Epilogue
Ce matin-là, Tsunade observait d'un œil serein les alentours depuis la fenêtre de son bureau. Il était bon de voir Konoha aussi tranquille. L'angoisse et la peur de se faire agresser avaient enfin disparu. Seules les réparations du village marquaient les dernières cicatrices de cette affreuse période qui n'avait duré que quelques jours, et qui pourtant semblait avoir duré une éternité. Heureusement, seul le quartier Uchiwa et une partie du mur nord avaient été touchés et les dégâts seraient vite réparés.
Quelques coups frappés à la porte sortirent la cinquième Hokage de sa rêverie. Elle lança un « entrez » et Naruto apparut dans l'entrebâillement.
– Bonjour, Mamie Tsunade ! la salua-t-il. J'ai les informations que vous m'aviez demandées.
– Ah, parfait, montre-moi ça !
Naruto lui tendit une série de rapports et commença à expliquer :
– L'homme a été identifié comme étant Soru Kizuha, le frère d'Ichiko Kizuha. J'ai envoyé un courrier à Kumo et leur Raikage m'a répondu que Soru avait été porté disparu lors d'une mission et c'est pour ça qu'il n'était pas enregistré comme ninja déserteur. A Kumo, il était considéré comme un génie de l'électricité.
– Ça, on s'en est rendu compte, commenta Tsunade. Et Fuyuko ?
– Fuyuko est issue du clan Dokuso, un clan d'Iwa qui a été prestigieux par le passé, et, d'après les papiers qu'on a retrouvés dans leur cachette avant-hier, elle aurait été en contact avec Itachi Uchiwa et il lui aurait même promis sa place à l'Akatsuki au cas où il mourrait.
– Mais le fait est que nous avons rapidement décimé tous les membres de l'Akatsuki et qu'elle n'a sans doute pas eu le courage de reprendre seule le flambeau, conclut Tsunade. En tout cas, c'est sans doute pour ça qu'elle connaissait les clans du village.
– Je pense aussi. Elle aurait même pu être l'élève d'Itachi. Sinon, pendant notre combat, elle nous a expliqué que Ichiko était sa propre élève.
– Elle voulait la forcer à apprendre l'Onde de Chakra alors qu'elle ne le possédait pas de façon héréditaire ?
– On aurait dit. Ce ne sont évidemment que des suppositions, mais cela me semble probable, vu comment se battait Ichiko.
– Très bien, et pas d'autres membres de l'organisation ?
– Non, ils n'étaient que trois. Je dirais que le nom d'Akatsuki a été choisi pour imposer la peur et le respect car, d'après le nouveau Seigneur du Pays du Son, ils commettaient des meurtres d'abord pour l'argent et ensuite pour imposer leur loi. Ils voulaient sans doute profiter de la situation pour s'approprier le pays.
– Ah, il y a un nouveau Seigneur au Pays du Son ?
– Oui, le fils du précédent. Il m'a l'air bien, sans plus.
Tsunade hocha la tête et feuilleta les dossiers que venait de lui remettre Naruto.
– Bon, merci Naruto, conclut-elle. Avec l'hôpital et le conseil, je n'aurais jamais eu le temps de faire ça et Shizune est déjà débordée.
– Ah, le conseil fait encore des siennes ? Vous savez, ce n'est que le mauvais côté du métier !
– Un mauvais côté dont je me passerais bien ! Tu veux que je te fasse essayer pour voir ?
Les yeux de Naruto s'agrandirent d'émerveillement à ces mots.
– Quoi ? Vous voulez me faire essayer la place de Hokage ? Mais bien sûr que je veux !
– Non, pas la place de Hokage, ma place au conseil !
Naruto répondit par une grimace de dépit qui arracha un sourire à Tsunade. Elle rangea précieusement les dossiers avant d'ajouter :
– Allez, ne fais pas cette tête et sors. Tu es libre pour la journée !
