Alana Chantelune : Fabien est fait pour être détesté, lol (moi-même, je lui botterais bien les fesses !). En ce qui concerne Gabrielle, puisque j'ai décidé de garder l'idée des numéros d'entrée introduite dans le film (que l'on me pardonne : j'adore cette scène), il fallait bien que Gabrielle soit là. Par contre, puisque, ni dans le film, ni dans le livre, elle n'est présente en dehors de la deuxième et de la troisième Tâche, elle ne le sera pas plus dans ma fic. Le Cedric/Fleur est plus fort que moi (c'est mon chouchou parmi tous les couples même s'il n'a jamais été « officiel », mais bon, c'est pas vraiment le moment de démarrer un débat mdr), mais, je tiens à te rassurer, il ne sera pas tant mis en avant que ça (je vais devoir me retenir pour des raisons évidentes, LOL) ;)

Vega : C'est étrange le nombre de personnes qui n'aiment pas Fabien… :D

Estelwing : Et bien… que dire de plus que… merci beaucoup pour ta review !

Laureen : Ça m'a fait plaisir de te répondre ;) Encore une fois, merci beaucoup pour ta review :) ! En ce qui concerne mes libertés par rapport au livre, j'en prends là où on il y a des ombres, maintenant que j'entre définitivement dans le tome 4, il y en aura beaucoup moins et ce sera vraiment basé sur ce qui est écrit dans le livre… mais puisque Fleur n'existe que lorsqu'il y a une épreuve (ou presque), il me faudra bien boucher les « trous », ce que je ferai en tentant d'être le plus logique possible ;)

Note : Je sais que, dans le chapitre 2, j'ai écrit les répliques des anglophones en anglais (afin de bien marquer la différence vu qu'anglais et français se croisaient dans ce chapitre) mais, vu que jusqu'à la fin de cette fic, Fleur sera entourée de gens qui parlent anglais et qu'elle leur parlera dans cette langue, je ne prends pas la peine de le faire (non pas que j'en sois incapable, mais c'est hyper chiant de se traduire à chaque ligne, je l'ai fait pendant tout un chapitre de « What if » et c'est tellement emmerdant que je préfère le faire uniquement lorsque extrêmement nécessaire). Dites-vous que Fleur parle en anglais aux gens de Poudlard, et en français aux gens de Beauxbâtons…

Chapitre 6 : Émotions fortes

Après de longues heures de voyage, de nombreuses escales pour permettre aux chevaux de manger et de boire un peu, sans parler des élèves qui avaient un sérieux besoin de se délier les jambes, le carrosse se posa dans le parc de Poudlard. Fleur frissonna légèrement en sortant dans l'air frais de la nuit anglaise, contre lequel son uniforme de soie fine ne la protégeait guère. Gabrielle, qui avait retiré ses vêtements pour ne garder que son justaucorps argenté, grelottait carrément, ses dents claquant de manière incontrôlable.

- Suivez-moi ! tonna une voix forte en anglais.

Des murmures s'élevèrent lorsqu'elles virent que le propriétaire de la voix était un homme, aux cheveux et à la barbe hirsutes, qui avait – au minimum – la taille de Madame Maxime. Il faisait de grands gestes pour leur indiquer de les suivre, comme s'il n'était pas certain qu'elles comprennent toutes l'anglais.

Les jeunes filles emboîtèrent le pas de leur directrice qui suivait l'homme de forte taille (dans tous les sens du terme). Il les mena à deux grandes portes avant de repartir, sans doute pour s'occuper des élèves de Durmstrang qui ne tarderaient pas à arriver.

Devant les doubles portes se tenait debout l'homme le plus laid que Fleur n'ait jamais vu, avec un chat qui avait plus l'air d'une brosse centenaire que d'un réel chat. En les voyant arriver, il laissa tomber le chat aux yeux rougeoyants sur le sol, entrouvrit une des portes et la referma. Pendant que Madame Maxime les plaçait en rangs, Fleur entendit des rires étouffés dans la salle où l'homme disgracieux venait de pénétrer. Avec lenteur, la porte s'entrouvrit et une voix forte, probablement celle du directeur anglais, se fit entendre :

- Mes chers élèves, joignez-vous à moi pour accueillir les charmantes jeunes filles de l'Académie de magie Beauxbâtons, et leur directrice, Madame Maxime !

Au nom de la directrice, les portes s'ouvrirent complètement. La délégation, tête haute, les mains dans le dos, se mit à marcher entre deux des quatre longues tables d'un pas élégant et parfaitement synchronisé. Des murmures appréciatifs s'élevèrent lorsqu'elles étendirent leur bras vers la table des Serdaigle d'une manière extrêmement féminine, laissant échapper un léger « aaahh ».

- Bon sang ! laissa échapper un garçon assis à la table en rouge lorsqu'elles répétèrent le geste dans leur direction.

Les Françaises coururent un peu, d'un pas léger et rythmé, avant de laisser échapper de petits papillons magiques, qui se mirent à voler dans la pièce en laissant une traînée d'étincelles bleues derrière eux. Devant Fleur, les autres filles se dispersèrent élégamment, se retirant une à une sur les côtés de la salle, pour ne laisser visibles que les deux sœurs, qui marchaient toujours devant leur directrice.

Au moment qui avait été prévu, Gabrielle commença un court enchaînement de gymnastique, alors que sa sœur aînée se mettait à tournoyer avec grâce sur elle-même pour l'accompagner, sans jamais perdre l'équilibre malgré ses talons – merci aux longues années de ballet. Puis, main dans la main, les deux semies-Vélanes s'inclinèrent profondément devant l'assemblée, déclenchant les applaudissements polis des filles et les acclamations et sifflements enthousiasmes des garçons. Fleur, une seconde avant de se redresser, releva la tête et sourit à Madame Maxime, qui les couvait d'un regard à la fois protecteur et fier. Puis, elle se retira, tenant toujours la main de Gabrielle dans la sienne.

- Et maintenant, veuillez accueillir nos amis du Nord, les fiers fils de Durmstrang, et leur directeur, Igor Karkaroff !

Fleur regarda d'un air ennuyé les acrobaties et le dragon de feu de Durmstrang. « Vraiment n'importe quoi » songea-t-elle. Lorsqu'elle entendit des murmures impressionnés, ses yeux bleus se tournèrent vers l'espace entre les tables de Serdaigle et de Gryffondor.

