Bêta : Mokonalex
Dans le coin Salon de thé/glacerie du vaste bar de l'hôtel Nabuchodonosor, le Professeur Rogue sirotait une tasse de son Earl Grey préféré, tandis qu'Harry Potter et les frères Crivey tous deux intimidés, consommaient des coupes de glace à la fraise. Le Serpentard les avait entrainés dans ce coin quasi désert à cette heure, afin de leur faire part de ses projets vengeurs. Il avait raconté en quelques mots aux deux petits blonds, ce qui c'était passé depuis le matin même. Les deux Crivey, offusqué de ce traitement envers leur idole, avaient bondi et juré qu'ils vengeraient Harry et aideraient le Professeur à se débarrasser des trois Moldus.
— Nous avons deux semaines à passer dans cet hôtel, au demeurant très plaisant, et je n'ai nulle envie de devoir les passer enfermé dans ma chambre avec Potter, ou bien de finir à Azkaban parce que je les aurais Avada Kedavratisés avant notre départ.
— Que suggérez-vous, Professeur ?
— Nous allons aider ces détestables Moldus à quitter l'hôtel le plus vite possible, Monsieur Potter. Messieurs Crivey, avez-vous un hibou ?
— Oui, Professeur, répondit Colin en hochant la tête. On en a un entre nous deux. Dennis a voulu un chat pour son entrée à Poudlard, alors il utilise mon hibou pour écrire aux parents.
— Messieurs, vous allez commander aux jumeaux Weasley quelques petits articles, je vous donnerai l'or à cet effet.
— On a un peu de trucs de chez eux, avoua Dennis d'une petite voix. Peut-être qu'on a ce qu'il vous faut ?
— De quoi disposez-vous, Messieurs ?
— Vous… Vous n'allez pas tout nous confisquer et nous punir après, hein ? s'enquit Colin, un peu dubitatif.
— Nous ne sommes pas au château, Crivey. Mais si à la rentrée, je vous surprends à utiliser ces articles interdits par le Professeur Dumbledore et Monsieur Rusard, je ne pourrais que sévir. Comprenez-vous ?
— Oui, très bien. Nous avons des pralines longue langue…
— Marchera pas… fit Harry en secouant la tête. Fred et George ont déjà piégé Dudley avec les pralines, il les reconnaitra et n'en mangera pas. En plus, Oncle Vernon et Tante Pétunia ne mangent jamais de bonbons.
— Ben, on a une boite à flemme pas entamée…
— Et qu'il y a-t-il dans cette maudite boite dont je soupçonne la raison d'être ? soupira la Terreur des cachots en prenant une gorgée de thé.
— Du nougat Néansang, des petits fours Tournedeloeil, des pastilles de gerbe et des berlingots de fièvre.
— Je vois à présent d'où viennent ces curieuses épidémies qui sévissent brutalement pendant mes cours… Messieurs, nous allons commencer par affaiblir l'ennemi. Pour ce faire, nous allons débuter par le jeune Moldu. Pouvez-vous accéder au registre de l'hôtel et trouver le numéro de chambre de Dudley Dursley ?
— Ça, c'est facile, Professeur Rogue, fit Colin en tripotant machinalement l'appareil photo qu'il ne quittait jamais. Il suffit que j'aille à la réception demander des sous à Maman en lui disant qu'on veut aller au cinéma avec Harry. Elle déteste nous donner des rallonges d'argent de poche et va tenter de discuter. Pendant ce temps, Dennis pourra jeter un œil sur le registre en douce.
— Excellent ! Dès que vous aurez ce numéro, je vous ouvrirai la porte avec un Alohomora. Vous avez votre maudite cape avec vous, je présume, Potter ?
— Oui, Professeur.
— Vous me la prêterez quelques instants, et pendant que je ferai le guet dans le couloir, celui qui m'aura accompagné, ira placer un de ces bonbons piégés, pourquoi pas un berlingot de fièvre, dans la soucoupe à bonbons que l'hôtel place sur chaque bureau dans les chambres. Il y a fort à parier que ce goinfre de Dursley Junior va se jeter dessus.
— Je veux bien le faire, répondit Harry, ravi de pouvoir enfin se venger de Dudley.
— Votre cousin sera malade et votre tante Pétunia restera très certainement à son chevet, ce qui nous laissera une soirée tranquille. Passons maintenant à votre oncle Vernon. Il faudrait que nous puissions l'embarrasser de façon à le discréditer aux yeux des clients et de la Direction… Bien que Monsieur Higgins ait déjà une mauvaise opinion de lui.
— M'sieur Higgins n'a pas trop de patience, en plus, s'amusa Colin. Il aime bien quand tout roule, M'man dit qu'il déteste les imprévus.
— Je pense que la patience de Monsieur Higgins va être durement éprouvée dans les jours qui vont suivre, annonça Severus avec un rictus mauvais qui fit frissonner instinctivement ses élèves. À part votre boite à flemme, qu'avez-vous d'autre venant de chez les jumeaux Weasley ?
— Des oreilles à rallonge…
— N'est-ce pas cet article que Molly a un jour confisqué à votre ami Ronald alors qu'il tentait d'écouter à la porte de la cuisine lors d'une réunion, Potter ? demanda Severus à mots volontairement couverts.
— Si, c'est ça, Monsieur, fit Harry en hochant la tête.
— Je ne leur vois pas d'usage particulier à moins que vous ne vouliez écouter les conversations des Dursley, en toute discrétion.
Harry, qui possédait lui aussi une de ces fameuses oreilles, regarda alors ses deux amis de Gryffondor qui hochèrent la tête, devinant sa question.
— Je pense que ça peut se faire, Monsieur. Si nous savons ce qu'ils ont prévu comme distractions et de quoi ils parlent, ça nous sera plus facile de les piéger.
— Excellent, Potter. De quoi disposons-nous d'autre ?
— Heuuu… J'ai… Heuu… Du Pousse-rikiki, Professeur, la version poudre. Il existe aussi en bonbons, avoua Harry, rougissant, tandis que Dennis pouffait de rire dans sa main et que Colin cachait son fou rire en toussant.
Severus leva un sourcil intrigué en entendant le nom du produit.
— Encore une création de ces deux menaces flamboyantes, je présume. Et en quoi cela consiste-t-il, Potter ?
— C'est… Heu… Une poudre blanche sans odeur et sans saveur, qu'on peut glisser dans le thé et qui… Constipe, Professeur.
— Je vois ce qui vous faisait rire, Messieurs Crivey. Seriez-vous partant, pour aller mettre un peu de cette poudre dans le thé de l'oncle d'Harry ?
— Je pense que ça sera plus facile pour Dennis, Professeur. Le barman l'a à la bonne depuis qu'il est tout petit, annonça Colin. Tous les thés, cafés et chocolats servis dans les chambres, au restaurant ou à la piscine proviennent du bar, Monsieur. Si avec les oreilles on entend qu'il demande un thé, il suffira que Dennis aille dire bonjour au barman et ce sera facile pour lui de le faire sous prétexte de l'aider.
— Votre oncle boit du thé, Monsieur Potter ?
— Devant Tante Pétunia, oui. Mais quand elle a le dos tourné, c'est plutôt la Guinness et le whisky écossais.
— La poudre fonctionne dans l'alcool ?
— Non, d'après la notice, il ne faut pas l'utiliser dans l'alcool, ça en annule les effets, répondit Harry.
— Alors nous devons piéger les deux à la fois, nous n'avons pas le choix. Dursley ne boira du thé qu'en présence de Pétunia.
— Pourquoi vous voulez les constiper, Professeur ? demanda alors Dennis Crivey de sa petite voix encore épargnée par la puberté.
— J'ai dans ma malle de quoi préparer une potion laxative de grade trois…
Les trois Gryffondors se mirent à pouffer de rire au dessus de leurs coupes de glaces vides.
— Mais Professeur, vous nous avez dit en cours qu'il ne fallait la prendre que lorsqu'on était déjà aux toilettes, à cause de son effet fulgurant, s'étonna Colin, le meilleur des trois en potions.
— Dix points pour Gryffondor, Crivey ! Vous avez parfaitement retenu ce détail. Mais l'intérêt, c'est que Dursley ne le sait pas… Une large dose de ce Pousse-rikiki devrait le retenir de visiter un certain endroit pendant quelques jours, n'est-ce pas, Monsieur Potter ?
— On peut aller jusqu'à trois mesurettes de poudre en une fois, ça fait trois jours sans y aller, Professeur.
— Excellent, Potter. Donc Messieurs Crivey, l'un de vous mettra trois mesures de Pousse-rikiki dans le thé de Dursley. Nous préparerons la dose avant de façon à ce que l'administration de la poudre soit rapide. Ensuite, dans trois jours, je déposerai magiquement le laxatif dans leur nourriture au restaurant. Potter, il nous faudra descendre dîner plus tôt ce jour-là. Il y a toujours plus de monde aux dîners. Une fois la potion magiquement livrée à bonne destination, nous quitterons immédiatement les lieux. Je n'ai aucune envie d'assister à ce qui suivra. Du moins… De près. Vous pourrez utiliser une oreille et votre cape depuis le hall si vous le souhaitez, Monsieur Potter.
— Avec plaisir, Professeur.
— Vous croyez que ça suffira pour les faire partir, Monsieur ? demanda Colin.
— Non, Monsieur Crivey, mais ça dégoûtera les clients et le personnel de leur présence. Ensuite, je prévois autre chose en attendant les effets du Pousse-rikiki. Potter, votre tante a peur des fantômes. Votre mère l'avait terrorisée avec les histoires de Nick Quasi-Sans-Tête et du Baron Sanglant. Nous allons jouer les fantômes…
— Comment vous savez ça ? Vous connaissiez ma mère ? C'est pour ça que Tante Pétunia vous a reconnu ce midi dans le hall ?
— Oui, Potter. J'ai été à Poudlard avec vos parents comme votre parrain vous l'a dit, et je vivais dans le même quartier que vos grands-parents Evans. Il n'y a rien d'autre à rajouter.
Sentant que le Maître des cachots ne lui disait pas tout, Harry hocha la tête et ne rajouta rien. Il savait que l'homme ne parlerait jamais devant les deux Crivey. C'était un miracle qu'il en ait dit autant, d'ailleurs. Quelle était donc la relation que Rogue avait bien pu entretenir avec sa mère Lily ? Il avait dû bien la connaître s'il avait aussi connu Pétunia et leurs parents.
