Disclaimer : Les personnages que vous reconnaissez (Fleur Delacour, Gabrielle Delacour, etc.) ne m'appartiennent pas, ils appartiennent à notre bien-aimée JKR, et patati et patata… vous connaissez la chanson : je ne suis pas riche, je ne suis pas Anglaise, je ne suis pas JKR ! Ceux que vous ne reconnaissez pas ont été inventés pour les besoins de la cause. Et, évidemment, je ne me remplis pas les poches (j'aimerais bien ! Mdr) avec cette fanfic ! La vie est dure avec les amateurs, mdr !
Rating : On va dire M, histoire d'avoir plus de libertés. Pas que je compte faire une orgie, mais je n'ai pas envie de me faire taper sur les doigts pour un « putain de merde » ayant choqué une nonne qui lisait innocemment ma fanfic, lol. Donc rating M par mesure de sécurité.
Note : Étant donné qu'il existe des tonnes et des tonnes de fanfictions (voire même plus), il pourrait exister certains points communs entre la mienne et certaines fanfictions déjà créées, ou une autre œuvre de fiction : ce serait totalement involontaire de ma part et il s'agirait d'un pur hasard ! De même, s'il existait des ressemblances entre d'autres personnes, réelles ou inventées, et les personnages de cette histoire, elle serait purement fortuite. Également, je voudrais préciser qu'étant donné qu'on en connaît si peu sur Fleur et Beauxbâtons, je me suis permis beaucoup de libertés (GNIARF). Ah, oui, et pour ceux qui se demanderaient ce qu'est la chanson que joue et chante Fleur dans ce chapitre : c'est « Burn » en version acoustique, de Tina Arena.
Contexte spatio-temporel : Cette fanfiction prend part lors de la septième année de Fleur à l'Académie Beauxbâtons. Plus précisément, elle commence dans l'été qui précède cette septième année. Le récit est donc parallèle à HP4.
Conclusion (arrêtez de vouloir me lancer des tomates, j'ai presque fini) : C'est que ma deuxième fanfic publiée (comment ça je devrais finir « Le Joyau » avant d'en commencer une autre ? Ah, mais je suis comme ça moi… rassurez-vous ça ne veut pas dire que j'abandonne l'autre, je suis multi-tâches, oui m'sieurs dames !), donc, je vous en prie : pour tout commentaires et/ou conseils : REVIEWS par pi-ti-é !
Chapitre 1 : Bal et résultats
Fleur Delacour s'éveilla doucement et s'étira à la manière d'un chat, repoussant les draps de soie blanc crème de son lit à baldaquin. Les rideaux, du même blanc crème que les draps, filtraient la lumière du soleil, déjà bien haut dans le ciel. La semie-Vélane tourna lentement la tête vers l'horloge murale, qui indiquait l'heure. 9h30. Considérant qu'il était temps de se lever, Fleur sortit de sa chambre à pas feutrés, descendit avec une grâce sans nom le superbe escalier et alla dans la riche cuisine.
Tout, absolument tout, dans le manoir Delacour respirait la richesse, l'esthétisme et le goût pour le confort, le luxe. Chaque pièce était décorée avec soin et bon goût, sans pour autant être surchargée ou tape-à-l'œil, m'as-tu-vu. En résumé, les Delacour exprimait sans gêne leur fortune, sans pour autant tomber dans le piège du « mon sofa est plus cher que le tien, NA ! »
Fleur entra dans la cuisine, donc, et s'apprêtait à prendre l'une des assiettes de fruits frais que l'elfe de maison avait préparées avec soin, lorsqu'une véritable tornade entra dans la pièce, une enveloppe à la main, sautant sur le dos de la jeune fille, menaçant sévèrement de la faire tomber à la renverse et de froisser le précieux pyjama de soie bleu clair.
- Gaby, pour l'amour du ciel ! s'exclama Fleur, en faisant de sérieux efforts pour paraître agacée et non amusée. Descends de mon dos !
Gabrielle Delacour sauta sur le sol, agitant une enveloppe sous le nez de sa grande sœur.
- Devine un peu ce qui est arrivé pendant que tu roupillais…
L'aînée remarqua alors les armoiries de l'Académie Beauxbâtons sur l'enveloppe, qui devait forcément contenir…
- Mes résultats ! s'exclama Fleur en arrachant l'enveloppe des mains de sa sœur.
Elle fronça les sourcils en voyant que l'enveloppe était décachetée.
- Je rêve ? Tu les as REGARDÉS ? s'offusqua Fleur.
La jeune fille outrée se rappela soudain que ses parents dormaient encore, aussi baissa-t-elle le ton avant de répéter :
- Gabrielle Delacour, tu as ouvert mon courrier ?
Avec des allures de coupable prise en faute (ce qu'elle était, en définitive), la fillette se balança d'un pied à l'autre. Puis, elle leva son regard le plus attendrissant vers le magnifique visage de sa sœur.
- Je n'ai pas résisté, plaida-t-elle.
- File d'ici, ordonna Fleur en pointant la sortie.
En la voyant quitter la pièce en sautillant, Fleur se demanda si Gabrielle serait un jour ce que leur mère voulait que ses filles soient. Il va sans dire que Fleur correspondait parfaitement aux exigences maternelles : jolie, polie, disciplinée, maniérée et, quoiqu'un peu caractérielle, parfaitement capable de se contenir lorsque la situation l'exigeait. Gabrielle, en revanche, si elle était jolie, n'en demeurait pas moins un cauchemar pour sa mère, car elle n'était ni plus ni moins qu'un ouragan. Fleur avait aussi un ouragan potentiellement dévastateur en elle, mais elle savait, à l'inverse de sa puînée, le contenir. Elle n'avait que huit ans, en fin de compte, se dit Fleur. Elle avait grandement le temps de changer, mais la jeune fille se souvenait qu'à son âge, elle était beaucoup plus calme.
