Bêta : Toujours Mokonalex


Planches-Les-Bains était une petite ville prospère située au bord de la Manche. Elle s'étendait le long d'une plage immense, tel un long serpent fait de constructions datant de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème. L'hôtel Nabuchodonosor était situé en plein milieu de la ville et tout autour de lui, il y avait des commerces divers, des bars et des restaurants, ainsi que de petits hôtels particuliers de style victorien. Tous étaient massés le long d'une avenue qui faisait face à la plage. Une rue transversale menait à une petite gare et c'était là qu'Albus avait choisi de faire transplaner ses deux jeunes hommes favoris. Plus exactement, dans les anciennes toilettes pour hommes, désaffectées pour cause de vétusté.

— Bordel, mais on est où ? fit Harry Potter avec une moue écœurée en voyant les lieux.

L'endroit était sombre car il n'y avait pas d'ampoule électrique sur la douille qui pendait au plafond écaillé. Les murs moisis avaient autrefois été d'un vert vomi absolument immonde, les miroirs étaient piqués et certains brisés, tandis que les lavabos presque tous cassés, étaient remplis de détritus. On ne voyait plus les motifs du carrelage qui disparaissaient sous des décennies de poussière et de gravats. Harry n'osa même pas regarder de près, les toilettes qu'il apercevait dans les petites cabines de bois à demi-écroulées.

— D'après notre cher Directeur, nous sommes dans les anciennes toilettes pour hommes de la gare de Planches-Les-Bains. Il a choisi cet endroit pour que personne ne puisse nous voir transplaner. Je pensais que vous vous en seriez vous-même douté, Potter ! Mais je vois que j'avais encore surestimé vos capacités cérébrales. Cet endroit se trouve, selon Albus, dans les sous-sols de la gare. Nous devons monter l'escalier afin de rejoindre les quais et sortir en nous mêlant aux voyageurs éventuels. Juste avant de sortir sur le quai, vous serez prié de redonner sa taille normale à votre malle, Potter. Nous ne pouvons arriver à l'hôtel sans bagages visibles. Il nous faut passer pour de simples Moldus.

— Ok, c'est pas compliqué, ronchonna le jeune Gryffondor.

Harry s'approcha de la porte qui donnait à l'extérieur des toilettes. Il tenta d'actionner la poignée mais rongée par la rouille, elle ne bougea pas.

— Merdeuuuuu ! Ça s'ouvre pas !

— Vous êtes un sorcier ou pas, Potter ? Votre stupidité m'étonnera toujours ! Alohomora ! râla le Professeur Rogue, baguette tendue vers la porte.

Les deux sorciers se retrouvèrent momentanément dans le noir, le temps que la porte s'ouvre. Severus Rogue avait allumé sa baguette dès leur transplanage dans le lieu dévasté, il la ralluma aussitôt.

Lumos

— Pas trop tôt !

— Dites donc Potter ! Il me semble que vous avez une baguette non ? Alors utilisez-la au lieu de ronchonner à tout propos ! Et on dit que c'est moi qui ai mauvais caractère ! Ben voyons…

Harry ravala les insultes qu'il avait au bout de la langue et sortit sa baguette pour l'allumer également. Le couloir dans lequel ils venaient tous deux de mettre les pieds valait les toilettes en ce qui concernait les gravats et la saleté. Lentement ils cheminèrent dans la pénombre et arrivèrent devant un escalier de béton qu'ils gravirent l'un près de l'autre.

— Restez là, Potter, je vais voir s'il y a du monde. Il vaut mieux que nous soyons discrets pour sortir d'ici. Après tout, c'est sensé être condamné et interdit au public.

Harry hocha la tête et resta sur la marche où il se trouvait. Severus se désillusionna et enjamba les cordons en plastique orange qui étaient sensés clôturer l'escalier. Il n'y avait pas âme qui vive sur le quai, il n'y avait d'ailleurs même pas de train dans la gare. Il se retourna en direction d'Harry dissimulé dans la pénombre.

— Potter, vous pouvez sortir de là, il n'y a pas un fléreur. Je vais nous mettre un sortilège « ne me remarquez pas » et le guichetier ne nous verra même pas sortir.

