Note : Bon, voilà, c'était une looongue intro, j'avoue que je me suis éclatée à inventer une vie à Fleur, à lui donner plus « d'humanité », de substance. À partir de maintenant, le récit se dirige tranquillement vers HP4, donc je me dois d'apporter une précision. Dans HP4, Fleur n'existe pratiquement que lorsqu'il y a une épreuve du Tournoi. Donc, là où le livre laisse des zones d'ombre, je me permettrai des fantaisies (et c'est bien normal parce que sinon y'aurait pas grand-chose). C'est, en réalité, le tome 4 vu par Fleur. Les ajouts du film sont pris en compte (je prends tout ce que je peux pour boucher les trous, mdr !), mais lorsqu'il y a contradiction entre le film et le livre, c'est bien entendu ce dernier qui prime ! Donc, voilà, je me lance sans plus de blabla, en vous conjurant de poster des reviews pour vos commentaires ! (Qui a dit « harcèlement moral » ?)
Chapitre 2 : Lutte, interrogations et retrouvailles
Fleur, après deux jours à bouder sa mère, reçut l'autorisation d'aller chez Alexandra. Elle lui renvoya donc un hibou pour l'aviser qu'elle arriverait dans l'après-midi.
Cet après-midi-là, donc, Fleur décida de se rendre chez Alexandra par le réseau de cheminées. Elle prit une poignée de poudre de Cheminette, la jeta dans l'âtre, avança dans les flammes d'émeraude avant d'annoncer clairement sa destination et d'être emportée aussitôt.
Elle commençait à avoir le tournis, étourdie par les parcelles de vie colorées qu'elle entrevoyait. Elle entendit « Avada Kedavra » et se retourna brusquement. Erreur. Son mouvement suffit à casser le courant qui la portait et à la projeter dans la première cheminée venue. N'étant pas préparée, elle fut rejetée sur un sol poussiéreux et roula sur quelques mètres avant de se relever. La jeune fille tenta d'épousseter son pantalon blanc tout en observant les lieux.
L'endroit était plutôt sombre, et la hauteur des fenêtres laissait à penser qu'elle se trouvait dans un sous-sol. Merveilleux. Elle chercha du regard quelque chose qui pourrait l'aider à identifier les lieux et son regard se posa sur un calendrier et laissa échapper un léger soupir de soulagement. Le mois était écrit en français, il était donc hautement probable qu'elle soit toujours en France. Un bon point. Maintenant, problème numéro deux : était-elle dans une maison de Moldus ou une maison de sorciers ? La Française chercha du regard quelque chose qui pourrait l'aider à répondre à cette question, mais elle ne trouva rien. Tant pis. Elle monta l'escalier de bois, aussi silencieusement que ses chaussures le lui permettaient, et ouvrit prudemment la porte. Elle s'aventura dans les couloirs de la maison.
Alors qu'elle s'apprêtait à ouvrir la porte, elle entendit un hurlement fendre l'air. Les cris d'un bébé, un bébé qui avait peur. Suivi d'un rire qui n'avait rien du rire qu'aurait un parent face aux pleurs de son enfant. Fleur se figea et avala de travers, la main sur la poignée de métal. Un bébé était en mauvaise posture à l'étage. Moldu ou sorcier, elle n'en savait rien. Ses parents, elle n'en doutait pas, ne lui pardonneraient pas si elle ne faisait rien pour sauver cet enfant. Elle tourna lentement la tête vers le salon et fut tétanisée à nouveau.
Une femme était étendue sans vie sur la moquette. Elle aurait presque parue normale si elle n'avait pas eue l'immobilité de la mort. Les objets du salon lui indiquèrent que c'était probablement une maison de Moldus. Fleur déglutit et leva les yeux vers l'escalier qui lui faisait face. Il y eut un cri. D'homme, cette fois. Puis, une autre voix d'homme s'éleva :
- Avada Kedavra !
Le sortilège de la mort. Armée de son courage et de sa baguette, Fleur monta l'escalier quatre à quatre. Elle se faufila dans la chambre d'où émanaient les cris et s'approcha du berceau. Un bébé s'y trouvait, le visage rougi et déformé par les hurlements et les pleurs. À en juger par le rose qui recouvrait les murs, c'était une fille. Doucement, Fleur prit le bébé dans ses bras.