Fleur secoua la tête. C'était les soucis de sa mère, pas les siens, après tout. Elle inspira profondément et sortit la lettre de l'enveloppe, les mains légèrement tremblantes. Elle se savait bonne élève, mais la crainte et la possibilité d'un échec étaient toujours présentes, même chez les meilleurs. Ses yeux bleu sombre parcoururent la lettre, écrite de l'écriture, soignée et stylisée, typiquement féminine d'Olympe Maxime :
« À Mademoiselle Fleur Delacour,
J'ai le privilège de vous communiquer les résultats de vos E.S.C.M.G. (Évaluation Synthèse des Connaissances Magiques Générales) :
Astronomie : E
Arithmancie : O
Botanique : E
Défense Contre les Forces du Mal : O
Divination : E
Histoire de la Magie : E
Métamorphose : O
Potions : E
Soins aux créatures magiques : A
Sortilèges et Enchantements : O
En espérant, Mademoiselle Delacour, que ces résultats vous apparaissent satisfaisants.
Olympe Maxime,
Directrice de l'Académie Beauxbâtons »
La semie-Vélane faillit sauter de joie. Elle était quelque peu déçue de n'avoir décroché qu'un A en soins aux créatures magiques (mais il fallait dire à sa décharge qu'on lui avait assigné un Botruc particulièrement peu coopératif), mais le reste des résultats était à la hauteur de ses attentes. Elle leva la tête en voyant sa mère descendre l'escalier, avec encore plus de grâce et d'élégance que Fleur l'avait fait quelques minutes plus tôt.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda la femme à la chevelure d'or blanc en regardant la lettre que tenait toujours sa fille.
- Les résultats de mes E.S.C.M.G., maman, dit Fleur en lui tentant le parchemin.
Iphigénie Delacour saisit la lettre avec délicatesse et parcourut les résultats du regard. Elle fronça légèrement les sourcils en voyant le résultat en soins aux créatures magiques, inférieur à tous les autres, et qui faisait légèrement tache, entouré de toutes ces mentions « Optimal » et « Effort Exceptionnel ». Mais, après tout, se dit-elle après un court instant de réflexion, le reste frisait la perfection et cette matière n'avait qu'une faible importance à ses yeux. Quand avait-on vu une femme du monde, une femme comme devait le devenir Fleur, prendre soin d'un Botruc ou d'un Veracrasse ?
Fleur, en mangeant avec délice le contenu de son assiette de fruits, pouvait presque suivre le fil des pensées de sa mère. Lorsqu'enfin, la mère de Fleur déposa la lettre, ce fut pour étreindre brièvement sa fille. La jeune fille sentit le doux parfum de roses lui chatouiller les narines.
- Je suis très fière de toi, ma chérie, dit-elle avant de la lâcher et de jeter un coup d'œil à l'horloge. Va t'habiller, je te prie, le professeur de musique sera là à dix heures. Et commence tes vocalises avant qu'elle arrive, tu sais qu'elle n'aime pas que ta voix ne soit pas réchauffée avant son arrivée.
- Oui, maman.
En vérité, le professeur Dumarsais n'aimait pas grand-chose, mais la jeune Française se garda bien de le faire remarquer à sa mère. Fleur mangea un ultime raisin avant de monter dans sa chambre pour s'habiller et se coiffer. Quiconque l'aurait vue n'aurait jamais pu croire qu'elle se préparait à une simple leçon privée de musique : elle mit une longue jupe de soie bordeaux, un haut aux manches évasées assorti, et de fines chaussures. Le tout, on le devinait aisément, était fait sur mesure. Elle attacha ses longs cheveux blonds en une queue de cheval basse uniquement parce qu'elle savait que son professeur de musique, extrêmement capricieuse, détestait que ses cheveux viennent « gêner la pratique du noble art musical ».
Fleur descendit l'escalier et se rendit dans la salle de musique. L'architecture de la grande pièce avait été soigneusement étudiée pour offrir la meilleure acoustique possible. Elle était remplie de plusieurs instruments de musique, à vent ou à cordes, protégés de la poussière par un enchantement. Une immense baie vitrée rendait la pièce très bien éclairée et chaleureuse. De plus, l'endroit était parfaitement isolé, si bien qu'on aurait pu chanter un air d'opéra capable de fendre un verre de cristal sans qu'on l'entende ailleurs dans la maison.
La jeune fille commença ses vocalises. Sa voix mélodieuse était claire, pure comme le cristal. Elle n'avait pas commencé depuis une minute que, dans un « crac » caractéristique, son professeur apparut, imposant le silence par sa seule présence.
C'était une jeune femme au teint très pâle, aux cheveux noirs noués en permanence sur sa nuque en un chignon serré, et dont le regard d'acier vous transperçait derrière ses lunettes. Elle portait presque toujours un tailleur noir, très strict. Le professeur Clarence Dumarsais était, sans aucun doute, le meilleur professeur privé de musique dans toute la France. Elle était grandement réputée, et ce, autant pour son talent que pour sa sévérité frisant la tyrannie. Elle avait le don de s'offusquer et de piquer une crise pour une note qu'elle était la seule sur Terre à trouver fausse. Elle s'évertuait à trouver la faille dans chaque mélodie, le minuscule point qu'elle pourrait critiquer haut et fort. On l'engageait pour son talent, mais beaucoup de parents hésitaient à le faire en raison de son caractère exécrable. Clarence Dumarsais n'en avait cure. Ses services étaient si dispendieux qu'elle aurait pu vivre confortablement avec l'argent qu'elle recevait annuellement avec un seul client, et elle en avait bien plus qu'un. C'est vous dire combien son compte à Gringotts était plein.
- Mademoiselle Delacour, dit-elle de son ton sec en frappant dans ses mains pour attirer l'attention de son élève, comme si celle-ci n'était pas entièrement dirigée vers elle. Je suppose que vos vocalises sont faites.
Voulant éviter la crise de nerfs de son enseignante après moins d'une minute de cours, Fleur répondit par l'affirmative.
- Très bien, dit Clarence avec un air pincé. Commençons par la justesse de votre voix… vous connaissez la routine.