Elle vit tout de suite qu'Igor Karkaroff avait eu exactement la même idée que Madame Maxime : conserver son élève le plus impressionnant pour la fin du numéro, afin que tout le monde voit bien quel genre de personnes étudiait au sein de son école. La pièce de résistance, en somme. Et quelle pièce de résistance.

Viktor Krum.

L'ovation faite à Durmstrang surpassa celle qu'on avait faite à Beauxbâtons. La raison était fort simple : cette fois-ci, les filles étaient d'accord avec les garçons, et applaudissaient avec autant de force qu'eux.

- Elles sont toutes pathétiques de jalousie, murmura Alexandra à l'oreille de Fleur, qui hocha discrètement la tête.

Les délégations allèrent prendre place parmi les élèves de Poudlard. Alors que les élèves de Durmstrang optaient pour la table en vert et argent, celles de Beauxbâtons s'assirent aux côtés des Serdaigle.

Fleur et Gabrielle prirent place à côté d'une Asiatique (qui se présenta aussitôt comme étant Cho Chang, une élève de cinquième année) et d'un garçon qui – comme il ne tarda pas à le dire en bavant pratiquement d'admiration devant Fleur – se nommait Roger Davies. En face des deux sœurs blondes, Alexandra s'était assise.

Contrairement à Fleur qui regardait les plats d'un air ennuyé comme si elle les jugeait indignes d'entrer dans sa bouche, Alexandra s'était déjà servie. Gabrielle, quant à elle, avait choisi de profiter de l'absence de sa mère pour emplir son assiette de pâtisseries en tout genre. Fleur réprima un sourire avant de se lever, cherchant des plats bien français.

Elle vit de la bouillabaisse, mais elle était accaparée par Sarah Lefèvre et deux filles que Fleur ne portait pas davantage dans son cœur. La sorcière, ignorant royalement – mais alors là, royalement ! – les regards qui la suivaient, se dirigea vers une autre table et vit ce qu'elle cherchait.

- Excuse-moi, est-ce que tu as terminé avec ce plat de bouillabaisse ? demanda-t-elle d'un ton poli au rouquin qui se trouvait en face du plat.

Il leva les yeux vers elle et Fleur faillit voir des cœurs y apparaître.

- La babou… bouba…

- Bouillabaisse, rectifia Fleur.

« Dépêche-toi de me répondre, crétin, j'ai faim, moi ! » pesta-t-elle mentalement.

- Bibai… bouillbiba…

- On dirait que tu n'es pas très doué pour les langues étrangères. Tu as fini avec, oui ou non ?

- Oui c'était… très bon… répondit-il, complètement transfiguré.

La Française leva les yeux au ciel et prit précautionneusement le plat de bouillabaisse dans ses mains délicates avant de repartir vers sa place. Lorsqu'elle s'assit après avoir posé le plat sur la table, Gabrielle tira sur sa manche pour attirer son attention.

- Gabrielle, pour l'amour de Merlin, fais attention, ça se déchire facilement !

- Le garçon à la table du fond, murmura-t-elle rapidement. Il n'arrête pas de te regarder.

- Comme beaucoup, Gaby, répondit simplement la jeune fille sans même regarder le garçon que lui désignait sa puînée. Dans quelques années, tu comprendras pourquoi.

- Mais ça n'a rien à voir avec grand-maman, plaida Gabrielle.

- Ça m'étonnerait, dit la sorcière en se servant de la bouillabaisse.

- Et puis, il est mignon, regarde !

- Gabrielle ! dit Fleur d'une voix presque menaçante.

Gabrielle avait compris le message : le sujet était clos. La fillette baissa un moment les yeux sur son assiette avant de les relever vers la table en jaune. Le joli garçon, qui avait suivi Fleur du regard lorsqu'elle s'était levée pour prendre de la bouillabaisse, avait reporté son attention sur son ami et tenait une conversation animée, qui devait être particulièrement amusante, car il souriait et riait beaucoup.

Gabrielle trouvait qu'il avait un très beau sourire. Il avait l'air franc, honnête, gentil. Exactement le genre de garçon dont Fleur avait besoin, tellement différent de ce prétentieux de Fabien Lancelot qui agissait toujours comme un rustre envers elle, ou tous ces prétendants qui étaient prêts à faire n'importe quelle folie pour avoir son attention, qu'elle ne daignait pas leur accorder.

Lorsque Gabrielle en demandait la raison à sa mère, celle-ci répondait qu'il faudrait qu'un garçon soit vraiment spécial pour que Fleur lui accorde son attention. Elle n'avait jamais compris ce qu'elle voulait dire par « spécial », jusqu'à ce soir. Elle était sûre et certaine que ce garçon, qui lançait de temps en temps des regards furtifs vers Fleur (en pleine conversation avec Alexandra), était ce fameux garçon spécial dont sa mère parlait, et elle était déterminée à s'arranger pour que sa sœur le remarque. Enfin, elle aurait pu – elle en était sûre – si elle n'avait pas su que sa mère venait la chercher le lendemain…

Fleur, tout en parlant avec Alexandra, balayait la salle (dont la décoration lui apparaissait très terne) du regard. Plus spécifiquement, elle promenait son regard sur la table du fond, à la recherche du garçon dont lui avait parlé sa jeune sœur. Elle n'en vit aucun à cette table qui la regardait, ils semblaient tous absorbés soit par leur assiette, soit par une conversation, soit par les deux. Ses yeux s'arrêtèrent malgré elle sur l'un d'entre eux.

Même de l'autre bout de la salle, Fleur pouvait dire qu'il était grand. Il semblait plutôt musclé, sans pour autant avoir l'aspect profondément inesthétique d'un gros tas de muscles comme Viktor Krum, qui avait plus l'air d'un gros canard balourd que d'un sex-symbol. Il avait de beaux cheveux châtains, une peau plutôt claire, et (la jeune fille eut l'impression de défaillir) de magnifiques yeux gris dans lesquels chaque sourire, chaque éclat de rire semblait faire briller toutes les étoiles du ciel. Puis, il tourna les yeux vers elle et leurs regards se croisèrent fortuitement, le temps qu'il glisse sur elle.