- Oh, what do we have here ? s'exclama une voix dans son dos. (NdA : traduction : « Oh, qu'avons-nous ici ?)
Elle se retourna brusquement. Un homme, tout vêtu de noir et portant une cagoule, se trouvait face à elle, tenant une baguette magique dans les mains. Il s'approcha d'elle, les sourcils froncés.
- Where do you come from, you ? lui demanda-t-il en s'avançant, l'air menaçant. (NdA : traduction : « D'où est-ce que tu sors, toi ? »)
La Française recula jusqu'à être arrêtée par le mur, son cerveau analysant la situation à toute vitesse. L'homme en face d'elle tenait une baguette magique, il avait l'allure d'un Mangemort et venait de tuer deux Moldus. Ce qui signifiait, en premier lieu, que cet homme était un sorcier et, en second lieu, que son espérance de vie venait d'être soudainement revue à la baisse. Elle n'avait pas son permis de transplanage, ses parents ayant refusé de lui faire passer. De plus, sa main droite était coincée sous la petite fille, rendant sa baguette parfaitement inutile. Lentement, pour ne pas alarmer l'homme, Fleur changea sa baguette de main.
- Be a nice girl and give me that child. (NdA : traduction : « Sois une gentille fille et donne-moi cet enfant »)
Fleur secoua négativement la tête. L'homme leva sa baguette.
- Impero !
La semie-Vélane se sentit légère, sans soucis. Toutes ses craintes s'évanouirent soudainement…
« Give me the child… » (NdA : « Donne-moi l'enfant »)
La Française avala de travers et hésita.
« Come on, give me that child, you don't need her » (NdA : traduction : «Allez, donne-moi cet enfant, tu n'en as pas besoin »)
Fleur serra encore plus le bébé dans ses bras et secoua la tête.
- Non, murmura-t-elle.
Il était fort possible que l'homme ne comprenne pas un mot de français, mais, au moins, il pouvait lire le refus sur son visage et donna un coup de baguette pour augmenter la puissance du maléfice d'asservissement.
« GIVE ME THAT CHILD ! » (NdA : traduction : « DONNE-MOI CET ENFANT ! »)
Fleur amassa toutes ses forces pour lever sa baguette d'une main tremblante. Elle inspira si fort qu'elle en trembla des pieds à la tête et jeta le premier sortilège qui lui vint en tête :
- EXPELLIARMUS !
Le sortilège qu'elle parvint miraculeusement à lancer était faible, mais il suffit à faire lâcher sa baguette magique à l'homme, rompant le Sortilège Impardonnable. Le sorcier lui jeta un regard haineux. Fleur ne pouvait pas continuer comme ça éternellement, l'homme s'attendait à ce qu'elle fasse usage de sa baguette magique. Elle ne pourrait rien faire qu'il ignorait. Sauf…
Sauf l'unique atout supplémentaire, celui qui était inscrit en elle depuis sa naissance. Fleur s'avança vers l'homme, tous ses charmes de Vélane en action. Elle s'arrêta à moins de deux mètres du Mangemort, faisant une moue absolument adorable.
- You're not going to kill that child, are you ? demanda-t-elle. (« Vous n'allez pas tuer cet enfant, quand même ? »)
- W… well… perhaps I'll… hem… I believe I will do so… (« B… bien… peut-être que je vais… hem… je crois que je vais le faire… »)
- No, you won't, dit Fleur avec fermeté en s'avançant vers lui. (« Non, vous ne le ferez pas »)
L'homme secoua la tête en reculant.
- Get off, réussit-il à articuler. (« Dégagez »)
- No… murmura-t-elle. (« Non »)
Ce fut à son tour d'être plaqué au mur, Fleur dangereusement près de lui, étourdissante de beauté, de féminité, de sensualité. En même temps, il avait l'impression que le monde autour de lui disparaissait, il n'y avait plus qu'elle, il n'y avait plus que cette fille à l'accent français, et c'était bien suffisant.
