Rupesh apporta les mugs de café à ses deux équipières concentrées sur leurs écrans. Gwen le remercia vaguement, particulièrement contrariée de ne pouvoir rentrer et profiter de son mari en exclusivité, mais plus encore, inquiète d'ignorer ce qui était arrivé à Jack et Ianto.

Andy lui avait fourni tous les renseignements que la police possédait concernant les conséquences les plus étranges de l'orage sur Londres. Quelques crises cardiaques, certaines pertes de mémoires dues au choc émotionnel et une disparition inexpliquée. Mais rien de vraiment flippant, selon ses propres dires. Donc, rien d'utilisable.

Le café, trop fort, surprit Gwen perdue dans ses pensées moroses.

– Allez! On fait une pause! Décréta-t-elle en se massant les yeux. A force d'avoir le nez dessus, on ne verra plus rien... On fait le point dans une heure, ça vous va?

Loïs enfila aussitôt son manteau.

– Je rentre voir si Snoopy n'a rien cassé, et je reviens, Ok?

Gwen acquiesça.

– Je reste ici, pour le cas où... Eh! Oh! Rupesh!

L'interpelé se retourna alors qu'il s'apprêtait à partir, lui aussi.

– Je pense que tu devrais dormir un peu... House est naturellement irascible, lui... Mais je ne tiens pas à ce que tu le deviennes parce que toi, tu ne dors pas... D'accord?

– Mais, enfin...

– Va t'asseoir sur le canapé, et ne pense plus à rien. Je ne te donne pas cinq minutes...

Vaincu par la douceur de sa partenaire, Rupesh obéit plutôt à contrecœur. Mais il devait le reconnaître, il tombait de sommeil. Au volant, il serait devenu un véritable danger ambulant et il n'y tenait pas.

Gwen partit nettoyer les tasses et la cafetière. A son retour, Rupesh dormait déjà à poings fermés. Elle déplia une couverture et l'en couvrit gentiment. Elle s'installa ensuite sur une chaise, face aux ordis, les genoux relevés sur la poitrine. Elle songea à toutes ces situations que lui rappelait la disparition inexpliquée de Jack et Ianto. Elle connaissait tant d'explications plausibles. Sans compter ce qu'elle ignorait encore... Un vrai casse-tête...

Quelques minutes plus tard, malgré son angoisse, ses paupières se firent lourdes et elle s'endormit.

Lorsque Loïs revint, elle fut surprise que l'alarme de la porte ne réveille ni Rupesh, ni Gwen.

Elle partit se préparer un thé. Et quand elle retourna dans la salle centrale, Gwen se réveilla en sursaut. Réalisant qu'elle s'était assoupie, elle s'excusa aussitôt.

– Oh! Non! Ne t'excuse surtout pas. Je me demande même souvent comment tu fais pour ne pas dormir plus. Jeune maman, épouse et membre de l'équipe Torchwood. Comment tu fais?

– Honnêtement, je ne sais pas, fit Gwen en souriant. Quoique le simple fait d'être à Torchwood a plutôt tendance à compliquer la vie de tous, tu ne trouves pas?

Loïs répondit par un sourire.

– Quoique ce soit toujours très excitant, finit-elle par lâcher, les yeux pétillants. On réveille Rupesh?

– Non, laisse-le dormir... On va tenter de faire le point seules pour l'instant. Je crois qu'il a besoin de rattraper quelques nuits passées avec son médecin préféré...

Loïs acquiesça en souriant.

– Bien... Récapitulons ce que l'on sait de la situation. A mon avis, quelque chose nous échappe.

– Absolument. On reprend tout depuis le début. Et l'on va trouver ce que c'est, c'est moi qui te le dis! Conclut Gwen, étalant quelques documents sur une table.

Déterminées, elles se mirent au travail. Le temps ne comptait plus. L'important, à présent, était de retrouver les deux disparus.


Ianto sortit de la salle de bain avec la curieuse impression d'être en vacances. Des vacances qu'il n'avait jamais prises depuis qu'il était à Torchwood Cardiff. Jack, affalé sur le lit, en pantalon et t-shirt, regardait les informations télévisées du jour.

– Une chose est certaine, les nouvelles sont les mêmes ici que pour nous. Mêmes dirigeants, mêmes situations géo-politiques, mêmes stars du showbiz.