– Merci, Mamie Tsunade !
Il salua sa supérieure et s'apprêta à sortir, mais une question le retint.
– Au fait, ça s'est passé comment avec Gaara ?
Tsunade, qui était sur le point de sortir des fiches de ninja, s'arrêta dans son geste avec un froncement de sourcils. Naruto comprit que Gaara ne devait pas avoir très bien pris la nouvelle.
– Ça aurait pu être pire, conclut-elle. Tu demanderas plus d'informations à Shikamaru.
Naruto acquiesça et quitta le bureau en reprenant un air enjoué, malgré tout. Tsunade observa longuement la porte après son départ, plongée dans ses pensées. Elle ne vit même pas Shizune entrer pour déposer une pile de dossiers sur son bureau.
– Maître Tsunade, quelque chose vous préoccupe ? demanda cette dernière.
Tsunade leva la tête vers son assistante avant de répondre :
– Oh non, je pensais à Naruto.
– Naruto ?
– Oui, Naruto. Que dirais-tu si j'attendais encore un an ou deux avant de lui laisser la place ?
Shizune dévisagea avec étonnement sa supérieure avant de sourire. Il était vrai que Naruto avait très bien dirigé la dernière mission et qu'il apportait beaucoup au village. Il avait le don de transmettre aux autres des valeurs et une cohésion qui apprenaient ce qu'était la volonté du feu aux ninjas.
– Vous ne voulez pas le faire tout de suite ? répliqua-t-elle.
– Je ne suis pas sadique au point de lui laisser un conseil furax sur le dos !
Shizune acquiesça et commença à présenter les affaires de la journée à son maître. Tsunade posa sa tête sur son coude en se demandant pourquoi Naruto tenait tant à cette fichue place de Hokage.
*
Dans la demeure de la seconde branche de la famille Hyûga, Neji se retrouvait cloué dans un fauteuil. Cela faisait à présent une semaine que sa jambe s'était brisée et il était toujours incapable de marcher. Alors, prenant son mal en patience, il s'était installé dans son jardin et avait décidé d'assister à l'entraînement de sa fille avec Yukito. Cela allait au moins lui occuper son après-midi.
– Un peu plus vite, Akili, conseilla-t-il.
Sa fille, une gamine brune âgée de onze ans, acquiesça et reprit son corps à corps. Yukito et elle avaient pour particularité de posséder le Byakugan et il leur arrivait fréquemment de s'entraîner ensemble.
– Tu ne la pousses pas un peu trop ? demanda un voix accusatrice dans le dos de Neji.
Celui-ci tourna la tête pour voir Tenten avancer à côté de lui. Il sourit et posa le dos de sa main sur son ventre encore plat.
– Mais non, cette fille a la ténacité de sa mère.
Tenten soupira en souriant malgré elle. Elle ne pouvait pas contredire Neji quand il devenait ainsi. En une semaine, ils avaient eu le temps de se réconcilier pour la lettre cachée et, dès que Tenten avait pu sortir de l'hôpital, ils étaient tous les deux rentrés à la demeure des Hyûga.
Tout à coup, Tenten se raidit et serra sa main sur l'épaule de Neji.
– On a frappé, non ? demanda-t-elle.
– Tu as une ouïe plus fine que la mienne, va voir, lui conseilla Neji.
Tenten fit une moue inquiète, mais s'en retourna tout de même vers la maison. Neji avait conscience du fait qu'elle était toujours angoissée à cause des récents évènements, mais il savait également qu'ils ne craignaient plus rien depuis la mort de Fuyuko et de Soru. La voix qu'il entendit ne fit que confirmer ses certitudes :
– Salut, Neji, comment vas-tu ? Et ta jambe ?
Lee apparut devant lui, toujours habillé de son affreuse combinaison verte. Neji jeta un coup d'œil à sa jambe posée sur un tabouret comme un membre encombrant.
