Disclaimer : Les droits de la série "Hex : La Malédiction" appartient à Brian Grant.

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Résumé : Après le conflit le conflit qui les a opposées, Cassie espère bien ne plus jamais revoir la mystérieuse amie d'Azazel. Mais c'est sans compter sur la duplicité de l'ange déchu, qui semble plus que jamais avoir des plans pour elle…


Chapitre 3 : Confrontation

« Et tu as dit oui ? » demanda Thelma.

« Bien sûr ! » rétorqua Cassie. « Azazel était là, à me regarder… Je n'allais pas me défiler, qu'est-ce qu'il en aurait pensé ? »

« Ben… Que tu ne voulais pas de ses sales pouvoirs, que tu le détestais… Qu'il n'avait aucune influence sur toi… »

« De toute façon » la coupa Cassie « il était hors de question que j'abonde dans le sens de cette pimbêche. Si tu l'avais vue ! A l'entendre, je n'avais pas plus de cervelle qu'un petit pois et la seule chose qui m'intéressais, c'était d'avoir la côte avec les garçons… »

« On ne peut pourtant pas dire qu'il y en ait qui t'intéressent… » glissa Thelma d'un air innocent.

« Ca n'a rien à voir ! » répondit Cassie avec chaleur. « Troy est… différent. Et puis, avoir un léger béguin, ça n'est quand même pas la même chose que de vouloir coucher avec le premier venu ! »

« Ouais… » bougonna le fantôme. « Tout ça pour dire que tu as accepté que ce pseudo ange déchu venu d'on ne sait où te donne des cours particuliers de sorcellerie ! »

« Oh… » fit Cassie. Elle avait l'air désappointée. « Vraiment, je n'avais pas le choix. Il fallait que je dame son pion à cette grognasse. Si j'avais fait ma mijaurée, elle m'aurait enfoncée définitivement et je n'admets pas que qui que ce soit se permette de me traiter comme ça. »

Cassie avait prononcé cette dernière assertion d'un ton buté et se mura ensuite dans le silence. Elle était dans sa chambre, assise en tailleur sur son lit. Le fantôme de Thelma flottait au-dessus de celui qui avait été le sien et regardait la jeune sorcière bien en face. Elle aimait la détermination de Cassie, son exigence vis-à-vis d'elle-même, la volonté qu'elle mettait à s'affranchir de son milieu familial… Un milieu plutôt difficile, il fallait le reconnaître. Mais cette vitalité puissante pouvait aussi être éprouvante pour ses camarades. La jeune fille oubliait parfois toute autre considération que le but à atteindre, ou devenait extrêmement butée pour peu qu'on se mêlât de contrarier ses projets. La mystérieuse amie d'Azazel semblait être parvenue à ce résultat. Thelma poussa un profond soupir. Cassie ne paraissait pas mesurer à quel point cette histoire de pouvoirs paranormaux pouvait se révéler dangereuse.

« Au fait » s'exclama brusquement le fantôme « c'était qui, cette fille ? »

« Je ne te l'ai pas dit ? » s'étonna Cassie. « Pourtant, la façon dont il a dit son nom… Oh, je te jure que je ne suis pas prête de l'oublier ! Il se tourne vers moi, tu sais, avec cet air horripilant qu'il a parfois et il me la montre de la main en disant : 'Cassie, je te présente Azel Nox', avec un sourire… On aurait dit qu'il venait de découvrir la huitième merveille du monde ! Ca m'a mise dans une rage ! Et elle, elle me regarde à peine, de haut, comme ça… »

Cassie prit une moue dédaigneuse, menton en avant. Thelma étouffa un petit rire.

« Il n'y avait pas de quoi rire, je te le dis ! Et après ça, elle ne me serre même pas la main, rien, pire : elle retourne à sa fenêtre ! Celle-là, vraiment ! »

« Mais comment ça c'est fini, cette histoire ? » interrogea Thelma.

