Bêta : Mokonalex
Dans la salle de restaurant, à l'heure du petit déjeuner, les clients affichaient des têtes renfrognées, surtout les pensionnaires du second étage, ceux qui avaient eu le droit aux perturbations Dursleysiennes aux premières loges. Pétunia marchait comme un zombi et arborait des cernes profonds que sa couche de fond de teint ne semblait pas atténuer. Elle serrait convulsivement son sac à main contre elle, et sursautait à chaque bruit de vaisselle un peu fort ou à celui de la moindre porte qui claquait ou chaise qui raclait. Vernon avait des poches sous les yeux et semblait fou de rage. Personne ne savait contre qui ou pourquoi, mais ça se voyait à sa tête. Dudley dormait debout, ses yeux mi-clos au regard éteint lui donnaient un air d'abruti complet, surtout que sa lèvre inférieure pendait et que de la bave commençait à couler sur son menton. L'idiot avait été obligé de se lever malgré l'heure trop matinale à son goût, afin d'honorer la convocation du Surintendant Jones.
Vernon et Pétunia pensaient bien évidemment que cette affaire était une cabbale contre eux et que jamais leur précieux Dudleynouchet n'avait blessé quelqu'un. Le fait qu'il y avait eu des témoins ne semblait même pas les interpeler. Bien entendu, leur fiston chéri ne pouvait pas avoir fait quelque chose de mal, c'était impossible. Vernon pensait que tout était de la faute de Potter et de ce Rogue dont Pétunia lui avait rebattu les oreilles.
Apparemment, l'homme avait été le petit-ami de Lily pendant des années, toute leur enfance et adolescence, d'après Pétunia. Et la blonde Moldue était persuadée que ce fils d'ivrogne, ce rien du tout, avait volé la virginité de sa sœur quand elle avait 16 ans. Après tout, ne les avait-elle pas surpris tous les deux dans la chambre de Lily, un après-midi, nus dans son lit ? Ils n'y avaient pas fait du tricot ce jour-là ! C'était à se demander comment elle avait fini avec cet anormal de Potter, alors qu'elle en avait déjà un sous le coude. Une traînée, voilà ce qu'elle était, et elle était morte et bien entendu, c'était elle, cette malheureuse Pétunia, la très normale Pétunia, qui avait hérité du monstre engendré par sa stupide sœur. Elle s'était d'ailleurs demandé pendant longtemps qui était véritablement le père d'Harry. Au fil des années, elle avait vu la ressemblance avec James Potter, et le doute n'avait plus été permis. À la pensée du fils Rogue, comme elle l'appelait, elle ricanait. Cet abruti, fils d'alcoolique, ce miséreux s'était fait coiffer au poteau ! Et pour un autre anormal qui semblait plein d'argent !
Pétunia avait ses idées bien arrêtées et nul ne l'aurait fait changer d'avis. Elle n'avait jamais imaginé que le jour où elle avait trouvé Severus et Lily dans le même lit, ce n'était pas du tout la première fois, loin de là, même. En fait, Lily qui avait toujours aimé les expériences et autres expérimentations avait convaincu Severus de l'embrasser comme les grands quand ils avaient dix ans, et de faire l'amour pour voir comment ça faisait, quand ils en avaient treize.
Ce n'était pas Lily qui avait plaqué Severus, mais lui qui s'était éloigné volontairement, à cause de sa situation de Mangemort. Potter qui lorgnait dans l'ombre depuis des années, n'avait attendu que ça et s'était engouffré dans la brèche pour consoler la belle Lily Evans qui pleurait son amour perdu.
Oh, Severus avait regretté, des dizaines, des centaines de fois. Mais Dumbledore lui avait assuré que c'était la meilleure chose à faire pour ne pas risquer son statut d'espion et ne pas mettre Lily en danger.
Raté sur toute la ligne…
La mort de Lily avait indirectement et par Harry, mis fin à la première guerre contre Voldemort. Tout ça pour que ce crétin se défonce le crâne à cause d'une robe trop longue… Et le pire, c'est que Lily n'avait jamais su que son Sev' était un espion. Elle l'avait cru vendu aux forces du mal jusqu'au bout.
