Bêta : Mokonalex
Harry poussa un petit cri étouffé et recula derrière le Professeur Rogue qui eut le temps de voir que son élève était subitement devenu d'une pâleur mortelle.
— Toi ! aboya Pétunia Dursley à l'adresse du Maître des Potions.
— Bonjour à toi aussi, Pétunia. Toujours aussi aimable, d'après ce que je constate.
L'homme en noir descendit les dernières marches de l'escalier et se dirigea vers la réception pour y laisser provisoirement sa clé. Il n'était pas question que les poches de sa veste soient déformées par le lourd porte-clés de laiton.
Harry regarda sa tante d'un air incrédule, malgré sa surprise et son appréhension. Comment se faisait-il qu'elle connaissait Severus Rogue ? Le jeune homme tenta de rejoindre son professeur, mais la baleine échouée qui lui servait d'oncle en avait décidé autrement. En trois pas, il fut dans le passage de son neveu et l'attrapa par le col de son tee-shirt. Il secoua violemment le garçon en vociférant.
— QU'EST-CE QUE TU FABRIQUES ICI ? ESPÈCE DE MONSTRE, ANORMAL ! TU N'AS RIEN A FAIRE DANS CET ENDROIT RÉSERVÉ AUX GENS NORMAUX !
— Lâchez ce garçon immédiatement, Dursley ! aboya la Terreur des cachots en faisant demi-tour.
— Et pourquoi devrais-je obéir à un anormal ? ricana l'Oncle Vernon en secouant Harry de plus belle.
— Vernon, balbutia Pétunia en se précipitant vers son mari. Fais… fais attention… je… c'est Severus Rogue… il est dangereux. J'ai… j'ai entendu Potter, l'autre… en parler une fois. C'est un partisan… tu sais, de cet anormal qui a tué Lily.
— Et en plus c'est un criminel ! ricana Vernon qui n'avait vraiment pas une once d'instinct de conservation. Comme Potter ! Il y a deux criminels dangereux dans cet hôtel ! Qu'on appelle le Directeur de cet établissement immédiatement ! Il faut les chasser ! C'est pour les honnêtes gens ici !
Derrière le comptoir de la réception, Margaret Crivey n'en menait pas large. Les Dursley, arrivés la veille s'étaient déjà montrés particulièrement désagréables et exigeants. Ils avaient demandé à changer de chambres, avaient fait renvoyer leurs plats en cuisine car ils ne leur convenaient pas, s'étaient plaints du service d'étage… En bref, le personnel les avait déjà repérés et s'arrangeait pour ne pas se trouver sur leur chemin. Et maintenant, ils faisaient du scandale ! Il était plus que temps de faire intervenir Monsieur Higgins, le Directeur de l'hôtel. Margaret se précipita sur le téléphone au moment même où le tee-shirt malmené d'Harry se déchirait. Severus Rogue empoigna Vernon Dursley afin de l'obliger à lâcher le Gryffondor. Pendant ce temps, Dudley poussait des piaillements de terreur et Pétunia suppliait Vernon.
— Monsieur Higgins ? C'est la réception, il faut que vous veniez tout de suite, nous avons un grave problème !
— C'est urgent, Margaret ?
— Oui, Monsieur, des clients en viennent aux mains dans le hall.
— J'arrive !
Le Directeur raccrocha et traversa son bureau qui donnait d'ailleurs dans le hall. Dès qu'il quitta la pièce insonorisée, il entendit les cris et vociférations de Vernon Dursley.
— MESSIEURS ! Je vous prie de cesser immédiatement ! C'est un établissement respectable ici !
— Ces criminels n'ont rien à faire ici ! Ce sont des meurtriers !
— Et vous êtes ?
Ce fut Margaret qui répondit à la question du Directeur.
— Monsieur Dursley, chambre 12, Monsieur Higgins. L'autre personne est le Professeur Rogue, chambre 7, il est arrivé ce matin.
— Professeur… ricana l'Oncle Vernon. C'est le titre qu'on donne aux criminels à présent ?
— Calmez-vous, Monsieur Dursley, nous allons régler le problème. Je vous suggère d'aller vous restaurer en attendant.
— Faites votre devoir ou vous entendrez parler de moi !
Vernon quitta le hall en direction du restaurant qui se trouvait à droite du grand escalier menant aux étages. Pétunia le suivit, tout comme Dudley qui rasait les murs en tremblant et en tenant ses larges fesses à pleines mains.
— Curieux garçon… murmura Higgins.
- Tout va bien, Potter ? demanda Severus à son élève qui semblait choqué.
Harry se contenta de le regarder les yeux larmoyants en tenant les pans déchirés de son tee-shirt neuf.
— Ne vous en faites pas pour votre tee-shirt, Potter, je vous le réparerai tout à l'heure, murmura Severus. Je vais vous demander de retourner dans la chambre et de le changer, je vous attendrai ici. Attendez un instant, je vais vous donner la clé. Ensuite nous aurons des choses à nous dire.
Le ton calme et bienveillant de l'homme en noir apaisa Harry qui tremblait encore.
— Madame Crivey, je vais devoir reprendre la clé un instant, afin que Monsieur Potter puisse remonter se changer.
La petite blonde acquiesça et lui tendit la clé numéro 7 qu'elle n'avait pas eu le temps d'accrocher au tableau. Rogue s'en saisit et retourna à grandes enjambées vers Harry que le Directeur regardait avec suspicion.
