Salut,
Il est effrayant de voir comment l'inspiration peut être bizarre parfois. Je n'arrivais plus à pondre une ligne, rien depuis des semaines, et là, peut-être du fait de la pluie qui s'abat de manière torrentielle chez moi, tout est venue. L'idée, le déroulement et ce chapitre s'est terminé de lui-même en trois heures à peine... Bref.
Un nouveau chapitre donc, d'un point de vue un peu particulier, puisque tout se déroule autours d'Hermione. C'est un personnage que j'affectionne particulièrement, peut-être parce que je me retrouve beaucoup en elle. J'avais donc envie de vous présenter sa vision des faits, de vous montrer les raisons de son comportement... C'est sûrement aussi parce que nous ne la reverrons plus beaucoup après ce chapitre. L'histoire pourra se recentrer sur nos deux protagonistes, chose que vous attendez particulièrement je suppose.
Mais pour celà, il faudra en passer par ce chapitre !
Bonne lecture !
Il pleuvait averse en ce samedi de novembre. Le parc de Poudlard s'inondait progressivement sous les trombes d'eau s'échappant des cieux. Il n'y avait aucun élève dans les couloirs, la pluie battante et le vent s'engouffrant par rafale dans le château les tenaient en respect dans les salles communes et lieux de vie. L'humidité était palpable et seuls les feux de cheminée allumés un peu partout dans les différentes salles conféraient chaleur et confort aux pensionnaires de l'école.
La bibliothèque, déjà sombre en temps normal, ne devait son éclairage partiel qu'à la magie prodiguée par Mrs Pince et aux innombrables bougeoirs qui agrémentaient tables et rayonnages. Au fond de la pièce, dans l'endroit le plus calme, car compris entre les rayonnages de divination et d'histoire de la magie, une jeune femme travaillait. Ou tout du moins, s'était installée là dans ce but.
Fixant d'un œil absent la pile de livres qu'elle s'était composée en arrivant deux heures plus tôt, Hermione Granger n'arrivait pas à réviser. Ce n'était pourtant pas le travail qui manquait, les Aspic se rapprochant inexorablement, mais le cœur n'y était pas. La concentration non plus. Trop de choses la perturbaient. Trop de choses encombraient son esprit, sa vie. Vie qu'elle n'arrivait plus à maintenir sur le chemin qu'elle s'était fixée. Elle avait pourtant tout prévu, tout organisé durant l'été. Elle avait imaginé le retour à Poudlard, certes difficile, mais tellement nécessaire à la réalisation de ses ambitions. Harry, Ron et Ginny à ses côtés. Les soirées de révisions, les fous rires, les discussions. Les moments complices avec son petit ami. Elle, la si sérieuse Hermione Granger, avait enfin tout ce qu'elle voulait à porter de main.
Et pourtant, rien ne se déroulait comme elle le voulait, comme elle l'avait souhaité. Le retour à Poudlard s'était passé, ni bien, ni mal. Plus rien ne marquait désormais le passage de la guerre, le château avait été reconstruit à l'identique. Seule la salle sur demande semblait ne pas avoir pu être rénovée. C'est tout du moins ce qu'elle en avait compris au détours d'une discussion entre Ron et Harry. Ses amis étaient certes à ses côtés, mais ils ne passaient plus tout leur temps ensemble. Harry et Ginny savouraient leur amour de leur côté. Bien entendu, elle ne le leur reprochait pas, ils l'avaient tellement mis de côté l'année précédente, pour la sécurité de Ginny ! Mais c'était comme si tout ce qui les liait auparavant n'avait été que le fruit de la peur et du besoin de faire front face à l'ennemi. De leur envie de se battre pour leurs idéaux, de soutenir Harry dans son combat contre Voldemort. Se seraient-ils éloignés les uns des autres si la guerre n'avait pas fait rage ? Se seraient-ils seulement soudés comme ils l'avaient été s'ils n'avaient pas dû affronter Quirrell, le basilic, les détraqueurs et les mangemorts ?
Les soirées de révision étaient, quant à elles, habituellement tintées de la mauvaise foi des garçons, de leur peu de motivation, bien que Ron l'ait surprise en faisant de gros efforts pour s'investir. Mais les fous rires et les discussions se faisaient rares. Tellement que la plupart de leurs soirées se passaient désormais dans un silence religieux, seulement ponctué de quelques questions lorsque l'un des trois autres ne comprenait pas un point de cours. Quand ils arrivaient à se retrouver tous ensemble… Entre les cours de soutien et les entraînements de Quiddich, ils avaient beaucoup de difficulté à libérer une seule soirée pour la passer ensemble, et la plupart du temps, elle les embêtait tellement au sujet de leurs devoirs en retard qu'ils finissaient par travailler chacun de leur côté.