Harry obéit aussitôt et enjamba les bandes de plastiques condamnant l'accès aux anciennes toilettes. Il cligna des yeux plusieurs fois, surpris par la luminosité du lieu.

— Redonnez sa taille à votre malle tout de suite, l'hôtel se trouve à deux rues, je retirerai le sortilège de discrétion dès que nous aurons quitté la gare. Ensuite vous ferez bien attention à dissimuler votre baguette sur votre personne et à ne pas utiliser la magie devant les Moldus.

— JE SAIS !

— Un peu de politesse ! Monsieur Potter ! Nous ne sommes pas à Poudlard mais je suis encore votre professeur et vous allez filer doux, c'est moi qui vous le dis ! Ou bien vous le paierez très chèrement à la fin des vacances, je vous le promets !

Le jeune Gryffondor lança un regard noir et haineux au Maître des Potions qui répondit par un rictus amusé et se contenta de sortir une paire de lunettes de soleil très moldues de la poche intérieure de son veston. Harry avait été très surpris de la tenue de son professeur lorsqu'il était entré dans le bureau d'Albus Dumbledore afin qu'ils y récupèrent les papiers que le vieil homme avait préparés avec l'aide du Département de Liaison avec le Monde Moldu du Ministère de la Magie. Severus Rogue portait un complet veston noir visiblement taillé sur mesure avec une chemise de soie noire dont deux boutons étaient ouverts, dévoilant un cou d'une blancheur d'albâtre. Ses chaussures de cuir noir brillaient comme si elles étaient vernies. Le bourreau des Gryffondors était très élégant et Minerva ne se priva pas de commentaires flatteurs, qui n'eurent strictement aucun effet sur l'odieux personnage.

Le Serpentard avait également les cheveux attachés avec un élastique à cheveux très moldu, cette fois-ci vert foncé. Il avait lancé un regard méprisant sur son élève qui venait d'entrer et ne s'était pas gêné pour le détailler des pieds à la tête. Mais Minerva McGonagall avait bien fait son boulot et Harry était impeccable. Il était très simplement vêtu d'un pantalon et d'un blouson de jean indigo, agrémentés d'un tee-shirt gris et de baskets neuves.

Une fois l'inspection passée, Severus avait enfin consenti à prêter attention à son Directeur. Le vieil homme leur avait remis à chacun des cartes d'identités moldues et Severus avait reçu en plus une carte bancaire dorée, émise par la Banque Gringotts ainsi que des documents de l'assurance sociale moldue, la NHS. En bref, le minimum afin de passer pour un Moldu.

Les lunettes noires de la Terreur de Poudlard fignolaient le déguisement, on pouvait le dire !

Les deux sorciers quittèrent la gare sans encombre, en traînant tous deux leurs malles sur leurs roulettes. Sans un mot, et le plus discrètement du monde, Severus annula le sortilège et ils longèrent la petite rue, afin de rejoindre l'avenue où se trouvait l'hôtel. Malgré la perspective des deux semaines à passer avec son cauchemar personnel, Harry se sentait rempli de joie. L'air était iodé et il entendait déjà le bruit des vagues et les cris des mouettes qui volaient dans le ciel azur. Il faisait très chaud pour la saison, anormalement chaud même, et les terrasses des pubs et des glaciers étaient occupées malgré l'heure matinale. Harry jeta un coup d'œil à sa montre neuve : il n'était que 9h28. La journée se promettait splendide et il ne put retenir un large sourire que lui fit immédiatement ravaler un empêcheur de tourner en rond nommé Rogue.

— Cessez donc ce sourire idiot, Potter ! aboya-t-il vénéneux. Je ne tiens pas à ce qu'on pense que j'accompagne un débile mental !

— Débile vous-même ! Espèce de vieille chauve-souris ! répliqua Harry illico.

— Trente points en moins pour Gryffondor, Potter. Et je vous assure que le retrait de points marche aussi ici, je m'en suis préoccupé avant notre départ.

— Saleté !