Pétunia ignorait tous ces détails, pas que cela eut changé quelque chose qu'elle les eût connus. Elle ricanait en voyant que Rogue avait au final hérité du gamin de son rival, un gamin qui aurait dû être le sien à la base. Pour elle, c'était une bonne vengeance, que ce fils d'arsouille qui se prenait pour Dieu sur terre tant il se pavanait, prenne ça dans les dents.
Cette sale engeance n'avait rien à faire dans cet endroit. Elle était persuadée que les deux sorciers étaient responsables de la hantise de la nuit passée. Ils avaient attiré des fantômes par leur simple présence, et le malheur avait voulu que les revenants choisissent la chambre 12, celle qu'elle occupait avec Vernon. La Direction avait refusé de leur changer de chambre, arguant que l'hôtel était complet. Higgins, cet imbécile, leur avait même suggéré de permuter avec leur fils, afin de voir si le soi-disant phénomène se reproduisait. Vernon avait été sommé de cesser ses attaques contre Harry Potter et le Professeur Rogue, sous peine d'expulsion immédiate. Etant donné qu'il avait réglé le montant total du séjour en pension complète le jour de leur arrivée, Vernon qui était très près de ses sous, avait peur de perdre son argent.
La journée se passa merveilleusement bien pour Harry. Le Professeur Rogue était d'une humeur absolument délicieuse et pire… Il souriait ! Colin, Dennis et Harry s'étaient même regardé un instant avec stupeur, en se demandant s'ils n'avaient pas rêvé.
La Terreur des cachots s'était acheté un maillot de bain dans une des boutiques de la ville, et pas un bermuda de surfeur, non ! Un maillot de piscine, noir, moulant et pas très couvrant. À la stupéfaction des trois Gryffies qui s'amusaient avec des matelas gonflables dans la piscine, le Professeur Rogue avait proposé de donner à Harry des cours de natation, que le jeune sorcier s'était empressé d'accepter. Après le repas, que les Crivey avaient pris chez eux, le Serpentard les avait entraînés à la glacerie où ils s'étaient goinfrés de glaces italiennes. L'homme en avait profité pour raconter en détail les évènements de la nuit, ayant interdit à Harry d'en faire mention en public et donc à la piscine. Il leur révéla que le phénomène de hantise ne se reproduirait pas si Pétunia changeait de chambre avec Dudley. Si elle restait… Il y avait des chances qu'on entende des hurlements dans les couloirs. Peut-être un peu moins que la nuit passée car le sort était relativement éphémère, mais un peu quand même. Ce serait toujours bon à prendre.
D'ailleurs, l'adulte avait des projets personnels ce soir-là, et Harry était de trop. Il fut donc aimablement convié à se rendre au diable vau vert avec qui il voudrait. Traduction : Il pouvait aller au fast-food avec les Crivey et ensuite à la séance de 20 heures au cinéma des planches pour voir «L'homme au masque de fer » puisqu'ils avaient si bien lorgné l'affiche.
— Vous allez faire la potion laxative, hein ? demanda Dennis avec une mine avide.
— Oui, Monsieur Crivey, je vais entre autres, faire cette potion. Potter, vous avez de l'argent moldu pour vos dépenses ? Le Professeur Dumbledore m'a laissé ce qu'il faut et m'a recommandé de bien vous en donner pour que vous vous amusiez. Donc est-ce que vingt livres vous suffiraient ?
— C'est très généreux, Monsieur, mais je ne voudrais pas abuser…
— Tout ce que je vous demande Potter, c'est de foutre le camp ce soir, je ne vous veux pas dans mes pattes.
— Un rencard, Monsieur ? Ne serait-ce pas avec la belle Madame Warwick ?
— Potter, dix points en moins pour Gryffondor et une retenue avec moi en plus, si vous ne la fermez pas immédiatement.