— Allez, Potter. Je vous attends ici.
Harry prit la clé et hocha légèrement la tête. Severus le regarda monter l'escalier, les sourcils froncés. Un raclement de gorge lui fit tourner la tête.
— Heuu… Professeur ? Je suis John Higgins, le Directeur de cet établissement.
— Severus Rogue. Mon élève et moi sommes arrivés il y a deux heures. Je suis navré pour ce qui s'est passé, mais je ne pouvais pas laisser cet homme maltraiter le garçon.
— Vous connaissez ce monsieur ?
— C'est la première fois que je le rencontre, mais je connais Madame Dursley. Enfants, nous étions voisins. Je ne l'avais jamais revue depuis lors.
— Votre élève a provoqué ce monsieur ?
— Non, aucunement. Il est bien trop timide pour ça. L'homme s'est jeté sur lui en hurlant et en le traitant de monstre.
— C'est très curieux. Je vais faire une enquête si cela ne vous gène pas, parce que je ne voudrais pas que cela se reproduise. Voyez-vous…
— Je comprends très bien. Il n'y a pas de problème pour nous.
— Je vais demander au Maître d'hôtel de vous mettre dans un coin tranquille de la salle à manger afin que vous ne soyez plus importunés. J'espère que le garçon n'est pas trop choqué.
— Je vais m'en occuper.
Higgins inclina la tête avec cérémonie et retourna vers la réception. Il était persuadé qu'on ne lui disait pas tout et allait donc de ce pas, mener sa petite enquête sur ces gens.
— Margaret, appelez le restaurant et demandez qu'on mette le professeur et son élève dans l'alcôve. Je retourne dans mon bureau, j'ai à faire.
— Oui, Monsieur, tout de suite.
Margaret Crivey décrocha son téléphone et Higgins rejoignit son quartier général. Il se laissa tomber dans son fauteuil en soupirant. La saison n'était pas encore commencée, et il y avait déjà des problèmes. Avant de quitter la réception, il avait pris les fiches de police des personnes concernées par l'incident. Il allait savoir à qui il avait affaire, foi d'Higgins. Il prit son téléphone et appela aussitôt le poste de police local.
— Poste de police de Planches-Les-Bains, Constable Tyler à l'appareil…
— Tyler ? C'est Higgins au Nabuchodonosor, vous avez du temps, mon vieux ? J'ai ici quelques énergumènes qui en sont venus aux mains. J'aimerais bien savoir à qui j'ai affaire, surtout que l'un affirme que l'autre est un criminel.
— Ok, allez-y, on a le temps, le Superintendant Jones est sorti déjeuner.
— Je vous lis ce que j'ai sur leurs fiches de police. Le premier s'appelle Severus Tobias Rogue, il serait né le 9 janvier 1960 à Carbone-Les-Mines, dans le Yorkshire. Vous avez quelque chose ?
— Oui, il est fiché à Scotland Yard… oh laaaaa… Mais pas comme criminel. Attendez, je vous lis ce que j'ai. Severus Tobias Rogue, né le 9 janvier 1960 à Carbone-Les-Mines, Yorkshire, fils de Tobias Rogue, décédé et de Lady Eileen Prince, décédée. Il réside au 70 Impasse du Tisseur dans cette même ville et il est célibataire. Il est professeur de chimie au Pensionnat Saint-Gracius pour surdoués. Et le plus beau… il est titulaire de la Victoria's Cross pour faits de guerre. Je ne peux pas accéder au dossier complet, il est classé Secret Défense par ordre du Premier Ministre.
— Nom de Dieu… Ça veut dire quoi, d'après vous ?
— Vu son âge, il a dû faire les Malouines, et Secret Défense… Mmmm… je parierais pour le MI 5. Définitivement pas un criminel, plutôt un héros de la Couronne, si vous voulez mon avis.
— Je vous suis, Tyler. Ce professeur est accompagné de son élève, un certain Harry James Potter, né le 31 juillet 1980 à Godric's Hollow dans le Kent.
— Rien. Ce gamin n'est pas fiché.
— Il est élève à Saint-Gracius, vous pouvez accéder à leur base de données ?
— Oui, mais faudra que ça reste entre nous, hein ?
— Ça le restera, et je vous devrai une bonne bouteille de Whisky, mon vieux.
— J'y suis, et je me fais l'effet d'un pirate informatique là. Alors… Voyons voir… Harry James Potter, 6ème année, né le 31 juillet 1980 à Godric's Hollow dans le Kent. C'est le bon. Il est orphelin et son tuteur est un certain Professeur A. Dumbledore, Directeur de St-Gracius. Ce gamin est le fils de Lord J. Potter et de Lady Potter née Lily Evans. Il y a une mention marginale… Tous deux étaient membres des forces de l'ordre et ont été tués en service, en 1981.
— Bordel !
— Pas un criminel non plus… Un fils de Lord, des gens de chez nous, tués en service, pauvre gosse. Il est dit aussi que son parrain et précédent tuteur était un certain Lord S.O. Black, décédé. Il a enterré toute sa famille ce gamin.
— Je vois ça. Y a quoi d'autre ?
— Ses notes, pas mauvaises vu le niveau de l'établissement, et le nom de son prof principal, une certaine Minerva McGonagall, professeur de sciences physiques. Mais dites-moi… les fils des Crivey sont à Saint-Gracius aussi, non ? Margaret s'en vante assez.