La semie-Vélane eut l'impression qu'elle tombait dans un gouffre sans fond lorsqu'il sourit. Ce sourire était pour elle, elle en était parfaitement sûre… du moins, jusqu'à ce que le charme soit rompu par un discret gloussement de la fille à sa gauche, Cho Chang. La Française se tourna vers elle juste à temps pour la voir répondre à son sourire. Fleur baissa les yeux, se sentant brusquement très stupide. Gabrielle devait s'être trompée : ce n'était pas elle qu'il regardait.

- Mes chers élèves, mes dignes invités étrangers, commença Dumbledore, je vais vous donner quelques explications en ce qui concerne le Tournoi afin de clarifier la procédure qui sera suivie cette année. Pour commencer, permettez-moi de présenter à ceux qui ne les connaissent pas, Monsieur Barthemius Croupton, directeur du Département de la coopération magique internationale et Ludo Verpey, directeur du Département des jeux et sports magiques.

Fleur, comme tout le monde, applaudit les deux hommes du Ministère anglais de la Magie.

- Ils ont travaillé sans relâche au cours de ces derniers mois pour préparer le Tournoi des Trois Sorciers, et ils feront partie, avec Madame Maxime, le professeur Karkaroff et moi-même, du jury chargé d'apprécier les efforts des Champions.

L'attention de la Française – comme celle d'à peu près tout le monde – s'intensifia fortement à la prononciation du mot « Champions ».

- Le reliquaire, s'il vous plaît, Monsieur Rusard.

- Le quoi ? murmura Alexandra alors que l'homme d'une laideur surprenante s'avançait vers Dumbledore avec un grand coffre en bois dans les mains.

Des murmures enthousiasmes s'élevèrent, chacun demandant à son voisin ce que contenait le coffre.

- Les instructions concernant les Tâches que les Champions devront accomplir cette année ont été soigneusement établies par Messieurs Croupton et Verpey, et ils ont pris toutes les dispositions nécessaires au bon déroulement de cette compétition. Trois épreuves auront donc lieu à divers moments de l'année et mettront à l'épreuve les qualités des Champions : leurs capacités magiques, leur audace, leur pouvoir de déduction, et, bien sûr, leur aptitude à réagir face au danger.

Ces paroles eurent pour effet principal de faire taire les derniers murmures qu'on pouvait entendre.

- Comme vous le savez, trois Champions s'affronteront au cours de ce Tournoi, reprit le vieux directeur anglais. Un pour chacune des écoles participantes. Ils seront notés en fonction de leurs performances dans l'accomplissement de chacune des Tâches à caractère magique et le Champion qui aura obtenu le plus grand nombre de points sera déclaré vainqueur. Ces trois Champions seront choisis par un juge impartial… la Coupe de Feu.

Dumbledore tapota doucement le coffre avec sa baguette, et le coffre s'ouvrit en un grincement sonore. Le vieux sorcier sortit du reliquaire une coupe, grossièrement taillée dans du bois, dans laquelle dansaient des flammes bleues.

- Quiconque désirant soumettre sa candidature n'aura qu'à écrire son nom et celui de son école sur un bout de parchemin, et le jeter dans la Coupe de Feu. Pour ce faire, ils disposeront d'exactement vingt-quatre heures. Demain soir, jour de l'Halloween, la Coupe aura fait son choix et sera prête à le révéler. Dès ce soir, la Coupe de Feu sera placée dans le hall d'entrée et sera libre d'accès à tous les élèves majeurs souhaitant soumettre leur candidature. Afin de s'assurer que personne ne soit tenté de contourner les règles, une Limite d'Âge sera tracée autour de la Coupe de Feu, et quiconque n'ayant pas dix-sept ans se verra dans l'impossibilité de franchir cette limite.

Il regarda tout le monde par-dessus ses lunettes en demi-lunes, comme s'il voulait s'assurer que tout le monde avait bien compris. Fleur le regardait avec indifférence, ne se sentant nullement concernée par l'avertissement.

- Enfin, pour terminer, je voudrais avertir les candidats qu'on ne saurait participer à ce Tournoi à la légère. Une fois qu'un Champion a été sélectionné par la Coupe, il ou elle a l'obligation de se soumettre aux épreuves du Tournoi jusqu'à son terme. Déposer votre nom dans la Coupe est un engagement, un contrat magique. Une fois que quelqu'un a été nommé Champion, il n'est plus question de changer d'avis. En conséquence, réfléchissez bien avant de proposer votre nom, il faut que vous ayez de tout votre cœur le désir de participer. À partir de maintenant, le Tournoi des Trois Sorciers est commencé.

Il marqua une courte pause.

- À présent, je crois que le moment est venu pour vous d'aller dormir. Bonne nuit à tous.

Madame Maxime se leva de la table enseignante et se dirigea vers la sortie, ses élèves marchant en rangs derrière elle. Il y avait un blocage au niveau des doubles portes, et Fleur étira le coup pour tenter de voir ce qui causait ce bouchon, mais ne vit rien. Il faut dire qu'être derrière Madame Maxime n'était pas fait pour l'aider.

Quelques minutes plus tard, le problème fut réglé et les Françaises purent retourner dans leur carrosse. Lorsqu'elles y pénétrèrent, l'immense directrice fit un large mouvement de baguette pour y faire apparaître des lits. Les jeunes sorcières se changèrent et se couchèrent. Contrairement à la veille, Fleur ne mit que quelques minutes à s'endormir, tant elle était épuisée.

Le lendemain matin, lorsque Fleur s'éveilla, tout le monde dormait encore dans le carrosse. Tout le monde sauf Gabrielle, assise sagement sur son lit. La jeune fille lui fit signe de s'habiller en silence avant de se lever. Elle se dépêcha d'enfiler un jean noir et un pull à col bateau de couleur crème avant de brosser ses cheveux et de sortir, faisant le moins de bruit possible afin de ne pas réveiller les autres. Fleur laissa sa petite sœur sortir du carrosse à sa suite avant de refermer doucement la porte.

- Depuis combien de temps es-tu réveillée ? demanda la semie-Vélane, curieuse. D'habitude, tu fais toujours la grasse matinée. Quelque chose t'a dérangée ?

- Non, répondit la fillette en jouant avec ses mains, tête baissée.

- Gaby…

- J'avais du mal à dormir.

- Pourquoi ? s'étonna la jeune fille.

- J'ai peur, Fleur.

- Peur de quoi ? Rien ne va t'arriver, maman vient te chercher ce matin.

- J'ai peur pour toi, spécifia la petite fille.

