Chapitre V – L'heure des engagements – 2003
Le mariage avait été fixé pour le mois d'août on était à peu près certain que le soleil serait au rendez-vous, et c'était un mois pendant lequel la société sorcière n'avait pas grand-chose à faire de ses journées la perspective d'un mariage à la fin du mois égaierait sans doute les esprits tout au long de l'été. Les deux familles avaient décidé d'un commun accord que la réception du mariage se déroulerait au domaine écossais qui constituerait la dot de la jeune Astoria la maison, qui tenait davantage d'un château, était extraordinairement bien pourvue en chambres, ce qui permettrait au jeune couple de convier des gens venus de loin pour assister à leur union. Le lieu, perdu au fin fond de l'Ecosse, avait aussi cet avantage d'être incartable et d'être situé à une distance respectable de toute habitation moldue on n'y serait pas dérangé.
Les parents Greengrass se félicitaient d'avoir pu trouver à leur fille un bon parti, et le couple Malefoy se réjouissait que Draco ait trouvé si vite une jeune fille respectable qui pourrait faire en sorte qu'il ne s'engage pas sur la mauvaise pente et ne mène pas de façon permanente une vie de bâton de chaise. Draco, quant à lui, faisait ses comptes en pérorant sur les charmes de sa fiancée, comme tout homme heureux sans pour autant avoir fait d'efforts particuliers en ce sens. En ce qui concernait Astoria, elle était nettement plus discrète en public à ce sujet mais lorsqu'elle était en compagnie de jeunes filles de son âge, elle ne tarissait plus d'éloges sur son futur époux, avec une vigueur qui manquait souvent à son aînée.
Blaise Zabini, quant à lui, était un des rares à ne pas se réjouir outre mesure de cette union. Non pas qu'il ne soit pas heureux pour son ami – Blaise n'était pas de ces gens qui envient le bonheur des autres – mais il n'était pas sincèrement convaincu du caractère bénéfiques des répercussions que cela aurait sur sa propre vie. Tout d'abord, cela signifiait que pendant au minimum un an, si on restait dans les limites de la décence, il allait devoir sortir seul. Et cela le contrariait. Ensuite, rendre visite à son meilleur ami impliquerait à présent se retrouver sous le toit de la sœur de sa pire ennemie – une équation évidente et franchement agaçante. Car si Daphné rendait visite à sa sœur, il pouvait être certain qu'elle choisirait pour cela les jours où lui-même prévoyait de passer voir Draco. Elle aimait toujours autant faire ses coups en douce, et il détestait toujours autant être sa victime. Leur entrevue de la dernière fois avait tourné en sa faveur, mais il n'était pas certain que l'issue de leur prochaine rencontre soit aussi réjouissante Daphné n'était pas femme à accepter ses défaites.
Conformément à ce qu'il avait prévu, elle lui avait rapidement envoyé un hibou impératif, le sommant d'être son cavalier au mariage de sa sœur. Le jour dit, il se rendit ainsi sur les lieux de la réception par Portoloin, résigné à passer la journée avec Daphné fermement cramponnée à son bras. Il faisait un temps écossais : une épaisse barrière de nuages masquait le ciel, et le contraste entre l'air humide et les vagues de chaleur inhérentes à la saison était difficilement supportable sans la petite bruine qui tombait de temps à autre.
Les prévisions de Blaise étaient exactes Daphné était déjà sur place. Alors qu'il longeait les jardins du domaine en empruntant l'allée principale, il put voir la jeune femme invectiver ses Elfes de maison autour du buffet, qu'ils avaient par erreur dressé à l'extérieur. Il passa discrètement de l'autre côté de la haie d'ifs, soucieux de ne pas attirer son attention. Pourtant, il se surprit à l'observer depuis sa cachette sa silhouette fine s'agitait dans tous les sens, faisant voler autour d'elle les voiles de sa robe qui déclinaient plusieurs tons de violet. Blaise prit quelques secondes pour se demander si cette teinte se marierait harmonieusement avec la tenue que lui-même avait choisie il portait un simple pantalon de costume noir, une chemise blanche et un veston en cuir noir. Rien de très tape-à-l'œil. Cependant, il jeta un nouveau regard à la robe de Daphné, et défit discrètement le nœud papillon rouge qu'il portait, pour le ranger dans sa poche. Du violet et du rouge, cela jurait à coup sûr. Puis, sans plus y penser, il reprit son chemin pour gagner la demeure, alors qu'une légère bruine lui enjoignait de se presser.
