Chapitre III – Une situation inextricable - 1998
Blaise avait craint que Daphné n'abuse du pouvoir qu'elle avait sur lui tout au cours de l'année, elle joua avec l'extrême limite de l'humeur du jeune homme, s'arrêtant toujours juste à temps dans ses provocations. Une semaine après cette fameuse soirée en tête à tête dans la salle commune, elle avait attendu un soir que cette même salle soit pleine – à dix-huit heures, les élèves occupaient la place en nombre – pour jeter un regard étrange à Blaise une désagréable appréhension s'empara de lui, et il n'avait pas tort. Il ne fallut pas quelques secondes avant que Daphné ne se tourne complètement vers le fauteuil dans lequel il était assis et ordonne :
- Zabini ! Je veux que tu viennes t'asseoir sur le banc à côté de moi.
Il fallut à Blaise beaucoup de volonté pour se retenir de lui répondre d'aller se faire voir. Après quelques secondes pour se convaincre que finalement, ce n'était pas si cher payé, il referma doucement son livre et se leva il prit tout son temps pour rejoindre Daphné sur son banc. Lorsqu'il s'assit, elle lui adressa un sourire narquois qu'il ne prit même pas le temps de regarder il avait déjà rouvert son livre. Le silence qui s'était installé autour d'eux fut petit à petit remplacé par des murmures curieux auxquels Blaise tenta de ne pas prêter attention, fixant les yeux sur son livre. Visiblement, cette année, il allait beaucoup lire…
Daphné se contenta de retourner à ses devoirs qu'elle faisait avec application, et n'ajouta plus rien. Blaise, de son côté, laissa ses yeux vagabonder sur les pages sans vraiment s'intéresser à ce qu'il lisait il se demandait si à la longue, Daphné ne se lasserait pas de ce petit jeu. Après tout, les provocations qu'elle lui faisait subir n'avaient rien eu de spectaculaire si elle en restait à ce stade, ce serait certes humiliant pendant encore quelques mois, mais dès qu'il serait hors de l'école il lui échapperait facilement. Si elle n'abandonnait pas d'ici là. Après tout, quelle satisfaction pouvait-elle retirer de tout ça ? Le jeune homme jeta un coup d'œil à sa voisine de table qui couvrait une page de parchemin de son écriture penchée non, il comprenait parfaitement quel genre de satisfaction elle pouvait en retirer. Cette fille était Daphné Greengrass. Elle en pinçait pour lui, et plutôt que de tenter une vaine entreprise de séduction, elle prenait un plaisir malin et pervers à l'humilier. Pour quelqu'un qui la connaissait, le raisonnement se tenait.
Ce genre de provocation dura plusieurs mois, mais Daphné, loin d'être idiote, choisissait toujours son moment avec précaution, de façon à ne jamais aller trop loin. Blaise n'était jamais agacé plus que de raison et jamais l'envie ne lui prenait de lui jeter un sort sous le coup de la colère il avait d'ailleurs l'impression que c'était là le point le plus infaillible du plan de la jeune fille. La prudence de ses agissements avait quelque chose d'épatant après tout, elle se restreignait en quelque sorte, mais seulement pour que son plaisir puisse durer. Le jeune homme avait la désagréable impression d'être encore plus assujetti de cette façon que lorsqu'elle lui donnait des ordres être le jouet des plans puérils de Daphné n'avait rien de réjouissant. Il avait la désagréable impression que son emprise sur lui se resserrait comme un étau.
Cependant, il y eut un moment où Daphné faillit perdre son emprise sur lui ce fut lorsque Draco, au détour d'un couloir pour rejoindre le reste de la classe dans le parc, lui demanda d'un air entendu :
- Dis-donc… tu pensais me dire un jour depuis quand tu sors avec Daphné Greengrass ?
Blaise stoppa net sa marche et tourna vivement la tête vers Malefoy, le dévisageant, sous le choc. Celui-ci s'arrêta machinalement pour ne pas le perdre, et ajouta :
- Je veux dire, elle passe son temps à te donner des ordres, à s'asseoir sur tes genoux dans la salle commune, et même si c'est assez rare pour ne pas attirer l'attention, tu ne t'imaginais quand même pas que moi, je ne remarquerais pas votre petit manège.