– Ça peut aller, répondit-il. En tout cas, merci d'avoir pris soin d'Akili.
– C'est normal. D'ailleurs, j'ai reçu deux messages qui me disaient de faire attention à elle, il faut croire qu'il y avait vraiment une urgence !
– Deux messages ? répéta Neji.
Lee acquiesça avant d'encourager les deux combattants au fond du jardin. Neji se demanda alors si Tenten n'avait pas elle-même pris ses dispositions. Il aurait dû lui faire confiance plutôt que de s'énerver mais, heureusement, tout s'était arrangé.
Il sentit alors sa femme arriver dans son dos. Elle posa une main sur son épaule et lui dit :
– Neji, nous avons de la visite.
– Oui, je sais, Lee est en train d'enseigner à notre fille et au fils de Hinata les vertus de la jeunesse, répondit-il en observant d'un air désabusé son ancien coéquipier.
– Je ne parlais pas de Lee.
Neji leva la tête, surpris, et une tête blonde vint se poster devant lui.
– Coucou Neji ! Comment ça va ?
– Naruto ! Attention à ma jambe !
Naruto, qui revenait tout juste de la tour rouge, baissa les yeux et s'aperçut alors qu'il allait butter dans la jambe brisée de Neji. Il s'excusa et se recula légèrement pour rassurer le Hyûga.
– Bonjour Neji, le salua Hinata d'une voix plus douce que celle de son mari. Nous venions voir Yukito. J'espère que tu ne nous en veux pas, nous avons amené Kiba et Ino avec nous.
– Quoi ? s'exclama son cousin.
A ces mots, Kiba et Ino apparurent à leur tour dans son champ de vision. La grande blonde avait l'air en pleine forme, malgré son bandage à la tête.
– Mais non, vous ne nous dérangez pas, assura Tenten d'un ton jovial. Au fait, Ino, comment va Chôji ?
– Oh, il se remet bien d'après Sakura. Les attaques de Fuyuko n'ont pas touché ses organes vitaux. Apparemment, c'est sa corpulence qui l'a protégé.
– Bon, puisque tout le monde est là, je propose qu'on fasse la fête en l'honneur du rétablissement de chacun ! déclara Naruto.
– Bonne idée ! approuva Lee qui revenait du fond du jardin avec Yukito et Akili.
– Je vais chercher des verres et une bouteille, prévint Tenten en s'éloignant.
Neji leva les yeux au ciel. Il avait espéré pouvoir passer une journée calme mais, avec Naruto, son projet était définitivement tombé à l'eau.
– On ne prévient pas les autres ? demanda Ino.
– Bah, on peut toujours aller chercher Shino, répondit Naruto, mais Temari ne peut pas encore quitter l'hôpital et Shikamaru ne la quitte pratiquement pas. Vu la tête de Tsunade ce matin, il doit être en train de se faire remonter les bretelles par Gaara et Kankurô.
Ils se lancèrent tous un regard entendu. L'arrivée des frères de Temari à Konoha n'avait pas été discrète, en particulier lorsque la dispute avait éclatée entre Kankurô et Shikamaru, avant que Gaara n'intervienne pour calmer tout le monde. Seulement, Temari était alors encore entre la vie et la mort. A présent, ils étaient sûrs qu'elle guérirait.
– Et Sakura et Sasuke ? demanda Ino.
– Ils doivent être en train de réparer leur maison, répondit Naruto en haussant les épaules.
*
Shikamaru patientait dans le couloir, juste à côté de la chambre de sa femme. A travers la vitre de la porte, il devinait la présence de Gaara et Kankurô. Elle était enfin éveillée et ils s'étaient précipités à son chevet avant même qu'il n'ait pu dire un mot. Etant donné la tension qui régnait, en particulier entre lui et Kankurô, Shikamaru préférait s'abstenir d'entrer pour le moment.