Harry claqua aussitôt sa mâchoire pour montrer qu'il l'avait bel et bien fermée… Severus soupira et lança un regard glacial aux deux Crivey qui pouffaient dans leurs mains à la pensée du rencard en question.
— Un seul mot à quiconque de tout ceci et je fais de votre vie un enfer ! menaça Severus, avec sa tête de Monstre des cachots.
Harry leva les yeux au ciel avec l'air de sous-entendre que c'était déjà le cas depuis des années. Heureusement pour lui, seuls Colin et Dennis s'en aperçurent. Les trois garçons passèrent l'après-midi à se dorer au soleil et à jouer dans l'eau, leur professeur choisissant de faire le lézard sous un parasol, juste à côté de la chaise longue occupée par la sculpturale Caroline Warwick dont le bikini était il y a peu encore, le symbole de la décadence des Moldues. Visiblement, comme tous les hommes en présence d'une femme à leur goût, la mémoire de Rogue devenait sélective. Les garçons firent comme s'ils n'avaient rien remarqué. Pourtant, quand leur professeur s'éloigna dans le vaste jardin ou plutôt le parc de l'hôtel pour se dégourdir les jambes, ils le suivirent discrètement et le virent entrer dans un kiosque fermé qui ressemblait un peu à la cabane d'Hagrid. Moins de cinq minutes après, Caroline Warwick prenait le même chemin et entrait également dans le kiosque.
L'occasion était trop belle pour les Gryffondors. Ils n'allaient pas en rester là, il fallait savoir ! Colin abandonna son idée de photographier le papillon blanc qui butinait une fleur sous son nez et suivit son frère et Harry en rampant quasiment entre les buissons afin d'approcher du kiosque sans être vus. Une planche vermoulue et cassée au ras du sol permit aux trois mécréants de jouer les espions. Harry plaqua sa main sur la bouche de Dennis quand celui-ci s'apprêta à crier à la vue de ce qu'il y avait dans le kiosque. Harry fit un violent signe de négation à Dennis et chuchota.
— Un mot et on est morts, les mecs. S'il nous voit, on est foutu et je ne rigole pas.
Colin alluma son appareil photo numérique flambant neuf. Il avait économisé pendant longtemps pour se payer ce Hewlett Packard Photosmart 120. Il retint des gloussements de plaisir et plaça l'appareil devant lui, visant avec l'écran. Les yeux d'Harry s'écarquillèrent, Colin était fou et le flash allait les griller à coup sûr. Il arracha l'appareil des mains de Colin et mima « Le flash ! » avec ses lèvres. Colin secoua la tête tandis que Dennis, un sourire aux lèvres, ne perdait pas une miette de ce qui se passait dans le kiosque fermé qui servait visiblement de cabane de jardin. Colin montra à Harry que le flash était désactivé. Il murmura à l'oreille de son ami.
— Même si les photos sont un peu foncées, j'ai le logiciel pour les éclaircir. Tu veux pas un beau souvenir, Harry ?
Harry se mit à sourire et puis à pouffer. Il hocha la tête et se rallongea sur le ventre, afin de regarder ce qui se passait dans le lieu. Près de lui, Colin faisait photo sur photo, l'air très concentré.
Caroline Warwick n'avait plus de maillot de bain. Elle était allongée sur une table de jardin, les jambes pendantes et la Terreur des cachots qui n'avait plus de maillot non plus, était très occupée entre les jambes de la petite dame…
Severus Rogue qui n'avait jamais enseigné que les potions à des cornichons selon ses aveux, ne sut jamais qu'il avait enseigné autre chose un jour, à trois Gryffondors trop curieux…
Les trois garnements en question ne se firent pas prendre, et entre eux, conclurent que Rogue « assurait au pieu » et eurent un peu plus de respect pour lui dès ce jour. Un peu…
Harry alla donc se goinfrer dans un boui-boui infâme qui vendait d'affreux hamburgers bien gras et des frites huileuses, avala sans rechigner son coca glacé qui le fit roter impitoyablement, et termina la soirée à se gaver de pop-corn dans les vieux strapontins rouges qui sentaient le moisi, du cinéma local. En bref, une soirée géniale.