— Retenue avec Monsieur Rusard le jour de notre retour, Potter. Continuez ainsi et je vous colle jusqu'à la remise de votre diplôme…

Persuadé que l'abominable homme des cachots mettrait sans hésiter ses menaces à exécution, Harry se résolut à fermer son clapet jusqu'à leur arrivée à l'hôtel. Il avait décidé depuis la veille qu'il s'arrangerait pour se trouver le moins possible sur le passage du Serpentard pendant toute la durée de leur séjour. Il ignorait encore comment, mais il trouverait bien quelque chose en temps voulu.

Il soupira silencieusement. Deux semaines dans la même chambre que l'autre andouille ! Mais à quoi pensait Dumbledore ? Il lui en voulait de ne pas avoir vaincu Voldemort ou quoi ?

Harry remarqua avec une certaine surprise et un chouïa de dégoût que les femmes se retournaient sur leur passage et lançaient des regards admiratifs à Severus Rogue.

° Elles sont toutes cinglées, c'est pas possible ! Comment elles peuvent trouver séduisante cette vieille chauve-souris désagréable ? Il est affreusement moche ! Aussi bizarres que McGo !°

Harry était de mauvaise foi, car le Maître des Potions était à ce moment, loin d'un laideron. Sa haute taille élancée et ses longs cheveux noirs lui donnaient une allure quasiment princière. Un voile de mystère semblait l'auréoler, accentué certainement par ses lunettes et son costume noirs.

Un panneau directionnel attira soudain le regard du jeune Gryffondor.

°Chocolaterie du Sussex, 2 miles, whaaaaouu ! Super, je vais pouvoir me goinfrer de chocolat

Harry dût se résoudre à oublier momentanément ses idées d'orgies de chocolat : ils arrivaient en vue de l'hôtel et l'endroit était véritablement splendide.

Le bâtiment s'élevait sur trois étages et était orné de colonnades, de sculptures, de hautes cheminées dentelées en briques rouges, de tourelles et autres ornements de toit. Sa façade verte et orange était tape à l'œil avec des bow windows alourdis de rideaux blancs à bouillonnés, perdus au milieu des sculptures ornant la façade.

— Ouahhh… C'est d'un voyant ! Ça m'étonne pas que Dumbledore ait aimé ça ! annonça Harry à voix haute et sans réfléchir.

— Professeur Dumbledore, Potter, je vous prie !

Harry leva les yeux au ciel et fit des grimaces à Rogue derrière son dos. Heureusement, celui-ci ne s'en aperçut pas ou le sablier des Gryffondors aurait encore subi des pertes notables.

Rogue se dirigea vers le porche de l'établissement et poussa l'un des battants de la monumentale porte qui fermait l'accès à leur villégiature. Harry le suivit sans un mot et il fut agréablement surpris par la fraîcheur ambiante et la beauté des lieux.

Le sol était dallé de noir et blanc et agrémenté d'un lourd tapis d'Orient. Il y avait des plantes un peu partout, des boiseries foncées tout comme le meuble de la réception qui semblait d'époque. Les murs étaient recouverts d'un papier peint chargé décoré de feuilles d'acanthe. Au dessus de leurs têtes, un grand lustre de bronze doré et de cristal trônait. Des petits sofas et des fauteuils au bois finement sculpté et capitonnés de tissus fleuris étaient éparpillés dans ce qui semblait être un salon d'accueil. Les fenêtres étaient habillées des voilages vénitiens qu'ils avaient déjà remarqués depuis l'extérieur, et encadrées de doubles-rideaux en velours damassé bordés d'un passepoil à pompons.

Derrière le bureau de la réception, se trouvait une petite femme blonde et mince, habillée d'un tailleur bleu marine et d'un chemisier blanc.

— Bienvenue à l'hôtel Nabuchodonosor, Messieurs. Vous avez une réservation ?

Severus s'approcha du comptoir en hochant la tête, suivi par un Harry Potter muet et intimidé.

La femme blonde les regarda alternativement et s'attarda un peu sur Harry.

— Je suis ravie de vous accueillir ici, Professeur Rogue, Monsieur Potter, j'espère que vous apprécierez votre séjour.