Il n'était pas en avance il eut tout juste le temps de saluer Draco avant le début de la cérémonie. Daphné avait pris soin d'installer son siège à côté du sien, si bien qu'il n'eut même pas à la chercher. Lorsqu'il vint s'asseoir, elle ne détourna même pas la tête de l'autel pour le saluer agacé, il ne prit pas la peine de lui dire quoi que ce soit.
La scène du mariage en lui-même ne présentait pas énormément d'intérêt la seule utilité de ce spectacle fut de conforter Blaise dans l'idée qu'il ne comptait pas se marier avant longtemps. Mort d'ennui, il ne lui fallut pas dix minutes pour détourner le regard de Draco et Astoria pour le reporter sur sa cavalière Daphné offrait un visage détendu, poussant la perfection jusqu'à afficher un sourire calme. Blaise s'empêcha de secouer la tête. Il était sans doute le seul à remarquer les poings de la jeune femme, crispés sur l'assise de sa chaise, et dont les phalanges étaient blanchies par la force mise dans cette prise. Cette fois, Daphné ne portait pas des perles mais un fin collier d'améthystes encastrées dans un tressage de fils d'argents particulièrement délicat. Ses boucles brunes étaient coiffées élégamment – Blaise aurait été incapable de dire comment elle s'y était prise, d'ailleurs il n'était pas familier de l'aspect technique des coiffures de femme.
Le malaise de Daphné était évident. Du moins, pour Blaise. Il ne l'avait pas vue depuis le bal qui s'était tenu presque six mois plus tôt, mais elle n'avait pas l'air de s'être faite à l'idée d'être l'aînée et pourtant demeurer celle des deux sœurs à ne pas être mariée. Elle était plutôt accrochée à ses principes et à son honneur Blaise décida de se montrer extrêmement prudent. La jeune femme ne se reposerait pas sur lui il n'y avait aucune chance pour que cela arrive. Elle ne serait pas assez stupide pour pleurer sur l'épaule de celui qui la détestait le plus au monde. Cependant, Blaise craignait qu'elle ne l'utilise pour passer ses nerfs, et il n'avait pas vraiment envie d'endosser le rôle du défouloir.
La cérémonie se termina juste avant la première bruine quelqu'un s'occupa de déployer un champ magique au-dessus de l'assemblée, si bien que personne ne fut mouillé mais la grisaille du ciel et courants d'air n'avaient rien de réjouissant. Blaise se demanda si cela avait été un choix volontaire de la part des familles de célébrer l'union des deux blondinets par un temps pareil ils auraient tout de même pu aller dans le sud, plutôt que d'offrir à Draco et Astoria un mariage aussi triste. Mais ses réflexions furent interrompues par le mouvement de la foule qui commença à se lever et à se diriger vers les salles destinées à la réception n'ayant rien de mieux à faire que de suivre le troupeau, il se leva à son tour, mais une petite main s'accrocha à son poignet avant qu'il ne commence à marcher.
Daphné ne s'était pas encore levée elle était demeurée assise sur sa chaise, et retenait à présent son cavalier forcé par le bras – il ne la regarda pas tout de suite, n'ayant aucune envie particulière de rencontrer son regard assassin ni de commencer trop tôt à faire les frais de sa mauvaise humeur. Il se tint simplement droit pendant quelques minutes, attendant que tout le monde rentre. Lorsque la plupart des sorciers et sorcières eurent regagné le château, Daphné parla.
- Blaise. Tu vas bien ?
Surpris, il se retourna pour la regarder, et resta quelques secondes sans réagir, pour le moins étonné.
Daphné lui souriait. Elle ne passait pas ses nerfs sur lui, elle ne cherchait pas à le rendre fou, et ne se répandait pas en imprécation contre l'heureux couple. Plus encore, elle avait eu des paroles gentilles pour lui, ce qui n'était pas arrivé depuis… ce qui n'était jamais arrivé, en fait.
Il pouvait parfaitement comprendre à son regard chagrin, son sourire forcé et son front tendu qu'elle jouait la comédie pour lui il savait également qu'elle avait compris qu'il n'était pas dupe. Mais, sans qu'il ne sache pourquoi, cette attitude le toucha il se pencha vers elle et l'aida à se lever de sa chaise. Sans se départir de son calme habituel, il arrangea une mèche de cheveux de la jeune fille, que le vent avait déplacée, et déclara :
- Allez, Greengrass. Tu ne vas quand même pas te mettre à pleurer.
La jeune femme pinça les lèvres, croisa les bras, et déclara en le regardant droit dans les yeux :
- Moi, pleurer ? Non mais pour qui est-ce que tu me prends, Zabini ?