- So, I suppose I can leave with the baby ? demanda-t-elle. (« Alors, je suppose que je peux partir avec le bébé ? »)
L'homme ouvrit la bouche, puis retrouva miraculeusement le contrôle de ses facultés mentales et la repoussa.
- You're not going ANYWHERE, bitch ! (« Tu ne vas NULLE PART, salope ! »)
Malgré la situation dramatique, Fleur ne put s'empêcher de s'offenser :
- Please ! You have a young woman and a baby, here ! (« S'il vous plaît ! Vous avez une jeune femme et un bébé, ici ! »)
Fleur profita de l'ébahissement de son adversaire pour prendre la fuite. Elle dévala l'escalier et ouvrit la porte d'un coup de baguette, l'envoyant accidentellement cogner sur le nez de l'homme qui était posté devant. Elle se remit à courir comme elle pouvait avec ses talons et s'arrêta brusquement en voyant où elle était. Évidemment, il avait fallu qu'elle tombe sur le coin le plus paumé de toute la France ! Pas une seule autre maison en vue.
Seule, la sorcière aurait peut-être pu s'en sortir. Peut-être. Elle avait fait les exercices de transplanage à l'école. Elle aurait pu transplaner en lieu sûr. Mais il y avait cette petite Moldue dans ses bras et elle ne voulait pas risquer d'en « perdre un bout » en transplanant de façon non réglementaire. Fleur regarda autour d'elle. Il devait y avoir une demie-douzaine de Mangemorts qui sortaient du boisé. Jamais elle ne pourrait espérer les neutraliser avec son charme magique comme elle avait neutralisé l'homme dans la chambre. Elle n'était pas à 100 Vélane et, en plus, était lessivée. Il y eut un « crac » et le premier homme apparut. D'un mouvement de baguette, il arracha l'enfant des bras de la jeune fille et le tua d'un Avada Kedavra sans émotions. Fleur fit des efforts surhumains pour empêcher les larmes qui lui piquaient les yeux de couler.
- Be careful, ordonna-t-il aux autres. That bitch's part Veela. (« Soyez prudents. Cette pétasse est partiellement Vélane »).
- I always wanted to touch a Veela, dit l'un d'eux avec un sourire qu'on pouvait qualifier de pervers. I suppose a part Veela will do for the first time. (« J'ai toujours voulu toucher une Vélane. Je suppose qu'une Vélane partielle fera l'affaire pour la première fois »)
La Française se mordit la langue pour retenir son gémissement et recula, la main crispée sur la baguette. Combat inégal ou pas, le premier qui la touchait pouvait se considérer comme un homme mort. Elle se retrouva le dos plaqué à l'écorce rugueuse d'un arbre. Où diable étaient les Aurors quand on avait besoin d'eux ? Aurors. Ministère. Son père. Qu'est-ce qu'il lui avait dit, un jour ? Que le Ministère détectait les sortilèges, les localisait. C'était comme ça qu'ils procédaient pour détecter un acte magique en région Moldue. Or, elle était en région Moldue ! Il lui fallait quelque chose pour les obliger à se montrer. Quelque chose qui constituerait pour eux une urgence, une priorité.
Un Sortilège Impardonnable. Voilà ce qui obligerait le Ministère à envoyer des gens dans les plus brefs délais. Elle leva lentement sa baguette. Elle n'avait jamais jeté un tel sort. Lequel jeter ? Avada Kedavra. Non, quand même pas. Imperium. Pas assez neutralisant. Le Doloris.
- Endoloris ! s'écria-t-elle en direction de l'homme qui s'avançait vers elle avec un regard qui n'avait rien de catholique.
Les hommes eurent un regard surpris, presque craintif, mais se mirent à rire en voyant l'effet du maléfice jeté par la Française. Au lieu de se tordre de douleur, l'homme qu'elle avait visé tomba à la renverse. Loupé. Il fallait s'y attendre, songea Fleur. Elle était loin d'être une professionnelle en la matière. Toujours pas de trace d'Aurors. Si elle survivait à cette aventure, elle allait passer un savon à son père sur la façon dont il dirigeait son département. « Allez, s'il vous plaît, s'il vous plaît… j'ai vraiment besoin d'aide… » supplia-t-elle mentalement.