— Comment on peut jouer les fantômes, Professeur ? insista Harry. Hermione m'a dit que les Moldus ne pouvaient pas les voir.
— Miss Granger a raison, Potter. Seuls les Moldus ayant quelques dons de médiums peuvent voir des fantômes, ou plutôt vaguement les apercevoir. Mais les Moldus peuvent sentir plus ou moins leur présence, surtout… si cette présence est très active et envahissante. Et nous seront envahissants, Potter. Des sorciers désillusionnés peuvent très bien jouer les fantômes et perturber ainsi le repos nocturne de Moldus. Vous ne pouvez pas faire de magie, pendant les vacances, sauf des sorts mineurs tels qu'un Lumos ou un Alohomora. Mais comme je suis présent, je peux vous en donner l'autorisation en tant que professeur de Poudlard. Le Ministère de la Magie ne peut pas identifier à 100 % qui a jeté un sort à un endroit précis. Vous le savez, le Professeur Dumbledore m'a expliqué ce que votre ami Dobby avait fait avec un gâteau et un Wingardium Leviosa aux invités de votre tante.
— Oui, le Ministère a cru que j'étais responsable.
— Vous étiez le seul sorcier de cette maison. Donc pour le Ministère, vous étiez forcément responsable. S'ils cherchent à savoir si un sorcier se trouve dans l'hôtel depuis le Ministère de la Magie, ils ne pourront que détecter ma signature magique et en déduiront que c'est moi. C'est de cette façon que les enfants de familles magiques se permettent de faire de la magie avant d'entrer à Poudlard, par exemple en empruntant les baguettes de leurs parents.
— Et la Trace, Professeur ?
— Elle permet d'identifier une baguette et donc le sorcier qui la possède, dans le cas où un sort est jeté avec elle. Votre ami l'Elfe de Maison n'avait pas de baguette donc le Ministère a supposé que vous aviez fait de la magie sans baguette. Ils sont idiots car ce n'est pas à la portée du premier venu et surtout pas d'un gamin de douze ans.
— Hou la la ! On n'a donc pas intérêt à faire de la magie à la maison, murmura Colin.
— McGo nous a dit que si on le faisait, elle nous dévisserait la tête de toute façon, rajouta Dennis sur le même ton.
— Le Professeur McGonagall, Monsieur Crivey, je vous prie !
— Désolé, Professeur.
— Nous allons de ce pas attaquer l'Opération Pousse-rikiki et berlingot de fièvre, Messieurs. Potter, nous allons aller préparer la dose adéquate de cette poudre. Pendant ce temps, Messieurs Crivey, vous veillerez à obtenir le numéro de la chambre de Dursley fils. Les parents sont au numéro 12, le fils ne doit pas être loin d'eux. Ensuite l'un d'entre vous, celui qui ne connaitra pas le numéro de la chambre, ira chercher chez lui, la fameuse boite à flemme. L'autre montra pour nous l'apprendre.
— Les chambres d sont au premier étage, annonça Colin, celles de 10 à 19 sont au second. Ils sont forcément tous au second. On regardera si la clé est au tableau.
— Lorsque vous aurez le numéro de la chambre, frappez à la porte du numéro 7, c'est là que nous logeons. En fonction de la présence des Dursley dans leurs chambres, nous aviserons pour le dépôt du berlingot de fièvre.
Et ainsi donc furent programmées les premières étapes de la vengeance des sorciers contre les Moldus Dursley. Harry et Severus montèrent tranquillement jusque dans leur chambre. Tandis que le jeune Gryffondor fouillait dans sa malle afin de trouver le précieux flacon de Pousse-rikiki version poudre, les deux Crivey embobinaient leur mère afin d'obtenir une rallonge d'argent de poche et surtout de connaître le numéro de la chambre de Dudley.
Quelques minutes plus tard, les deux petits blonds montaient l'escalier avec un billet de cinq livres dans la poche de Colin et le numéro de chambre de Dudley obtenu par Dennis. La clé était au tableau, tout comme celle de ses parents. Les Moldus étaient sortis.
Dans la chambre 7 de l'hôtel, Harry et Severus n'avaient pas perdu de temps. Le Gryffondor avait trouvé sans souci le flacon de Pousse-rikiki qui n'avait jamais quitté sa boite violette et n'était même pas entamé. Severus Rogue avait conjuré un petit flacon, pas plus grand que ceux employés pour le Felix Felicis. Avec l'aide de la mesurette jointe au Pousse-Rikiki, Harry avait versé la dose de poudre adéquate de façon à constiper une personne pendant trois jours. Les deux sorciers étaient bien conscients que si la théière était partagée entre deux personnes, les effets en seraient moindres, mais ça serait mieux que rien. De toute façon, comme l'avait fait remarquer Harry, Vernon mangeait tellement, que la quantité de déchets contenue dans ses intestins serait plus importante que pour un individu normal, et les effets à venir du laxatif d'autant plus… effrayants. Le Serpentard n'avait pu retenir un rictus amusé et avait dû se retenir de pouffer comme un Poufsouffle de première année.
On frappa à la porte et Severus alla ouvrir.
— Professeur Rogue, fit Dennis en chuchotant. Le cousin d'Harry est à la chambre 14, c'est juste celle à côté du 12. Ici le 13 est en face. Les clés sont au tableau, ils ne sont pas dans leurs chambres. Colin a jeté un œil du côté de la piscine, ils n'y sont pas. On pense qu'ils sont à la plage.
— On va aller chercher la boite à flemme tout de suite, et on regardera sur la plage et en ville, au cas où, poursuivit Colin du même ton. Vous avez trouvé le Pousse-rikiki ?
Harry qui s'était approché de la porte leur montra le petit flacon en silence, avec un large sourire inquiétant. Les deux garçons lui rendirent son sourire et se regardèrent d'un air entendu.
— On y va, ajouta Colin. Viens Dennis. On revient dans un quart d'heure, Professeur, on n'habite pas loin.
— Parfait.
Lorsque la porte se referma sur les deux Crivey, Harry repensa soudainement à ce que lui avait raconté son enseignant, juste après le repas. Il repensa au vieil homme que cet éléphant de Dudley avait poussé dans l'escalier.
— Dites, Professeur, vous croyez que le monsieur que Dudley a poussé et fait tomber dans l'escalier est gravement blessé ?
— C'est un Moldu et il est assez vieux, plus de soixante ans, je dirais. Et au vu de l'aspect qu'avait sa jambe, je pense que c'est assez sérieux, mais pas au point de menacer sa vie. Il va certainement souffrir par contre. Je ne connais pas bien la médecine moldue, ni s'ils donnent des choses contre la douleur. J'espère pour lui…
— Les Moldus n'ont pas de potions mais il y a des choses pour la douleur. Ils ont des anesthésiants efficaces et aussi la morphine pour les gens qui souffrent beaucoup. Que croyez-vous que Monsieur Higgins va dire aux Dursley ?
— Nous ne pouvons que supposer qu'il va leur tomber dessus dès qu'ils vont rentrer à l'hôtel. Pour le reste, je l'ignore…
— Ils se sortent toujours de tout. Oncle Vernon ne paye jamais ses contraventions quand il roule trop vite ou se gare n'importe où avec sa voiture. Il a toujours dit qu'il avait le bras long et qu'il était inutile que je me plaigne à quelqu'un car ça ne marcherait pas et que je le paierais.
— Et vous avez essayé, Potter ?
— Pas eu besoin, Professeur. Quand j'étais à l'école maternelle, une institutrice avait vu des marques suspectes sur moi et elle avait fait un rapport, je crois. Ça n'a pas marché. Elle a été envoyée dans une autre école et moi… Je l'ai payé chèrement.
— Vous aviez quel âge, Potter ?
— On entre à l'école primaire à cinq ans chez les Moldus, dans notre pays, alors j'étais plus jeune que ça. Trois ou quatre ans, je ne sais plus trop.
Severus avait parfaitement bien compris ce qu'Harry avait voulu dire en révélant qu'il avait payé chèrement l'inquisition de cette maîtresse d'école. Le gamin avait sans nul doute été battu, privé de nourriture et Merlin seul savait quoi d'autre.
— Sortez votre cape d'invisibilité, Potter. Nous allons attendre vos amis et dès que les berlingots de fièvre seront là, nous en déposerons un dans la chambre de votre cousin.
— Un seul ?
— Oui, Monsieur Potter. Il ne faut pas laisser de preuves derrière nous.
Les deux frères Crivey n'avaient pas mis longtemps à revenir avec leur boite à flemme, dissimulée dans un de leurs sacs de plage. Leur mère les avait vus passer de nouveau la porte de l'hôtel et traverser le hall. Colin et Dennis avaient tous deux leurs sacs de plage et il semblait évident pour elle, qu'ils allaient rejoindre leur ami et leur professeur. Elle les avait donc laissés monter l'escalier sans même leur demander où ils allaient ainsi. Une fois dans la chambre 7, ils avaient donné la boite à flemme au Professeur Rogue qui avait pris le temps de l'examiner dans tous les sens, ainsi que les produits qu'elle contenait. L'homme avait déballé un des berlingots de fièvre et à l'aide d'un de ses couteaux d'argent diaboliquement aiguisé, il avait tranché la friandise de façon à en retirer le côté salvateur.
— Nous voici prêts, Potter. Prenez le bonbon. Vous, Messieurs Crivey, vous allez nous attendre bien sagement ici et sans rien toucher, ou je vous préviens ça ira très mal pour vos petites affaires ! Pigé ? fit-il menaçant, les yeux glacés.
Les deux blonds frissonnèrent sous la menace et hochèrent frénétiquement la tête.
— On bougera pas de là, promis ! répondit Colin d'une voix tremblante.
Les deux garçons étaient assis sur le lit d'Harry et avaient bien l'intention de ne pas en bouger. Tout valait mieux que de se mettre la Chauve-souris des cachots à dos. Ils regardèrent Harry déplier sa cape d'invisibilité et s'en recouvrir. Severus le rejoignit sous ladite cape, la porte s'ouvrit et les deux sorciers invisibles quittèrent la chambre en refermant derrière eux.
— Ouaaaah ! J'en avais entendu parler dans la salle commune, mais je ne l'avais encore jamais vue, murmura Colin à son petit frère. C'est trop génial, un truc comme ça !
