CHAPITRE XX : La quatrième et redoutée étape

La suite de la soirée se déroula dans la fête. Il y avait un banquet improvisé où seuls restaient les capitaines, les vices capitaines et des personnes que Tôshirô désigna comme des nobles et des préposés aux sièges de la chambre des 46. Bien sûr, Karin ne savait pas ce qu'était la chambre des 46…

Tous parlaient de choses qu'elle ne comprenait pas. On la présenta maintes et maintes fois, on l'invita à danser, ce qu'elle refusa poliment et quand le soleil fut sur le point de se lever, les gens commencèrent à regagner leur domicile ou leur travail.

Ichigo s'approcha d'elle, la prit dans les bras et lui dit :

_Tu es sûr d'avoir fait le bon choix ? Papa n'est pas content du tout et Yusu se fait du souci car elle ne comprend rien.

_C'est un peu tard pour changer d'avis tu ne crois pas ?

Ichigo ne la lâcha pas.

_Es-tu sûr d'avoir…

_Oui, Ichi-nii, je suis sûr. Maintenant rentres à la maison et va veiller sur Yusu. Nous savons toi et moi que si cette prédiction est vraie, Akaku-sensei ne s'arrêtera pas là…

Elle se dégagea de son frère et planta ses yeux d'un noir d'ébène dans les siens.

_J'ai peur, dit-elle.

_Moi aussi, lui répondit-il.

Ils se regardèrent ainsi pendant quelques minutes puis Ichigo mit la main sur la coiffe de Karin et partit à contrecœur.

Karin voyait les invités partir un à un et se rappela d'une chose.

_Tôshirô, dit-elle à son époux. Il n'y avait pas de quatrième étape à ce mariage ?

Celui-ci rougit. Même dans la pénombre, elle pouvait voir son visage changer de couleur et elle comprit ce qu'était cette fameuse quatrième étape.

_Ah, ponctua-t-elle. Je vois.

_La quatrième étape, reprit-il, c'est la nuit de noce qui clos le tout. Mais vu que…

_Vu que je ne veux pas être considérée comme du bétail…

_On peut voir les choses comme ça, conclut-il.

Karin se retînt de lui balancer une phrase désagréable à la figure.

_Que faisons-nous alors ? Enchaîna celle-ci.

_Je suppose que je vais t'emmener chez moi et tu dormiras dans la chambre d'ami…

_Tu as une maison pour toi tout seul ?

Tôshirô soupira. Pour sa femme, il était encore difficile d'imaginer que l'on puisse être totalement indépendant et avoir de si fortes responsabilités au vu de son apparence de garçon de 16 ans.

Le Commandant-Capitaine les rejoint avec d'autres capitaines et après s'être de nouveau prosterné – ce qui commençait à devenir un peu trop habituel au gout de Karin – ils les conduisirent vers les appartements de l'époux.

La jeune fille se demanda alors avec profonde angoisse si ceux-ci allaient rester devant les portes durant toute la nuit, comme l'on fait dans certaine religion durant la nuit de noce ou s'ils allaient partir.

Grâce au ciel ! Ils regagnèrent leur logis au moment où la jeune mariée glissait vers le salon de Tôshirô, lieu dans lequel jamais elle n'aurait cru être un jour.

La maison ressemblait à son époux. Stricte, traditionnelle, sans trop de bibelots. Les tatamis sur le sol, d'un beau gris perle soulagèrent les pieds meurtris de la petite brune qui avait enlevé avec joie ses chaussures en bois.

Maintenant, Tôshirô et Karin étaient seuls. La tension montait. Ils se toisèrent, l'une avec fierté et détermination, l'autre avec angoisse et indécision.

Au bout d'un certain temps, le capitaine attrapa la main de son épouse avec douceur et l'emmena dans une chambre modeste. Il lui dit :

_Je t'ai fait apporter un lit. Je sais que chez toi vous dormez avec ça alors…

En effet, cette chambre ressemblait à la sienne. Rien de trop pimpant, exception faite au lit qui était bien plus grand que l'ancien. Et même sa photo était là ! Karin se jeta dessus. Ses amis ! En prenant le cadre dans ses mains, elle sentit la tristesse l'envahir. A côté, un autre cadre siégeait. Dessus, elle pouvait apercevoir sa sœur, son frère et son père. Les larmes montèrent.

_Karin, murmura Tôshirô. Je suis désolé.

Elle ne répondit pas. Depuis quelque temps, il lui semblait qu'elle n'arrêtait pas de pleurer, chose qu'elle détestait au plus haut point.

_Je dors à côté, ajouta-t-il. Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à venir ok ?

Et lorsqu'il ouvrit la porte coulissante, Karin se leva d'un bond et se tourna vers lui.

_J'ai, hésita-t-elle. Je veux…

Les mots ne sortaient pas de sa bouche. Tôshirô la fixait de son regard froid. Elle voulait lui dire qu'elle l'aimait encore mais c'était trop dur.

_Je ne pourrai pas enlever ce nœud toute seule, dit-elle en rougissant. Je ne sais pas comment on enlève ce kimono…

Il s'approcha et la fît tourner sur elle-même.

_Ce n'est pas si complexe en réalité. Je te dénoue ça et après les couches de vêtements s'enlèveront facilement.

Il défie le nœud avec délicatesse et lorsque Karin voulut le remercier, le jeune homme aux cheveux blancs avait déjà quitté la pièce. Elle soupira.

Lorsqu'elle fut nue, libérée de tout ce vêtement de cérémonie, elle se colla contre la porte de sa chambre. Etait-il encore là ? Derrière à l'attendre ? Pouvait-il sentir son souffle chaud ? Et sa peau diaphane, ses seins ronds se mouvoir contre la toile ? Pouvait-il les ressentir ? Elle aurait aimé sentir ses mains froides sur sa nuque et ses yeux pénétrant l'abîme des siens.

Karin l'aimait encore. Autrefois, elle rêvait souvent qu'il entrait dans sa chambre et que leur corps se mélangeait l'un à l'autre. Elle rougit en y repensant. Mais maintenant, et même si elle désirait Tôshirô plus que tout, elle voulait être sûr qu'il soit amoureux d'elle et non qu'il obéissait à cette stupide mission.

Alors, Karin n'ouvrit pas la porte de sa chambre pour rejoindre Tôshirô dans la sienne, mais alla vers son lit pour se coucher, et laisser couler tranquillement ses larmes qu'elle avait retînt tout au long de la soirée…