Vega : Merci beaucoup pour ta review :D Fleur est également l'un de mes personnages préférés (oui, on s'en doute, lol) et je trouve dommage qu'elle soit aussi peu développée dans l'œuvre de JKR ou qu'elle le soit en tant que peste superficielle dans certaines fics (je ne pointe personne du doigt)… ;)
Alana Chantelune : Rohlala, merci à toi aussi, ça fait vraiment plaisir :D
Alana Chantelune, prise 2 : Bien entendu que tout ceci est prévu au menu… et même plus :D
Donc, allons-y gaiement avec la suite !
NdA : J'ai édité la fin parce que c'était un « test », en quelque sorte. Ceux qui ont lu ce chapitre avant le 12 février devraient donc relire la fin parce que je l'ai modifié suite aux 2 reviews ;)
Chapitre 3 : La rentrée
C'était LE jour. On ne pouvait rien y faire. Il fallait s'y résoudre… c'était la rentrée. C'était un fait qui plaisait beaucoup à Florence, moyennement à Fleur et pas du tout à Alexandra. En effet, bien qu'ayant de bons résultats (principalement grâce à l'aide de ses deux amies), la jeune Lamerais n'éprouvait aucun attrait pour tout ce qui était scolaire.
En ce moment, le trio s'adonnait à une activité aussi amusante que cruciale et fondamentale : elles choisissaient ce qu'elles allaient mettre. Fleur avait déjà fait son choix, optant pour un pantalon écru associé à un débardeur se nouant derrière sa nuque, de la même couleur.
- Qu'est-ce que vous en pensez ? demanda Alexandra en montrant une robe blanche, simple et jolie.
- Non, tu as la peau trop pâle, commenta Fleur. Mais elle irait bien à Florence, ça ferait ressortir son bronzage.
Un autre cas de réglé, donc. Alexandra mit de longue minute à jeter son dévolu sur une jupe noire et un chemisier vert foncé, épargnant à sa mère la tâche d'entrer dans la chambre pour traîner de force le trio à la gare, prêtes ou non. Une mère avait ses limites.
Ce fut donc la mère d'Alexandra, Violette Lamerais, qui mena les trois amies à la gare. Comme pour Poudlard, il y avait un quai caché par la magie, spécialement aménagé pour les élèves de l'Académie Beauxbâtons. Il était cependant masqué d'une manière encore plus sécuritaire que la voie neuf et trois quarts en Angleterre : il fallait tapoter le mur de brique avec une baguette magique pour l'ouvrir, permettant aux sorciers de passer au travers. C'est donc ce que firent, à tour de rôle, Fleur, Alexandra et Florence pour pénétrer sur le quai.
En se retrouvant dans la foule d'élèves et de parents, les trois jeunes filles eurent un sourire complice : c'était bien leur monde. Elles se faufilaient jusqu'au train lorsqu'un énorme bruit se fit entendre, les forçant à se retourner. Fleur roula les yeux et ses deux amies pouffèrent de rire lorsqu'elles se rendirent compte que tout ce tintamarre avait été causé par un garçon qui avait foncé dans un tas de valises, vraisemblablement en regardant « un peu » trop attentivement la semie-Vélane. Ledit garçon se frottait présentement la tête d'un air ahuri, se demandant apparemment comment une pareille chose avait pu arriver.
- Idiot, gloussa Alexandra.
- Quand je vous dis qu'ils sont tous pareils ! soupira Fleur.
- Quand même. Il est mignon, argumenta Florence.
Elle ressentit une pointe de jalousie en songeant une énième fois à l'effet que faisait son amie aux garçons simplement en marchant, par sa simple présence, involontairement. Les trois filles entrèrent dans le train et eurent un peu de mal à se trouver un compartiment vide. Durant ce laps de temps, elles s'étaient mises à parler d'un sujet qui risquait beaucoup moins de déclencher les jalousies : leurs résultats d'E.S.C.M.G. Quoi que…
- J'ai eu un A en soins aux créatures magiques, dit Fleur d'un ton outré. A ! C'est d'un ridicule. Ce n'est quand même pas ma faute si ce Botruc était d'un naturel… fuyant !
