Toc, toc, toc? Qui est là?

Beckett fut réveillée par son téléphone autour de cinq heures. C'était Esposito qui l'avait appelée pour lui dire qu'un autre meurtre similaire à celui qu'ils avaient eu plus tôt dans la semaine s'était produit.

« -On a l'identité de la victime?

-Ouais, Kate Whitby. Trente cinq ans. »

Beckett n'écoutait plus. La victime s'appelait Kate, encore.

« -... Jason Whitby l'a trouvé dans leur appartement à cinq heures moins le quart, alors qu'il allait se préparer pour aller au travail.

-Il a un casier? Demanda Beckett sans penser un instant à ce qu'elle disait.

-Non, mais il a dit qu'il y'avait quelque chose d'étrange dans le comportement de sa femme dernièrement. Répondit Esposito.

-Ah, et qu'est-ce que c'est? Demanda Beckett désormais plus intéressée.

-Elle lui a parlé d'une amie, et du fait qu'elle savait que Jason l'avait trompée. Il y'a longtemps. »

Beckett soupira. Cette fois, on l'aurait plus facilement, on ne peut pas faire deux meurtres similaires sans laisser des connexions.

« -Merci, je suis en route. Déclara-t-elle. »

Elle raccrocha et regarda dans le vide, comment allait elle faire pour Neil. Pensa-t-elle. Castle fut la première chose a quoi elle pensa. Elle sourit à l'idée de le voir de bon matin, mais il faudrait qu'il garde Neil au moins le temps qu'elle aille sur la scène de crime.

Elle sortit de sa chambre et regarda le futon de Neil, vide. Son cœur fit un bond dans sa poitrine.

« -Neil? Déclara-t-elle d'une voix qui se voulait détendue »

Le garçon sortit de la salle de bain une serviette autour de la taille. Pour un jeune de dix huit ans, il était très musclé et bien taillé songea la détective à la vue de son abdomen à la peau hâlée.

Il rougit quand il aperçut Beckett. Elle était en tenue de nuit. Quand elle comprit pourquoi il avait rougi elle s'empourpra également.

« -Je...Euh je reviens. Lâcha-t-elle en se réfugiant dans sa chambre à nouveau. »

Quelques minutes plus tard, elle était sortie, portant un jean et un t-shirt blanc mettant en valeur sa féminité. Neil lui était toujours torse nu, mais il avait mis son baggy noir, comprenant qu'il leur faudrait partir dans un court laps de temps.

« -Neil? Demanda Beckett en regardant son dos, une cicatrice l'intrigant.

-Oui madame? Demanda le garçon en enfilant un t-shirt rouge.

-D'où vient cette cicatrice que tu as sur l'omoplate? Demanda-t-elle. »

Neil prit une grande inspiration et se retourna pour faire face à la détective.

« -C'est mon père quand j'étais petit, madame. Dit il avec sincérité, ces mots lui arrachant peu à peu la voix.

-Qu'est-ce qu'il t'a fait. Déclara Beckett en posant une main sur son épaule droite. »

Neil retira son t-shirt, laissant Beckett ahurie. Il lui fit dos, et s'approcha de la lumière.

Beckett put alors voir cette cicatrice, si semblable à celles qu'elle avait pu voir sur les victimes d'armes à feu. Juste à droite de ce rond, des lacérations blanchâtres montraient que la balle avait été retirée par des mains inexpérimentées.

« -Pourquoi? Demanda Beckett simplement. »

Neil respira, et échappa un sanglot. Il enfila à nouveau son t-shirt et se retourna vers Beckett, le visage impassible malgré les larmes qui couraient sur ses joues.

« -Madame, il faut y aller. Déclara le garçon.

-Tu as raison. Répondit Beckett. Mais tôt ou tard il va falloir que tu me le dise Neil.

-D'accord. Répondit-il avec force, séchant ses larmes »

Elle attrapa son écharpe et son manteau ainsi que les clefs de son véhicule et fila chez Castle.

« -Pourquoi allons nous chez Castle, madame? Demanda Neil reconnaissant le quartier dans lequel ils se trouvaient. »

Beckett ouvrit la bouche, surprise qu'il reconnaisse si bien Manhattan.

