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Chapitre 2 : Voyage vers Poudlard

Sur les voies de la gare se tenait majestueuse, une locomotive rutilante à la couleur écarlate. Sa carrosserie étincelait sous l'effet des rayons obliques du soleil qu'aucun nuage ne venait assombrir.
En suivant la douce lumière chatoyante de l'astre sur le train, on pouvait assister en laissant courir le regard sur les quais à des scènes émouvantes d'accolades, d'embrassades et de recommandations ultimes. Des adolescents s'apostrophaient, se saluaient et commençaient des conversations sans que nul n'ait l'impression que plus de deux mois s'étaient écoulés depuis leur dernière conversation.
Les plus jeunes se rapprochaient instinctivement de leurs parents, cherchant, dans une dernière étreinte, le réconfort face à une séparation qui était à la fois attendue et espérée, mais avait un petit goût d'amertume lorsque ce fameux instant était arrivé.

Elladora posa sa main gantée sur l'épaule de son neveu, l'encourageant à avancer sur le quai et rejoindre la petite Lily, dont elle appréciait la fraîcheur et son influence spontanée sur Severus. Sa mère, déposa un bref baiser sur son front, un de ses rares signes d'affection dont on ne savait si ce geste primesautier était dû à la perspective de ne plus voir son enfant pendant de longs mois, ou à l'effervescence ambiante. Et sitôt ce geste accompli, Eileen s'éloigna de son fils pour vaquer à d'autres occupations, accompagnée de sa tante qui lança un bref sourire triste à Severus, livré à lui même sur le quai.

Lily, un peu perdue, écoutait les dernières recommandations du professeur McGonagall qui accompagnait les enfants d'origine moldue sur le quai de la gare et les rassurait sur les différents moyens de rester en contact avec leurs familles. Le ministre de la magie, préoccupé par le conflit Nord-Irlandais et la menace que les belligérants pourrait faire peser sur les élèves avait demandé au directeur de Poudlard, de déléguer un des ses professeurs pour assurer la sécurité de la rentrée. Si cette décision avait été entérinée par les membres du ministère, qui avait encore des enfants à Poudlard, elle avait été vivement critiqué par ses opposants qui lui reprochaient d'avoir une sensibilité exacerbé et maladive pour les émois moldus.

Severus et Lily, un peu intimidés par la foule décidèrent de monter dans le train et de s'installer dans un compartiment, même si le sifflement annonciateur du départ ne devait retentir que dans une demi-heure.
Ils posèrent leurs bagages sur l'étagère surplombant la banquette orangée et s'assirent, face à face, près de la fenêtre ouverte. Ils écoutaient, caché derrière les tentures, la cacophonie ambiante, où des bribes de phrases parvenaient parfois à être audibles

« Moi, c'est James », « Tu crois que Serdaigle va gagner encore ? », « Prends bien soin de ta petite sœur ... »

Le bruit d'un chariot, poussé dans l'entrave du train attira l'attention du jeune Severus, qui par curiosité, sortit sa petite tête pour se retrouver face à une femme d'âge mûr, à la physionomie épanouie qui l'accueillit d'un « Eh bien, on dirait vraiment que tu as envie de bonbon ». Severus regarda, émerveillé cet amoncellement de délices fruitiers et chocolatés et tendit la main vers un petit paquet en demandant :

« Madame, combien pour ça?
- Trois noises l'un, cinq pour les deux».

Severus tendit la monnaie et rejoignit le compartiment de son amie avec un sourire aux lèvres, anticipant la joie de lui faire partager cette friandise.
Lily assise, leva les yeux vers Severus, surprise de l'expression de joie malicieuse dans ses yeux et son regard se posa sur sa main, cachée derrière son dos qui ne parvenait pas à masquer un fragment cartonné un sourire de comploteur, il demanda à Lily de fermer les yeux afin de lui faire une surprise. Lily, confiante en son ami, ferma ses paupières. Elle haussa un sourcil de perplexité en entendant le son d'un objet qu'on déchire.

Severus, délicatement avait saisi la petite chocogrenouille entres ses doigts effilés et la maintenait fermement tandis que cette dernière, outrée de ne pas avoir pu effectuer le moindre petit saut, se débattait pour marquer son désaccord devant ce traitement si indigne, que si elle avait la moindre velléité à la parole ou à la conscience aurait envoyé un document en trois exemplaires au ministère de la magie pour protester de ce traitement abusif.

