoncé les choses de manière franchement maladroite mais on a pu s'expliquer avec elle, heureusement.
- Tous les enfants ne vivent pas la séparation de la même manière.
- C'est sûr.
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Le musicien reprit une gorgée de chocolat avant de reprendre, ses yeux verts calmes et curieux.
Juste curieux, intéressé. Qui ne jugeait pas, essayait de comprendre et donnait son opinion.
T poursuivit.
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- Honnêtement je n'aurais pas pris ça avec autant de détachement que ma mère nous quitte pour faire le tour du monde et s'occuper d'inconnus. Mais alors pas du tout.
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Ça avait le mérite d'être franc, sans détour.
Sans apitoiement non plus, cet apitoiement agaçant qu'il rencontrait les rares fois où il racontait son histoire.
C'était assez déroutant d'avoir face à soi quelqu'un qui donnait son opinion sans esclandre, qui ne prenait pas les armes pour un combat obsolète car vieux de 10 ans, un combat qui n'était pas le sien.
C'était… reposant de pouvoir en parler tout court.
Quatre hocha la tête.
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- Je vous l'accorde. A l'époque notre mère était psychologiquement trop à bout pour s'occuper de nous comme elle l'avait toujours fait. Et elle ne voulait pas nous arracher à notre environnement.
- …
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Les inconnus pouvaient avoir ce don d'écouter sans juger qui s'apparente à du détachement mais qui n'en est pas vraiment.
Cette écoute que les amis peuvent apprendre à avoir à force de disputes, d'indignation et de discussions où l'on apprenait à parler avec son cœur mais aussi avec sa tête pour se faire comprendre sans s'imposer.
Pour apprendre que parfois une écoute est plus utile qu'un conseil, ou tout du moins, fait plus de bien.
Et Quatre de continuer à parler, à expliquer sans s'expliquer, parce qu'il n'avait pas à le faire. Il ne devait rien à personne.
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- Et puis elle ne nous a pas confié à un ogre, mais à notre père. Elle était présente pour nous, même si ce n'était pas parfait, même si elle était loin.
- …
- Et cet éloignement lui a apparemment permis d'aider d'autres aussi, plus démunis que nous. En étant loin elle est restée proche de nous. C'est difficile à concevoir mais c'est peut-être la décision la plus courageuse qu'elle ait jamais prise, même si elle s'est mis bon nombre de personnes à dos.
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Spanish Guitar le regardait avec de plus en plus de curiosité, savourant le chocolat chaud.
Ce Quatre était vraiment un spécimen. Drôle, faisant preuve d'un recul dont peu seraient capables sur une histoire somme toute particulière.
Définitivement intriguant.
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- Vous avez une manière singulière de vivre les choses. Vous n'êtes pas banal.
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Quatre haussa les épaules, sincèrement surpris.
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- Pas banal, moi ? Oh, je ne pense pas. J'étais déjà grand quand elle a divorcé, ça a pu aider. Et puis j'étais l'aîné, je ne pouvais pas non plus partir dans tous les sens.
- Peut-être. Certains ne se seraient pas gênés ou n'auraient pas pu faire autrement.
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Quatre hocha de nouveau la tête avant de tirer encore un peu sur sa cigarette. Puis il poursuivit.
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- Le monde est cliché. Si j'avais dit que mon père avait laissé la garde à ma mère, on aurait trouvé ça triste mais habituel. Que le contraire se produise lui vaut encore aujourd'hui de se faire traiter de mère indigne, de lâche à demi mots.
- ...
- Je comprends qu'on n'approuve pas le comportement de ma mère ou de mon père. Nous n'avons rien approuvé, nous nous sommes contentés de vivre et de nous adapter. En revanche, je ne comprends pas qu'il y ait deux poids, deux mesures.
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Spanish Guitar secoua la tête d'un air absent.
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- La société est ainsi faite.
- La société est hypocrite. Les hommes ont le droit de partir. Les femmes ont le droit de mentir. Parfois les moules sont faits pour être cassés.
- Parfois, oui. Ca a quand même dû changer beaucoup de choses chez vous ? Dans l'organisation.
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Quatre tira à nouveau sur sa cigarette, se laissant le temps de la réflexion avant de répondre.
Salle du haut, même moment
Ce qu'ils passent à ce moment : Tori Amos, Crucify
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Le lycée de musique n'avait pas du tout été du goût de Takeshi Yuy, qui voulait voir son fils faire ce qu'on appelait à son époque une école militaire.
Heero obtint de finir ses études secondaires où il le voulait s'il promettait de faire une classe prépa dans un lycée dit « de la défense », pour augmenter ses chances d'entrer sur concours dans une prestigieuse école militaire.
Heero… accepta, au grand étonnement de tous, en particulier de sa mère qui lui avait demandé si c'était vraiment ce qu'il voulait.
Il avait dit oui.
Il avait menti. Pour ne pas ajouter à la tension entre ses parents, qui allait crescendo depuis que son père était revenu blessé et retraité d'office d'une mission humanitaire en Irak.
Si l'ex major Yuy n'avait pas exercé une sorte de chantage affectif, s'il n'était pas revenu meurtri, Heero aurait sans doute eu une vie différente.