Le menton levé, elle le dépassa et remonta le long de l'allée de chaises jusqu'à l'allée centrale, où elle fit une petite pause pour vérifier s'il la suivait résigné, Blaise lui emboîta le pas, tendant son bras pour qu'elle puisse s'y accrocher. Ainsi, le faux couple rejoignit donc le reste des invités à l'intérieur. Daphné se tenait plus près de Blaise qu'à l'ordinaire, et le bras de celui-ci était moins raide que d'habitude. Elle avait beau être une affreuse manipulatrice, il avait beau être d'un naturel glacial, le cœur du jeune homme contenait tout de même assez de bienveillance pour comprendre la faiblesse passagère de sa cavalière.
L'intérieur du château était bien plus chaleureux qu'il ne l'avait semblé au premier abord des centaines de chandelles éclairaient la salle de bal d'une lumière dorée du meilleur effet, et un orchestre particulièrement élégant occupait au moins un bon quart de la salle, jouant des airs de circonstance, agréables à l'oreille mais assez bas pour que l'on puisse s'entendre penser. Blaise était à son aise dans ce genre d'ambiance il lui suffisait de hocher la tête lorsqu'on l'abordait et de se tenir droit, une flûte de champagne à la main. En contrepartie, il pouvait entendre les dernières nouvelles des commères ainsi que de précieux renseignements sur les mouvements financiers en cours, sans parler de la vue imprenable qu'il avait sur les décolletés des jeunes filles. Daphné n'était pas allée jusqu'à rester pendue à son bras toute la journée elle avait vite pris sur elle pour aller afficher un masque jovial en compagnie des autres anciennes serpentardes de sa génération. Blaise était d'ailleurs assez épaté qu'elle réussisse à mettre son orgueil dans sa poche avec son mouchoir dessus aussi facilement, alors même qu'elle bouillait certainement de rage mais après tout, c'était également par orgueil qu'elle prenait sur elle, on pouvait donc dire que les deux se compensaient… Mais il faudrait rappeler à Draco de faire attention à ce que son premier-né ne naisse pas Cracmol suite à une overdose de malédictions lancées par sa tante.
La réception se déroulait plutôt bien, et plusieurs heures avaient déjà passé sans que Blaise ne le réalise vraiment tout se déroulait de façon étonnamment agréable par rapport aux préjugés qu'il avait sur les mariages. Les plats salés du buffet avaient déjà été rangés par les Elfes, et les tables étaient désormais recouvertes de tartelettes, tropéziennes miniatures, macarons et autres desserts de circonstance. Zabini balaya la salle du regard à la recherche de sa cavalière officielle il ne la vit nulle part. Intrigué, il décida de déambuler parmi les invités, au cas où il finirait par tomber sur elle. Il lui fallut plusieurs tours de salle avant de la repérer, assise sur une chaise sculptée, à côté du buffet, une coupe à la main. Elle était dans l'ombre, et un groupe de femmes d'une cinquantaine d'années la masquaient au reste de la salle. Blaise se glissa subrepticement derrière elle elle ne le remarqua même pas, et continua à fixer le vide d'un air morose. Il s'autorisa à apprécier quelques instants la vue plongeante qu'il avait sur son décolleté, et admira au passage ses boucles brunes, sa joue blanche à la pommette légèrement rosée, le lobe de son oreille joliment décoré. En réalité, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il avait tout de même de la chance que ce soit Daphné qui le fasse chanter et pas une autre si Sally-Ann Perk avait réellement réussi son stratagème pour les percer à jour, il était certain qu'il aurait nettement moins apprécié de devoir composer avec les désirs de ce gnome de jardin. Et puis, non seulement Daphné et lui se comprenaient, mais en plus, il était de leur avantage à tous les deux de se promener ensemble en société.
Discrètement, il laissa glisser sa main gauche près du cou de Daphné, pour caresser sa peau de porcelaine aussi légèrement qu'un courant d'air. Elle sursauta violemment et se retourna : lorsqu'elle le vit, son visage reprit rapidement l'expression apathique qu'il arborait un instant plus tôt, comme si l'arrivée de Blaise n'avait aucune espèce d'importance. Sans même un regard pour le jeune homme droit comme un i derrière elle, Daphné lui lança :
- Tu as pris le temps d'aller féliciter les mariés, j'espère.
- Effectivement. L'enchaînement de Draco à un foyer fixe, ça se fête.