Oui, Fleur connaissait la routine. Et elle l'avait en horreur : elle chantait un air sur la note que donnait le professeur, et devait changer de note à chaque fois que son professeur le faisait sur le piano, une tâche pratiquement impossible en raison des exigences sadiques du professeur Dumarsais.
Fleur commença donc à chanter un air, et le professeur Dumarsais grimaça en jouant une note sur le piano à queue. L'élève changea de note. Les sourcils froncés, l'enseignante capricieuse l'écouta un instant avant de passer à une autre note. Fleur eut à peine le temps de commencer à chanter sur cette nouvelle note que le professeur de musique frappa à répétition sur le dessus du piano avec sa baguette magique, qui projeta quelques étincelles rouges en signe de protestation. Fleur sursauta et cessa de chanter. C'était parti pour une crise de nerfs…
- Bémol, le si, Mademoiselle Delacour ! dit-elle de sa voix criarde. BÉMOL !
Fleur avala de travers et recommença l'exercice. Le tout dura une demi-heure, au terme de laquelle le professeur Dumarsais dit d'une voix morne :
- Potable.
La jeune fille ne s'offusquait plus des « compliments » distribués au compte-gouttes et habilement déguisés de son professeur de musique. Elle avait compris depuis longtemps que Clarence Dumarsais n'avait jamais consulté un dictionnaire de sa vie et que, dans sa bouche, « exécrable » voulait dire « potable » et que « potable » voulait dire « excellent ». Une simple question de vocabulaire.
- Le piano, maintenant.
Fleur prit place au piano.
- Montrez-moi ce que vous avez pratiqué cette semaine, ordonna-t-elle d'un ton sec.
La jeune fille posa ses mains, aux doigts longs et fuselés, sur les touches du piano et commença à jouer en chantant :
Do
you wanna be a poet and write
Do you wanna be an actor up in
lights
Do you wanna be a soldier and fight for love
Do you
wanna travel the world
Do you wanna be a diver for pearls
Or
climb a mountain and touch the clouds above
Be anyone you want to
be
Bring to life your fantasies
But I want something in
return
I want you to burn, burn for me baby
Like a candle in my
night
Oh burn
Burn for me
Burn for me
Are you gonna be a
gambler and deal
Are you gonna be a doctor and heal
Or go to
heaven and touch God's face
Are you gonna be a dreamer who
sleeps
Are you gonna be a sinner who weeps
Or an angel
Under
grace
Ill lay down on your bed of coals
Offer up my heart and
soul
But in return
I want you to burn
Burn for me baby
Like
a candle in my night
Oh burn, burn for me burn for me
Yeah
Ooh
I
want you to burn baby ooh
Laugh for me
Cry for me
Pray for
me
Lie for me
Live for me
Die for me
I want you to
burn
Burn for me baby
Like a candle in my night
Oh burn,
burn for me burn for me
Yeah
Ah yeah
I want you to burn
I
want you to burn for me baby
Ohh yeah
Lorsqu'elle cessa de chanter, elle leva ses yeux bleus vers l'enseignante, qui avait passé du blanc craie au rose et du rose au rouge brique au fur et à mesure que la Française jouait. C'était mauvais signe. Fleur savait qu'elle avait pris un énorme risque en chantant une chanson Moldue, d'une part, et en anglais, d'autre part.
- QU'EST-CE QUE C'EST QUE CE CIRQUE ? hurla l'enseignante. ON NE CHANTE PAS EN ANGLAIS AVEC CLARENCE DUMARSAIS ! QUE JE NE VOUS Y REPRENNE PLUS, IL N'Y A RIEN DE PIRE POUR DÉTRUIRE LE FRAGMENT DE RÉSIDU D'OREILLE MUSICALE QUI SUBSIDE ENCORE PÉNIBLEMENT EN VOUS, EST-CE QUE JE ME FAIS BIEN COMPRENDRE ?
La jeune Française hocha la tête en avalant de travers. D'un coup de baguette rageur, son professeur fit apparaître les partitions d'une pièce musicale classique extrêmement complexe, lui ordonnant de la jouer. Fleur s'exécuta. Comme on l'imagine aisément, Clarence ne se priva pas de l'inonder de remarques désagréables, dans le but évident de se venger de cette « terrible offense ». Après une heure, elle partit, ne manquant pas de prévenir Iphigénie Delacour du « flagrant manque de sérieux » de sa fille face à la musique, comme à son habitude. La demie-Vélane la congédia d'un geste de la main et entra dans la salle de musique, où Fleur jouait un air simple, doux et léger. Elle leva les yeux vers sa mère, qui replaça soigneusement une mèche de cheveux derrière son oreille avant de prendre la parole.
- La camériste t'attend dans ta chambre, dit-elle simplement.
Interdite, Fleur cessa de jouer.
- Et pourquoi y a-t-il une camériste dans ma chambre ? demanda-t-elle d'un ton qui se voulait calme.
- Pour la robe que tu porteras ce soir à la soirée que donne Madame Lancelot.
Le ton était posé, mais sans appel. Si Fleur n'avait pas été aussi bien élevée, elle aurait poussé un grognement. Elle savait pertinemment que sa mère ne l'avait pas avisée d'avance pour l'empêcher de se trouver une échappatoire, et elle savait aussi que le fait que les Lancelot avait un fils du même âge que Fleur était loin d'être le fruit du hasard.
- Mais, maman, dit-elle dans une tentative désespérée, mon cours de danse…
- Je l'ai fait repoussé à cet après-midi.
Évidemment. Comment avait-elle pu croire qu'elle pourrait déjouer Iphigénie Delacour avec une parade aussi faible ? Fleur se leva donc du banc rembourré et alla dans sa chambre, où la camériste l'attendait patiemment. De sa baguette, la camériste lui fit essayer au moins une centaine de robes avant que Fleur, ennuyée, se décide pour une robe d'un rose pâle, sans bretelle, légère et vaporeuse. La camériste effectua d'infimes retouches avant d'emmener Fleur devant la psyché et de lui demander si le résultat lui convenait. Bien qu'agacée par la perspective de ce bal mondain, Fleur examina la robe sous toutes ses coutures pour s'assurer que rien n'était de travers. Satisfaite, elle approuva d'un geste de tête. Mine de rien, la séance avait duré plusieurs heures. La camériste, d'un mouvement de baguette, envoya la robe se poser avec soin sur le lit de Fleur, qui quitta la pièce.