Blaise crut qu'il allait vomir sur les chaussures de Draco. Il n'était effectivement pas très connecté aux préoccupations de ses camarades, mais il était à mille lieues de se douter que l'attitude de Daphné pouvait être interprétée de cette façon. Froidement, il répondit :
- Non, on ne sort pas ensemble. Je la déteste seulement un peu moins qu'avant, c'est tout.
Il s'en serait mordu les lèvres jusqu'au sang. Etait-il possible de détester quelqu'un autant qu'il détestait à présent Daphné ? Peu probable. A cet instant précis, il ne rêvait que de tenir son cou clair et gracile entre ses mains pour l'étrangler jusqu'à ce que le dernier souffle de vie quitte son corps pervers et sadique. Alors comme ça, Draco pensait qu'ils sortaient ensemble ? tout ça parce qu'il avait lui-même des vues sur la jeune fille, qu'elle était un bon parti, et qu'il acceptait moyennement de se faire coiffer au poteau par un de ses amis… Malefoy haussa les épaules.
- Très bien. Si vous avez décidé de garder ça secret, tant mieux pour vous. Mais c'est bien un truc de filles, ça.
Le garçon se remit en route, et Blaise le suivit presque immédiatement, tentant de garder un visage impassible, ce qui ne fut pas tellement difficile puisqu'il dépassait Draco d'une bonne tête. Alors visiblement, il avait le choix entre dire à Draco qu'il avait tort, et risquer de le voir fouiner jusqu'à leur secret, et le laisser croire qu'il sortait avec Daphné. Les deux options se valaient très largement. Ou alors, il pouvait opter pour un compromis, en faisant croire à Daphné que Malefoy se doutait de quelque chose et en assurant à Malefoy qu'il avait le champ libre pour tenter de sortir lui-même avec Daphné. Le plan était risqué, mais c'était le plus réalisable de tous ceux auxquels il avait pensé… Si cela fonctionnait, Daphné espacerait ses petites séances d'humiliation publique, et Draco la tiendrait occupée. Blaise eut la vague impression que se servir de son ami n'était pas la plus morale des attitudes, mais la situation dans laquelle il se retrouvait ne lui laissait guère le luxe d'éviter les dommages collatéraux. Espérant qu'au moins, son plan ne rate pas, il joua le tout pour le tout et déclara :
- Draco, je t'assure que si on sortait ensemble elle se serait fait une joie d'en avertir le monde entier… et ça m'étonnerait qu'elle se limite à s'asseoir sur mes genoux.
Le garçon le dévisagea d'un air pensif alors qu'il marchait, et Blaise, pour couper court à toute réflexion chez Malefoy, ajouta :
- D'ailleurs, tu as raison, je l'ai beaucoup sur le dos en ce moment. Tu devrais peut-être tenter ta chance, avec elle, non ? Ca me ferait des vacances, et je suis sûr que tu en crèves d'envie.
- Moi ? pas du tout ! démentit Malefoy avec une véhémence qui ne trompa pourtant pas Blaise. Cela dit, c'est peut-être une bonne idée, maintenant que tu me le dis… Je veux dire, les Greengrass ne comptent même plus leurs Gallions, et c'est vraiment pas comme si les deux sœurs étaient moches. En fait, Daphné est vraiment jolie. Et puis, c'est une fille de goût…
Il se tut quelques instants, alors qu'ils parcouraient le couloir extérieur qui longeait les jardins menant jusqu'au parc. Après une bonne centaine de mètres, Draco déclara :
- Tu as raison. Merci pour l'idée, Blaise…
Draco commença un geste pour le remercier d'une accolade ou un geste typiquement masculin du même genre, mais le regard glacial de Blaise l'en dissuada. Il avait horreur du contact physique, et Draco ne risquait pas de l'approcher…
Finalement, le plan de Blaise ne changea pas grand-chose à sa situation Draco fut éconduit dès que Daphné remarqua une modification dans son comportement habituel, et elle balaya les mises en garde de Blaise d'un soupir élégant, en déclarant que Blaise lui-même n'avait qu'à se débrouiller pour que personne ne se doute de rien – si tout venait à être découvert, ce serait lui qui serait embêté, après tout. Zabini n'y gagna donc pas grand-chose, sinon le réconfort de savoir qu'il avait tenté quelque chose sans que Daphné ne s'en doute. Avec un peu de chance, sa prochaine tentative aboutirait à un résultat un peu plus probant…
Les persécutions de la jeune fille ne faiblirent ni ne ralentirent au fil des mois mars arriva bientôt, et Blaise commençait à désespérer de se débarrasser un jour de Daphné, qui en plus de ses petites démonstrations publiques d'autorité avait pris la fâcheuse habitude de lui jeter de temps à autre un morceau de parchemin en lui ordonnant de faire à sa place ses croquis de botanique. Il commençait à sérieusement baisser dans l'estime de la plupart des Serpentards, à la grande joie de Daphné, qui avait cependant l'intelligence de ne jamais le rabaisser en face des élèves des autres maisons.