– On était obligés d'accepter son invitation?

Jack regarda Ianto, presque surpris par sa question.

– Ianto... Qu'est-ce qui te tracasse?

– Rien... Hormis le fait que tu as lourdement insisté pour avoir un seul lit auprès d'un triste réceptionniste plutôt buté.

Jack se releva sur les coudes et sourit, acceptant l'évitement de son amant.

– Je peux te prouver que cela a parfois certains avantages.

Ianto arrangea soigneusement ses affaires en souriant.

– Je n'en doute pas...

Jack éteignit la télé et s'assit confortablement contre l'oreiller.

– Allez, dis-moi ce qui ne va pas... Depuis que l'on a quitté le Brighton Centre, tu es bizarre. C'est le rendez-vous de demain qui t'inquiète?

– Oui... Enfin... Non...

Ianto se tourna vers Jack, l'air un peu désemparé.

– Je me demande si ce type pourra vraiment nous aider... Vu la situation actuelle, j'en doute, tu vois...

Jack poussa un soupir et tendit le bras pour inviter le jeune homme à le rejoindre. Ianto accepta de s'installer à ses côtés.

– On va se sortir de là, d'accord? Aller chez ce type, demain nous permettra de mieux le connaître, mieux le cerner. Je suis convaincu qu'il peut nous apporter quelques réponses sans le vouloir.

– Hm... si tu le dis...

– Ma parole! Mais j'ai comme l'impression que la situation ne t'amusait que si ce type se tenait loin de nous, ajouta Jack en le bousculant gentiment. Tu ne vas pas vraiment être jaloux quand même...

– Non. Mais je te connais... Et ce John Barrowman me semble tout à fait de la même trempe que toi. Si tu vois ce que je veux dire.

– Ianto! Tu ne vas quand même pas croire que je puisse flirter avec mon double!

Le regard presque glacial, emprunt de tristesse que lui jeta Ianto, fit s'évanouir son sourire.

Le problème, c'est qu'au fond de lui, Jack savait que Ianto avait raison de se méfier. Même le Docteur lui avait dit qu'il serait le seul être dans l'univers qu'il serait vraiment heureux de rencontrer.

Cette ressemblance physique extraordinaire le fascinait. Et maintenant, la personnalité et l'assurance du personnage lui plaisait infiniment. C'était indéniable.

Lorsqu'à la fin du concert, John Barrowman les avait interpelés pour les inviter tout naturellement chez lui le lendemain, Jack avait été aussi satisfait de voir son plan prendre forme que très curieux de découvrir d'autres facettes de l'homme séducteur.

– Oh! Écoute Ianto! Tu es avec moi! Qu'est-ce qui peut te faire croire que je vais vouloir aller ailleurs, hm?

– Jack, arrête! Tu es pitoyable, répliqua Ianto dans un soupir résigné.

Le Capitaine protesta en se rapprochant de son amant boudeur.

– Non! Et ne m'oblige pas à citer les noms de ceux avec qui tu as ouvertement flirté devant moi...

Jack soupira, presque agacé.

– On ne va pas remettre cette conversation sur le tapis... Tu sais comment je suis et pourquoi j'ai fait ça...

Il prit tendrement le visage de Ianto pour le tourner vers lui, soudain très doux.

– Et moi, je pourrais aussi croire que tu n'es pas allergique à son charme... Hein?

– Et même si c'était le cas, ce n'est pas avec lui que je partage actuellement un lit deux places contre la morale du patron.

– Exact... Alors pourquoi ne me croirais-tu pas lorsque je fais la même réponse?

– Tu sais quoi?

– Non...

– On va arrêter de parler, hein. Cette discussion ne mènera à pas grand chose.

D'une main, Jack rapprocha le visage de Ianto du sien en soupirant, soulagé:

– J'ai cru que l'on y arriverait jamais...

