CHAPITRE XIX : La Seconde et la troisième Étapes

L'immense pièce du temple s'était totalement métamorphosée. Seules les statues des dieux rappelaient à Karin dans quel lieu elle se trouvait. Partout autour d'elle s'étendaient de magnifique étendards rouges, des bancs en bois de chêne jonchaient la salle à droite et à gauche, ne laissant qu'un infime passage pour rejoindre un étrange homme qui, Karin le supposait, allait présider le mariage. Elle trouva qu'il ressemblait plus à un sorcier qu'à un prêtre avec sa grande robe bleu foncée.

Lorsque Karin entra et vînt se placer au bout du passage que créaient les bancs, tous les invités se retournèrent. Des visages qu'elle ne connaissait pas bien sûr. Sauf peut-être là-bas... Qui était-ce ?

Avec enthousiasme, elle aperçut son frère qui avait rejoint les autres capitaines aux premiers rangs. Il souriait. Un sourire forcé, sans doute pour lui donner du courage, mais un sourire tout de même et Karin retrouva un peu de force. Il était là, son frère bien-aimé qui la soutenait toujours dans ses choix.

En tournant ses yeux vers le sorcier, elle vît un homme superbe se tourner vers elle. Ses cheveux étaient blancs comme la neige, et son kimono de cérémonie noir faisait ressortir ses yeux turquoise. Tôshirô était extraordinairement resplendissant dans ces habits.

Karin pensa alors qu'il y a peu de temps, elle aurait donné n'importe quoi pour vivre cet instant avec lui mais au fond d'elle, tout l'incitait à lui en vouloir. L'avait-il jamais vraiment aimé ou était-ce simplement une mission pour obtenir ce qu'il voulait, c'est-à-dire sa capacité à engendrer un héritier aux pouvoirs fabuleux ? Elle ne le croyait pas comme ça pourtant, il était revenu après trois année d'absence et c'était lui, qui était venu la voir.

Lorsque Karin s'avança dans l'allée, Tôshirô ne remarqua pas qu'elle peinait grandement à avancer. Il ne remarqua pas non plus qu'elle tremblait de tout son corps, de toute son âme. Il ne vît que ses yeux qui le fixaient avec résolution. Elle était si belle… Il allait épouser celle qu'il aimait plus que tout cependant, il ne l'épousait pas comme il l'aurait souhaité. Pas comme ça. Pas parce qu'ils portaient tous les deux l'avenir de la Soul Society.

Il la voulait pour lui, c'était sûr, mais à quoi bon s'unir à une personne qui ne vous aimera sûrement plus jamais ? La tristesse gagna son cœur et Tôshirô aurait voulu la prendre dans ses bras et s'enfuir avec elle très loin de tout ça…

Le reste de la cérémonie ne fut pas trop difficile pour Karin. Elle avait juste à s'accroupir auprès de son futur mari en écoutant parler le sorcier. Son langage lui était totalement inconnu et ce fût presqu'amusant pour elle d'imaginer qu'il disait des choses complétement différentes du contexte. Tôshirô la vît alors sourire malgré elle et lorsqu'elle le regarda, il lui sourit à son tour. Oui, vraiment, elle était belle…

Karin s'amusait presque. Elle eût même envie de le partager avec celui qui fut autrefois son ami mais lorsqu'elle l'avait regardé, instinctivement, son sourire s'était effacé et elle avait tourné la tête.

Ce ne fut qu'au bout de deux heures de bla bla sans fin pendant lesquels la jeune fille gigotait dans tous les sens, ses genoux meurtris, qu'il se passa réellement quelque chose.

Les capitaines de l'assemblée vinrent les entourer et placèrent leur zanpakuto dans leur direction. « Une sorte de haie d'honneur » pensa-t-elle, exception faite que ces sabres-là envoyaient vers eux des vagues d'énergie positive.

Tout à coup, autour d'eux, apparurent des créatures magnifiques qui, sans qu'on ne leur demande rien, se prosternèrent devant elle. Jamais Karin n'avait vu de si splendides spectacles. Les capitaines semblèrent également surpris.

Tôshirô sortit alors à son tour, son zanpakuto de son fourreau et le lui tendit. Devait-elle le toucher ? Elle regarda ce-dernier.