— Vérifiez si c'est vrai…
— Oui, fit le constable après quelques instants. Ils sont tous les deux inscrits là-bas en 5ème et 4ème année et ont la même prof principale que le gamin Potter. Le prof de chimie est bien Severus Rogue, il est dans la liste des enseignants. Tout est bon pour eux. Et les autres ?
— Vernon Edgar Dursley, né le 5 décembre 1955 à Little Whinging dans le Surrey.
— Il est fiché ! Alors, ce monsieur est le Directeur de la Grunnings LTD, il vit au 4 Privet Drive à Little Whinging dans le Surrey, il est marié. Il a été soupçonné en 1984 de maltraitance à enfant, suite à une dénonciation d'une institutrice de l'école maternelle «Les petits lutins ».
— Il a maltraité son fils ? Le gamin ne me semble pas avoir toute sa tête, si vous voulez mon avis.
— Non, son neveu… Nom d'un chien ! Le neveu était un certain Harry James Potter.
— Nous y voilà ! Y a eu une condamnation ?
— Non, l'affaire a été classée sans suite. Et… c'est quoi ce binz ? Il n'y a même pas eu d'enquête ! Ça sent le graissage de pattes, ça !
— Tyler… Essayez la femme… Pétunia Mary Dursley née Evans, la sœur de la mère du gamin Potter très certainement… Alors, née le 17 septembre 1958 à Carbone-Les-Mines dans le Yorkshire… Ça colle avec ce que m'a dit le Professeur… il m'a dit qu'il avait connu la femme quand ils étaient enfants et ne l'avait jamais revue ensuite.
— Fichée aussi, comme son mari, pour non-assistance à personne en danger et complicité de maltraitance à enfant. Affaire classée sans suite, comme l'autre.
— Oui… je m'en doute. Essayez leur gamin, Tyler, et c'est le dernier. Il s'appelle Dudley Vernon Dursley, il est né le 23 juin 1980 à Little Whinging dans le Surrey.
— Tiens, tiens… Fiché aussi… Voyons ça… Alors, le gamin est soupçonné de maltraitance à animaux, on a plusieurs plaintes de la RSPCA[1], également des parents ont porté plainte à plusieurs reprises parce que le gosse frappait les enfants plus jeunes. Rien n'a jamais abouti… À mon avis, les parents doivent connaitre quelqu'un qui étouffe les affaires. Le gamin est au Collège Smeltings.
— Vous pouvez allez voir ?
— Je ne suis plus à ça près… Tant que Jones ne le sait pas…Tout va bien. Bon alors… Smeltings… Ah, voilà… Dursley D.V. 6ème année… C'est ça. Nom de Dieu, ce gamin est d'une nullité incroyable, vous verriez ses notes ! Mon Herbie me ramènerait de telles notes, il aurait le cul rouge, je vous le dis ! Il y a une annotation de l'infirmière scolaire qui dit que le gosse est obèse et que ses parents ne s'en soucient pas.
— Je confirme pour l'obésité, c'est une vraie baleine, mais le père aussi, alors…
— Il y a une note du sous-directeur qui indique que le gamin est violent et sous surveillance étroite.
— Je vois… Je sais donc de qui je dois me méfier à présent.
— Ils ont fait quoi ?
— Les Dursley sont descendus hier à l'hôtel. Le personnel s'est déjà plaint à plusieurs reprises de leurs exigences et ils ont pris à parti le jeune Potter qui venait d'arriver avec son professeur. L'homme Dursley a secoué le gosse et lui a déchiré son tricot. Son professeur est intervenu immédiatement. Dursley hurlait qu'ils étaient des criminels, j'ai voulu vérifier, on ne sait jamais…
— Je pense surtout qu'il a reconnu le gosse ! À mon avis, ils l'ont maltraité quand il était petit et il leur a été retiré par le parrain, ce Lord Black qui est décédé à présent. Et quand ils l'ont vu, ils ont voulu terminer le boulot…
— Y a de très fortes chances… Vous serez des nôtres pour le Bridge de jeudi, Tyler ?
— Bien entendu ! Comme d'habitude !
— Alors à jeudi. Et… Merci !
— Pas de problème ! Et si ça chauffe chez vous, appelez-nous, je vous enverrai une patrouille !
— Je n'y manquerai pas !
Higgins raccrocha, un air satisfait sur le visage. Il savait maintenant à qui il avait affaire. Et en plus, il avait appris que Margaret Crivey ne mentait pas en disant que ses fils étaient dans un collège pour surdoués… Il n'aurait jamais pensé que c'était vrai… Sa femme allait être épatée d'apprendre ça !
Harry avait changé son tee-shirt gris déchiré pour un blanc uni et il descendait à présent l'escalier, sa main serrée sur le porte-clés de cuivre. Il était désespéré et franchement choqué. Il avait espéré un instant passer deux semaines dans cet endroit agréable à rôtir sur la plage, à jouer avec son ordinateur et à se goinfrer de chocolat et de glaces avec Colin et Dennis loin des yeux de Severus Rogue qui allait sûrement en profiter pour draguer la belle rousse, vu la façon dont il l'avait regardée. Et là, tout s'écroulait ! Les Dursley étaient là, par le plus terrible des hasards et n'allaient pas manquer de lui mener la vie dure.