Hermione réalisa qu'elle passait finalement de plus en plus de temps seule. Ses journées s'organisaient selon un planning serré qu'elle s'imposait. Se lever, se préparer et déjeuner, aller en cours, manger, de nouveau les cours et manger, cours de soutien, révision et repos. Et les journées se suivaient, indubitablement. Inexorablement. Sans qu'elle ne fasse rien pour rectifier le tir. Hermione avait besoin de ce carcan pour avancer. Ne pas sombrer.
Parce qu'elle sombrait doucement, ses amis la voyait s'embourber sans chercher à en sortir. Sans chercher à ramener Ron vers elle. Elle avait bien vu son petit ami l'écarter doucement d'elle. Et si elle voulait être totalement honnête avec elle-même, elle aussi l'avait éloigné de sa vie. Pour affronter Poudlard, affronter la mort et les souvenirs qui l'assaillaient à chaque pas, dans chaque couloir. Hermione se réfugiait purement et simplement dans ses cours et dans la planification de son avenir pour pouvoir faire face. Tenir. Tenir juste une année. Quelques mois. Et tout serait fini.
Et tant pis si pour cela, elle devait abandonner à d'autres les moments complices, les rires, la joie. Finir ses études et vivre enfin. Pleinement. Ou presque. Parce que sans Ron, elle ne savait pas si elle pourrait vivre réellement. Et qu'elle avait parfaitement conscience qu'elle était en train de le perdre. Mais elle n'avait plus la force de se battre. Combattre les démons du jeune homme, sa douleur, son chagrin. Ses doutes et son peu de confiance en lui. Elle voyait l'amour qu'il lui portait s'effriter. Elle avait cru un temps pouvoir porter cet amour seule. Le temps qu'il se remette, qu'il reprenne pied avec la vie. Puis elle avait abandonné, se réfugiant lâchement dans une sorte d'aveuglement qui ne dupait personne. Ca n'allait plus entre eux, tout le monde le savait et personne n'en parlait.
Un petit groupe d'élèves pénétra dans la pièce. Les murmures s'intensifièrent et firent sortir la jeune femme de ses pensées. Malfoy, Zabini et Parkinson. C'était toujours ainsi quand Drago Malfoy pénétrait dans une pièce depuis quelques semaines. Depuis qu'il avait attaqué Ron sans raison. Les tensions avaient repris pendant quelques jours avec acharnement. Puis Ron s'en était mêlé, déclarant qu'il avait mérité cette attaque et que s'il surprenait quiconque à maltraiter les serpentards de septième 2, ils auraient à subir le courroux que son statut de préfet lui conférait. Plus personne donc n'osait s'attaquer à eux, ils étaient « protégés » par Ron Weasley, le meilleur ami de Harry Potter. Intouchables donc. Ce qui n'empêchait pas les commérages et les insultes.
Les pensées d'Hermione vagabondèrent de nouveau. Vers Ron. Et vers Malfoy. Vers leur relation improbable. Amicale. Mais pas que. Bien sûr, elle n'était pas jalouse de Malfoy. Mais s'il n'avait pas été ce qu'il était, s'il n'avait pas été un homme... Pas sûre que sa tranquillité d'esprit aurait été la même. Elle ferma les yeux un instant et soupira, un sourire triste ornant ses lèvres pincées. Mensonge. Elle était jalouse. Jalouse à en crever. Comment pouvait-il en être autrement alors que son petit ami s'était entiché d'un homme ? De son pire ennemi ? De leur pire ennemi.
Elle n'avait cessé de l'observer depuis qu'il était entré dans la bibliothèque et bien entendu, il ne fallut pas longtemps à Malfoy pour se sentir épié. Leurs regards se croisèrent, défi contre tristesse, interrogation contre résignation. Il ne paru pas surprit lorsqu'elle le salua d'un vague signe de tête auquel il répondit similairement, par habitude. Puis il se détourna, reprenant le fil de la conversation qu'entretenait ses amis. Elle rassembla finalement ses affaires, retourna d'un sort les livres qu'elle avait prit à leur emplacement d'origine et sortit d'une démarche rapide et fière. Hors de question qu'elle ne leur montre plus encore son abattement.
Une fois dehors, Hermione respira à plein poumon l'air saturé d'humidité, se délectant de l'odeur de la pluie mélangée à la terre et à l'herbe mouillée. Elle n'aimait pas particulièrement la pluie, qui rendait ses cheveux encore plus indomptables qu'à l'accoutumée, mais aujourd'hui, elle la trouvait apaisante. Ses pas la conduisirent sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte à la grande porte. Elle se délesta de son sac de cours, le laissant à l'abri sous le proche, et s'aventura sous l'averse. Il ne fallut que quelques secondes pour que son uniforme soit trempé. Ses cheveux cascadaient, lisses et détrempés, le long de son visage, et quelques mèches collaient sur ses joues rougies par le froid. Et pourtant, elle se sentait bien. Elle resta quelques minutes sous la pluie battante, le visage tourné vers le ciel, les yeux fermés.