- Endoloris ! répéta Fleur.
Même résultat, et toujours aucun Auror. « Allez… un Doloris raté est quand même un Doloris… papa, envoie tes fichus Aurors sauver ta fille ! » Mais, bien entendu, Aurélien Delacour n'avait aucune idée que sa précieuse fille aînée se trouvait présentement dans une situation aussi désastreuse. Les hommes s'approchaient toujours, leurs baguettes levées, tous conscients qu'elle n'était pas une menace sérieuse. La jeune fille regarda sa baguette. Tant pis, il faudrait bien s'y résoudre.
- Avad…
Elle sentit quelque chose lui frapper le poignet et sa baguette roula sur le sol, projetant des étincelles roses et or. Fleur ferma les yeux. Mais, au lieu d'entendre la terrible formule du sortilège mortel, elle entendit des bruits de bagarre et se résigna à entrouvrir un œil.
La jeune sorcière poussa un léger soupir de soulagement en voyant que les Aurors du Ministère français de la Magie prenaient la situation en main. Le combat fut de courte durée : les Mangemorts s'empressèrent de fuir en transplanant. Une jeune femme s'approcha de la semie-Vélane qui s'était laissée glisser sur le sol et qui maîtrisait ses tremblements à grand-peine en lui tendant sa baguette qui était tombée par terre. Ses vêtements et sa longue chevelure noire lui donnaient l'allure d'une gitane.
- Tenez, dit-elle avec douceur. Ça va, votre poignet ?
Fleur hocha lentement la tête en reprenant son bien.
- C'est moi qui vous ai désarmée, dit la jeune Auror en lui adressant un sourire désolé. Je ne voulais pas que vous fassiez ça. Vous auriez eu des ennuis épouvantables !
- Il y a des gens dans la maison, dit la Française d'une voix éteinte. Des Moldus, je crois. Ils sont…
- Morts ? suggéra la femme avec compassion.
- Et le bébé aussi, dit Fleur d'une voix étranglée. J'ai essayé de la sauver…
L'Auror s'accroupit près d'elle et lui tendit la main.
- Ce n'est rien. Venez avec moi, Mademoiselle, les autres vont s'occuper de l'affaire.
Fleur tendit une main tremblante vers l'Auror, et elles transplanèrent.
Elles apparurent dans un petit bureau où, miraculeusement, on avait réussit à entasser trois bureaux. L'un des trois hommes se trouvant dans la pièce fit signe à l'Auror de sortir et attendit qu'elle ait refermé la porte pour prendre la parole.
- Asseyez-vous.
La jeune fille s'assit sur la chaise la plus inconfortable qu'on puisse imaginer, attendant que l'homme commence à parler. Il vida d'une traite son gobelet de café et l'envoya d'un Sortilège d'Expulsion dans la corbeille. Fleur se retint de lever les yeux au ciel. Les cinéastes Moldus avaient définitivement une influence désastreuse.
- Votre nom.
- Fleur Delacour, répondit-elle, légèrement agacée par ce manque de courtoisie.
L'homme échangea un regard entendu avec ses deux collègues, mais ne passa aucun commentaire.
- Votre baguette, exigea-t-il d'un ton sec.
La jeune sorcière lui tendit sa baguette de bois de rose, se demandant si faire une phrase de plus de deux mots entraînait une diminution salariale de cet homme. Il la prit et la jeta à l'un de ses collègues, qui pointa sa propre baguette sur celle de Fleur, lui faisant « recracher » ses sortilèges.
- Double Doloris, annonça l'homme d'un air sévère.
- C'était pour vous forcer à venir ! s'écria Fleur en se levant brusquement, indignée. Le Ministère peut localiser tous les sorts qu'on jette, j'étais dans une mauvaise posture, j'avais besoin que des Aurors viennent le plus vite possible ! Qu'est-ce que vous vouliez que je fasse ? Je n'étais pas en position de vous envoyer un hibou !
- Les faits, dit l'homme qui n'avait pas parlé depuis le début, d'un ton brusque et intimidant. Donnez-nous les faits. Je me moque que vous soyez la fille du patron, soit dit en passant. Pas de traitement de faveur avec Jean Bourgelat.