Harry ouvrit la bouche de surprise tandis que la Terreur des cachots leva un sourcil intrigué vers la réceptionniste.

— Je vous ai reconnus, fit-elle pour se justifier. Je m'appelle Margaret Crivey et vous connaissez mes deux fils, Colin et Dennis. Vous les avez en cours, Professeur.

— Vous êtes la mère de Colin et Dennis ? s'exclama Harry les yeux écarquillés. Comment ça se fait que Dumbledore nous ait pas prévenus ?

— Je ne pense pas que le Professeur Dumbledore le savait, Potter, répondit le Maître des Potions.

— En effet, confirma Margaret Crivey. Nous avons reçu une demande de réservation pour deux pensions complètes pour quinze jours, pour un Professeur Rogue et un Monsieur Harry Potter. La demande émanait d'un Professeur Dumbledore, Directeur du pensionnat Saint-Gracius. J'ai tout de suite compris.

— Saint… ? commença Harry qui ne comprenait pas.

— L'alibi moldu, Potter… murmura Severus tandis que Madame Crivey hochait légèrement la tête. Je vous expliquerai tout à l'heure.

— Colin m'a envoyé des photographies de tous ses professeurs, et de tous ses camarades et aussi du château. Il y avait énormément de photos de vous, Monsieur Potter, ainsi que des coupures de journaux. Je ne pouvais pas ne pas vous reconnaître. Colin et Dennis seront ravis de vous savoir en ville, ils ignorent que vous deviez faire un séjour parmi nous.

Severus grimaça à la pensée d'être envahi de Gryffondors et se calma en se disant qu'il aurait pu tomber sur pire que les frères Crivey qui, au moins, n'avaient jamais fait exploser de chaudrons et avaient toujours eu des notes acceptables en potions.

— Votre pension complète a déjà été réglée par le Professeur Dumbledore. Vous n'aurez à votre charge que les consommations au bar ou à la glacerie, ainsi que l'accès à Internet, si vous connaissez…

— OUI ! s'exclama Harry impatient. Moi je connais et ça m'intéresse ! J'ai un ordinateur portable dans ma malle.

— Bien. Alors voici les codes d'accès pour vous connecter sur le compte de l'hôtel. Un compteur établira votre facture en fonction du temps que vous passerez en ligne.

— Merci Madame Crivey, fit Harry avec un large sourire en prenant la carte que lui tendait la mère de Colin.

— Colin et Dennis ont une adresse mail, si vous voulez je peux vous la donner…

— Oui, oui ! Avec grand plaisir !

Severus Rogue ne put s'empêcher un rictus qui passa presque pour un sourire. Se pourrait-il qu'entre cette chose moldue nommée Internet et les deux petites menaces blondes qui idolâtraient Potter, il allait avoir la paix et pouvoir faire ce que bon lui chantait ? Merveilleuse perspective…

— Professeur Rogue, voici la clé de la chambre. Vous avez le numéro 7, c'est au premier étage, une chambre à deux lits jumeaux avec une salle de bain. Il y a le téléphone et la télévision également. Je vais maintenant vous demander de bien vouloir remplir la fiche de police, s'il vous plaît et je dois également faire une photocopie de vos cartes d'identités ou passeports.

— Pourquoi ? demanda Harry étonné.

— C'est la loi, Potter, répondit Rogue.

— Ok, répondit Harry en sortant de la poche de son blouson, le portefeuille neuf que Minerva McGonagall lui avait recommandé d'acheter. Maintenant, il comprenait pourquoi, et aussi pourquoi Dumbledore leur avait remis des cartes d'identités moldues.

Severus Rogue était déjà penché sur sa fiche de police, un stylo à la main. Harry ne put s'empêcher de sourire en voyant son professeur grimacer en manipulant le crayon. C'était pourtant bien plus facile qu'une plume ! Déjà, Margaret Crivey revenait avec les photocopies et posa devant chacun d'eux sa carte d'identité en les remerciant. Harry se dépêcha de remplir sa propre fiche et posa le stylo sur le comptoir.