— Ouais ! Qu'est-ce que je donnerais pour en avoir une aussi ! Tu crois que lorsqu'on sera grand on pourra s'en payer une ?
— Si on gagne assez de sous, pourquoi pas… Mais ça doit être vachement cher ! fit Colin en soupirant.
Les deux autres sorciers avaient monté tranquillement l'escalier sans rencontrer âme qui vive. Visiblement, tous les pensionnaires de l'hôtel se trouvaient à la piscine ou à la plage, en train de profiter du beau temps exceptionnel. Ils avaient longé le couloir, leurs pas étouffés par l'épaisse moquette qui en recouvrait le centre à la façon des tapis rouges officiels. Ils s'arrêtèrent devant le numéro 14 et Severus ouvrit la porte d'un Alohomora informulé.
Harry ne fut pas étonné à la vue de la chambre passablement dévastée, mais Severus lui, se figea un moment, surpris par la vision des lieux. Il se reprit bien vite, se promettant de demander des explications à Potter et lui fit signe d'aller déposer le bonbon dans la soucoupe vide. Il sortit quant à lui de la chambre et resta sur le palier pour surveiller une éventuelle arrivée. Harry ne mit que quelques secondes à faire son office et il rejoignit le professeur sous la cape. Le Serpentard referma la porte d'un sortilège et ils redescendirent tranquillement l'escalier.
Une fois rentrés dans leur chambre, Harry les débarrassa de la cape et alla aussitôt la ranger dans la commode. Les deux Crivey n'avaient pas bougé, comme promis. Severus posa ses fesses maigrichonnes sur la chaise du bureau et se pinça l'arête du nez entre le pouce et l'index.
— Expliquez-moi, Potter. Je veux savoir pourquoi la chambre de votre cousin est dans un tel état. Je commence à craindre qu'il n'y ait pas de service d'étage, ici.
— Oh si, y en a un ! fit Dennis surpris. Y a des femmes de chambres qui passent tous les matins pour le ménage, et on peut même se faire servir les repas dans les chambres si on ne veut pas descendre. Il suffit de téléphoner à la réception. Pourquoi vous pensez qu'il y en a pas, Professeur ?
— Monsieur Crivey, la chambre du cousin de Potter ressemble à une décharge publique, alors je suis en droit de me poser ces questions, voyez-vous…
Harry se mit à rire à gorge déployée, sous les regards inquiets des deux autres Gryffondors et celui agacé du Maître des Potions.
— Professeur Rogue… commença Harry. La chambre de Dudley est toujours comme ça. Que le ménage soit fait ou pas. Il m'arrivait de devoir la refaire trois ou quatre fois dans la journée parce qu'il faisait exprès de tout mettre en désordre à peine avais-je terminé, tout ça pour que j'ai des ennuis ! C'est un spécialiste pour ça. Il défait le lit et met les draps et couvertures par terre, il mange toute la journée des sucreries, des glaces, des gâteaux et laisse les papiers partout. Il essaie plusieurs tenues chaque jour et au lieu de les ranger dans l'armoire, les jette par terre. Il ne range aucun des jeux qu'il utilise, il renverse ses boissons et n'essuie pas. Quand il était plus jeune, il pissait sur la moquette de sa chambre pour m'accuser ensuite. Il dessinait sur les murs, le papier peint neuf à peine sec. Et ainsi de suite. Rien de ce que vous avez vu dans cette chambre ne m'étonne ou ne m'est inconnu.
Le sorcier resta coi devant le récit du jeune homme, et les deux petits Gryffies en furent bouche bée. Harry alla s'asseoir sur son lit près de ses amis et rajouta :
— C'est un porc, tout simplement un porc avec une perruque !
— On l'a vu quand on a été chercher la boite à flemme à la maison, précisa Colin. On est passé le long de la plage. Il allait se baigner. On n'a pas eu de mal à le reconnaître, il est exactement comme tu nous l'as dit, Harry.
— Nan, il est encore plus gros et moche que je pensais, termina Dennis avec une moue dégoûtée. J'espère qu'un bateau va passer tout près de lui et que l'hélice va le couper en deux, comme cet américain y a trois ans.
— Pfff ! Il est trop gros, ça marcherait pas et en plus ça abimerait le bateau, fit alors Colin en secouant la tête.
Severus Rogue était outré. Il avait connu des enfants pourris/gâtés au cours de sa carrière à Poudlard. Son filleul Drago Malefoy pour commencer, ainsi que James Potter pour ne pas le nommer, mais Dudley Dursley dépassait tout ce qu'il avait bien pu imaginer. Ce Moldu n'avait absolument aucune éducation. Il mangeait salement et beaucoup trop, il était violent, désordonné et n'avait aucun respect pour personne. Il se mit à penser avec nostalgie à ses années de Mangemort, il aurait adoré avoir cette fripouille sous sa baguette et le voir se tortiller et hurler sous les Doloris… Malheureusement, Albus Dumbledore ne laisserait jamais passer ça, s'il s'avisait de franchir le pas. Pfff ! Ce vieux débris et son amour des Moldus !
— Ben dis-donc, quand je pense à sa chambre… s'écria Dennis, c'est un beau cochon, celui-là ! Si on faisait le quart de ça dans la nôtre, M'man nous tuerait !
— Je suis ravi d'apprendre que vous rangez votre chambre, Messieurs, mais nous n'avons pas terminé encore notre opération. Visiblement, les Moldus sont à la plage, donc nous allons nous y rendre également. Potter, vous avez ce qu'il faut ?
— Oui, Professeur, Hermione m'a fait acheter un maillot.
— Il est décent ? Je ne tiens pas à vous voir vous promener à demi-nu avec vos attributs à l'air, Potter !
— Heuuuu… il vient de chez Madame Guipure, Monsieur.
— Parfait !
La mode des sorciers était en retard par rapport à celle des Moldus. Les maillots de bain une pièce très couvrants étaient pratiquement jugés indécents par les sorcières, qui il y avait peu, portaient encore les tenues complètes style 1900, avec rubans, fanfreluches, chaussures, bas et bonnet. Les hommes portaient des sortes de grenouillères rayées qui ressemblaient à des pyjamas pour bébés il n'y avait que très récemment qu'ils avaient adopté les bermudas moldus pour la plage. Harry avait donc acheté un maillot qui le faisait ressembler à un surfeur. Hermione lui avait assuré qu'il serait parfait à la fois pour les sorciers et pour les Moldus.
Visiblement, le Professeur Rogue était de la vieille école et avait un peu de mal avec la nouvelle mode sorcière. C'était à se demander comment il allait prendre la vision des Moldues en bikini et pire en monokini…
Harry avait suivi les frères Crivey sur la plage en face de l'hôtel. Celle-ci était privée et donc avait des palissades de bois fichées dans le sable afin de délimiter l'endroit réservé aux clients de l'hôtel. Une grande estrade en caillebotis accueillait des salons de jardin et des parasols. Quatre marches de bois menaient à la plage de sable fin, où un employé de l'hôtel plus ou moins vêtu en maître-nageur proposait des chaises longues et des parasols aux clients qui le souhaitaient. Des cabines de bois à l'ancienne permettaient de se mettre en maillot de bain et les trois Gryffondors se précipitèrent vers l'une d'entre elle en courant, habitués à la promiscuité des douches de Poudlard.
Severus n'avait aucunement prévu de se mettre en maillot de bain. Plutôt subir les Doloris du Seigneur des Ténèbres que de s'abaisser à ça. Lorsque les trois garnements sortirent de la cabine, ils virent que leur professeur à peine supporté ici et détesté à l'école, s'était contenté de retirer sa veste, ses chaussures et ses chaussettes et de remonter les manches de sa chemise de soie noire. Il s'était installé dans une chaise longue, sous un parasol, avec ses lunettes de soleil sur le nez et il lisait le livre qu'il avait apporté.
— Ça m'aurait étonné qu'on le voie en maillot, celui-là, ricana Dennis en sortant de la cabine.
Tous les trois étaient vêtus de bermudas de bain, aux couleurs un peu trop Gryffondoriennes au goût de la Terreur des cachots. Ils étaient également blancs comme des cachets d'aspirine moldus, mais lui-même ne pouvait se vanter d'être bronzé. Potter était beaucoup trop maigre, mais sa musculature due au Quidditch aidait à dissimuler ce fait.
— Professeur, demanda Harry en s'approchant du Maître des Potions. On peut aller se baigner ?
— Vous savez nager, Potter ?
— Non.
Severus leva ses lunettes au dessus de son nez et toisa son élève.
— Vous ne savez pas nager… Et comment avez-vous fait pour la seconde tâche du Tournoi des Trois Sorciers ? murmura-t-il discrètement.
— Dobby m'avait trouvé de la Branchiflore, Professeur.
— Ah. Je sais donc à présent qui m'avait volé cet ingrédient.
— Volé ? Je ne savais pas d'où elle venait, Professeur. Désolé. Je vous la rembourserai.
— Laissez tomber, Potter, il y a prescription. Mais ne vous avisez jamais de me piller mes réserves ou passer votre diplôme sera le cadet de vos soucis. J'ignorais que vous ne saviez pas nager. Vous auriez pu vous noyer. Vous n'êtes donc jamais allé à la mer ou à la piscine pendant vos vacances ?
Harry ouvrit la bouche pour répondre, mais l'ancien espion continua sur sa lancée.
— Non, bien sûr que non… avec cette saleté de Pétunia et son gros lard… Y avait pas de danger qu'ils dépensent 50 pences pour vous. Approchez, Potter !
Harry obéit et vit la baguette de bouleau noir qui était dissimulée dans la veste posée sur les genoux du Serpentard. L'homme s'en saisit discrètement et lança un sort informulé à son élève honni.
— Voilà, vous pouvez aller jouer dans l'eau, Potter. Vous ne risquez rien, quoi qu'il arrive vous ne vous noierez pas. Vous savez nager, Messieurs Crivey ?
— Oui, Professeur Rogue, très bien, et Dennis aussi, répondit Colin qui serrait son sac de plage contre lui.
— Occupez-vous intelligemment, ne faites pas de bêtises et tenez-vous à l'écart du cousin moldu d'Harry.
— Oui, Monsieur, répondirent-ils tous les trois en chœur.