Le Professeur Rogue se tenait au bas de l'escalier et attendait Potter. La façon dont les Dursley avaient traité Harry l'interpellait. Pourquoi toutes ces insultes gratuites ? Pourquoi l'avoir secoué comme un prunier au point de lui déchirer son vêtement ? Et surtout, pourquoi Potter avait semblé terrorisé dès qu'il les avait aperçus ? Il semblait bien qu'il y avait là matière à creuser et que la vie du jeune sorcier n'était pas tout à fait celle qu'il avait imaginée. Il leva les yeux en entendant le bruit des pas d'Harry dans l'escalier. Le garçon avait remplacé son tee-shirt déchiré par un autre de couleur blanche très banal.
— Tout va bien, Potter ? Venez, nous allons déjeuner. Le Directeur de l'hôtel a fait demander qu'on nous mette à l'écart afin que les Dursley ne nous importunent pas.
— Merci de m'avoir aidé, Professeur, murmura Harry toujours un peu pâle. Je vais donner la clé à Madame Crivey.
— Faites, Potter. Et je suis là pour ça, pour vous protéger.
Harry hocha la tête et s'approcha du comptoir de la réception.
— Madame Crivey, je vous dépose la clé.
— Merci Monsieur Potter. Je suis navrée de cet incident, murmura-t-elle en regardant autour d'elle afin d'être sûre de ne pas être entendue. Nous avons eu plein de problèmes avec ces clients depuis leur arrivée, je n'aurais jamais imaginé qu'ils auraient pu s'en prendre à vous comme ça ! S'ils savaient qui vous êtes, jamais ils n'auraient osé…
— Dans ce monde, je ne suis rien qu'un anonyme, Madame.
— Colin et Dennis passeront dans l'après-midi, ils m'ont appelée pour me dire que vous leur aviez écrit un mail et ils étaient ravis.
— C'est super, répondit Harry avec un sourire.
Le jeune sorcier savait que ses amis allaient venir le rejoindre, il avait eu le temps de recevoir leur réponse, mais leur mère n'était visiblement pas au courant. Il fit un signe de tête à la réceptionniste et tourna les talons afin de rejoindre le Professeur Rogue qui s'impatientait.
— Elle voulait savoir si j'allais bien, lui dit-il pour s'excuser.
— Je m'en doutais un peu.
L'homme posa sa main gauche sur l'épaule droite du Gryffondor et le poussa vers les portes vitrées au dessus desquelles une plaque de cuivre rutilante portait la mention « Restaurant ». Dès qu'ils entrèrent, un Maître d'hôtel vêtu d'un pantalon noir, d'une queue de pie assortie avec une chemise, un gilet et un nœud papillon blanc et portant une serviette immaculée pliée sur son avant-bras s'approcha d'eux.
— Professeur Rogue, Monsieur Potter, fit-il en s'inclinant légèrement. La réception nous a prévenus de l'incident. Je vais vous mettre dans l'alcôve, vous y serez au calme et personne ne vous verra.
— C'est parfait, répondit Severus qui tenait toujours l'épaule d'un Harry assez apathique.
Tous deux suivirent le Maître d'hôtel dans un renfoncement décoré de tentures, à l'abri des regards. Severus vit les Dursley, attablés au centre du restaurant. Vernon et Dudley étaient littéralement avachis sur leurs assiettes débordantes et la bouteille de vin qui se trouvait sur la table était déjà presque vide.
°Et en plus, cette vermine picole ! Quelle bande de porcs ! Même les Weasley se tiennent mieux à table… Pétunia… Tu pouvais bien critiquer ta sœur, mais tu es tombée bien bas.°
Harry et Severus s'installèrent à la table désignée par le Maître d'hôtel. Comme promis, elle se trouvait à l'écart et l'alcôve était encadrée de lourds rideaux à passementerie. Une nappe blanche damassée recouvrait la petite table rectangulaire qui pouvait accueillir quatre personnes. Des serviettes de table assorties pliées en forme de cygnes étaient posées sur les assiettes. Le maître d'hôtel retira la vaisselle en trop et la déposa sur une desserte, puis il tendit à chacun la carte.
— Un serveur viendra prendre votre commande, Messieurs. Désirez-vous prendre un apéritif ?
— Non merci, fit Severus en ouvrant la carte des menus.
Le Maître d'hôtel s'inclina et quitta les lieux.
— Potter, fit le Serpentard en prenant les devants, tout en parcourant la carte des yeux. Je vous avais promis des explications, quant à l'histoire de Saint-Gracius.
Harry leva les yeux de son menu et hocha la tête en silence. Ses grands yeux verts fixaient à présent les orbes d'onyx de son détesté professeur de potions.
— Etant donné le nombre d'enfants nés-moldus et de sang-mêlé que Poudlard accueille, il fallait que les parents puissent justifier dans le Monde Moldu, de l'appartenance de leurs enfants à un établissement scolaire dont ils pourraient parler sans briser le Secret Magique. C'est là, que le Ministère a créé Saint-Gracius. Cette école fictive est sensée être destinée à une certaine élite, et ceci pour ne pas que nous soyons envahis de demandes d'inscriptions. St-Gracius est donc un pensionnat mixte pour surdoués qui est sensé se trouver en Ecosse dans les environs d'Edinbourg. L'adresse exacte en est tenue secrète par mesure de sécurité, l'école accueillant l'élite de familles très riches voire nobles ou même princières du monde entier. Seule une boite postale est livrée à la connaissance du public. Les prix affichés sont rébarbatifs et les bourses extrêmement rares. Il existe une fausse base de données, gérée par le Département de Liaison avec les Moldus en étroite association avec les services du premier ministre moldu. Les professeurs y sont listés sous des appellations moldues. Par exemple, je suis sensé enseigner la chimie, le Professeur McGonagall les sciences physiques, le Professeur Vector les mathématiques et Lupin… l'éducation physique.