« -Il y'a eu un nouveau meurtre, et je ne peux pas t'amener sur la scène de crime. Déclara-t-elle simplement.

-Vous savez, je reconnais bien Manhattan parce que j'ai travaillé plusieurs années pour aider ma mère. Dit il la voix ne laissant transparaître aucune tristesse.

-Comment... commença la brune.

-Votre bouche. Quand vous avez une question en tête, vous ouvrez la bouche et la refermez aussitôt. Déclara Neil regardant par la fenêtre de la voiture. »

Beckett resta sans voix et refit exactement le même mouvement de bouche.

« -Vous voyez. Dit Neil. Nous sommes arrivés. »

Elle se gara avec une facilité déconcertante et Neil descendit. Elle le suivit.

« -Neil, comment ça se fait que tu arrives aussi bien à lire sur les visages? Demanda Beckett légèrement suspicieuse.

-J'aime beaucoup les aventures de Sherlock Holmes. Déclara le garçon.

-Quel rapport? Déclara la détective en soulevant ses sourcils.

-Lisez Conan Doyle, madame, vous comprendrez, mais puisque vous semblez suspicieuse, je vais développer. Déclara Neil d'un calme relativement effrayant.

-Je t'en prie. Ne fait plus jamais ça Neil. Déclara Beckett la bouche ouverte les yeux rivés sur le garçon. »

Neil rougit, chercha quelque chose à fixer mais en vain car Beckett avait relevé son menton avec sa main droite.

« -L'induction. Déduction...M-Madame. Holmes se pose les questions qu'il faut, par exemple pourquoi vos pantalons sont usés aux genoux. A New York, les choix sont nombreux, mais vous êtes une femme, d'une trentaine d'années, belle et intelligente. Lâcha le garçon d'une traite, effrayé par la réaction que Beckett pourrait avoir.

-Et? Déclara Beckett en lui lançant un regard qui n'était pas propice à discuter.

-Et, donc cela signifiait que soit vous étiez artiste, soit que vous étiez policière. Et bien sur vous pouvez être les deux. Cracha Neil si vite que Beckett rit.

-Du calme. Répondit la brune. C'est juste que parfois, j'ai l'impression d'entendre Castle. »

Neil rougit et fixa ses pieds.

« -P-Pardon Madame. Dit il d'une voix faible.

-Ce n'est pas grave. Évite juste de faire ça quand Castle est là. D'accord?

-D'accord. Répondit il. »

Ils arrivèrent au loft de Castle et Beckett frappa vigoureusement à la porte. Très vite, on lui ouvrit.

« -Beckett? Demanda Castle endormi.

-Il faut que Neil reste chez toi. Déclara la détective, le tutoiement lui échappant.

-Attends... Que Neil reste chez toi? Toi? Pourquoi une telle familiarité? Demanda Castle les yeux maintenant braqués sur Beckett qui restait pourtant impassible. D'ailleurs je me demandais quelque chose Beckett, je peux TE parler un instant? Demanda Castle.

-Je vais aux toilettes. S'exclama Neil voyant que le moment était mal choisi pour rester dans les alentours.

-Mais je t'en prie Ricky, que veux tu? Déclara Beckett en se rapprochant sensuellement de Castle. »

Castle déglutit avec difficulté, surpris par cet accès de proximité avec Beckett. Mais il se reprit bien assez tôt quand Beckett leva les yeux au plafond.

« -Sérieusement Castle. Vous croyez n'importe quoi? Soupira la détective d'un air absent.

-Non, je pensais juste que nous pourrions emmener Neil sur la scène de crime. »

Beckett ouvrit la bouche, il venait de lire en elle comme Neil l'avait fait quelques minutes plus tôt.

« -Il est cinq heure trente du matin, vous pensez vraiment qu'il y ait une autre façon pour que vous veniez frapper à ma porte de si bon matin? Déclara Castle.

-Euh...

-Vous auriez pu m'appeler. Mais pourquoi vous ne l'avez pas fait? Se demandait rhétoriquement Castle.»

Il se rapprocha un peu plus d'elle.

« -A moins que vous ne veniez pour autre chose? Déclara-t-il un sourire aux lèvres.

-Non. Répondit Beckett stoïque. Habillez vous.

-Tout de suite. Déclara Castle en faisant demi tour et en enfilant rapidement sa chemise et sa veste comme si de rien était.