Daphné ne répondit rien, et ils restèrent un long moment silencieux. Blaise se demandait ce qui était en train de se passer dans la tête de sa cavalière. Sans doute ressassait-elle toujours sa rancœur envers le mariage anticipé de sa jeune sœur. L'orgueil de Daphné l'étonnerait toujours. Il la regarda faire tourner la coupe de champagne dans sa main nerveusement, elle triturait un des volants de sa robe, non loin de la doublure dans laquelle sa baguette était rangée. Le pli sur son front était révélateur de son humeur massacrante Blaise choisit de ne pas surenchérir au sujet du mariage. Lui changer les idées serait peut-être une meilleure stratégie. Cependant, il n'avait aucune raison particulière de le faire Daphné n'était après tout que son maître chanteur. Tout ce qui l'ennuyait dans ce mariage, c'était le fait que son meilleur ami soit désormais de la famille de sa pire ennemie. Rien de plus. Et ce n'était pas non plus terrible. Non, tout ce qu'il avait à faire, c'était se contenter de faire acte de présence auprès de la jeune femme, jusqu'à ce que la soirée soit bien entamée et qu'arrive une heure décente pour s'éclipser sans peiner Draco – lequel ne semblait pas tellement avoir besoin de lui en ce moment.
Blaise Zabini resta donc tranquillement debout derrière le siège de Daphné, sirotant paisiblement son champagne, laissant le monde tourner autour de lui.
Soudain, la jeune fille posa sa coupe sur le buffet d'un geste brusque, et se leva Blaise, surpris, leva un sourcil alors qu'elle l'entraînait hors de la salle. Il chercha son regard, mais elle gardait les yeux fixés droit devant elle avec détermination. L'atmosphère changea du tout au tout dès lors qu'ils furent hors de la salle de réception le couloir sombre et froid rappelait les cachots de Poudlard. Daphné n'attendit pas d'avoir parcouru tout le couloir pour s'arrêter à peine à quelques pas de la salle, elle saisit le col de chemise de Blaise, se hissa sur la pointe des pieds, et l'embrassa avec force. Il se laissa tout d'abord faire, puis, encombré par la flûte de champagne qu'il tenait toujours, il tenta de se dégager de l'étreinte de Daphné, ce qui fut assez aisé. Ses baisers désespérés étaient bien trop convaincants pour ne pas être dangereux il s'était promis de se méfier de ses lèvres tentatrices. Elle planta son regard dans le sien il sut aussitôt que si elle continuait ainsi, il allait craquer et se jeter sur elle. Heureusement, elle parla avant qu'il ait pu ouvrir la bouche :
- J'ai besoin de me changer les idées, déclara-t-elle.
Leurs corps étaient trop proches pour la santé mentale de Blaise, surtout après un tel nombre de flûtes de champagne. Avec un demi-sourire, il lui rendit son regard franc et répondit de but en blanc :
- Pourquoi pas, Greengrass ? J'avoue, la foule peut devenir pesante à la longue.
Il n'eut presque pas le temps de finir sa phrase Daphné revenait à la charge, prenant ses lèvres en otage, les bras jetés autour de son cou, littéralement suspendue à lui. Pour être honnête, si cela n'avait tenu qu'à lui, Blaise l'aurait déjà déshabillée depuis longtemps. Seulement, la satisfaction mesquine que lui procurait le fait de forcer la jeune femme à tout lui demander valait bien un peu de frustration. Assez vite, elle se détacha de lui, et il sentit monter la désagréable sensation du transplanage rien de tel pour faire retomber toute espèce d'excitation. Il ne put s'empêcher de fermer les yeux pendant le trajet Blaise n'avait rien d'une petite nature, mais il y avait certaines choses avec lesquelles il avait du mal, et le transplanage non préparé en était une.
Lorsque son corps se retrouva à nouveau dans une dimension normale, il ouvrit les yeux, et découvrit une pièce à peu près aussi sombre que le couloir seulement, il y faisait chaud, et l'endroit était meublé. Des tentures sombres recouvraient les murs, et contre l'un d'eux se dressait un immense lit à baldaquin probablement centenaire. Daphné plongea la main dans la doublure de sa robe qui cachait sa baguette, et alluma plusieurs paires de chandeliers aux quatre coins de la pièce ce fut à ce moment-là que Blaise remarqua qu'il tenait toujours sa flûte de champagne à la main. Vu la tournure que prenait les événements, il n'allait plus vraiment en avoir besoin… alors qu'il se demandait comment s'en débarrasser, son regard fut attiré par le visage de poupée de Daphné, qui le regardait, les mains sur les hanches. Ses yeux cernés donnaient plus que jamais cette impression désagréable qu'il n'avait jamais vue chez personne d'autre. Seulement éclairée par les chandelles, elle avait quelque chose d'effrayant, et en même temps, Blaise ne pouvait s'empêcher de se sentir irrépressiblement attiré. Allait-elle cette fois vaincre sa pudeur et lui demander pour de bon de se livrer avec elle à des activités que la morale réprouverait fort probablement ? Il était curieux de le savoir.