- Mais pourquoi ?

- Parce que tu vas être la Championne.

- Peut-être pas. Je n'ai pas plus de chances de l'être que les autres.

- Si. Parce que tu es la meilleure.

Fleur ne dit rien. Que pouvait-elle dire ? Sa sœur l'avait toujours perçue comme une espèce de héros, qui pouvait la protéger en tout temps et faire fuir tous les montres imaginaires traîtreusement cachés sous son lit. Même en grandissant, Gabrielle ne semblait pas vouloir perdre cette image idéalisée de son aînée.

- Tu sais, continua Gabrielle, je ne parle pas anglais, et je n'ai pas compris un mot de ce que le vieux monsieur a dit, hier soir. Mais je sais que ce Tournoi est dangereux. Maman me l'a dit, et j'ai même fouillé dans des livres de la bibliothèque. Des gens sont morts dans cette compétition.

- Gaby, dit Fleur d'une voix rassurante en s'accroupissant pour pouvoir la regarder dans les yeux. C'était il y a longtemps. Aujourd'hui, beaucoup de gens ont travaillé pendant des mois pour que les Champions courent le moins de risques possibles.

- Mais j'ai peur quand même, fit-elle d'une voix minuscule.

Avec compassion, la semie-Vélane serra sa sœur cadette dans ses bras.

- Gabrielle, ma chérie, écoute-moi, dit-elle en la regardant droit dans les yeux. Je te promets que si mon nom sort de la Coupe de Feu, je survivrai. Rien que pour toi. D'accord ?

Lentement, Gabrielle hocha la tête. Les deux sœurs allèrent se promener dans le parc, discutant de tout et de rien. L'aînée venait de promettre à la plus jeune de lui écrire très souvent, lorsqu'une voix familière pour les deux Françaises se fit entendre :

- Par toutes les fées de la Terre, cette école est une horrRRReur ! Dire que Fleur va passer un an ici, c'est MITEUX ! Où est le carrosse de l'Académie ? Le vois-tu, Aurélien ? Olympe nous a dit que Gabrielle y serait…

Les deux semies-Vélanes suivirent le son des protestations et plaintes sur tout et rien de leur mère et, rapidement, trouvèrent leurs parents, marchant au bord de la forêt interdite.

- Cette forêt est d'une laideur, commentait Iphigénie Delacour.

- Ah, les voilà ! s'exclama Aurélien en voyant ses deux filles marcher vers eux.

- Ah, enfin ! dit Iphigénie. Nous vous cherchons depuis au moins cinq minutes !

La mère de Fleur et de Gabrielle considérait visiblement que devoir passer cinq minutes à chercher ses filles dans le parc d'une école de magie britannique correspondait à une offense des plus insultantes à son rang social.

- Allez, viens, Gabrielle, dit-elle à sa fille cadette. Il faut que nous partions, maintenant.

Gabrielle regarda ses parents, puis sa sœur, à laquelle elle quémanda un ultime câlin avant de s'éloigner vers ses parents.

- Je ne suis pas sûre que tu devrais rester ici, Fleur. C'est un endroit absolument épouvantable.

- Ça n'arrive pas à la cheville de Beauxbâtons, assura la Française à sa mère. Mais nous avons le carrosse de l'Académie, et, de toute façon, si j'avais voulu rester à Beauxbâtons, il aurait fallu que je le dise avant. Je m'y ferai, conclut-elle sous le regard horrifié d'Iphigénie.

La jeune fille ouvrit la bouche pour dire au revoir à ses parents, mais son père lui fit signe de la suivre plus loin.

- Fleur, intervint Aurélien Delacour à voix basse d'un ton très sérieux, si tu es choisie… par Merlin, sois prudente. Ne fais pas de folies. Ce Tournoi est déjà assez dangereux sans que tu…

- Je sais, papa, coupa gentiment la sorcière.

- Et si jamais il y a… un problème qui t'apparaît insolvable… n'hésite pas à m'envoyer un hibou. Je peux t'aider.

- Accepter ou demander de l'aide peut entraîner une disqualification, papa ! protesta Fleur.

- Et alors ? Qui fouillera ton courrier ? De toutes façons, je préfère que tu sois retirée plutôt que tu sois blessée ou tuée.

- Mais je…

- Promets-le-moi.

Fleur hésita un court moment.

- Promets-le-moi, insista le sorcier.

- Je te le promets, céda la blonde en se jurant qu'elle ne ferait jamais usage de cette promesse si elle était sélectionnée.

- Bien, répondit son père, qui semblait à moitié rassuré par cette promesse.

Il retourna auprès de sa femme et de Gabrielle et ils partirent. Fleur, après une minute ou deux, décida de retourner vers le carrosse. En y arrivant, elle vit Sarah Lefèvre, les bras croisés, appuyée contre la portière du carrosse.

- Tu crois vraiment que tu as une chance ? l'interpella-t-elle.

- Autant que les autres et plus que toi, sans aucun doute, répondit simplement Fleur.

- Très drôle. Vraiment très spirituel.

- L'intelligence et la pertinence de ma réponse sont à l'image de celles de ta question.

- Je te parle de Fabien, grinça la brune.

Fleur laissa échapper un léger éclat de rire moqueur.

- Normalement, je ne souhaiterais même pas ceci à ma pire ennemie, mais puisque tu insistes : vas-y, je t'en prie. Débarrasse-moi-en, dit-elle d'un ton dédaigneux. Si tu le peux.

Sarah allait répliquer lorsque la porte s'ouvrit d'un coup, la propulsant sur l'herbe mouillée par la rosée.

- Désolée, dit Alexandra d'un ton détaché en sautant sur le sol à côté de Sarah, refermant la portière du carrosse derrière elle. Avec le rideau sur la vitre, je ne t'ai pas vue et j'ai cru que c'était un truc moche qui bloquait la porte.

Sarah se releva, furieuse, foudroyant les deux Françaises du regard, comme si Fleur était aussi responsable qu'Alexandra de la situation désagréable qu'elle vivait.

- Visiblement, poursuivit l'héritière des Lamerais, j'avais raison. Tu viens, Fleur ? Je suis morte de faim.

- Avec plaisir, répondit la blonde en ne daignant même pas regarder l'insurgée.

Ensemble, les deux amies s'éloignèrent. Elles avaient à peine parcouru quelques mètres qu'elles laissèrent leur fou rire se manifester.