Trowa fut désolé, révolté, mais respecta sa décision – que pouvait-il y faire. Son ami voulait juste ne pas le perdre de vue, qu'il reste en contact avec lui. Ils voulaient vivre leur rêve ensemble malgré tout. Même si ce serait différemment.
Même s'il ne jouerait plus autant, même si ce ne serait plus tout à fait pareil.
Même s'il perdait en pratique et qu'il perdrait ce surnom de…
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- Guitar Heero ? C'est mignon…
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Mais le manager n'entendait pas le commentaire, le sourire doux et le regard moins... clinique. Moins détaché. Beaucoup moins ironique.
Tout comme Duo Maxwell ne voyait pas tout avec précision.
Il avait juste quelques flashs. Concrètement depuis le début il avait entendu un surnom et vu une lame dans une main.
Des images qu'il devait réorganiser et analyser. C'était en cela que, si les images étaient réelles, les interprétations devenaient subjectives. Que ce qu'il voyait était « dans sa tête »
La main était plantée et bien plantée. Duo n'avait pas vu les circonstances. Il ne les verrait pas forcément.
Duo secoua la tête, déterminé à sortir de sa transe. Il essaya de détacher sa main de celle du manager et avait presque complètement réussi à s'éloigner… mais celui-ci avait doucement, presque instinctivement resserré les doigts sur son pouce.
C'était comme s'il se servait de la main du docteur comme d'un point d'ancrage pour revenir dans la réalité.
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- Allo ?
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Après deux années de prépa et deux premières années passées dans une prestigieuse école de défense, Heero fit presque malgré lui le constat qu'il appréciait cette ambiance, ce cadre si particulier.
Il arriva même au point de considérer que cette expérience s'avèrerait enrichissante pour lui.
Même s'il ne pouvait vraiment pratiquer sa guitare qu'en période de « vacances ».
Et puis, l'une des choses positives à ce moment-là était qu'il s'était bien rapproché de son père, que celui-ci était moins aigri de se sentir « inactif » et « inutile » à sa patrie d'adoption.
Le manager ne regrettait pas ce rapprochement même si celui-ci allait lui coûter très cher.
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- Vous m'entendez ?
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Non, Heero n'entendait pas, il revivait le pire moment de sa vie.
Lors du maniement de son sabre baïonnette d'apparat pour un défilé de 14 juillet, un bleu avait fait un faux-mouvement et la lame s'était plantée directement dans sa main droite.
La lame était ressortie, diminuant sa dextérité de 10 % sur cette main.
Et c'était déjà trop quand on maniait des armes, même s'il était presque parfaitement ambidextre.
Ce qui l'avait plus ou moins officieusement réformé d'office pour les postes de terrain si chers à son père très « le terrain, sinon rien », même s'il était sorti diplômé, presque major de sa promotion. Trop de « presque », hélas.
Ce qui avait définitivement empêché Heero Yuy d'envisager être plus qu'un guitariste amateur, alors qu'il avait le potentiel pour être pro. Il n'était pas ambidextre en guitare, malheureusement.
Il avait « perdu la main ». Définitivement
D'accord, il n'avait plus l'intention d'en faire son métier, mais c'était choisi.
Et cet accident lui ôtait tout contrôle.
Il n'avait pas pleuré mais il en avait eu très envie.
Même moment, salle-lounge du bas
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- Ca a quand même dû changer beaucoup de choses chez vous ? Dans l'organisation.
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Quatre sembla peser la question avant de donner son point de vue.
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- Pas vraiment. Avant c'était mon père qui n'était jamais là, débordé qu'il était à enchaîner les boulots.
- …
- Après, ça a été ma mère qui a été absente. Ça ne changeait pas grand-chose à notre quotidien. On ne s'est pas élevés seuls ce serait mentir. On a juste pris des habitudes. On n'était malheureux ni dans l'une ni dans l'autre situation.
- Vous étiez courageux.
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Quatre ne se pensait pas courageux. Il n'avait rien eu à sacrifier.
Passer du temps avec sa famille, rester soudé et aider au mieux les plus jeunes à réussir, à faire leur devoir quand il les comprenait ou demander à Duo un coup de main quand il était plus fort.
Essayer de faire que ses petits frères et sœurs ne fassent pas de bêtises ou les guider, leur expliquer au mieux quand c'était plus grave.
Leur donner deux paires de claques quand ils dépassaient les bornes. Ce n'était pas un sacrifice, ça.
La chose la plus difficile avait été de les voir grandir. Ils avaient chacun leur vie mais étaient restés unis.
Et c'était une chance. Peut-être que les plus jeunes s'étaient sentis courageux, il ne pouvait pas parler, ressentir à leur place. Ce n'était pas comme s'ils avaient parlé courage entre eux, trop occupés qu'ils étaient à réorganiser leur vie.
Quatre tira une dernière latte avant d'écraser sa cigarette dans le cendrier.
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- Je ne dis pas que ça n'a pas été difficile, parfois, ni qu'on n'en a pas un peu souffert par moment, quand pour certaines réunions on demandait un père ou une mère et que l'on voyait débarquer l'aîné des frères.
- ...
- Je ne dis pas non plus qu'avoir des parents qui pourraient presque être mes grands frères a été de tout repos à gérer, surtout avec nos caractères.
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Tout au plus s'il l'admettait du bout des lèvres.
Mais avec cet inconnu, curieusement, il savait qu'il pouvait donner son opinion sans avoir un regard de chien battu en retour.
