Hatsue déambulait tranquillement dans des ruelles sombres, sans trop savoir quoi faire. Rien qu'à ses vêtements, on pouvait deviner qu'elle n'était pas ce que l'on appelait couramment une gentille fille. Avec son blouson en cuir, son short en jean déchiré et ses boots de moto, elle ressemblait beaucoup plus à une chanteuse de rock qu'à une lycéenne de 16 ans. Son air revêche ajoutait la touche finale à un look très travaillé. Elle s'arrêta et s'assit contre un mur pour fumer une cigarette. Elle tira une bouffée et regarda l'heure sur son portable en recrachant la fumée : 00h00.
- Minuit, l'heure du crime... murmura-t-elle en ayant un léger rictus.
Elle releva brusquement la tête. Elle avait entendu un bruit provenant du fond du cul-de-sac qu'elle occupait. Malgré son habitude de se promener la nuit dehors, elle n'avait jamais fait de trop mauvaises rencontres, ou avait su se dépêtrer des situations les plus cauchemardesques. Elle resta donc assise, aux aguets.
- Qu'est-ce que tu fais dehors à te promener toute seule ?
Elle sursauta violemment. Cette voix gutturale ne retentissait pas seulement dans la ruelle, mais dans sa tête. La jeune fille scruta les alentours, mais c'était une nuit noire, et par conséquent, elle ne distinguait presque rien. Elle crut remarquer une forme sombre à côté d'une poubelle, mais était incapable de juger si la voix venait de là ou non.
- Alors, tu as perdu ta langue ? relança la voix.
Elle déglutit avec difficulté, et se leva. Quitte à affronter quelqu'un, elle n'allait pas le faire assise ! Serrant les poings, elle demanda d'une voix forte :
- Qui est là ? Montrez-vous !
La forme bougea avec une rapidité étonnante, et d'un coup, plus rien. Elle avait disparu ! Hatsue, méfiante, avança doucement en direction de la poubelle, sur le qui-vive.
- Règle numéro une : ne jamais se laisser acculer dans une ruelle sombre... Hinhin...
La jeune femme s'immobilisa. Elle s'était tout bonnement fait avoir, c'était lamentable. Elle ne supportait pas que quelqu'un la taquine ou joue avec ses nerfs, c'était plus fort qu'elle.
- Non mais tu te prends pour qui là, à me faire la leçon, espèce de dégénéré ! cria-t-elle. Montre toi dans la lumière au lieu de rester dans le noir comme ça, trouillard !
Mais c'est qui ce mec ? Il est vraiment bizarre...
Elle se retourna lentement, évitant tout geste brusque. Les yeux grands ouverts, elle tenta de repérer « la voix ». Au tout début, elle ne vit absolument rien. Ses pupilles s'habituant au fur et à mesure à l'obscurité, elle commença à distinguer les contours de ce qui ne pouvait être qu'une personne... vraiment très grande. Des pas retentirent de nouveau dans la rue, et elle recula. l'ombre s'avança dans la lumière, révélant son identité : c'était un homme immense, d'au moins 1m95. Il portait une sorte de grand manteau rouge sang avec un chapeau assorti et des lunettes de soleil.
C'est quoi ce style ? Un pervers qui se cache sous son manteau ?
Les longs cheveux noirs de l'homme ondulaient sous la brise, formant des vagues envoûtantes. Lui restait parfaitement immobile, se contentant vraisemblablement de la fixer de derrière ses lunettes.
- T'es qui toi ? reprit la jeune fille qui n'en avait pas terminé avec lui. Qu'est-ce que tu me veux ?
- Pourquoi tant d'agressivité ? Je ne comprendrais jamais les humains... répondit-il d'une voix nonchalante.
Les humains ? Il est bizarre, mais de là à être un genre d'extra-terrestre...
- Alors Hatsue, qu'est-ce que tu aimes dans la vie ? la questionna-t-il.
- Qu... comment vous connaissez mon prénom ? O.O C'est quoi cet interrogatoire de merde ? Foutez-moi la paix, espèce de pervers ! s'emporta la jeune femme.
Elle se rassit contre le mur et ralluma une cigarette, par simple esprit de contradiction. Elle jeta un regard noir dans la direction de l'homme qui resta parfaitement impassible. Son visage restait dans l'ombre de son chapeau, et Hatsue était curieuse de savoir à quoi il ressemblait. Il se planta en face d'elle et répéta :
- Alors ?
- Alors quoi ? cracha-t-elle avec mauvaise humeur. C'est pas permis de traîner le soir tranquille ? Vous êtes chiant.