La semie-Vélane leur relata son aventure avec autant de précision qu'elle le pouvait. En voyant les trois hommes prendre une expression de plus en plus sceptique, elle dut se rendre à l'évidence : son épopée était si abracadabrante qu'ils n'en croyaient pas un mot. Fleur passa donc plusieurs heures pénibles à espérer l'arrivée d'un Messie dans un bureau exigu avec ces trois hommes qui étaient tous sauf sympathiques et qui s'acharnaient à lui reposer vingt fois les mêmes questions, et ça aurait pu durer encore longtemps si la porte ne s'était pas ouverte sur une secrétaire.
- Il ne veut pas partir… il dit qu'il enfoncera la porte s'il le faut, mais qu'il ne partira pas sans sa…
Un homme entra alors, bousculant la secrétaire au passage. Fleur se retourna et ressentit un immense soulagement en voyant que l'homme n'était nul autre que son père, qui avait jeté sa froideur à la poubelle pour laisser libre cours à sa colère. « Le Messie ! » cria une voix dans la tête de Fleur. Et la voix n'était pas loin de la vérité.
- Vous, vous allez en entendre PARLER ! Fleur, ma chérie, lève-toi, je t'emmène chez ton amie.
Fleur se leva rapidement, mais fut saisie au bras par l'un des trois hommes, lequel retira immédiatement sa main, comme s'il s'était brûlé au contact de sa peau satinée.
- Le geste à ne pas faire, Carrère, dit Aurélien Delacour, la baguette levée, l'air menaçant. Le geste à ne pas faire. Vous êtes en congé sans solde pour un mois.
- Monsieur Delacour, nous n'en avons pas fini avec elle !
- Deux mois de suspension sans solde. Vous avez fini.
- Nous interrogeons tous ceux pris à jeter un sortilège interdit, c'est la procédure et vous le savez !
- Vous insistez, ma parole ? s'exclama le père de Fleur en mettant une main protectrice sur l'épaule de sa fille.
- Et comment !
- Vous êtes viré, dit Aurélien d'un ton sec, sans émotion. Sachez que je me moque éperdument de cette procédure. Je me chargerai de cette affaire, si on peut appeler un si petit incident une affaire. Considérez le dossier clos.
- Monsieur, c'est votre fille, vous n'êtes en rien objectif ! protesta un des deux autres.
- Vous êtes viré aussi, Rossion.
- DE QUOI ?
- Et puisque vous savez si bien que Fleur est ma fille, vous n'aviez qu'à me prévenir que vous aviez ma fille avec vous. C'est un minimum.
- Mais… commença le seul ayant encore son emploi.
- Vous voulez rejoindre vos ex-collègues au magico-chômage, Bourgelat ?
Voyant Bourgelat baisser la tête, Aurélien sortit du bureau avec sa fille aînée. Trois heures, songea l'homme en regardant Fleur, qui était visiblement bouleversée. Sa fille, délicate comme une fleur (sans vouloir faire d'allusions vaseuses à son prénom), habituée aux soirées huppées, aux bals mondains et aux salons de thé les plus chics de Paris, venait de passer trois heures à supporter les manières d'interrogatoire, qui étaient tout sauf délicates et adaptées à sa condition sociale.
- Comment tu as su ? murmura-t-elle.
- C'est Alexandra qui m'a prévenu que quelque chose clochait, par la cheminée, expliqua Aurélien. Elle t'attendait depuis des heures et commençait à s'inquiéter. Ta mère et moi aussi, du coup. Mais nous n'avions aucune idée d'où tu pouvais être, impossible de lancer des recherches. Et puis, j'ai reçu un hibou de Géraldine. L'Auror qui t'a désarmée, précisa-t-il devant le regard interrogateur de sa fille. Elle me disait que ces trois abrutis étaient en train d'interroger, je cite : « Une fille qui ressemble beaucoup à celle qui est sur la photo de famille qui se trouve sur votre bureau, Monsieur Delacour ». J'ai immédiatement fait le lien et j'ai transplané au Ministère. Comme tu as pu le constater, ils n'ont pas voulu me laisser entrer tout de suite. J'ai dû rappeler à plusieurs qui signe leur chèque chaque semaine.