Severus regarda les garçons s'installer un peu plus loin. Ils étalèrent leurs serviettes de bain sur le sable et le sorcier vit que celle d'Harry était une publicité pour les Bizzar'Sisters. Super pour la discrétion ! Colin et Dennis se relayèrent pour gonfler un ballon de plage multicolore et Severus les regarda se diriger vers les vagues tous les trois. Il balaya du regard la plage et vit qu'un peu plus loin sur la gauche, les Dursley étaient étalés dans des chaises longues. Ils s'étaient mis en maillot de bain et Vernon ressemblait à un cachalot échoué sur une voile accrochée à son mat. Pétunia portait un maillot à fleurs une pièce qui laissait voir sa maigreur.
Rogue grimaça. Comment une femme aussi laide, disgracieuse et méchante pouvait être la sœur de la douce et délicieuse Lily Potter ? Avec un brin de nostalgie, il se remémora les courbes de la rousse Lily, sa poitrine agressive et sa peau couleur de lait… Rhaaaa ! Non, pas penser à ça !
D'ailleurs, la femme Warwick dont le mari était à l'hôpital ressemblait beaucoup à Lily. Et elle était vivante, et seule… Du coup… Il y avait matière à creuser. Cela faisait un moment qu'il n'avait pas eu une petite copine pour chauffer son lit. Pas facile avec la Marque des Ténèbres…
Mais, maintenant, la Marque n'était plus là, juste une cicatrice rosée à peine visible.
Il jeta un coup d'œil sur son bras dénudé. Il pouvait enfin les montrer sans honte. Et tout ça grâce à cette andouille de Potter ! Au moins, il avait servi à quelque chose… Si Lord Voldemort n'avait pas eu l'idée de lui courir après, jamais il ne se serait cassé la figure, ni fracassé le crâne…
Oh oui… Severus avait bien l'intention de mettre ses vacances forcées à profit. Elle était bien jolie cette petite Madame Warwick, et elle l'avait regardé avec intérêt, lors de leur arrivée. Son mari était vieux et blessé, elle aurait sans nul doute besoin de consolation et de compagnie. Il ferait en sorte d'oublier qu'elle n'était pas une sorcière… Momentanément.
Une bande de filles en bikinis, gloussant et pouffant passa devant lui. Il les regarda, outré de leur tenue. Ces Moldues ne connaissaient donc pas la décence ? Ces triangles microscopiques de tissu ne dissimulaient rien de leur anatomie. C'était une honte ! On voyait même leurs nombrils et leurs fesses ! Aucune sorcière de bonne réputation n'aurait osé se promener ainsi ! Quelle déchéance !
Pestant et ronchonnant dans son for intérieur, Severus détourna son regard de la vision décadente afin de vérifier ce que pouvaient bien fabriquer les lionceaux de Minerva dont il avait hérités. Un, c'était déjà dur, mais trois… Enfin, ils n'étaient pas désagréables à priori et les frères Crivey avaient trop peur de lui pour lui manquer de respect. Il valait mieux les supporter eux, que les Weasley, les sorciers les plus mal élevés qu'il ait connus. Les trois Gryffondors avaient de l'eau jusqu'aux cuisses et se lançaient le ballon de plage en sautillant dans les vagues. Il entendit Harry et Dennis Crivey éclater de rire quand Colin trébucha et se retrouva sous l'eau. Leur ballon leur échappa donc momentanément et Severus vit le gros cousin Moldu l'attraper et s'en aller avec, en leur lançant un regard de défi et des insultes.
La moutarde monta rapidement au nez de l'ancien Mangemort en entendant les mots de « monstre et anormal » que le porc à perruque blonde balança à Harry Potter. Pas question de laisser passer ça. Si quelqu'un était un monstre ici, c'était bien cet abominable gamin obèse et mal élevé. Harry tenta de reprendre le ballon mais Dudley le poussa violemment. Les deux Crivey se lancèrent sur le Moldu en criant « C'est notre ballon, voleur ! » mais Dursley junior leur balança des coups de poing.
Severus posa son livre sur ses genoux. Sa veste pliée sur son bras et sa baguette qu'elle dissimulait dans sa main, il fit un geste sec en murmurant un sort, les dents serrées. Aussitôt, Dudley fut projeté en l'air et retomba dans l'eau, comme s'il avait glissé sur quelque chose de particulièrement gluant. Le ballon lui échappa et Colin le reprit aussitôt. Les trois garçons s'éloignèrent du Moldu et reprirent leur jeu en le lorgnant du coin de l'œil. Assis dans l'eau, hébété, Dudley mit un moment à comprendre ce qui s'était passé, son intelligence limitée le desservant quelque peu. Fulminant, il se releva et se dirigea vers les trois garçons. Arrivé près des Crivey, il poussa violemment Colin dans l'eau, Harry se précipita pour remonter son ami à la surface, tandis que Dennis apeuré, serrait convulsivement son ballon dans ses bras. Severus, furieux, allait se lever quand un coup de sifflet retentit sur la plage. Le maître-nageur de l'hôtel qui portait un tee-shirt blanc marqué « Sauveteur » et un mini-maillot de bain noir se dirigea vers eux en criant.
— Pas de ça, toi ! Laisse-les tranquille ! fit-il à l'adresse de Dudley. Je te surveille depuis un moment, et si tu embêtes encore un nageur, je t'expulse de la plage ! Compris ?
— J'vais l'dire à mon père, se contenta de balancer Dudley, les poings serrés. Ils ont pas l'droit d'être là ! C'est rien que des monstres, et des anormaux comme Potter !
Dudley trottina vers ses parents, ses bourrelets de graisse et ses triples mentons tremblotant à chaque foulée.
— Papaaaaaaa ! l'entendit-on sur toute la plage.
Severus soupira. Décidément, partout où ils allaient, ces abominables Moldus semaient le trouble. Les trois jeunes sorciers s'étaient figés, inquiets. Ils regardaient vers leur Maître des Potions, persuadés qu'ils allaient avoir des ennuis. La Terreur des cachots se leva de sa chaise-longue et posa son livre sur la toile tendue. Les gamins n'avaient rien fait de répréhensible et visiblement Potter commençait à paniquer. Il ne bougeait plus et ses amis tentaient de le faire réagir. Forcément, le gosse n'avait pas de baguette, et sans elle, il était démuni et à la merci de la violence de sa famille.
Le Serpentard se dirigea vers eux au moment même où Vernon tiré de sa séance de bronzage aperçut son neveu et se mit à hurler sans se préoccuper des autres vacanciers.
— POTTER ! JE VAIS TE FAIRE LA PEAU, SALE VERMINE ! DÉGAGE DE CETTE PLAGE POUR GENS NORMAUX !
— Touchez à ces enfants, Dursley, et c'est moi qui vous fais la peau ! rugit Severus, furieux.
L'Oncle Vernon se retourna et vit la baguette à peine dissimulée par la veste noire posée sur l'avant-bras du sorcier.
— Vous êtes encore là ! Comment ça se fait que vous n'avez pas été chassés ?
— Vous croyez que vous avez un seul pouvoir, ici, Dursley ? Nous avons payé pour un séjour de deux semaines dans cet hôtel et nous avons bien l'intention de profiter de nos vacances. Vous n'avez rien à dire et si vous n'êtes pas content, vous rentrez chez vous !
— Et qu'est-ce que vous fichez ici avec un gamin, hein ? Oh, je vois, anormal et pédophile encore en plus !
— Je vous conseille de ne jamais répéter une telle chose, Dursley ! Il n'y a qu'un Moldu dépravé comme vous pour penser de telles inepties ! La pédophilie n'existe pas dans notre monde, la magie que vous détestez tant, protège les enfants jusqu'à leur majorité contre toute agression de ce type. Je suis le gardien de Potter pour la durée des vacances, j'ai été nommé par le Professeur Dumbledore lui-même. Et si jamais vous-même ou votre anormal de fils, vous touchez à un cheveu d'un des trois enfants dont j'ai la charge actuellement, je vous tue. Est-ce clair ? Je pense que cette chère Pétunia n'a pas manqué de faire ma publicité, donc vous savez de quoi je suis capable. Alors un conseil, n'approchez plus de moi ou des enfants !
Le regard perçant et glacial de l'ancien Mangemort fit frémir l'obèse. Sans un mot, il prit son fils par le bras et l'entraîna vers leurs chaises-longues. Pétunia, effrayée par Severus, n'avait pas osé s'approcher. Elle se contenta de le regarder la bouche pincée. Il lui fit un rictus menaçant et elle tourna la tête aussitôt.
Severus s'approcha de l'eau et s'adressa à Harry et ses amis.
— Potter, sortez de l'eau maintenant. Allez avec vos amis sur vos serviettes. Je les ai calmés mais il vaut mieux que vous ne soyez pas sous leurs yeux. Allez prendre un bain de soleil, ça vous fera du bien. Vous avez de la potion de soleil ?
— Oui, Professeur, murmura Harry, abattu. Hermione m'en a donné un flacon de chez Sacharissa Tugwood.
— Bien. Alors allez donc vous en barbouiller, vos amis vous aideront. Inutile que vous preniez un coup de soleil encore en plus. Ou allez vous installer sous un parasol.
— On peut ?
— Bien sûr, Potter ! Ils sont réservés aux clients de l'hôtel, ce que nous sommes.
Les trois jeune sorciers quittèrent l'eau et rejoignirent leurs serviettes de plage. Du coin de l'œil, Severus les surveilla alors qu'ils ramassaient leurs affaires pour aller s'installer dans des chaises-longues sous les parasols. En tournant la tête, il vit que les Dursley les toisaient avec haine et se dépêchaient de ramasser leurs affaires pour quitter la plage.
° Parfait. On va avoir la paix. Ils vont rentrer dans leurs chambres, le cousin de Potter va manger son berlingot de fièvre et on sera tranquille pour la soirée… °
Ravi de cette perspective, Severus reprit son livre et se replongea dans les aventures de Sherlock Holmes.
Vers 18 heures, Severus referma son bouquin. Les gens quittaient la plage. L'heure du thé, habituellement 17 heures, avait été reculée par la Direction de l'hôtel, car ils s'étaient rendu compte que leurs pensionnaires préféraient la plage et la piscine à cette heure-là. À l'heure normale, il n'y avait guère que quelques irréductibles dans le restaurant. Bien sûr, on les servait, comme la vieille Lady Mathilda et sa dame de compagnie Miss Roberts qui auraient fait un scandale si le thé ne leur avait pas été servi à 5 heures du soir pile. Le Serpentard rappela ses élèves qui somnolaient sur leurs chaises longues.