- Si tu réponds à mes questions, il ne devrait rien t'arriver de bien méchant, dit l'homme d'une voix plus dure.
- Putain... (--) J'aime les mangas, les clopes, le rock. Voilà. Ça vous va ? Ah nan oui... j'aime le poulet aussi.
- Et les vampires ? Qu'est-ce que tu en penses ?
- O.O Heu... ben pas grand chose... Pourquoi ? demanda-t-elle.
- Si on t'offrait la possibilité de vivre pendant des centaines d'années une existence exaltante faite de nuits et de sang, que répondrais-tu ?
De sang ? Il répond à mes questions par d'autres, ça commence à me chiffonner cette histoire...
- Je répondrais probablement que ça me changerai de mon orphelinat qui tombe en ruines... murmura la jeune fille. Mais pourquoi vous parlez de sang ? Vous êtes pas normal.
- Je suis un vampire, c'est pas ce qu'on pourrait appeler de normal, chez vous les humains, dit-il.
Ah bah oui... quand on y pense, il fait penser à un vampire avec sa bizarrerie.
Hatsue écrasa son mégot sur le talon de sa botte et se tourna vers l'homme qui se tenait toujours debout devant elle. Ses yeux rougeoyaient d'une façon assez étrange, et il la fixait sans retenue. La jeune femme se sentit rapidement mal à l'aise et agacée de cet examen visuel. Elle se leva et marcha quelques pas, avant de se retourner à nouveau vers lui :
- Vous êtes qui, en vérité ? Ça m'étonne à peine de vous savoir un vampire, mais si vous me donniez votre nom, je saurais au moins à qui j'ai affaire ! Ou à quoi, j'en sais rien... ajouta-t-elle.
- Mon maître m'a donné le nom d'Alucard, répondit-il. Je travaille pour une organisation secrète du nom de Hellsing. Elle existe depuis des centaines d'années, depuis la naissance de la noble famille de mon maître. Hellsing a pour mission de chasser et détruire tous les Nosferatu qui mettent en danger l'Angleterre et la couronne de la Reine. Je suis leur arme.
Hatsue resta sans voix face à ces révélations pour le moins inattendues. Elle avait souvent rêvé à l'existence des vampires, créatures de la nuit qui la fascinaient et l'effrayaient en même temps. L'adolescente jeta un regard courroucé vers Alucard. Il pouvait bien être un vampire, cela n'excusait pas sa façon se de comporter !
- C'est bien joli, tout ce truc d'organisation anti-vampires... Mais en quoi ça me concerne, moi ? demanda-t-elle. Je ne suis pas un vampire, aux dernières nouvelles.
- Hellsing manque de personnel. Nos dernières recrues on été décimées dans une embuscade de goules il y a deux semaines. Il faut recruter d'urgence si on ne veut pas montrer notre faiblesse. Ordre de la baronne.
Hatsue observa le vampire avec circonspection. Elle commençait à comprendre où il voulait en venir, et cela ne lui disait rien qui vaille. Elle détestait sa vie, ça, c'était certain. Mais de là à en changer radicalement et à partir en vadrouille avec n'importe qui, c'était autre chose. Alucard revenant à la charge interrompit le fil de ses pensées.
- Je pense que tu as compris ce que je suis venu chercher. N'as-tu jamais rêvé de cette vie là ? Souhaité quitter celle sans saveur que tu vis en ce moment ? Hellsing te donne l'honneur de servir la couronne en te rendant la vie, par la mort.
- Je... balbutia-t-elle. Ce n'est pas que... enfin...
Puis elle cracha enfin ce qu'elle avait sur le coeur :
- Je ne sais pas si j'ai envie de quitter ma condition d'humaine !! T'es marrant toi ! T'arrives comme ça, avec ton manteau, à me dire que je peux quitter la vie que je déteste... et tout quitter pour... pour...
- Je comprends que ça soit déstabilisant pour une humaine de ton âge, reprit Alucard. Mais il est temps de prendre ta vie en main, d'en faire quelque chose d'utile... et d'intéressant.
- Mais pourquoi j'accepterais, d'abord ? C'est vrai ça, on me force pas la main comme ça, à moi.
- Pour la simple et bonne raison que tu disparaîtras avec le secret de l'existence d'Hellsing si jamais tu venais à refuser, révéla le vampire avec un petit sourire ironique.
Ah oui... Je me disais bien qu'il y avait anguille sous roche !
- Bon... soupira la jeune fille. Très bien, d'accord...