- Miss Granger ?
- …
- Miss Granger ! Mais allez-vous rentrer, par Merlin ? La gronda la Directrice en la tirant à l'intérieur. Vous voulez attraper la mort !
- Désolée, Professeur.
- Que faisiez-vous donc sous la pluie ? Demanda la vieille femme en la séchant d'un sort.
- Je réfléchissais… Merci de m'avoir rappelée à l'ordre Professeur. Bonne journée.
Sur ces mots, elle récupéra son sac et planta son ancien professeur de métamorphoses au milieu du grand hall. Elle ne mit que quelques minutes à rejoindre la tour de Gryffondors et passa le portrait après avoir donné le mot de passe. Ses amis étaient regroupés autours du feu de cheminée, discutant avec entrain. Elle les regarda à regrets, constatant avec tristesse le fossé qui les séparaient désormais. Ron fut le premier à la voir, peut-être parce que le regard de la jeune femme se posait plus souvent sur lui que sur les deux autres.
- Mione…
- Salut vous autres.
- Déjà sortie de la bibliothèque ? Demanda Ginny en souriant.
- Oui, je voulais faire une pause.
Son regard croisa à cet instant celui de son petit ami. Et elle comprit. Comprit ce qu'il allait faire. Ce qu'il allait lui demander. Il semblait soudainement très nerveux. Mais également très résolu. En fière et courageuse lionne qu'elle était, elle acquiesça et ils sortirent de la salle. Le sourire ironique qu'elle esquissa alors qu'il lui tournait encore le dos menaça de faire s'écouler les larmes qui pointaient au bord de ses yeux. Alors qu'ils s'apprêtaient à se séparer, ils parvenaient encore à se comprendre sans prononcer le moindre mot. Cette situation était pathétique. Ils étaient pathétiques. Ils avaient fait traîner la situation des semaines. Quels valeureux gryffondors ils étaient tous les deux !
- Je ne sais pas comment te dire ça, Mione… Hermione. Je…
- Tu veux me quitter Ron. Tu n'as qu'à le dire simplement.
Il la dévisagea. Elle était intelligente, il n'en avait jamais douté. Il opina et lui adressa un pauvre sourire, essayant de faire passer le fait qu'il était désolé. Il avait envie en cet instant de la serrer dans ces bras, de l'étreindre à l'en étouffer. De lui faire comprendre qu'il l'aimait toujours, mais comme une amie. Plus encore. Mais plus de cet amour qui avait rendu leurs relations si conflictuelles durant tant d'années.
- Et je sais aussi pourquoi tu le fais.
Il la fixa sans comprendre. Savait-elle tout ce qu'il lui reprochait ? Avait-elle réalisé son comportement durant ces derniers mois ? Visiblement. Elle reprit.
- Revenir ici n'est facile pour personne. Ni pour toi. Ni pour moi. Et puis, il a pris tellement de place dans ta vie…
- Hein ?
- Mal… Draco.
- De quoi tu parles, Hermione ?... Nous deux, ce n'est juste plus possible. Tes cours de soutien, tes révisions, tout ce temps que tu passes à la bibliothèque, que tu accordes à tout le monde, sauf à moi.
- Je ne suis pas la seule fautive, Ronald ! Où étais-tu les soirs que je passais à t'attendre après les cours de soutien justement ? Que faisais-tu tout ce temps où tu n'étais pas avec moi, ni dans la salle commune, ni aux entraînements de Quiddich ?
- …
- Bien, je vois qu'on s'est compris.
Et l'amertume laissa place à la tristesse. Les larmes s'échappèrent de ses yeux sombres et Hermione ne fit rien pour les en empêcher. Quand Ron l'attira à lui, elle se laissa faire, savourant une dernière fois sa chaleur réconfortante et ses grands bras autours d'elle.
- Je t'aime Ron.
- Je sais… Je t'aime aussi et tu le sais.
- Mais plus au point de vouloir rester avec moi pour toujours.
- Non.
Elle s'écarta de lui et passa une main tremblante sur ses joues rougies, enlevant les traces de larmes d'un revers de main.
- J'aimerai juste que tu répondes à une question Ron.
- Tout ce que tu veux, acquiesça t-il, soulagé que la discussion se soit relativement bien déroulée, bien mieux que tout ce qu'il avait pu imaginer.
- Quelle place a réellement Drago dans ta vie désormais ?
Voilà. J'espère que ce chapitre autours d'Hermione ne vous a pas déplu et vous a un peu réconcilié avec elle ! Les jeux sont faits, Ron est désormais célibataire, avec une question qui tourne en boucle dans sa tête !
N'hésitez pas à me laisser un petit mot si ça vous fait envie, je répondrais avec plaisir.
A bientôt !