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- Mais dans l'ensemble ça a été. Papa a pu péniblement gravir les quelques échelons d'une toute petite structure et arriver à un poste suffisamment important pour lui permettre de rentrer plus tôt… avec du travail à la maison par-dessus la tête. D'ailleurs c'est peut-être de lui que je tiens mon addiction au travail.
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Quatre recommençait à sourire avec un peu plus de sincérité.
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- …
- On a eu de la chance. Tout comme maman a eu de la chance que malgré le lavage de cerveau de la famille et les circonstances – et oui, dans cet ordre - on prenne les choses avec philosophie. Tout comme on a eu de la chance de l'avoir elle.
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Sourire.
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- Et aujourd'hui ça se passe comment ?
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Les yeux de Quatre semblaient nostalgiques derrière les verres.
Le musicien lui tendit le chocolat.
Quatre voulut refuser mais il le lui mit dans les mains en touchant les siennes au passage.
Les yeux verts murmuraient : « buvez ou je le dis à Hilde »
Quatre but une gorgée.
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- Franchement ? On s'entend mieux avec elle depuis qu'elle ne se sent plus... depuis que ça va.
- Il faut reconnaître que c'est plus facile d'être mieux avec les autres quand on est mieux dans sa tête.
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Yeux bleus qui s'illuminent, c'était vraiment rare que ses interlocuteurs ne tombent pas dans la pitié ou dans l'indignation pure les rares fois où il racontait son histoire.
Quatre souleva sa fesse pour reprendre une cigarette et l'allumer tout seul dans la petite bougie.
L'expression du musicien se fit cette fois insondable.
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- C'est exactement ça.
- Et puis gérer les comptes de la famille aura peut-être fait naître votre vocation.
- Je me suis fait la réflexion il y a peut-être deux minutes.
- Les grands esprits se rencontrent.
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Quatre secoua la tête, dépité.
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- Comment ai-je pu vous raconter tant de choses. Je ne suis pas si bavard d'habitude.
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- Vous n'êtes pas bavard. Vous n'avez juste pas l'habitude de parler. Quelques anecdotes échangées autour d'un chocolat ne font pas de vous un rabatteur d'oreilles.
- Peut-être un rabat-joie. Je suis désolé de m'être épanché.
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Spanish Guitar balaya l'affirmation de la main.
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- Vous ne vous êtes pas épanché, je vous ai posé des questions et vous y avez répondu. Et si ça peut vous consoler, j'ai ramé pour ça.
- Je vous ai tendu la rame. Vous devez avoir les bras musclés à force.
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Spanish Guitar releva doucement la manche de sa chemise et fit jouer ses biceps en jouant des sourcils, arrachant un rire aussi rauque que bref à Quatre.
Le pauvre faillit s'étouffer avec la fumée.
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- Une conversation se fait à deux, Quatre. Je vous ai donné les noms des chiens de mon enfance, je vous rappelle.
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Quatre sourit doucement, toussotant une dernière fois avant d'aspirer à nouveau la fumée.
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- Vous êtes gentil ou vous êtes fatigué. Non, je suis fatigué.
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Quatre regarda discrètement sa montre.
Il commençait à se faire vraiment tard.
Plus besoin d'excuses, il avait largement dépassé son heure.
A côté de ça... ils n'en étaient pas à échanger les numéros de téléphone non plus.
C'était resté profondément à la surface, avec une petite touche d'intime.
C'était une conversation de pub, ou de club, une jolie complicité.
La réalité n'avait pas dépassé la fiction contrairement à sa petite peur initiale.
Il ne viendrait pas deux semaines d'affilée, histoire que ça se tasse, histoire que Spanish Guitar parle à quelqu'un d'autre.
Quatre ne se sentait pas inoubliable, non, il savait comment ça se passait. Il savait que les affinités d'un soir ne se renouvelait ni se vérifiait forcément.
Il y avait de très fortes chances pour que le lendemain, Spanish Guitar l'oublie.
Rien de tout ça. Quatre avait juste envie de reprendre un peu le contrôle, de retomber dans son boulot, dans sa vie.
Il ne regrettait pas d'avoir parlé à sa parenthèse maintenant.
Il voulait juste la laisser se refermer, si sexy et intéressante soit-elle.
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- Je vous ennuie à ce point ?
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Le Winner eut la décence de sursauter.
Salle Spéciale du haut ( Duo !! :p) même moment
Ce qu'ils passent en ce moment : Steve Miller Band, The Joker
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- Hey ?
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Takeshi Yuy estimait que malgré son mini handicap, son fils pouvait demander une affectation dans l'armée, même si ce ne serait pas sur le terrain.
Heero, estimant qu'il avait assez sacrifié même s'il ne prononça jamais le mot devant son père, refusa.
Son père pensait qu'il perdait son temps, qu'il valait mieux qu'il fasse...
Et le manager avait répondu qu'il vivait pour lui, qu'il était assez grand.
L'internat lui avait permis de prendre son indépendance, de grandir.
Il disait non et c'était comme ça et pas autrement.
Depuis, seule la mère de Heero lui parlait. Son père ne lui adressait plus la parole, mais Sasha affirmait qu'il demandait des nouvelles à demi mot.
C'était il y a 5 ans. Heero en a pris son parti, tout en laissant une petite porte ouverte.