La Terreur des cachots ne dormit pas dans son lit cette nuit-là. La femme de chambre l'avait fait la veille et quand Harry se réveilla, il n'avait pas été défait. L'homme passa une partie de sa matinée à mijoter sa potion laxative fulgurante, dans la salle de bain du 7, tandis que la délicieuse Caroline allait jouer les fidèles épouses à l'hôpital et s'enquérir de sa plainte auprès du Superintendant Jones qui ne refusait rien à son époux.
La nuit ayant été calme, Harry en conclut que la Tante Pétunia et l'Oncle Vernon avait changé de chambre avec Dudley. L'obèse ne semblait pas particulièrement affligé de la remontrance que lui avait vertement assénée le Superintendant, et de la plainte qui suivait son cours, bien que Vernon ait, bien entendu, tenté de la faire sauter. Cette fois-ci en pure perte, quelqu'un d'autre avait fait pression pour qu'elle aboutisse, et c'était quelqu'un de bien trop puissant pour qu'on se mouille pour un Dursley. Devant le regard méprisant des clients et du personnel, Pétunia avait un peu baissé pavillon et s'arrangeait pour se trouver le plus possible en dehors de l'hôtel, multipliant les excursions locales et les séances de shopping. Vernon s'en fichait et toisait tout le monde comme s'ils étaient de simples crottes, et Dudley ne pigeait rien à rien, perdu dans les méandres de son insuffisance cérébrale.
Les fantômes n'étant pas revenus les hanter, Pétunia reprit du poil de la bête et le troisième jour elle était de nouveau elle-même : arrogante, fière et trop curieuse pour son bien. La machine à ragots allait encore faire des ravages. Elle avait remarqué les coups d'œil que Caroline lançait vers Severus quand elle croyait que personne ne la regardait. Elle les avait suivis la veille au matin, alors qu'ils se promenaient dans le jardin, et bien à l'écart, avec une paire de jumelles offertes à Dudley par Marge pour regarder les bateaux et les oiseaux, elle avait espionné le Maître des Potions et sa nouvelle conquête. Ils n'avaient rien fait d'autre que de s'embrasser mais cela avait bien suffit à Pétunia qui s'était précipitée pour avertir Vernon de ce nouvel évènement. L'opportuniste qu'était Vernon avait tout de suite vu le parti qu'il allait pouvoir tirer de cette nouvelle.
Si Madame Warwick ne voulait pas être éclaboussée par le scandale de son adultère avec l'autre anormal qui se disait professeur, elle allait devoir retirer sa plainte, ou son époux allait être immédiatement averti de ses frasques. Avec un large sourire sournois, l'obèse se permit d'aborder la rousse lorsqu'il vit qu'elle sortait de l'hôtel. Il lui révéla qu'il était parfaitement au courant de ses turpitudes avec un criminel et que son mari allait le savoir dans la journée, si la plainte contre Dudley n'était pas retirée. L'affreux personnage la planta là et quitta les lieux, un large sourire sur son odieuse face. Caroline, effrayée, se laissa tomber sur les marches et cacha son visage entre ses mains, ne sachant plus que faire.
Ce petit intermède avait eu un témoin inattendu. Dès son arrivée à l'hôtel avec Colin, Dennis Crivey avait été réquisitionné par sa mère pour aller chercher les croquettes pour chat qu'elle avait oubliées d'acheter à l'épicerie locale. Son petit sac en plastique à la main, Dennis revenait à l'hôtel avec son achat, pressé de retrouver ses amis à la piscine, la marée leur étant à cette heure, défavorable. Le jeune sorcier avait assisté à la tentative de chantage de Vernon sur Caroline Warwick. La dame était la copine de Rogue et sa mère, Margaret, la disait gentille et généreuse en pourboires avec le personnel de l'hôtel. Il fallait tout de suite que le Professeur Rogue soit averti ! Dennis entra dans le hall et déposa son petit sac sur le comptoir de la réception avec la monnaie. Il allait demander à sa mère où se trouvaient Harry et Colin, quand il vit du coin de l'œil, son enseignant qui fouinait parmi les maigres rayonnages de livres de la petite boutique du hall.