— Potter ! Nous rentrons ! Ramassez vos affaires et veillez à ne rien laisser derrière vous. Il est l'heure du thé.
— Oui, Professeur, tout de suite.
Severus avait discrètement retiré le sable sur ses pieds à l'aide d'un Tergeo. Il avait remis ses chaussettes et ses chaussures ainsi que sa veste. Il tenait son livre à la main et avait toujours ses lunettes de soleil sur le nez. Il était assez content de son après-midi, si on exceptait l'incident avec les Dursley. La température était agréable, le parasol efficace et la chaise-longue confortable. De plus son livre s'avérait passionnant, et il se promettait bien d'acheter les volumes suivants. Potter et les deux Crivey étaient supportables et se tenaient tranquilles, ce qui pour des Gryffondors était si rare que cela méritait d'être noté. Non, vraiment, il ne se plaignait pas et appréciait son début de séjour.
— On doit rentrer, Monsieur, fit Colin. M'man finit à 6 heures et on lui a dit qu'on serait là pour le thé.
— Très bien, Monsieur Crivey.
— On pourra revenir demain ? tenta Dennis, avec un regard inquiet.
— Si vous vous comportez correctement, je ne vois pas pourquoi vous ne pourriez pas. Assurez-vous d'avoir auparavant l'autorisation de vos parents, Messieurs.
— Oh oui, oui, bien sûr, répondit Colin. M'man sera d'accord de toute façon, elle aime bien Harry et puis, quand elle sait où on est, elle est contente. Et comme on sera là avec Harry, elle nous verra… Bonne soirée, Professeur ! Salut Harry, à demain.
— 'lut Colin.
— Bonne soirée à vous aussi, Messieurs. Venez, Potter, il faut que vous vous changiez et que vous rinciez tout ce sable.
Les deux hommes montèrent dans leur chambre. Harry se rinça, mit son maillot à tremper dans la baignoire pour en chasser le sable et se rhabilla des vêtements en jean qu'il portait depuis le matin.
— Allons-y, Potter.
— C'est dommage que les Crivey soient partis, Monsieur, on a personne pour mettre le Pousse-rikiki dans le thé des Dursley.
— Mmm… Vous pensez qu'ils vont en prendre ?
— Je pense que oui. Tante Pétunia est très attachée aux convenances. Ici on prend le thé à cette heure, donc ils vont le faire aussi. À Privet Drive, ils ne le font pas, ils dînent à 19 heures à la place. Un très copieux repas.
— Il y a le souper ici, Potter, mais à 20 heures, d'après ce que j'ai lu sur le panneau d'affichage.
— Oui, je m'en doute bien.
— Donc ne vous gavez pas pour le thé, nous souperons plus tard.
— La plage m'a donné faim, Professeur.
— C'est une très bonne nouvelle, Monsieur Potter. Nous allons donc mettre un peu de gras sur vos os, pendant ces vacances.
— Et du Pousse-rikiki dans le thé des Dursley.
Harry tendit le petit flacon de poudre à la Terreur des cachots qui s'en saisit alors.
— Je vais le faire, Potter. Je me désillusionnerai pour m'approcher de leur table et je verserai la poudre dans la tasse de votre oncle. Il aura donc la dose complète. Ce sera plus facile au final que ce que nous avions prévu en début d'après-midi.
— On ne verra pas le flacon ?
— Tant que je le tiendrai non, Potter, on ne verra pas le flacon. Vous entrerez seul dans le restaurant et vous vous installerez. Je vous suivrai invisible pour tout le monde. Je verserai la poudre, ressortirai du restaurant et reviendrai parfaitement visible comme si je venais d'arriver.
— Allons-y alors, Monsieur. J'ai hâte de voir ça !
— Passez devant, Potter, je vais fermer à clé. Vous garderez la clé avec vous, je la reprendrai après le thé.
Les deux hommes descendirent l'escalier et se mêlèrent aux pensionnaires qui se dirigeaient vers le restaurant. Harry entra dans le lieu et s'installa près de la fenêtre, à la table que lui proposa un serveur. Pendant ce temps, Severus alla se désillusionner dans les toilettes désertes du hall et entra dans le restaurant, les portes ayant été ouvertes en grand pour faciliter la circulation des convives.
À la table ronde, au centre de la pièce, près de la cheminée, les Dursley, curieusement amputés du plus jeune membre de leur famille, prenaient le thé. Severus s'approcha discrètement, en prenant soin de ne pas être heurté par un serveur qui ne pouvait le voir. Pétunia, les yeux larmoyants, se lamentait.
— Je ne comprends pas, Vernon. Duddy a de la fièvre, et il n'est jamais malade d'habitude. Je lui ai donné une aspirine, que penses-tu qu'il ait attrapé ?
— Bah ! Sûrement un coup de soleil, Pet… Diddy est un garçon solide, c'est certainement trois fois rien. Une bonne nuit de sommeil et il n'y paraîtra plus. Il aurait dû mettre sa casquette neuve, ça cognait dur cet après-midi.
— J'aurais dû rester là-haut avec lui, Vernon.
— Mais non, il est assez grand pour rester seul quelques instants. Tu lui as fait porter du thé ?
— Oui, bien sûr ! Et aussi des scones à la confiture et des crumpets, et une tarte aux pommes. J'espère qu'il ira mieux pour le souper. Il se faisait une telle joie de goûter l'agneau au miel ce soir. Il a besoin de manger, un beau garçon en pleine croissance comme lui !
— Tout à fait, Pet. Il ne faut pas qu'il jeûne. S'il n'est pas assez bien pour descendre, tu lui feras monter un bon repas dans sa chambre.
— Je le ferai, Vernon.
Severus eut presque envie de vomir quand il entendit les Dursley discuter entre eux. Ne voyaient-ils donc pas que leur abominable rejeton était déjà suralimenté ? Il regarda avec plaisir, Pétunia verser une nouvelle tasse de thé à son affreux mari et lui proposer une nouvelle pâtisserie. Il en profita pour faire tomber par terre, la serviette de table que le gros homme avait négligée de mettre sur ses genoux ou à son col, plutôt, vu son volume. Tandis que Vernon se penchait en grommelant pour reprendre la serviette fugueuse, Severus versa rapidement la poudre dans la tasse. Celle-ci eu la bonne grâce de se dissoudre immédiatement, et il remercia mentalement les jumeaux Weasley pour leur efficacité. Il glissa le flacon dans la poche de sa veste et quitta les lieux aussitôt. Il retourna dans les toilettes du hall pour annuler le sortilège de désillusion et revint tranquillement dans le restaurant.
— Ah, vous êtes là, Potter. Comment est le thé ?
— Très bon, Monsieur. J'ai demandé de l'Earl Grey, je crois que vous l'aimez bien.
— C'est mon préféré, Monsieur Potter. Je vous remercie de cette attention.
Severus se servit en thé, glissa deux sucres dans sa tasse et la touilla ostensiblement en prenant son temps pour choisir de quoi grignoter. Son choix se porta sur un crumble aux pommes et un scone à la confiture.
— Alors ? Ça c'est bien passé ? murmura Harry le nez dans sa tasse de thé.
— Oui, Monsieur Potter. J'ai versé la poudre dans la tasse de thé de votre oncle. Il semble que votre cousin soit malade. D'après Pétunia, il est couché avec de la fièvre…
— Il a mangé le berlingot !
— De toute évidence, fit Severus avec un rictus qui pouvait presque passer pour un sourire. Et cette nuit, nous allons jouer aux fantômes, Potter.
— Vrai, Monsieur ? Cette nuit ? Super ! Comment on fait ça ?
— Pas besoin de magie ou presque, Potter. Nous nous désillusionnerons, ensuite nous irons dans la chambre de vos Moldus que j'ouvrirai d'un Alohomora. Et là, nous nous amuserons, Monsieur Potter. Nous déplacerons des objets en les poussant sur les meubles, nous en ferons tomber à terre. Il faudra faire attention à ne pas les prendre en main sinon ils se désillusionneront également. Moi je pourrai utiliser ma baguette pour un sort de lévitation non formulé, mais vous, je sais que vous ne savez pas le faire, donc vous vous en tiendrez à ce que je vous ai déjà dit. Et en silence ! Pas de hou hou, comme dans les romans et films moldus, Potter. Vous pourrez tirer les draps et couvertures, ouvrir les robinets, claquer les portes, ce genre de choses. Attention à ne pas les toucher ! Le désillusionnement ne vous rend pas immatériel, Potter, je vous le rappelle !
Le souper s'était déroulé de façon très calme. Dudley n'était pas descendu et Pétunia était restée avec lui. Vernon Dursley avait donc dîné seul et en avait profité pour abuser de la bière recommandée avec la choucroute par le Maître d'Hôtel. Après cette infidélité à la cuisine anglaise, l'obèse avait pris plusieurs whiskies qu'il avait sirotés en écoutant Lady Mathilda jouer du piano sur le quart de queue qui trônait dans un coin de la salle, accompagnée par Miss Roberts à la contrebasse.
Harry Potter l'avait regardé faire avec un air blasé.
— Il est saoul tous les soirs ou presque, Professeur. Et encore, vous n'avez pas vu sa sœur, la Tante Marge ! Alors, elle… elle est démolie pour midi tous les jours.
— Celle que vous aviez gonflée, Potter ?
— Oui, elle venait de me dire que ma mère était une prostituée et mon père un chômeur alcoolique.
— Votre… Lily, une prostituée ? Elle n'a pas osé ! Et Pétunia n'a rien dit ? avait grondé la Terreur des cachots, les yeux lançant des étincelles.
— D'où croyez-vous que la Tante Marge tienne ces infos, Professeur. De Tante Pétunia, bien sûr…
Severus avait plissé les yeux et regardé méchamment Vernon Dursley dont il n'apercevait que le large dos. Il n'avait plus rien rajouté sur le sujet, mais son humeur avait ensuite été massacrante. Harry après le souper, avait laissé Severus dans les salons de l'hôtel. Le jeune sorcier avait été prendre une douche, s'était mis en pyjama, et après avoir envoyé un mail à Hermione pour lui dire qu'il était toujours en vie et Rogue aussi, il avait sorti de son sac de plage un jeu pour PC que Colin et Dennis lui avaient prêté. Severus, lui, avait un peu traîné au bar, regardant les joueurs de billard s'affronter tout en sirotant un verre de Whisky écossais. Ce n'était malheureusement pas du Pur Feu Vieil Ogden, mais il se laissait boire. Quelques jeunes gens faisaient les fous dans la piscine, tandis que leurs aînés squattaient les salons confortables du rez-de-chaussée.