Il ne la pousserait pas plus.
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- Heero ?
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Duo, qui ne savait pas quoi faire devant le visage livide de son vis-à-vis, commença à regretter d'avoir lui. A aucun moment il n'avait voulu le mettre mal à l'aise ou plutôt, pas de cette façon-là.
Il afficha un visage désolé alors qu'il laissa sa paume reprendre sa position initiale, enveloppant, serrant inconsciemment un peu plus la main dans la sienne.
En signe de réconfort silencieux, quel que soit ce qui traversait la tête du manager, cet homme arrogant aux yeux froids mais au regard à la neutralité presque douce.
Des yeux filets de pèche mais le docteur n'était pas un poisson.
Duo avait bien un don, mais il n'était pas télépathe.
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- Heero…
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Heero aurait pu être artificier, aurait pu avoir un salaire impeccable. Mais il avait choisi de rejoindre un Trowa à peine sorti du conservatoire pour reprendre leurs rêves là où ils les avaient laissés.
Malheureusement le talent et la tchatche ne payaient pas toujours ou tout du moins pas tout de suite, après moults boulots alimentaires, ils se retrouvèrent au chômage avec trois loyers de retards ; ils vivaient ensemble dans un deux-pièces par envie et par pas-le-choix.
Ce jour-là, Heero était en costume gris, très classe : il venait de se faire refuser un emploi de videur de boite simplement parce qu'il n'avait pas l'expérience.
Son bac+5, ses études dans une prestigieuse école militaire et son expérience des combats – notamment sa ceinture noire en jiu jitsu et en krav maga - n'impressionnaient pas autant que son manque d'expérience et sa jeunesse.
Heero avait ses lunettes de soleil et Trowa lui avait répondu qu'il faisait yakuza, que c'était pour ça qu'il s'était fait refouler.
Parce que les patrons n'avaient peut-être pas envie d'avoir peur de leurs employés.
Heero s'était alors mis à jouer les gardes du corps de son ami, plus pour l'emmerder qu'autre chose.
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- Heero ? J'ai des fourmis dans les doigts…
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Heero sourit pour la première fois depuis dix bonnes minutes, un vrai sourire, le premier qui n'était pas moqueur ou taquin.
C'était un petit sourire heureux, le genre de sourire qui en collait un à ceux qui le regardaient.
Et Duo se vit répondre doucement au sourire.
Ce jour-là le manager vit que les gens se retournaient de plus en plus sur leur passage, que de se donner de l'importance leur donnait de l'importance.
Barton s'était alors mis à jouer devant une foule grandissante, s'était vu signer quelques autographes puis en refuser d'autres.
S'était vu offrir des slips et des montres en or.
S'était vu proposer un premier contrat pour un premier club, un second club, une maison de disques – mais ça c'était une arnaque.
Heero s'était autoproclamé manager – il fallait bien manger.
Et Trowa était autoproclamé musicien connu.
A star was born.
Ils s'y connaissaient tous les deux en musique et avaient du culot et du talent.
Un jour, Hilde et Wu Fei étaient passé dans leur ancien club. Ils les avaient vu et étaient tombé amoureux du talent de Trowa.
Ils voulurent qu'il joue à leur mariage.
Puis, quelques années plus tard, ils pensèrent à lui pour animer le Club qu'ils avaient repris.
Le tour était joué.
Voyant Heero secouer la tête et rire doucement – et surtout, sortir de sa mini transe, le docteur demanda.
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- Est-ce que ça va ?
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Le manager inspira doucement avant de répondre, caustique.
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- Oui… je réfléchissais. Et avant que vous ne l'ouvriez vous qui avez réponse à tout : oui, j'ai un cerveau.
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Duo rentra dans le jeu, parce que c'en était un.
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- Oui c'est sûr que dans le showbizz on a un gros cerveau.
- Préjugés…
- Noooon. Ne suis-je pas censé être un illuminé avec un scalpel ?
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Le manager resta interdit une demi seconde avant de rougir.
Il n'était pas télépathe, hein ?
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- Oh ça va, Jean Grey. Je n'ai jamais dit ça.
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Duo lui décocha un sourire plein de dents.
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- Si. Seulement je n'ai pas voulu vous mettre le nez dans votre caca alors j'ai fait croire que c'était l'expression de votre visage qui vous avait trahi.
- Et là vous vous sentez l'envie de me mettre le nez dans le caca ?
- Ouep.
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Duo essayait de détendre l'atmosphère, de faire en sorte qu'il se sente mieux sans en parler.
Sans partager cette expérience singulière qu'ils avaient vécu à deux.
Qu'ils semblaient avoir vécu à deux même si le voyage avait été fait séparément.
Même si ce n'était pas vraiment le même voyage.
Le docteur ne cherchait pas à le faire parler, à lui demander, le laissait tranquille avec ses souvenirs.
Respectait son silence.
Pour quelqu'un qui percevait des choses, il n'était vraiment pas intrusif.
Il faisait preuve de pudeur.
Le manager lui demanda, pour clore la nostalgie et repartir sur un sourire.
Pour prendre la main qui avait été discrètement, pudiquement tendue.
Et aussi peut-être, pour que le docteur garde sa main encore un petit peu dans la sienne.
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- Et qu'est-ce que vous voyez d'autre ?