Il commençait à s'impatienter quand la porte s'ouvrit enfin. Gaara et Kankurô sortirent de la chambre, l'un avec un visage dénué d'expression réelle, l'autre avec un air plutôt contrarié.
– Elle veut te voir, lâcha Gaara en fixant Shikamaru de son regard froid.
Shikamaru se contenta d'acquiescer. Il savait que Gaara n'était plus le fou qu'il avait été, et même qu'il était devenu un excellent Kazekage soucieux de son village, mais tous ces changements ne l'empêchaient pas de toujours savoir comment effrayer les autres.
– Quand je pense que tu t'es laissé berner pendant une semaine, grommela Kankurô en grinçant des dents. Ça me donne envie de…
Gaara le coupa d'un geste, en levant son bras. Puis il accorda à nouveau son attention à Shikamaru.
– Je ne peux malheureusement pas rester plus longtemps. Je devrais t'en vouloir pour cette affaire, mais Tsunade m'a raconté en détail ce qui s'est passé. Tu as dû mener des recherches épuisantes pour retrouver Simaru et tu n'osais pas accuser ta propre femme d'être la traîtresse. Ceci explique sans doute ton manque de réactivité.
A ces mots, il commença à s'éloigner. Kankurô, perplexe, le suivit, sans adresser d'autre regard à Shikamaru.
– Vous ne m'en voulez donc pas, Maître Gaara ? demanda celui-ci.
Gaara s'arrêta et jeta un regard par-dessus son épaule.
– Non, pas vraiment. Cette histoire a juste montré que tu étais humain, après tout.
Puis les deux frères s'éloignèrent pour de bon. Shikamaru, encore pensif, abaissa doucement la poignée de la porte de la chambre de sa femme. Il ne l'avait vue qu'une fois depuis son réveil, pour lui amener Simaru. Ils n'avaient pas réellement eu l'occasion de reparler de ce qui s'était passé. Il n'avait plus qu'à espérer qu'elle prenne sa faiblesse aussi bien que Gaara.
Temari était allongée sur son lit, ses poignets reliés à des perfusions qui lui injectaient sans doute les vitamines, protéines et fibres dont elle avait besoin pour retrouver la forme. Tsunade surveillait d'ailleurs de très près sa réalimentation.
Malgré tout, Temari était éveillée et observait l'extérieur par la fenêtre de sa chambre. Shikamaru s'approcha d'un pas silencieux, presque hésitant, ce qui n'empêcha pas sa femme de sentir sa présence.
– Tu es enfin venu, soupira-t-elle en tournant ses yeux verts vers lui.
– Je ne voulais pas te déranger alors que tu étais avec tes frères.
Temari ne répondit rien et se contenta de le fixer, le dévisageant de la tête au pied. Shikamaru, lui, observait sa guérison. Son visage avait retrouvé ses couleurs et son corps quelques formes. Elle ne ressemblait plus à la poupée blanche et squelettique que l'équipe de secours avait ramenée.
– Tu m'en veux ? demanda-t-il finalement.
Il attendit la réponse avec une appréhension croissante. En un certain sens, Kankurô avait raison : il n'avait pas été futé sur ce coup-là. Même si, comme Gaara l'avait dit, il n'avait fait que se comporter en humain, il ne pouvait oublier que, s'il s'était rendu compte plus vite de la vérité, Temari aurait sans doute moins souffert.
– Non, répondit-elle, sincère.
Sa réponse fut un soulagement. Shikamaru eut l'impression de respirer à nouveau. Il s'autorisa enfin un sourire et s'approcha davantage.
– Ça ne servirait à rien, expliqua Temari. Tu m'as tellement manqué.
Le sourire de Shikamaru s'agrandit et il se pencha vers sa femme pour l'embrasser. Celle-ci glissa une main derrière sa tête pour lui intimer de prolonger le baiser aussi longtemps que possible. Cependant, ils furent interrompus par un bruit dans leur dos :
– Beurk ! Vous savez qu'il existe des endroits pour faire ça ?