— Professeur Rogue ! cria-t-il en se précipitant vers l'homme.
— Monsieur Crivey ? Un problème ? fit Severus en voyant l'air quasi paniqué de son élève.
Dennis se calma quelque peu et regarda avec appréhension autour de lui, vérifiant qu'on ne puisse les entendre.
— L'oncle d'Harry vient de menacer Madame Warwick à l'instant sur le perron dehors, murmura-t-il. Il lui a dit que si elle ne retirait pas sa plainte contre l'autre cochon à perruque… Et ben, il dira à son mari et à tout le monde ce qu'elle fait avec vous.
Severus se figea et ses yeux se durcirent. Une lueur déplaisante qui fit frissonner Dennis, traversa les yeux d'onyx.
— Monsieur Crivey, allez chercher votre frère et Monsieur Potter qui barbotent dans la piscine et rejoignez-moi dans dix minutes maximum dans la chambre numéro 7. Nous allons nous occuper définitivement des Dursley.
— Aujourd'hui ?
— Aujourd'hui.
— Super ! Parce que c'est pas pour dire, mais Harry il est pas tranquille, partout où on va, il regarde autour de lui comme s'il s'attendait à être attaqué. C'est comme du temps de Vous-Savez-Qui, Professeur.
Severus hocha la tête.
— Allez, Crivey ! Faites ce que je vous ai demandé.
— Oui, Monsieur.
Le petit blond se pressa vers la piscine à allure modérée. Si sa mère le voyait courir dans le hall, il serait interdit de séjour dans les lieux, Harry Potter sur place ou pas. Marcher vite était donc tout ce qu'il pouvait se permettre. Pendant ce temps, Severus était sorti de l'hôtel et avait aperçu Caroline, pâle et hagarde, visiblement secouée, qui marchait sur l'avenue comme si elle ne savait pas où aller. Il la rattrapa et la prit par le bras. À l'oreille, il lui chuchota quelques mots pour lui expliquer qu'il était déjà au courant, et qu'elle n'avait aucun souci à se faire. Dans quelques heures, les Dursley auraient quitté les lieux et abandonné leur tentative de chantage. Il s'occupait de tout. La rousse lui fit un pâle sourire, un peu soulagée.
— Allez à l'hôpital faire votre visite, très chère. Je vous raconterai à votre retour.
Il lui fit un simple baise main et la laissa à la station de taxi à quelques pas de l'hôtel. Les Dursley n'allaient pas piger ce qui allait leur tomber dessus. Visiblement, le coup des fantômes n'avait pas suffit. Ça tombait bien, ça faisait trois jours que Vernon avait avalé le Pousse-rikiki, il était largement le temps qu'il goûte à la potion laxative de grade 3, fraichement mijotée.
Dennis s'était précipité à la piscine et avait tiré Harry et Colin de l'eau en grimaçant afin de leur faire comprendre qu'il y avait un problème. Dudley en profita pour insulter Harry et leur piquer le fauteuil gonflable avec lequel ils jouaient. Pétunia qui brodait un napperon à fleurs installée dans un fauteuil de jardin, leva le nez en l'air et lui lança un regard méprisant. Les deux garçons trempés se séchèrent et s'enroulèrent dans leurs serviettes de plage. Ils prirent leurs sacs et Harry tendit à Dennis le sien, que le petit blond avait dû lui confier le temps d'aller à l'épicerie pour sa mère.
— Le Professeur Rogue veut nous voir immédiatement dans la chambre 7. Il paraît qu'on donne la potion au Moldu aujourd'hui, murmura Dennis en bougeant à peine les lèvres.
Alors qu'Harry fronçait les sourcils se demandant pourquoi Rogue était si pressé, Colin le devança.
