L'après-midi touchait à sa fin. Déjà.

Les mains dans les poches, Jack observait son clone, Scott et « Owen » en grande discussion dans le salon. Le dénommé Russel avait été injoignable de toute la journée. On leur avait finalement dit qu'il ne rentrerait que le soir.

Quand il vit passer Ianto avec un plateau de tasses de café vides, il l'arrêta au vol.

– Ianto! S'il te plaît! Tu n'es pas au boulot, d'accord. Essaie de te détendre...

Le jeune homme eut son petit sourire pincé.

– Oh! Bien sûr! Me détendre... Dans quelques heures, ils ne se souviendront peut-être plus de ce que nous sommes pour eux si l'on ne part pas au plus vite. Il nous sera alors impossible de trouver une solution pour rentrer. Mais, oui, tu as raison... Il faut que je me détende... pas de problème.

Jack lui connaissait bien ce petit air crâneur. La façon à Ianto de lui tenir tête. Avec de l'ironie et de l'amertume. Il le suivit à la cuisine et le prit par la taille.

– Je veux dire, prends les choses positivement. On est tous les deux, seuls... Ou presque... Alors ne te sens pas obligé de « rendre service », ok?

Ianto soupira.

– T'as jamais pensé que je m'occupais comme ça pour éviter de cogiter?

– Ah oui? Moi qui croyais que tu aimais briquer tout du sol au plafond...

Ianto lui échappa.

– Hm... Une vraie Cendrillon, hein?

– Serais-je ton Prince, ma toute belle? plaisanta Jack, décidément de fort bonne humeur.

Ianto lui fit face, les bras croisés, l'air buté:

– Tu recommences...

– Quoi donc?

– Les plaisanteries... Pour éviter d'aborder les sujets graves...

Jack se força à reprendre un certain sérieux.

– Ok, ok... D'accord. Excuse-moi.

– Toute cette histoire n'a pas l'air de te perturber, Jack, fit Ianto avec une note de tristesse dans la voix.

– Ma foi, j'essaie d'en voir le bon côté: nuance de taille.

Jack l'enlaça à nouveau.

– Et avant que tu ne protestes, je t'assure que je veux rentrer à la base, tout autant que toi.

Son jeune équipier fit confiance au sérieux du ton. Il se dérida un peu. Jack continua:

– Mais, je l'avoue, découvrir ce monde m'amuse. C'est plutôt cocasse, non?

Ianto hocha la tête mais répliqua assez vertement:

– Tu n'y es pas mort, toi... Je veux dire, définitivement...

La réplique désintégra toute trace de malice ou d'amusement dans les yeux de Jack qui ne sut quoi répondre. Alors, Ianto insista. Il voulait en avoir le cœur net.

– Tu savais. Hein? D'une manière ou d'une autre, tu savais...

Le Capitaine décida de jouer franc-jeu. Ou du moins, un minimum. Il murmura, les yeux baissés:

– Le Docteur est intervenu en partie pour ça, Ianto...

Presque surpris d'avoir eu raison, le jeune homme hocha lentement la tête. Les yeux humides, il déclara, presque pour lui-même:

– Je comprends mieux ce qu'il m'a dit avant de partir... Il m'a... il m'a demandé de prendre soin de moi...

Jack lui prit soudain le visage à deux mains:

– Mais les choses ont changé, Ianto! Tu n'aurais jamais dû savoir! Et tu sais quoi? Tu vas vivre, Ianto... Tu m'entends? Tu vas vivre...

Ianto leva les yeux sur son Capitaine.

– Mais, si je suis mort, dans ce monde-ci... Que je sois de la réalité ou de la fiction, ici, je vais finir par disparaître, et...

Cette fois, Jack le serra très fort dans ses bras pour l'empêcher de continuer. Lui aussi y avait pensé.

Ianto se laissa faire, trouvant dans la force de l'étreinte un certain réconfort.

– Non, Ianto... Non... On va rentrer... D'accord?