- Allez, avoue, dit Fleur entre deux éclats de rire. Tu as fait exprès.

- Comment oses-tu ? s'exclama Alexandra, peu convaincante dans sa tentative d'avoir l'air insultée et sérieuse. Tiens, où est Gabrielle ?

- Mes parents sont venus la chercher il y a quelques minutes.

- Elle ne restait pas ici ?

- Non, ç'aurait été assommant pour elle, la pauvre. Et puis, ma mère n'aurait jamais voulu qu'elle assiste aux Tâches. Selon ses critères, elle risque une de ses filles dans ce Tournoi, elle ne va pas risquer les deux.

- Je suis enfant unique. Tu imagines le drame ? remarqua Alexandra.

- D'ailleurs, continua la jeune sorcière en ouvrant la porte du château, si jamais c'est moi qui suis Championne, je n'ose pas imaginer ce que ce sera.

Elles pénétrèrent dans la Grande Salle, où il y avait déjà quelques personnes.

- Et ton père ? Il s'inquiète ?

- Il ne l'a pas dit clairement, mais je vois bien que oui. Il m'a fait jurer de lui écrire pour demander son aide au moindre obstacle.

Fleur leva les yeux au ciel en disant cette phrase, s'asseyant à la table des Serdaigle.

- Oh, par Vénus ! s'exclama-t-elle d'un ton dédaigneux en voyant la nourriture sur la table. Décidément, les Anglais ne connaissent rien à la gastronomie. Inadmissible. Je te jure, Alexandra, que je vais me plaindre à qui de droit. Si je mange ça ne serait-ce qu'une semaine, je ne pourrai plus entrer dans mes vêtements.

- Est-ce que les Vélanes peuvent être obèses ? demanda Alexandra d'un ton curieux.

- Là n'est pas la question. Ma taille de guêpe ne tiendra jamais le coup, c'est évident. Il n'y a pas de fruits ?

- Tu parles de ces fruits-là ? dit Alexandra d'un air coupable : elle venait de terminer la dernière grappe de raisin.

- Entre autres, répondit Fleur en balayant la salle du regard.

À la table des Poufsouffle, elle vit un plat chargé de fruits.

- Eurêka. Attends moi ici.

La jeune fille se leva, traversa la salle sous le regard des quelques personnes présentes et s'arrêta près de l'élève assis à côté des fruits.

- Excuse-moi, dit-elle poliment, puis-je prendre ce plat ?

Le Britannique se retourna et Fleur eut l'impression de chavirer : c'était le garçon qu'elle avait « remarqué » (le mot était faible) le soir précédent. Contrairement à la plupart des garçons lorsqu'ils la voyaient, il se contenta d'hocher la tête avec un sourire en lui disant qu'il n'y avait pas de problème. Puis, il retourna à sa conversation avec son voisin de gauche, ne lui portant aucune attention visible lorsqu'elle prit le plat et retourna à sa place.

Lorsqu'elle s'assit, elle vit qu'Alexandra avait trouvé ce qu'elle voulait : les éclairs au chocolat. Elle réprima un sourire et commença à mettre des fruits dans son assiette. Alexandra avait apparemment la capacité d'ingérer un nombre illimité d'éclairs au chocolat et de demeurer svelte.

- Tu en veux ? proposa Alexandra.

- Non merci, refusa Fleur. Comment fais-tu pour manger ça le matin ?

- Vraiment très simple, répondit la Sang Pur en avalant. Comme tu fais pour les fruits : j'ouvre la bouche, je la referme sur la nourriture, je prends une bouchée, je mâche et j'avale.

- Tu es déroutante, parfois.

- Merci, répondit Alexandra avec un léger rire.

À ce moment, les autres élèves de l'Académie firent leur entrée et vinrent prendre place à leurs côtés. La plupart eurent la même réaction de dédain que Fleur en voyant ce que proposait Poudlard pour le petit déjeuner, et optèrent pour le même menu : des fruits.

Rapidement, la pièce se remplit d'élèves et d'enseignants venus manger. Les deux amies mangeaient depuis un moment en discutant de tout et de rien lorsqu'une quantité impressionnante de hiboux et de chouettes de toutes tailles et de toutes couleurs fit son entrée, descendant du plafond. L'arrivée du courrier. Les deux Françaises demeurèrent totalement indifférentes, du moins jusqu'à ce qu'une chouette lapone étrangement familière bifurque vers elles.

- C'est la chouette de Florence ! s'exclama soudain Alexandra, confirmant le doute de la semie-Vélane.

La chouette contrôla parfaitement son atterrissage et se posa avec grâce et élégance entre les deux jeunes filles.

- Il faut que j'apprenne à ma chouette à faire ça, commenta Alexandra alors que la blonde prenait la lettre.

« Fleur Delacour et Alexandra Lamerais, Collège Poudlard, Angleterre », avait écrit leur amie, sur l'enveloppe de son écriture fine. Fleur se leva pour aller prendre place à côté de l'amoureuse des éclairs au chocolat afin qu'elles puissent toutes les deux lire la lettre en même temps.

« Coucou, vous deux ! J'espère franchement que cette lettre n'arrivera pas trop tard. Vole, Constance, vole !

Ceci es un petit message de la France pour que vous n'oubliiez pas la magnifique patrie de Molière… »

- Qui est Molière ? demanda Alexandra, qui ne connaissait absolument rien des Moldus.

- Un auteur moldu. Français, bien sûr.

- Oh. Il faut que je prévienne Florence de faire attention avec ses références moldus…

Fleur rit et poursuivit sa lecture.

« … non pas que je veuille me montrer chauvine, mais, enfin, notre pays est le meilleur. Si l'une de vous est Championne et qu'elle fait honte à notre nation, je ne lui adresse plus la parole et je la maudis sur cinquante générations. Bon, d'accord, trêve de plaisanteries.

Plus sérieusement, si l'une d'entre vous est choisie, je m'attends à, premièrement, en être avisée au plus vite et, deuxièmement, à ce qu'elle n'hésite pas à m'écrire si elle a un problème avec les épreuves du Tournoi. Les amies, c'est fait pour ça ! Je me sens déjà assez isolée comme ça, ce serait vraiment trop injuste si vous empiriez la situation. D'accord, c'est bon, j'arrête de jouer à Calimero… »

- Calimero ? s'interrogea Alexandra.