En effet, au cours de l'évaluation pratique de soins aux créatures magiques, le Botruc dont Fleur devait faire un croquis détaillé avait pris la fuite et semé la pagaille (et la panique) dans la salle. Beaucoup s'en étaient amusés, mais pas l'examinateur. Enfin, elle avait trouvé moyen de le récupérer et de finir son croquis…
- Ne te plains pas. J'ai eu un T, dit Alexandra.
Son Botruc avait fait pire que celui de Fleur : il avait mangé son croquis. Cinq minutes avant la fin de l'évaluation, évidemment. Lorsque l'examinateur avait le dos tourné, naturellement. Et, comme il fallait s'y attendre, l'examinateur n'avait pas du tout gobé son « Mon Botruc a mangé mon travail, monsieur ».
- J'ai eu un D, grommela Florence. Heureusement, mes parents ignorent le système de notes en fonction dans le monde magique, et j'ai réussi à leur faire croire que D voulait dire « divin ».
- Évidemment. On leur fait gober n'importe quoi, aux Moldus, dit la voix insolente de Fabien Lancelot, appuyé dans l'embrasure de la porte.
Le jeune homme était flanqué d'une jeune fille à l'allure beaucoup trop sophistiquée et d'un autre élève de son âge, au teint blafard et aux cheveux graisseux. Tout le monde savait que la première avait le rôle d'une groupie et que Fabien en changeait à toutes les semaines, ou presque, et que le second n'était utile à Fabien que lorsqu'il voulait faire faire ses devoirs par quelqu'un d'autre.
- Au revoir, Fabien, dit Fleur d'un ton glacial.
Elle n'en était pas réduite à l'utilisation du nom de famille, trop vulgaire à son goût, mais son regard exprimait sans ambiguïté son désir de lui jeter un Chauve-Furie à la figure s'il ne quittait pas le compartiment d'ici cinq secondes.
- Est-ce qu'on pourrait parler ? demanda-t-il.
- Laisse-moi le temps d'y penser, répondit-elle d'un ton sec.
Elle fit semblant de réfléchir un court instant avant de dire :
- Non.
- Si, dit-il en la prenant par le poignet pour l'entraîner dans les couloirs, sous les regards outrés de Florence et Alexandra.
Le Français l'entraîna dans un des rares coins déserts du train avant de consentir à lâcher son poignet. La semie-Vélane le regarda d'un air meurtrier se retenant de lui donner une nouvelle gifle. C'était vraiment un mufle.
- Qu'est-ce que tu veux ? s'exclama-t-elle.
- Je veux qu'on parle.
- Non. Tu veux parler et tu veux que je t'écoute parler, chose qui ne m'intéresse pas du tout. Au revoir.
La Française entreprit de s'éloigner, mais il la bloqua. Exaspérée comme jamais, Fleur Delacour leva les yeux au ciel. Qu'est-ce qu'il pouvait être désespérément énervant, quand il s'y mettait. Qu'avait-elle fait à Merlin pour avoir Fabien Lancelot aux basques ? Le message du bal était pourtant clair…
- Ma mère est furieuse, dit le sorcier.
- Au risque de paraître vulgaire : qu'est-ce que je m'en moque ! Maintenant que tu as parlé et que je me suis donnée le mal de t'écouter, laisse-moi partir.
- Tu ne crois quand même pas que je vais te laisser partir comme ça ?
- Je me rends compte que c'est utopique, dit-elle en un soupir. Une fille a le droit de rêver.
- Tu ne m'as même pas écouté.
Elle poussa un nouveau soupir abyssal et se retourna vers lui, les bras croisés.
- Très bien. Parle et va droit au but, je te prie. On m'attend.