Un soir d'avril, dans la salle commune, alors que Daphné ne l'avait pas abordé depuis presque une semaine, Sally-Ann Perks vint s'asseoir à côté de lui à la table sur laquelle il travaillait – elle avait dû guetter le moment où il avait l'habitude de faire ses devoirs, car sinon il était généralement assis dans un fauteuil, là où il était plus difficile d'attirer son attention ou de le déranger. Il ne daigna même pas dévisager sa figure malingre et disgracieuse cette fille était dans sa classe depuis la première année, il en avait suffisamment soupé comme ça. Espérant qu'elle se découragerait, il resta focalisé sur son devoir d'arithmancie et prit un air terriblement concentré les calculs étaient particulièrement compliqués. Mais Sally-Ann ne se démonta pas. Sortant un cahier de son sac de cours, elle l'ouvrit devant elle, et en profita pour glisser à voix basse :
- Grâce à quoi est-ce que Greengrass te tient ?
Le calcul que Blaise tenait depuis cinq bonnes minutes s'effaça complètement de son cerveau, et il jeta un regard en coin à la jeune fille qui affichait un air de rien particulièrement bien choisi. Il lui fallut plusieurs secondes pour réaliser que Sally-Ann, 1) avait compris quelque chose et 2)semblait vouloir doubler Daphné sur ce coup.
Aussi répondit-il d'un ton égal :
- Je ne vois pas de quoi tu veux parler, Perks.
La jeune fille, n'appréciant pas d'être prise pour une imbécile, pinça le nez et rétorqua :
- Ne fais pas l'idiot. Elle sait quelque chose sur toi et tu lui obéis au doigt et à l'œil. Elle est maligne, il m'a fallu un bon moment pour comprendre, mais ne t'imagine pas que je vais faire comme si de rien n'était. Dis-moi grâce à quoi elle te tient, et je te jure que je trouverai un moyen de te débarrasser d'elle.
Blaise haussa un sourcil, sans quitter des yeux sa page de calculs.
- Et est-ce que je peux savoir ce que tu sais qui pourrait causer du tort à Daphné ?
Il n'était pas idiot. Sous-entendre, même à mots couverts, que Sally-Ann pouvait avoir deviné juste n'était pas une bonne solution. Par contre, il pouvait tenter de la manipuler pour en apprendre plus sur Daphné, et peut-être trouver un moyen de s'en débarrasser tout seul. La serpentarde haussa les épaules.
- C'est donnant donnant, Zabini, déclara-t-elle. Si je ne sais rien, je ne peux rien pour toi.
Comprenant qu'elle ne faisait que l'appâter, Blaise balaya la salle du regard à la recherche de Daphné. Elle était assise près du feu avec Pansy et Millicent et discutait sans se douter de rien. L'espace d'une fraction de seconde, son regard accrocha les yeux gris de Blaise. Elle se leva alors, dit quelques mots à ses deux amies et rejoignit Blaise et Sally-Ann à la hâte. Avec un sourire artificiel typique de sa personne, elle se pencha sur Blaise et noya son devoir d'arithmancie sous ses boucles brunes, avant de lui demander :
- Zabini, j'ai perdu un foulard cet après-midi, je pense que j'ai dû l'égarer dans le parc. Tu voudrais bien m'aider à le chercher ?
- Evidemment.
Pour une fois, Blaise se leva immédiatement, et rangea ses affaires dans son sac. Il jeta un coup d'œil à Sally-Ann, qui affichait un air carrément courroucé, et lui fit un rapide signe de la main pour la saluer, avant de suivre Daphné vers la sortie de la salle commune.