- C'est un personnage de dessins animés moldus. Un poussin avec une coquille sur la tête qui dit toujours « c'est vraiment trop injuuuuusteuuuu ! ».

- Un poussin ? Les Moldus sont cinglés…

- Oh, laisse tomber…

« Ici, tout va très bien, si vous voulez savoir. Déjà, Fabien a voulu me casser les baskets, veuillez m'excuser l'expression familière. Il est encore à l'infirmerie. L'infirmière assure que ses boutons partiront dans quelques jours… »

Les deux amies éclatèrent de rire.

« Si avec ça, il ne me fiche pas la paix, je passe au Crache-Limaces.

Mais comment ça se passe, de votre côté ? Les gens de Poudlard ne sont pas trop désagréables ? La nourriture, l'école, tout ça, ça va ? Informez-moi, je suis (je l'avoue) verte de jalousie ! En plus, vous me manquez troooop !

Je vous embrasse bien fort,

Florence »

- Elle est adorable, commenta Fleur en terminant sa lecture. Tu as fini de manger ? Je voudrais qu'on commence à lui écrire une réponse.

- J'ai terminé, annonça Alexandra après avoir pris sa dernière gorgée de jus de citrouille.

Les deux apprenties sorcières se levèrent d'un même mouvement et retournèrent dans le parc, marchant vers l'endroit où le carrosse se trouvait.

Un enclos de fortune avait été aménagé pendant la nuit pour les fiers Abraxans de Madame Maxime, qui broutaient l'herbe bien verte et bien tendre mise à leur disposition. Le barbu était en train de vider des bouteilles de whisky pur malt dans les seaux accrochés à plusieurs endroits de la clôture pour abreuver les immenses créatures. Il les salua d'un immense geste de la main. Poliment, les deux Françaises lui rendirent son salut avant de pénétrer dans le carrosse doré de l'Académie Beauxbâtons.

Il était beaucoup plus grand qu'il ne le semblait lorsqu'un le voyait de l'extérieur : ce qui était heureux, vu que douze jeunes filles de dix-sept ans et une immense directrice devaient y dormir, sans compter le luxe et le confort auxquels les treize personnes étaient habituées. Certes, les élèves n'étaient pas toutes aussi riches que Fleur, Alexandra ou Florence (dont les parents disposaient d'un compte en banque très bien garni, et, bien que ce fût en argent moldu, cela représentait un beau paquet de Gallions), mais l'Académie était empreinte d'un luxe certain.

Fleur s'assit sur son lit, imitée par Alexandra. La blonde fouilla quelques instants dans sa valise pour en sortir ce dont elles avaient besoin pour écrire une réponse à leur amie. Ceci fait, elles commencèrent à la rédiger, mais à peine avait-elle écrit deux lignes que la porte s'ouvrit sur Madame Maxime et les autres élèves.

- Ah, vous voilà ! s'exclama-t-elle d'un ton soulagé. Pendant un moment, j'ai cru que vous vous étiez perdues dans l'école.

Elle s'assit sur son immense lit pour permettre à ses chères élèves de pénétrer dans le carrosse.

- Il semble que nous devions parler. Certaines d'entre vous m'ont fait peur de leurs craintes grandissantes depuis le discours de Dumbledore, que je soupçonne d'avoir tenté par ce moyen d'augmenter les chances de son école en semant le doute chez les représentants étrangers. C'est honteux. Je saurais bien en faire de même, mais je ne suis pas prête à commettre de telles bassesses.

Elle leva un long doigt orné d'une bague en or en regardant tour à tour ses élèves attentives.

- Mesdemoiselles, croyez-moi, je ne dis pas cela simplement parce que je veux voir l'Académie Beauxbâtons gagner. Mais j'ai immensément confiance en chacune d'entre vous et en vos capacités. Qu'importe le choix que fera la Coupe de Feu ce soir : vous êtes toutes, malgré la consonance clichée de cette phrase, des gagnantes. À mes yeux, vous méritez toutes cet honneur. Je ne suis nullement inquiète quant aux Tâches – dont j'ignore bien sûr la nature – car je sais que la Championne, qui sera l'une d'entre vous, saura en triompher avec brio et faire honneur à l'école.

Elle sourit.

- Je n'ai pas besoin de ce Tournoi ou de la Coupe de Feu pour vous dire que je suis fière de vous. Vous êtes l'élite, la fine fleur de mon Académie. Je sais, je suis sûre, que la Championne se montrera digne de Beauxbâtons. Maintenant, écoutez-moi…

Olympe baissa la voix. « C'est superflu », songea Fleur. « Personne d'autre que nous ne parle français, ici ».

- Je ne jetterai aucune de vous dans le lac si elle me dit qu'elle ne veut pas mettre son nom dans la Coupe de Feu. Vous avez eu des semaines pour changer d'avis si tel était votre désir – sauf Mademoiselle Lefèvre, qui a dû faire un choix rapide – mais il n'y a que les idiots pour ne pas changer d'avis. Je comprendrais. Je ne vous forcerais pas à soumettre votre candidature si vous êtes morte de peur. Mais si vous osez, si vous le voulez, alors écrivez votre nom et celui de l'école sur un morceau de parchemin, et accompagnez-moi dans le hall d'entrée.

Il y eut quelques secondes de silence, chacune regardant sa voisine en l'interrogeant du regard sur ses intentions. Puis, une à une, elles écrivirent leurs noms (Fleur remarqua au passage que celle de Sarah tremblait en le faisant, et elle en ressentit une pointe de satisfaction) sur un morceau de parchemin, qu'elles plièrent artistiquement. (NdA : Comme celui de Fleur dans le film). Madame Maxime sourit en se levant et sortit. Une à la suite de l'autre, les Françaises lui emboîtèrent le pas.

Lorsqu'elles pénétrèrent dans le hall d'entrée, il y avait déjà un certain nombre de personnes présentes. Cependant, la plupart d'entre eux ne semblaient pas assez âgés pour participer au Tournoi, comme par exemple le rouquin à qui Fleur se souvenait avoir demandé de la bouillabaisse et son ami aux cheveux noirs.

Madame Maxime fit placer ses élèves en rang. Puis, une à une, elles enjambèrent la Limite d'Âge et jetèrent leur morceau de parchemin dans la Coupe. Lorsqu'elles le faisaient, les flammes devenaient soudainement rouges, puis reprenaient leur couleur normale, d'un bleu surnaturel. Fleur regarda la fille devant elle (Sarah Lefèvre) laisser tomber son bout de parchemin dans la Coupe de Feu. Lorsque la brune se retourna, elle adressa un sourire narquois à Fleur avant de se retirer.