Au bout d'un moment lassé et fatigué par l'air iodé, Severus se décida à monter se coucher. Enfin… Disons qu'il allait faire comme si. D'après ce que Potter lui avait confié, les Dursley étaient des couches-tôt. Dudley, lui, pour l'heure miraculeusement débarrassé de sa fièvre, traînait habituellement devant sa télé et sa console de jeu jusqu'à point d'heure, mais il le faisait dans sa chambre, bien à l'abri de l'inquisition maternelle. Ce qui voulait dire que Severus devait tuer le temps jusqu'à au moins minuit avant d'aller jouer les revenants.
Dans la chambre numéro 7 de l'hôtel Nabuchodonosor, Harry était plongé dans le jeu prêté par les Crivey. Il était mort de rire devant les délires pseudo-magiques loufoques de Discworld et comparait l'archichancelier du jeu, au Professeur Dumbledore. Le jeune balafré avait rapidement compris pourquoi les deux Crivey avaient aimé ce jeu. Il ne tourna même pas la tête quand le Professeur Rogue entra dans la chambre et se dirigea vers la salle de bain, emportant avec lui son pyjama, sa robe de chambre et sa trousse de toilette. Un quart d'heure plus tard, le Serpentard en ressortit, vêtu pour la nuit et les cheveux encore un peu humides, son brushing magique ayant été bâclé.
Attiré par les voix venant de la machine infernale que Potter appelait « ordinateur », Severus s'approcha de la chaise du Gryffondor et le regarda jouer un moment, intrigué et finalement amusé par la distraction moldue.
— Monsieur Potter, je conçois que vous vous amusiez comme un petit fou, mais nous devons fignoler notre plan fantomatique. Donc si vous pouviez cesser un instant, ça m'arrangerait.
— Oh, oui, Monsieur, pas de problème.
Harry se contenta de lâcher la souris qu'il avait branchée à son portable par commodité, et pivota sur sa chaise afin de faire face à la Terreur des cachots qui alla s'asseoir sur son lit.
— Il est presque minuit. Nous allons nous rendre dans un moment, dans la chambre de vos Moldus. D'après ce que j'ai pu glaner comme renseignements avec le barman, tout à l'heure, cet établissement respectable n'est pas connu pour ses débordements nocturnes. Personne ne traîne dans les couloirs à cette heure-ci. Vous avez comme moi, remarqué l'âge de la clientèle ainsi que leur catégorie sociale. Vous et votre cousin, êtes actuellement, je pense, les plus jeunes pensionnaires de l'hôtel, si on excepte les jeunes gens qui fréquentent le bar, le restaurant et la piscine et qui ne sont pas descendus à l'hôtel. Mais à cette heure-ci, ces distractions sont fermées, de toute façon.
— J'avais remarqué qu'il y avait plutôt des gens âgés ici, Professeur, ou au mieux avec au moins la quarantaine passée.
— Bien. Nous allons nous désillusionner, comme prévu, mais en plus je nous lancerai un enchantement, afin que nous puissions converser sans être entendus de quiconque. Il est probable que les hurlements de Pétunia ameuteront tout le second étage et même peut-être le nôtre et celui du personnel au 3ème. Quand ça commencera à bouger, j'ensorcèlerai les objets de la pièce et nous quitterons les lieux immédiatement. Nous rentrerons ici, et nous ferons comme si nous n'en avions pas bougé. Nous mettrons le nez à la porte pour nous enquérir des évènements auprès de nos voisins de chambre et ainsi personne ne pourra nous suspecter. Bien entendu, le sortilège de hantise prendra fin dès qu'une autre personne que Vernon ou Pétunia entrera dans la chambre numéro 12. Ainsi, ils seront les seuls à être témoin des évènements et personne ne les prendra au sérieux.
— Qui vous dit que Tante Pétunia va hurler, Professeur ?
— Monsieur Potter, elle VA hurler. Je le sais car Lily lui a joué déjà ce petit tour autrefois et j'en ai été le seul témoin. Bien entendu, votre tante n'a jamais su la vérité, nous avons fait les innocents quand elle en a parlé. Et nous lui avons assuré que seuls les sorciers pouvaient voir des fantômes, normalement.
— Si je comprends bien, elle a cru un instant ne pas être normale. C'est excellent, Monsieur, brillant, vraiment. La normalité est ce qu'il y a de plus important pour les Dursley. Ils ne supportent rien de ce qui sort de l'ordinaire. Parfois, je me dis que j'adorerais que Dudley leur avoue qu'il est gay, et qu'il sort avec un noir bardé de tatouages et de piercings. Ils en mourraient sur le champ !
— Et… Il l'est ?
— Pas de danger que Merlin me fasse ce petit bonheur, renifla Harry avec un air vaguement désolé. Il finira avec une fille bien tarte et bête comme ses pieds, et ils feront plein de gamins aussi bêtes et tartes qu'eux. Et ils se sentiront très normaux…
— Je vois. En attendant, Potter, mettez quelque chose sur vos pieds. Vous n'avez pas de pantoufles ?
— Si, des mules. Mais si jamais on doit courir pour une raison ou une autre, je vais me casser la figure avec ça.
— Alors, mettez des chaussettes, c'est tout. Vous les retirerez dès que nous reviendrons, il faudra que nous ayons l'air de sortir du lit. Donc, lit défait, tenue de nuit, pieds nus, et cheveux emmêlés. Quoi que pour ça, pas besoin que vous en rajoutiez, votre tignasse Potterienne se suffit à elle-même.
Plus ou moins vexé, Harry, en pure perte, tenta d'aplatir ses cheveux pleins d'épis. Pour occuper ses dernières minutes avant l'attaque fantôme, il alla défaire son lit et écraser son oreiller comme s'il s'y était couché. Il laissa ses pantoufles au pied du lit, et vit son professeur faire la même chose après avoir fermé les doubles-rideaux et allumé sa lampe de chevet.
— Prenez votre baguette, Potter. Après mûre réflexion, j'ai décidé de vous autoriser un peu de magie ce soir. L'Assurdiato nous le permettra, mais vous vous cantonnerez au Wingardium Leviosa, s'il vous plaît. Je vous rappelle que vous êtes toujours un sorcier de premier cycle et donc soumis aux restrictions du Ministère, hors de Poudlard.
— Aaaah ! Super ! Merci, Monsieur.
— De rien. Je sais bien que ce n'était pas ce que nous avions prévu, mais ce sera plus efficace, ajouta l'ancien espion avec un sourire cruel. Je vous avouerais que j'attends ce moment depuis très longtemps. Pétunia a toujours été infecte depuis toute jeune et je peux vous assurer qu'elle nous a menés la vie dure quand Lily et moi avons reçu nos lettres de Poudlard.
— Vous habitiez tout près d'elles, alors ? tenta Harry que la relation entre sa mère et Rogue intriguait.
— La maison d'à côté, Potter. Je jouais avec votre mère quand j'avais 7 ou 8 ans.
Harry fit un large sourire à Severus. Il avait du mal à imaginer l'affreux personnage en gamin joueur. Il se souvint alors des cours ratés d'occlumancie et se rappela avoir aperçu dans la tête du professeur, le souvenir d'un gamin maigrichon et pauvrement vêtu, qui pleurait parce que ses parents se disputaient.
— Quittez ce sourire niais, Potter.
— Oui, Monsieur.
Pas la peine de gâcher les bonnes dispositions de la Chauve-souris des cachots. Il avait deux semaines à passer avec l'odieux personnage et il espérait rentrer vivant et en un seul morceau à Poudlard.
Lorsque la mise en scène de la chambre lui paru satisfaisante, Severus lança un sort sur ses pieds afin que des chaussettes y apparaissent.
— Je n'ai que des mules également, Potter, donc nous nous contenterons de chaussettes, et cela étouffera nos pas et ne laissera pas d'empreintes, bien que l'Assurdiato empêchera quiconque de nous entendre. Je laisse la clé à l'intérieur, nous ouvrirons la porte avec nos baguettes. Vous êtes prêt, Potter ?
- Oui, Professeur, répondit docilement Harry en montrant sa baguette.
Le Maître des Potions tapota un petit coup sec sur la tête d'Harry en murmurant.
— Desillusio !
Celui-ci frissonna involontairement devant la sensation de froid qui l'envahit momentanément. Il vit son professeur faire la même chose, et celui-ci disparut progressivement devant lui. L'homme attrapa Harry par le bras et l'entraina vers la porte. Il murmura un sortilège en faisant un moulinet autour d'eux avec sa baguette, mais Harry ne vit pas le geste.
— Potter, nous pouvons parler librement, personne ne peut nous entendre. Allons-y !
Comme convenu, ils sortirent de la chambre et refermèrent la porte, la clé restant sur la serrure de l'autre côté. Tranquillement, ils longèrent le couloir qui n'était éclairé que par les lampes vertes de sécurité qui indiquaient la sortie. Ils montèrent l'escalier jusqu'à l'étage supérieur et s'approchèrent de la chambre 12. Severus tenait toujours Harry par le bras.
— Je vais vous lâcher maintenant, Potter. Mais gardez-bien à l'esprit que je ne peux vous voir, donc répondez quand je vous parlerai, car j'aurai besoin de vous situer dans la pièce.
— Ok, Monsieur.
Severus ouvrit la porte avec sa baguette. Il la poussa doucement et vit une masse énorme sur le grand lit qui se trouvait dans la pièce. Une plus petite était allongée à côté d'elle. Des ronflements sonores provenaient de la couche et pendant un moment, le Serpentard se demanda comment Pétunia pouvait dormir avec un tel boucan. Il s'en enquit alors auprès d'Harry.
— Boules Quiès, Professeur. Vous connaissez ?
— Non, Potter. Qu'est-ce que c'est ?
— Des boules de ouate enrobées de cire que les gens se mettent dans les oreilles pour ne pas entendre de bruit. Très utiles dans un environnement bruyant comme celui-ci. Tante Pétunia les fait venir de France, elle dit que c'est plus écologique que ses anciens bouchons d'oreilles Howard Leight.
— C'est embêtant qu'elle porte ces choses, car nous devons les réveiller.