Lorsque la porte se referma derrière eux, Daphné parcourut quelques mètres avant de tourner à l'entrée d'un cachot, et de s'arrêter lorsque la porte de la salle commune fut hors de vue. Blaise se dissimula dans l'ombre auprès d'elle, toujours droit comme un i, se demandant ce qu'elle avait en tête. Après une interminable minute de silence, elle brisa l'atmosphère lourde et glaciale des lieux en demandant à mi-voix :
- Qu'est-ce qu'elle te voulait, cette fouineuse de Perks ?
Blaise aurait pu mentir après tout, la possibilité que Sally-Ann ait quelque chose contre Daphné était infime, mais elle existait. Seulement, des raisons plus que valables le poussèrent à répondre :
- Pour résumer, elle m'a proposé de trouver un moyen pour te faire cesser ton petit chantage. Et je tiens à te faire remarquer qu'elle a trouvé ça toute seule. Tu n'as visiblement pas été assez prudente.
Le reproche teinté de faible revanche ne passa pas inaperçu, mais Daphné dut décider qu'elle avait mieux à faire que de s'en défendre. Pensive, elle caressa sa lèvre inférieure avec l'ongle de son pouce, avant de déclarer :
- Et je suppose que tu ne lui as rien dit.
- Rien, confirma Blaise.
L'espace d'un instant, il eut l'impression que le sourire de la jeune fille était épanoui et agréable le regard qu'elle lui lança avait tout pour lui déplaire. D'abord, parce qu'il contenait de l'approbation. Ensuite, parce qu'il avait la désagréable impression que pour Daphné, ceci n'était qu'une preuve de leur vivacité d'esprit à tous les deux, de quelque chose qu'ils avaient en commun, et peut-être même l'espoir inespéré qu'un jour ils pourraient s'entendre. Si seulement elle avait pu formuler tout ceci à haute voix, Blaise n'aurait eu qu'une seule chose à lui dire, ce qui lui aurait fait manquer à l'impassibilité légendaire qu'il affichait toujours : « crève ». Ils avaient beau se ressembler, il la détestait de chaque fibre de son corps, et entendait bien le lui rappeler à chaque occasion qui se présenterait.
- Pourquoi ? demanda-t-elle soudain. Pourquoi est-ce que tu l'as laissée en dehors de tout ça ?
Blaise lui jeta un regard dédaigneux.
- Je ne suis pas idiot, répondit-il simplement. Si Perks avait été mise au courant, même si elle avait effectivement trouvé un moyen pour me débarrasser de toi, je me serais retrouvé à sa merci. Et je ne mettrai jamais mon destin entre les mains de quelqu'un d'aussi inconséquent que Sally-Ann Perks. Voyager de maître chanteur en maître chanteur ne me réjouit pas plus que ça, tu sais.
- Donc si je comprends bien, raisonna Daphné, tu préfères que ce soit moi qui te fasse chanter, plutôt que Perks ?
- Je ne préfère rien du tout, rétorqua sèchement Blaise. Seulement, tu sais déjà tout, et impossible de revenir en arrière. Je préfère seulement éviter que mes problèmes ne s'accumulent, voilà tout.
Daphné eut un petit rire discret, et Blaise se sentit vexé. Elle évaluait sa façon de raisonner plus il lui en faisait savoir, plus elle avait d'emprise sur lui, plus elle pouvait prévoir sa réaction. A cet instant précis, il n'avait qu'une seule envie la heurter violemment contre le mur du cachot jusqu'à ce que sa rage soit évacuée. Etrangement, depuis le début de cette histoire, Blaise se découvrait des penchants violents qu'il n'aurait autrement jamais soupçonnés. De plus, tout ceci s'entremêlait de façon étrange et presque amusante avec le fait de savoir qu'il avait désormais déjà tué. Et qu'il aurait pu recommencer. N'importe quand.
La jeune fille passa la tête dans le couloir pour voir si quelqu'un était sorti de la salle commune, ou si Sally-Ann ne les épiait pas depuis le couloir. Visiblement satisfaite, elle se retourna vers Blaise, et déclara :
- C'est pour ça que je t'aime bien, Zabini. Tu es brillant, beau, et en plus tu me comprends parfaitement. Le revers de la médaille, pour toi, c'est que je te comprends. Et pour le moment, c'est moi qui ai une longueur d'avance, voire même plusieurs.