Serrant son bout de parchemin entre ses doigts fins, la semie-Vélane enjamba à son tour la ligne dorée et marcha lentement vers le piédestal. Elle regarda un court instant son nom et celui de l'Académie, qu'elle avait inscrit de son écriture féminine et stylisée sur le morceau de parchemin. Puis, avec lenteur, elle leva la main vers la Coupe et laissa tomber le parchemin dans les flammes bleues, qui rougeoyèrent un court instant avant de redevenir normales.

Fleur, qui était la dernière de la file, rejoignit ses camarades. Madame Maxime les ramena au carrosse. Avant de repartir dans le parc, la jeune fille aux cheveux d'or blanc se retourna pour regarder brièvement la Coupe. Les dés étaient lancés pour l'Académie de magie Beauxbâtons, mais le résultat ne serait dévoilé qu'à minuit…

Festin d'Halloween. « Bel amalgame de mots pour dire festival des calories », songea Fleur en voyant les tonnes de friandises. Elle en mit néanmoins un certain nombre de côté, afin de les envoyer à Gabrielle. Sa mère la tuerait, mais sa petite sœur sauterait de joie. Chacun ses priorités.

De toute manière, elle était parfaitement incapable de manger : l'angoisse (qui était parfaitement ridicule vu que toute l'angoisse du monde ne changerait pas la décision de la Coupe de Feu) lui causait un énorme nœud au niveau de l'estomac, si bien qu'elle était persuadée que si elle mangeait quoi que ce soit, elle devrait vite filer aux toilettes.

Fleur tapotait la table du bout des doigts, tapotait la table du bout des doigts, tapotait la table du bout des doigts, regardait sa montre, tapotait la table du bout des doigts, et ainsi de suite, se moquant bien des regards de travers que les Serdaigle lui lançaient.

Puis, après une attente interminable, Dumbledore se leva et, d'un mouvement de la main, fit éteindre toutes les sources de lumière autres que les quelques citrouilles et la Coupe de Feu.

- Mes chers élèves et invités, il est presque minuit, et notre juge impartial sera prêt à nous révéler son choix d'une minute à l'autre… il n'y a plus qu'à attendre. Lorsque les Champions seront nommés, je leur demanderai d'aller dans la pièce derrière la table enseignante, où les premières instructions leur seront données.

Attendre ? Attendre ? Mais elle ne faisait que ça depuis des heures, il en avait de bien bonnes, celui-là ! C'était la preuve incontestable qu'Albus Dumbledore méritait bel et bien sa réputation de vieux loufoque complètement cinglé. La tension était si forte qu'on aurait presque pu la toucher, et tout ce qu'il trouvait à dire à la foule impatiente, c'était qu'il n'y avait « plus qu'à attendre » ! Non mais vraiment ! Quelle organisation…

Soudain, les flammes de la Coupe de Feu virèrent au rouge, comme lorsqu'on y déposait un nom. Mais, cette fois, des gerbes d'étincelles projetèrent un morceau de parchemin noirci que Dumbledore attrapa au vol. Du premier coup d'œil, la sorcière sut qu'il ne s'agissait pas du nom de la Championne de Beauxbâtons.

- Le Champion de Durmstrang, dit Dumbledore après avoir lu à la lumière de la Coupe, est Viktor Krum !

« De vrais gorilles », pensa Fleur en voyant la façon on ne peut plus masculine dont les camarades de Viktor l'acclamait. La jeune fille, comme tous les élèves de Beauxbâtons, applaudit distraitement alors qu'il se dirigeait vers la pièce du fond. Encore une fois, les flammes devinrent rouges. Fleur retint son souffle : cette fois, c'était la bonne. La minute (ou plutôt la seconde) de vérité. « Dis mon nom, dis mon nom, dis-mon-nom ! » supplia mentalement la jeune fille.

- La Championne de l'Académie Beauxbâtons… est Fleur Delacour !

« Dis mon nom, dis mon… HEIN ? ». Le fil des pensées de la Française fut coupé par l'annonce de son nom. Une puissante vague de fierté, de bonheur et de soulagement la submergea alors qu'elle souriait à ses camarades qui l'acclamaient et qu'elle se levait de son banc. La grâce étant chez elle une seconde nature, elle n'en perdit pas une miette en marchant vers Dumbledore, dont elle serra la main d'un air solennel avant de se diriger vers la salle du fond.

La pièce était emplie de trophées de toutes sortes. Krum était debout à côté du feu, immobile. Il ne leva même pas les yeux vers elle lorsqu'elle pénétra dans la pièce. « Quel grossier personnage » songea Fleur en commençant à faire les cents pas, observant les nombreux trophées, certains soigneusement polis, d'autres (chose qui n'aurait jamais été tolérée à Beauxbâtons) couverts d'une couche de poussière.

Soudain, une ovation se fit entendre, signe que le Champion de Poudlard venait d'être nommé. Même avec la porte fermée, on entendait distinctement les cris, les sifflements et les applaudissements. Puis, la porte s'ouvrit, laissant entendre la plus grosse ovation que Fleur ait jamais entendue de toute sa vie. La porte se referma, mais les acclamations continuèrent.

Fleur s'arrêta de marcher et regarda entre deux trophées. Le faible éclairage l'empêcha d'abord de voir le visage du garçon qui descendait l'escalier, mais lorsqu'il s'approcha du feu, elle reconnut parfaitement le Champion de Poudlard. C'était lui

Elle marcha vers ses concurrents dans l'intention de les féliciter afin de se montrer fair-play, mais, à mi-chemin, la porte s'ouvrit, laissant cette fois entendre des protestations et des murmures indistincts. Curieuse, Fleur s'avança vers le feu avec les deux autres, cherchant à voir ce qui se passait.

Harry Potter descendait l'escalier d'un air peu assuré, tenant un morceau de parchemin entre ses mains.

- Et bien, quoi ? demanda Fleur, exaspérée de son silence. Il faut retourner dans l'autre salle tout de suite, ou quoi ?

Il ne répondit pas. La jeune fille songea à renouveler sa question lorsque la porte s'ouvrit sur un groupe d'adultes engagé dans une discussion animée, pour ne pas dire dans une vive dispute.