— Un Accio boules Quiès devrait suffire, Professeur.
— D'accord, fit-il en entrant dans la pièce avec Harry. Allez vous mettre près de la commode, Potter, je vais refermer la porte. Mieux, je vais y mettre une illusion. Quand nous l'ouvrirons, ils ne s'en rendront pas compte et penseront que personne n'est entré ou sorti.
— Vous avez de sacrément bonnes idées, Monsieur.
— Le sujet m'inspire.
Harry pouffa dans ses mains en entendant son professeur. Qui aurait cru que ce monstre coincé et rigide pouvait faire de tels canulars, plaire aux femmes et s'habiller élégamment en Moldu ? Déjà qu'Hermione ne le croyait pas…
Alors que Severus Rogue faisait venir à lui les fameuses boules Quiès, orgueils de Pétunia, Harry lui, regardait autour de lui afin de décider quels objets allaient subir ses foudres. Il déplaça un vase, alluma la télévision et entreprit de cliquer sur tous les boutons sans déplacer la télécommande, afin de faire les chaines changer toutes les trois secondes.
— C'est dégoûtant, ces boules, Potter ! brailla Severus en jetant sur le lit, ce qu'il avait dans la main.
— Tout ce qui sort de Tante Pétunia ne peut être que dégoûtant, Monsieur. D'ailleurs, ce qui y rentre aussi… ricana Harry en pensant à son oncle.
— Ne soyez pas grossier, Potter !
— Allez, Professeur ! Ne me dites pas que vous n'êtes pas d'accord ! Quand je pense que c'est la sœur de Maman, je me dis que c'est pas possible, l'une d'entre elle a dû être adoptée.
— Même pas, Potter. Votre mère ressemblait à sa mère et Pétunia à son père. Elle tient de lui son physique chevalin, par contre il était un brave homme très aimable. Je ne sais pas d'où elle tient son caractère.
La télévision avait fini par réveiller Vernon, qui secoua Pétunia pour lui demander des explications. Ils s'assirent tous deux dans leur lit, hébétés. Pétunia portait une chemise de nuit blanche et trois bigoudis de mousse rose sur le dessus de sa tête.
— Vernon, qu'est-ce que c'est ? Pourquoi tu as allumé la télé ? Et arrête donc de changer les chaines sans arrêt, éteins-moi ça !
— Pet ! La télécommande est sur le bureau, regarde ! Je n'y suis pour rien !
— C'est hanté ! Mon Dieu, cet hôtel est hanté !
— Pétunia, ne dis pas de sottises, les fantômes ça n'existe pas ! C'est encore un tour de ce bon à rien de Potter ! Sale petite vermine !
Le vase qui avait été précédemment déplacé au bord de la commode, tomba sur le sol et éclata en morceaux. Harry énervé par les insultes, avait pour une fois, répondu à sa façon.
— Bravo, Potter ! Vous venez de signer votre forfait là. Ne réagissez pas personnellement, par Merlin !
— Pas pu m'empêcher… et ça fait plus de quinze ans que j'attends ma vengeance, alors j'estime que c'est pas cher payé.
Severus avait lancé plusieurs enchantements dans la pièce. Pour l'instant, ça n'avait pas l'air de faire grand-chose mais il fallait sûrement attendre un peu encore. C'est du moins ce que pensait Harry en faisant pencher les uns après les autres, tous les tableaux de la pièce.
Vernon fou furieux, s'était précipité vers la télécommande dont il s'était emparé et avait enfin coupé cette satanée télévision. Il avait bien tenté de reposer l'objet sur sa table de nuit, mais Harry avait aussitôt appuyé sur le bouton « ON ». Vernon avait dû se résoudre à la garder dans ses mains.
Pétunia était assise dans son lit, tenant ses draps et couvertures contre elle, les yeux écarquillés de terreur. Elle n'avait même pas remarqué qu'elle ne portait plus ses infâmes boules dans ses oreilles.
— Monsieur Potter, faites attention, Vernon se rapproche de vous ! Vos tableaux penchés laissent un chemin pour vous suivre !
— Ah zut !
— Essayez la salle de bain, Potter, mais ne vous y faites pas enfermer. Je vais faire une diversion par ici.
— Professeur, si je fais un Lumos, ils vont le voir ?
— Evidemment ! Ils ne sont pas aveugles !
— Nan, je vous disais ça parce que la salle de bain est plongée dans le noir et que les fantômes, c'est pas sensé allumer la lumière, Monsieur.
— Je vais l'attirer par ici. Vous, ouvrez tous les robinets et tirez la chasse d'eau.
— La douche aussi ?
— J'ai dit tous les robinets, Potter ! Alors la douche ou la baignoire ainsi que le lavabo. L'eau chaude et l'eau froide !
— Pourquoi ?
— Réfléchissez, espèce de cornichon, ça sera plus long à fermer pour lui !
Severus fit léviter une des chaussures de Pétunia à travers la chambre. Celle-ci poussa un hurlement en voyant son escarpin crème flotter au dessus du lit. En entendant le cri de Pétunia, Vernon fit demi-tour et abandonna son idée d'entrer dans la salle de bain. Il rugit, outragé, en voyant la chaussure qui lévitait.
— C'est un de leurs tours, Pet ! C'est forcément un des tours de ces anormaux ! Ils font ce genre de choses avec leurs bâtons là.
— Vernon ! Lily m'a toujours dit qu'il fallait être dans la pièce pour ça ! Qu'il… qu'il fallait pointer leur… machin sur l'objet, et lancer le sort en se concentrant. Il n'y a personne ici ! C'est un fantôme, j'en suis sûre… Elle m'avait dit qu'il y avait des fantômes dans son école de fous, plein partout et qu'ils traversaient les murs. Y en avait un qui avait des chaines, qui était couvert de sang et qui gémissait dans les cachots ! Et… et l'autre… l'autre il avait sa tête coupée, Vernon ! Elle ne tenait plus que par un bout de peau ! C'est horrible !
Le visage caché dans ses mains, Pétunia ne voulait plus voir la chaussure flotter. Vernon tentait de l'attraper en pure perte, celle-ci se déplaçant pour lui échapper. Pendant la tirade de Pétunia, que Vernon avait écoutée bouche bée, Harry avait ouvert tous les robinets, éclairé par un Lumos, qu'il s'était ensuite empressé d'annuler du contre-sort. Il sortit en courant de la salle de bain et alla se réfugier près de la porte d'entrée.
— Ayééééé, Professeur Rogue, les robinets sont ouverts !
— J'avais entendu, Potter.
— Je fais quoi maintenant ?
— Ouvrez donc en grand le placard et virez-moi ces frusques de là, avec votre baguette.
— On peut faire un Waddiwasi avec des fringues, Monsieur ?
— Bien sûr !
— Je peux ?
— Cessez de discuter, Potter, on ne va pas y passer la nuit ! Faites votre putain de Waddiwasi qu'on en finisse !
— Ouaaaah, vous avez dit un gros mot, Monsieur.
— Potter, si vous ne la fermez pas, je vous Recurvite la bouche ! Ça fera un fantôme enragé, votre tante va adorer, j'en suis sûr.
Une porte de placard ouverte par un Alohomora fut la réponse d'Harry. Aussitôt, alors que Vernon et Pétunia détournaient leur attention du soulier flottant, le fameux Waddiwasi d'Harry vida le placard. L'ensemble des costumes de Vernon et des robes de Pétunia fonça sur le lit et tomba sur eux, les recouvrant. Le bruit de l'eau dans la salle de bain ne pouvait plus être ignoré non plus. Soudain, la lumière de la lampe de chevet que Vernon avait allumée en se réveillant se mit à clignoter.
— C'est vous qui faites ça, Potter ?
— Ouais, mais c'est pas ce que je voulais faire. Je voulais voir si on pouvait éteindre une ampoule électrique avec un Nox.
— Ce n'est pas fait pour ça, Potter ! Ça ne marche que sur les baguettes ou les flammes nues, donc les torches, les bougies, les lampes à gaz et celles à huile.
Harry entendit à peine les explications de Rogue tant les cris de Pétunia étaient aigus. Elle hurlait à plein poumons comme si on l'égorgeait. Vernon, prodigieusement énervé, tentait de la faire taire, avant qu'elle ne rameute tout l'hôtel. Il hésitait entre aller voir ce qui se passait dans la salle de bain et faire taire son épouse. Des coups furieux furent tapés contre la cloison mitoyenne avec la chambre 10 et une voix étouffée leur enjoignit de se taire. De l'autre côté, au 14, Dudley devait être en train de pulvériser la moitié d'un monde virtuel, un casque sur les oreilles, comme à son habitude.
— Professeur, elle gueule tellement qu'elle va rameuter l'étage, on devrait peut-être y aller, non ? Faudrait qu'on profite qu'Oncle Vernon est dans la salle de bain à fermer les robinets.
On entendait le gros homme pester et ronchonner, tout en se faisant copieusement arroser par le pommeau de douche accroché au mur.
— Sortez, Potter et allez m'attendre dans la chambre. Faites un Alohomora pour y entrer. Je vais lancer le compte-à-rebours sur la petite surprise que je leur ai préparée tout à l'heure en arrivant.
— Vous me raconterez, hein ?
— Si vous êtes sage, Potter ! Filez, je voudrais bien sortir d'ici avant que cette idiote ne m'écorche les oreilles.
Pétunia ne reprenait son souffle qu'entre deux hurlements stridents. Elle avait toujours eu la voix criarde et haut-perchée et l'entendre hurler ainsi était un supplice pour des tympans même magiques. Severus lui lança un regard méprisant, alors que Vernon, trempé, revenait en trottinant dans la chambre pour tenter de secourir Pétunia.
— VERNON ! hurlait-elle.
— Chuuuut ! Pet ! Ne crie pas, ce n'est pas grave, on va demander une autre chambre !
Le Maître des Potions fit un geste rapide de sa baguette et lança le fameux compte à rebours. Il avait maintenant une minute pour rejoindre sa chambre avant que l'enfer ne se déchaine dans la chambre 12. Il ouvrit la porte de la pièce et quitta les lieux sans que ses occupants ne le remarquent. Pour eux, personne n'était entré ni sorti, comme prévu par l'ancien espion. Alors qu'il descendait les escaliers, il entendit les portes s'ouvrir à l'étage qu'il venait de quitter, et des clients commencer à râler. Il ne put s'empêcher de sourire et le plus discrètement du monde, retourna dans sa chambre où il reprit son aspect normal après un coup de baguette sur sa tête.