Le jeune sorcier était vraiment enchanté. Il faisait super beau, l'hôtel était magnifique d'après ce qu'il pouvait voir, il allait pouvoir utiliser son PC dans les quelques minutes suivantes et en plus les frères Crivey habitaient la ville ! C'était inespéré ! C'était donc le cœur bien léger qu'il suivit le Professeur Rogue dans l'escalier, alors qu'un chasseur avait déjà pris leurs malles et les montait dans la chambre 7 par un ascenseur de service.

Le lieu plaisait à Severus. Comme la plupart des sorciers, il aimait le style victorien. Il y avait un kiosque à journaux et livres dans le hall, un bar… et Potter allait lui foutre une paix royale, trop occupé avec sa machine moldue et les deux Gryffies locaux. Le top du top aurait été un labo de potions mais il ne fallait pas trop en demander…

Juste au moment où ils allaient atteindre le premier étage, une splendide femme rousse aux longs cheveux bouclés et aux yeux verts descendit l'escalier. Elle regarda un instant Severus, le rose aux joues et poursuivit son chemin. La Terreur des cachots leva un sourcil intéressé et se retourna pour admirer la silhouette de la femme. Harry pouffa sans même se cacher, une main sur sa bouche.

— Eh ben… j'aurais jamais cru que vous aviez autant de succès avec les dames, Professeur !

— Qu'est-ce que vous croyez, Potter ! Ne me dites pas un instant que vous avez cru aux racontars de Black à mon sujet ? Ce n'est pas parce que j'apprécie le célibat que je ne peux pas plaire aux femmes !

Harry ne répondit pas. En effet, Sirius Black ne s'était pas gêné pour lui dire que Severus Rogue avait toujours été un minable qui n'avait jamais réussi à sortir avec une fille durant toutes leurs années à Poudlard et qu'à son avis, ce crétin était toujours puceau. Remus s'était raclé la gorge d'ailleurs, quand Sirius avait balancé ses révélations, comme s'il savait que c'étaient des mensonges. À tout bien y réfléchir, c'était sûrement le cas. Harry n'en doutait plus à présent. Sacré Siri, rien ne l'aurait fait changer, dès que Servilus était concerné. Il se promit bien de tirer les veracrasses du nez de Remus à la première occasion, puisque Sirius n'était plus là pour avouer ses mensonges.

Le couloir de l'étage avait un plancher magnifiquement ciré où on se voyait presque dedans : Certainement vitrifié, tout comme celui de la chambre de la Tante Pétunia et de l'Oncle Vernon à Privet Drive. Les murs étaient couverts d'un papier peint aussi chargé que celui du hall et en plus il y avait d'anciens tableaux partout. Leurs occupants étaient figés dans la position où ils avaient été peints, Merlin que c'était reposant ! Severus Rogue s'arrêta devant la porte numéro 7. Une large plaque ovale de porcelaine émaillée portant un numéro était vissée sur chaque porte. Il était impossible de se tromper à moins d'être aveugle. Même ce miraud de Potter n'aurait aucun mal à trouver la chambre… Le Monstre des cachots introduisit la clé dans la serrure et la tourna. Ladite serrure s'actionna sans un bruit et sans résister. Il poussa la porte et entra dans la pièce, Harry sur les talons.

La chambre était d'une dimension plus que correcte, et même assez vaste par rapport aux chambres d'hôtel habituellement trouvées dans le Monde Moldu. La décoration chargée était bien entendue du même style que le reste de la bâtisse, mais cette fois-ci la couleur dominante était le vert foncé, ce qui arracha un soupir d'extase au Maître des Potions. Deux lits de bois finement sculptés et ouvragés se trouvaient côte à côte, séparés par une sellette portant une statue d'inspiration grecque : une vestale, selon Severus. Chaque lit avait sa propre table de chevet et sa lampe champignon en pâte de verre marbrée, dans des dégradés de vert et de jaune. Les couvre-lits verts foncés assortis aux rideaux, semblaient bien moelleux et épais : parfait pour les nuits fraîches.