Elle arriva dans la salle à manger, où l'elfe de maison était en train de finir de servir le déjeuner. On semblait n'attendre qu'elle, aussi prit-elle place tout de suite à table. Aurélien Delacour salua sa fille aînée d'un bref mouvement de tête. C'était un homme bien bâti, au visage carré et aux cheveux quelque peu grisonnants, plutôt calme, voire froid, de nature. Cette froideur n'était ni plus ni moins qu'une déformation professionnelle : lorsqu'on occupait un poste aussi important au Ministère de la Magie, on ne pouvait pas se permettre de laisser le cœur prendre le dessus sur la tête. Il n'en demeurait pas moins un homme fort sympathique, qui aimait beaucoup sa famille. Évidemment, il aurait apprécié qu'Iphigénie lui donne au moins un garçon, mais il se contentait très bien de ses deux filles adorées. Encore une fois, il ne put s'empêcher de détailler sa petite famille.
En premier lieu, évidemment, il y avait Iphigénie. Son mariage avec elle avait été, en tout premier lieu, une entente entre leurs familles, qui avaient vu en leur amitié un sentiment d'une toute autre nature. Il est évident qu'Aurélien ne s'était pas plaint de la décision parentale : quel homme serait assez fou pour protester alors qu'on lui proposait de passer sa vie aux côtés d'une telle femme ? Ils s'étaient donc fiancés à leur sortie de l'Académie, et s'étaient mariés un peu plus d'un an plus tard. Durant cet intervalle, ils avaient appris à se connaître davantage, si bien qu'un amour avait fini par se développer.
En second lieu, Fleur. Au risque de paraître cliché, Aurélien disait à qui voulait l'entendre qu'il n'y avait rien de plus merveilleux que de devenir père pour la première fois. En voyant la jeune fille de dix-sept ans discuter avec sa mère pour tenter de s'échapper de l'obligation du bal mondain sans paraître impolie, il avait du mal à croire qu'un petit paquet gigotant et hurlant de toute la force de ses poumons avait pu devenir ce pur produit de la haute société française. Fleur était belle, intelligente, cultivée. Les prétendants allaient se bousculer, ce soir. Il avait toutes les raisons du monde de se montrer très fier de cette enfant douée.
Et, enfin, il y avait eu Gabrielle. Plus elle grandissait, plus Aurélien s'étonnait de sa ressemblance, de plus en plus frappante, avec sa sœur aînée. Gabrielle, cependant, avait beaucoup moins de retenue et de tenue que Fleur, ce qui lui valait souvent d'être réprimandée par Iphigénie, qui craignait que l'une de ses filles ne soient pas une parfaite femme du monde. Par exemple, en ce moment même, Gabrielle se faisait gentiment gronder à propos de son manque d'attrait pour la nourriture en général, si elle n'était pas composée de biscuits, de chocolat ou de friandises en tout genre.
Les deux filles, on le devinait aisément, était très gâtées. Fort heureusement pour leurs parents, elles n'en étaient pas devenues détestables comme bien d'autres le sont avec moins de gâteries, bien qu'elles savaient pertinemment qu'elles pouvaient à peu près tout avoir avec un regard attendrissant et quelques « s'il te plaîîîît ».
Une chouette d'une blancheur éclatante entra par la fenêtre ouverte, et, Gabrielle, mine de rien, fit glisser son assiette vers l'endroit approximatif où l'oiseau devait atterrir. Le rapace ne rata pas l'assiette : il s'y écrasa complètement, écrasant certains légumes et en projetant d'autres dans les airs. Gabrielle eut un regard navré sous l'œil noir de sa mère. L'oiseau au plumage maculé de nourriture tendit la patte vers Fleur d'un air digne. Surprise, Fleur déposa sa fourchette et prit la lettre. Elle chercha dans le regard de son père la permission de sortir de table pour lire son courrier en privé. Aurélien Delacour hocha imperceptiblement la tête en signe d'approbation et elle sortit dehors.
La propriété Delacour était un magnifique manoir de pierres blanches, posé au centre d'une pelouse verte soigneusement entretenue et ponctuée de bosquets de bouleaux. Les patères de fleurs, toutes plus colorées et raffinées les unes que les autres, entouraient l'allées de pierres blanches qui sillonnait la pelouse jusqu'aux doubles portes de chêne massif du manoir. Fleur traversa la pelouse et alla s'asseoir sur un banc de pierre, près de la fontaine, où quatre nymphes de marbre blanc faisaient élégamment couler de l'eau de leurs mains. À quelques mètres se trouvait une petite rivière, qui traversait le terrain d'est en ouest. De l'autre côté du petit pont de bois, se trouvait un boisé et une assez grande étendue de sable, rectangulaire et entourée d'une clôture de bois blanc, religieusement repeint à tous les ans. Cet endroit avait été spécialement aménagé pour que les Delacour puissent faire de l'équitation si l'envie leur en prenait. D'ailleurs, l'écurie se trouvait à quelques mètres. Chaque membre de la famille avait son propre cheval. Comme l'intérieur de la maison, la cour respirait la richesse.
La Française ouvrit la lettre. Ses cheveux, qu'elle avait détachés, flottaient dans la brise légère alors qu'elle lisait la lettre qu'Alexandra Lamerais, une de ses amies, lui avait envoyée. De son écriture rapide et assurée, Alexandra lui demandait si elle pouvait venir chez elle jusqu'au début des cours, qui reprenaient dans une semaine. Il serait préférable, disait Alexandra dans sa lettre, que Fleur arrive « le plus tôt possible ». Fleur réprima un sourire. Avec Alexandra, « le plus tôt possible » voulait toujours dire « maintenant et peut-être un peu avant ». Quelle belle échappatoire son amie lui offrait sans le savoir ! S'efforçant de masquer sa joie, la jeune fille retourna dans le manoir, ignorant prodigieusement le signe de main que Fabien Lancelot lui envoyait de la rue.