Tandis que sa main gauche tenait fermement la grenouille chocolatée, avec sa main dextre il prit les mains de Lily, les manipulant avec douceur afin que ces paumes soient tournés vers le ciel.
D'un mouvement délicat, il posa la grenouille dans la paume droite de Lily qui fut surprise de sentir un objet gigoter au creux de sa main et aborda un mouvement instinctif de répulsion et s'apprêtait à ouvrir ses opalines vertes quand la voix susurrante de Severus lui dit « Fais-moi confiance. N'aies pas peur » et prenait son autre main afin de former une cage tactile pour l'animal.

La chocogrenouille s'agitait, cognant sa tête contre la paume supérieure dans une tentative désespérée d'accomplir son premier saut.

« Maintenant, ouvre les yeux mais garde les mains serrées pour qu'il ne s'échappe pas. »

Lily rapprocha les mains de son visage, et à la hauteur de ses yeux entrouvrit légèrement ses mains afin de plonger un œil émeraude dans la cavité et poussa un cri de surprise en voyant cette grenouille marron qui s'agitait au creux de sa main. D'un simple regard, elle interrogea Severus, qui comprit sa question muette et lui répondit « C'est une chocogrenouille. Une friandise du monde magique. Tu devrais la goûter. Le chocolat est excellent, mais je te conseille de commencer par la tête, sinon elle risque de s'échapper. »

Lily regarda attentivement la chocogrenouille et d'un mouvement sec des mâchoires décapita le batracien chocolaté. La saveur du cacao mélangée à un ingrédient dont elle ne reconnaissait pas la saveur, titillait agréablement ses papilles.

« C'est délicieux, mais qui t'as fait découvrir cela ?
- Ma tante, tu sais, celle dont je t'ai parlé. C'est elle qui m'a initié au monde sorcier. Ma mère ne m'en parle jamais et mon père ... »

Quelques secondes de silence ponctuèrent cette phrase, tandis que son regard était traversé par des filaments orageux de colère contenue et grondante.
« Elle m'a parlé du monde sorcier, de ces us et coutumes, des animaux fantastiques que nous croiserons lors des cours de soins aux créatures magiques. Des différents fantômes qui régissent les maisons de Poudlard et ...»

Severus interrompit son discours enthousiaste sur l'organisation de Poudlard, relatée patiemment par sa tante.
Deux jeunes garçons se tenaient devant l'embrasure de la porte. Le premier, aux yeux noisette portait une robe de sorcier aux couleurs mordorés à l'étoffe de qualité. Il passa nonchalamment une main dans sa chevelure indisciplinée et s'adressa à Lily, demandant s'ils pouvaient se joindre à eux pour le trajet.

Lily spontanément accepta et se poussa légèrement contre Severus afin de faciliter l'installation de leurs nouveaux compagnons de voyage. Severus avait surpris dans le regard de l'intrus une pointe d'admiration, fort désagréable à ses yeux, envers sa Lily et il eut beau tenter de lancer son regard le plus glacial envers les importuns, rien ne semblait perturber le garçon dans sa contemplation.

« Bonjour, je m'appelle James. James Potter, un sourire éclaircissant son visage. Et toi ?

Lily Evans et se tournant vers son ami. Voici Severus Rogue »

James tourna la tête en direction du garçon à la tenue dépareillée, aux manches trop longues qui retombaient sur ses mains aux longs doigts maigres, et dont il avait ignoré la présence, son attention étant focalisée sur les émeraudes de la fillette. Il tendit la main vers Severus en un geste qui tenait plus de la politesse que d'une réelle affabilité à son égard.

Severus accepta avec une mauvaise foi évidente la main tendue, mais préféra céder à ce rituel de civilité. En observant la qualité de l'étoffe des robes des deux jeunes garçons, ainsi que les broderies ouvragées sur le pourtour des manches, il en était arrivé à la conclusion qu'ils appartenaient tous deux à des familles de sorciers aisés. Et de ses longues conversations avec sa tante, il avait appris deux choses essentielles pour s'intégrer à Poudlard, la première était la valeur du sang et il savait qu'il devrait faire ses preuves pour pouvoir s'intégrer parfaitement dans cette société, suite au discrédit de sa mère et la deuxième était que l'argent restait une source de pouvoir dans les deux mondes. Et ces deux garçons appartenaient visiblement aux deux catégories. Une voix le coupa de ses réflexions.