Il y avait une cheminée en marbre de Carrare, de taille modeste par rapport aux cheminées magiques, bien sûr, mais néanmoins très élégante, avec ses bougeoirs et sa pendule parfaitement à l'heure, qui étaient posés sur le linteau. Sur la commode ouvragée il y avait un téléviseur portable. Une porte entrouverte dévoilait une penderie juste à côté, et près de la fenêtre aux voilages blancs, il y avait un bureau de bois foncé et ciré avec une chaise capitonnée. Le Professeur Rogue remarqua qu'Harry avait posé sa malle n'importe où en plein passage et était en train d'explorer ce qui semblait être la salle de bain. Il entendit le bruit de la chasse d'eau et d'un robinet qu'on ouvrait quelques secondes plus tard. Moins d'une minute après ça, Harry Potter sortit de la salle de bain en frottant ses mains humides sur son jean neuf.

— Potter… Vous serez bien aimable d'utiliser une serviette ou un essuie-main selon ce qui est disponible, pour vous sécher les mains, et pas votre pantalon ! Nous ne sommes pas chez VOS Moldus. S'ils sont mal élevés et vous ont mal élevé également, je refuse d'en faire les frais !

— J'ai l'droit ? fit Harry sans réfléchir.

— Bien entendu ! Espèce d'idiot ! Vous croyez quoi, que ça existe juste pour faire joli ?

Harry baissa la tête et Severus crut l'entendre marmonner à propos de sa tante.

Saleté de Pétunia ! Qu'est-ce que cette stupide Moldue acariâtre avait mis dans la tête du gamin ? Cette idiote était bien capable en effet d'avoir appris à Potter que ces objets étaient justes décoratifs et ne devaient jamais être touchés. Il plissa les yeux avec suspicion pour examiner le garçon maigrichon qui à présent tirait sa malle vers la commode.

— Potter, vous défaites vos bagages et vous rangez vos affaires. Prenez les tiroirs du haut et pendez vos vestes et pantalons dans la penderie. Ainsi ils ne seront pas froissés. Vous poserez votre malle sur un des supports à cet usage. Oui, ça, Potter. Cette chose est un repose bagage.

Severus désigna du doigt une sorte de tabouret large en bois, dont l'assise légèrement en pente et ornée d'un large rebord était non pas pleine mais faite de sangles tendues. Harry hocha la tête et obéit sans un mot. Severus fut à deux doigts d'exiger un « Oui, Professeur » mais laissa tomber. Tant que le sale gamin était calme et silencieux…

Severus et Harry vidèrent leurs malles et les rangèrent sur les supports à cet usage. À 10h30 environ, Harry qui serrait précieusement contre lui une espèce de boite plate gris métallisé qu'il avait sortie d'un carton de la même taille, regarda son odieux professeur retirer ses chaussures, conjurer deux énormes oreillers qu'il posa l'un sur l'autre par-dessus celui déjà en place dans le lit près de la fenêtre. L'homme retira sa veste de costume et la posa sur le dossier d'une chaise, sortit d'une des poches un exemplaire de la Gazette du Sorcier du jour et s'installa de tout son long sur le lit choisi, sans aucune cérémonie.

— Faites ce que vous voulez jusqu'à midi, Monsieur Potter, mais je ne veux pas vous entendre. Nous descendrons déjeuner dans le restaurant de l'hôtel à midi tapante. Je vous rappelle que nous sommes en pension complète et que nos repas sont donc payés par Albus. Ensuite nous visiterons un peu les lieux et examinerons les facilités et les distractions offertes aux résidents de cet hôtel. Nous pourrons éventuellement aller faire un tour en ville ensuite.

— Oui, Monsieur.

— Est-ce là la machine dont vous nous avez rebattus les oreilles, Potter ?

— Oui, Professeur. C'est mon ordinateur portable.

— Portable… Il en existe d'autres ?

— Oui, Monsieur, de bien plus gros qui se posent sur un bureau et qui y restent.

— Mmm… bon… Est-ce bruyant ?

— Heuu… non, Monsieur. Sauf si on le souhaite.

— C'est-à-dire, Potter ?