Harry se mit à glousser et à pouffer à cette annonce.
— Mais Professeur, pour les matières qui n'existent pas dans le Monde Moldu, comment ils ont fait ?
— Ils ont mis n'importe quoi ! répondit-il en haussant les épaules. Filius Flitwick enseigne soi-disant la littérature anglaise et le Professeur Babbling le français.
— Ça a dû être plus dur pour Trelawney… ricana Harry, et pour Hagrid aussi, sans parler de Madame Bibine…
— Madame Bibine est soi-disant professeur de danse, une option. Hagrid enseigne la zoologie, toujours une option, Madame Chourave les sciences naturelles, le Professeur Burbage le latin, Trelawney la théologie, une option, et le Professeur Sinistra est actuellement déclarée sous sa véritable fonction, l'astronomie qui est sensé être aussi une option.
Voyant qu'Harry souriait et appréciait ces révélations, Severus Rogue poursuivit sur ce thème.
— Madame Pince est toujours bibliothécaire, Rusard le concierge, Binns enseigne l'histoire et la géographie et Madame Pomfresh est le médecin scolaire. Les Directeurs de Maisons sont rebaptisés professeurs principaux. Les notes que les élèves ont obtenues aux examens sont disponibles dans certains cas. Les examens sont bien entendus renommés comme ceux des Moldus. La liste des élèves tout comme leurs notes d'examens est accessible pour seulement quelques administrations moldues comme Scotland Yard, le Département de la Justice moldue et les services sociaux moldus. Une parfaite couverture… Tout ceci explique pourquoi les frères Crivey sont sensés se trouver à Saint-Gracius. Dans une petite ville telle que celle-ci, il aurait été très suspect que les deux garçons ne soient pas scolarisés dans le collège de la ville ou d'une ville des environs. Le fait qu'ils soient à Saint-Gracius évite les questions tout en gardant le mystère, le pensionnat étant considéré lui-même un peu mystérieux et inaccessible pour le commun des mortels.
— Difficile d'imaginer Colin et Dennis en surdoués… ou même moi. Hermione encore, je ne dis pas… ou certains Serdaigles… s'amusa Harry.
— Les surdoués sont souvent un peu originaux, Potter. Ces différences peuvent expliquer les choses étranges pour un Moldu et que nous savons être magiques, comme la magie accidentelle. Je suis intimement persuadé que le digne responsable de cet hôtel est actuellement en train d'enquêter sur nous à la suite de l'incident. Il ne trouvera rien qu'il ne sache vraiment déjà. Nos identités seront confirmées par la base de données de Saint-Gracius. Dans votre dossier, le Professeur Dumbledore est votre tuteur, ce qui en cas de souci avec les Dursley leur retire tous droits sur vous.
Harry souriait et semblait avoir pour un temps presque oublié l'incident. Il se plongea sérieusement dans la contemplation de son menu et s'agita quelque peu.
— Professeur ?
— Oui, Potter ?
— Je… Je peux… choisir des sushis ?
— Qu'est-ce donc ?
— Oh… du poisson avec du riz, une recette japonaise. Hermione m'a fait découvrir ça l'an dernier, j'ai bien aimé et comme on en trouve pas partout…
— Poisson et riz ? C'est très correct. Vous pouvez ! Mais ne gaspillez pas, ne me faites pas honte ! Il n'est pas question de faire l'enfant gâté, je vous préviens.
— Je ne gaspille jamais la nourriture, Professeur.
— Vous ne mangez pas beaucoup non plus d'après ce que je sais ! Est-ce que votre tante vous nourrit de façon adéquate, Potter ? Et ne me mentez pas, j'ai horreur de ça !
Harry baissa la tête, honteux. Tout en rougissant copieusement, il avoua la vérité au Monstre des cachots.
— Non. J'ai toujours été extrêmement rationné, fit-il pudiquement.
— C'est-à-dire ?
— Les restes quand il y en avait après qu'ils se soient servis et qu'ils aient d'ailleurs terminé de manger. Ça veut dire pas souvent parce que Dudley et Oncle Vernon s'arrangeaient pour qu'il ne reste rien. Je n'ai jamais eu de petit déjeuner avant d'aller à Poudlard et le plus souvent le midi et le soir, j'avais une tranche de pain rassis, ou même brûlé datant du petit déjeuner avec un demi-verre d'eau et un petit morceau de fromage bon pour la poubelle. Il m'est arrivé souvent de ne rien avoir à me mettre sous la dent pendant des jours, parfois plus d'une semaine.
Severus Rogue fulminait. Madame Pomfresh avait donc raison depuis le début et le garçon souffrait de malnutrition. Il avait trouvé complètement idiot qu'elle s'obstine à lui demander des potions de nutrition pour Potter, mais à présent il savait pourquoi. Et ce vieux fou d'Albus qui sans nul doute, était parfaitement au courant, réexpédiait chaque année le gamin chez ses bourreaux. Pétunia avait toujours été méchante et haineuse, mais là, elle avait dépassé les bornes.