Fleur eut un léger sourire, se disant qu'avoir un père occupant un poste aussi important que directeur du Département des Aurors avait ses avantages. Aurélien, conscient que sa fille ne devait pas avoir envie de raconter son histoire pour la centième fois de la journée, décida de ne pas lui poser de question et lui tendit la main.
- Je t'emmène chez Alexandra.
Elle lui prit la main et ils transplanèrent.
À peine étaient-ils arrivés qu'Alexandra Lamerais surgit comme un boulet de canon, se jetant au cou de la semie-Vélane. Elle était, comme son amie, habituée à la haute société et au luxe et au confort qu'elle apportait. Ses cheveux noirs qui lui effleuraient les épaules, son teint d'ivoire, ses yeux chocolat et pétillants, et sa bouche parfaitement dessinée lui donnaient des airs de poupée de porcelaine : belle et fragile. Il s'agissait sans contredit possible d'une jolie fille, mais lorsqu'on était la meilleure amie de Fleur Delacour, aussi bien dire qu'on était condamnée à vivre dans l'ombre de son amie et à se rendre compte rapidement que l'amitié avait un prix. Elle était moins grande que Fleur et, chose qui était un miracle au vu de son amour pour les éclairs au chocolat, tout aussi svelte.
- Fleur, par la barbe de Merlin, j'étais complètement morte d'inquiétude ! Qu'est-ce qui est arrivé à tes vêtements ? Et tes cheveux ?
Fleur baissa les yeux et regarda son pantalon blanc et son débardeur cyan, beaucoup plus terreux et sales qu'ils ne l'étaient quand elle avait quitté sa maison. Il n'y avait pas de miroir à proximité, mais elle jugea que sa queue de cheval haute devait en avoir pris un coup aussi. La jeune fille aurait volontiers fait son récit à Alexandra, mais, ne se sentant pas la force de le répéter encore une fois, elle dit simplement :
- Je n'ai pas envie d'en parler maintenant.
Alexandra hocha la tête.
- Ça va, je comprends.
Elle prit son amie par l'épaule et l'entraîna vers sa chambre.
- Maintenant, par contre, je te sens obligée de me raconter ce qui s'est passé avec Fabien. Dans ta lettre, tu m'as dit qu'il était « passé d'ennuyant à pire mufle de la création ».
- C'est le cas.
- Et qu'est-ce qui s'est passé pour que le célibataire le plus en vue de la communauté des sorciers descende aussi bas ? demanda la jeune fille en s'asseyant sur son lit.
Fleur se laissa tomber sur le lit de son amie. Une première : Fleur Delacour se vautrant sur un lit. On aura tout vu !
- Je te raconterai tout après avoir pris une douche, décréta-t-elle après un moment de réflexion.
Alexandra rit en voyant son amie se lever et se diriger vers la salle de bain reliée à la chambre. Une vingtaine de minutes plus tard, Fleur revint dans la chambre, les cheveux humides, vêtue uniquement d'une épaisse serviette blanche.
- Donc, Fabien ? dit Alexandra, qui ne perdait pas le nord.
- Disons simplement que monsieur s'est mis en tête d'avoir les mains et la bouche baladeuses. Ça m'a grandement déplu.
Les yeux bruns d'Alexandra s'arrondirent.
- Non ? Il a osé ? Noooon ?
- Et bien si. Je peux ? demanda Fleur en désignant la penderie de son amie.
- Bien entendu, répondit la jeune fille en replaçant une mèche de cheveux de jais derrière son oreille.
- L'avantage, nuança la blonde en ouvrant la porte de l'immense penderie, c'est que ç'a aussi grandement déplu à mes parents. Il n'entrera jamais dans la famille, et c'est une trèèès bonne chose. Avoir Frida Lancelot comme belle-mère ne faisait pas partie de la liste de mes dix projets les plus exaltants.
- Elle est exaspérante, enchaîna immédiatement Alexandra en regardant ses ongles parfaitement manucurés. Avec ses robes qui brillent de partout et ses tonnes de bijoux. Je suis sûre qu'en faisant fondre l'or de tous les bijoux qu'elle porte, on pourrait recouvrir d'une fine couche d'or les murs du Taj-Mahal. Et ses coiffures anarchiques associées à son maquillage voyant, je ne t'en parle même pas.