- Je proteste ! Je proteste ! clamait Madame Maxime, sa voix puissante au fort accent français enterrant pratiquement les autres.

- Oh, protestez comme vous voulez, espèce de tarte française, ça ne changera rien au fait que le nom de Potter est sorti de la Coupe ! répliqua un homme doté d'un œil magique.

Quoi ? Les trois Champions se regardèrent. Avaient-ils bien compris ce qu'ils croyaient avoir compris ?

- Harry, demanda expressément Dumbledore, est-ce que tu as mis ton nom dans la Coupe de Feu ?

- Non !

- As-tu demandé à un élève plus âgé de le faire pour toi ?

- Non ! répondit le garçon avec la même véhémence.

- Mais ce garçon ment, Dumbledore, c'est insensé ! s'exclama Madame Maxime en s'avançant vers eux.

Au passage, elle écarta sans ménagement un lustre qui l'aurait heurtée au visage si elle ne l'avait pas repoussé d'un brusque geste de la main.

- Certainement pas ! protesta l'homme à l'œil bleu électrique.

- Si Dumbledore le croit, nous devons le croire aussi ! affirma une vieille dame à l'air sévère.

- Il aurait fallu un puissant Sortilège de Confusion pour tromper la Coupe au point de lui faire oublier qu'il ne peut y avoir que trois Champions ! Un élève de quatrième année n'aurait jamais pu y arriver, décréta l'homme à la voix rocailleuse, son œil magique dansant étrangement dans son orbite.

- Vous semblez avoir longuement réfléchi à la question, Maugrey, dit Igor d'une voix basse et presque menaçante.

- Il fut jadis de mon devoir de penser comme les mages noirs, peut-être vous en souvenez-vous, Karkaroff ?

- Alors c'est quelqu'un qui voulait doubler les chances de Poudlard qui a fait ça ! s'exclama Madame Maxime. Il faut faire quelque chose, Poudlard ne peut pas avoir deux Champions, ce serait beaucoup trop injuste !

- Il faut réactiver la Coupe, exigea le directeur de Durmstrang. Jusqu'à ce qu'elle nomme un autre Champion à chaque école.

- Oui, dit Madame Maxime en posant une main chargée de bijoux sur l'épaule de Fleur. C'est la seule façon de procéder.

- La Coupe de Feu ne se réactivera pas avant le prochain Tournoi et vous le savez très bien ! s'exclama Dumbledore.

- Vous savez, dit soudain Maugrey, si quelqu'un ici devrait se plaindre, c'est bien Potter. Étrangement, c'est le seul que je n'entends pas, conclut-il en tournant son œil magique vers lui.

- Enfin, explosa Fleur, de quoi se plaindrait-il ? Nous avons tous espéré pendant des semaines pouvoir devenir Champion ! Être l'honneur de notre école… et en plus gagner mille Gallions ! Il y en a qui seraient prêts à mourir pour ça !

- Peut-être que quelqu'un espère que Potter va en mourir, effectivement… grogna Maugrey.

- Et voilà, ça recommence, pesta Karkaroff.

- Silence ! s'écria Dumbledore. Barthemius… Ludo… vous êtes nos... euh… nos juges impartiaux... que devons-nous faire ?

- Les règles sont absolues. Quiconque voit son nom sortir de la Coupe de Feu doit se soumettre aux épreuves du Tournoi. Monsieur Potter n'a pas le choix. À partir de ce soir, il est un Champion du Tournoi des Trois Sorciers.

- Vous pouvez faire confiance à Barty, dit Ludo d'un air jovial parfaitement déplacé. Il connaît les règles par cœur…

Dumbledore les regarda un à un : ce sale tricheur de Potter qui jouait les confus, Viktor qui ne laissait rien transparaître, Cedric qui était vraiment confus, les deux autres directeurs furieux, Croupton qui était glacial, Verpey qui ne perdait pas son sourire, et Fleur qui avait l'air profondément indignée.

- Donnez les instructions aux quatre Champions, dit-il.

La jeune fille sentit l'autre main de Madame Maxime se poser sur son épaule alors que Ludo Verpey s'approchait des quatre Champions.

- La Première Tâche aura lieu le vingt-quatre novembre, annonça-t-il sans détour. Son but premier sera de tester votre audace et votre capacité à réagir face au danger. Pour cette épreuve, comme pour les autres, vous n'aurez droit à rien d'autre que votre baguette. Vous ne serez avisés de la nature de cette Tâche qu'avant celle-ci. Être capable d'improviser est une capacité essentielle pour un bon sorcier. Je n'ai rien oublié, Barty ?

L'homme strict hocha la tête négativement.

- Très bien, alors… des questions ?

Tout le monde demeura silencieux.

- Dans ce cas, dit Dumbledore, je vous invite tous les quatre à rejoindre vos camarades. Ils doivent tous et toutes vous attendre pour festoyer, et il serait dommage de les priver d'une telle occasion de faire du bruit. Euh… Igor, Olympe, un dernier verre avant d'aller dormir ?

Fleur n'eut pas le temps de voir la réaction de Karkaroff, car sa directrice l'entraînait déjà dehors en protestant vivement en français.

- Inadmissible ! Je ne croyais pas que Dumbledore était descendu aussi bas.

- Madame Maxime, c'est complètement insensé ! Poudlard ne peut pas avoir deux Champions, c'est beaucoup trop injuste, même si ce n'est qu'un petit garçon !

- Il n'est pas au niveau, assura Madame Maxime d'un ton rassurant. Mais nos protestations n'ont mené à rien, comme vous avez pu le constater.

- Alors il ne reste plus qu'à espérer que ce petit prétentieux ait ce qu'il mérite pendant une Tâche, dit Fleur, furieuse. Non mais vraiment, quelle organisation…

Le reste de ses protestations mourut dans sa gorge lorsqu'elles arrivèrent à proximité du carrosse, car ses camarades euphoriques venaient de se jeter sur elle comme un seul homme – ou plutôt, comme une seule femme – en l'enterrant de félicitations.

Plusieurs heures plus tard, lorsqu'elles finirent par se coucher, Fleur n'avait qu'une pensée en tête : Madame Maxime avait raison.

Dumbledore était déloyal.

Le mot de la fin : Voilààà ! Elle est toute offusquée, mdr !