Agacé par son petit discours, Blaise décida soudain de voir s'il pouvait l'effrayer. C'était quelque chose qu'il n'avait jamais encore essayé, et il ne risquait pas de vengeance dans l'immédiat puisque Sally-Ann les tiendrait à l'œil. Ils étaient seuls, dans un cachot sombre, c'était le moment ou jamais. Avec une violence dont il ne se serait jamais cru capable, il la saisit par les épaules et la plaqua brusquement contre le mur de pierre – il entendit même ses dents de perle s'entrechoquer.
- Ecoute moi bien, Greengrass, déclara-t-il d'un ton qui laissait apercevoir sa rage. Ne t'avise jamais de dire que tu m'aimes bien, ou quoi que ce soit dans ce genre. Je trouverai un moyen de contourner ton petit système pervers, ce n'est qu'une question de temps, alors ne joue pas à la plus maligne. Tu t'es peut-être débrouillée pour protéger tes preuves, mais n'oublie pas que personne n'est infaillible. Je ne peux peut-être rien contre toi maintenant, mais…
- Embrasse-moi.
Blaise, coupé dans son discours, écarquilla les yeux de surprise. Ce n'était pas une question c'était, comme d'habitude, un ordre, un ordre encore plus impérieux qu'à l'ordinaire. Il scruta l'obscurité pour étudier le visage de la jeune fille, triomphante, des boucles éparses sur ses épaules, légèrement décoiffée, ses lèvres rouges étirées en un sourire victorieux laissant voir ses dents parfaitement alignées. Elle était l'image de la perfection. Pour peu, Blaise l'aurait giflée mais quelque chose dans son aplomb et son assurance lui firent perdre tous ses moyens. Elle était tellement sûre d'elle qu'elle aurait pu stopper une armée en marche. Décontenancé, Blaise resta la bouche ouverte, incertain, partagé entre son envie de lui cogner la tête contre le mur et sa crainte de représailles. Cet ordre là était le plus sérieux de tous ceux qu'il avait reçus il avait le sentiment que désobéir aux précédents ne lui aurait valu que des mises en gardes. Cependant, ils en étaient arrivés à un point où Daphné n'hésiterait pas à le dénoncer s'il ne s'exécutait pas. Il ne lui était pas encore devenu indispensable, et il était certain que son orgueil valait davantage pour elle que ses inclinations d'adolescente. Pour la première fois, il sentait la totale puissance du pouvoir de Daphné sur lui s'il refusait, elle le plierait. Mettant un terme à son violent conflit intérieur, il décida qu'il pouvait tout autant tenter de la détruire en jouant avec ses sentiments – si une fille aussi dingue pouvait en avoir.
Comme à regret, il la saisit par les hanches, et, lui adressant un regard haineux, se pencha sur son visage.
Lorsque leurs lèvres se touchèrent, Blaise eut à la fois l'impression qu'un poids énorme venait de lui être ôté, et qu'il s'était engagé dans une seconde spirale de lutte contre Daphné, nettement plus étroite, qui se refermait peu à peu sur lui. Mais ce qui l'interpella le plus, ce fut la douceur des lèvres de la jeune fille il réalisa alors, pour la première fois, que c'était quelque chose qu'il n'avait jamais imaginé. La nouveauté du contact de ces lèvres douces et souples sous les siennes le laissa tout étonné, et il ne protesta même pas lorsque Daphné se détacha du mur pour se hisser sur la pointe des pieds et passer ses bras autour de sa nuque. Laissant faire son instinct, Blaise raffermit son étreinte sur les hanches de la jeune fille, et approfondit le baiser, profitant de l'expérience et appréciant la sensation du corps de la jeune fille, tendu, collé au sien.
Mais ce qui révoltait le plus Blaise Zabini, ce n'était pas que son premier baiser lui soit volé par un odieux chantage, ni même que cela arrive avec Daphné Greengrass, qu'il haïssait le plus au monde. Non, ce qui révoltait le plus Blaise Zabini dans tout ça, c'était que malgré toutes les bonnes raisons qu'il avait d'être complètement dégoûté par ce baiser forcé…
Il aimait ça.
Et malgré le goût sucré des lèvres de Daphné, il avait dans la bouche un amer goût de défaite.