Captain Jack, fureteur, vint leur tourner autour, jaloux de câlins. Les deux hommes enlacés, ne le remarquèrent pas immédiatement. Le chien posa ses deux pattes avant sur la jambe de Ianto, la queue frétillante. Surpris, le jeune homme se dégagea un peu des bras de Jack et regarda l'animal en riant.

– En voilà un qui sait réclamer l'attention.

– Ça doit être le nom, lança négligemment Jack, à peine moqueur.

Ianto se baissa pour prendre le chien tout joyeux dans ses bras. Jack, bon prince, caressa la truffe quémandeuse et affirma:

– Il va presque me rendre jaloux...

– Aurais-tu déjà oublié la nuit que tu as passée?

– Oh! Mais tu as ce chien beaucoup plus souvent dans les bras, que moi, en ce moment.

Ianto éclata de rire en reposant Captain Jack et s'emparant de la taille de son Capitaine pour l'embrasser.

– Mais à lui, je n'ai pas envie de faire certaines choses... fit-il, l'œil pétillant.

Jack rit à son tour.

– Encore heureux...

Alors qu'ils allaient s'embrasser à nouveau, un léger toussotement les arrêta.

Burn Gorman, sur le seuil de la cuisine, déclara simplement:

– Hm... Nous avons réussi à le joindre.

Jack entoura aussitôt la taille de son équipier en répondant avec enthousiasme :

– Eh bien, allons-y!


– Quoi? C'est quoi cette drôle d'idée, franchement? S'exclama Gwen devant le tableau étrange que lui présentait Rupesh sur l'écran central du Hub.

Loïs, qui observait la même chose, déclara:

– Avoue que c'est quand même étrange...

– Assez étrange pour le noter, Gwen, compléta Rupesh, encouragé par sa coéquipière.

L'ex-policière faisait sa tête des mauvais jours. Les bras croisés, elle tentait de comprendre ce que voulait lui dire le médecin avec les données qu'il lui présentait. D'ailleurs, il poussa son avantage:

– A chaque pic électrostatique, le nombre de malades mentaux a augmenté dans les environs immédiats de façon étrange. En Islande, de 50%, de 36% en Australie...

– Oui! Ça va, tu ne vas pas tout me lire. J'ai vu, grogna Gwen énervée, comme chaque fois qu'elle ne pouvait avoir la réponse à ses questions.

– Et cela voudrait dire quoi? Demanda Loïs.

– J'ai fait des recherches sur les types de pathologies les plus courantes recensées dans ces cas-là.

– Et ça donne quoi?

– Troubles de la personnalité. Les patients en surplus se prennent pour Quasimodo, Hercule Poirot ou Phileas Fogg. Tous restent absolument convaincus de l'être, jusqu'à la fin de leur vie. Malgré tous les traitements...

– Moui... Et tu as recensé ce type de pathologie sur combien de cas au total?

– Heu... Quatre seulement, c'est vrai... A cause des dates, le reste n'est pas forcément bien répertorié, se défendit Rupesh.

– On a que ça... Des cas isolés...

Gwen soupira et continua:

– Ok! Des choses arrivent... Mais on n'a pas assez d'éléments pour fonder une thèse solide... C'est à s'arracher les cheveux!

Loïs souffla à son tour. La fatigue n'aidait pas à la concentration.

– Et si c'était ça, le lien... fit-elle à tout hasard.

– Quoi? Comment ça?

– Ben, les bizarreries... les fous... les pics... la météo folle... Si l'effet de ces ondes électriques provoquait quelque chose? On ne sait pas quoi, d'accord, mais cela entraînerait un dérèglement … hm... un dérèglement des données habituelles.

Tandis que Gwen réfléchissait, Rupesh ajouta:

– Et si les ondes fragilisaient une sorte de barrière entre deux univers? Après tout, dans la plupart des cas, personne n'est venu réclamer les internés supplémentaires. Personne pour connaître leur vrai nom. Ces malades sont comme « ajoutés » à la population. C'est cela que j'ai trouvé le plus bizarre. Je parierais pour un autre monde... Un monde parallèle?