Ianto accepta et rendit, avec bonheur, un baiser vorace. Dans son océan de doutes, au moins, ça c'était certain: la passion qu'il vouait à cet homme et le désir que cet être avait continuellement pour lui. Seulement, il était peut-être encore trop jeune pour prendre du recul et se montrer moins jaloux. Jack séduisait comme il l'avait séduit. Pouvait-il blâmer les malheureuses victimes du Capitaine charmeur? Mais pour Ianto, l'amour devenait exclusif. Et là, en cet instant, il aurait bien voulu y croire pour de bon. Jack l'aimait. A sa manière. Mystérieuse et inattendue. Parfois cela le faisait souffrir, mais n'était-ce pas aussi pour ça, qu'il l'aimait tant?


La sonnerie du portable de Gwen tira les deux jeunes femmes de leur ardente étude et Rupesh, de son sommeil.

– Oui mon chéri? … Ah non... toujours rien... Non... Les téléphones ne sont plus attribués... Mais non, reste à la maison...

Gwen s'éloigna pour discuter plus facilement avec son mari inquiet. Rupesh regardant l'heure, cligna deux ou trois fois des yeux avant d'interroger Loïs.

– Pourquoi vous ne m'avez pas réveillé?

– Il paraît que tu avais besoin de sommeil. Un thé? Je viens d'en faire.

– Volontiers...

Rupesh la suivit vers la cuisine et prit le mug chaud qu'elle lui donna.

– Vous avez du nouveau?

– Rien... A part le fait qu'à chaque manifestation électromagnétique, des personnes ont disparu.

– Ah, quand même!

– La fréquence des situations n'est pas assez importante pour en faire une sérieuse base d'étude. Mais on y travaille.

Rupesh observa Gwen. A priori en grande conversation, elle faisait les cent pas dans le bureau de Jack.

– Si on ne trouve rien, il y en a une qui va mal le supporter.

Loïs lui donna raison d'un sourire.

Gwen revint vers eux, l'air contrarié. Loïs crut bon de s'en inquiéter.

– Un souci, Gwen?

– Quoi? Oh non! Non... C'est Rhys... Il est furieux... Mais ça va lui passer, ajouta-t-elle en changeant subitement d'expression, comme pour dire que cela n'avait pas d'importance.

Loïs jugea plus prudent de ne pas relever, et Rupesh renonça à poser une quelconque question. Le couple Rhys/Gwen avait des hauts et des bas et souvent à cause de l'impulsivité de la jeune femme.

– Ok! On reprend! Loïs, tu as établi la liste des disparitions? Je pensais qu'en cherchant un point commun...

– Oui, je l'ai faite, mais ce sera difficile... Surtout pour les personnes disparues avant la date des archives.

Gwen sourit:

– Mais si on s'y met à trois... Hm?

Quelques minutes plus tard, ils se partageaient les dossiers, et les recherches allèrent bon train jusqu'au beau milieu de la nuit, où Loïs, éreintée, demanda à partir se reposer un moment.

Sans relâche, ses deux équipiers continuèrent tant bien que mal, de collecter les archives sans grand résultat. John et Ianto avaient disparu depuis plus de 48 heures. Et l'équipe Torchwood espérait trouver un moyen de les retrouver.


Le trajet vers Londres s'était fait dans un grand silence. Non pas que Ianto et Jack étaient fâchés. Mais Ianto restait préoccupé par leur situation et se demandait ce que pourrait bien leur apporter John Barrowman.

De son côté, Jack élaborait des plans plus ou moins foireux pour les sortir de cette bizarrerie déjà moins amusante, particulièrement aux yeux de son jeune collègue. Il cherchait surtout comment convaincre ce John Barrowman de les aider. Sur ce point, il restait confiant. Le bonhomme avait plutôt facilement accepté les faits. Et les inviter tous les deux chez lui montrait une certaine curiosité plutôt intéressante à exploiter.

Jack gara le SUV là où, deux nuits plus tôt, ils avaient épié le couple, rentrant du concert.

– Bien! Tu es prêt? Lança-t-il à son voisin.

– Du moment que tu ne lui tombes pas dans les bras, ça ira.

Jack rit à la remarque ironique de Ianto. Son sourire franc et serein démentaient l'acidité de la répartie. Jack apprécia le calme de son amant. D'un bras, il lui entoura les épaules tandis qu'ils se dirigeaient vers l'entrée, vêtus comme à leur habitude.

– Si je te promets que je ne le ferai pas, tu ne me croirais pas de toute façons, affirma-t-il en pressant la sonnette.