— Je croyais qu'on attendait demain matin, qu'il soit encore un peu plus plein de merde.
— Y a eu un truc.
Harry, Colin et Dennis se dirigèrent alors vers la double porte qui donnait sur le hall. Juste avant d'entrer, Harry se retourna, sa baguette dissimulée sous la serviette de plage. Il visa Dudley qui pavoisait dans le fauteuil volé qui semblait près à éclater sous son poids, et murmura.
— Sella Deflate…
La valve du fauteuil gonflable lâcha aussitôt et le siège gonflable émit un curieux bruit de pet et s'affaissa puis coula. Dudley, vexé, se retrouva sous l'eau également.
Les trois garçons se firent un clin d'œil, traversèrent le hall et montèrent l'escalier. Là, Dennis poursuivit son explication à mi-voix, prenant bien garde qu'on ne l'entende pas en dehors de ses amis.
— Le gros Moldu s'est attaqué à Madame Warwick ce matin. Rogue est fou de rage.
— Quoi ? fit Harry les yeux écarquillés.
— Il veut qu'elle tire sa plainte ou alors il raconte tout sur elle et Rogue.
— Mais comment ils ont su ? s'inquiéta Colin.
— Tante Pétunia, elle surveille tout le temps tout le monde. Elle espionne les voisins avec des jumelles, elle se cache derrière les rideaux ou dans les buissons pour ça. Elle écoute les conversations des gens et répète tout pour faire des histoires. Je ne sais pas combien de couples ont divorcé en vingt ans dans leur voisinage, mais un paquet je peux vous l'dire. Sans compter les gens qui ont perdu leurs jobs et qui n'ont jamais trop su pourquoi.
— C'est une salope !
— Oui, Dennis, c'est une sacrée salope, mariée avec un gros fumier et qui ont engendré un demeuré obèse. La famille idéale. Merci, Professeur Dumbledore.
— Pas cool, mec. Nan, il a pas été cool, sur ce coup-là, décida le plus jeune des Crivey.
Dans la chambre 7, Severus rangeait son chaudron propre et son kit de potions dans sa malle, lorsque les garçons entrèrent. Sans un mot, ils allèrent s'asseoir sur le lit fraichement refait d'Harry.
— On est au courant, Monsieur, fit alors le sorcier à lunettes. Dennis nous a raconté. La potion laxative c'est pour aujourd'hui alors ?
— Oui, Potter, acquiesça Severus en leur montrant le flacon de cristal qu'il tenait entre son pouce et son index et faisait miroiter. Nous allons déjeuner de bonne heure ce midi. Le restaurant ouvre à 11h30 et nous y descendrons à cette heure-là. Les Dursley ne vont pas se pointer avant midi et demi et nous en serons au café. Il est important que nous ayons fini de manger au moment où ils entreront. Je lancerai un sort de transfert sur la potion laxative en direction de l'assiette de Vernon. Aussitôt, nous quitterons les lieux et irons remettre la clé à Madame Crivey en prétextant une après-midi d'excursion.
— On pourra pas venir alors… fit Dennis avec une mine déçue.
— Je n'ai pas terminé, Crivey. Vous et votre frère, vous allez déjeuner avec nous au restaurant ce midi. Votre mère est déjà au courant et elle est d'accord. Je lui ai dit que je souhaitais vous emmener en excursion cet après-midi et elle m'a donc remis une plaquette sur toutes les curiosités à visiter dans le coin. Notamment la Chocolaterie du Sussex qui offre des dégustations aux visiteurs. Je pense que cela vous plaira, non ?
— Excellent, Professeur ! fit Harry, ravi de l'aubaine.
— Hééé ! protesta Colin, on ne verra pas le gros Moldu chier dans ses braies !
— Langage, Monsieur Crivey ! Déjà, c'est un spectacle que je n'ai nulle envie de voir ou de sentir, merci bien. Et je n'ai pas envie non plus qu'on nous suspecte de quoi que ce soit. Vernon et Pétunia nous accuseront si nous sommes dans la pièce. Donc, nous devrons être partis quand ça arrivera. Rassurez-vous, vous apprendrez bien assez vite les détails en rentrant à l'hôtel.