Severus continua son interrogatoire avec insistance et Harry sentit bien qu'il n'était pas question qu'il refuse de répondre s'il ne voulait pas se mettre le Directeur des Serpentards à dos. Il avait depuis l'incident, l'air assez bien disposé à son égard, il valait mieux que ça dure.
Un serveur vint prendre leur commande. Severus choisit une terrine à la confiture d'oignons et le gigot d'agneau à la menthe et Harry des fonds d'artichauts à la vinaigrette suivis de ses fameux sushis.
— Vous prendrez du vin, Monsieur ? demanda le serveur à Severus.
— Je ne bois pas de vin. Vous aimez l'eau pétillante, Potter ?
— Oui, Professeur, beaucoup.
— Bien. Alors vous nous mettrez une bouteille d'Highland Spring.
— C'est noté, Monsieur.
Le serveur repartit et les deux sorciers reprirent leur conversation. Cette fois-ci, Harry expliqua au professeur que Tonks et Hermione avaient entrepris de lui faire découvrir tout ce qu'il avait raté dans son enfance. Cela allait du cinéma et du fast food McDonald's, aux restaurants chinois et japonais, d'où son envie de sushis en lisant la carte et bien entendu à son ordinateur portable.
On leur apporta leur commande et ils mangèrent en silence un moment. Severus leva bien un sourcil en voyant les sushis de saumon fumé, le bol de riz et les petits ramequins de sauces qui les accompagnaient mais ne fit aucun commentaire désobligeant. Il fut même satisfait de voir qu'Harry semblait particulièrement heureux de son choix et n'avait rien laissé dans son assiette.
Ils commandèrent chacun une coupe de glace à la vanille et prirent ensuite un café. Harry fut même autorisé à en prendre un, vu qu'il s'était bien comporté et avait tout mangé sans rien gaspiller. Sa tenue à table était un peu à revoir, il ne savait visiblement pas trop quoi faire de ses coudes ni de sa serviette de table. Miss Granger avait encore du pain sur la planche pour rééduquer son ami.
— Professeur, vous savez d'où vient ce nom étrange que porte l'hôtel ?
— Oui, Monsieur Potter, répondit Severus en soufflant légèrement sur son expresso afin de le refroidir. Dans la plaquette que le Professeur Dumbledore m'a fait lire avant notre départ, il était expliqué que dans le bar de l'hôtel au début du siècle, il était exposé une énorme bouteille de Moët et Chandon, un champagne français. Cette bouteille faisait quinze litres, soit vingt bouteilles de champagne de taille normale. Ces bouteilles géantes sont appelées des Nabuchodonosors, Monsieur Potter. Malheureusement, cette bouteille a été cassée accidentellement avant la première guerre mondiale moldue.
— C'est dommage, j'aurais bien aimé la voir. J'ai jamais vu une si grande bouteille.
— Moi non plus, Potter. Mais je sais que ce ne sont pas les plus grandes que les Moldus fabriquent, il existe d'autres tailles supérieures et notamment l'Adélaïde qui fait quatre-vingt treize litres, ainsi que la Sublime qui en fait cent cinquante.
— Tant que ça ? Mais comment ils font pour la soulever pour servir à boire ?
— Je l'ignore, Potter.
— Et quand elles sont vides ? Ça doit pas être facile de les déposer dans les containers à verre.
Severus leva un sourcil d'incompréhension.
— Heuu… un truc que les Moldus emploient pour recycler le verre. Une poubelle géante quoi…
— Et bien je ne sais pas, mais j'avoue qu'en effet ça doit poser un problème.
Les deux sorciers terminèrent leurs cafés en silence. Un serveur vint faire signer l'addition à Severus après lui avoir demandé le numéro de la chambre qu'Harry et lui occupaient. Ils se levèrent de table et traversèrent la salle pour rejoindre le hall, sans regarder les derniers encore attablés qui les dévisageaient.
Vernon Dursley, qui après avoir pris deux fois un dessert, et en était maintenant au Cognac, les vit et se figea. Il plissa ses petits yeux porcins et serra les poings.
— Potter ! Ce petit monstre est encore là ? Comment ça se fait que ces deux criminels n'ont pas été jetés dehors tout à l'heure ? C'est une honte !
Dudley avait levé les yeux de sa troisième pêche Melba et Pétunia avait serré convulsivement l'anse de sa tasse de thé en fermant les yeux et en soupirant.
À la table d'à côté, un couple finissait de déjeuner. Il s'agissait de la femme rousse sur laquelle Severus Rogue s'était retourné à son arrivée, et son époux, un homme qui visiblement avait atteint une bonne soixantaine d'années. Le couple se regarda, étonné. De quoi parlait ce gros bonhomme qui mangeait comme un porc ? Des criminels, ici dans cet endroit renommé ? C'était très inquiétant. L'homme, devant le regard apeuré de sa compagne, choisit de se renseigner un peu.
— Excusez-moi, Monsieur, mais vous avez dit qu'il y a des criminels ici ? Comment est-ce possible ? Ils sont dangereux ?
— Oh oui, mon bon monsieur ! répondit Vernon avec un large sourire ravi. Je peux vous l'assurer ! Le garçon, ce Potter, il est pensionnaire au Centre d'éducation des jeunes délinquants récidivistes de Saint-Brutus depuis qu'il a onze ans !