Puis, se penchant rapidement vers Ianto, il souffla:

– Mais je te le promets quand même.

Ianto se contenta de sourire. Il aimait leurs mini joutes verbales et le fait de se comprendre à mi-mots. Enfin... Qu'est-ce qu'il n'aimait pas chez Jack?

De l'autre côté de la porte, ils purent entendre quelques aboiements et un homme déclarer:

– Non! C'est bon! J'y vais!

Et celui que Ianto et Jack reconnurent comme le compagnon du chanteur resta complètement ébahi quand il ouvrit la porte. A ses pieds, deux chiens s'agitaient furieusement, essayant de défendre leur territoire en danger. L'homme se reprit et les rappela à l'ordre.

– Waouh! John m'avait prévenu, mais j'avoue que ça fait un sacré choc! C'est fabuleux! C'est...

Il tendit soudain la main à Ianto avec un grand sourire:

– Scott Gill, je suis le partenaire de John.

– Heu... Ianto Jones, balbutia le gallois, n'osant s'avouer perturbé par le charme tranquille dudit compagnon.

– Hé, oui... je sais, déclara ce dernier avec un sourire chaleureux qui fit rougir Ianto malgré lui.

– M. Gill, Capitaine Jack Harkness. Enchanté de vous rencontrer, intervint Jack, préférant ne pas remarquer le trouble de son amant.

– La ressemblance est bluffante! J'avoue! Soupira Scott en serrant la main du Capitaine. Mais je vous en prie, entrez donc... John va arriver...

Scott intima à ses deux chiens de se calmer, tandis que les deux visiteurs pénétraient dans le hall où ils se figèrent aussitôt.

Jack se retrouva immédiatement l'arme au poing, les sourcils froncés, face à un dalek tranquillement posté à l'entrée. Mais un dalek à priori désactivé.

– Vous allez devoir m'expliquer cette mauvaise blague!

– Oh! Oui! Le dalek! C'est John qui a tenu à l'avoir ici. Moi, je m'y suis fait... C'est, disons, décoratif...

Ianto, derrière Jack toujours en joue, répéta ironiquement le dernier mot à mi-voix. Il n'avait pas l'air d'apprécier énormément les goûts de leurs hôtes.

Scott appela son partenaire et invita les deux hommes à le suivre. Discrètement, Jack évalua rapidement, avec son bracelet, que le dalek n'était qu'une épave sans danger. Il rangea son arme et glissa à un Ianto un peu inquiet:

– Bizarre, j'ai comme l'impression de l'avoir croisé celui-là.

– Qu'est-ce qu'un dalek, vrai ou faux, vient faire dans ce monde où Torchwood et l'Unit n'existent pas? Demanda le jeune homme discrètement.

Jack eut tout juste le temps de secouer la tête, impuissant à donner une réponse: son double fit son apparition, tout sourire, en jeans, t-shirt et veste de survet. Dans les bras, un Jack Russel plutôt affectueux.

– Hé! Bonjour vous deux! Désolé de ne pas vous avoir accueillis. Je donnais son bain à Captain Jack.

Le chien, comprenant qu'on parlait de lui, léchouilla le visage de son maître, hilare.

Ianto se tourna vers son patron tout aussi intrigué que lui.

– « Captain Jack », forcément...

Jack haussa les épaules, incapable de fournir la moindre explication logique.

– Je vous en prie, asseyez-vous! Tu as vu, Scott! C'est étonnant, hein?

– A qui le dis-tu! Même les chiens ne s'y retrouvent pas!

En effet, les deux autres animaux, après quelques tergiversations vinrent s'installer sagement aux pieds de Jack.

John s'installa à son tour, Captain Jack sur les genoux.

– Voulez-vous boire quelque chose? Un café peut-être? Lança-t-il avec un clin d'œil à Ianto dérouté.

– Eh bien, oui, tiens, pourquoi pas! Affirma Jack, prenant largement sa place sur un canapé fort confortable.

– Et vous, M. Jones? Demanda Scott, hésitant à peine sur le nom de Ianto.

– Un café, ce sera parfait, merci.

– Ok! J'y vais! Lança Scott en s'éclipsant.

– Alors, Messieurs! Avant toute chose, je dois vous dire qu'un de mes amis passera dans une heure. Je tiens à ce qu'il vous voit. Vous êtes la nouvelle curiosité du moment...