– Ok. On tente. Qui aurait été « enfermé » en surplus, dans des hôpitaux psychiatriques de Londres ces derniers jours?

– Rien de suspect, hélas! Pour l'instant, en tout cas, affirma Rupesh désolé.

Gwen hocha la tête.

– Ok! On va chercher toutes les personnes qui ont été témoins des manifestations électrostatiques. Et on part leur poser des questions. J'en ai marre de végéter ici, moi...

Ravis d'avoir enfin quelque chose de constructif à se mettre sous la dent, Loïs et Rupesh se mirent aussitôt au travail.


Les cinq hommes se tenaient autour du téléphone posé sur la table du salon, le haut-parleur allumé, Monsieur Russell T. Davies à l'autre bout du fil, pas très content d'être dérangé.

Mais Scott avait préparé le terrain, doucement. Puis il avait bien fallu annoncer l'objet réel de l'appel. Et quoique à priori très ouvert d'esprit, le dénommé Russell avait un peu de mal.

Ayant d'abord cru à une plaisanterie, il avait changé d'humeur en apprenant que John et Burn se trouvaient dans les parages.

A présent, il se montrait passablement agacé et affirmait qu'on lui faisait perdre son temps. Il avait la suite des aventures du Docteur à superviser.

Au beau milieu des pourparlers, Burn interpela Jack.

– Eh ben, alors? Qu'est-ce que vous attendez pour utiliser votre truc?

Jack, qui manipulait son bracelet depuis un moment, lui répondit:

– Il me faut un peu de temps pour trouver la bonne fréquence de l'appel et émettre mes propres ondes. Un peu de patience. Continuez à lui parler...

A l'autre bout du pays et du fil, le scénariste rouspétait parce que Scott et John Barrowman insistaient pour lui faire faire des recherches Internet sur Torchwood et Jack. Ils lui demandait aussi de lui faire ouvrir ses scripts. Il finit par le faire à contrecœur, en protestant bruyamment. Mais sa voix manqua soudain d'assurance devant les faits, troublants.

– Ah! Tu vois! Nous ne cherchons pas à t'ennuyer! fit John, soulagé, alors que son interlocuteur se plaignait de ne plus rien y comprendre.

Jack intervint alors:

– Ok! Prévenez-le que tout va s'éteindre chez lui. Je prends le disjoncteur en main.

John se chargea de la commission en souriant.

Dans le haut-parleur, il y eut un grand « Quoi? » surpris, non sans une pointe d'exaspération. Et presque aussitôt, un cri de stupeur et une suite de réflexions peu sympathiques sur la santé mentale des ses trois interlocuteurs.

Ianto retint un rire lorsque la voix au téléphone intima de rallumer. Scott interrogea Jack du regard. Jack lui sourit d'un air entendu. Scott déclara donc:

– Russell, s'il te plaît, il faut que tu nous crois. C'est le manipulateur de vortex qui dirige maintenant les lumières de ton appartement.

– C'est ça, oui! John! Arrête de lui faire répéter n'importe quoi! Vous n'avez rien d'autre à faire que faire perdre du temps aux autres?

– C'est pourtant la vérité! Intervint Burn très calme.

– Rallumez-moi ces lumières!

– Quand tu accepteras de nous écouter.

– Ce n'est pas à vous que je parlais! Fit Russell agacé.

Jack appuya sur l'un de ses boutons. La réaction fut immédiate. Un juron traversa le haut-parleur.

– Que s'est-il passé? fit Scott, interrogeant à la fois Russell et Jack amusé.

– Les réverbères de la rue se sont éteints aussi. Bon sang de bonsoir!... Comment ça le disjoncteur ne fonctionne pas?

Jack appuya de nouveau sur son bracelet et l'on entendit un nouveau juron, ébahi, cette fois.

Jack murmura à ses hôtes:

– Je n'ai rallumé que la prise ordinateur reliée au téléphone, par internet.

Scott secoua la tête, souriant, malgré lui.