- Je disais donc que ma mère est furieuse et qu'elle tient à ce que ta mère et elle redeviennent en excellents termes. Comme avant.
- Dans ce cas, qu'elle parle à ma mère, dit Fleur en sachant très bien qu'Iphigénie Delacour n'adresserait plus jamais la parole à Frida Lancelot.
Tant pis pour elle, après tout. Son fils l'avait bien cherché.
- Ma mère est d'avis que si tu parlais à ta mère en faveur de n…
- La mienne est d'avis qu'il est parfaitement inconvenant d'embrasser une jeune fille sans son accord, coupa la sorcière d'un ton cassant.
- Et si je demande ?
- Dans tes rêves.
- Mais tu es mon rêve, dit-il avec un léger sourire.
Fleur prit soudainement conscience de la dangereuse proximité du corps de Fabien par rapport au sien, de la chaleur et du parfum qu'il dégageait. Lentement, il se pencha vers elle et captura à nouveau sa bouche avec la sienne, mais cette fois, la jeune fille ne se sentit pas la force de résister à la douce caresse qu'il lui offrait de ses lèvres. Elle entrouvrit légèrement la bouche, l'autorisant à approfondir le baiser. Submergée par les sensations que lui apportaient ce contact, la Française débrida son charme de Vélane sans même s'en rendre compte.
Un puissant flot d'émotions envahit le joueur de Quidditch. La bouche de Fleur était douce et sucrée, et la sorcière dégageait une incroyable aura de féminité, encore plus qu'à l'habitude. Il avait l'impression de flotter, d'être coupé du monde réel et catapulté ailleurs, dans un endroit doux et confortable, où il n'y avait que lui et Fleur, où il se sentait si léger qu'il aurait pu voler. Sentir sa langue caresser agréablement la sienne était ce qu'il avait connu de plus beau, de plus magique. Il sentait son cœur s'accélérer, il avait l'impression de brûler sur place, et ce n'était qu'un baiser qu'elle daignait lui offrir. Les mains de Fleur passèrent derrière sa nuque. Le contact, furtif et léger comme des ailes de papillons, lui donna l'impression de défaillir. Comment, se disait le fragment de son esprit qui avait encore les pieds sur Terre, comment une fille pouvait-elle le rendre aussi fou avec un seul baiser ?
La semie-Vélane reprit soudainement conscience que 1) c'était un train, donc un endroit public, et, 2) encore plus important, il s'agissait de Fabien Lancelot. Elle se donna mentalement une paire de claques. C'était et ce serait toujours le pire abruti de la Terre, peu importe à quel point il pouvait être attirant. Elle se recula, séparant (à regret, il fallait bien l'admettre) leurs bouches et eut pour premier réflexe de s'assurer que personne n'avait été témoin de la scène. L'endroit était toujours vide, bien qu'on entendait très distinctement les conversations des élèves.
- Un mot sur ça, Lancelot… rien qu'un… et je te jette du haut de la tour d'astronomie.
Sur cette menace, elle repartit dans son compartiment.
- Tu as mis du temps à t'en débarrasser, commenta Florence, le nez dans une revue de mode.
- C'est Fabien Lancelot, répondit Fleur d'une voix légèrement moins assurée qu'à son habitude.
- Manifestement, dit Alexandra en relevant la tête d'une photo de Jacques Deauclaire, le séduisant attrapeur de l'équipe nationale française.
La jeune fille aux allures de poupée de porcelaine fronça légèrement les sourcils.
- Fleur, ton gloss est complètement parti.
Alerte. Que faire ? Prétendre qu'il l'avait à nouveau embrassée contre son gré ? Non. Alexandra était capable d'aller le menacer de mort et il lui dirait la vérité. Elle opta donc pour la porte de secours numéro deux en sortant un miroir de son sac, comme pour vérifier le fait que lui exposait son amie, et s'exclama :
- Mais c'est de la camelote ! Vingt Gallions le tube pour ça ? C'est de la pure arnaque ! Scandale. Le changement de marque de cosmétiques tue. Je vais revenir à MabelWitch.