— Vous croyez que ça va suffire, Professeur ? s'inquiéta Harry.
— Higgins a été très clair, Potter. Il les vire à la prochaine incartade. Je pense que les protestations des clients du restaurant et des serveurs pèseront dans la balance. Et si ce n'est pas le cas, nous jouerons encore une fois aux fantômes. Mais il est impératif qu'ils s'en aillent et surtout la queue entre les jambes. Je compte bien les oublietter avant leur départ, de la connaissance qu'ils ont de certains faits. Je crois qu'ils sont à la piscine, non ?
— Oui, fit Colin. Le gros porc à perruque nous a taxé le fauteuil bouée qu'on utilisait et Harry l'a dégonflé, c'était excellent.
— Allez-y doucement sur la magie, Potter. Il ne faut pas attirer le Ministère. Il est dix heures et demie, vous allez retourner à la piscine, Messieurs. Je vous y rejoindrai dès que j'aurai acheté le livre dont j'ai besoin, à la boutique de l'hôtel. J'en profiterai pour oublietter les Moldus et nous irons manger ensuite.
Ce fut une opération admirablement orchestrée. Severus s'acheta la suite des aventures de Sherlock Holmes et alla s'installer dans un transat sous le nez des Dursley fulminants. Tandis que les trois jeunes sorciers faisaient une diversion en sautant dans la piscine en poussant des cris de joie, la Terreur des cachots lança deux magnifiques sortilèges de mémoire qui auraient rendu Lockhart jaloux. À l'heure dite, les quatre sorciers attaquèrent leur repas dans un restaurant quasi désert, tout en débattant de l'ordre des excursions et de l'intérêt de visiter ou pas, telle ou telle chose. Ils finissaient leur dessert quand les Dursley entrèrent dans le lieu. Severus traîna un peu devant sa tasse de café et ne put s'empêcher de sourire lorsqu'il vit l'énorme plat de couscous que l'odieux personnage avait commandé. Visiblement, les Dursley appréciaient les menus de la catégorie « À la découverte du Monde » que proposait le restaurant. Dès que Vernon fut servit et laissa les couverts de service à Pétunia, Rogue déboucha le petit flacon de potion qu'il coinça entre ses genoux. Baguette pointée sur le goulot du flacon, il lança un sort informulé et fit un geste visant l'assiette à présent plus que remplie du Moldu. Personne ne remarqua la petite trainée brillante qui serpenta jusqu'au couscous dont se goinfrait à présent l'obèse avec un air satisfait.
Severus avala le reste de son café et remit le flacon vide dans sa poche. Avides, les trois garçons regardaient les Dursley avec des yeux ronds et même un peu inquiets pour Harry.
— Nous y allons, Messieurs, murmura le Professeur Rogue. La potion s'est étalée dans toute l'assiette et il faut qu'il mange tout pour que ça fonctionne.
— Et là… grimaça Harry, ce sera tous aux abris, parce qu'aller après lui aux chiottes, ben j'vous assure, c'est pas gagné. Il faut un Sort de Têtenbulle pour s'en sortir vivant.
Même Severus ne put s'empêcher de sourire à cette pensée. Non, il valait mieux se trouver très loin. Le Maître d'Hôtel les salua et leur souhaita une bonne promenade. Visiblement, tout le personnel savait qu'ils allaient en visite dans le pays. Il alla remettre la clé à la réception et Margaret en profita pour recommander à ses enfants d'être sages et de bien obéir à leur professeur. Juste au moment où les quatre sorciers montaient dans un taxi pour aller à Worthing visiter le musée, des cris d'horreur leur parvinrent. Quelqu'un ouvrit même une des fenêtres donnant sur l'avenue et plongea la tête par l'ouverture pour vomir dans l'hortensia rouge importé de Bretagne.
— Et on rate ça… fit Colin, boudeur.