- Papa, maman, dit-elle en revenant dans la salle à manger où ils étaient toujours, Alexandra Lamerais m'invite chez elle.
Devant leurs regards perplexes, elle leur tendit la lettre. Ils la parcoururent avant d'échanger un regard. Aurélien se leva et sortit de la pièce, laissant sa femme régler ce problème.
- Oui, et bien, renvoie-lui son hibou pour lui dire que tu arriveras demain.
Fleur ouvrit la bouche pour protester, mais, devant le regard de sa mère, ravala ses protestations et dit :
- Oui, maman.
Elle écrivit un rapide « J'arrive demain » sur un bout de parchemin, qu'elle donna à la chouette. L'oiseau poussa un hululement avant de s'envoler à tire-d'aile. Fleur monta dans sa chambre.
- Chanterelle ?
L'elfe de maison apparut en un crac sonore et s'inclina profondément.
- Qu'est-ce que Chanterelle peut faire pour la jeune maîtresse ?
- Va préparer mon cheval, s'il te plaît.
- Chanterelle y va tout de suite, maîtresse ! couina la vieille elfe de maison.
Elle sortit de la pièce comme elle y était entrée, laissant Fleur seule pour se changer. La semie-Vélane s'empressa de mettre sa tenue d'équitation et de sortir de la maison sans se faire voir. Fleur traversa la cour, passa sur le pont et entra dans l'écurie, où Chanterelle venait de finir de préparer Princesse Aurore, la jument Pur Sang de Fleur, à la robe palomino (NdA : pour ceux qui ignorent ce qu'est cette robe, il s'agit de celle où le corps du cheval est blond/doré et où la crinière et la queue sont blanches ou crème. Ce sont des chevaux qui peuvent valoir une fortune rien que pour leur couleur, qui est très rare et très prisée. C'était la minute de culture ! Mdr).
Fleur prit donc la bride de sa monture et alla dans le paddock, où elle se hissa sans difficulté sur la selle d'amazone (NdA : Les selles pour femmes, celles où on a les deux jambes à gauche. Vous voyez ?). Le cheval trottait calmement depuis quelques minutes lorsque, du coin de l'œil, sa cavalière vit Fabien, accoudé à la clôture de bois. Bien obligée de se montrer courtoise, la Française s'arrêta à côté de lui et se laissa glisser sur le sol, réunissant tout ses efforts pour que son exaspération ne se voie pas.
- Excuse-moi, dit-elle de son ton le plus froidement poli, mais tu n'as peut-être pas remarqué que tu es présentement sur une propriété privée, la mienne en l'occurrence ?
- Et ?
Fleur était prête à lui répliquer vertement d'aller se faire voir, avec sa face d'hypocrite, mais elle voyait sa mère qui observait la scène par la grande fenêtre du salon. La sorcière savait que si elle envoyait balader sans gêne l'héritier des Lancelot, Iphigénie Delacour allait lui faire passer l'envie de se montrer impolie à nouveau.
- Et il se trouve que les jeunes hommes bien comme il faut, ce que tu prétends être, ne sont pas sensés pénétrer dans une propriété privée sans autorisation, encore moins pour espionner les jeunes filles. C'est très inconvenant, et il serait étonnant que ta mère t'ait élevé de la sorte.
Et paf. Elle ne pouvait pas le traiter franchement de sombre abruti ou de tête d'hippogriffe, mais elle pouvait se montrer sournoise.
- Tu seras ma cavalière, ce soir ? dit-il, sans qu'elle sache s'il s'agissait d'une affirmation ou d'une question.
Pour la deuxième fois de la journée, Fleur Delacour dut retenir un grognement sonore. Même avant la soirée, elle ne pouvait décemment refuser l'invitation de son hôte sans se montrer grossière et insulter toute la famille Lancelot. En un mot, elle était piégée.
- Ce sera avec plaisir, dit-elle avec le sourire le plus étudié et le plus hypocrite qu'elle ait jamais eu.
D'un mouvement gracieux, le jeune homme porta la main délicate de Fleur à ses lèvres et l'embrassa délicatement. La jeune fille aurait volontiers donné à Fabien une gifle avec son autre main, mais elle était à peu près sûre que sa mère la regardait toujours par la fenêtre, aussi se contenta-t-elle de conserver son sourire.
- Alors, tu me montres ce que ma cavalière sait faire sur un cheval ?
La Française leva les yeux au ciel. C'était là ce qui, pour lui, se rapprochait le plus d'un jeu de mot. Et un bon, en plus. Fleur remonta sur le dos de Princesse Aurore. Du coin de l'œil, elle remarqua que sa mère avait quitté la fenêtre. Ça valait mieux. Oubliant toute élégance, elle passa sa jambe droite de l'autre côté de la selle et se retrouva donc à califourchon. Elle serra les jambes, faisant passer sa monture directement de l'arrêt au galop, et fonça en ligne droite, vers la clôture.
- Hé ! s'étonna Fabien.
Se moquant éperdument de ses « Mais qu'est-ce que tu fais, tu vas te tuer ! » et autres remarques du même genre, la jeune fille continua de filer tout droit et la jument sauta par-dessus la clôture de bois. Fleur n'arrêta pas sa course et continua de galoper sur le terrain du manoir, malgré les centaines de fois où sa mère lui avait dit de demeurer dans le paddock, prétextant que rien n'était plus dévastateur pour sa précieuse pelouse verte que de monter à cheval dessus. Si elle s'en apercevait, elle ne manquerait pas de faire le lien avec la scène avec Fabien et de lui passer un sacré savon pour avoir aussi grossièrement fui un jeune homme de si bonne famille.