Ses deux amies se regardèrent et haussèrent un sourcil poli pour marquer leur doute quant à la véracité des propos de Fleur, mais la principale intéressée ne les remarqua pas. Elle savait qu'elles ne comprenaient pas sa situation, qu'elles la ne comprendraient jamais. Non pas qu'elle veuille à tout prix jouer les victimes incomprises, mais c'était vrai.
Ni Alexandra ni Florence ne comprendrait un jour à quel point la beauté peut être un fardeau. Non pas qu'elles soient laides, mais il fallait admettre en toute honnêteté qu'elles n'étaient rien à côté de leur magnifique amie. La blonde savait qu'elles étaient jalouses, comme bien d'autres. Qui pouvait les blâmer ? Pour elles, avoir une grand-mère Vélane signifiait simplement être belle, incroyablement belle, avoir toute la gent masculine à ses pieds.
C'était ça, mais c'était aussi être placée sur un piédestal, c'était aussi affronter la jalousie des autres filles, affronter les regards constants de la majorité des gens, être considérée comme un rêve, un fantasme, mais pas comme une personne à aimer. Si on n'y prenait pas garde, en perdait sa personnalité pour n'être qu'une quart de Vélane. C'était devoir brider constamment une partie de son être pour en diminuer les désavantages. C'était n'être aimée que pour son apparence, être quelqu'un qu'on veut exhiber comme un trophée, mais pas connaître. Et ça, ça, c'était sans aucun doute la pire des choses. Mais que pouvait-elle y faire ? On ne changeait pas son ascendance, après tout. Et, à la manière de Florence qui gardait la tête haute quand on la traitait de Sang-de-Bourbe, elle avait appris à passer au-dessus de ça. Il n'empêche…
- Fleur, est-ce que ça va ? s'inquiéta Florence.
La jeune fille s'efforça de lui faire un sourire (un peu crispé et peu naturel, il fallait bien l'avouer) et de lui dire qu'elle était simplement perdue dans ses pensées. C'étaient ses amies, après tout. Évidemment, qu'elles étaient « secrètement » jalouses, mais elles demeuraient quand de même à ses côtés, lui offrant une amitié précieuse. Fleur avait bien de la chance de les avoir, elle en était consciente. La Française fit donc l'effort de se glisser dans la conversation, parfaitement normale, qu'entretenaient Alexandra et Florence. Lorsqu'au loin, on pu apercevoir la forme du château se découper sur le ciel sombre, les trois amies entreprirent d'enfiler leurs uniformes impeccables.
- Je crois qu'on est arrivés, dit Fleur en déposant le chapeau artistiquement de travers sur sa tête.
En effet, le train venait de s'immobiliser et les élèves commençaient à se presser dans l'étroit couloir pour sortir. La semie-Vélane et ses deux ombres sortirent de leur compartiment, se faufilant dans la masse compacte de jeunes sorciers.
- Excusez-moi, dit machinalement Fleur en fonçant accidentellement dans un garçon.
- Ce n'est rien.
La jeune fille sentit son sang se glacer dans ses veines et leva les yeux pour confirmer l'identité du propriétaire de la voix. Fabien. Fabien, avec son léger sourire en coin et ses yeux quasi-ensorcelants. Fleur, qui avait l'impression qu'un vol d'hippogriffes s'était donné son estomac pour lieu de rendez-vous, sentit une chaleur inconnue l'embraser des pieds à la tête et fut incapable de bouger un muscle et/ou de l'envoyer balader, jusqu'à être sauvée par la voix d'Alexandra, qui claqua dans l'air comme un coup de fouet, ramenant Fleur à la réalité :
- Laisse-nous passer et arrête de te rincer l'œil, Lancelot !