Shikamaru s'écarta aussitôt de sa femme et adressa un regard moqueur à son fils.
– Eh bien quoi ? Tu es jaloux ?
– Certainement pas ! Les femmes, c'est chiant !
– Ah, je t'avais bien dit qu'il prenait tes mauvaises habitudes, fit remarquer Temari avec un ton de reproche.
– Il a des affinités Futon, il ne peut pas non plus tout tenir de toi ! répliqua Shikamaru en haussant les épaules.
Temari ne releva pas, préférant laisser son mari dire des bêtises et tendit les bras à son fils qui vint la serrer à son tour. Elle avait eu tellement peur de les perdre, tous les deux, l'un parce qu'il était séquestré, l'autre parce qu'il était surveillé par une ennemie, qu'elle se sentait transportée de joie à l'idée qu'aucun des deux ne lui avait été retiré.
*
Sakura rentra peu après sept heures chez elle. Elle avait passé toutes ses journées à l'hôpital depuis près d'une semaine, soignant tour à tour Hinata, Ino, Neji, Tenten, Temari, Shikamaru et Chôji. Ce dernier avait enfin eu l'autorisation de sortir et cela allégeait son travail.
Lorsqu'elle arriva aux abords de la maison, elle s'aperçut d'une présence sur le toit. Elle sourit légèrement en songeant que l'homme qu'elle avait failli perdre allait bien.
– Sasuke ? appela-t-elle.
La silhouette du descendant Uchiwa ne tarda pas à apparaître au bord du toit. Voyant sa femme, il descendit d'un bond et atterrit près d'elle.
– Pas trop fatiguée ? demanda-t-il.
– Non, ça va, répondit Sakura. Et le toit, ça avance ?
– Hn. Il ne reste plus que quelques tuiles, je finirai ça demain. Les enfants sont au lac, Ayumi tenait à apprendre à Tuwe la technique de la boule de feu suprême.
Sakura acquiesça en pensant que, enfin, ils pouvaient cesser de surveiller leurs enfants à tout instant. Elle entra dans la maison à la suite de son mari et engagea la conversation :
– Au fait, Sasuke, Maître Tsunade m'a dit que tu avais eu quelques soucis avec le conseil.
Sasuke demeura un instant sans répondre. Il n'avait pas parlé à Sakura de son altercation avec les ninjas chargés de surveiller Fuyuko, ni du fait qu'il avait entrepris de frapper cette dernière sous le coup de la colère.
– Elle a raison, mais tout est réglé.
– Comment as-tu fait ?
– Je leur ai dit que je me chargerai de réparer le mur nord pour racheter ma faute.
Sakura fronça les sourcils, un peu inquiète.
– Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ? demanda-t-elle. J'aurais pu essayer de t'aider…
– Sakura…
Sakura croisa les yeux de Sasuke et sentit sa respiration accélérer. A nouveau, elle avait entendu ce petit accent qu'il avait mis dans son nom la nuit où il avait quitté Konoha.
– Merci, mais tu m'as déjà suffisamment aidé. Je vais me débrouiller seul.
Sakura resta interdite. Elle avait l'impression que, enfin, elle avait la fin de la phrase qui l'avait hantée durant toute sa jeunesse.
– D'accord, mais, si tu as besoin d'aide, je suis là, prévint-elle alors qu'un sourire étirait se lèvres.
Elle se dirigea alors vers la cuisine pour préparer le repas, sous le regard quelque peu perplexe de Sasuke..
Ce soir-là, le dîner des Uchiwa fut des plus joyeux. Les trois enfants racontèrent leur journée, débordants d'énergie. Même Ayumi participait avec entrain à la conversation alors que, d'ordinaire, elle restait très calme et silencieuse. Sasuke se contenta d'observer sa famille et, si ses lèvres n'esquissaient rien, ses yeux souriaient.