« Ben… Comme ça. Azazel m'a dit que nous reparlerions de tout ça et il m'a fait remarquer qu'il était tard. Le temps que je regarde ma montre et il avait disparu. »

« La fille aussi ? »

« Oui. Bon débarras ! J'espère qu'elle ne remettra jamais les pieds au château. »

« Pourquoi ? » demanda le fantôme.

« Tu parles sérieusement ? » s'exclama Cassie.

« Oui. » répondit son amie.

« Mais… Parce qu'elle est infecte ! Tu supporterais, toi, de la voir se balader partout avec ses airs de propriétaires ? Je te le redis, elle a de ces façons… Elle appelait Azazel par un diminutif, comme s'ils se connaissaient depuis le déluge ! 'Zaz', elle disait, 'Zaz, tu ne crois pas que cette petite gourde est indigne de toi, Zaz ?', tu te rends compte ? C'est d'un vulgaire… »

« Je vois… » murmura le fantôme. « Au final, cette affaire t'arrange. Tu vas passer plus de temps avec ce démon et tu évinceras sa copine Azel du même coup. Pas mal, comme plan… »

« Quoi ? » s'écria Cassie. « Mais qu'est-ce que tu vas t'imaginer ? »

« Excuse-moi » répondit Thelma « C'est sûr que supporter de voir régulièrement ce monstre d'Azazel uniquement pour débarrasser le château de la présence certainement maléfique de cette… Azel, c'est ça ? Ca va te demander un gros… »

« Thelma, je n'arrive pas à croire que tu me fasses ce reproche ! C'est toi-même qui pensais que je devais apprendre à maîtriser mes nouveaux dons ! »

« Oh, je suis d'accord ! Je suis entièrement d'accord… » abonda Thelma. « D'ailleurs, pour te livrer tout le fond de ma pensée, je crois que tu as pris la bonne décision. Malgré que j'aie un mauvais à priori sur la façon dont ça va se passer… »

« Moi aussi ! » renchérit Cassie.

« Mais… » reprit le fantôme.

« Mais quoi ? »

« Mais… tu as rougi, Cassie. »

S.S.S

Quelques jours avaient passés. Le temps était de plus en plus glacial, malgré qu'il fasse toujours beau. Mais la neige était attendue d'un jour à l'autre et l'air était plein de sa senteur métallique si particulière.

Cassie trouvait le temps un peu long. Depuis qu'Azazel lui avait promis de l'aider à développer son talent, elle se surprenait à attendre leur premier rendez-vous avec impatience. Bien sûr, elle ne l'aurait jamais avoué à Thelma, qui s'en doutait de toute façon, et encore moins à Azazel lui-même. Mais le fait était là : le temps lui sembler durer plus que d'ordinaire.

D'autant que Cassie avait mis un frein aux brimades dont elle accablait jusque-là sa rivale de cœur. Malgré elle, la jeune sorcière pensait souvent aux violentes critiques que lui avait faites Azel Nox. Bien qu'elle se sentît dans son bon droit, Cassie était gênée de reconnaître qu'elle n'avait pas forcément fait usage de son pouvoir de la manière la plus altruiste qui fut. Mais ça n'était sûrement pas l'amie d'un démon qui pouvait lui faire la morale ! Néanmoins, Cassie s'était restreinte. Sa clémence s'était même étendue au pauvre Leon. Cela avait beaucoup soulagé Thelma, qui avait marqué sa gratitude en se faisant sensiblement plus discrète sur le front des reproches. Pour tout dire, les apparitions spectrales se faisaient plus rares, ces derniers temps : même Rachel McBain semblait avoir disparu.

Pour tromper son attente et préserver sa vertu morale en ne la soumettant pas à trop rude épreuve, Cassie passait beaucoup de temps dans le jardin d'hiver de Medenham Hall. Elle avait récemment découvert la petite pièce, dissimulée derrière un lambris coulissant. Le lieu avait l'avantage d'être presque toujours désert. Il était aussi tout proche du fameux salon de musique. Un après-midi où elle tuait là ses heures libres, Cassie entendit soudain une mélodie retentir. Thelma était absente. Cassie hésita une seconde à l'appeler, puis, comme le son décroissait, elle partit sans plus attendre à la rencontre du musicien.