Le charme était rompu, et c'était tout ce dont Fleur avait besoin pour reprendre le contrôle du rougissement de ses joues et poursuivre son chemin. Elle bénit mentalement son amie en sortant du train. En silence, elles marchèrent jusqu'à leur somptueuse école. Enfin, pas exactement. Fleur était silencieuse. Alexandra et Florence, qui marchaient dans son sillage, avaient une discussion quelconque, mais toutes les deux jetaient en biais des regards inquiets à leur amie, qui était douée sous bien des aspects, mais pas en ce qui concernait le fait de leur cacher son trouble.
Fleur marchait en ligne droite, et son pas était si rapide que lorsqu'Alexandra et Florence arrivèrent dans la magnifique et immense Salle à Manger, elle était déjà assise à leur table habituelle, le regard perdu dans le vague. Alexandra allait lui demander ce qui n'allait pas, mais les portes de la pièce se refermèrent et Madame Maxime se leva de derrière la table des enseignants, imposant le silence d'un gracieux geste de la main.
- Bienvenue, Mesdemoiselles et Messieurs, bienvenue pour une nouvelle année à notre noble Académie de Magie. Avant que nous commencions à manger et que nous procédions au bal de début d'année, j'aurais une annonce de la plus grande importance à faire.
Elle marqua une pause. Son beau visage était visiblement à la fois radieux et excité, et la tension dans la salle était aussi palpable que celle qui transperçait dans sa voix puissante.
- Cette année, douze d'entre vous nous quitteront.
La foule d'élèves se mit à murmurer, les regards passaient d'un visage à l'autre, comme si chacun voulait s'assurer qu'il n'était pas seul à se demander ce qu'elle voulait dire.
- Douze d'entre vous, continua-t-elle en élevant la voix, quitteront l'Académie, parce qu'ils m'accompagneront en Angleterre, au Collège Poudlard, où ils auront l'occasion de représenter dignement notre belle école lors d'un événement magique d'une grande importance : le Tournoi des Trois Sorciers !
Les élèves les plus âgés ou venant de familles de sorciers poussèrent des exclamations de surprise. On plaquait sa main sur sa bouche, on arrondissait les yeux, on chuchotait à une vitesse folle à son voisin. Madame Maxime dut frapper dans ses mains pour mettre fin au bourdonnement incessant que créaient les conversations entremêlées.
- Pour ceux et celles qui l'ignorent, le Tournoi des Trois Sorciers est un événement dont la première édition a eue lieu il y a quelques sept cents ans. Il s'agit d'un tournoi amical entre les trois plus grandes écoles de sorcellerie d'Europe : l'Académie Beauxbâtons, le Collège Poudlard et l'Institut Durmstrang. Pour chacune de ces écoles, un champion, ou une championne, est choisi pour affronter les trois tâches à caractère magique qui forment le Tournoi. Devenir le Champion de votre école, c'est en être l'honneur et la fierté, et c'est aussi la chance de gagner mille Gallions si vous remportez le Tournoi, mais plus encore : c'est la chance d'avoir la gloire éternelle ! L'un des trois Champions verra son nom inscrit à jamais dans l'histoire de notre monde. Mais attention !
L'immense directrice leva un doigt orné d'une magnifique bague en argent.
- Ce n'est pas tout le monde qui est de taille à affronter ce Tournoi et les Tâches qu'il recèle. Il ne suffit pas de savoir se servir de sa baguette. Les Champions seront durement mis à l'épreuve durant ce Tournoi qui a pour but non seulement de renforcer les liens de la communauté internationale, mais aussi de déterminer le meilleur sorcier de ces trois écoles. Courage, audace, capacité de déduction, capacité de réaction face au danger seront nécessaires aux Champions, s'ils veulent réussir les épreuves… et survivre au Tournoi. Pour cela, j'ai choisi parmi les élèves majeurs (il y eut de nombreuses exclamations de déception) les douze qui m'apparaissent les plus qualifiés. Je suis fière de chacun de vous, sachez-le, mais il fallait bien faire un choix.