– Russell, comment ton ordinateur peut-il s'allumer, si tu n'as plus de courant?

– Je ne sais pas comment vous faites, mais ce n'est pas drôle!

Jack expliqua tranquillement:

– Ok, je rallume...

– C'était qui, ça? Hé! Mais c'est pas vrai! Vous avez fini de jouer avec le disjoncteur!

– Écoute, il faut que tu comprennes que nous avons vraiment besoin de toi. Rien que le fait de ne plus avoir d'informations sur les deux séries par internet devrait t'inquiéter, non? Et crois-moi, ce n'est pas un virus, on a vérifié.

Pendant que Scott tentait d'amadouer le créateur d'une manière ou d'une autre, Jack discutait avec Ianto, lui montrant le bracelet. Et soudain, un gros mot traversa le haut-parleur et le salon.

Ianto pouffa de rire tandis que trois paires d'yeux fixèrent Jack, la tête d'un gosse pris en faute mais loin de s'en repentir.

– Oups! J'ai dû ré-éteindre, fit-il avec un sourire canaille.

Cette fois, John, décidé, prit les rennes de la discussion.

– Russell, arrête de râler. De toute manière, que notre histoire soit vraie ou pas, il faut que tu écrives ce que l'on te demandera. A la limite, tant pis si tu n'y crois pas... Mais si ça marche, tout le monde retrouverait le cours de sa vie normale...

– Oh oui! Une vie normale, soupira Jack, approuvant John.

– De toute manière, je ne vais pas écrire à la bougie, râla Russell, fort mécontent.

– Mais non! Assura Burn, jetant un coup d'œil au Capitaine.

– Cependant, on ne te remettra la lumière que si tu acceptes d'écrire.

– Vous savez, c'est officiel: vous êtes dingues!

John Barrowman et Burn Gorman sourirent en échangeant un regard.

– On sait! Firent-ils en choeur.

Jack sourit et Ianto leva les yeux au ciel. Deux gosses!

Scott reprit la conversation, plus sérieusement. Après tout, l'enjeu était de taille.

– Bon, écoute, acceptes-tu de nous aider?

Il n'y eut qu'un grommellement en guise de réponse.

– De toute façon, ai-je le choix? Hm?

Un temps. Puis:

– Qu'est-ce que je dois faire? Capitula enfin l'homme au bout du fil.

Jack manipula à nouveau son bracelet et le referma tandis que Scott demandait déjà au pauvre homme de se munir d'un papier et d'un crayon pour prendre des notes.

John se tourna alors vers Jack.

– Mais qu'est-ce qu'on lui demande? Il ne va quand même pas réécrire toutes vos aventures?

– Non, non... J'ai ma petite idée. Laissez-moi lui parler, je m'en occupe.

Peu après, Burn Gorman, les bras croisés, observait la scène : le Capitaine Jack Harkness parlait à Russell T. Davies. Il fit doucement:

– S'il voyait ce que je vois, Russell ferait une attaque...


Jack dicta donc ce dont ils auraient besoin. Un peu trop rapidement. Russell l'interpela sous le nom de John pour le ralentir. Cela les fit tous sourire. Mais Jack ne démentit pas son interlocuteur. Il demanda donc à son « créateur » d'écrire une scène bien spécifique, avec de nombreuses précisions. Burn Gorman intervint à un moment pour ajouter au scénario une averse violente et un important pic d' électricité statique.

Il se tourna vers Ianto avec un haussement d'épaule:

– On ne sait jamais...

Mal à l'aise, Ianto esquissa un petit sourire crispé. Maintenant que les choses se précisaient, il sentait ses entrailles se nouer. Si ça ne marchait pas...


Attentif, Scott se leva, laissa son mari, Burn et Jack se débrouiller pour prendre Ianto à part.

– Je dois sortir les chiens? Vous m'accompagnez?

Reconnaissant, Ianto le suivit dans le hall d'entrée où les chiens devinrent fous quand ils comprirent l'intention de leur maître.