Les enfants allèrent se coucher quelques heures après le repas. Sakura proposa alors à Sasuke de faire un thé et revint quelques minutes plus tard dans le salon avec une théière et deux tasses sur un plateau. Sasuke la remercia, prit sa tasse, mais s'arrêta dans son geste. La blessure qui avait résulté de son affrontement face à Suro Kizuha le tiraillait encore par moments. Sakura s'en aperçut et lui demanda d'une mine inquiète :
– Tout va bien ?
– Oui, ça va aller, répondit Sasuke en plaquant une main contre ses côtes.
Ne l'écoutant pas, Sakura contourna la table basse et souleva sa tunique pour voir la cicatrice qui lui restait.
– Je vais chercher la crème, décida-t-elle.
Elle disparut quelques minutes. Sasuke ne put s'empêcher de penser qu'elle lui était toujours aussi dévouée. Il aurait dû s'en apercevoir plus tôt. Même s'il lui avait avoué qu'elle ne lui était pas indifférente, ils n'en avaient par reparlé depuis le combat. Il avait d'abord passé une nuit à l'hôpital pour soigner ses blessures et, ensuite, il n'avait pas cherché à aborder le sujet.
Lorsqu'elle revint, Sakura le laissa appliquer la crème tandis qu'elle buvait son thé. Sasuke remarqua alors qu'elle bâillait de plus en plus.
– Tu veux aller te coucher ? proposa-t-il.
– Oui, je pense que ce serait une bonne idée. Je vais voir si les enfants dorment bien.
Sasuke la regarda s'éloigner. Sakura avait pris cette habitude dès la naissance d'Ayumi. Il trouvait que cela équilibrait assez bien leur semblant de couple car elle se montrait douce et aimante et, lui, il prenait un peu plus de distance et veillait à l'éducation.
Finalement, il but sa tasse et alla se coucher. Les réparations et les discussions avec le conseil le fatiguaient facilement. Il se laissa tomber sur le lit dès qu'il se fut débarrassé de ses vêtements pour les remplacer par un caleçon et un t-shirt.
Quand Sakura entra dans la chambre, Sasuke ne put s'empêcher de repenser aux propos de Kakashi et, surtout, à ce qu'il lui avait dit sur le toit. Elle avait eu la délicatesse de ne pas lui rappeler cette faiblesse passagère. Après tout, un Uchiwa ne faisait jamais part de ses sentiments. Cependant, il était peut-être temps que cela change.
Une fois en chemise de nuit, Sakura se glissa à ses côtés. Elle était très calme, malgré les récents évènements qu'ils avaient vécus. Aucun d'eux ne doutait que leur vie ne serait plus jamais comme avant. Il s'était passé trop de choses. Ils avaient failli se perdre et perdre leurs enfants.
– Je suis heureuse que tout cela soit terminé, dit-elle en étirant ses bras sur l'oreiller.
Sasuke acquiesça et laissa son œil se promener sur les formes de son corps qu'il devinait aisément sous sa chemise de nuit. Il devait bien reconnaître qu'elle était attirante et qu'il ne lui serait guère difficile de lui rendre ce qu'elle désirait.
– Quand je pense aux enfants et à ce qu'ils ont enduré, continua Sakura. Nous avons failli les perdre. Ayumi, surtout.
Elle se tourna alors vers Sasuke et ajouta :
– Merci de t'occuper d'elle.
Sasuke sentit que Sakura était soulagée d'un poids. Il était vrai qu'à présent il avait décidé de prendre en main l'entraînement d'Ayumi, pour le plus grand plaisir de celle-ci. A son tour, il se tourna vers Sakura et, pour une fois, ils se retrouvèrent face à face dans leur lit.
– Il n'y a pas que les enfants que j'ai failli perdre, fit-il remarquer.