-Neil. Déclarèrent Castle et Beckett d'une même voix. »

Ils se regardèrent, surpris puis Neil sortit des toilettes l'air interrogateur, les yeux rivés sur Castle.

« -Neil, nous avons pensé à quelque chose. Déclara Beckett.

-Quelque chose qui ne te plaira peut être pas, mais ça pourrait être utile. Continua Castle.

-Aller sur la scène du deuxième meurtre. C'est ça? Déclara Neil la voix faible. »

Beckett soupira, Castle lui sembla intrigué par la perspicacité du garçon.

«-Je vous ai entendu. Souffla Neil.

-C'est tout de suite moins impressionnant. Déclara Castle. »

Beckett lui lança un regard noir.

« -D'accord. Déclara le garçon en se pinçant les lèvres.

-D'accord? Répétèrent Castle et Beckett de conserve. »

Ils se regardèrent à nouveau. Là ça devient bizarre. Pensa Beckett alors que Castle regardait successivement la femme et le jeune homme.

« -Allons y dans ce cas. Déclara Beckett.

-J'peux conduire? Demanda Castle.

-Dans vos rêves Castle. »

Il soupira et ils furent partis.

Il était stressé, ce serait certainement un choc pour lui ce matin. Il avait deviné avec raison que ce second meurtre était identique au premier. Il ne savait pas que c'était la femme de Jason qui était morte. Jason, ou « oncle Jason » comme il l'appelait était en état de choc, le regard vide et le corps crispé. Neil l'appelait oncle Jason, pourtant ils n'avaient aucun lien de parenté, si ce n'est qu'il était un grand ami de sa mère. Jason venait souvent à la maison, et Neil avait deviné que Jason et sa mère avaient été liés autrement. D'une façon plus « corporelle ».

A ses dix sept ans il avait compris. Jason était son père. Il n'avait pas les yeux de son père, ces yeux d'or si effrayants. Il savait que c'était lui, mais il redoutait son père. Il le redoutait car il était fou, fou à lier, et pour l'instant personne n'avait encore réussi à l'arrêter.

Neil avait les yeux de Jason, ses beaux yeux d'un vert délicat.

Il avait cependant hérité de la perspicacité de son « père » Leo. En effet, Leonard, si effrayant et dangereux qu'il puisse être était un homme d'une clairvoyance rare, il devinait tout, son instinct était l'une des choses les plus développées chez lui.

Neil regardait par la fenêtre, il avait commencé à pleuvoir, et il scrutait le ciel dans l'espoir d'y trouver un divertissement. Leonard serait là, il en était certain. C'était son défaut, rester là pour admirer son travail. Quand il avait tiré sur son fils, il lui avait retiré lui même la balle qui était allée s'encastrer dans son omoplate. Neil avait manqué plusieurs mois de cours à cette époque. Il avait treize ans, c'est à ce moment qu'il à arrêté de travailler à l'école, non pas parce qu'il ne réussissait pas, c'était d'ailleurs un élève brillant. Mais son père avait tenté de tuer sa mère à plusieurs reprises. Neil qui aimait sa mère plus que tout au monde, avait donc décidé de l'aider à travailler, à refaire une vie, sans Leonard. Mais son père, était un homme qu'il ne fallait pas avoir à dos.

« Une fois qu'on m'a blessé, on ne peux pas se débarrasser de moi. Tôt ou tard, je vous trouverai. »

Voilà les paroles qui résonnaient dans la tête de Neil, paroles qu'il avait entendu à la dérobée, quand son père était parti. Maintenant sa mère était morte.

Ils arrivèrent à la scène de crime, Castle parapluie en main, tenant Beckett par l'épaule sous prétexte qu'il fallait se coller pour pouvoir tenir à trois sous le-dit parapluie. Neil les trouvait mignons, ils avaient beau dire ce qu'ils voulaient, ils se jetaient parfois des regards qui ne laissaient aucun doute sur leurs sentiments respectifs.

Neil souriait. Il était prêt, il savait que Castle et Beckett seraient là pour le soutenir si ça n'allait pas. Il songea qu'il pourrait faire carrière dans la police. Il se sentait bien. Rassuré, par ses deux mentors qui lui donnaient tant.