– Prenez Captain Jack. En promenade, c'est le plus docile...

– Si vous le dites... fit Ianto, un brin ironique.

Scott éclata de rire et ils sortirent bientôt dans la rue relativement silencieuse.

Le jeune gallois apprécia ce moment de calme, ponctué par les arrêts pipi et les curiosités de Captain Jack, ravi.

Scott dit enfin, avec douceur:

– J'espère que ça marchera...

– Moi aussi... souffla Ianto, incapable de rajouter autre chose.

– Cela fait bizarre, mais je suis ravi de vous avoir rencontré, lança Scott, sincère. Je veux, dire... En vrai...

Ianto ne put s'empêcher de rire et Captain Jack se prépara à une grosse commission. Leur arrêt, dura un petit moment.

– C'est étrange... Je ne sais pas comment je réagirais, moi, si Gregory House ou Sherlock Holmes se présentaient chez moi, à m'affirmer qu'ils sont des personnages et non des sosies...

– Vos preuves étaient suffisantes, croyez-moi! Vous aimez Dr house?

– Non. Pas spécialement. Rupesh, lui, l'adore... Et ce n'est pas un vain mot.

Scott rit doucement. Les chiens reprenaient leur promenade.

– Pourtant, à Torchwood, vous ne devriez plus vous étonner de rien... Je suis certain que vous trouveriez une explication logique et une solution efficace pour ramener tout dans l'ordre. Comme vous êtes en train de le faire, d'ailleurs...

Ianto haussa les épaules, peu convaincu. Scott continua, un peu rêveur:

– Le 21ème siècle est le siècle de tous les changements, et Torchwood est prête... Ce doit être exaltant!

– Moui... Vous croyez? Nettoyer derrière tout le monde, nourrir un ptérodactyle et garder des weevils pas commodes...

– Et vous occuper du Capitaine, compléta Scott, enjoué.

Surpris, Ianto éclata de rire puis répliqua, pince sans rire:

– Il n'y a pas que des désavantages, effectivement. Mais c'est beaucoup de travail!

– Je n'en doute pas une seule seconde! Approuva Scott en souriant. Mais cela ne doit pas être si désagréable, n'est-ce pas?

Ianto ne répondit pas, mais le sourire qu'il garda sur son visage juvénile en disait long. Scott lui tapota amicalement l'épaule, puis ils marchèrent encore un moment dans un silence complice.

– Je peux vous poser une question indiscrète? Fit Ianto alors qu'ils reprenaient tranquillement le chemin du retour.

– Si vous me permettez de ne pas y répondre.

– Quand vous l'avez rencontré... Hm... Avec John, vous avez su tout de suite ce qu'il représenterait pour vous?

Scott sourit, amusé par les souvenirs que réveillait Ianto.

– Absolument! Et c'était réciproque. Je n'ai eu aucun doute. Mais pourquoi cette question? Il me semble que ce fut la même chose pour vous.

Confus, Ianto demanda sincèrement:

– Mais, quand cela?

– Après la capture du ptérodactyle, justement. Certains regards ne trompent pas, croyez-moi! Fit Scott taquin.

Ianto se sentit rougir.

– Mais... hm... tout le monde a vu « ça »? Je veux dire... Si vous savez tout ça... C'est que les gens, ont vu, ça?

Souriant, Scott essaya de rassurer Ianto qui réalisait l'impact de faire partie d'une œuvre de fiction.

– Mais évidemment! Et vous savez quoi? C'est presque grâce à vous et votre relation avec Jack que les fans ont accroché à la série. Votre romance est très importante dans l'univers de la série. A tel point que des fans ont envoyé des sacs de café au producteur pour protester contre votre disparition...

Scott s'arrêta brusquement, embarrassé de s'être laissé aller.

– Pardon... Je ne voulais pas...

– Non, non... ne vous inquiétez pas, l'interrompit Ianto gentiment. Je comprends ce que vous vouliez dire. Tant mieux, dans un sens.

Scott poussa la porte de la maison pour laisser passer ses chiens tout agités.