Fleur s'était arrêtée de respirer en voyant Madame Maxime sortir un parchemin. Si seulement elle pouvait avoir une place dans la délégation. Si seulement la directrice prononçait son nom. Ce serait la plus belle occasion au monde de montrer qu'elle n'était pas une de ces filles fragiles, une de ces poupées qui sont jolies sur une étagère sous une cloche de verre…
- … Magali Bourgeois, Alexandra Lamerais, et Fleur Delacour.
Les yeux de Fleur s'arrondirent lorsqu'elle prit conscience que la demie-géante avait prononcé son nom. En mode automate, la jeune fille se leva sous les acclamations et les applaudissements et alla rejoindre les autres qui avaient été nommés.
- Vous avez devant vous, dit Olympe en amplifiant sa voix avec sa baguette magique, la délégation de l'Académie française de Magie Beauxbâtons, qui quittera la France pour l'Angleterre le trente octobre !
La jeune fille à la chevelure d'or blanc venait de remarquer avec amertume la présence de Fabien dans la délégation lorsqu'elle sentit quelqu'un qui lui sautait au cou. Alexandra. Emportée par la joie de son énergique amie, Fleur se mit à sauter sur place avec elle.
- Je n'arrive pas à croire que j'ai été choisie ! dit la sorcière aux cheveux noirs d'une voix surexcitée.
- Moi non plus !
Madame Maxime les invita à reprendre leurs places pour manger, les plats venant d'apparaître sur les tables. En s'asseyant, Fleur croisa le regard morose de Florence et ne put s'empêcher de ressentir une pointe de tristesse. Florence n'avait qu'elle et Alexandra pour amies, et, en plus d'apprendre que Madame Maxime ne l'avait pas choisie pour représenter l'école, elle venait d'apprendre qu'elle allait passer sa dernière année sans la compagnie de ses amies.
Le climat à la table du trio était donc on ne peut plus lourd. Fleur et Alexandra, extrêmement mal à l'aise, ne voulaient pas blesser leur amie en exprimant leur joie et Florence ne se sentait pas la force de les féliciter. Si elle le faisait, ce ne serait pas sincère. Elle savait qu'un simple « bravo » lui laisserait un goût incroyablement amer en bouche. Les trois Françaises furent donc extrêmement soulagées lorsque Madame Maxime demanda à ses chers élèves d'aller se préparer pour le bal de rentrée.
Le trio se leva et sortit en silence. Aucune n'osait regarder les deux autres.
- Hé ! dit une voix dans leur dos.
Il y eut quelques pas de course et une fille de cinquième année arriva à leur hauteur.
- Félicitations, vous deux ! dit-elle à l'adresse des deux membres de la délégation, ignorant royalement Florence.
Erreur fatale. Le teint de la fille de Moldus perdit beaucoup de couleurs et tourna les talons avant de s'éloigner, malgré ses deux amies qui la rappelaient.
Dans leur dortoir, tout en se préparant, Fleur et Alexandra discutaient de l'événement. La joie de faire partie de la délégation avait été remplacée par la tristesse qu'elles ressentaient face à la réaction de Florence, jusqu'à ce qu'Alexandra explose :
- C'est ridicule ! Nous n'avons pas à nous sentir coupables d'avoir été choisies tout simplement parce qu'elle ne l'a pas été ! Elle devrait être contente pour nous, mais non, Mademoiselle est égoïste et nous sape notre bonne humeur ! Ce n'est pas possible d'être aussi… humph !
De sa baguette, elle remonta ses cheveux de jais en un élégant chignon d'où retombaient d'élégantes anglaises. Fleur ne dit rien, bien qu'elle approuvait mentalement la jeune Lamerais, tout en se disant qu'elle exagérait.
- Tu es prête ? demanda Alexandra en lissant les plis de sa robe d'un vert profond.
- Parfaitement, dit Fleur en vérifiant une dernière fois sa coiffure.