– Eh bien, nous n'y voyons aucun inconvénient, déclara Jack après avoir rapidement consulté son voisin du regard.

– Vous avez fait sensation, hier! Votre apparition sur scène va forcément avoir des conséquences.

– C'était le but...

John Barrowman devint très sérieux, malgré un sourire avenant:

– Dites-moi ce que vous voulez? Vraiment...

– Mais rien. Si ce n'est que votre aide.

– D'accord! Et en quoi consisterait-elle?

– Quelques réponses à nos questions. C'est tout.

Scott revint à ce moment-là avec un plateau de café chaud. Il fit un clin d'œil à Ianto confus, en déclarant gentiment:

– Bien sûr, il n'est pas aussi bon que celui de Ianto Jones.

Son mari éclata de rire tandis qu'il prenait place à ses côtés.

– Bon! Allez! Posez-moi vos questions.

Jack se servit en café, le temps de réfléchir. Comment faire concevoir à ces deux types, la possibilité d'un autre monde?

– Vous êtes chanteur et présentateur d'émissions télévisées, n'est -ce pas?

John rigola avant de dire:

– Ok. Ce sont des questions faciles, ça devrait le faire. Vous voulez vraiment jouer les idiots, hein? Mais bon... Ça me va. Oui, je suis tout ça... Et aussi acteur.

Ianto intervint aussitôt, intéressé:

– Acteur? De théâtre?

Cette fois, ce fut Scott qui rit doucement.

– Enfin messieurs... Pourquoi ce genre de question? Vous en connaissez forcément la réponse!

– Tu as parfaitement raison, Scott, approuva John amusé.

– Justement non, M. Gill, déclara Ianto, se demandant pourquoi il avait soudainement si chaud devant le regard si bleu et bienveillant de son interlocuteur .

Il se tourna vers John Barrowman.

– Aucune fiche sur internet vous concernant n'était complète.

Sa sincérité visible ébranla quelque peu le chanteur.

– Oui, je suis acteur, au cinéma. Mais plus spécialement dans une série qui a... Comment dire... un certain succès et rend certains fans... très bizarres...

Jack et Ianto ne comprirent absolument pas le sous-entendu visible de John Barrowman passablement malicieux.

– D'accord... reprit Jack, très calme. Croyez-vous aux mondes parallèles, M. Barrowman?

Jack observait son double avec acuité, les mains jointes devant lui.

– Pourquoi pas... oui...

– Et qui est « Gaz »? Le surnom que vous avez attribué à Ianto.

– Gareth David-Lloyd. Il travaille avec moi, sur la série. Je l'appelle Gaz.

– Et je lui ressemble au point que vous m'ayez pris pour lui? Interrogea Ianto intrigué.

– Oh que oui! De la même manière que ces deux-là se ressemblent! Affirma Scott en montrant Jack et John.

Il se tourna aussitôt vers son compagnon.

– John! C'est presque angoissant! Non?

– J'avoue être dérouté... c'est vrai... surtout la voix... Dites, pourquoi votre question sur le monde parallèle? Vous n'allez quand même pas me faire gober que vous êtes « moi » dans un espace-temps différent!

– Espace-temps différent, peut-être pas... soupira Jack. Mais quelque chose s'est produit. Nous sommes coincés ici et nous cherchons un moyen de repartir.

– Waouh! C'est que vous le tenez bien, le personnage! Vous me feriez presque peur!

Mais Jack n'avait aucune envie de plaisanter. Et il lui semblait que John étaient sur le point de perdre son humour.

– En parlant de « peur », qu'est-ce qu'un dalek fait ici? Et où l'avez-vous trouvé?

Cette fois, son double se montra légèrement agacé en laissant Captain Jack partir batifoler dans le reste de la maison.

– Vous ne pourriez pas redescendre sur terre, là? J'ai compris: vous voulez être mon sosie; Et même un sacré bon sosie. Et monsieur... Jones, celui de Gareth? Ok. Mais la plaisanterie a assez duré, vous ne croyez pas? Avancez vos conditions. Si vous êtes raisonnables, je m'arrangerais pour que vous n'ayez rien à regretter.