– Allons, tout va s'arranger, vous verrez...

Ianto libéra Captain Jack. Tout foufou, il se rua sur John qui le prit dans les bras.

Ils avaient raccroché.


– Alors? Demanda Scott en enlevant son blouson.

Burn haussa les épaules.

– Ben... Il va s'y mettre. Mais rien n'est garanti.

– L'histoire des lumières n'a pas semblé le convaincre, déclara Scott amusé, à l'adresse de Jack.

– Je sais bien... Je ne peux pas assurer le show à chaque fois... Le principal est qu'il écrive en ce moment.

– Comment croyez-vous que cela se manifestera pour vous? Interrogea encore Scott, intrigué.

Jack échangea un coup d'œil rapide avec John avant d'annoncer, à l'adresse de Ianto:

– On va partir.

C'est seulement à ce moment-là que le jeune homme remarqua que Jack portait son manteau.

– D'accord! Et ensuite?

– Si tout se passe comme prévu, vous devriez pouvoir rentrer à la base, intervint John Barrowman avec comme un léger voile dans la voix.

– Hm... Sinon, nous devrons trouver une autre solution, compléta Burn Gorman, la mine morose.

Ianto frappa dans les mains avec un engouement feint.

– Alors, je suis prêt!


Il y eut un grand silence. Aucun des 5 hommes ne voulaient vraiment se quitter et une sorte de tristesse générale venait de s'abattre sur la maison.

Ce fut « Owen » qui vint à la rescousse, en manifestant une gouaille un peu forcée. Il tendit la main à Ianto.

– Eh bien, alors... Sans rancune?

Le gallois sourit, amusé.

– Bien évidemment! Et merci pour le café, ce matin.

Burn se contenta de rire en serrant la main du jeune homme. Il avait la vague impression de quitter un ami.

John tendit la main au Capitaine.

– Eh bien... Ce fut une expérience étrange, mais... instructive...

Jack sourit.

– Absolument d'accord!

John Barrowman l'observa alors un instant et déclara, un brin d'ironie et de sincérité dans la voix:

– Je ne suis pas si mal, finalement.

Jack rit et lui fit un clin d'œil.

– Pourquoi changer la perfection?

Scott entoura la taille de John d'un bras.

– Ah! Tu vois! Fit-il en riant à son mari. C'est ce que je me tue à lui répéter! Mais il ne me croit pas.

John leva les yeux au ciel avec un grand sourire. Ianto s'attendrit devant le couple enlacé. Ces deux-là donnaient envie.

Content de l'animation, Captain Jack vint y prendre part. Cette fois, Jack le prit dans les bras en riant.

– Bon! Alors tu seras sage, hein? Tu défends l'honneur des Capitaines Jack... Ok?

Pour toute réponse, le chien choisit de le couvrir littéralement de bisous.

Les cinq hommes éclatèrent de rire. John reprit son chien des bras de Jack assailli de câlins canins. Ianto prodiguait ses caresses aux deux autres jaloux.

Burn Gorman se plaça face au Capitaine et lui fit un salut militaire avec un grand sourire.

– Capitaine! Bon retour chez vous!

Jack lui rendit son salut.

– Mes hommages à votre Dame et... traitement spécial à vos deux aliens.

Burn éclata de rire.

– Je n'y manquerai pas!

Peu après, Scott et Ianto sortirent les premiers. Scott retenait l'un des trois chiens. Ianto lui tendit la main.

– Merci... Pour tout.

Scott lui serra la main avec franchise et amitié.

– Peut-être à bientôt... On ne sait jamais.

Ianto sourit et le salua avant de rejoindre le Suv. Jack le suivit. John et Burn les regardèrent s'éloigner.

John les vit monter à bord de leur voiture après un dernier salut. Puis il vit le véhicule s'éloigner en murmurant:

– Sérieusement, il faut que ça marche...

Scott vint l'entourer d'un bras réconfortant.

– Il n'y pas de raison.