— On peut écouter de la musique avec, Monsieur. A part ça, ça ne fait que quelques cliquetis.

— Epargnez-moi votre musique de sauvages, Monsieur Potter, je voudrais lire mon journal en paix.

— Bien, Monsieur.

Le visage de Severus disparut derrière les pages grandes ouvertes du quotidien sorcier et Harry s'empressa de poser son précieux ordinateur sur le bureau. Du coin de l'œil, Severus le vit brancher sa machine sur une prise électrique et sur une prise téléphonique.

Le Monstre des cachots put lire son journal tranquillement. Harry ne fit pas de bruit. La machine moldue émit un curieux « Bienvenue » vocal lorsque le garçon l'alluma et puis ce fut le silence… à part quelques clics de temps en temps, et de légers bruits de touches que l'on enfonçait. Rien de dramatique ni d'insupportable. Au bout d'une heure et demie, le Maître des Potions tourna la dernière page de son journal et le replia soigneusement.

— Tout va bien, Potter ? Vous vous amusez ?

— Tout va très bien, Professeur. J'ai écrit un mail à Hermione et les frères Crivey sont ravis que nous soyons en ville, Monsieur. Ils vous passent le bonjour.

— C'est très gentil, répondit Severus qui en vérité s'en fichait comme de sa première potion. Fermez votre machine, Potter et allez vous laver les mains et vous recoiffer, nous allons descendre au restaurant.

— Oui, Monsieur.

Severus vit Harry manipuler habilement sa machine en glissant curieusement son majeur droit sur une sorte de pavé métallique tout en cliquant un bouton de l'index droit. Sa curiosité naturelle revenait au galop et il mourrait d'envie de voir de près cette drôle de chose moldue. L'écran coloré devint brusquement noir et Harry abaissa le couvercle. Puis il se leva et gagna la salle de bain.

S'il suffisait de cette chose moldue pour faire tenir tranquille un Gryffondor hyperactif, il allait devoir suggérer à Albus d'en installer dans toutes les salles communes… ça calmerait également certains de ses serpents et les aigles de Filius ! Dommage que ça ne marchait pas à Poudlard ces trucs-là !

Harry revint, les mains sèches et les cheveux toujours aussi emmêlés. Pourtant, on voyait bien quelques traces laissées par les dents du peigne employé par le Gryffondor. Cette tignasse Potterienne était vraiment un cas désespéré.

— Venez, Potter, nous descendons dans une minute. Mettez votre veste, je vais me laver les mains.

Harry mit son blouson, tandis que Severus enfilait sa veste de costume et filait se laver les mains à la salle de bain. Avec l'insouciance caractérisant la jeunesse, Harry s'était assis sur le large rebord de la fenêtre et balançait ses pieds tout en regardant par la vitre, la plage qui s'étendait sous ses yeux.

— En route, Monsieur Potter ! annonça le Professeur en ouvrant la porte de la chambre.

Harry descendit de son perchoir improvisé et suivit l'homme en noir qui referma la porte à clé derrière eux. Ils descendirent l'escalier et Harry laissa rêveusement glisser sa main gauche sur la rampe de fer forgé en se demandant ce qu'il allait bien pouvoir manger de bon, et s'il pourrait choisir.

Quelques marches avant d'arriver au rez-de-chaussée, le Professeur Rogue s'immobilisa brusquement et Harry manqua de peu de lui rentrer dedans. Il s'écarta sur la droite pour voir ce qui bloquait éventuellement le passage et resta bouche bée, les yeux écarquillés.

Devant eux dans le hall se tenaient trois personnes. Un gros homme en complet clair et au teint pourpre, les yeux plissés de colère, une femme maigre en robe à fleurs avec un chapeau de paille blanc peu discret qui avait pâli en voyant Severus, et un adolescent largement obèse, vêtu en rappeur qui se mit à balbutier et à tenir son derrière à deux mains en apercevant Harry.

— POTTER ! entendit-on l'homme au visage pourpre hurler.

Les Dursley étaient à l'hôtel Nabuchodonosor. C'était la catastrophe.