Après un bon moment, lorsqu'elle fut sûre que Fabien était parti, elle retourna dans le paddock de la même façon qu'elle en était sortie et replaça sa jambe droite du côté gauche de la selle, l'air digne, comme si de rien n'était. Quelques minutes plus tard, sa mère vint la voir pour lui dire que son professeur de danse allait bientôt arriver. Iphigénie jeta un regard chargé de soupçons à son gazon « dérangé » par la fuite au galop de Fleur, mais ne passa aucun commentaire en voyant sa fille se diriger docilement vers l'écurie.
Fleur, pour la énième fois de la journée, entra dans sa chambre pour se changer, mettant des collants, des chaussons de danse et un justaucorps noir, et en profita pour coiffer sa chevelure d'un blond argenté en un élégant chignon avant de descendre à la salle d'exercices.
Cette pièce, comme à peu près toutes celles du manoir, était grande. Le plancher était en bois franc, bien qu'il était masqué à moitié par des tapis de sol. Il y avait des anneaux suspendus dans les airs, des barres asymétriques et une poutre de bois. Le mur du fond était en fait un miroir, ce qui, en plus d'augmenter la profondeur de la pièce, était très pratique. Au long de ce miroir courait une longue barre de bois, destinée aux exercices de ballet. C'est vers cet endroit que se dirigea Fleur. Son professeur était déjà là.
Charles-Antoine Bourgeois était un homme dans la trentaine, plutôt grand, à la silhouette élancée, très maniéré (un peu trop, selon Fleur) et stylisé, ce qui avait pour conséquence principale de lui donner un air efféminé. Et, comme on pouvait s'y attendre de la part d'un professeur engagé par la famille Delacour, c'était le meilleur dans la profession.
Il eut un sourire ravi en voyant Fleur. Il était peut-être efféminé, songea-t-elle, mais, au moins, il était d'un caractère beaucoup plus agréable que Clarence Dumarsais, qui était loin d'être d'une nature accommodante.
- Mademoiselle Delacour, dit-il avec une pointe d'accent italien qui ne pouvait pas être naturel au vu de sa blondeur et de son nom, c'est toujours un plaisir de vous voir. Commençons sans plus tarder par des étirements…
Il la laissa pratiquer ses étirements musculaires avant de reprendre la parole.
-Bien. Vous êtes prête ?
L'élève hocha la tête et posa sa main sur la barre de bois soigneusement ciré.
- Les pieds. Première position…
Il attendit qu'elle s'exécute, l'observa, ne trouva rien à redire et enchaîna, lui demandant les positions suivantes.
- Très bien, dit-il lorsqu'elle eut terminé l'enchaînement pour la troisième fois. Maintenant, montrez-moi votre routine que nous avons vue la semaine dernière.
D'un coup de baguette, il fit jouer un air de musique classique. Fleur fit quelques pas de danse, d'abord très simples, et continua jusqu'à des pirouettes de plus en plus complexes.
- Souples, les genoux en atterrissant, Mademoiselle Delacour, souple ! Vous êtes une plume, légère et silencieuse, et non pas un éléphant lourd et bruyant !
Le professeur Bourgeois était gentil, mais il avait de ces images mentales !
- Coupez, comme disent les cinéastes Moldus, coupez ! dit-il d'un ton théâtral en levant la main d'une manière tout aussi théâtrale.
Il s'avança et prit une pose beaucoup trop étudiée, les mains sur les hanches, avec l'air exaspéré du réalisateur à qui on apporte un mochaccino alors qu'il a demandé un cappuccino, ou qui vit un drame tout aussi déchirant.
- Je ne sais pas où vous avez la tête, Mademoiselle Delacour, c'était beaucoup mieux la dernière fois !
La preuve que Fabien était à 100 nocif, songea Fleur.
- On reprend, exigea le professeur. Depuis le début. Concentration, Mademoiselle !
Et Fleur recommença, tentant de chasser l'héritier des Lancelot de son esprit. Elle allait le supporter toute la soirée, pourquoi y penser maintenant ?
- Mieux, dit le professeur lorsqu'elle eut terminé.
Le cours dura deux heures, au terme desquelles il la salua avant de partir en transplanant. À ce moment précis, Iphigénie Delacour entra d'un pas vif.
- Fleur, pour l'amour ! Dans ta chambre, vite ! La camériste attend, elle s'est déjà occupée de Gabrielle !
La jeune Française s'empressa d'aller dans sa chambre, où, effectivement, la camériste l'attendait. La jeune femme aida Fleur à mettre sa robe, redressa ses cheveux en un élégant chignon d'où retombaient savamment des mèches blondes, bouclées avec soin, la maquilla avec légèreté. La jeune fille s'admira dans la glace, jugea (comme toujours) le reflet magnifique et descendit dans le grand salon, où le reste de la famille était rassemblé. Iphigénie lui tendit le pot où se trouvait la Poudre de Cheminette et Fleur en prit une poignée.
En jetant la poudre dans l'âtre, elle fut tentée de donner une autre destination, mais, en voyant le regard de sa mère, elle se dit que ça ne valait même pas la peine d'y penser. Elle soupira légèrement et dit clairement :
- Manoir Lancelot !
Elle fut emportée dans un souffle, étourdie par le kaléidoscope coloré des fragments de vie qu'elle entrevoyait du coin de l'œil. Fleur arriva à destination sans encombres et s'éloigna de quelques pas en attendant le reste de la famille, qui ne tarda pas à arriver. Aurélien Delacour tendit le bras à sa femme, qui l'accepta, bien évidemment, et ils entrèrent dans la salle de réception, Fleur et Gabrielle suivant leurs parents. La sorcière, en voyant la ribambelle diversifiée de personnes qui se trouvait dans l'immense pièce, se demanda sérieusement si Frida Lancelot n'avait pas invité la moitié du continent européen à sa « petite soirée ». Ses parents s'éloignèrent, prétextant avoir vu à l'autre bout de la salle quelqu'un de leur connaissance.
C'est alors que Fabien se détacha de son habituel attroupement de groupies et s'avança vers elle. Avec un sourire savamment calculé pour n'être pas méprisant en apparence tout en étant empli de mépris, elle lui tendit délicatement sa main gantée, sur laquelle il déposa un léger baiser, avant de lui proposer son bras, qu'elle fut bien obligée d'accepter.