Sa robe, du même bleu profond que ses yeux, était faite de soie. Elle avait acheté un châle assorti, où brillaient des paillettes, comme autant d'étoiles dans le ciel de la nuit. Elles sortirent du dortoir et se dirigèrent vers la salle de bal. Tout en discutant avec Alexandra, Fleur ne pouvait s'empêcher de chercher Fabien des yeux.
Lorsque leurs regards se croisèrent, Fleur eut l'impression que tout le reste avait disparut derrière une brume indistincte. Incapable de détacher ses yeux bleus de lui, elle eut vaguement conscience qu'Alexandra s'éclipsait pour aller à la salle de bain. La semie-Vélane ferma les yeux pour rompre le contact, se répétant mentalement à quel point il lui était désagréable, pas plus tard que ce matin. Elle entendit quelqu'un s'asseoir à côté d'elle et rouvrit les yeux. Fleur se retourna vers la personne qu'elle croyait être Alexandra et se figea à nouveau.
- Qu'est-ce que tu fais là ? réussit-elle à articuler.
- Ne vous en déplaise, Mademoiselle, j'ai eu l'impression que vous me fixiez, répondit-il avec un sourire mi-charmeur, mi-moqueur.
Elle détourna immédiatement le regard et croisa les bras.
- Vous de même, Monsieur.
- Je l'admets.
- Fabien, je te conseille de t'en aller.
- Et pourquoi ?
- Parce qu'on va finir par se dire qu'il y a quelque chose entre nous, ce qui est parfaitement inexact.
- Aurais-tu honte ?
- Nullement, puisque je ne ressens que de l'indifférence à ton égard.
« Et un mensonge, un ! » s'exclama une voix dans sa tête. Fleur se leva et sortit de la salle de bal. Elle sortit de l'Académie d'un pas vif, traversa le parc et pénétra dans la forêt enchantée (NdA : Oui, à Beauxbâtons ils ont pas de vilaine forêt interdite avec pleins de créatures maléfiques, ils ont une belle forêt parfaitement inoffensive !). Elle s'arrêta de marcher et se laissa tomber au pied du saule qui dominait cette clairière, se moquant éperdument du fait que cela signifiait que sa robe était fichue.
Il l'avait suivie. Heureusement pour lui, Fleur portait des talons hauts qui la ralentissaient dans sa marche à travers la forêt, parce que sinon, il l'aurait perdue de vue. Masqué derrière un arbre, il la vit se laisser choir sur le sol, le dos appuyé contre le saule, le regard fixé sur le ruisseau à l'eau cristalline qui coulait non loin de là. La lumière blafarde de la lune rajoutait des reflets d'argent à sa longue chevelure d'or blanc qui lui tombait sur les épaules, rendait sa douce peau encore plus clair. Elle était magnifique, intelligente et elle avait sans contredit du caractère. En un mot, elle était parfaite.
- Je réitère ma question : est-ce que tu as honte ?
Elle poussa un grognement qui n'avait rien à voir avec son statut social et retira ses chaussures à talons aiguilles en lui ordonnant de la laisser seule, mais il n'en fit rien, s'avançant au contraire vers elle, mais elle regardait obstinément le ruisseau, refusant de plonger à nouveau dans son regard bleu-vert.
- Nous sommes seuls, tu ne peux pas me dire que tu as peur que quelqu'un se pose des questions.
L'héritier des Lancelot prit place à côté d'elle.
- Qu'est-ce que tu fais ? soupira-t-elle en consentant à le regarder.
- Et bien, comme tu peux le voir, je m'assois.
- Pourquoi ici ? demanda-t-elle en s'efforçant d'avoir l'air agacé.
- Parce que c'est là que tu es.
- Oui, ça, je le sais bien. La vraie question était : pourquoi tiens-tu tant à ma compagnie alors que je souhaite si manifestement que tu demeures loin de moi ?
- Peut-être parce que je t'aime.
- Pas moi. Donc, au revoir.
- Oh, vraiment ? Il y a des moments où ce n'est pas l'impression que tu donnes.