— La maison de correction Saint-Brutus ? Quelle horreur ! fit l'homme aux cheveux blancs en reposant sa serviette de table et en se levant. Venez, ma chérie, il faut aller tout de suite voir le Directeur de l'hôtel.
— Donald, j'ai peur ! Ne me laissez pas seule !
— Ne craignez rien, Caroline, je ne vous laisserai pas.
Le couple sortit du restaurant avec précipitation. Le serveur ne les retint pas, il les connaissait. Les Warwick étaient là depuis presque une semaine comme tous les ans à cette époque. Il se contenta de lever les yeux au ciel en voyant Vernon triompher le nez dans son verre de Cognac et retourna en cuisine pour raconter à tout le monde, le dernier mauvais coup du gros lard, comme ils le surnommaient tous.
Severus et Harry avaient à peine quitté la réception avec leur clé que Monsieur et Madame Warwick se précipitaient vers Madame Crivey.
— Madame, au restaurant, un gros type nous a dit qu'il y a actuellement dans cet hôtel, un garçon qui est habituellement à la maison de correction de Saint-Brutus et ceci depuis des années, et il me semble qu'il est ici avec un autre malfaisant. Nous sommes très inquiets, il y a-t-il des mesures de sécurité particulières qui ont été prises avec leur arrivée ? demanda Donald Warwick les sourcils froncés.
Madame Crivey regarda les deux clients alternativement. La jeune femme semblait effrayée et l'homme plus âgé, soucieux. Les Warwick étaient de très fidèles clients deux fois par an et depuis des années. Déjà avant, du temps de la première Madame Warwick, l'homme venait plusieurs fois l'an.
— Je vois qui peut être la personne qui vous a raconté cela, Monsieur Warwick. Mais je vous assure que c'est faux. Je présume que Monsieur Dursley voulait parler du jeune Monsieur Potter…
— Oui, oui ! C'est le nom qu'il a mentionné ! fit la jeune femme rousse soudain agitée.
— Ce jeune homme n'est absolument pas un criminel, je peux vous l'assurer. Il n'est pas dans une maison de correction mais va en classe avec mes deux fils au Pensionnat Saint-Gracius pour surdoués, en Ecosse. Et l'homme qui l'accompagne est le Professeur Rogue qui enseigne la chimie dans cet établissement.
— Vous êtes sûre ? insista Donald Warwick.
— Un petit jeune homme brun avec des lunettes rondes accompagné d'un homme grand et mince avec de longs cheveux noirs en queue de cheval.
— Oui, oui, c'est cela… je crois bien, confirma le client pas encore totalement convaincu. Je les ai vus entrer au restaurant.
Sa femme par contre avait tout à coup été très intéressée par la description de Severus. Elle avait reconnu l'homme croisé dans l'escalier le matin même. Le fameux homme en noir qui avait si belle allure… Dommage qu'elle avait été assise dos à l'entrée du restaurant.
— Alors, je vous confirme que le Professeur Rogue et Monsieur Potter ne sont pas des criminels dangereux. Je crois que le Directeur s'est renseigné à leur sujet et qu'il n'y a aucun problème. Il va vous rassurer vous-même, je vais l'appeler.
Margaret appela John Higgins aussitôt. L'homme ne fut pas du tout ravi lorsque sa réceptionniste lui avoua ce que Dursley avait encore manigancé.
— Faites les entrer dans mon bureau, Margaret. Je vais régler ça !
Le couple fut conduit par un chasseur jusque dans le bureau directorial. Pendant ce temps, les Dursley, ravis de leur mauvais tour, avaient pris le chemin de leurs chambres pour une sieste digestive.
Harry se trouvait tranquillement installé devant son ordinateur et jouait au démineur – où il perdait d'ailleurs lamentablement – tandis que Severus, installé sur son lit, digérait, le nez plongé dans les aventures de Sherlock Holmes, achetées quelques minutes auparavant au kiosque à journaux du hall, sur un coup de tête. Dès que la chaleur se serait un peu apaisée et qu'ils auraient digéré, ils iraient faire un petit tour à la plage, rejoindre les frères Crivey qui devaient arriver vers quinze heures.
La Terreur des cachots surveillait le lionceau du coin de l'œil, mais celui-ci était particulièrement silencieux et sage, occupé visiblement à créer des explosions qui ressemblaient à celles que Londubat infligeait régulièrement à ses chaudrons. Vu les soupirs que le garçon poussait, ce n'était visiblement pas gagné.
Severus se replongea dans sa lecture et cessa momentanément de se soucier d'Harry. Une dizaine de minutes plus tard, un hurlement strident suivi d'un bruit sourd le fit sursauter. Harry qui avait bien évidemment entendu lui aussi, se tourna vers son professeur de potions avec un air surpris.
— Restez là, Potter, je vais voir ce qui se passe.
Le Monstre des cachots se leva souplement et posa son livre sur le couvre-lit vert. Il traversa la chambre en quelques enjambées et sortit dans le couloir alors qu'Harry retournait se faire exploser par écran interposé. Le sorcier descendit l'escalier qui menait au rez-de-chaussée et s'arrêta à mi-parcours. La jeune femme rousse qu'il avait remarquée en arrivant était agenouillée sur les dalles noires et blanches devant le corps d'un homme aux cheveux blancs, recroquevillé sur le sol, visiblement inconscient. Autour d'eux, Madame Crivey s'agitait avec un chasseur en livrée rouge et or, tandis que le Directeur Monsieur Higgins trottinait déjà vers eux, prévenu par une femme de chambre qui le suivait. Severus descendit les dernières marches et demanda ce qui s'était passé.