— Potter, venez ici que je vous réillusionne. Approchez et prenez ma main que je vous situe.
Harry posa sa main dans la paume tendue de la Terreur des cachots. Aussitôt, le garçon sentit qu'on lui tapait sur la tête pas si légèrement que ça, et une chaude sensation l'envahit alors que son corps réapparaissait. Rogue annula le sortilège de discrétion qu'ils avaient sur eux. Tous deux retirèrent leurs chaussettes, et leurs robes de chambre et Harry avec un sourire amusé, vit Rogue s'ébouriffer les cheveux.
— Allez dans votre lit, Potter. Je pense que les pensionnaires de notre étage ne vont pas tarder à se manifester dans le couloir, tout comme ceux du second quand je quittais les lieux. Vous entendez ?
Les hurlements avaient repris de plus belle, et cette fois-ci, ceux de Vernon avaient rejoints ceux de Pétunia.
— Mais, il se passe quoi, maintenant qu'on y est plus ? demanda Harry en se glissant sous ses couvertures.
— Vous m'avez vu, j'ai lancé quelques sorts et ils n'ont pas semblé faire quoi que ce soit, sur le coup.
— Et maintenant qu'on est ici, ils se sont déclenchés, pas vrai ?
— Là-haut, c'est l'apocalypse spécial chambre 12. Les fenêtres se sont ouvertes seules. Les rideaux volent comme s'il y avait une tempête dans la chambre. Les meubles se soulèvent et se promènent, le lit lévite à un bon mètre du sol et leurs vêtements dansent des rondes folles autour d'eux, comme des silhouettes fantomatiques. Dois-je rajouter que les lampes clignotent, qu'un froid polaire règne dans la chambre et que des voix étranges les insultent ?
— Génial ! Positivement génial, fit Harry les yeux brillants en regardant son professeur qui trônait en s'admirant les ongles d'un air faussement modeste.
L'attention des deux hommes fut retenue par le bruit provenant de leur couloir. Severus prit une mine endormie et d'un coup de baguette froissa son pyjama et celui d'Harry comme s'ils avaient déjà dormi. Il ouvrit la porte de la chambre, sa baguette cachée dans la manche de son pyjama noir avec un sort de glue provisoire pour ne pas qu'elle bouge. La lumière avait été allumée dans le couloir et presque tous les occupants des chambres étaient sur le palier pour s'enquérir de ce qui se passait. Un homme, visiblement furieux leur annonça.
— Je suis allé voir, c'est à l'étage du dessus qu'il y a du grabuge. Y a ce gros porc et sa bonne femme, ceux qui font des tas d'histoire pour tout, ils disent maintenant que l'hôtel est hanté, du moins leur chambre, mais quand le concierge de nuit est allé voir, rien ne bougeait et tout était normal. Je les ai entendus, l'homme accuse un certain Potter.
— Potter ? fit Severus les sourcils froncés. Mais, qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Le gamin dort.
— C'est un gosse qu'ils accusent ? demanda l'homme qui avait l'air d'un ancien militaire avec ses cheveux ras et sa moustache frémissante.
— Mon élève, et je peux vous assurer qu'il ne m'a pas quitté d'une semelle depuis que nous sommes montés nous coucher.
Les clients regardaient Severus avec attention. La plupart avait entendu les ragots que les Dursley avaient fait courir sur le Professeur et son élève, à chaque occasion. Quelques uns avaient même été se renseigner discrètement à la réception, et tous avaient eu la même réponse : Le Professeur Rogue était un enseignant honorable du Pensionnat Saint-Gracius et Monsieur Potter un élève orphelin très méritant et de bonne famille, que des travaux à Saint-Gracius avaient provisoirement chassés pour les vacances de printemps.
Severus se retourna ostensiblement vers l'intérieur de la chambre.
— Monsieur Potter ? Levez-vous, je vous prie ! Et venez ici !
Une voix endormie lui répondit après quelques secondes.
— Professeur Rogue ? C'est déjà l'heure ? Chuis fatigué… je peux dormir encore un peu ?
— Venez ici quelques minutes, Potter. Ensuite, vous pourrez retourner dormir.
Moins d'une minute après cette annonce, on vit un Harry Potter encore plus ébouriffé que d'habitude, avec le pyjama en chiffon et les lunettes de travers, arriver jusqu'à son professeur en baillant à s'en décrocher la mâchoire.
— Y s'passe quoi, Professeur ?
— Quelque remue ménage à l'étage au dessus. Ôtez-moi un doute, vous n'y êtes pour rien, pas vrai ?
— Je ne suis pas somnambule, alors je ne crois pas. Et puis, vous arrivez à me trouver dans un château de six cent pièces quand je brave le couvre-feu, alors ici, dans la même chambre que vous, c'est sûr que je vais pouvoir échapper à vos yeux de lynx.
Quelques personnes se mirent à rire en entendant l'adolescent et en voyant sa mine endormie qui ne lui retirait pas son franc-parler.
— Allez vous coucher, Potter, je pense que personne ne songera à vous accuser de quoi que ce soit.
— C'est encore eux, pas vrai, Professeur ? Ils me mettent tout sur le dos depuis qu'on est arrivé.
— Ne vous en inquiétez pas, je vais m'en occuper. Ils vous laisseront en paix. S'il le faut, nous porterons plainte.
Harry hocha la tête et marmonna un vague bonsoir à l'assemblée réunie dans le couloir. Il tourna les talons et alla se plonger dans son lit, avec un ravissement indicible. L'oreiller était moelleux, le matelas confortable et les couvertures chaudes et douces. Faisant fi de la lueur de la lampe de chevet du Professeur Rogue et des cris et protestations qui venaient de l'étage, Harry ferma les yeux et s'endormit en quelques secondes, ses lunettes oubliées sur son nez.
Dans le couloir, Severus continuait son travail de sape. Lady Mathilda et Miss Roberts sortirent de la Suite Royale au bout du couloir. Voyant l'attroupement, elles se rapprochèrent, suivies par Madame Warwick enroulée dans un déshabillé vert d'eau presque transparent qui laissait apercevoir une nuisette assortie.
Alors que quelques clients mettaient les deux vieilles filles au courant, Caroline Warwick s'approcha de Severus avec un sourire de prédateur.
— Vous êtes la personne qui nous a aidés quand mon mari est tombé cet après-midi. Je vous remercie, Monsieur. Je suis Caroline Warwick, je crois que j'ai manqué à tous mes devoirs et que je ne me suis pas présentée à ce moment-là.
— L'heure n'était pas aux mondanités, Madame, fit Severus en s'inclinant pour baiser la main tendue devant lui.
Derrière Caroline, Lady Mathilda, son face-à-main sur le nez lança un commentaire flatteur, sur la distinction du professeur et le baise main pratiqué dans les règles de l'art. Elle n'hésita pas à dire à sa camériste qu'elle était persuadée que l'homme était « bien-né ».
— Comment va votre mari, chère Madame ? demanda Severus avec un air faussement intéressé.
— Donald a dû être opéré dans l'après-midi. On lui a mis un genou en plastique ! Rendez-vous compte ? Il souffre beaucoup et les médicaments vont le faire dormir pendant plusieurs jours. C'est ce que le chirurgien a dit. Ensuite, il faudra qu'il aille en rééducation dans un sanatorium quelconque. C'est affreux… Et je suis seule ici… Nous avions réservé pour une semaine encore. Madame Crivey de la réception a dit qu'elle s'arrangerait pour que je puisse garder cette chambre tant que Donald est hospitalisé dans le comté. Grands Dieux, quelles épreuves, je déteste être seule. Je suis certaine que je ne vais pas dormir de la nuit !
La femme rousse serrait convulsivement les pans de son déshabillé contre elle, soulignant encore un peu plus ses courbes voluptueuses. Severus avait parfaitement compris les allusions de la dame. Elle allait être seule pour la semaine, voire même plus encore… Et elle ne voulait pas dormir seule… Très intéressante nouvelle…
Monsieur Higgins apparut en robe de chambre dans le couloir, suivit par le concierge de nuit.
— Nous sommes navrés pour le dérangement. J'espère que la nuit sera calme maintenant.
— C'est encore ces détestables personnes, pas vrai ? lança Lady Mathilda, en colère. Ils n'arrêtent pas de se plaindre, de répandre des ragots affreux. Leur fils a causé un accident grave, les parents nous empêchent de dormir… Ça commence à bien faire, Higgins ! Depuis quarante années que je descends ici trois fois par an, je n'avais encore jamais vu un tel scandale.
— Je les ai prévenus, Lady Mathilda. La prochaine fois que quelque chose leur est reproché, ils feront leurs valises. Le Constable Tyler et le Superintendant Jones doivent entendre le garçon Dursley dès demain matin, en ce qui concerne l'agression contre Monsieur Warwick.
— C'est pas trop tôt ! fit la vieille femme en tapant sur le plancher avec sa canne. Venez, Roberts, retournons dans nos chambres !
Le mot lancé par la vieille Lady fit rentrer presque tout le monde dans les chambres. L'une après l'autre, les portes se refermèrent sur leurs occupants. Monsieur Higgins, le Directeur, tourna les talons pour reprendre les escaliers et monter au 3ème étage où se trouvaient son appartement de fonction et les chambres des employés n'habitant pas Planches-Les-Bains.
— Me permettez-vous de vous raccompagner à votre chambre, chère Madame ? demanda Severus à Caroline Warwick avec un sourcil levé, un léger sourire et une étrange lueur dans le regard.
La femme planta ses yeux verts dans les orbes d'onyx du sorcier et une légère rougeur envahit alors ses joues. Elle passa une langue humide sur sa bouche pulpeuse et répondit.
— Avec grand plaisir, Professeur.
— Severus, appelez-moi Severus.
La porte de la chambre 9 se referma sur le couple improvisé. Lorsqu'Harry émergea des brumes du sommeil, il était plus de 8 heures et il avait dormi comme un loir. Le bruit dans la salle de bain indiquait que la Terreur des cachots devait se raser et se laver. Pire même, il chantonnait… Colin et Dennis n'allaient jamais le croire.
Harry se leva et alla vers le bureau afin de consulter ses emails. Il passa près du lit du Professeur Rogue et ne s'aperçut même pas qu'il n'avait pas servi de la nuit…