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Heero Yuy ne croyait pas à la divination. Mais il avait bien aimé ce petit flashback, qui lui avait permis de se remémorer quelques jolies choses, qui lui avait rappelé que parfois les peines valaient la peine.
Il n'échangerait pas sa vie, il était heureux pas malgré mais en partie grâce. Et de temps en temps, avec les tracas de son existence et les factures à payer, il avait tendance à l'oublier.
Non, il ne lâcherait pas la main de Duo Maxwell : d'un point de vue bassement pragmatique, le manager savait qu'il repartirait directement puisqu'ils n'auraient plus rien à se dire.
Et puis il voulait en savoir plus.
Duo ne pensait pas avoir d'autres images. Pourtant il en avait, là. Cette main avait envie de lui parler un peu.
Ou peut-être était-ce son propriétaire. Les réponses dépendaient des individus.
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- Je vois qu'une jeune jolie blonde vous aime beaucoup et que vous lui avez brisé le cœur.
- C'est facile, ça, on a tous une blonde qui nous aime bien.
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Yuy n'avait pas pu s'en empêcher.
Duo fronça les sourcils. Il y avait encore quelque chose.
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- Je vois que vous êtes en plein déménagement, il y a des cartons partout, c'est un foutoir pas possible. Ça vous énerve parce que vous n'êtes pas bordélique.
- …
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Ca il n'avait aucun moyen de le savoir.
Quoique plus tôt, le manager avait parlé de repeindre ses murs.
On se raccrochait à tout et à n'importe quoi pour ne pas croire à l'irrationnel.
Non il ne se faisait pas l'effet d'une personne qui expliquerait l'inexplicable sans explication.
Même si ça y ressemblait un peu…
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- et je … crois que vous... aimez les hommes.
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Silence.
Haussement de sourcil du manager.
D'où ça sortait, ça ?
-
- et c'est ma main volontaire qui vous le dit ?
- non, mon petit doigt.
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Sourire plein de dents de Duo Maxwell
Retour à la table 3
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Grillé à regarder sa montre, Quatre ne put qu'émettre un petit rire.
Si « T » l'ennuyait ?
Oui. Mais pas dans le sens auquel il l'entendait.
Si seulement il pouvait être con ! Et en même temps...
c'était une très bonne chose qu'il ne le soit pas, ça enjolivait son rêve.
Et ça enjolivait son problème.
-
- C'est moi qui devrais vous ennuyer.
- Ce n'est pas moi qui regarde ma montre.
-
Quatre secoua doucement la tête.
-
- Pour répondre à votre question, non, vous n'ennuyez pas. Mais il se fait tard. Il faut que j'aille dire au revoir à Duo. Je vais travailler demain.
-
Le musicien regarda sa montre, étonné.
-
- Ah oui quand même, il est près de 3h30. Je vis la nuit, je ne me rends pas forcément compte.
-
Quatre ne résista pas très longtemps, reprenant une blague qui avait été faite plus tôt dans la soirée.
-
- « Trop »… décalé ?
- « Trop »… excité. Pour moi la nuit ne fait que commencer.
-
Excité...
Quatre alla tirer sur sa cigarette quand Spanish Guitar la lui prit des mains…
Pour la porter à ses lèvres.
-
- Non mais ça va, tranquille ?
-
Trowa souffla la fumée.
-
- C'était votre quatrième cigarette, Quatre. Et c'est trois par heure et par personne ici.
- C'est vrai…
-
Quatre devint rouge.
Il n'aimait pas enfreindre les règles.
-
- Par contre je n'en ai fumé aucune, alors je vous évite des petits ennuis.
- Oh, merci. Je ne savais pas que vous fumiez.
- Et pour cause, je ne fume pas.
- …
- Ou plutôt je ne fume plus.
-
Quatre se sentit coupable d'un seul coup.
Il espérait que ce n'était pas quelque chose de grave.
Il voulait ne pas être indiscret et en même temps il voulait soulager sa conscience.
-
- J'espère que ce n'est pas une raison… médicale.
- Ne vous inquiétez pas. C'était juste une question de… mauvaise haleine.
-
Et il lui fit un clin d'œil et tirant une dernière latte avant d'écraser la cigarette dans le cendrier.
Quatre fut immensément soulagé.
-
- Oh…
-
Avant de cligner des yeux une fois, deux fois.
Puis répondre.
-
- J'ai fumé trois cigarettes devant vous. Vous êtes en train de me dire que je pue de la gueule ?
- Il reste un peu du chocolat de Hilde. Vous devriez en boire.
-
Quatre lui lança un regard outré avant de voir qu'il lui faisait un clin d'œil.
Avant de voir que Hilde passait discrètement à proximité de leur table, pour voir si le mug de chocolat chaud était encore plein.
Quatre plongea dans le chocolat et le finit jusqu'à la dernière goutte, avec un petit rire quand il repéra Hilde avec du rouge au joues et un petit contentement dans les yeux, une fierté que sa préparation ait été appréciée.
Il posa le mug sur la table et observa le musicien regarder sa bouche.
Sentant quelques gouttes de chocolat et n'ayant plus de serviette à disposition, il se lécha les lèvres lentement du bout de la langue.
Quatre demanda, tendant son visage.
-
- J'en ai encore ?
- Non, vous n'en avez plus.
-
Quatre sourit et finit par se lever.