Quand elle ouvrit la porte, la jeune fille laissa échapper un petit cri de surprise. De là où elle était, elle ne voyait pas très bien le piano, mais elle était sûr que personne ne se tenait au clavier. Déçue, elle referma la porte et s'avança dans le salon silencieux.

« Eh bien, eh bien » énonça une voix féminine qui fit sursauter Cassie. « Tu es finalement venue. Je dois dire que je n'y croyais pas ! »

Cassie reconnaissait avec horreur le timbre cristallin d'Azel. Elle tourna sur elle-même, fouillant des yeux toute la pièce, jusqu'à trouver son ennemie. Celle-ci était assise dans un grand fauteuil de cuir entre deux bibliothèques. Elle avait les mains jointes en clocher et observait Cassie par-dessus de fines lunettes. Elle se leva soudain.

« Inutile de faire durer le suspens. » dit-elle. « Les présentations ont déjà été faites, entrons donc dans le vif du sujet. Suis-moi. » ajouta Azel, avec un geste impérieux de la main.

Elle s'arrêta devant le piano. Un lourd volume relié de cuir y était posé.

Cassie se secoua et s'approcha d'elle.

« Comme tu dois t'en douter » commença la brune sur un ton pontifiant « il ne suffit pas de dévisser un boulon en clignant de l'œil pour se prétendre sorcière… »

« Où est Azazel ? » l'interrompit Cassie.

« Eh bien… Là où son bon plaisir l'amène, je suppose. » répondit l'autre en lui coulant un regard par-dessus ses verres.

« Mais… mais il avait dit… » protesta Cassie avec un sentiment d'horreur grandissant.

« Qu'il te donnerait des cours lui-même ? » termina Azel avec un sourire malveillant. « Non, je ne crois pas… Ou alors, nous n'avons pas assisté à la même discussion. Je t'ai entendu toi dire que tu désirais apprendre, mais lui … »

Cassie, atterrée, ne parvenait pas à quitter des yeux son interlocutrice. Celle-ci se réjouissait méchamment de son désarroi et conclut sa démonstration avec un petit air ironique.

« Donc, si nous pouvons reprendre, ma chère… élève ? »

Cassie semblait manquer d'air, puis éructa un juron.

« Merde ! Si j'avais su… »

« Tu aurais expliqué à Azazel que tu préférais rester une petite oie stupide ? » termina Azel avec une malice vipérine.

Cassie la foudroya du regard, mais n'osa rien ajouter. Les deux jeunes filles restèrent un moment à se défier du regard, puis Cassie eut une inspiration subite.

« Mais vous êtes qui, au vrai ? »

Azel eut un instant de surprise, mais répondit avec une courtoisie appuyée.

« Voyons, très chère petite idiote, comme je le disais, nous avons déjà été présentées… »

« Vous êtes QUOI ? » cria Cassie, passablement énervée de s'entendre insulter à chaque phrase.

« Oh » répondit Azel. « Eh bien… Je pensais que tu l'aurais deviné, mais soit… »

« Cessez vos insinuations tout de suite ! » cria encore Cassie « Et répondez-moi mieux que ça ! A moins que vous n'ayez honte d'admettre que vous êtes un monstre ! »

« Oh » dit encore Azel. « Je vois. »

Mais elle n'ajouta rien, se contentant de regarder Cassie avec un air menaçant. Cette dernière s'énerva encore plus et attrapa le poignet de son vis-à-vis.

« Allez ! Crachez la vérité, sale harpie ! »

Mais aussitôt après, elle échappa un cri de douleur incontrôlé.

« En fait de monstre » répondit lentement Azel en tordant soigneusement le poignet de Cassie avec son autre main, « je suis exactement comme toi… un sorcière. » dit-elle en détachant soigneusement chaque syllabe, pendant que Cassie se tordait de douleur à ses genoux.