« Et lui, c'est Sirius, dit James en tendant une main vers son compagnon
- Sirius comment ? demanda Severus
- Sirius juste Sirius, répondit le jeune garçon à Lily, avec un grand sourire, tandis qu'il tendait nonchalamment sa main à Severus »

Severus ne dit mot et se contenta d'observer les deux garçons qui avaient rapporté toute leur attention sur Lily et focalisa son attention sur celui à la chevelure ébène. Un peu plus grand que son camarade, il avait des yeux couleur orage où se reflétaient une insouciance qui avait été ternie pendant les quelques brèves secondes durant lesquelles il lui avait demandé son nom. Sa robe noire, au liséré argenté portait sur le côté droit de sa poitrine un petit écusson avec deux chiens semblant garder un bouclier et une épée. Severus ne connaissait pas assez le monde sorcier pour reconnaître ce blason familial, mais au regard de son observation, il ne pouvait que supposer qu'il appartenait à une des grandes familles de Sang-Pur. Peut-être était-il lui même un Sang-Mêlé comme lui, serait-il dans la même maison que lui ? Et si Sirius ne souhaitait pas dire son nom, c'est qu'il devait avoir honte de ses origines moldues? Oui ça devrait être ça. Un Sang-Pur ne renierait pas son héritage.

Et le trajet se poursuivit pendant de longues minutes. Lily posait avec un enthousiasme certain des questions au sujet de leur nouvelle école, faisant remonter une petite pointe d'amertume dans le cœur de Severus qui aurait souhaité être le seul à l'initier à ce nouveau monde qu'ils allaient découvrir de visu.

Tandis que James tentait d'expliquer, à grand renfort d'amples gestes de la main, dans une imitation de mime grotesque les particularités du château, comme les escaliers qui se déplaçaient, les tableaux qui conversaient et les armures rutilantes qui se préparaient silencieusement à garder l'école contre toute tentative d'invasion. Le rire cristallin de Lily répondait aux plaisanteries et pitreries des deux garçons qui semblaient prendre plaisir à se retrouver en compagnie de la belle jeune fille aux longues nattes. Lily se tournait vers son ami assez souvent, quêtant une approbation ou un démenti aux propos parfois extravagant de ses compagnons de voyage. Severus répondait sincèrement aux questions avec des explications précises qui tranchaient avec les quelques monosyllabes et grognements, servant de réponse aux interrogations des deux jeunes garçons.

La conversation bon enfant dévia sur les maisons à Poudlard lorsque James s'exclama

« Lily, tu iras sûrement à Serdaigle ou à Gryffondor ! La meilleure maison c'est Gryffondor, tous mes ancêtres y sont allés. Mais les autres maisons sont aussi bien aussi sauf les Serpentards, eux tu peux les éviter. Ce sont des personnes peu recommandables.

Mais ma mère était à Serpentard ! De quel droit te permets-tu ... s'écria Severus d'une voix ombrageuse.

Et bien je n'en suis pas surpris, tu inspires toute la sympathie auquel un Serpentard aurait droit. Les Serpentards sont un ramassis d'imbéciles qui pratiquent la magie noire et ne sont pas fréquentables. Dans ma famille, nous avons toujours préféré la lumière aux ténèbres et c'est pour cela que mes parents combattent les mages noirs, ponctua James avec fierté »

La conversation s'animait dangereusement entre les deux garçons, avec un crescendo de voix faisant ressortir des sentiments aussi tempétueux que la colère et la rancune se révélaient au grand jour et laissaient poindre un soupçon de jalousie primitive.

Aux propos de James, le visage de Sirius se ferma et une pointe de colère sourde, mélangée à un soupçon de regret vint ternir son regard d'acier. Et si un œil averti aurait pu voir qu'il était partagé entre son envie d'approuver les dires de James et son amertume à savoir qu'il allait surement être rejeté par ce garçon pour lequel il avait éprouvé en simplement quelques secondes un élan de sympathie particulière, aucun mot ne sortit pourtant de sa bouche, attendant la fin de la confrontation.