L'un des avantages d'avoir presque dix ans de participation active aux bals mondains de ce genre était que Fleur était parfaitement capable de ne rien écouter du tout et de penser à tout à fait autre chose, tout en ayant l'air d'écouter et en en retenant assez pour alimenter poliment une conversation plus que dénudée d'intérêt. Présentement, par exemple, Fabien était occupé à se vanter de ses exploits au Quidditch. Diantre. À l'entendre, on se demandait pourquoi l'équipe nationale française ne l'avait pas engagé à la naissance. Soudain, la voix nasillarde et profondément désagréable de Frida Lancelot s'éleva, imposant le silence :
- Bonsoir tout le mondeee ! Je suis raviiiie que vous ayez tous et toutes accepté mon invitation ce soir ! Nous avons assez discuté, ouvrons le bal ! Mon fils et sa charmante cavalière nous feront-ils cet honneur ?
Le mot qui vint à l'esprit de Fleur pour qualifier Frida n'était définitivement pas un mot à mettre entre toutes les lèvres. La foule d'invités en tenues de soirée s'était tournée vers eux et l'orchestre commençait déjà à jouer une valse. La jeune fille n'était pas en position de refuser, elle se mit donc à danser avec Fabien.
Extérieurement, elle n'en avait pas l'air, mais elle bouillonnait. Le fait de lui faire ouvrir le bal comme ça avec son fils était, Fleur en était consciente, la manière de Frida de faire « subtilement » comprendre à toutes les personnes présentes dans la salle qu'il y avait, entre Fabien et elle, une possibilité d'union matrimoniale. D'ailleurs, elle ne se priva pas pour fusiller du regard l'hôtesse de la soirée. Heureusement, ses parents étaient occupés à danser, sinon, elle aurait eu de sacrés ennuis.
Fleur Delacour fut tirée de ses pensées par… oh, le porc. Elle retira sa main de l'épaule de Fabien pour remonter fermement la main du jeune homme, qui avait « glissé » plus bas que son dos. Elle lui jeta un regard noir, mais il arbora un air de satisfaction à peine masquée (à supposer qu'il essaie de la masquer).
- Un conseil, si tu ne veux pas cracher des limaces pendant trois jours, murmura-t-elle entre ses dents. Enlève tes sales pattes de là.
- C'est inconvenant ? demanda-t-il avec un sourire mesquin.
- À l'extrême, répliqua-t-elle en l'assassinant d'un regard contenant toute la foudre du ciel.
Il s'arrêta de danser.
- Viens, je veux te montrer un endroit très joli.
Il l'entraîna avant qu'elle ait le temps de protester. Il l'emmena sur un balcon, où des roses embaumaient. La vue, Fleur fut bien forcée de l'admettre, était magnifique. Elle s'assit sur le banc et observa les fleurs, souhaitant vivement être ailleurs.
Fabien la détailla. On n'avait pas idée d'être d'une beauté aussi époustouflante ! Son corps parfait, son visage d'ange, ses cheveux, doux et soyeux, dans lesquels la pleine lune faisait de magnifiques reflets d'argent, sa peau douce, satinée et agréablement parfumée, ses yeux d'un bleu profond, deux océans dans lesquels on se noierait volontiers. Jamais, de toute sa vie, il n'avait vu une fille plus belle, elle dégageait une telle aura de féminité que c'en était terriblement enivrant… et dire que leurs familles voulaient les marier ! Ça, c'était ce qu'on appelait de la chance ! Oh, bien sûr, il y avait le problème du sang. Il était de notoriété publique que la grand-mère de Fleur Delacour était une Vélane, de qui faisait de Fleur une Sang-Mêlée, alors que les Lancelot étaient l'une de ces familles à se vanter d'être des Sang Pur, mais un apport de sang de Vélane était beaucoup plus excusable qu'un apport de sang de Moldu, d'autant plus que Fleur disposait d'excellents arguments qui avait rapidement fait tomber les réticences de son père lorsque sa mère avait avancé la possibilité d'une telle union entre l'aînée des Delacour et Fabien. Bien entendu, elle semblait un tout petit peu réticente à l'idée (NdA : c'est un euphémisme, mdr !), mais il était sûr et certain qu'elle ne résisterait pas longtemps à son charme. N'était-il pas irrésistible ? (NdA : Doute de rien l'gars !)
Il s'assit près d'elle, augmentant l'ennui de la jeune fille. « Fabien Lancelot, songea-t-elle, si tu te mets en tête de m'embrasser, je te fais passer par-dessus la balustrade ». Mine de rien, il s'étira, faisant passer son bras autour de l'épaule de Fleur, qui demeura droite et impassible en apparence comme on le devient après autant d'années à suivre des cours de maintien, tout en se disant qu'il aurait quand même pu choisir une technique plus raffinée.
La semie-Vélane commit l'erreur fondamentale de se tourner vers son cavalier. Fleur ouvrit la bouche pour lui dire qu'il avait fort intérêt à la lâcher, mais il fut plus rapide qu'elle et captura sa bouche en un baiser. La jeune fille demeura interdite quelques secondes, puis, le repoussa vivement pour se soustraire à ce baiser non désiré. Dix ans de cours de discipline l'empêchèrent de cracher de dégoût, mais pas de lui donner la baffe la plus magistrale qu'on ait vue depuis des années. Les quelques personnes près du balcon se retournèrent, les yeux ronds. Voyant qu'elle avait attiré l'attention de quelques personnes, elle décida de bien détruire la vie sociale du fils Lancelot :
- Espèce de sale RUSTRE ! dit-elle d'une voix forte pour être bien entendue par la majorité des invités, y compris ses parents qui discutaient avec le couple d'hôtes de la façon dont le mariage serait organisé. Je ne te croyais pas aussi… MUFFLE ! Embrasser une fille comme ça, c'est absolument… c'est VULGAIRE ! Abruti !