– C'est bien là le problème, M. Barrowman, plaida Jack. Je SUIS le Capitaine Jack Harkness et je ne porte pas d'autres noms. Du moins, pas depuis 1941... Enfin, pas tout à fait... Mais ce serait trop long à expliquer...

Visiblement très amusé, Scott compléta:

– Et vous, vous êtes Ianto Jones, l'homme de confiance de l'équipe Torchwood.

Ianto hocha la tête, les oreilles brûlantes. Pas possible, il fallait qu'il se calme!

– C'est exact. Et je n'ai pas d'autres noms que le mien...

– Bon! Ok! Et vous êtes aussi de grands malades. Ces personnages vous sont montés au cerveau, voilà ce que je crois. Vous avez joué sur une extraordinaire ressemblance, soit.. Mais à bien vous observer, Ianto a pris du double menton et Jack, une ride au front, non?

– Lorsque je vous ai parlé de monde parallèle, vous aviez admis leur existence, commença Jack.

John Barrowman, passablement énervé, secoua la tête:

– Dites-moi ce que je dois faire pour vous autoriser à utiliser le nom de Jack et de Ianto. Ensuite seulement vous pourrez me raconter ce que vous voudrez à propos de faille, d'aliens, de Torchwood, de Tardis, du Docteur et du reste. Ok?

Cette fois, la réelle stupéfaction de leurs deux invités perturba quelque peu John et Scott.

Ce fut Ianto qui retrouva la parole le premier.

– Mais comment pouvez-vous connaître tout cela! Torchwood n'existe même pas pour vous!

– Bien sûr que non, ça n'existe pas! Déclara calmement John.

Jack renchérit tout aussi calmement:

– Eh bien, c'est cela que nous tentons de comprendre. Quelque-chose dans l'espace-temps s'est déréglé. Car vous connaissez Torchwood, les daleks et le Docteur, mais ils n'existent pas ; et nous, nous venons de Cardiff, nous travaillons pour l'institut Torchwood, je connais le Docteur et j'ai déjà été tué par un dalek, mais, ici, tout cela n'existe plus. Même Ianto n'a plus de sœur, et je n'ai plus d'équipe... Alors, il vous faudra le comprendre et l'accepter... Nous ne voulons que retourner dans notre monde. Peu importe ce qu'il est pour le vôtre. Nous n'y avons pas notre place...


La sonnerie de l'entrée vint interrompre la plaidoirie de Jack qui avait légèrement fait vaciller Scott et John par sa calme sincérité.

Scott se leva aussitôt, posant la main sur le genoux de John afin de l'inciter à rester assis.

– Ce doit être mon ami... Il a fait vite, énonça ce dernier avec un sourire presque canaille.

Jack et Ianto entendirent un éclat de voix bizarrement familière.

Comme s'il n'y tenait plus, John se leva tout de même pour saluer le nouvel arrivant, comme on retrouve un bon vieux camarade de blagues.

– Hé! Salut, vieux! Ravi de te revoir!

– Ouaip! Moi aussi! Alors? Il paraît que tu as un scoop? Montre-moi ça!

– Tu n'as pas vu le bon spectacle, Binny! Viens voir!

Lorsque John Barrowman revint dans le salon tenant l'invité par les épaules, Jack et Ianto reçurent un tel choc que le gallois en perdit sa langue, et l'immortel Capitaine en renversa son café sur la chemise, sursautant à peine sous la brûlure.

– Ah ouais! Effectivement! C'est bluffant! S'étonna le susnommé « Binny ».

– Binny, je te présente donc Jack et Ianto. Messieurs, voici Burn Gorman. Mais je crois que je n'ai pas besoin de vous le présenter...

Jack murmura un vague « enchanté », essayant de tamponner comme il le pouvait la grosse trace de café sur sa chemise.

– Oh! Je suis navré... Venez, je vous indique la salle de bain pour que vous puissiez nettoyer...

Avec l'air d'un gosse prêt à fomenter une grosse bêtise, John déclara:

– Et je vous donne une de mes chemises, pour vous changer...

– Nous avons tout ce qu'il faut dans la voiture, si...

– Oh! Mais non! Mais non! Je suis certain que vous apprécierez que ce soit propre et repassé... Et puis, je suis sûr que la taille conviendra...