Elle fit un pas vers lui, et effleura tout juste ses lèvres des siennes. Toute cette mise en scène ne ressemblait absolument pas à Daphné, mais ce n'était pas Blaise qui s'en plaindrait. Elle saisit à nouveau son col de chemise, avant de l'embrasser à pleine bouche en pressant son corps contre le sien. Sa langue froide avait un goût de champagne. Il rompit leur baiser pour lui demander avec un sourire teinté de défi :
- Tu as repensé à ce que tu devais me demander ?
Le regard brûlant qu'elle lui décocha suffit à lui donner des frissons.
- Parfaitement, déclara-t-elle. Je sais très bien ce que je veux t'ordonner aujourd'hui.
Elle rapprocha son visage du sien autant que possible, ses lèvres presque sur les siennes, leurs yeux face à face, son souffle sur son visage. Lentement, elle murmura :
- Je veux que tu me fasses l'amour, Blaise Zabini. Maintenant, tout de suite. Je veux que tu me fasses l'amour comme si j'étais la femme de ta vie.
Blaise eut un sourire carnassier.
- Tu ne pouvais pas mieux le demander.
La flûte de champagne se brisa sur le sol avec un bruit cristallin.
Les rideaux du lit à baldaquin volèrent brièvement tandis que les deux corps s'effondraient sur le lit leurs lèvres s'embrassaient avec fièvre, leurs mains caressaient fébrilement chaque parcelle du corps de l'autre, projetant sur les murs de longues ombres lascives. Il finit par trouver un moyen de la libérer de l'avalanche de volants qui la soustrayait à ses caresses brusquement, il se débarrassa de sa chemise blanche, de tous ses vêtements elle se pressa contre lui, l'embrassa, le caressa, chatouillant sa peau de ses cheveux défaits.
Son souffle chantant dans son oreille. Les deux corps enlacés se fondant l'un dans l'autre fiévreusement. Leurs lèvres ne se quittant plus. Une fine pellicule de sueur les recouvrant tous les deux, faisant glisser leur peau l'une contre l'autre. Il enfonça ses doigts sombres dans sa chair si blanche, saisissant ses hanches, la serrant contre lui.
Leurs lèvres se séparèrent. Les cheveux épars sur l'oreiller, elle renversa la tête en arrière, yeux clos, le souffle court il embrassa sa gorge avec ferveur.
Crescendo de gémissements.
A ce moment-là, le cerveau de Blaise s'était mis en pause. Il ne pensait plus, ne pensait à rien d'autre qu'à ce corps magnifique dans lequel il se fondait entièrement. Le temps s'était arrêté le monde n'avait plus aucune importance.
Peu avant les premiers rayons de l'aurore, il s'éveilla progressivement. La première chose dont il eut conscience fut cette incroyable sensation de bien-être. Blaise Zabini était totalement détendu. Une mèche de cheveux lui chatouillait le nez – il ouvrit doucement les yeux, et découvrit le visage de Daphné à quelques centimètres du sien, reposant paisiblement sur l'oreiller. Comment avaient-ils pu dormir ainsi ? Généralement, le jeune homme ne pouvait pas dormir paisiblement s'il n'avait pas au moins la moitié du lit pour lui tout seul. Mais sans vraiment l'avoir voulu, il s'attarda à contempler le visage de la jeune fille. Elle était elle aussi totalement détendue ses yeux fermés lui rappelèrent ses mimiques et ses soupirs de la veille, mais plus encore, le surprirent. Ainsi endormie, elle ressemblait vraiment à une poupée de porcelaine. Son regard perçant ne le scrutait pas elle semblait tout à fait inoffensive, délicate, innocente. Il avait envie de la prendre dans ses bras de la serrer contre lui, la garder près de son cœur, la protéger. Son cœur battait la chamade.
Soudain, il interrompit volontairement le fil de ses pensées. Daphné Greengrass n'était pas une délicate petite fleur. C'était un Filet du Diable. Il ne pouvait pas, ne devait pas se laisser prendre au piège en tomber amoureux équivaudrait à rester son esclave pour le restant de ses jours. Il aurait dû se méfier de la haine qu'il lui vouait à présent, face à la poupée aux airs si fragiles qui sommeillait paisiblement à ses côtés, deux solutions se présentaient à lui : partir, ou rester.
Le plus discrètement possible, Zabini se glissa hors des draps et ramassa ses vêtements.