Il avait laissé sa veste dans sa voiture, vu qu'elle allait avec le pantalon tâché, mais certainement pas avec le jean et le t-shirt de Duo.
Un Boss plus pressé que jamais parla à voix basse à Spanish Guitar avant de s'absenter.
Ah ! Enfin il allait vaquer à ses occupations !
Trowa se leva, la mine faussement dépitée.
-
- A peine quelques minutes que je suis assis avec vous et je dois me lever vous accompagner en backstage...
-
Quatre rajusta ses lunettes et haussa un sourcil narquois.
Retour à la salle du haut (Duo !!!)
Ce qu'ils passent en ce moment : Yuri Buenaventura, Salsa Salsa
Heero Yuy avait un sourire en coin particulier.
Ce sourire en coin que l'on retenait de s'étendre mais qui s'étendait quand même, ne serait-ce qu'un petit peu.
Une tête secouée. Prêchait-il le faux pour savoir le vrai ?
Si oui… bon, ce ne serait pas la première fois qu'on essaierait de le séduire.
Surtout en étant manager. Lui aussi recevait un festival de strings hommes ou femmes, des chocolats, des photos… et elles n'étaient pas toutes données pour obtenir les avances de Barton ou un simple rendez-vous avec la star.
Heero Yuy plaisait avec sa froideur et son professionnalisme.
Ça n'aurait pas été la première fois qu'on chercherait à le séduire, non.
Mais si c'était le cas, la méthode serait originale. Et les chemins de traverse, une maladresse due à une certaine gène, apparentée à de la timidité.
Il avait envie d'en griller une. Et si c'était de la séduction… il avait de plus en plus envie.
Et avec Chang qui lui confirmait que Maxwell n'avait strictement rien à voir dans tout ce fourbi, Yuy pouvait se laisser aller à ce titillement. A ce début de quelque chose.
-
- Et pourquoi votre petit doigt dit ça ?
-
Heero Yuy avait pris sa voix de velours, légèrement modulée. Une voix un peu plus grave, volontairement plus séductrice, pour vérifier son point de vue.
-
- Parce que nous sommes assis assez près et que vous vous en foutez complètement. Vous ne reculez pas, ni rien.
- On n'est pas vraiment près et vous avez besoin de ma main pour lire les lignes.
-
Duo Maxwell n'avait pas l'air plus affecté que ça.
Pour ne pas dire aucunement.
-
- Complètement. Mais quand on est peu habitué à avoir un homme à la limite de son espace personnel, c'est déjà trop près.
- Ca fait de moi quelqu'un de gay ?
-
Duo releva quelques secondes la tête pour le regarder droit dans les lunettes de soleil.
Il eut un petit sourire mystérieux avant de hausser les épaules et de se concentrer à nouveau sur ce que révélait cette assez jolie main pleine de doigts.
Cette main masculine aux longs doigts fins et forts.
-
- Ou bi. Et ne vous plaignez pas, ça fait de moi quelqu'un de moche – ou plutôt que vous trouvez moche - mais je vous rassure je le vis parfaitement !
-
Duo Maxwell pouvait bénéficier de beaucoup de qualificatifs.
Moche ne serait pas ce qui serait naturellement venu à l'esprit du manager.
Et il le lui fit savoir même si sa réponse avait été donnée sur un ton neutre.
-
- Moche ?
-
Et le docteur de répondre.
-
- Oui. Vous restez stoïque face à moi, vous ne réagissez pas à ma présence, ni rien. Je ne vous fais aucun effet, merci, c'est super.
- Super ?
-
Attention, tu vas repartir en pleine cambrousse sans gps, Yuy.
Heero se répétait ça au moment même où il se sentait froncer les sourcils pour ne pas se faire larguer.
Surtout ne pas décrocher, ne pas louper le virage sinon c'était les platanes.
Duo Maxwell poursuivit… et il avait l'air sincère.
-
- Attendez, c'est rassurant d'avoir une conversation normale avec quelqu'un sans qu'il y ait d'ambigüité. Ça fera comprendre aux hétéros débiles qu'on peut s'asseoir assez près d'un homme sans qu'il ne vous saute dessus.
- Parce que vous trouvez que c'est une conversation normale ?
-
Heero Yuy s'était presque esclaffé.
Heero Yuy avait une telle envie de rire et avec ce jeune homme il avait l'impression que jusqu'ici, il n'avait jamais vraiment ri de sa vie.
Ce qui n'était pas vrai.
Par contre, c'était bien la première fois qu'il luttait autant pour ne pas se laisser aller à montrer ses dents.
En tant que manager il devait garder ses distances, avoir la tête froide.
C'était la star du pauvre qui devait être souriante, avenante. Pas lui.
Mais cette petite étoile sadique, cette écharde lumineuse dans sa paume refusait d'être comme les autres.
Refusait d'être ordinaire.
Et répondait du tac au tac, rarement décontenancé.
-
- Parler de tout et de rien est normal. Ce sont les circonstances qui sont exceptionnelles. Je n'ai pas vraiment l'habitude de squatter un manager pour voir une star qui a l'air de me poser un lapin.
-
Maxwell essayait encore de contrôler la conversation.
Mais Yuy avait activé son GPS.
Il avait levé son index pour baisser ses lunettes sur son nez.