— Mais non, il vous suffira de téléphoner à votre mère à la réception dans deux ou trois heures, depuis une de ces cabines rouges que vous connaissez, et je vous assure que vous aurez rapidement un aperçu de l'affaire et surtout nous saurons si la place est redevenue saine.
— En bref, ricana Harry, si les Moldus ont été chassés à grands coups de pied au cul !
Dennis ne put s'empêcher de rire comme un bossu à cette pensée, et il monta dans le taxi en se tenant les côtes. Severus dut lui asséner un coup sur la tête avec son dépliant touristique pour le faire tenir tranquille.
Vers 16 heures, alors que Severus et Harry reposaient leurs pieds fatigués à une terrasse de café en sirotant un soda moldu, les Crivey squattaient une cabine téléphonique rouge et semblait y prendre racine. La jambe d'Harry sautillait nerveusement et Rogue agacé dut y poser sa main pour la forcer à rester tranquille.
— Restez tranquille, Potter ! Si ça n'a pas marché, nous jouerons aux fantômes.
— J'aurais dû aller avec eux pour téléphoner.
— La cabine est trop petite, s'il est naturel que les Crivey téléphonent à leur mère pour lui dire que tout va bien, ça aurait été assez douteux de votre part, Potter.
— Je ne lui aurais pas parlé !
— Alors pourquoi y aller ? Regardez, vos amis reviennent déjà, et avec le sourire.
Harry tourna la tête et vit les deux Crivey de l'autre côté de la rue. Colin lui montra son pouce levé en signe de victoire et Dennis arborait un sourire absolument hilare.
Les deux blonds traversèrent la rue au passage pour piétons, et s'effondrèrent sur les chaises qui leur étaient réservées. Aussitôt, ils se jetèrent sur leurs verres dont ils avalèrent une bonne rasade.
— Faut que je vous supplie ? s'énerva Harry, soudain au bord de la crise de nerfs.
— Pas la peine, mec, fit Colin. Ça a marché, mon pote. Higgins a piqué une de ses crises, je n'te dis qu'ça. Quand Lady Mathilda et Miss Roberts ont quitté le restaurant sans avoir fini leur repas et ont annoncé à la réception qu'elles partaient immédiatement et réclamaient leur note, ça a été la grosse panique. Higgins voulait pas perdre la clientèle de Lady Mathilda, sinon elle aurait fait de la mauvaise pub et ça aurait été mauvais pour l'hôtel. Alors il a demandé ce qui se passait, Lady Mathilda lui a dit que le gros Moldu avait chié sur lui au restau et que ça avait coulé partout jusque par terre. Et aussi que des gens avaient vomi et même s'étaient trouvés mal… Les Dursley ont été chassé sur le champ. Paraît qu'on a juste laissé le Moldu prendre une douche et se changer et ensuite le chasseur a descendu leurs valises et M'man leur a donné leur note. Y avait plein de gens qui hurlaient, les insultaient, menaçaient de partir s'ils ne quittaient pas l'hôtel tout de suite. M'man dit qu'ils se sont fait conduire à la gare en taxi et qu'ils ont gueulé tout l'chemin, d'après Will, le chauffeur.
Harry ferma les yeux et poussa un long soupir. Près de lui, Severus laissa échapper un petit rire.
— Et bien, Potter, ce n'était pas si terrible d'attendre. Et comme vous le voyez, ça a marché ! Nous sommes tranquilles pour les deux semaines presque complètes qu'il nous reste. Que diriez-vous d'aller visiter la Chocolaterie, maintenant ?
Ce furent des cris d'enthousiasme qui lui répondirent. Les trois garçons trinquèrent en cognant leurs verres de soda les uns contre les autres.
— Aux meilleures vacances de ma vie ! lança Harry.
Severus leva son verre vers le jeune Gryffon.
— Elles ne sont pas mal en effet, Potter. Et je peux même vous dire qu'elles vont être encore meilleures à présent.
— AUX VACANCES ! firent ensemble les quatre sorciers, soulagés.
FIN