- Oh, je ne t'ai pas dit le meilleur, ou le pire, c'est selon, dit Fleur en continuant d'explorer la penderie de son amie. Quand cet abruti congénital m'a embrassée, si on peut appeler ça un baiser, je lui ai flanqué une baffe et j'ai fait un véritable scandale. Tu sais ce que la mère de Fabien a dit, quand elle m'a entendue dire à ma mère ce que Fabien avait fait ?
- Non, répondit Alexandra, les yeux brillants, avide de savoir.
- Que j'avais dû « provoquer la situation » ! J'aurai tout entendu, Alex, j'aurai-tout-en-ten-du !
L'unique fille des Lamerais se frappa le front du plat de la main.
- À peine croyable. On m'excusera d'être médisante, mais quand on est Frida Lancelot, on ne peut pas se permettre de critiquer le comportement des autres.
- Tu es excusée, dit Fleur en dénichant dans la penderie d'Alexandra une jupe de soie rouge, un débardeur de soie noire et un petit boléro assorti à la jupe. C'est l'une des femmes les plus insupportables que je connaisse, et je pèse mes mots, continua-t-elle en s'habillant.
Elle tourna légèrement sur elle-même, avec une grâce naturelle et inimitable, qu'aucun cours de danse, de maintien ou de n'importe quoi ne pourrait jamais apporter à Alexandra, ou à aucune autre fille « normale ».
- Qu'est-ce que tu en dis ?
- Parfaite, comme d'habitude, dit la brune avec un sourire.
D'un coup de baguette, Fleur sécha ses cheveux d'or blanc et se rassit sur le lit, les jambes croisées avec élégance. Puis, elle soupira légèrement.
- Le problème, c'est que ma mère va repartir dans ses recherches de fiancé potentiel.
- J'ai de quoi te remonter le moral, assura Alexandra avec un sourire malicieux.
- Quoi ?
- J'ai invité Florence à venir ici aussi !
- C'est vrai ? Quand arrive-t-elle ?
Florence Beauharnois était le troisième membre de leur célèbre trio, connu à l'Académie Beauxbâtons comme les « reines de l'école ». À peu près tout le monde s'entendait pour dire que Fleur, avec ses deux acolytes/ombres, était au sommet de la pyramide hiérarchique des élèves de l'Académie française de Magie. Les plus belles, les plus intelligentes, les plus populaires, en somme. Florence était un modèle de calme et de douceur, l'inverse d'Alexandra, qui était impulsive et énergique. Elle avait de jolis cheveux caramel, des yeux brun-vert, et des taches de rousseur qui, associée à son petit nez retroussé, lui donnaient un air absolument adorable. En un mot, elle était craquante. Ses parents étaient des Moldus, et Fleur se chargeait personnellement de faire souffrir tous ceux qui se mettaient en tête de lui casser les pieds avec son ascendance, surtout si c'était des garçons. Et aucun garçon digne de ce nom ne souhaite avoir Fleur Clémence Delacour à dos.
- Oh, elle arrive bientôt, en théorie, assura la jeune fille aux cheveux noirs. Dans son hibou, elle m'a dit qu'elle arriverait ce soir. Sa cheminée n'est pas reliée au réseau, alors ses parents viennent la conduire en voiture et l'heure de son arrivée va dépendre de l'heure où ils vont revenir du bureau.
Émilie et Vincent Beauharnois étaient deux avocats extrêmement connus dans le monde des Moldus habitant la France. Ils étaient aux Moldus à peu près ce qu'Aurélien Delacour était au sein de la communauté des sorciers français : influents, importants, réputés et très bien rémunérés.
Vers 20h, la voiture de luxe des Beauharnois s'arrêta devant le manoir Lamerais pour y déposer leur fille Florence. Les trois amies montèrent dans la chambre d'Alexandra et Fleur consentit à leur faire le récit de son après-midi mouvementé. Leur discussion dura longtemps et leur papotage cessa tard dans la nuit. Bientôt, ce serait la rentrée…