Satisfaite de son effet, l'offensée retourna dans la salle du bal, où les commérages allaient déjà de bon train sur la scène qui venait de se dérouler. L'air sévère, la mère de Fleur lui fit signe de venir la rejoindre, ce qu'elle fit en replaçant ses cheveux, l'air digne.
- Oui, maman ? demanda-t-elle avec un air innocent.
- Fleur Clémence Delacour, je sens que tu vas devoir me fournir une explication, dit-elle d'une voix menaçante.
- Il m'a embrassée sans mon consentement. Vraiment aucune éducation.
- Vraiment ?
Le regard d'Iphigénie s'assombrit et elle se tourna vers Frida Lancelot, qui disait déjà à qui voulait l'entendre que ce n'était pas du tout le genre de son « Fabien chéri » et que Fleur avait dû provoquer la situation d'une manière ou d'une autre. La phrase à ne pas dire devant les Delacour, pour qui leurs filles étaient de véritables anges. Et personne au monde n'avait le droit de faire comprendre, de quelque manière que ce soit, que Fleur ou Gabrielle ne soit pas la perfection incarnée, sous peine de se faire regarder de travers. Mais le fait de voir Frida Lancelot, avec son maquillage voyant et sa robe tape-à-l'œil, ose se permettre de sous-entendre que Fleur ait pu se comporter en aguicheuse mettait les Delacour hors d'eux. La mère de l'offensée fit signe à Gabrielle de venir les rejoindre. La fillette sentit que l'heure était grave, c'est pourquoi elle vint retrouver le reste de sa famille sans tarder. Iphigénie, foudroyant pour la centième fois les Lancelot avec son regard, prit la main de sa plus jeune fille, pendant qu'Aurélien faisait de même avec Fleur. Il y eut deux « crac » et ils transplanèrent.
Fleur grimaça légèrement en se sentant emportée. Elle détestait transplaner par personne interposée, mais le prix lui semblait faible à payer en échange du reste de la soirée sans Fabien Lancelot.
Ils apparurent dans le salon. Iphigénie envoya immédiatement Gabrielle se coucher et, d'un regard, fit comprendre à son mari qu'elle allait gérer la situation. Fleur n'avait pas coutume d'utiliser un vocabulaire aussi familier, mais il n'y avait pas d'autres manières de le dire : ça allait barder pour son matricule.
- Assieds-toi, ordonna sa mère d'un ton dont la sévérité était inhabituelle.
La Française s'assit dans un fauteuil, les mains sur les genoux, la tête légèrement baissée, en parfaite maîtrise de l'art d'avoir l'air désolé sans avoir l'air soumis.
- À titre de figure d'autorité, dit Iphigénie en commençant à faire les cents pas, je ne puis tolérer que ma fille se comporte d'une façon aussi cavalière en société.
La jeune fille baissa un peu plus la tête.
- Néanmoins, à titre de mère, continua la femme d'une beauté resplendissante, je te dis… bravo, bien fait pour ce rustre.
Surprise, la sorcière leva la tête vers sa mère.
- À supposer que ce que tu m'as expliqué d'une façon très sommaire soit exact.
- Oui, maman, c'est exact, répondit Fleur.
- Dis-moi ce qui s'est passé au cours de cette soirée, exigea Iphigénie Delacour.
- En premier lieu, lorsque nous dansions, ce mufle de troisième zone s'est mis en tête de me… de faire descendre une main plus bas que la convenance peut l'accepter entre un jeune homme et une jeune fille, surtout en public. Ensuite, il m'a dit qu'il voulait me montrer quelque chose, et je n'étais pas en position de refuser, premièrement parce qu'il y avait beaucoup de monde, deuxièmement parce qu'il m'a entraîné avant que je puisse dire quoi que ce soit. Une fois sur le balcon, il a mis son bras sur mon épaule et lorsque je me suis tournée vers lui dans l'intention de lui dire de me lâcher, il m'a embrassée. J'ai trouvé ça très grossier.
Dignement, Fleur lissa un peu sa robe en attendant la réaction de sa mère, dont l'expression faciale n'augurait rien de bon. Pour sa fille ou pour les Lancelot, on ne saurait dire.
- Puisque c'est comme cela que ce détestable jeune homme se conduit avec une jeune fille bien élevée, je refuserai toutes les invitations que m'enverra Frida et n'inviterai plus les Lancelot lorsque je donnerai des soirées mondaines.
La quart de Vélane se retint à grand-peine d'exprimer son ravissement, d'autant plus qu'elle sentait qu'un gros « mais » allait venir.
- Cependant, ta conduite était tout aussi socialement inacceptable, bien que plus excusable que celle de Fabien, et je me serais attendue à plus de retenue et de savoir-vivre de ta part, Fleur. C'est pourquoi tu n'iras pas chez Alexandra pour la fin des vacances.
- Mais, maman ! s'emporta Fleur en se relevant, scandalisée. Je lui ai déjà écrit pour lui dire que j'allais venir ! C'est très impoli de se décommander !
Au regard noir que lui lança sa mère, elle baissa la tête à nouveau.
- Comme il est impoli de gifler quelqu'un et de réagir de la sorte. Va te coucher et je ne veux plus en entendre parler.
Vaincue, Fleur monta dans sa chambre, mit son pyjama, défit sa coiffure et se jeta à plat ventre sur son lit, évaluant la situation. Le point positif était qu'elle ne verrait plus jamais cet abruti et, par conséquent, qu'elle ne serait jamais obligée de se marier avec. L'un des points négatifs était qu'elle ne pourrait pas aller chez Alexandra pendant deux semaines. L'autre, que sa mère allait repartir dans sa quête des bals mondains avec un message plus ou moins subtil se traduisant par « ma fille est à mââââârier ». Lessivée, la jeune fille s'endormit sans savoir si c'était le positif ou le négatif qui l'emportait.
Le mot de la fin : Voiiiiilà ! Un peu plus de 24h pour écrire presque 17 pages Word, j'étais-z'en-feu ! Donc, vos commentaires pliiiiiz !