D'un geste doux, il tendit alors sa main jusqu'à effleurer la joue de sa femme. Celle-ci en fut surprise mais ne se dégagea pas pour autant. Sasuke se rapprocha légèrement et elle sentit sa respiration chaude caresser son cou, éveillant chez elle un désir qu'elle croyait enfoui depuis longtemps.
Voyant que Sakura ne le repoussait pas, Sasuke s'approcha encore jusqu'à l'embrasser. Ses lèvres offrirent à sa femme une douceur et une chaleur qu'elle n'avait jamais connues auparavant, quelque chose qui ressemblait étrangement à de la passion. Alors que leurs lèvres se décollaient et que seuls leurs souffles les reliaient encore, Sakura demanda :
– Pourquoi tu fais ça ?
– Je n'ai donc pas le droit d'embrasser mon épouse ? répliqua Sasuke.
A ces mots, il passa une main dans les cheveux de Sakura. Il était à présent au-dessus d'elle et pouvait discerner l'éclat d'une agréable surprise dans ses yeux. Cependant, elle semblait encore hésitante.
– Je pensais que tu ne m'aimais pas, avoua-t-elle.
– Pourtant, après ce que je t'ai dit l'autre jour…
– Oui, je sais, mais comme tu n'en reparlais pas, j'ai pensé que tu l'avais dit uniquement parce que tu craignais de mourir.
Le visage de Sasuke se voila quelques secondes, mais il ne tarda pas à trouver les mots pour expliquer ses gestes :
– Sakura, je ne sais pas si je suis capable de ressentir l'amour, le vrai, mais pour ce qui est de l'affection et de la reconnaissance, ça, je les ressens.
Il l'embrassa à nouveau et, cette fois-ci, Sakura passa ses mains dans ses cheveux, cherchant à prolonger leur étreinte. Sasuke lui donnait ce dont elle avait toujours rêvé : la preuve de ce qu'il lui avait dit sur le toit, la preuve qu'elle tenait une place dans son cœur, malgré tous les malheurs qu'il avait connus. Alors, elle se sentit revivre, comme si les couleurs de la vie étaient soudainement devenues plus vives et plus éclatantes, et ce fut leur première nuit d'amour, loin des étreintes sobres et glaciales qui lui avaient permis de mettre au monde leurs trois enfants.
Par la suite, le comportement en public de Sasuke ne changea aucunement. Il était toujours aussi peu bavard, assez distant, l'orgueil peint sur son visage comme s'il avait été gravé dans ses traits. Cependant, lorsqu'on observait attentivement l'expression de Sakura, on pouvait percevoir une petite flamme au fond de ses prunelles vertes, chose qu'on ne lui avait jamais vue auparavant. Et ce n'était ni Naruto, devenu Hokage six mois plus tard, ni Kakashi qui allaient s'en plaindre.
Note de l'auteur : Et voilà, cette histoire est enfin finie ! Ah, quelle satisfaction de voir son travail achevé ^^. Hum, j'espère que vous aurez apprécié cet épilogue. Ce n'est évidemment que mon avis concernant la relation entre Sasuke et Sakura, ensuite vous pouvez ne pas être d'accord.
Un grand, grand, grand, merci à ceux qui ont commenté, vraiment, c'était génial ! J'ai adoré vous lire chaque semaine avec vos remarques, vos hypothèses et puis vos critiques de temps à autre. Merci beaucoup !
Bon, si vous avez aimé mon style, je pense bientôt sortir une fic de mes dossiers. Bon, elle n'est pas encore finie et en plus je pense qu'il faut que je la revoie sérieusement, mais ce sera sans doute ma prochaine fic de publiée sur ce site. Sauf changement, elle s'intitulera La Volonté du feu.
Je vais sans doute attendre d'avoir un peu plus de temps libre pour la publier alors, en attendant, vous pouvez toujours aller lire mes one-shots (et voilà, je me fais de la pub !). Il y a de la romance, de l'humour et du drame, bref, c'est pour tous les goûts !