Pour laisser son regard bleu glisser sur Maxwell, attendant peut-être l'ombre d'une réaction.
Comme quelques minutes plus tôt.
Se sentant observé le docteur Maxwell releva la tête et le manager en profita pour décréter.
-
- … Vous non plus vous ne réagissez pas à ma présence, cela fait-il de vous un gay ? Cela fait-il de moi quelqu'un de moche ?
- Je ne suis pas gay.
-
Duo Maxwell le regarda deux secondes avant de prêter attention à la main.
Heero Yuy replaça pour la seconde fois ses lunettes sur son nez.
Deux constats pour lui :
Duo Maxwell le trouvait moche.
Son GPS avait perdu le signal.
De mieux en mieux.
Dommage, ce docteur lui plaisait bien, lui plaisait même plus que bien.
Duo Maxwell était un inconnu, avant de devenir un voleur stupide, un illuminé notoire, une petite étoile avec un carré qui se prend pour un rond.
Avant d'être un feu d'artifices à l'épreuve de ses lunettes.
Avant d'être un rubix cube.
Un million de personnes différentes, intéressantes, lumineuses, débiles. Et il fallait l'admettre, sexy. Hm. Son petit phénomène. Enfin, un petit phénomène.
Une petite longueur d'avance pour le chevelu qui croyait voir des choses et qui tombait juste.
Quand le docteur apprendrait pourquoi il avait été retenu, c'est eux tous qu'il enverrait se faire soigner.
Mais le manager rattraperait ses handicaps. Ou tout du moins essaierait parce que s'il n'était vraiment pas gay…
Ce n'était pas gagné.
Même moment table n°3
-
Quatre rajusta ses lunettes et haussa un sourcil narquois.
-
- Oh. Je suis désolé d'imposer cela à vos pauvres fesses qui reprendront une apparence normale après tout ce temps passé sur un siège, avec ou sans guitare. Vous pouvez utiliser ma
chaise comme un déambulateur si vous voulez.
-
Trowa prit une expression faussement offusquée.
-
- Mes pauvres fesses vont très bien, merci et elles ne sont pas plates.
- J'en sais rien, la plupart du temps vous êtes dessus.
- Vous voulez vérifier ?
-
Oh… non, ce ne serait pas raisonnable.
-
- Je vais vous croire sur parole.
-
Voyant que Spanish Guitar semblait quand même un peu fatigué malgré les petites phrases piquantes, Quatre eut un nouvel élan de sympathie envers lui.
Il avait un travail fatiguant et même s'il n'y connaissait rien en musique Quatre savait que cette virtuosité, cette pèche, cette présence scénique demandait du travail.
Il avait des yeux de fauve et en même temps ils étaient pétillants. Une jolie lumière sombre.
Il était taquin et gentil, ouvert, ne se prenait pas la grosse tête.
Cela faisait partie de son travail aussi d'être aussi avenant.
Cela faisait partie d'un travail bien fait de se sentir un peu spécial.
C'était fait pour. Après tout, Quatre était le winner sur le ticket, d'après le règlement.
Et même s'il avait volontairement cédé sa place, il avait eu le sentiment de gagner quelque chose.
Il fallait que la soirée se termine comme ça, sur un sourire et sur des habitudes reprises.
Quatre secoua la tête.
-
- Blague à part. Le casque et le blouson de moto de Duo sont dans la voiture. Vous pouvez juste demander à votre manager de lui dire de me rejoindre au park...
-
Trowa balaya la remarque de la main.
-
- Vous lui direz vous-même. Vous restez le winner, mon contrat stipule que je vous emmène en backstage ne serait-ce qu'un moment.
-
Quatre leva les yeux au ciel.
-
- Ça faisait longtemps.
- Et puis il est temps que je vois mon "gagnant malgré lui". Je vous accompagne.
- Merci pour tout.
- Je vous en prie.
-
Chaises rangées, sourires à Hilde, Wu Fei.
C'était enfin le début de la fin, Quatre était soulagé, malgré un petit pincement au cœur.
Et puis il était content, il avait été jusqu'au bout de son fantasme, enfin, malgré lui.
Il avait dépassé ce qui s'était auparavant autorisé.
Quelques pas et il avait rejoint Spanish Guitar, marchant presque côte à côte.
Un petit air de salsa, de Yuri Buenaventura se fondit dans le mixage d'un dj très doué, se mariant avec la nouvelle mélodie qui perçait subtilement.
Quelques accords de guitare, une mélodie entraînante, douce.
Un air aux accents latinos plus légers, que Quatre se prit à fredonner en marchant, déviant légèrement de sa trajectoire de départ.
-
A smoky room a small café Une salle enfumée un petit café
They come to hear you play ils viennent pour te voir jouer
And drink and dance the night away... boire et danser jusqu'au bout de la nuit
-
Avant qu'il ne murmure quelques paroles sur la voix délicieusement feutrée de la chanteuse.
Avant que son coude se retrouve gentiment mais fermement enveloppé par une main.
-
I sit out in the crowd Je m'asseois parmi la foule
And close my eyes Et ferme les yeux
Dream to mind Et rêve
-
Il connaissait. Il écarquilla les yeux.
-
But you don't know Mais tu ne sais pas
You don't even know that I'm there Tu ne sais même pas que je suis là
-
C'était son histoire.
C'était Spanish Guitar.