Lily, quant à elle regardait son ami, interdite, qui exprimait toute son indignation d'une voix houleuse, face aux préjugés de James envers ce qu'il avait appelé sa future maison. Lily se souvenait de ses longues conversations durant lesquelles Severus lui racontait ce que sa tante lui apprenait sur ce nouveau monde et sa fierté d'appartenir à une maison comme les Serpentards. Une maison qui le reliait à son héritage de sorcier et même si Severus n'y avait jamais fait allusion, Lily connaissait assez bien son ami pour savoir qu'il portait en lui la blessure du rejet de sa mère comme une cicatrice et si elle ne pouvait pas clairement identifier le problème elle savait en le regardant que les propos de James l' avaient profondément blessé. Lily pouvait voir au bord des cils de son ami, des perles d'eau retenues à grand peine

Ce sentiment de compassion fut remplacé très rapidement par de la colère pure. On attaquait son ami. Ses yeux verts lancèrent des éclairs en direction de James et d'une voix coléreuse, elle l'apostropha. Surpris par la véhémence de Lily, James cessa tout à coup de parler et la regarda d'un air penaud prendre la main de Severus et l'entraîner dans un autre compartiment où ils pourraient finir leur voyage.

On ne sait par quel heureux hasard, mais un compartiment situé à proximité des toilettes et en tête du train s'avéra être inoccupé. Severus, silencieusement s'installa sur le siège et tourna son regard vers le paysage, évitant de croiser le regard de Lily. Il ne devait pas la regarder. Il ne devait pas pleurer devant elle. Il devait être fort. Elle devait rester son amie.

Mais ses résolutions ne tinrent pas face à cette boule qui s'était formée dans sa gorge, cette montée d'angoisse, cette frustration, cette haine qui refaisait surface. Ce sentiment d'être isolé, d'appartenir à cette race de personne que l'on n'aime pas, de retrouver dans ce monde le même sentiment d'injustice et de rejet que dans l'autre. Un eldorado illusoire. Et les larmes commencèrent à glisser silencieusement sur ses joues, accompagnées quelques secondes plus tard de petits hoquets et mouvements d'épaule

Il sentit la main de Lily effleurer le dos de la sienne en une caresse apaisante. Il se tourna vers Lily qui croisant son regard embrumé, saisit délicatement sa main et la serra fortement en prononçant juste ces quelques mots « Je comprends ». Les larmes se tarirent quelques minutes après, le cœur de Severus ensoleillé par la bonté de Lily, sa précieuse amie.

Lorsque le train arriva à la gare de Pré au Lard, les deux jeunes gens récupèrent leurs bagages dans leur ancien compartiment, ne croisant pas leurs compagnons de voyage, avant de se retrouver sur les berges du lac, attendant leurs vaisseaux pour rejoindre le château. James aperçu Severus et ne put s'empêcher de se moquer de lui, en faisant allusion aux larmes versés et lui trouva un surnom qui devrait rester durant sa scolarité : « Snivellus ». Si Severus ne comprit pas à ce moment précis comment James avait pu le voir pleurer dans ce compartiment, des années plus tard ses altercations avec son fils et ses nombreuses entorses au règlement lui permettraient de résoudre ce mystère.

Et comme chaque année, la cérémonie de la répartition commença pour les nouveaux élèves sous le regard attentif des anciens qui essayaient de voir en leur physionomie ou leur comportement les indices d'appartenance à leur propre maison. Après le discours chanté et enchanteur du vieux chapeau magique, la cérémonie débuta sous le regard bienveillant d'Albus Dumbledore, et l'œil attentif de Minerva McGonagall Tenant dans sa main le Choixpeau et d'un autre le parchemin, elle procédait à l'appel alphabétique des néophytes, qui sous la houlette de la coiffe se voyait désigner après un temps; plus au moins long; sa famille d'adoption.

Andreax Tex rejoint sous les accolades de sa maison sa nouvelle maison aux couleurs vertes et argents.

Lorsque le nom de Black retentit, Sirius s'avança avec regret vers son destin, en lançant un petit regard d'excuse à James dont les yeux étaient écarquillés par la surprise. Mais à peine le chapeau fut mis sur la tête que retentit à la surprise générale le nom de Gryffondor, tous s'attendant à le voir rejoindre comme tous ces aïeuls la maison Serpentard. A la table rouge et or, le moment de surprise passé, des clameurs de joie accueillirent le nouveau venu, tandis que certains gestes moqueurs en direction de la table voisine accentuaient la déception des Serpentards.

Bien entendu, James rallia la maison de ses ancêtres. Rejoignant ainsi la belle Lily sous le regard triste de Severus qui se voyait séparé de sa seule amie.

Après le verdict du Choixpeau, il se dirigea vers sa nouvelle maison, accueilli d'une tape amicale sur l'épaule d'un grand jeune homme à la longue chevelure dorée.

Ainsi débuta la scolarité de Severus à Poudlard