Ce fut la jeune femme rousse qui lui répondit.
— Donald et moi descendions pour aller à la plage quand un garçon énorme a descendu l'escalier à toute vitesse et nous a violemment bousculés. Donald a perdu l'équilibre et a dévalé les marches depuis le palier. Dites, Madame Crivey, mon mari n'est pas mort, n'est-ce-pas ? fit alors la dame Warwick en se tournant vers la réceptionniste.
— Professeur ? hésita la mère de Colin et Dennis. Vous sauriez… nous dire ?
Severus ne répondit pas et s'accroupit devant l'homme inanimé. Il remarqua que l'homme était âgé, qu'il avait une plaie qui saignait au cuir chevelu et surtout que son genou droit faisait un angle bizarre par rapport au reste de sa jambe. Il posa deux doigts sur le cou de l'homme et sentit un pouls.
— Il est vivant, juste inconscient. Il faut le transporter à l'hôpital.
— Je viens de faire le 999, annonça alors le Directeur qui dès qu'il avait aperçu l'homme inanimé sur le sol, était allé à la réception téléphoner aux secours. Ils nous envoient quelqu'un.
— Merci, Monsieur Higgins. Merci Monsieur, rajouta la femme rousse à l'adresse de Severus.
— De rien. Votre mari a juste une jambe cassée et une petite plaie à la tête, il me semble. Mais des radios ne seront pas superflues. Je suis le Professeur Severus Rogue, Madame. Navré de faire votre connaissance en de si pénibles circonstances.
La jeune femme se contenta d'hocher la tête tout en conservant son regard émeraude fixé sur son mari et en lui tenant la main.
Severus se releva et rejoignit le Directeur de l'hôtel qui semblait fortement contrarié.
— Encore ces Dursley, je n'en peux plus ! murmura-t-il au Maître des Potions. Et cette fois-ci, c'est leur petite brute de fils qui a dévalé l'escalier comme un buffle enragé, en renversant au passage ce pauvre Monsieur Warwick ! Figurez-vous que ce sale gamin ne s'est même pas arrêté ! Non, selon Margaret, il n'a même pas ralenti et il est sorti dans la rue sans même se soucier de ce qu'il avait fait ! Vous saviez que votre élève était sensé être pensionnaire du centre d'éducation pour jeunes délinquants récidivistes de Saint-Brutus ?
— Non, répondit Severus en fronçant les sourcils. C'est… Une sorte de maison de correction ?
— Oui, la plus connue du Surrey, on y place les pires gamins. Une vraie prison.
— Je peux vous assurer que Potter, bien qu'il se plaise à braver les règles de l'école et surtout le couvre-feu, ne mérite pas la maison de correction et qu'il n'y a jamais mis les pieds.
— Je sais, soupira le Directeur sans préciser comment il le savait. Je doute que des bêtises d'écolier puissent mériter Saint-Brutus…
Le regard de Severus se figea sur un point du papier peint devant lui, et il se tendit légèrement. Harry Potter ne méritait peut-être pas Saint-Brutus, mais James Potter et Sirius Black auraient certainement été des pensionnaires très méritants dans cette charmante institution. Si seulement la même chose existait dans le Monde Magique… Une maison de correction gardée par des détraqueurs, par exemple… Quel pied !
— J'ai expliqué aux Warwick que les Dursley n'étaient pas dignes de confiance et qu'il ne fallait pas prêter d'attention à leurs divagations, poursuivit Higgins sans avoir remarqué le trouble momentané de Severus. De toute façon, je vais conseiller à Monsieur Warwick de porter plainte dès qu'il sera remis. S'il ne le fait pas, l'hôtel le fera, nous ne pouvons pas laisser passer ça. Seigneur Dieu, les Dursley ont réservé pour quinze jours, ça va être l'enfer !
Severus n'eut pas le temps de répondre, une équipe médicalisée avec un brancard roulant venait d'entrer dans l'hôtel et déjà, un médecin s'agenouillait auprès du blessé. Le Directeur s'approcha de Madame Warwick qui se tordait les mains d'angoisse, son sac de plage abandonné sur le carrelage.
Le sorcier, intéressé, regarda les ambulanciers et le médecin donner les premiers soins moldus. Lorsque l'homme fut emmené, avec son épouse dans l'ambulance, Severus se décida à remonter dans sa chambre. Si les Dursley passaient également deux semaines au Nabuchodonosor, Potter avait raison, ça allait être l'enfer.
Sauf si… Il s'arrangeait pour qu'ils partent bien avant. Et pour ça… Il fallait des renforts. Un rictus fugace apparut sur son visage pâle. Il avait une idée… Très Serpentarde bien entendu. Severus entra dans la chambre numéro 7 en l'ouvrant avec fracas, ce qui fit sursauter Harry.
— Potter ! Je vais avoir besoin de vous et de vos petits copains…
Harry regarda son professeur et leva un sourcil étonné.
— Oui, Potter. Nous allons nous débarrasser des Dursley. Qu'en dites-vous ?
— J'en dis que c'est une idée brillante, Professeur, fit Harry avec un petit sourire timide.
[1] Principale association de protection animale au Royaume Uni : Royal Society for the Prevention to Cruelty to Animals.