Burn Gorman eut un petit rictus tandis que le Suv disparaissait au bout de la rue.

– Non... Ya pas de raison...

Lorsqu'il se retourna peu après, pour rentrer, il y avait toujours un tas de ferraille à la place du dalek. S'il avait rêvé, la réalité de la situation redevenait assez cuisante. Oui. Ça devait marcher...

Encore fallait-il que Russell se décide à écrire.

Il appela sa femme. Il ne rentrerait que lorsqu'il serait certain qu'Owen Harper réapparaîtrait dans sa filmographie en tant que personnage mort à la fin de la saison 2 de la série Torchwood.

John lui tapa sur l'épaule et lui proposa de s'installer dans le canapé. L'attente serait peut-être assez longue.

– Allez Binny! Un petit remontant pour faire passer tout ça?

Il accepta. Un petit whisky? Pas de refus. Surtout après tant d'émotions.


« Le Suv filait sur la route de Cardiff. Le temps était correct en ce début du mois d'octobre. A son bord, le Capitaine Jack Harkness et son coéquipier, Ianto Jones, mais surtout, beaucoup de silence.

Jack conduisait vite, concentré sur le but à atteindre. Ianto restait préoccupé par l'enjeu du voyage.

Et puis, ils s'inquiétaient pour les trois autres, restés à la base.

Qu'allait dire Gwen? Quelle serait la réaction de Rupesh, ou celle de Loïs? Leur séjour dans la capitale avait duré un peu plus longtemps que prévu. Mais comment le leur expliquer? Et puis d'abord, se souviendraient-ils de tout cela?

Le soir tombait sur l'Angleterre. Un soir comme les autres. A première vue.

Jack dut prendre son mal en patience lorsqu'ils se retrouvèrent dans les bouchons, à la hauteur du Severn Bridge, symbolisant la frontière Angleterre-Pays de Galles.

Le temps se faisait plutôt maussade à mesure que l'attente se faisait longue.

Quand le Suv s'engagea sur le pont, une violente averse doublée d'éclairs éclata.

Ianto et Jack échangèrent un regard entendu. Jack haussa les épaules.

On sait jamais...

La remarque arracha un petit sourire à son voisin.

Pare-choc contre pare-choc, les voitures se retrouvèrent presque immobilisées, les essuie-glace à vitesse maximum, l'habitacle parfois illuminé d'un éclair.

Ianto murmura alors, observant le spectacle quasi apocalyptique autour d'eux:

Il a fait fort, là quand même...

Comme Jack éclata de rire, Ianto esquissa un petit sourire.

Leur séjour, s'il s'achevait, finissait plutôt bien. De toute manière comment en serait-il autrement en restant après de son amant immortel?

L'averse ne se calma que lorsqu'ils atteignirent l'extrémité du pont.

Bienvenue au Pays de Galles, Ianto Jones!s'exclama Jack en riant.

Ianto sourit. Cette annonce avait un goût de vrai retour. Il songea à ce qu'il allait retrouver.

Myfawny, Janet, la crypte, son précieux chronomètre et le silence si particulier du hub.

Jack se sentait léger, guilleret. Torchwood était comme sa maison. Depuis si longtemps. Il avait vu se construire la base de Cardiff, sur la faille, depuis ses tout débuts. Il avait aussi perdu tant d'équipiers. Failli perdre Ianto. Heureusement, que son ami de Galliffrey était venu changer le cours de l'histoire. Ainsi, il rentrait à la base, avec Ianto, comme il le ferait encore de très nombreuses fois.

Il jeta un coup d'œil à son voisin. Un léger sourire flottait sur les lèvres de son amant. Il sourit à son tour. Le silence entre eux se chargeait d'émotion positive, de complicité.

Jack appuya encore sur l'accélérateur. Ce soir, Ianto Jones serait son plat de résistance. Dès qu'ils seraient arrivés. »


Note: So sorry pour le retard qui pourrait vous obliger à me relire^^... Je le ferai plus, promis! Et mille fois merci à ma patiente bêta, Chrismaz!