Le nouveau venu s'esclaffa, entraînant à sa suite son ami, content de sa sortie.

De son côté, Jack n'osa pas regarder Ianto. Il sourit intérieurement. Son précieux majordome devait se sentir vexé. Depuis qu'il avait Ianto à ses côtés, il n'avait jamais trouvé ses vêtements aussi propres et repassés. Dans toutes les situations. Parfois, il se demandait même si le jeune homme n'avait pas ses propres pouvoirs surnaturels. Il accepta cependant l'offre de John et suivit Scott qui lui indiqua la salle de bain.

Ianto le rattrapa assez vite, presque affolé:

– Comment, « Lui », peut-il être vivant! Jack! Il faut partir! Je commence à ne plus rien comprendre...

Jack posa une main apaisante sur son épaule.

– Retourne dans le salon. Essaie de savoir qui est ce type. Notre Owen est mort...

– Tu imagines! Si lui aussi a un double ici, toujours vivant... Alors, Tosh aussi serait...

Jack lui prit gentiment le visage bouleversé entre les mains.

– Ianto, ce n'est pas notre monde. Hélas pour Tosh et Owen... nous n'y pouvons rien. Hé! Ça va? Ça va aller?

Ianto poussa un grand soupir, essayant de refouler sa panique et sa peine.

– Je vais me changer. Et je reviens aussitôt, d'accord? Je te promets que l'on va rentrer dans notre monde, retrouver nos aliens, notre base, Janet et les autres weevils...

L'humour des derniers mots réussirent à dérider Ianto.

Jack l'embrassa rapidement, attendri par son amant perdu.

– Ok... va te changer, je te ferai un rapport...

– Parfait!

Jack lui lança un clin d'œil avant de s'éclipser dans la salle de bain.

Ianto revint sur ses pas, mais s'arrêta en entendant John Barrowman et ledit Burn Gorman riant comme des bossus.

– Quoi? Ils se prennent vraiment pour les personnages? Ils sont dingues! Alors, moi, je suis le pauvre Owen, mort dans la centrale nucléaire, hein?

– Tout à fait! Tu n'auras qu'à leur demander! Ils sont fous, je te dis! A croire que la série tape sur le système de certains esprits, disons, un peu faibles...

– Ben, c'est dangereux ça! Se prendre pour Jack ou Ianto, encore, mais tu imagines ceux qui se prendraient pour un weevil ou un cyberman?

Les deux hommes en pleuraient de rire.

– Quand je pense qu'au départ, je les prenais pour de simples sosies...

– Avoue que la ressemblance est presque terrifiante, John, intervint la voix calme de Scott.

– Oh! Mais s'ils se prennent pour les personnages, il va falloir qu'on leur explique que Jack et Ianto sont fictifs. Ou alors,on les enferme à l'asile, affirma Burn, parfaitement calme non sans une note de malice.

– Ils parlent de mondes parallèles. Pourquoi ne serait-ce pas possible?

– Oh! Non, Scott! Voyons, sois sérieux une minute!

Mort de rire à nouveau, Burn lança:

– Brrr... je ne voudrais pas avoir affaire à Jack l'éventreur, alors...

– La réalité est parfois bien assez affreuse comme cela pour y ajouter les personnages de fiction... J'ai incarné Jack Harkness à l'écran au point de parfois m'amuser à croire en son existence. Et tu es bien placé pour le savoir, Scott.

– Oui! JB a raison... Ces types ne sont que d'excellents sosies un peu siphonnés. Tu enlèves le maquillage et les costumes, et il n'y aura plus rien.

Atterré, Ianto préféra se montrer. Il craignait d'avoir un peu trop bien compris la situation.

– Oh! M. Jones! J'allais oublier votre ami. Je vais lui chercher la chemise, déclara Scott en s'esquivant.

Au lieu de se montrer embarrassés à la pensée que Ianto ait pu entendre la conversation, JB et Burn le regardaient avec des yeux curieux et amusés.

– Alors, tea-boy! Quel est le problème? Lança Burn en souriant?

Ianto frissonna. La même voix, la même gouaille, les mêmes mots et la même étincelle d'insolence. Ce Burn Gorman était un double parfait de Owen.

– Vous... Hm... Vous êtes acteur, vous aussi?