C'était Toni Braxton
C'était la LOSE
-
Il était sur le point de partir et il était poursuivi.
Il voulut marcher plus vite.
Mais c'était difficile avec une main attachée à son bras.
Une main qui n'était pas la sienne.
Une main qui le ralentissait.
Une main... dont il venait à peine de sentir la présence.
Depuis quand elle était là ?
-
- Qu'est-ce que vous faites ?
-
Un corps qui se rapproche lentement.
Une main qui lâche le coude.
Une voix contre son oreille pour se faire entendre.
-
- J'aime beaucoup cette chanson.
- Oui. Et ?
- Et j'ai trop envie de danser.
- Trowa.
-
C'était la première fois qu'il l'interpellait.
Qu'il l'appelait par son prénom.
Quatre avait prononcé son nom sans l'appeler, avait qualifié son prénom sans jamais l'utiliser.
Et là il fallait stopper clairement ce qui était en train de se produire.
Parce que la réalité allait dépasser la fiction.
Trowa n'était clairement pas disposé à le laisser partir comme ça.
Trowa… ce prénom lui brûlait les lèvres autant que l'alcool. Et il était aussi doux qu'un smoothie.
-
- Juste une danse... vous n'aimez pas danser ?
- Pas en public, non.
-
Un murmure.
-
- Si vous êtes trop timide on peut le faire en privé si vous le voulez.
- Trowa.
-
Encore ce prénom, prononcé d'une voix calme, ferme.
Comme on recommandait à une personne d'être raisonnable.
Mais Trowa avait l'air d'aimer l'entendre lui suggérer d'être raisonnable.
-
- Oui... ce n'est pas ce que vous avez suggéré, je sais. Alors vous allez faire semblant de croire que je ne l'ai pas suggéré si ça vous gêne de danser avec un homme.
-
Quatre était presque à trépigner.
Il n'était pas du genre à rester au placard, juste à être discret.
Surtout à présent qu'un homme qui lui plaît voulait danser avec lui.
Alors danser ne voulait rien dire. Mais son corps à lui, à Quatre, voudrait forcément faire.
Trowa lui parlait depuis presque une heure. Mais Quatre venait depuis des mois.
C'était injuste.
-
- Ce n'est pas ce que j'ai dit.
- Ca ne vous gêne pas de danser avec un homme alors.
-
Piégé…
-
- Non.
- Alors dansons, ce sera bien plus rapide que de me dire "non".
-
Pas faux. Mais après ça ce sera quoi ?
-
- Qu'est-ce que 3 minutes 10 dans votre emploi du temps de star ? Qui est la star ici ?
-
Un sourire.
-
- C'est vous.
- Alors... si vous n'aimez pas qu'on vous regarde, je vous rassure, personne ne le fait. ils sont un peu occupé à s'occuper de leur partenaire.
- ...
- Et si vous avez peur qu'on ne vous reconnaisse... rapprochez-vous.
- Je vais atterrir dans vos bras.
- Alors attachez votre ceinture
-
Il l'attrapa par la boucle de son jean.
-
- et suivez les recommandations de votre steward.
-
Il fit migrer ses mains de sa boucle à ses hanches.
-
Quatre ne put qu'esquisser un sourire en protestant pour la forme.
-
- Pourquoi je serais guidé ?
- Parce que je suis plus grand que vous.
-
Oh la fausse excuse…
Même s'il fallait reconnaître que c'était plus facile dans ce sens.
Le musicien crut bon d'ajouter.
-
- Les femmes ne s'en plaignent jamais.
-
Un sourcil blond très haut.
Un regard perçant derrière les verres percés.
-
- Je ne suis pas une femme.
- Oh… ça, je sais.
-
Les mains affermirent leur position sur les hanches.
Le corps de Quatre, bien qu'à quelques pas, n'était pas contre celui du musicien.
La pression augmenta légèrement et Quatre n'y tint plus.
-
- Ca ressemble… beaucoup à un rentre-dedans.
- Mais non, mais non.
-
Trowa rapprocha encore Quatre et ajouta, la bouche près de son oreille.
-
- Faites semblant de croire que je ne vous drague pas. Comme j'ai fait semblant de croire que vous n'aviez pas échangé les tickets alors qu'une caméra vous a vu faire. J'ai eu la confirmation.
- Espèce de…
- Un pas devant l'autre Quatre Fantastique. Un pas n'engage à rien.
-
Quatre rit doucement, secouant la tête pour la énième fois de la soirée.
-
- Je ne vous comprends pas. Raconter sa vie c'est censé être… rébarbatif ? Dissuadant ?
- Pour les imbéciles peut-être.
- …
-
Le rire contre l'oreille du blond se fit taquin.
-
- Enfin, Quatre, c'est logique. Votre vie fait partie de vous, il faut bien que je la connaisse un peu si je m'intéresse à vous, non ?
- …
- Je n'ai pas envie d'être dissuadé. Je ne serais pas dissuadé.
-
Tsuzuku
Happy bday to me avec un peu de retard !
J'espère que ça vous aura plu, surtout à toi ma Lunanamoi ! Merci d'être toi, merci pour tout, ce séjour a été un joli cadeau d'anniv'. La dernière partie ? Bonne question (:p)
Mithy Mini Globetrotter ¤ rentrée de Suisse mardi, objectif Moselle fin Novembre :p ¤