Quand elle attrapa son zanpakuto, un frisson de froid l'envahit. De sa bouche sortit de la vapeur d'eau et devant elle, se dressa un homme très grand. Ses cheveux long était presque de glace et sur son visage, Karin aperçut une crois blanche comme deux cicatrices. Hyorinmaru la toisait avec fierté. Il prit la main de celle-ci dans la sienne et y déposa un baiser qui transperça sa peau comme un coup de couteau. Le plus fidèle allié de son futur mari venait ainsi de lui prêter allégeance. C'est ce qu'elle crut comprendre.

Puis il disparut soudainement comme tous les autres de son espèce.

Tout à coup, le sorcier fît un geste et Tôshirô prit lui aussi la main de Karin. Ils se levèrent ensemble et alors que cette-dernière était complètement perdue, il s'avança doucement vers son visage et lui prit ses lèvres pour sceller le pacte. Elle fut surprise mais ne résista pas. Ce baiser était si chaud et agréable. Les lèvres de celui qui venait de devenir son mari étaient douces et rassurantes. Karin s'avoua alors qu'elle aimait toujours cet homme…

Lorsque Tôshirô se détacha d'elle, il lui chuchota à son oreille :

_La deuxième étape est finit.

Karin le regarda et confirma qu'elle était prête pour la suite d'un signe de tête. Et tandis qu'ils réempruntaient l'allée centrale, elle lui demanda, non sans inquiétude :

_Que dois-je faire maintenant ?

_Rien, dit-il. Maintenant que nous sommes liés, c'est à eux de faire quelque chose…

Et tout en disant cela, Tôshirô poussa les grandes portes du temple et Karin alors fût émerveillée par ce qui s'offrait à elle…

Un tableau merveilleux s'étendait devant elle. Des centaines, peut-être des milliers d'hommes criaient, entraînaient par un torrent de joie. Leur zanpakuto dressés vers le ciel dégageait divers effets de feux, de glaces, et d'autres choses que Karin admira avec plaisir et admiration.

Cette immense plaine d'hommes et de femmes en lice submergea la jeune mariée, si bien qu'elle lâcha la main de son époux pour monter sur le rebord d'un socle qui surplombait le tout. Tôshirô eût un moment d'angoisse car l'objet la plaçait très en hauteur. Il monta à côté d'elle et attrapa sa taille.

Karin détacha la ficelle qui retenait les orchidées en un bouquet et regarda son mari d'un regard entendu. Alors elle lâcha les fleurs dans le vide et Tôshirô invoqua un vent froid qui les amena sur les shinigamis. De part et d'autre de la foule, des hommes et des femmes attrapèrent par-ci par-là le présent de la mariée. L'image était belle.

Soudain, un rang d'une trentaine de shinigamis s'avança vers eux comme un seul homme. Ils s'accroupirent au sol avec, à leur tête Matsumoto-san.

_Nous vous protègerons contre tous les dangers et nous vous servirons mieux encore que notre capitaine ! dit celle-ci avec ferveur.

Karin était abasourdie. Ce pouvait-il qu'elle devienne par un simple mariage aussi puissante dans la hiérarchie que Tôshirô. Elle se retourna vers lui à la recherche d'une réponse.

_Qu'est-ce qui te tracasse ? dit-il.

_Ça veut dire quoi ? Que je peux venir à ton bureau et foutre le bordel ?

Il rit, ce qui énerva profondément Karin qui, elle n'y comprenait rien. Elle ne savait même pas comment tout ce déroulait ici.

_Non, répondit-il en reprenant de son sérieux. Ça veut seulement dire que si jamais il t'arrive quelque chose, ils te protègeront avec autant d'ardeur que si c'était moi. Et si jamais tu es dans une position délicate, en cas d'extrême urgence, ils peuvent en effet obéir à ta requête. Si ce n'est pas futile et que ça ne compromet pas les ordres du quartier général… et mes ordres bien sûr.

_Autrement dit, ajouta-t-elle, si je suis dans la merde, ils seront là. C'est bon à savoir…

Sur ceux, Karin fît quelque chose que personne ici-bas n'avait déjà fait. Elle descendit rejoindre les soldats, toujours accroupis et posa, à chacun et à chacune, un baiser sur leur joue. Elle se dit que quitte à vivre ici pour l'éternité, autant le faire avec gentillesse et amour. Après tout, eux non plus ne devaient pas y comprendre grand-chose…