La poigne d'Azel possédait une force incroyable. Cassie avait l'impression que chacun de ses os se brisait sous l'étau de fer, sans compter que la prise allait lui déboîter l'articulation du coude dans quelques secondes… Mais Azel ne lâcha pas la jeune fille. Au contraire, elle continua tranquillement son monologue.

« Plus précisément, je suis la meilleure de toutes les sorcières. A seulement quinze ans, je suis en possession d'un pouvoir tel que tu ne pourras jamais que l'imaginer. »

La torsion sur le poignet de Cassie s'accrut encore un peu, et la jeune fille sentit des larmes couler sur ses joues sans qu'elle puisse les contrôler.

« A dire vrai, on pourrait même me considérer comme l'autorité supérieure de toutes les sorcières. Tout cela pour dire, puisque tu semblais avide de savoir, que je ne me déplace pas pour rien. »

Azel écarta enfin ses doigts et Cassie attrapa aussitôt son poignet en gémissant.

« D'autres questions ? » interrogea nonchalamment sa tortionnaire.

Mais Cassie n'était pas en mesure de répondre. Elle sanglota encore plusieurs minutes. Pendant ce temps, vraisemblablement lassée, Azel s'était remise au piano. Elle jouait à nouveau l'air que Cassie avait entendu la première fois, l'air que jouait d'habitude Azazel. Cassie réussit enfin à se redresser un peu et sécha les pleurs sur ses joues. Tremblante, elle se remit debout en s'accrochant à un guéridon, qui portait un vase de roses rouges. Cassie ébranla le guéridon et le vase se renversa, répandant l'eau et les fleurs sur le sol. Azel s'interrompit aussitôt. Elle eut un mouvement du bras et aussitôt, chaque chose repris sa place.

« Il ne faut pas abîmer les roses… » murmura-t-elle.

Cassie recula violemment, ramenant contre elle son poignet qu'elle protégea de son autre main. Mais Azel ne lui porta aucune attention. Elle se releva et caressa la reliure du pavé posé sur le piano.

« Comme je m'apprêtais à te le dire, la première leçon de la sorcellerie, c'est la loi du Talion. C'est un peu réducteur, mais il faut bien comprendre – et visiblement, la chose ne t'a pas encore effleurée – que chaque acte a un prix. Si tu désires une chose, quelle qu'elle soit, il te faudra la payer. Est-ce clair ? » demanda Azel en accordant de nouveau un regard à Cassie.

Paralysée par la frayeur, celle-ci n'esquissa pas un mouvement.

« Est-ce clair ? » répéta Azel.

Cassie déglutit avec peine et rassembla tout le courage dont elle disposait.

« Vous êtes folle » gronda-t-elle « une sale folle, méchante et manipulatrice » ajouta-t-elle en ayant soin de se mettre hors de portée. « Je refuse de vous servir de jouet. Peu importe ce que vous raconterez à Azazel ! Je ne remettrai plus jamais un pied ici. »

Azel continua à la regarder placidement. Cassie passa une langue sèche sur ses lèvres, essayant de deviner d'où viendrait l'attaque et comment diable elle pourrait la parer. Mais Azel se contenta de retrousser les lèvres en une moue dédaigneuse et laissa tomber :

« Pitoyable. Si c'est tout ce que tu as trouvé comme excuse… Tiens, prends ça » ajouta-t-elle sèchement en envoyant le lourd volume dans la poitrine de Cassie « Si jamais tu as appris à lire ! »

Le souffle coupé par l'impact, Cassie se raccrocha au livre par réflexe.

« Dégage ! » hurla soudain Azel. « Dégage, avant que je te casse un bras ! »

Sans demander son reste, Cassie trébucha vers la porte et la franchit aussi vite que possible.

S.S.S

La neige s'était enfin mise à tomber. De gros flocons tournoyaient depuis des heures sur le velours noir du ciel. Leur blancheur éclatante illuminait la nuit. Allongé sur sa terrasse, Azazel laissait les cristaux délicats le recouvrir peu à peu. Il souriait.

« Voilà qui s'annonce difficile » chuchota-t-il. « Espérons que Rachel ne t'en voudra pas trop… »