Ne sachant s'il faisait référence au baiser dans le train ou aux regards dans la salle de bal, ou aux deux, elle préféra ne rien dire pour éviter de s'enfoncer davantage. De plus, elle avait très nettement l'impression que son trouble grandissant était de plus en plus percevable dans sa voix. Fleur détourna le regard, refusant à nouveau de le regarder. Peut-être qu'elle se contrôlerait mieux si elle ne le voyait pas. « Dans tes rêves », se dit-elle en sentant à nouveau une chaleur immense lui embraser la peau. Sans qu'elle s'en rende compte, sa respiration s'était légèrement accélérée, et son cœur battait avec violence dans sa poitrine. Il lui fallait un sauveur, et vite.
- Admets-le, dit-il.
Toutes les barrières de la jeune fille sautèrent et elle se jeta sur Fabien, ses mains délicates écrasant ses épaules solides sur le sol de la forêt, son bassin contre celui du jeune homme. Ses joues devinrent écarlates lorsqu'elle sentit une bosse sous elle, en même temps qu'elle ressentait une puissante vague de pouvoir féminin la traverser, lui faisant réaliser pour la première fois ce qu'était vraiment l'attirance physique. Il avait envie d'elle autant qu'elle avait envie de lui. Fleur frissonna légèrement en le sentant bouger sous elle. Il voulait s'en aller. Non. Elle s'y refusait, pour une raison inexplicable. Guidée par une force inconnue, la Française se pencha pour unir leurs lèvres.
Légèrement surpris, le jeune homme s'empressa de répondre au baiser insistant de Fleur, mêlant avec délice sa langue à la sienne. Il enfouit une main dans sa chevelure douce comme de la soie, son autre main s'étant posée sur la taille de la jeune fille.
Un signal d'alarme retentit dans la tête de Fleur. Qu'est-ce qu'elle était en train de faire, au juste ? La jeune fille mit fin au baiser, qui devenait de plus en plus passionné, et amorça un geste pour se lever, mais Fabien n'avait pas l'intention de la laisser partir, cette fois. La sorcière poussa une légère exclamation de surprise en se retrouvant coincée entre le sol et Fabien. L'exclamation fut vite étouffée par la bouche du joueur de Quidditch, qui s'était à nouveau posée sur la sienne. « Ça suffit » hurla une voix dans la tête de Fleur. « ARRÊTE TOUT ! » cria la voix lorsque la main de Fabien glissa sous la jeune fille.
- Fabien, non !
La sorcière le repoussa vivement, le souffle court. Pas question de le laisser aller aussi loin. À la réflexion, pas question non plus de rester dans cette fichue clairière plus longtemps. Premièrement, parce que ce n'était pas une conduite digne de son rang social. Deuxièmement, parce qu'il s'agissait de Fabien Lancelot. Troisièmement, parce qu'elle lui avait laissé beaucoup trop de contrôle sur elle depuis l'épisode du train et, par conséquent, qu'elle devait y mettre un terme avant que ça dégénère.
Fleur se releva et prit ses chaussures. Elle en avait mis une et s'apprêtait à faire de même avec l'autre lorsqu'elle entendit le jeune homme la traiter d'un qualificatif qui n'était décidément pas à mettre entre toutes les lèvres. Elle lui adressa un regard des plus noirs avant de lui donner une gifle de sa main armée d'une chaussure à talon.
- Mais t'es malade ! s'exclama-t-il en frottant sa joue (très) douloureuse.
- De mon point de vue, c'est plutôt toi qui l'es, répliqua-t-elle d'un ton cassant en enfilant sa chaussure.
Sans rajouter un mot, elle se leva, épousseta sa robe, replaça ses cheveux et rejoignit la salle de bal. Lorsqu'Alexandra lui demanda où elle était passée, Fleur lui fit le récit de ce qui s'était produit. De manière très sommaire et en omettant quelques détails, il va sans dire. Il fallait bien conserver les réputations !
Le mot de la fin : Voi-là ! ;)
